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15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 19:13

  Sigismond, devenu roi de Burgondie après le décès de Gondebaud, son père, en 516, avait fait de son royaume, une terre catholique après qu'il eut lui-même abjuré l'arianisme. Mais quelques années plus tard, il oublia quelque peu certains préceptes de la foi catholique.

 

  Ayant perdu son épouse Ostrogotha, fille de Théodoric le Grand, et se trouvant trop jeune pour rester veuf, Sigismond épousa, en 518, une des servantes de sa défunte épouse. La jeune femme pleine d'ambition mais guère appréciée par Sigéric, le prince héritier, se mit en tête de donner un nouveau fils au roi, et d'en faire son successeur.

  Pour cela, il faudrait un jour se débarrasser de Sigéric. Alors lentement, jour après jour, celle dont le nom n'est cité par aucun texte, entreprit de semer le trouble dans l'esprit du roi. Et celui-ci assujetti, comme peuvent l'être certains hommes par des femmes sachant utiliser leurs charmes, commença à douter de la loyauté de son fils. Jusqu'au jour (en 523) où, persuadé que le prince intriguait dans le but de s'emparer du trône, Sigismond donna l'ordre de l'assassiner.

 

  Une fois le meurtre commis, le roi, devant le corps sans vie de son fils, prit alors conscience de l'horreur de sa décision. Il hurla sa douleur et la honte qu'il éprouvait d'avoir fait exécuter son enfant. Rapidement, l'affaire s'ébruita, mais aucun tribunal n'étant au dessus du roi, aucune autorité ne pouvait procéder à son arrestation. Ayant retrouvé sa clairvoyance, et rongé par le remord, Sigismond décida de faire pénitence. Il parti à l'abbaye d'Agaune en Valais où revêtu d'un cilice, il vécu pendant plusieurs mois de prières, de flagellations et de jeûnes.

  sigismond-priant.jpg

     Sigismond priant pour l'absolution du meurtre de son fils devant son cercueil, église Strobl, Salzburg

 

  Chez les voisins Francs, la nouvelle de l'assassinat de Sigéric par son père fut reçut non avec tristesse (Gondebaud étant l'oncle de Clotilde, Sigéric était le cousin des fils de celle-ci), mais plutôt avec intérêt. Une expédition punitive fut rapidement décidée à l'encontre de Sigismond. Clodomoir, Clotaire et Childebert réunirent leurs troupes, mais Thierry qui était le gendre du roi Burgonde refusa de se joindre à eux.

  Des trois frères, seul Clodomir avait une frontière commune avec la Burgondie, l'aîné du trio était donc particulièrement intéressé par la campagne entreprise.

  De son côté, Sigismond, plus attentif à ses dévotions qu'aux affaires militaires, ignorait tout des préparatifs qui se tramaient au nord-ouest de son royaume. Quand les troupes des trois frères pénétrèrent sur son territoire, il n'eut que le temps de rassembler, assisté de son frère Gondomar, des effectifs inférieurs à ceux des envahisseurs. Les chroniqueurs ne nous indiquent pas le lieu de la rencontre; ce qui est certains, c'est que les Burgondes furent écrasés. Devant leur infortune, Sigismond et son frère s'enfuirent. Ils prirent deux voies différentes; Gondomar gagna les Alpes, Sigismond trouva refuge dans un ermitage. Les bons religieux firent tomber sa chevelure et le revêtirent de l'habit monastique. C'était certes, un bon moyen d'échapper à ses poursuivants; mais peut-être le roi vaincu songeait-il, ayant probablement perdu son royaume, à demeurer dans cette retraite jusqu'à la fin de sa vie.

  Les Francs occupaient maintenant la Burgondie. Cela ne suffisait pas. Ils voulaient châtier leurs ennemis; c'était le moyen de rendre légitime l'occupation; et aussi, puisque Sigéric avait disparu, de laisser le royaume sans héritiers. Clodomir fit publier un édit qui promettait une récompense à quiconque lui livrerait les fils de Gondebaud. Pour l'instant, il avait capturé l'épouse de Sigismon et les deux enfants qui lui était né d'elle, Gisald et Gombaud, et les avaient emmenés en captivité à Orléans. Quelques leudes burgondes, voyant que la guerre était terminée, et que leur résistance n'avait plus raison d'être, s'étaient rallié aux rois francs. Quelques-uns d'entre eux se rendirent à l'ermitage qui abritait Sigismond et le convainquirent qu'il serait plus en sécurité à Agaune où, le jour venu, il pourrait opter entre le sceptre et la profession religieuse. Le fugitif confiant, se rendit discrètement escorté à l'abbaye; mais parvenu en vue de celle-ci, il fut capturé par des guerriers francs. Les traîtres purent recevoir leur récompense, et le prisonnier fut conduit à Orléans, où il fut jeté avec sa femme et ses enfants dans un cachot.

 

  La Burgondie conquise, de sérieuses discutions débutèrent pour le partage de ce vaste territoire. Théodoric, arien, qui venait de triompher des Grecs, et qui s'était promis de protéger la Burgondie, ne vit pas d'un bon œil l'annexion du territoire par les Francs. Aussi, mit-il à disposition de Gondomar, un corps d'armée sous le commandement du général Tolonic, qui fit publier un appel aux leudes burgondes. Tous, avec l'aide des Ostrogoths, devaient se rassemblées sous la bannière de Gondomar et reconquérir leur royaume.

 Il fut entendu. Tous les guerriers qui avaient déposé les armes, les reprirent et se rassemblèrent autour de Gondomar. Des détachement composés de Burgondes et d'Ostrogoths s'emparèrent des places trop faiblement occupées. Quelques mois après la défaite, Gondomar entrait triomphalement dans Lyon et dans Vienne (524).

  Ce fut une bien mauvaise surprise pour les rois francs.Childebert et Clotaire qui avait abandonné à Clodomir la directionde l'affaire lui reprochèrent son inconscience. Ce-dernier entra dans une violente fureur et tint pour responsable de la situation le malheureux Sigismond. Il donna l'ordre de l'exécuter. Apprenant cette décision, Avit, un abbé du diocèse d'Orléans tenta de dissuader Clodomir de tuer le roi Burgonde, mais en vain.

  Clodomir supervise l'execution de Sigismond

                                              Clodomir assistant à l'exécution de Sigismond

 

  Le 1er mai 524, avant d'entrer en campagne, Clodomir fit sortir de leur prison Sigismond, sa femme et leur fils. Ils furent conduit en un lieu nommé Columna, à quatre lieu d'Orléans, là décapité tous les quatre. Puis on jeta les corps mutilés dans un puits. Columna est devenu Saint-Péravy-la-Colombe. Quant au puits, il garda pendant trois ans les cadavres, et devint un lieu de pèlerinage. La foule, en effet, touchée de la pénitence du roi assassin, puis émue de son sort lamentable, le considéra comme un saint digne d'intercéder pour elle auprès de Dieu. Le puits fut nommé Puits-Saint-Simond (Sigismondi), et la commune sur laquelle il était situé, voisine de Saint-Péravy, Saint-Sigismond. Himnemond, abbé de Saint-Maurice, voulut posséder dans son monastère les restes de ceux qu'ils considérait comme des martyrs (à tord puisqu'ils n'avaient pas été tué pour leur foi, mais pour des raisons politiques), ce qui lui fut accordé. L'abbé vint avec quelques-uns de ses moines, recueillir les reliques. Ils en firent la translation solennelle jusqu'à Agaune, où ils reçurent leur sépulture. À son tour, leur tombe fut l'objet d'un incessant pèlerinage.

 

Sources : Clotaire 1er fils de Clovis, Ivan Gobry. éd. Pygmalion - Les Burgondes, Justin Favrod. Presse polytechniques et universitaire romande -  Les Burgondes, Katalin Esher. éd. Errance

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2 janvier 2011 7 02 /01 /janvier /2011 17:11

burgondie  Le royaume de Burgondie (voir carte) est un royaume artificiel. En 435, les hordes Burgondes (dont les ancêtres provenaient de Scandinavie), qui avaient passées le Rhin, furent écrasées par Aétius. Refluent un moment, elles se heurtèrent aux Huns qui les massacrèrent. En pleine déroute, elles furent, selon une habile politique des Romains, adoptées par l'Empire. Ces barbares, assignés dans un royaume taillé spécialement pour eux, avec Genève pour centre, devenaient les alliés de Rome et gardiens des frontières, sur le Rhin et la Saône. Pour les fixer sur le sol gaulois, on leur octroyait des droits exorbitants; dans chaque lieu où ils choisissaient de s'installer, ils devenaient propriétaires du tiers de la maison et des esclaves, des deux tiers des terres et de la moitié des bois. Même si ces barbares, convertis à l'arianisme, ne persécutaient pas les catholiques, comme le faisaient les wisigoths, le fait qu'ils entretenaient marginalement leurs évêques et leurs prêtres froissait la population. Ainsi, pour les Gaulois, cet étranger minoritaire et hérétique était de plus un usurpateurs de leur droits et une présence détestée.

  Après la mort d'Aétius, les légions romaines devaient faire face aux Wisigoths, aux Saxons et aux Francs; les Burgondes en prirent à leur aise, et s'étendirent dans la vallée du Rhône, occupant tour à tour Lyon, Vienne, Valence, Avignon, et ne s'arrêtant qu'en trouvant la Gondebaud StatueProvence occupée par les Ostrogoths. Le roi Gundioc (436-473) avait partagé son royaume entre ses quatre fils; après la mort successive de ses frères, l'aîné, Gundobald (ou Gondebaud), était resté depuis 507 l'unique souverain de Burgondie. Vaincu et soumis par Clovis, il restait allié et tributaire des Francs comme il l'avait été des Romains. À cela s'ajoutait qu'il était l'oncle de Clotilde. Les quatre fils de Clovis gardaient donc quelques scrupules à son égard; mais ils écoutaient chaque jour les plaintes de la population spoliée, et des évêques agacés d'avoir pur roi un négateur de la divinité de Jésus-Christ. Les rois francs ne convoitaient pas ce royaume pour des raisons religieuses, comme leur père attaquant Alaric; mais ils savaient que; s'ils entreprenaient sa conquête, ils seraient approuvés et bénis.

  Cependant, de nouveaux éléments secouaient la monarchie burgonde. Gondebaud, voyant approcher sa fin, songeait à sa succession. Il constatait combien la réunion des différentes parties du royaume sous son unique sceptres était bénéfique pour son peuple, et avait décidé de conserver son unité. Au lieu de prévoir un partage qui aurait satisfait ses deux fils, Sigismond et Gondomar, il préféra léguer son pouvoir au seul aîné, instituant ainsi la succession par primogéniture. Dans une cérémonie solennelle, devant ses guerriers réunis, il associa Sigismond au trône et lui donna le titre de roi. Il demanda pour lui à Théodoric le Grand, roi des Ostrogoths, la main d'une de ses filles; et il en reçu Ostrogotha. C'était, pour Gondebaud, le gage d'une alliance et d'une protection de la part du puissant roi voisin, et, pour Théodoric, l'affirmation de sa domination dans le monde barbare. Il avait pour cela tissé tout un réseau d'alliances matrimoniales qui faisaient de lui une sorte de père de l'Europe. Ayant épousé Aldoflède,sœur de Clovis, il était l'oncle des jeunes rois francs. Ilavait donné en mariage à Thrasamond, roi des Vandales, sa sœur Amalafrède et à Alaric II, roi des Wisigoths, sa fille Theudgotha; ce qui faisait de lui le grand-père du petit roi Amalaric, successeur d'Alaric sur le trône des Wisigoths d'Espagne.

  Sous l'influence de son beau-père et d'évêques ariens, Sigismond n'hésita pas à s'opposer à la population catholique, ce qui lui aliéna plus encore la considération de la population gauloise.

  Et pourtant...

  Sous l'influence de saint Avit de Vienne, Ostrogotha, l'épouse de Sigismond, abjura l'arianisme. Le vieux Gombaud, tolérant, ne s'en était pas ému; mais son fils en avait été affligé, ce qui rendait difficile à la jeune reine d'exercer sur lui l'ascendant que Clotilde avait exercé sur Clovis. Elle attendait cependant son heure, et elle vint vite. Quelques jours après que Sigismond ai banni l'évêque de Valence pour désaccord, le burgonde fut saisi d'une fièvre intense qui laissa entrevoir une issue fatale. La reine pria Apollinaire, l'évêque exilé de venir au chevet de son mari : peut-être obtiendrait-il sa conversion in articulo mortis, et peut-être même sa guérison; mais Apollinaire ne croyant pas en l'efficacité d'une intervention refusa de faire le voyage inverse. Ostrogotha alla à Lyon pour le supplier; tout ce qu'elle obtint, ce fut d'emporter son manteau. Retournée auprès de son mari, elle étendit sur lui ce vêtement qu'elle considérait comme une relique. À l'instant même, la fièvre quitta Sigismond, qui se leva et se sentit en parfaite santé. Quand son épouse lui eut révélé la cause de cette subite guérison, le roi se précipita à Lyon et se jeta aux pieds d'Apollinaire.

_ J'ai péché, confessa t-il. J'ai commis l'iniquité en persécutant les saints du Seigneur. Et la justice de Dieu s'est appesantie sur moi.

  Il alla trouver Avit à Vienne et lui demanda la faveur de devenir catéchumène. L'évêque, qui était en outre un ami de son père, l'instruisit quotidiennement et, dans une cérémonie publique, qui fit la joie des catholique et la rage des ariens, il reçut son abjuration.

 

sigismond

                                                                     Scène de la vie de saint Sigismond

  Gombaud n'avait rien fait pour empêcher l'abjuration de son fils. Ses coreligionnaires le soupçonnaient même de s'en réjouir. Il appelait en effet de plus en plus fréquemment Avit dans son palais pour avoir avec lui des conversations théologiques; gagné petit à petit par ses arguments, il lui disait regretter de ne pouvoir passer d'un culte à l'autre à cause de sa fonction de roi protecteur des évêques ariens. Ces paroles avaient été ébruitées, et les ariens, tout en s'affligeant de voir leur roi abandonner ses convictions, se contentaient de le voir rester l'un des leurs pour les apparences. La conversion publique de son fils laissait entrevoir d'important changements lorsque celui-ci accéderait au trône.

  En 516, quand Gombaud mourut, Sigismond prit aussitôt le pouvoir et logiquement, proclama le catholicisme religion de ses États. Un roi catholique, des sujets majoritairement catholiques, il ne restait plus aux nobles Burgondes qu'à suivre le mouvement, ce qu'ils firent rapidement pour la plupart; tout comme un grand nombre de prêtres ariens, les autres quittèrent le royaume.

  La Burgondie toute entière devenait catholique, et l'arianisme quittait les Gaules.

 

  Cet événement n'arrangeait pas les fils de Clovis qui perdaient tout prétexte d'intervention chez leur voisin. Mais l'avenir leur en fournirait bien un autre...

 

Sources : Clotaire Ier, fils de Clovis Ivan Gobry - Histoire de la Savoie Christian Sorrel

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12 décembre 2010 7 12 /12 /décembre /2010 12:21

  Dans son livre consacré à Clotaire Ier (Clotaire Ier fils de Clovis- Ed. Pygmalion), Ivan Gobry affirme que la bataille dite de Tolbiac (aujourd'hui Zülpich), n'a eu lieu ni à Tolbiac, ni en 496.

  Ary Scheffer - Bataille de Tolbiac 496

 

  Si l'on consulte les ouvrages traitant de ce sujet, ou si l'on tape celui-ci sur un moteur de recherche, la bataille de Tolbiac sera presque exclusivement décrite comme ayant eu lieu en 496, et que c'est durant celle-ci que Clovis, voyant la défaite face aux Alamans se dessiner, invoqua le Christ, « O Jésus-Christ, que Clotilde affirme Fils du Dieu Vivant, toi qui donnes du secours à ceux qui sont en danger, et accordes la victoire à ceux qui espèrent en toi, je sollicite avec dévotion la gloire de ton assistance : si tu m’accordes la victoire sur ces ennemis, et si j'expérimente la vertu miraculeuse que le peuple voué à ton nom déclare avoir prouvé qu'elle venait de toi, je croirai en toi, et me ferai baptiser en ton nom. J'ai en effet invoqué mes dieux, et, comme j'en fais l'expérience, ils se sont abstenus de m'aider; ce qui me fait croire qu’ils ne sont doués d'aucune puissances; eux qui ne viennent pas au secours de ceux qui les servent. C'est toi que je t’invoque maintenant, je désire croire en toi ; pourvu que je sois arraché à mes adversaires »[1], ce qui constitue l'une des raisons principales à la conversion du roi franc.

 

  Mr. Gobry indique qu'une bataille a bien eu lieu à Tolbiac, mais que celle-ci opposa Sigebert, roi des Francs ripuaires, à une troupe d'envahisseurs alamans.

 

  Et justement, si l'on recherche des documents (peu nombreux, ou très incomplets) faisant référence à Sigebert, on trouve qu'effectivement, celui-ci livra bataille à Tolbiac : En 496, les Alamans envahissent le royaume de Cologne. Le roi, Sigebert fait alors appel à Clovis, dont il est parent, qui vient à son secours. Les deux hommes livrent le combat à Tolbiac, défont et repoussent les Alamans. Sigebert est blessé au genou au cours de la bataille, blessure qui lui vaut le qualificatif de « boiteux » [2] Il est clair que cette bataille n'est pas celle évoquée précédemment.

 

  Alors, Clovis livra t-il deux fois bataille à Tolbiac ?

  Où bien est-ce Ivan Gobry qui a raison quand il dit qu'en réalité la miraculeuse victoire des Francs sur les Alamans se déroula "en un lieu non identifié entre Strasbourg et Worms" ?

 

  Deuxième point : la bataille est présentée comme s'étant déroulée en 496. Mais certains historiens la situerait en 506 en raison d'une lettre de Théodoric, roi des Ostrogoths, datant de cette année et dans laquelle il félicite Clovis de sa grande victoire sur les Alamans. 

  Pour Ivan Gobry, les événements se déroulèrent en 495 , car Grégoire de Tours cite cette bataille comme s'étant déroulée "la quinzième année du règne de Clovis". Or, Grégoire ne dit pas "quinze ans après" mais, à la manière romaine "la quinzième année", donc quatorze ans après !

 

  Alors, coup de tonnerre, erreur collective ?! Que faut-il en penser ?

    

  Si le lieu réel de la bataille n'a pas vraiment d'importance, la date de celle-ci a une influence sur celle du baptême de Clovis. En attendant de nouvelles découvertes écrites ou archéologiques, nous resterons un peu dans le doute, et nous nous contenteront de retenir que dans l'"affaire de la bataille de Tolbiac", le fait marquant, c'est l'intervention divine qui entraîne la conversion de Clovis, son baptême, qui fera du roi barbare, le vrai souverain de ses sujets; et de la France, la fille aînée de l'Église.

 

[1] d'après Grégoire de Tours dans le chapitre II de l'Histoire des Francs 

[2] selon C. Settipani "spécialiste" dans les filiations et les parentés des personnages du haut Moyen Âge et de l’Antiquité.

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8 décembre 2010 3 08 /12 /décembre /2010 22:54

  Au VIè siècle, le pouvoir en Gaule est détenu par une dynastie d'origine germanique : les Mérovingiens. La Gaule romaine disparaît progressivement, faisant place au royaume des Francs, établit par Clovis, agrandie par ses fils, et qui deviendra la France.

 

  La romanisation de la Gaule s'était faite par l'intermédiaire de l'administration du pouvoir romain et la composition de la population avait peu changé.

  Les invasions barbares, puis l'installation des Francs Saliens sur les terres gauloises s'accompagnent d'un transfert de population infiniment plus importante que celui que représentait la colonisation romaine, sauf peut-être dans la région de Narbonne et, à la frontière, dans la région de Trèves.

 

  Le peuple de Gaule a accepté d'être guidé par ce roi barbare qu'est Clovis, et sa conversion au catholicisme y est pour beaucoup. Les Gallo-romains paraissent n'avoir qu'un désir : s'assimiler aux Francs, devenir francs eux-mêmes. Une seule région restera plus ou moins rebelle à l'influence franque : c'est l'Aquitaine. Les Mérovingiens ne cesseront de se disputer ce territoire entre Loire et Pyrénées dont une partie, à la fin du VIè siècle sera envahie par les Basques venues d'Espagne.

 

  L'intégration des Francs et l'acceptation de leur installation en Gaule trouve témoignage dans le grand nombre de noms de lieux et de noms de personnes ayant une origine franque. Citons par exemple les noms en anga ou ange dans la Belgique wallonne et la Lorraine, en ans en Franche-Comté, en ens ou en ins en Savoie.

  Les gallo-romains dès le VIIè siècle, adoptent les noms francs, si bien qu'à partir de cette époque, il devient difficile de distinguer l'origine germanique ou gallo-romaine des personnages.

  Straban avait d'ailleurs dit que si les Germains diffèrent quelque peu des Celtes par leurs traits physiques, ils s'en rapprochent " par l'aspect, les mœurs et les lois".

  Il paraît évident qu'entre le peuple celte et les peuplades germaniques, franques surtout, existaient des affinités que l'occupation romaine n'a pas fait disparaître. Le peuple gaulois qui s'était soumis aux règles de l'occupant, y trouvant son compte dans de nombreux domaines, retrouve chez les Francs de nombreuses similitudes dans la manière de vivre, dans le comportement domestique et privé. Les Gallo-romains, majoritairement d'origine celte, se sont peut-être un peu retrouvés eux-même sous le règne des mérovingiens.

 

  L'héritage romain n'est pas pour autant jeté aux oubliettes, et malgré le bouleversement qu'occasionne la chute de Rome et l'avènement des rois Francs, les services publiques : entretien des routes et des ponts, fonctionnement de la poste, et même la mise à jour du cadastre restent les mêmes. On continue de percevoir dans les bureaux de péage et de douane les taxes perçues sous l'Empire. Les corvées et prestation diverses, les taxes prélevées dans les marchés sur la vente des denrées, sont sensiblement les mêmes que dans les siècles précédents.

 

  Il y a un domaine où la transformation de la société est significatif : le droit civil.

  Celui-ci repose avant tout sur une conception très puissante du mariage et de la famille, et cette conception marquera toute l'histoire du peuple français; elle en sera même l'élément de base.

 

  La famille.

 

  En droit romain la famille ne représente qu'une unité assez indécise. Elle ne vit en fait que par la personnalité du père qui possède à la fois l'autorité du chef et celle du prêtre. Le pater familias a le droit de vie et de mort sur tous ceux qui composent la famille : femmes, enfants, esclaves et même la clientèle. Ce pouvoir lui est attribué pour toute sa vie; ses enfants restent, quel que soit leur âge ou leur situation, sous la dépendance, y compris les fils mariés, à moins qu'ils n'aient été émancipés. La seule parenté reconnue est la parenté par les mâles; et c'est le père seul qui hérite de ses enfants dans le cas où ceux-ci possèdent quelques biens d'origine extra-familiale et meurent avant lui. Le patrimoine reste la propriété absolue et individuelle du père de famille, qui a le droit de régler à son idée les ventes ou les échanges, et de disposer à sa volonté de ce bien par testament.

 

  Ajoutons que le divorce, admis chez les Romains par simple consentement mutuel, donne à cette famille peu de fixité.

 

  Le contraste est absolu avec la famille franque. Celle-ci repose non sur l'autorité d'un homme, mais sur les liens qui unissent les personnes d'un même sang, qu'elle se rattache au père ou à la mère. C'est l'association naturelle entre parents issus d'un même ménage, qui se doivent protection mutuelle et jouissent en commun du bien familial. Dans les pays du Nord de la Loire, où la coutume franque l'a emporté sur toute autre, l'habitat lui-même a traduit ce sens de l'appartenance commune de tous les membres de la famille à un même foyer : la pièce principale de la maison est une salle commune à tous, des plus jeunes aux plus âgés. La famille se comprend comme le groupement de tous ceux qu'abrite le même toit.

 

maison-franque 2

                                                                                     Foyer Franc

 

  Dans cette famille franque, le père n'est pas un maître absolu; il est plutôt considéré comme une sorte d'administrateur, de gérant pour le compte de la communauté. C'est la famille toute entière, considérée comme une unité caractérisée, qui est propriétaire. Aussi ne reconnaît-on pas au chef de famille le droit de disposer de ses biens par testament. Si l'un des membres de la famille veut vendre telle ou telle partie de son bien, les autres ont priorité pour les racheter (même s'il ne s'agit que de parents éloignés, cousins, neveux, dont le patrimoine est différent).

 

Jeunes-francs

                                                             Jeunes Francs

 

  Le pouvoir du chef de famille se réduit à un droit de protection, de sauvegarde; il s'agit en fait d'un devoir beaucoup plus que d'un droit. Et c'est la raison pour laquelle la femme ne peut, selon la coutume des francs saliens, hériter d'un domaine; car elle n'aura pas la force de le défendre en un temps où le droit de guerre privée existe encore, bien que réduit. Quant aux enfants, ils acquièrent leur indépendance dès leur majorité : 12 ans chez les Francs Saliens. Il faur ajouter que l'enfant majeur, bien que pleinement indépendant, gardait l'appui de sa famille. La solidarité familiale est le caractère essentiel de la société franque et comme les liens du sang sont indissolubles, on en jouit toute sa vie; l'enfant majeur peut s'installer où il veut, mais au point de vue du droit il continue à jouir de l'appui de ses frères.

 

  Dans la loi salique, lorsqu'un membre d'une famille commet un délit, la responsabilité de tous les membres est engagée pour le paiement de la réparation; et inversement tous les membres de la famille ont droit à la composition versée si l'un d'entre eux a été victime d'un délit ou d'un meurtre. Celui qui veut se soustraire à cette responsabilité collective par laquelle la famille est considérée comme un être unique doit faire publiquement acte de désaveu : il se rend au tribunal avec les siens, brise sur sa tête trois baguettes d'aulne, en jette les morceaux aux quatre coins de la salle et déclare solennellement son abandon de l'héritage familial. Hors cette renonciation publique, il a part à tous les heurs et malheurs qui atteindront les siens. À la permanence de la famille est lié celle du patrimoine, qui ne peut être aliéné et n'est jamais considéré comme une propriété individuelle.

 

  La mariage qui est l'élément constitutif de la famille, fera l'objet d'un prochain article.

 

  Source : Histoire du peuple français - Tome I - Régine Pernoud _  La famille à l'époque mérovingienne - Charles Galy

  Photos empruntées à l'excellent site : http://www.museedestempsbarbares.fr/index.html

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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 17:53

  À la suite de la mort de Clovis survenue le 27 novembre 511, le royaume est divisé entre ses quatre fils, Clotaire, Childebert, Clodomir et Thierry, comme le prévoit la loi salique.

 

  Le territoire conquis et unifié par Clovis va donc être découpé en quatre parties. Comment le premier Roi de France a-t-il pu laisser faire cela ? Tout simplement parce qu'aux yeux des Mérovingiens, il ne s'agit nullement d'une dislocation puisque le regnum francorumreste sous l'autorité des fils de Clovis.

 

  Les Germains ignorent le droit d'aînesse, et pour eux le fait qu'un fils, sous prétexte qu'il est puîné, n'ait pas sa part d'héritage est impensable. Au contraire, il faut que ce partage soit le plus équitable possible; les principaux intéressés, et leurs entourages, savent y veiller. Le royaume revient en fait aux enfants mâles des épouses du roi. Clovis ayant eu deux épouses, le royaume est divisé en deux : une moitié "pour" sa première épouse(dont on ignore le nom), mère de Thierry, et l'autre moitié "pour" Clotilde, mère de Clotaire, Childebert et Clodomir.

 

  Thierry, qui est le seul adulte de la fratrie, né du premier mariage de Clovis avec une princesse rhénane, obtient un territoire partant des rives du Rhin jusqu'au centre de la gaule, mais aussi l'Auvergne et le Rouergue (voir carte ci-dessous).

  Il choisit comme capitale la ville de Metz, plutôt que Reims, peu sûre car trop proche des territoires de ses frères. 

 

  Clotaire, reçoit le vieux pays salien, situé entre la Somme et la Meuse et dont Soissons est la capitale, ensemble auquel les diocéses d'Aquitaine, Agen, Bazas et Périgueux sont adjointes (voir carte ci-dessous).

 

  Childebert devient roi de Paris, il hérite outre de la région parisienne, les actuelles régions Picardie, Normandie, Maine, ainsi qu'une partie de la Charente et de la Gironde (voir carte ci-dessous).

 

  Enfin, le royaume de Clodomir se situe à cheval sur la Loire, il contient l'Orléanais (Orléans est d'ailleurs sa capitale), la Touraine, l'Anjou, le Berry, et une partie du Maine (voir carte ci-dessous).

 

Partage du roy. de Clovis

  La Bretagne, qui reste hors de portée de la domination mérovingienne, ne fait pas partie de ce partage, de même que la Gascogne, où les Vascons restent indomptés, la Septimanie, qui demeure wisigothe et la Provence, possédés par les Ostrogoths d'Italie. Quant à la Burgondie, elle est encore indépendante lors du partage.

 

  Chacun des quatre fils de Clovis est maintenant installé, les ambitions et des convoitises vont bientôt se déchaîner.

 

sources : Les héritiers de Clovis - collection Rois de France - ed. Atlas_  Clovis - Michel Rouche - ed. Fayard_ Grégoire de Tours - Histoire livre IV

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14 novembre 2010 7 14 /11 /novembre /2010 17:50

 Le 27 novembre 511, le roi Clovis 1er s'éteint à quarante cinq ans. Les circonstances exactes de son décès ne sont pas connues; rien n'ayant été écrit à ce sujet, on peut en déduire qu'il ne mourut pas de mort violente. Sa présence quelques mois auparavant au Concile de Reims, laisse supposer qu'il n'était alors pas amoindrie par ce que l'on appelle une longue maladie.

 

  Ainsi qu'il l'avait souhaité, il sera enseveli royalement en la basilique des Saints-Apôtres, à l'emplacement de l'actuelle rue Clovis à Paris, dont il avait fait sa capitale.

  L'église qu'il avait voulu spécialement belle, sur la colline parisienne qui dominait la rive gauche de la Seine, au dessus du palais des Thermes, n'était pas terminée. Mais elle avait déjà son plafond de bois ouvragé, ses splendides colonnes de marbre antiques, dérobées à des temples païens abandonnés, et des fresques à sujets bibliques devaient en orner les murs.

 

  Le 3 janvier 512, plus que nonagénaire, Geneviève s'éteint à son tour. C'était pour elle, vénérée comme une sainte de son vivant, que Clovis a fait édifier ce tombeau grandiose. Celle qui après lui avoir tenu tête, était devenue son amis, occupera désormais la même demeure.

  Clotilde a trente cinq ans. Elle quitte alors Paris pour Tours, où elle trouvera refuge dans la prière, se faisant remarquer par ses larges aumônes et ses fondations d'églises jusqu'à sa mort, le 3 juin 545. Son corps sera alors rapatrié à Paris et déposé aux côtés de son époux.

 

  À la mort de Clovis, et pour la première fois depuis la chute de Rome, la majeur partie du territoire de la France actuelle est unifiée. Et bien que les Francs n'aient été, dans la masse de la population gauloise, qu'un nombre infinitésimal, absorbé depuis longtemps dans le peuple d'origine, la Gaule, au IXè siècle, troquera son ancien nom pour le leur, rendant ainsi hommage à Clovis, roi des Francs, fondateur de la France.

 

511.mort-clovis

 

  Le royaume est partagé entre ses quatre fils, Thierry, Clodomir, Childebert et Clotaire. Une période de partage successoraux pour le moins agité s'engage, sans que toutefois l'unité réalisée durant le règne de Clovis ne soit définitivement rompue.

 

  Source : Grégoire de Tours - livre II_ Laurent Theis - Clovis de l'histoire au mythe_ Clovis - collection Les Rois de France ed. Atlas_ Michel Rouche - Clovis - ed.Fayard

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30 septembre 2010 4 30 /09 /septembre /2010 15:37

  Lors du concile d'Orléans en 511, Clovis 1er fait proclamer la loi salique, qu'il avait fait coucher par écrit entre 508 et 510. D'abord mémorisée et transmise oralement, Pactus legis salicæ (pacte de la loi salique), est la première version, qui sera remaniée plusieurs fois par la suite, jusqu'à Charlemagne.

 

  Simple coutume de droit privée, la loi salique n'a rien à voir à l'origine avec la dévolution royale. C'est un code de procédure criminelle et un code de la famille, base de la société franque. Elle se présente comme une suite d'articles numérotés les uns derrière les autres sans logique ni enchaînement, et est destinée aux hommes libres.

    salica

  

  La raison d'être du Pacte loi salique

 

  La nature du Pacte découle du statut des Francs dans l'empire romain. En tant que peuple fixé dans l'État, avec mission de défendre le nord de la Gaule, les chefs, appelés rois, n'avaient pas le droit de légiférer pour la population indigène, toujours soumise aux lois impériales. À l'origine, ce texte ne concerne que les Francs. L'intention de cette loi est de faire diminuer la violence qui règne au sein de la société franque en mettant fin aux vengeances personnelles interminables, en les remplaçant par la notion de transaction, de compensation, qui payée à la famille de la victime rachète le crime ou le délit et renonce à leurs représailles. Cette amende était fixée par un tribunal composé de jurés choisis parmi les notables. Un tiers des sommes allaient dans les caisses de l’état, à titre de compensation pour trouble causé à la paix publique (frédus). La loi salique entre à ce sujet dans les plus petits détails, tous les délits et crimes imaginables sont répertoriés avec précision  et tarifés selon un barème minutieux. Le pacte n'est pas une loi mais un tarif fixant les sanctions pour les délits condamnés par les lois éditées dans le code Théodosien, en 438, et promulgué, lui aussi, avant l'éclatement de l'Empire. Il était donc accompagné de règlements pour donner aux juges le montant des peines à appliquer pour tout manquement à la loi. Les Francs ont donc accepté le droit romain tel quel, comme le prouvent les formules et les actes mérovingiens conservés, où les références à la "loi romaine", c'est à dire au code Théodosien, sont fréquentes. Les rois se sont donc contentés de l'adapter à leurs coutumes en faisant rédiger par quatre juristes francs un tarif inspiré de celui ou de ceux qui existaient en Gaule.

 

  À l'époque mérovingienne, la monnaie est toujours le sous d'or de Constantin que les ateliers francs frappent jusqu'en 539, à l'effigie des empereurs byzantins. Assez rare encore, elle ne sert pratiquement pas au négoce pour lequel est surtout pratiqué le troc, mais plutôt à acquitter selon le tarif imposé par la loi salique, les amendes encourues.

  Pour mieux prendre la mesure des sanctions prévues, il est utile de savoir qu'un bœuf se vendait deux sous et un cheval douze sous.

 

Le texte intégral, compte soixante-et-onze titres qui comptent chacun de un à trente-huit articles.

 

  Injures :

  Le respect et l'honneur étaient des éléments capitaux dans la société franque, aussi injurier ou provoquer quelqu'un était sévèrement puni.

_ Quiconque aura appelé un autre homme, infâme, sera condamné à payer 600 deniers, ou 15 sous d’or.

_ S’il l'a appelé poltron, il sera condamné à payer 240 deniers, ou 6 sous d’or.

_ Si un homme ou une femme, de condition libre, a appelé une femme courtisane, sans pouvoir établir la justesse de cette dénomination, le coupable sera condamné à payer 45 sous d’or.

  Vols d'animaux :

  La vie était rude et le moindre vol pouvait avoir des conséquences dramatiques pour sa victime et sa famille.

_ Quiconque sera convaincu d’avoir volé un cochon de lait, de la première ou seconde portée, sera condamné à payer 120 deniers, ou 3 sous d’or, sans préjudice de la valeur de l’animal volé, et des frais de poursuite.

_ Quiconque aura dérobé une vache et son veau, sera condamné à payer 1.400 deniers, ou 35 sous d’or, outre la valeur des animaux volés et les frais de poursuite.

_ Quiconque aura dérobé, ou tué un grand chien, conducteur de meute, sera condamné à payer 1.800 deniers, ou 45 sous d’or, outre la valeur de l’animal et les frais de poursuite.

_ Quiconque aura dérobé une ruche, placée sous un toit, ou dans une enceinte fermée à clé, sera condamné à payer 1.800 deniers, ou 45 sous d’or, outre la valeur de l’objet volé et les frais de poursuite.

_ Quiconque aura dérobé le cheval de guerre d’un Franc, sera condamné à payer 1.800 deniers, ou 45 sous d’or, outre la valeur de l’animal et les frais de poursuite.

  Meurtres :

  La loi salique, c'est la loi des Francs, et les Francs sont les nouveaux maîtres de la Gaule. Aussi, la vie d'un franc vaut plus que celle d'un romain ou d'un gallo-romain. 

_ Si un esclave a tué un esclave, mâle ou femelle, de la même condition que la sienne, le meurtrier deviendra la propriété commune des deux maîtres de ces esclaves.

_ Si un ingénu (homme libre) a tué un Franc, ou un Barbare vivant sous la loi salique, il sera condamné à payer 8.000 deniers, ou 200 sous d’or.

_ Si quelqu’un a tué un antrustion du roi, il sera condamné à payer 24.000 deniers, ou 600 sous d’or.

_ Quiconque aura tué un Romain tributaire, sera condamné à payer 1.800 deniers, ou 45 sous d’or.

 Copie manuscrite sur velin loi saliqueVIIIèsiècle

 

    Faire appliquer la loi salique c'est aussi asseoir son autorité. Toutefois, chacun des sujets de Clovis peut demander à être jugé selon la loi de son peuple. Une fois la condamnation prononcée, la personne reconnue coupable devait s'acquitter d'une amende dont un tiers allait dans les caisses de l'État à titre de compensation pour trouble causé à la paix publique.

  Le système de fonctionnement du pacte de loi salique, s'il punit de façon dissuasive le vol ou l'injure par exemple, semble donner le droit de tuer à condition de posséder quelques économies. Cependant, au titre LVIII (58), la loi prévoit le cas d'un assassin ne pouvant s'acquitter de la somme imposée. Si cette incapacité a été constatée par douze jureurs; le coupable doit ramasser aux quatre coins de sa maison une poignée de terre puis la jeter par dessus son épaule, de la main gauche, sur son plus proche parent. Ce dernier est dès lors chargé du règlement de l'amende. Mais il peut, à son tour, et par le même procédé, transmettre cette obligation à son plus proche parent. En dernière instance, le fauteur de trouble est reconduit devant le tribunal qui dispose de sa vie.

 

  Un seul forfait est considéré comme inexpiable : la violation et le pillage de sépulture. Qui s'en rend coupable est exclu de la communauté. Sa propre famille n'a pas le droit de l'héberger et il n'est absous que si les parents de celui dont il a profané la tombe acceptent de lui pardonner. La solidarité familiale est poussée chez les Francs à un point extrême. La famille est une entité collective responsable des actes de chacun de ses membres. Si l'un d'eux commet un crime ou un délit, c'est donc toute la famille qui est obligée de payer; et, inversement, la famille de la victime se partage l'amende, la moitié allant aux enfants, l'autre moitié aux collatéraux. La loi salique contient aussi des dispositions concernant le droit privé qui marque la prééminence de l'homme et de la famille. La femme est ainsi exclue systématiquement de la succession aux biens fonciers.

  À ce sujet, voyons ce qui est dit dans le pacte de loi. L'article 62 du pactus initial porte sur la transmition des terres (alleux).

« De terra salica nulla portio hereditatis mulieri veniat, sed ad virilem sexum tota terræ hereditas perveniat. »

 « Quant à la terre salique, qu'aucune partie de l'héritage ne revienne à une femme, mais que tout l'héritage de la terre passe au sexe masculin. »

  Mais qu'est-ce que la terra sallica ? Le royaume Franc; le territoire du roi des Francs; la terre que possède un Franc en général, le territoire conquis par les Francs au moment de la rédaction de l'article 62...

  Une hypothèse intéressante est avancée : L'empereur Alexandre Sévère, puis ses successeurs, installaient leurs soldats sur des terres vierges (saltus) ou conquises, situées en bordure du territoire de l'Empire afin de renforcer ces régions. Ces terres offertes en récompense d'un long séjour effectué au sein de l'armée était transmissible à leurs enfants, mais tout occupant était redevable d'un service militaire.  La terra salica, serait alors peut-être celle des provinces dans lesquelles les Francs saliens ont été originellement implantés en tant que Lètes (soumis à l'armée), ce qui expliquerait que les femmes n'y aient pas droit, ne pouvant servir dans l'armée romaine.

  Le but de ce passage serait donc d'assurer que ces terres, obtenues grâce à un régime militaire létique, restent entre les mains d'hommes mobilisables pour l'armée. Cette hypothèse est corrélée par le fait que les terres « non-saliques », dont la possession par des femmes est attestée, sont toujours hors des provinces sur lesquelles les sources administratives romaines signalent des Lètes francs.

 

  Au début du VIème siècle, le Gaule n'est pas encore unifiée. Une partie du territoire est détenu par les Burgondes (Est), une autre par les Wisigoths (Sud-Ouest).

  Gondebaud, le roi Burgonde, rédige à Lyon un code de loi appelé Lex Gundobada (Loi gombette), inspiré des lois romaines, rédigés avec le conseil de juristes romains. La nouvelle loi remplace dans presque tous les domaines les anciennes lois, lesquelles avaient maintenu des distinctions entre Gallo-romains et Burgondes. Dorénavant, la loi gombette soumet ceux-ci aux mêmes amendes, autorise les mariages mixtes, et permet à tous de servir dans l'armée. Les textes de la Lex Gundobada ordonnent par exemple : de respecter les ecclésiastiques ainsi que leurs propriétés; accordent les rôles héréditaires des terres données par le roi à l'un de ses sujets (c'est sur cet article que se bâtit la féodalité); ordonnent que si un homme refuse la dette ou le serment de son adversaire, les débats cessent, et si l'un et l'autre consentent à faire connaître la vérité par le sort des armes, il faut leur accorder le combat : le jugement de Dieu (c'est sur cet article que les duels sont instaurés, il faudra attendre mille ans pour qu'il soit abrogé).

AlaricII 

  En territoire Wisigoth, Alaric II fait promulguer en 506, un recueil de droit romain appelé brevarium alarici (Bréviaire d'Alaric), qui compile et interprète le code de Théodose. Le bréviaire composé à Aire,alors capitale du royaume, est approuvé par les notables gallo-romains, ecclésiastiques et laïques.

  Après la conquête du territoire des Wisigoths par Clovis, le Bréviaire d'Alaric fut rendu applicable à tous ses sujets en Gaule.

 

 

 

(ci-contre, enluminure du Bréviaire d'Alaric)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
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17 septembre 2010 5 17 /09 /septembre /2010 18:44

  statue-clovis10

                                   Statue de saint Remi donnant le saint Baptême à Clovis.

                                           Parvis de la cathédrale Notre-Dame de Reims.

 

  Dans sa biographie de saint Rémi, rédigée vers 870, Hincmar, Archevêque de Reims, relate un événement peu repris par les historiens, qui se serait déroulé lors du baptême de Clovis :

 

  «Soudain, une lumière plus éclatante que le soleil inonde l'église ! Le visage de l'évêque (Rémi) en est irradié ! En même temps retentit une voix : "La paix soit avec vous ! C'est moi ! N'ayez point peur ! Persévérez en ma dilection[1] !"

  Quand la voix eu parlé, ce fut une odeur céleste qui embauma l'atmosphère.

  Le roi, la reine, toute l'assistance épouvantés se jetèrent aux pieds de Saint Rémi qui les rassura et leur déclara que c'est le propre de Dieu d'étonner au commencement de ses visites et de réjouir à la fin.

  Puis soudainement illuminé d'une vision d'avenir, la face rayonnante, l'œil en feu, le nouveau Moïse s'adressant directement à Clovis, Chef du nouveau Peuple de Dieu, lui tint le langage (identique quant au sens) de l'ancien Moïse à l'Ancien Peuple de Dieu :

  "Apprenez, mon fils, que le royaume de France est prédestiné par Dieu à la défense de l'Église Romaine qui est la seule véritable Église du Christ.

  Ce royaume sera un jour grand entre tous les royaumes.

  Et il embrassera toutes les limites de lEmpire Romain !

  Et il soumettra tous les peuples à son sceptre !

  Il durera jusqu'à la fin des temps !

  Il sera victorieux et prospère tant qu'il sera fidèle à la Foi Romaine.

  Mais il sera rudement châtié toutes les fois qu'il sera infidèle à sa vocation. »

 

  Au IXè siècle, Raban Maur, Archevêque de Mayence, a rendu public le passage suivant qui aurait été prononcé également par Saint Rémi à la fin de son allocution :

  «Vers la fin des temps, un descendant des rois de France régnera sur tout l'antique Empire Romain.

  Il sera le plus grand des rois de France et le dernier de sa race.

Après un règne des plus glorieux, il ira à Jérusalem, sur me Mont des Oliviers, déposer sa couronne et son sceptre, et c'est ainsi que finira le Saint Empire Romain et Chrétien.»

 

 

[1] Dilection : (n.f.) Amour pur et pénétré de tendresse spirituelle.

 

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16 septembre 2010 4 16 /09 /septembre /2010 13:36

  Chlodwigs taufe

                                               Le baptême de Clovis, d'après saint Gilles.

 

  Clovis a pris sa décision : il veut être chrétien, comme son épouse Clotilde, comme son ami Aurélien, comme Rémi, l'évêque de Reims qui est son conseiller depuis plusieurs années, et puis, surtout, comme une grande partie de ses sujets.

  Aussitôt son intention annoncée, Rémi vint à Soissons et entreprit de catéchiser le roi. La tache de l'évêque est considérable; outre la vie du Christ, c'est son message de paix, d'amour, de justice et d'espoir qu'il faut faire comprendre à ce roi guerrier. Comment lui expliquer que Jésus, tout puissant, se soit laisser crucifier sans combattre : «Ah ! Si j'avais été là avec mes hommes !» s'écrit-il ! Heureusement, Rémi est un bon catéchiste; il explique au Franc qu'il devait en être ainsi, qu'il fallait que s'accomplît l'œuvre de la Rédemption. Aux hommes maintenant de se montrer digne de Son sacrifice, et à Clovis, Lieutenant de Dieu, d'agir en son pouvoir pour protéger et servir l'Église du Christ.

  Le saint évêque de Reims sait bien qu'il sera difficile de brider la violence et l'impétuosité de  Clovis, mais s'il ne peut faire de lui un saint, au moins en fera-t-il un défenseur de la Foi.

 

  L'enseignement religieux de Clovis avance, Clotilde, elle aussi participe à l'instruction du roi qui est rejoint dans son projet de baptême par ses sœurs, Alboflède et Lantechilde.

  Une chose tracasse cependant le futur catholique : Si ses sujets gaulois et gallo-romains se réjouiront de sa conversion, qu'en sera-t-il des Francs ?

  Ces derniers justement s'interrogent, tous savent ce qui s'est passé à Tolbiac; c'est le dieu des chrétiens qui a évité une catastrophique défaite aux Francs. Depuis, les anciennes moqueries sur les chrétiens, ces faibles, ces vaincus, ces incapables, se font rares. En y réfléchissant bien, ils connaissent les uns et les autres, des Fédérés germains qui se sont convertis au catholicisme; ils ont dans leur entourage des gallo-romains ou des gaulois qui eux aussi ont embrassé la foi du Christ, or, ces gens-là sont leurs amis, leurs voisins et de valeureux guerriers. Alors quand Clovis explique son choix devant son peuple, il est écouté, compris et suivi. C'est presque trop facile, comme un deuxième miracle. Il ne reste donc plus qu'à organiser la cérémonie.

 

  Le baptême qui sera célébré à Reims, dans la magnifique cathédrale édifiée un siècle plus tôt par Nicaise, aura lieu le 25 décembre 496 jour symbolique qui correspondait jusqu'alors pour les peuples francs à la fête du solstice d'hiver et qui sera à l'avenir celui du jour de la naissance du Sauveur.

  Le jour venu, la ville est parée de tentures aux couleurs chatoyantes que Clotilde a choisi. La foule, nombreuse et enthousiaste est massée aux abords de la cathédrale attendant son roi. Celui-ci arrive à cheval, suivi de son épouse et de ses sœurs dans leurs litières, escorté de guerriers en armes. Clovis a revêtu ses plus beaux habits et est couvert de bijoux.

  Le cortège s'arrête. Autour, la joyeuse agitation qui régnait fait place au recueillement. Le roi s'approche du baptistère, trop étroit pour permettre aux curieux d'y pénétrer. Ce n'est qu'une pièce ronde et exigüe. Au centre, la piscine dans laquelle les catéchumènes doivent entrer. Il déboucle le ceinturon ouvragé qui soutient son épée de parade, cloisonnée d'émaux, puis dépose ses torques d'or, ses bracelets, ses fibules romaines, ses luxueux vêtements. Il ne reste que les colliers, insignes de la royauté germanique, et un magnifique bracelet q'un orfèvre, le jour de son érection sur le pavois, a scellé autour du poignet du prince de telle façon qu'il ne puisse ni le perdre ni le retirer. Rémi veut que le roi se dépouille de ce qui fait encore de lui un chef païen.

_ " Tes colliers seigneurs..."

bapteme clovis2  Plaque en ivoire. Le baptême de Clovis avec le mirale de la Sainte Ampoule. Musée de Picardie à Amiens.

 

  Les colliers rejoignent les torques et les vêtements sur le bord du bassin, puis Clovis descend les marches de pierre et s'enfonce dans l'eau sainte. Le baptême des adultes se pratiquait toujours par triple immersion, en l'honneur des trois personnes de la Trinité.

  Rémi pose sa main sur la tête du roi :

_ "Baisse la tête, fier Sicambre. Adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré !"

  Alors que par trois fois le roi plonge dans l'eau bénite, un cri de joie retenti dehors.

  Bapteme de clovis france

                                     Le baptême de Clovis - vitrail

 

  Clovis sort du baptistère. On lui tend alors les vêtements blancs que selon la coutume, il portera huit jours. C'est l'instant d'oindre le front du baptisé avec le saint chrême, un rite habituel, mais qui appliqué au roi se charge de symboles et d'une valeur plus haute. Seulement voilà, le clerc chargé d'apporter l'huile s'est fait surprendre par la foule. Il est bloqué à l'exterieur, et personne ne sait où il est. C'est un désastre, et un bien mauvais présage !

Hincmar dans "Vita Sancti Remigii" raconte :

  «Dès qu'on fut arrivé au baptistère, le clerc qui portait le chrême, séparé par la foule de l'officiant, ne put arriver à le rejoindre.

  Le saint chrême fit défaut.

  Le pontife alors lève au ciel ses yeux en larmes et supplie le Seigneur de le secourir en cette nécessite pressante.

  Soudain apparaît, voltigeant à porté de sa main, aux yeux ravis et étonnés de l'immense foule une blanche colombe tenant en son bec une ampoule d'huile sainte dont le parfum d'une inexprimable suavité embauma toute l'assistance.

  Dès que le prélat eu reçu l'ampoule, la colombe disparut !»

 

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                                     Reliquaire de la Sainte Ampoule

 

  C'est avec le saint chrême contenu dans cette ampoule, que seront sacrés tous nos rois[1]. Pour tous les croyants, cet événement est un signe extraordinaire : Comme au baptême du Christ, c'est le Saint Esprit qui par l'effet d'une grâce singulière apparut sous la forme d'une colombe et donna ce baume divin au pontife, assistant ainsi visiblement au sacre du premier des rois de France. Par cette action, Il marque d'un signe sacré de toute spéciale prédilection la monarchie française, consacrant ses rois, en imprimant sur leur front un caractère indélébile qui leur assure la primauté sur tous les autres souverains de la terre. Ainsi pour chaque sacre du Roi de France, Dieu a voulu non d'une huile terrestre, mais d'une huile céleste afin que celui-ci (tout comme le Christ) fut non pas fictivement mais très réellement et véritablement "l'oint" du Seigneur. Ce privilège unique était reconnu dans le monde entier. Dans toutes les cérémonies diplomatiques, en effet, l'ambassadeur du Roi de France avait le pas sur ceux de tous les autres souverains parce que son maître etait "sacré d'une huile apportée du ciel" ainsi que le reconnaît un décret de la République de Venise daté de 1558. Hommage universel rendu au miracle de la Sainte Ampoule et reconnaissance éclatante de la prééminence du Roi Très Chrétien sur tous les autres princes de la terre.

  C'était pour commémorer toutes ces merveilles que le peuple, à chaque sacre ou dans chaque grande réjouissance publique, criait :

  Noël ! Noël ! Vive le roi ! Noël ! Noël !

 

  Alboflède et Lantechilde ont suivi leur frère dans le bassin. Derrière, à la file, trois mille hommes attendent d'être baptisés. Encore ne s'agit-il que de l'élite franque, les Leudes, ces hommes qui sont les plus proches du prince, les meilleurs guerriers et les plus nobles. Ceux sur qui repose la fidélité de l'armée. Pour les autres, le temps ne manquera pas.

 

  La nouvelle du baptême se répandit à travers les Gaules.

  Lutèce, où Geneviève refusait d'ouvrir les portes de la ville à Clovis tant que celui-ci ne serait pas baptisé, allait pouvoir accueillir le roi des Francs et devenir la capitale de son royaume.

  Alaric et Gondebaud reçurent la nouvelle avec nettement moins d'entrain. Voilà que le rival le plus dangereux qu'ils aient eu se rangeait du côté des indigènes, rassemblant ainsi les sympathies populaires et, surtout, la redoutable puissance du clergé catholique.

 

 

 

[1] La sainte ampoule fut brisée en 1793 par le révolutionnaire Ruhl, mais Clausel de coussergues, dans son livre "Du sacre des Rois de France", mai 1825, p 127, raconte : «Un écclésiastique et un magistrat de cette ville qui, dans ces temps affreux craignirent de compromettre un grand nombre de gens de bien, s'ils enlevaient ce précieux vase, avaient eu le soin d'en retirer une partie du baume qu'il contenait. Partagé entre cet éclésiastique et ce magistrat, ce baume a été gardé religieusement. En 1819, les parcelles en ont été réunies dans le tombeau de saint Rémi, sous la garde du curé de Saint Rémi de Reims, et des preuves authentiques, constatées par un procès-verbal, lequel a été déposé au greffe du Tribunal de Reims, ne laissent aucun doute sur la fidèle conservation de ce précieux monument du sacre de Clovis».

 

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22 août 2010 7 22 /08 /août /2010 19:36

Avit  Sextus Alcimus Ecditius Avitus, en français Avit, est né à Vienne vers 450, de haute noblesse gallo-romaine, il est le fils du sénateur Esychius qui, vers 475 fut élu archevêque de Vienne. Avit est également le petit-neveu de l'empereur Eparchus Avitus, un noble Arverne, beau-père de Sidoine Apollinaire, il devint empereur romain d'occident (455-456).

  Avit était un grand lettré, selon les critères du temps, il joua un rôle politique à la cours des rois burgondes, en rédigeant les lettres royales. Il demeurait profondément attaché à l'idée impériale (on le voit dans les lettres du roi Sigismond), mais il servait aussi ses maîtres sans arrière-pensée. Il essaya en vain de convertir le roi Gondebaud mais réussit avec le roi Sigismond vers 500.

 

EPISTVLARVM AD DIVERSOS

XXXXVI Avitus episcopus Clodevecho regi. a. 496/497

Vestrae subtilitatis acrimoniam quorumcumque scismatum sectatores sententiis suis variis opinione, diversis multitudine, vacuis veritate Christiani nominis visi sunt obumbratione velare. Dum ista nos aeternitati committimus, dum, quid recti unusquisque sentiat, futuro examini reservamus, etiam in praesentibus interlucens radius veritatis emicuit. Invenit quippe tempori nostro arbitrum quendam divina provisio. Dam vobis eligitis, omnibus iudicatis ; vestra fides nostra victoria est (...)

Mais peut être serait-ce plus clair en Français.

TRADUCTION :

[Les sectateurs de tous schismes se sont efforcés d'envelopper la finesse de votre

discernement de l'ombre de leurs discours aux idées changeantes, divergents dans leur multitude, vides de la vérité du christianisme.]1 [Tandis que nous renvoyons ces disputes à l'éternité, tandis que nous réservons au jugement dernier de connaître le bien fondé de chaque opinion, dès à présent a jailli le trait de lumière de la vérité. Car c'est de nos jours que la divine Providence a trouvé un arbitre. En faisant votre choix, c'est pour tous que vous prononcez le jugement ; votre foi est notre victoire.]2 [Dans ces cas-là, d'ordinaire, la plupart des hommes objectent les coutumes nationales et l'observance religieuse de leurs pères, si par hasard ils sont poussés à rechercher la saine croyance par les encouragements des prêtres ou les suggestions de quelque compagnon. Ainsi préfèrent-ils coupablement le respect humain au salut, et, en observant, dans les chaînes de l'incrédulité, un vain respect de leurs ancêtres, avouent-ils en quelque sorte ne savoir quoi choisir ; que leur coupable retenue renonce donc à cette échappatoire après un tel miracle. Vous, ne gardant de toute une lignée d'antique origine que la seule noblesse, vous avez voulu extraire de vous-même, pour votre race, tout ce qui peut rehausser le rang d'une haute naissance. Vous avez des modèles du bien, vous avez voulu être celui du mieux.]3 

[Vous êtes digne de vos ancêtres puisque vous régnez en ce monde ; vous avez fondé pour vos descendants afin de régner au ciel. Que la Grèce, évidemment, se réjouisse d'un prince de notre loi, mais non plus de ce qu'elle mérite seule la faveur d'un tel don. L'éclat en illumine aussi ton pays, et, du côté de l'occident, resplendit sur le roi la lumière de l'antique étoile du matin.]4 [Elle commença de luire à la bienvenue naissance de notre Sauveur. Que l'onde de la régénération vous dispose donc au salut en ce jour où le monde a reçu le maître du ciel né pour sa rédemption. Que ce jour soit votre anniversaire comme il est celui du Seigneur, le jour où vous êtes né au Christ, le jour où le Christ est né au monde, le jour où vous avez consacré votre âme à Dieu, votre vie aux hommes d'aujourd'hui, votre gloire à la postérité. Que dire donc de cette très glorieuse solennité de votre régénération ? Si, je ne me suis pas rendu personnellement à ses offices, je n'ai pourtant pas manqué de communier à ses joies, dès le moment où la bonté divine a envoyé cette grâce à vos pays et que, avant votre baptême, nous est parvenue la nouvelle de la très-sublime humilité avec laquelle vous faisiez profession de catéchumène ; en suite de quoi, après cette attente, la nuit sainte nous a trouvé sans inquiétude à votre sujet. Car nous parlions et nous discutions entre nous de l'événement, tandis qu'une troupe nombreuse d'évêques assemblés, ranimait les membres royaux avec les eaux de vie, dans la pompe du service divin, tandis que se courbait devant les serviteurs de Dieu cette tête terrible aux nations, tandis que, grandi sous un casque de cheveux, vous assumiez le casque du salut, l'onction sacrée, tandis que, ayant un instant déposé la protection des cuirasses, vos membres immaculés resplendissaient de la blancheur immaculée des vêtements.]5 [Elle fera, comme vous le croyez, ô le plus heureux des rois, elle fera dis-je, cette faiblesse de vos vêtements, que dorénavant s'accroisse la force de vos armes ; et tout ce qui avait fait jusqu'à présent la chance, c'est à la Sainteté que vous le devez désormais. Je voudrais bien attacher à vos louanges quelque exhortation, si quelque chose échappait à votre science ou à votre attention..]6 [ Mais faut-il que nous prêchions dans ses détails la foi, que vous avez aperçue sans prédicateur et sans exposé complet ? Ou peut-être l'humilité, que vous nous avez déjà manifestée par attachement et que vous nous devez désormais par votre profession de foi ? Ou bien la miséricorde qu'un peuple encore récemment captif, délivré par vous, manifeste au monde par sa joie, à Dieu par ses larmes ?]7 [ Il n'y a qu'une chose que nous désirions voir s'accroître, puisque, par vous, Dieu va faire votre nation toute sienne, répandez aussi, du trésor de votre coeur, des semences de foi vers les peuples d'au-delà, encore fixés dans l'ignorance naturelle et que n'ont pas corrompus les germes des fausses doctrines. N'ayez ni honte ni regret, même en envoyant des ambassades à ce sujet, de construire l'édifice du Dieu qui a tant élevé le vôtre.]8  

 

COMMENTAIRE

 

[1] "Les sectateurs de tous schismes se sont efforcés d'envelopper la finesse de votre

discernement de l'ombre..." Avit évoque là des manœuvres ariennes autour de la conversion de Clovis. Il parle de schisme qui est une rupture dans l'ordre de la discipline, ce qui n'est pas le cas de l'hérésie qui doit plutôt se définir comme une rupture dans l'ordre de la foi. Au Moyen Âge, la confusion est fréquente.

 

[2] "En faisant votre choix, c'est pour tous que vous prononcez le jugement ; votre foi est notre victoire" Avit note ici l'importance de la conversion de Clovis. Celui-ci est devenu un arbitre, c'est lui qui tranchera en cas de litige entre communautés. Il tranchera selon sa foi, la foi catholique, c'est la victoire des catholiques et avant tout de l'épiscopat.

 

[3] Se réfugiant dans le respect des coutumes ancestrales, les rois burgondes, et spécialement Gondebaud, rejettent les tentatives de conversions tentées par les évêques catholiques "...que leur coupable retenue renonce donc à cette échappatoire après un tel miracle." Un miracle, c'est une intervention spéciale de Dieu, réalisée souvent de manière extraordinaire. Le miracle en question ce n'est pas la victoire inespérée à Tolbiac, mais la conversion de Clovis, qui balaie des siècles de traditions, de coutumes, de croyances. En opposition aux rois burgondes attentistes. De son lien avec ses ancêtres, Clovis n'a conservé que sa seule noblesse et non pas les autres traditions païennes. La noblesse est toujours une affaire de race, c'est le fait d'avoir des aïeux illustres. Et par définition, aucune famille ne peut être plus noble que la famille royale.

 

[4] Il est le premier roi germanique converti au catholicisme. Digne de ses ancêtres, car il rêgne, il offre par sa conversion le royaume de Dieu à ses descendants.

 

[5] Avit fait allusion à la cérémonie même du baptême qui eut lieu le jour de Noël. Toute la cérémonie est évoquée : le roi comme catéchumène (candidat au baptême), les eaux de la vie (le baptême d'eau), l'onction sainte (l'onction du saint Chrême, qui n'a rien à voir avec le sacre royal), la blancheur des vêtements (vêtements blancs revêtus par les nouveaux baptisés, en principe conservés pendant une semaine in albis).

 

[6]  Le royaume, dirigé jusqu'alors sans ligne directrice, sans autre objectif que l'intérêt immédiat du roi, trouve à travers le baptême de celui-ci le chemin qui conduira son peuple au salut. Un lien est créé avec le Dieu chrétien, par la foi. Il y a toutefois le risque que ce lien soit compris de la même manière formaliste qu'avant, qu'un contrat soit remplacé par un autre.

 

 [7] Avit renonce à traiter de la foi, dont Clovis a eu connaissance sans prédicateur (il ignore donc le rôle de Remi). De même, il ne parlera pas de l'humilité que le roi a manifesté précisément en se convertissant, ni de sa miséricorde attestée par un peuple captif délivré ensuite par Clovis. Cela doit sans doute s'entendre de prisonniers de guerre libérés (sans doute d'origine gallo-romaine).

 

[8] Enfin, Avit invite Clovis au travail missionnaire. Il lui suggère d'œuvrer à la conversion des peuples païens "les peuples d'au-delà," en dehors de ceux qui sont corrompus par les fausses doctrines (arianisme). C'est une vue prophétique de l'œuvre missionnaire des Carolingiens.

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