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25 septembre 2013 3 25 /09 /septembre /2013 19:19

Du vivant de Clotaire s’édifièrent de nombreux monastères dont il n’eut pas l’initiative, mais qui manifestent l’élan de ferveur de cette nouvelle nation chrétienne. Les frères declotaire1er ce roi, malgré la grande difficulté qu’ils semblèrent avoir à appliquer à eux-même les précèptes de la religion catholique, et comme pour compenser leur mauvaise conduite, s’y employèrent. Childebert par exemple, fut un grand bâtisseur de sanctuaires. Outre ceux de Paris, il fut l’auteur de La Celle-en-Berry (ensuite Selles-sur-Cher) ; de Saint-Calais dans le Maine, déformation du nom du premier abbé, Karilef, d’abord à Menat en Auvergne, puis à Micy près d’Orléans, enfin ensuite avec deux disciples en un lieu appelé Anille. Le récit de la découverte de Karilef par Childebert, qui est peut-être la source de la légende de Saint-Hubert (à moins que les deux récits soient l’un et l’autre véridique), vaut la peine qu’on s’y arrête. Childebert avait appris que la forêt d’Anille recèlerait un animal devenu rarissime en Gaule : un grand buffle sauvage (un auroch ?). Il décida d’organiser une grande chasse pour le cerner, et peut-être pour l’occire lui-même. Ces antrustions cherchent l’animal,Childebert-I trouvent ses traces, le pistent, le poursuivent, et enfin le traquent. Au moment où le roi lui fait face courageusement, le buffle décroche et va se réfugier derrière un ermite apparu juste à ce moment. Childebert ordonne à l’ermite de s’écarter ; mais il n’en fait rien. C’est au contraire à son tour de donner des ordres.

_ Ô roi, au nom de Dieu, épargne cet animal.

Transporté de colère, le roi veut bondir. Mais sa monture est devenue pesante et immobile comme la pierre. Il a beau l’éperonner, elle ne bougera pas. Il s’incline devant le miracle, va baiser la main de l’ermite, et lui donne toute cette partie de la forêt. Ce sera l’abbaye, puis la ville, de Saint-Calais.


Une autre anecdote concernant les fondations de Childebert prend, celle-ci, un caractère humoristique. Samson, évêque de Dol de Bretagne, ayant rendu visite au roi de Paris, celui-ci fut si charmé qu’il fit don à son visiteur du lieu appelé Pentallium, entre Honfleur et Quillebeuf ; ce fut là que s’éleva ensuite une abbaye, sur l’actuelle commune de Saint-Samson-de-la -Roque. Apprenant cette piété constructive, Withur, comte d’Ocismor ou Léon, s’adressa à Childebert pour convenir avec lui l’établissement d’un évêché dans cette partie de l’Armorique. Le futur évêque était tout trouvé : c’était le moine Pol, originaire de Cambrie (pays de Galles), qui avait bâti à monastère sur l’île de Batz, où il avait la réputation d’un mystique et d’un thaumaturge. Withur, ayant reçu l’approbation de Childebert, supplia Pol d’accepter l’épiscopat ; mais il reçut chaque fois un refus énergique. Le roi et le comte montèrent donc un complot.

Withur appela l’Abbé et lui dit :

_ J’ai besoin d’un homme sûr pour une mission de confiance auprès du roi des Francs qui réside à Paris. Je désire en effet lui remettre en main propre une missive de la plus haute importance. Je compte sur vous pour accomplir cette mission.

Humble et dévoué, Pol accepta. Childebert le reçu tout de suite été cache à la lettre. Elle contenait le mot suivant : « Sire, je vous envoie un saint homme que le peuple souhaite ardemment pour son évêque. Mais, malgré ses incomparables mérites, il s’opposa à ce désire par humilité. Je vous supplie donc de lui faire agréer une fonction dont il est le plus digne parmi vous. »

Levant les yeux, le roi considéra l’humble abbé, et fut certain que le comte d’Ocismor avait formulé un jugement juste. Il fit semblant de s’emporter :

_ Eh bien, moine indigne ! On vous requiert de vous consacrer au peuple de Dieu, et vous résistez à cet appel ! Tant de paresse et d’indifférence devrait provoquer la colère du ciel. Je vous somme d’accepter à l’instant l’épiscopat.

Plein de frayeur, Pol se prosterna et se soumit. Le roi alors le releva, l’embrassa et lui remit le bâton pastoral. Aussitôt, trois évêques, qui étaient restés jusque-là dissimulée derrière les tentures, s’élancèrent, entraînèrent vers la cathédrale Saint-Étienne le pauvre moine, qui n’osait se débattre, et lui conférèrent l’ordination épiscopale. Ce fut l’origine du diocèse de Saint-Pol-de-Léon.


Thierry, frère de Childebert et le Clotaire, fréquentait avec vénération son homonyme Saint Thierry, disciple de Saint-Rémi et avait dû Mont-Dor près de Reims. Il se fit aussi le protecteur de Saint Fridolin, moine d’origine irlandaise devenue abbé de Saint Hilaire de Poitiers. Se transportant en Austrasie, il y bâti, avec les encouragements du roi Thierry, deux abbayes en l’honneur de Saint-Hilaire, l’une à l’est de Metz, qui devint Saint-Nabor puis Saint-Avold ; l’autre dans l’île de Secking sur le Rhin, cadeau du roi. Swavegotha, fille de Sigismond et femme du roi Thierry, fit bâtir à Verzy, à quelques lieues au sud de Reims, un petit monastère ; l’un des moines, Basle, à la un jour mener une vie érémitique sur la colline voisine ; après sa mort, à cause de la réputation qu’il laissait,0132-thierryIer.JPG la communauté de Verzy se transporta à l’ermitage : ce fut l’abbaye de Saint-Basle.

Quand le roi Thierry revint victorieux de la rébellion de l’Auvergne, il ramena parmi ses prisonniers un certain Phal. Au passage, il rendit visite à l’ermite Aventin, qui avait créé une petite communauté à Ile (aujourd’hui Isle-Aumont) dans un bras de la scène au sud de Troyes. Aventin arrêta ses regards sur Phal, et le demanda au roi. Il lui inspira toutes les vertus, et en fit son prieur, qui lui succéda après sa mort.

Il est intéressant de noter l’activité monastique de saint Rémi, qui exerça une forte influence dans l’éducation des enfants de Clovis Ier. Ce fut lui qui fit élever le monastère du Mont-d’Or, devenu Saint-Thierry, et auquel il donna pour abbé le moine Thierry, avant d’en faire un évêque de Tournai. Un jour qu’ils étaient ensemble, ils passèrent dans une maison de prostitution, dans laquelle ils entrèrent et se mirent à prêcher l’un et l’autre. Toutes les pensionnaires du lieu se convertirent, et Rémy changea l’établissement en monastère. Quand le grand évêque mourut, en éleva une abbaye sur sa tombe ; ce fut Saint-Rémy, à laquelle on donna au onzième et douzième siècle la fastueuse abbatiale qui reste debout de nos jours.

Il convient de mentionner les principales fondations monastiques, au milieu du sixième siècle, en Bourgogne, dont Clotaire Ier était devenu roi après le massacre des fils de Clodomir. Au début du siècle, le moine Jean, venu de Lérins, avait fondé à Réomé un monastère où il avait implanté la règle dite de saint Macaire, qui régissait la vie de son abbaye originelle ; il y mourut à l’âge de cent vingt ans. L’un de ses disciples, Seine (Sequanus), établi en 534 à Ségestre, aux sources de la Seine, une nouvelle maison qui serait plus tard Saint-Seine-l’abbaye.

C’est durant cette période qu’un moine italien dénommé Maur introduisit la règle monastique dite de Saint Benoit, qui, allait s’étendre au point de supplanter en un siècle toutes les autres règles.

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23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 07:22

La conversion de Clovis au catholicisme fut entière, et toute sa truste accepta le baptême avec une conviction sincère, même s’il resta toujours parmi ses élites un certain attachement affectif passé barbare. Mais c’était un temps où les évêques étaient dessins et des meneurs d’hommes. Le prestige de Saint Loup dissuada Attila de s’emparer de la ville de Troyes ; celui de Saint Rémi disposa Clovis au baptême ; celui de Saint Avit décida Sigismond à quitter l’arianisme, celui de Saint-Médard inclina Clotaire à la pénitence.0125.jpg

 

Clovis et l'Église

La générosité étant la première vertu du roi germanique, elle se traduit par le don aux églises de ressources royales. Terres et trésors sont systématiquement dilapidés pour montrer sa générosité à ses fidèles. L'expansion territoriale permet de perpétuer les donations. Le concile d'Orléans est l'occasion d'en assurer les diocèses.

Plusieurs vies de saint attribuent au roi l'édification de divers lieux de culte. Ainsi, dans la vie de saint Germier, évêque de Toulouse, est invité à la table du roi ; Germier réputé pour ses vertus, attire la curiosité. Le saint fait l'objet d'admiration et se voit accorder des terres à Ox ainsi que des trésors en or et en argent.

De même à Auch, l'évêque métropolitain Perpet va à la rencontre de Clovis lorsque celui-ci est en approche de la ville pour lui donner le pain et le vin. En récompense, le roi offre la cité au saint, avec ses faubourgs et églises, ainsi que sa tunique et son manteau de guerre à l'église Sainte-Marie. Il se voit en outre offrir un trésor en or et l'église royale de Saint-Pierre-de-Vic.

Clovis se rend à Tournai pour rencontrer saint Éleuthère, qui devine un pêché du roi survenu après son baptême. Clovis nie les faits et demande à ce que l'évêque prie pour lui. Le lendemain, l'évêque reçoit une illumination lui communiquant la faute de Clovis, qui est alors pardonné. Saint Éleuthère se voit alors remettre un don pour son église.

Clovis est guéri miraculeusement d'une maladie par saint Séverin, abbé de Saint-Maurice en Valais. En remerciement, le roi lui offre de l'argent à distribuer aux pauvres et la libération des détenus. De là viendrait l'édification de l'église Saint-Séverin de Paris.

Hincmar de Reims écrit, vers 880 dans sa vita Remigii, que Clovis a accordé à l'évêque Remi plusieurs dons de domaines territoriaux répartis dans plusieurs provinces dont un terrain incluant Leuilly et Coucy, par l'intermédiaire d'une charte. Leuilly a été attribué à Ricuin en 843, partisan du roi Charles le Chauve. En 845, pour forcer Ricuin à restituer Leuilly au patrimoine de Reims, un faux testament de l'évêque Remi est présenté au roi Charles le Chauve.

Au XIè siècle, l'hagiographie de Léonard de Noblac prétend que Clovis parraine Léonard lors de son baptême, que le saint se voit accorder la libération de prisonnier qu'il visite et le don d'un évêché. Léonard quitte le roi pour se rendre dans la forêt de Pauvain en Limousin. Clovis accorde alors à Léonard par un acte officiel un domaine dans la forêt où fut fondée l'église de Saint-Léonard-de-Noblat.


Les fils de Clovis et l'Église

À la mort de Clovis, le royaume fut partagé entre ses quatre fils. Puis, après les disparitions successives de ceux-ci, c’est Clotaire qui devint l’unique héritier du royaume de France. Le règne de Clotaire Ier fut le temps du grand épanouissement monastique de la Gaule. Ce roi fonda lui-même l’abbaye Sainte-Marie de Soissons, à titre de sépulture de Saint-Médard avant d’être celle des rois mérovingiens. Durant dernières années de son règne, alors qu’il allait guerroyer contre Chramne, Clotaire s’arrêta auprès de deux ermites, Fraimbault et Constantin, installés dans une forêt du Maine. Cette halte montre que le roi les connaissait déjà de réputation. Et sans doute d’une réputation prophétique ; car il demanda à Fraimbalt s’il remporterait la victoire ; sur l’affirmation de l’ermite, il poursuivit son chemin. Au retour, il passa par les mêmes lieux, et annonça à Fraimbault qui lui faisait dont du domaine de Javron, au nord de l’actuel département de la Mayenne. On n’y bâtit ensuite un monastère qui fut un prieuré de Saint-Julien de Tours. Mais, tandis que Clotaire reprenait la route de Paris, un clerc lui a apprit que, non loin de là, en un lieu appelé Céaucé, vivait un autre ermite, du nom d’Eriné, auprès d’un oratoire qu’il avait bâti de ses mains. Un tel personnage valait le détour. Le roi, séduit par l’ermite, lui attribua à son tour un domaine, sur lequel s’éleva bientôt un monastère dédié à Saint-Martin.

Auparavant, alors qu’il n’était que roi de Soissons, Clotaire avait fait donation du fond sur lequel fut édifié ensuite l’abbaye Saint-Pierre de Rouen, devenu ensuite Saint-Ouen. Mais aussi, il se chargea de continuer à Paris l’œuvre commencée par Childebert sur chaque rive de la Seine : les abbayes de Saint-Germain-des-Prés et de Saint-Germain-l’Auxerrois.0128

 

Source : Clovis et la naissance de la France, Patrick Périn ; Éd. Denoël _ Clotaire Ier, Ivan Gobry ; Éd. Pygmalion

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17 juin 2013 1 17 /06 /juin /2013 06:16

La langue des francs, le francique, était un dialecte germanique, peu différent des autres ; il y avait d’ailleurs un germanique commun, qui permettait aux différentes ethnies de communiquer entre elles. Plus précisément, le francique appartenait au groupe germanique occidental, appelé parfois teutonique, et qui comprenait deux sous-groupes : d’une part, celui des montagnes du sud, que parlaient les Thuringiens, les Gépides, les Lombards, les Alamans, les Hérules ; d’autre part, celui des plaines du Nord et de l’Ouest, parlé par les Angles, les Saxons, les Frisons, les Bataves, les Francs. Les montagnards parlaient le haut-allemand (hochdeutsch), les hommes des plaines le bas-allemand (niederdeutsch).

Les peuplades germaniques du nord, qui parlait le norrois ou scandinave, et celle de l’Est (Vandales, Jutes, Suèves, Ostrogoths, Wisigoths, Burgondes), qui parlaient le gothique, dans la mesure où elles restèrent au-delà du Rhin et des Alpes et acquirent la culture écrite en dehors de l’influence romaine, gardèrent leur langue propre ; ce qui permit les langues scandinaves, allemande, néerlandaise, anglaise. Celles, au contraire, qui furent intégrées administrativement, puis culturellement, à l’empire Romain, qui leur apportait une grammaire, un code de droit, une littérature, et bientôt une théologie, abandonnèrent le germanique pour le latin. Ainsi pour les Francs : tandis que leurs voisins du Nord et de l’Est (Saxons, Thuringiens, Suèves, Alamans, Bavarois) gardaient leurs dialectes germaniques, ils furent totalement latinisés.

Ce qui n’empêcha pas assez barbares latinisés, et avec eux toute la population d’origine gauloise, de garder un certain nombre de mon germanique qui passèrent dans la langue française. Ce furent surtout des noms ayant rapport à la guerre et à l’équitation : guerre (warra), reître, héraut, hobereau, heaume, haubert, guêtre, botte, hache, harpon, croc, trompette, brandir, gagner, trêve, rosse, haras (et haridelle), trot (et trotter), galop (et galoper) ; mais aussi des noms d’animaux et de plantes : héron, hareng, hanneton, hêtre, houblon, houx, gland, gerbe, grappe ; et des noms de couleurs : bleu, blanc, gris ; et puis beaucoup d’autres d’usage courant : bourg, banc, bloc, bande, bâtir…

Les conquêtes et la conversion de Clovis décidèrent les Francs à adopter le latin. Les conquêtes, car la petite tribu des Saliens, qui tenaient à l’origine sur un petit territoire autour de Tournai, occupa bientôt la Gaule, une contrée incomparablement plus vaste et plus peuplée.295

La population salienne de dépassait pas cent mille habitants ; la truste de Clovis, qui constituait son aristocratie guerrière, avec laquelle il imposa sa royauté à la Gaule, comptait trois mille hommes. Les Gaulois, constitués par 305 que tribu, formaient un peuple de quarante à cinquante millions d’habitants.

 

Alors que son peuple était fortement minoritaire, Clovis, afin de ne former qu’une seule nation proclama l’égalité entre citoyens Gallo-romains et Francs. Ils avaient les mêmes droits civiques et économiques ; avec cette différence que, provisoirement, les francs restaient soumis au droit coutumier barbare et les gaulois au droit Romain écrit. À ce compte, il était impossible d’imposer le francique aux habitants de la Gaule ; ce furent donc que les francs qui apprirent le latin, qui étudièrent la grammaire latine, qui s’initièrent au droit Romain, qui découvrirent la littérature latine. Il faut cependant marquer une exception pour l’Austrasie ; si Reims et les autres cités du Sud restèrent latines, tout ce qui peuplait le territoire à l’est de la Moselle resta fort germanisé. Certes, Cologne, Trèves, Mayence, et dans une certaine mesure Spire et Worms, gardèrent administrativement le latin ; mais la population autour conserva un parler germanique, à cause de l’imprégnation plus profonde par les francs et leurs familles.

 

La conversion de Clovis au catholicisme fut elle-même décisive pour l’adoption de la langue latine. Les évêques et les clercs à parler latin, la liturgie avait lieu en latin, l’Ecriture Sainte et les Pères étaient rédigés en latin. Cette langue devenait la langue unitaire pour les Gallo-romains enracinés dans le christianisme et les Francs nouvellement baptisés.

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5 juillet 2012 4 05 /07 /juillet /2012 17:11

L'historien médiéviste français, Sylvain Gouguenheim, répond dans son ouvrage "Le MoyenS.Gouguenheim-le_M-A_en_question.jpg Âge en questions" paru aux éditions Texto, aux questions que l'on peut se poser à propos de Clovis Ier.

Écoutons-le :

 

Lorsque l’on parle de Clovis Ier, l’histoire du vase de Soisson est très souvent évoquée. Cet événement n’est-il qu’anecdotique ?

Cet épisode a une triple résonance : Clovis a compris la nécessité de l’alliance avec l’Eglise, il marque son respect des idéaux germaniques (partage équitable) et aussi son application à la discipline romaine (droit de vie et de mort du général sur ses hommes). L’événement montre aussi la violence de l’homme et du temps… violence à priori peu compatible avec le christianisme, auquel Clovis allait néanmoins se convertir.


Les historiens catholiques qualifient le baptême de Clovis comme étant celui de notre pays. Qu’en pensez-vous ?

Le baptême de Clovis n’est pas celui de la France, dont la Gaule différait, parce qu’une large partie de la population était déjà catholique. En revanche, le règne de Clovis fut sans doute aux origines de la France. L’homme s’affirma comme un prince législateur, à l’imitation des empereurs romains. Lors de la cérémonie de Tours qui suivit la victoire de Vouillé, il revêtit dans la basilique Saint Martin la tunique pourpre et la Chlamyde puis posa sur sa tête un diadème ; il chevaucha ensuite dans la ville en distribuant de l’argent.

 

Clovis Ier, roi des francs ?

Pas seulement ! L’activité législatrice de Clovis s’est déployée en direction de toutes les populations du royaume sans pour autant unifier leurs statuts. Après sa victoire sur les Wisigoths, il étendit aux Gallo-Romains le « Bréviaire d’Alaric ». Le texte connu un grand succès et s’affirma comme la loi écrite par excellence. Clovis est également à l’origine de la mise par écrit de la célèbre loi salique, dans laquelle  s’exprime la volonté de substituer à l’exercice de la justice privée un système de tarification des compensations.


A-t-il exercé une influence sur l’Église ?

En 511, il réunit à Orléans le premier concile des Gaules, appelé à réfléchir sur des dispositions du droit canon. Trente-deux évêques, soit la moitié de l’épiscopat, s’y rendirent. Notons que ce furent eux, et on Clovis, qui prirent les décisions relatives au domaine spirituel. L’autorité de Clovis n’était pas celle d’un roi arien, qui aurait la mainmise sur les prélats, mais relève plus de l’exercice de l’autorité publique à la romaine. C’est un roi bien conscient de ses devoirs et de ses droits de princeps, dont la christianisation est encore superficielle toutefois, comme le montre le meurtre de ses cousins.

 

C'est aussi à lui que Paris doit d'être la capitale de notre pays.

Tout à fait, il choisit cette ville déjà prestigieuse par ses monuments romains (forum fortifié, arènes, thermes) et qui avait l'avantage d'offrir un site militaire de qualité (cité fortifiée) comme capitale de son royaume. La ville possédait un palais sur l'île de la Cité, ainsi que les trois églises : la cathédrale, Saint-Denis et Saint-Marcel. Clovis, comme les empereurs romains, se lança même dans une politique monumentale, en faisant ériger l'église Sainte-Geneviève dédié à la sainte, morte en 502, destinée à abriter son tombeau et celui de sa femme. C'est là le premier exemple d'une inhumation (ad sanctos) d'un chef franc.

 

Batailles, amour, diplomatie, assassinats, interventions divines... le règne de Clovis est passionant. On a fabriqué un héro, un saint...

Oui, alors que les vies de saints du VIe siècle négligèrent le baptême de Clovis, se produisit au VIIe siècle une déformation historiographique allant dans le sens d'une exaltation des Francs, auquels on attribua une gloire militaire immense. Alors que, chez Grégoire de Tours, Clovis était l'élu de Dieu, désormais on fit du peuple de France le peuple élu et de Clovis, le premier roi chrétien. La quête d'une identité nationale franque se constate en réalité dès la deuxième moitié du VIIe siècle. Cette notion de peuple élu fut repris par le grand archevêque Hincmar de Reims au IXe siècle, puis par Guibert de Nogent au XIIe. L'importance du baptême s'accrut par la suite au point de restreindre le règne de Clovis à  cet acte...

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18 juin 2012 1 18 /06 /juin /2012 06:49

Clovis devenu roi de France, transmet son royaume à ses enfants[1]. C’est donc une dynastie germanique (Francs saliens) qui accède au pouvoir ; et il faut bien dire que les fils de Clovis se conduisaient dans leurs Etats gaulois comme ils se conduisaient dans les régions qu’ils annexaient au terme de conflits armées, c’est-à-dire comme en pays conquis.

La génération précédente, de l’ancienne aristocratie sénatoriale gallo-romaine, laquelle avait souvent contribuée au succès de Clovis, avait été peu à peu écartée des fonctions de prestige tant ecclésiastiques qu’administratives ou militaires, et avait été remplacée une noblesse franque courageuse mais rarement méritante. Ainsi les Gaulois, en un demi-siècle, avaient-ils été écartés des affaires, voire réduit au statut de sujet de seconde zone dans leur propre pays. L’élite, ou ce qui passait pour telle, était franque. Alors nombreux étaient les Gaulois qui avaient germanisé leurs noms ainsi que ceux de leurs enfants.

 

C’est ce que firent les parents de frédégonde, paysans gaulois qui donnèrent à leur fille un prénom à consonance germanique, qui sonnait bien, avait même certainement de l’allure aux oreilles gauloises, mais qui, à celles des Francs, était tout bonnement grotesque.

 

Les prénoms germaniques sont en général totémiques, comme ceux des Peaux-Rouges. Ils renvoient à des animaux de bon augure : Bernard veut dire Ours courageux, Arnaud Aigle noble, Adolphe Noble loup, etc. Ou à des vertues guerrières : Clovis sera glorieux au combat, tout comme Clotilde, Conrad donnera d'audacieux conseils, Gérard sera terrible avec une lance, Herbert brillant au combat, Robert glorieux et brillant, Albert noble et brillant… Parmi les contemporains de Frédégonde, l’usage est aussi de donner à un enfant un prénom composé de deux racines propres l’une à sa famille paternelle, l’autre à sa famille maternelle, pour souligner une alliance importante. C’est ainsi que le prince héritier de Thuringe, Amalafrid, « Paix des Amales », porte un prénom renvoyant pour la première partie aux origines de sa mère, princesse de la dynastie wisigothe des Amales, l’autre à l’idée de paix : il est le gage de la paix avec les Wisigoths.

 

Cela peut donner des rapprochements inattendus, mais les parents de frédégonde qui ne comprenaient pas la langue qu’ils s’essayaient à manier, inventèrent un prénom à la signification aussi contradictoire qu'impossible : « Guerre et Paix ».

 

L’alliance est absurde car elle est constituée de deux termes antinomiques, Fried, la paix Gund, la bataille. Deux racines qui se retrouvent dans une multitude de prénoms germaniques, mais jamais associés. On retrouve la racine Fried dans les prénoms Frédéric, « paix assurée », Alfred « noble paix », Ferdinand « paix hardie », Gund dans de nombreux prénoms mérovingiens : Gontran « Corbeau des batailles », Gundewald ou Gondebaud « Vaillant au Combat », Gunther ou Gonthier, « Combattant », Radegonde, « Celle qui conseille dans le combat », etc.

 

Oui, son prénom en fit rire plus d'un, mais sa grande beauté fit oublier que frédégonde, reine de France, avait un drôle de prénom.135.jpg

 

[1] sa fille Clotilde à droit également à sa part du royaume, sous forme de dot.

 

Source : Frédégonde Épouse de Chilpéric Ier, Anne Bernet éd. Pygmalion

 


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15 juin 2012 5 15 /06 /juin /2012 07:12

Comme cela avait été le cas lors du décès de Clovis, et selon la tradition des Francs, le royaume du défunt Clotaire devait donc être divisé et distribué à ses enfants.


Ils étaient quatre à hériter (Chramne ayant été tué sur ordre de son père). Il y avait, par ordre d’aînesse, les trois fils d’Ingonde : Charibert ou Caribert[1] ; Guntramn, dont nous avons fait Gontran ; et Sigibert, orthographié plus habituellement Sigebert ; et le fils d’Arégonde, Hilpéric, dont nous avons fait Chilpéric[1] .Arégonde étant la sœur d’Ingonde, Chilpéric était le frère des trois autres par son père, et leur cousin germain par sa mère.


Les quatre fils n’avaient pas attendu l’inhumation définitive de leur père pour se partager son royaume. Chilpéric était le plus pressé des quatre ; le plus fourbe aussi. Les cierges des funérailles brûlaient encore, que lui s’était lancé à bride abattue en direction de la villa royale de Braine, située à une vingtaine de kilomètres de Soisson pour s’emparer du trésor royal qui y était entreposé.

Le trésor était entreposé dans des coffres, gardés par de farouches guerriers. Farouches, mais pas incorruptibles. Après de rapides tractations, tout le monde y trouvant son compte, le trésor fut livré à Chilpéric.

 

Naturellement, tout cela ne fut pas du goût de ses frères qui, furieux, envoyèrent une armée bien fournie à Paris, où Chilpéric s’était replié. Une fois capturé, il fut expulsé de la ville, s’en tirant finalement pas trop mal. Le problème étant réglé, Charibert, Gontran et Sigebert se réunirent pour procéder au partage du royaume de leur père. Ils se mirentP1040117 d’accord pour définir quatre royaumes, non pas avec des frontières propres, qui est une conception plus tardive, mais avec le nombre des cités et des villas qu’ils comprenaient.

À Charibert, l’aîné, échut le royaume de l’est, la Neustrie (ni-Oster-rike : le royaume qui n’est pas de l’ouest), qui ne portait pas encore ce nom au moment du partage, avec pour capitale excentrique Paris ; plus important que celui de Childebert, il s’étendait de la Somme aux Pyrénées, en incluant la basse vallée de la Seine, celle de la Loire à partir de Tours et celle de la Garonne toute entière. Au second frère Gontran, était attribué un territoire plus vaste encore : tout l’ancien royaume des Burgondes entre les Vosges et la Durance, plus la partie orientale de l’ancien royaume de Clodomir, avec Orléans et Bourges. Au troisième frère, Sigebert, échut l’ancien royaume de Thierry, l’Austrasie, mais bien plus étendu vers l’ouest, où il absorbait la moitié du royaume d’origine de Clotaire, avec toute la vallée de la Meuse ; l’Auvergne y était jointe. Quant à Chilpéric, il recevait ce petit royaume rétréci de son père, réduit à sa moitié occidentale (une superficie égale au tiers de l’Austrasie et au quart de la Bourgogne), avec encore pour capitale Soissons. Nul doute que Chilpéric payait là le mauvais tour qu’il avait essayé de jouer à ses frères.


Comme c’était à prévoir, les quatre frères ne tardèrent pas à entrer en guerre les uns contre les autres. Sans surprise, Chilpéric fut le premier à passer à l’action, profitant que son voisin, Sigebert, menait sur le Danube une campagne contre les Avars, pour s’emparer de Reims. Mais Sigebert, plus puissant, envahit ses Etats et emmena son fils en captivité, ce qui calma les ardeurs de Chilpéric.

En 567, Charibert mourut, le partage de son royaume occasionna la reprise des hostilités. Sigebert et Chilpéric avaient épousé deux princesses wisigothes : Brunehaut (Brunhild) et Galswinthe. Mais Chilpéric décidément intenable avait prit pour maitresse une fille de ferme appelée Frédégonde. Celle-ci, aussi ambitieuse et sans scrupule que son amant, fit étrangler la reine légitime. Sigebert et Brunehaut décidèrent de venger ce lâche assassinat. Les armées austrasiennes eurent vite raison des troupes de Chilpéric. Mais tandis que Sigebert mettait le siège devant Tournai, Frédégonde le fit poignarder à mort (575).

Désormais, ce fut par les deux reines, Brunehaut et Frédégonde, que l’âpre lutte fut activée. Après la mort de Frédégonde en 597, on pouvait supposer que Brunehaut l’emporterait : elle gouvernait maintenant les deux royaumes d’Austrasie et de Bourgogne, hérité de Gontran, pour  ses deux petits-fils mineurs, Thierry et Thibert. Mais une guerre implacable les dressa l’un contre l’autre durant laquelle ils perdirent la vie tout les deux. Le vainqueur malgré lui fut le jeune Clotaire II, fils de Frédégonde, qui  émergeait de ce chaos, et fut proclamé par les leudes des différents royaumes héritier de son grand-père Clotaire Ier. C’était l’unité retrouvée du Regnum Francorum, sous un seul sceptre. Pour assurer définitivement  cette unité, le jeune Clotaire, aussi cruel que ses parents, fit atrocement exécuter sa tante Brunehaut en 613.

 

 

 

[1] Charibert ou Haribert (CH = H = gutturale), de hari : troupe, groupe armé et bert : brillant, glorieux (latin clarus) : « troupe glorieuse ». Sigebert, de segis (celtique) : victoire ; « glorieuse victoire ». Guntramn, de gunt : combat, et ramn : corbeau. Chilpéric, de hilp : le secours (allemand hilf), et ric : le chef (latin rex) : « le chef secourable ».

 

Sources : Clotaire Ier fils de Clovis, Ivan Gobry éd. Pygmalion  _  Histoire des Francs, Grégoire de Tours

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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 07:00

À l'époque mérovingienne, les leudes forment les cadres supérieurs de l'aristocratie. Celle-ci est alors foncière, militaire et administrative. Les Gallo-Romains les plus riches détiennent d'énormes domaines couvrant des milliers d'hectares. Lorsque l'Empire s'effondre, ils en perdent une partie qu'ils doivent céder aux Francs, leurs vainqueurs, qui, d'ailleurs, connaissent aussi la propriété foncière. Mais les Francs s'attachent surtout au prestige militaire. Les Gallo-Romains ont, au contraire, renoncé au service des armes, depuis longtemps. En revanche, ils ont l'habitude des fonctions administratives, civiles et religieuses, propres à l'ordre sénatorial, alors que les Barbares ignorent jusqu'à la notion de service public.

 

La conception franque  de la royauté ne ressemblait en rien à celle du pouvoir romain, même si les souverains mérovingiens avaient pris les titres romains de princeps et de dominus. Nul ne se souciait de connaître les sources de l’autorité qui n’était légitimée ni par un sacre, ni par une élection, ni même par le jeu rigoureux de l’hérédité. Seul signe visible du pouvoir, le prince appelé à la royauté laissait pousser ses cheveux.

Le roi habitait un palais, qui n’était pas vraiment le siège du gouvernement, mais plutôt une grande maison sans grand luxe, sous l’intendance d’un major domus, ou maire du palais. La cour était  d’ailleurs ambulante, elle se déplaçait avec le roi, qui se rendait de villa en villa, au fur et à mesure qu’il vidait greniers et celliers. Pas de véritable administration, une chancellerie embryonnaire, ce qui explique la pénurie des actes officiers. En revanche, un nombre important de serviteurs et de dignitaires auliques entouraient le roi, chargés de la table, du cellier, des écuries, de la surveillance de la chambre du trésor : échanson, connétable, sénéchal, maréchal.

Pour assurer leur autorité, les rois mérovingiens cherchent à utiliser ces trois types d'aristocratie afin de disposer de la richesse, de la force et de l'autorité; c'est pourquoi155.JPG ils s'attachent les grands du royaume par un serment de fidélité spécial, le leudesamio, d'où le nom de «leudes» ou antrustions (du germanique trust) qu'on donne aux assujettis. Ces leudes assistent le souverain, dont ils forment l'entourage, dans la conduite du royaume. L'administration, fort réduite donc, demeure aux mains des descendants de la classe sénatoriale, mais les offices à dominante militaire, comme ceux de comtes et de ducs, passent aux mains des Francs. Pour récompenser leurs fonctionnaires, les rois leur cèdent, sous le nom des «bienfaits», d'importantes parties du domaine public, appelées «fisc royal». Ils leur accorderont également des privilèges juridiques, comme un Wergeld  triple de celui des hommes libres ordinaires.

Cependant, les leudes ne forment pas une véritable noblesse, puisqu'ils ne sont pas d'extraction noble; leur sort dépend de la faveur du prince et leur recrutement est très large et très mouvant: à côté de personnages d'illustre lignée, on peut rencontrer d'anciens esclaves, comme Leudaste devenu comte des étables royales puis comte de Tours.

Du jour au lendemain, les leudes peuvent tomber en disgrâce, voir leurs biens confisqués, heureux encore quand ils ont la vie sauve. Au cours du VIIe siècle cependant, le déclin de l'autorité royale leur permet de jouer un rôle croissant dans les révolutions de palais; ils s'organisent, prenant l'habitude de se réunir chaque année, au mois de mars. Ils ont d'abord pour animateur le maire du palais mais, peu à peu, celui-ci réussit à les dominer et à les utiliser pour s'emparer progressivement du pouvoir. Il s'approprie sa fonction en la rendant héréditaire; c'est une dynastie qui s'impose, comme celle des Pippinides, les futurs Carolingiens…

 

Sources : L'Histoire de France, 2000 ans d'images N°5 Larousse  www.ariane-genealogie.net (Les leudes - Les commis du maître)

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21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 06:37

Selon Grégoire de Tours, « Le roi Clotaire a eu sept fils de diverses femmes : d’Ingonde il eut Gonthier, Childéric, Charibert, Gontran, Sigebert, et une fille, nommé Closinde ; d’Arnegonde, sœur d’Ingonde, il eut Chilpéric ; et de Chunsine, il eut Chramne. »

Chramne, est né entre 520 et 540, sa date de naissance précise n’est pas connue. Il semblerait cependant qu’il soit né aux alentours de 520 car, en 555, son père lui confia la responsabilité de prendre possession de l'Auvergne en son nom, or pour cela,  il fallait qu'il soit majeur, c'est-à-dire âgé d'au moins quinze ans. Puisque son père lui confie cette responsabilité plutôt qu'à Charibert, il est permit d’en déduire que Chramne est le plus âgé des fils de Clotaire après les décès de Gonthier et Childéric, ce qui situerait sa date de naissance vers 520 entre celle de Childéric et de Charibert. Autre possibilité, l’ambition dont fait preuve le jeune prince ; Clotaire a peut-être fait passer Chramne devant ses frères pour calmer ses ardeurs.

En 555, Thibaud (Théodebald) meurt et son royaume passe sous la domination de Clotaire Ier. Le roi Franc qui prend donc possession de l’Auvergne sait que cette région s’est montrée à plusieurs reprises agitée. Il choisit donc de confier à ce dernier la charge de résider à Clermont et d'occuper la région. Chramne se retrouve ainsi à la tête des cités de Poitiers, Tours, Limoges et Clermont. Il est fort probable que Bourges, Le Puy, Javols, Rodez, Cahors, Albi, et même Toulouse soient également passées sous son autorité.

C’est certainement beaucoup pour un jeune prince inexpérimenté. A peine installé, il émet des préceptes et implante des fidèles. À l'aide de gens de sa truste (garde personnel du roi généralement issu d'origine servile), il fait enlever des filles de sénateurs. Cette manœuvre permet aux futurs maris d’hériter des terres de ces jeunes filles de la haute société, de dépouiller les grands propriétaires terriens et d’implanter des jeunes Francs richement pourvu et allié aux grandes familles. Il y a là infraction au code théodosien et au bréviaire d'Alaric qui interdisent et punissent le rapt de jeunes filles mineures mais aussi le mariage entre femmes de l’ordre sénatorial et esclave.

Puissance, pouvoir, voilà ce que désirait le jeune prince qui évidemment en veut plus encore.

En s’emparant du royaume de Thibaud sans effectuer le partage voulu par la loi salique, Clotaire a fortement irrité son frère Childebert. Conscient de la situation, Chramne demande alors à son oncle de l’aider s’attribuer la couronne d’Auvergne. Celui-ci, désirant se venger, accepte de s’allier à son neveu pour renverser Clotaire. Chramne réunit une armée épaulé par les comtes de Tours et de Poitiers. Il se rend alors à Limoges et proclame son autorité sur toute la région.

Clotaire, occupé à faire entendre raison aux saxons qui se sont soulevés, ne peut intervenir personnellement. Il envoie donc ses fils Charibert et Gontran mener une armée à la rencontre de Chramne. Ils se rendent alors en Auvergne, puis à Limoges, et enfin le retrouve à Saint-Georges-Nigremont, dans le canton de Crocq de l'actuel département de la Creuse. Leurs armées se font face au pied de la montagne noire où ils incitent Chramne à rendre les terres appartenant à leur père. Celui-ci  refuse mais une tempête empêche la bataille. Chramne a alors l’idée de génie de faire croire à ses frères que leur père a perdu la vie en combattant les saxons. Charibert et Gontran se rendent aussitôt en Burgondie. La rumeur disant que Clotaire est mort en Saxe se répand dans toute la Gaule, y compris aux oreilles de Childebert. Chramne en profite alors pour étendre son influence jusqu’à Chalon-sur-Saône. Il assiège la ville, la conquiert, puis se rend à Dijon où il se voit refuser l'accès à la ville. Le clergé qui hésite entre livrer leur cité et refuser de se soumettre à un prince qui a trahi son père, soumet l’entrée de Chramne au jugement de Dieu. Le verdict est sans appel : l’ambition du prince le conduira à la ruine. Les prélats refusent donc d’ouvrir les portes de la ville. Chramne n’insiste pas et prend la le chemin de l’Armorique par la vallée de la Saône. Il fait étape à Orléans où il épouse Chalda, la fille du comte de la ville.126

Chramne rencontre une nouvelle fois Childebert à Paris qui lui confirme son soutien. Mais le 23 décembre 558, Childebert meurt d’une longue maladie, ce qui permet à Clotaire de s’emparer de son royaume. Ce décès brise net la consolidation du royaume de Chramne. Dénué de soutien, ce-dernier se retrouve obligé de se soumettre à l’autorité de son père comme il aurait dû le faire depuis longtemps suivant les lois romaines, germaniques, et chrétiennes. Clotaire qui s’est montré si souvent impitoyable, accorde son pardon à son fils mais le place tout de même sous surveillance.

Mais décidément, Chramne ne peut se contenter de rester dans l’ombre de son père. Entre le 1er septembre 559 et le 31 août 560, avec l’aide des Bretons, Chramne qui s’est installé avec sa femme et ses filles dans le centre-ouest de la Bretagne, auprès du comte Conomor, ancien allié de Childebert, pille et détruit un grand nombre de lieux appartenant à son père.

Clotaire, accompagné de son fils Chilpéric, s’avance vers le pays vannetais dans lequel il arrive en novembre ou décembre 560. Cette fois plus question de fuir ; Chramne, soutenu par Conomor est décidé à affronté son père.

La bataille qui a lieu dans les environ de Carnac tourne en faveur de Clotaire. Conomor est tuée et Chramne est contraint de rompre le combat. Son malheureux allié possédant des terres des deux côtés de la Manche, des bateaux avaient été prévu pour fuir au cas où les choses tourneraient mal. Mais Chramne ne veut pas s’enfuir sans son épouse et leurs filles ; aussi fait-il un détour pour aller les chercher. Hélas celles-ci ont été faites prisonnières par les soldats de Clotaire et en tentant de les délivrer, il tombe à son tour aux mains de ses ennemis.

Cette fois, plus question de pardonner son fils. Clotaire fait enfermer Chramne dans une masure avec son épouse et ses filles, ordonne qu’on étrangle le fils indigne, et fait mettre le feu à l'édifice, avec tout le monde dedans.

125                                        La Mort de Chramne

                                   Par Evariste Vital Luminais

 

Source : Grégoire de Tours, Histoire des Francs.

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11 mai 2012 5 11 /05 /mai /2012 07:03

Première partie cliquez ici

 

En 534, Thierry meurt. Clotaire voudrait bien récupérer le royaume de son frère, maisclotaire1er c’est Thibert, le fils de celui-ci qui en est le légitime héritier. Il faut donc se débarrasser du jeune roi. Clotaire propose alors à Childebert de s’emparer du royaume de leur neveu. Les deux hommes se lancent donc à la conquête du royaume d’Austrasie, mais la campagne, mal préparée ne se déroule pas comme prévue, et Childebert abandonne l’expédition. Clotaire n’est bien entendu pas satisfait. Il multiplie dès lors les courtes et violentes attaques à la frontière. Face à cette situation, Thibert décide de mettre son oncle à la raison. Pour cela, il doit trouver un allié. Pourquoi pas Childebert puisque celui-ci désire agrandir son royaume, qu’il l’agrandisse avec celui de son frère ! Excellente idée se dit Childebert, Thibert et lui tiennent le royaume de Clotaire en tenaille. Quand l’un aura franchi la Marne et l’autre la Loire, Clotaire n’aura plus qu’à se soumettre à leur volonté, et il y a même encore plus simple : s’en débarrasser définitivement !

Clotaire, qui n’a pas prévu la double attaque est prit de court. Il se réfugie avec ses plus fidèles compagnons dans la forêt de Brotonne au cœur de la Neustrie, dans le méandre de la Seine qui serpente au sud de Caudebec-en-Caux.

Apprenant que ses fils et son petit-fils sont prêts à s'entretuer, Clotilde impuissante implore le Seigneur d'intervenir.

Pendant ce temps, Childebert et Thibert sont parvenus au fond de la forêt, près du lieu où Clotaire attend dans l'angoisse le dernier assaut. Alors que les troupes sont déployées, prêtes à passer à l'attaque, le ciel devient soudainement très sombre. La forêt plonge dans l'obscurité totale puis une grêle serrée, mêlée de pierres et d'effrayants coups de foudre s'abat sur les assiégeants. Les dégâts sont lourds, les hommes et les animaux qui n'ont pu se protéger ont été grièvement blessés. Personne n'a jamais connu un telgregoiredetours déchaînement météorologique. Un tel cataclysme ne peut avoir qu'une origine : la colère de Dieu. «Ils faisaient acte de pénitence, raconte Grégoire de Tours, et priaient Dieu de leur pardonner d'avoir voulu commettre des crimes contre des hommes de leur sang

Les hostilités cessent aussitôt. La paix est alors conclue et chacun s'en retourne dans son royaume respectif.

Puisque le Seigneur ne veut pas que les héritiers de Clovis s'entretuent, ceux-ci vont donc s'intéresser à leur voisins : les Goths.

 

On est alors en 536. Théodoric le Grand, chef de la dynastie amale, créateur du royaume ostrogothique d'Italie est mort dix ans plus tôt. Or, depuis sa disparition, son royaume est livré à l'anarchie. Théodoric n'a pas eu de fils. Aldoflède, sœur de Clovis lui a donné trois filles. La cadette, Amalasonte a bien donné le jour à un garçon prénommé Athalaric reconnu roi d'Italie, mais celui est décédé en 534, alors qu'il n'avait que dix-huit ans. La Provence occupée par les Ostrogoths est donc une cible idéale pour les Francs qui n'ont qu'à traverser le Rhône et la Durance. L'entente des trois rois se scella donc autour de ce projet : la conquête de l'Italie.118

Ce fut Thibert qui s'y consacra avec le plus de ferveur. Ayant rassemblé une armée que les chroniqueurs estiment à cent mille hommes, il pénétra en Italie du Nord et fondit sur les Ostrogoths. Leur roi, Vitigès, s'enfuit avec ce qu'il restait de ses troupes.

Pendant ce temps, Childebert et Clotaire se concertaient pour attaquer de leur côté. Mais curieusement, ceux-ci ne sont pas très enthousiastes. En fait, ils auraient préféré s'en prendre aux autres Goths, ceux de l'ouest, qui avaient repris possession du territoire qui s'étendait depuis l'autre rive du Rhône aux Pyrénées. Quelques années auparavant, Childebert avait vaincu les Wisigoths, saisi Narbonne et s'était emparé du trésor royal[1]. Puis, raccompagnant vers le nord sa sœur blessée et malade, il n'avait pas laissé de troupes pour occuper le territoire, ce dont avait profité Theudis, devenu roi d'Espagne à la mort d'Amalaric, qui occupait maintenant la Septimanie. Voilà donc ce qui troublait Clotaire et Childebert : au lieu de sauvegarder et même d'agrandir l'empire franc, ils avaient consacré leur énergie à se battre entre eux -ce qui avait peiné leur mère et courroucé le Seigneur - aussi, s'interrogeaient-ils sur le choix de s'emparer de l'Italie plutôt que de marcher vers les Pyrénées. Ce fut alors que des messagers venus d'Austrasie mirent fin à leur perplexité : une épidémie avait décimé la grande armée de Thibert, qui s'était vu contraint de repasser les Alpes. Le projet italien était ainsi abandonné, et le contrat passé entre les trois hommes devenait caduc.

Les deux frères décidèrent donc, en 542, de réunir leur force et de s'intéresser à l'Espagne. Ils franchirent les Pyrénées sans obstacles, prirent Pampelune et assiégèrent Saragosse. Cette place, défendues par de fortes murailles derrière lesquelles veillait une garnison déterminée n'était pas facile à prendre, mais les mérovingiens n'étaient pas pressés : ils organisèrent donc le blocus de la ville et pillaient les campagnes environantes pour se ravitailler. Le siège sera finalement levé en échange de ce que les rois francs croient être les reliques de saint Vincent[2], qu'ils ramenent aussitôt à Paris.

 

Clotaire qui avait habilement annexé la plus grande partie du royaume de Clodomir, guettait la mort de ses autres frères. Étant le plus jeune, il espérait bien être le dernier des héritiers de Clovis. Ambitieux et sans scrupule, il était prêt, si les autres ne mouraient pas de mort naturelle, à provoquer leur fin prématurément.

 

Thibert règne pendant quatorze ans, puis décède en 548. Le jour même des funérailles de Thibert, son fils Thibaud est acclamé roi des Francs à Metz. Il a douze ans. Clotaire ne réagit pas. Il sait très bien que cet enfant, héritier unique de son père est chétif et malade. 

Thibaud règne malgré tout pendant six ans. Mais alors qu'il s'est marié depuis peu, il est victime d'une hémiplégie et meurt ; sans descendance.


Clotaire, à l’affut, se précipite à la villa où se trouve Vuldetrade, l’épouse de Thibaud, et comme il l’a fait avec Radegonde, enlève la jeune femme, déclare qu’il va l’épouser, et se proclame roi d’Austrasie. (Il est fort possible que cela se passe alors que Thibaud agonisant n'est pas encore mort, mais soupçonnant la jeune femme d'être enceinte, Clotaire prend les devants).

Childebert ne bronche pas, mais cette fois les évêques manifestent bruyamment leur opposition. Tant si bien que Clotaire renonce à épouser la jeune fille… mais pas à s’emparer du royaume.

Les antrustions de Thierry et de Thibert connaissent l’homme ; ils l’ont vu à l’œuvre dans les combats et la conquête, et le reconnaisse pour leur souverain. Cette acceptation, ou cette proclamation de la noblesse militaire est autant que la loi du sang, la garantie de la légitimité d’un roi barbare. Ni Childebert, ni les Thuringiens, ni les Goths n’émettent la moindre contestation là-dessus. Clotaire se trouve à présent, maître de plus de la moitié du royaume de Clovis.

Mais les choses ne sont jamais simples et voilà qu'il a maille à partir avec les Saxons qui refusent de payer leur tribut et se montrent même arrogants. Le roi Francs lève alors une armée afin de les soumettre. Alors, profitant que Clotaire s'est rendu en campagne, Chramne, l'un de ses fils, se met en tête de prendre possession d'une partie du royaume. Pour cela, il obtient l'aide de son oncle Childebert.

De son côté, Clotaire s'impose aux Saxons et rentre dans sa capitale où il apprend que Chramne s'est emparé de plusieurs villes de son royaume.

Le prompt retour de Clotaire met fin à la collaboration entre Childebert et son neveu, le roi de Paris ne tenant décidément pas à défier son frère. Sentant alors que ses affaires tournent mal, Chramne prend la fuite et se réfugie dans les domaines qu'il a conquis.


Le 23 décembre 558, Childebert meurt d’une longue maladie, ce qui permet à Clotaire de s’emparer de son royaume. Influencé par (saint) Germain de Paris, Childebert sentant la mort venir, a distribué son trésor aux pauvres de Paris. Voilà qui ne réjouit guère Clotaire qui trouve les caisses vides. Mais il reste le palais, et surtout le royaume qui comprend toute la bande occidentale du territoire des Gaules entre la Somme et la Garonne. Clotaire se trouve dès lors à la tête de l’intégralité du royaume de son père, plus celui des Burgondes, plus la Provence. Ce qui pourrait désigner actuellement comme la France, plus le Benelux, plus l’Allemagne de l’ouest, plus la Suisse.

En quarante-sept ans, Clotaire a multiplié par neuf la modeste portion de territoire dont il a hérité à la mort de son père ; devenant ainsi le premier souverain de l’Occident.

Pas question de partager ou de céder quoi que ce soit. Il expulse rapidement sa belle-sœur, la reine Ultrogotha, ainsi que ses nièces Chrotberte et Chlodosinde[3]. Puis, comme son père, choisit Paris pour capitale.


Alors que Clotaire avait pardonné son fils Chramne, celui-ci fait à nouveau parler de lui ; et entre le 1er septembre 559 et le 31 août 560, avec l’aide des Bretons, celui-ci pille et détruit un grand nombre de lieux appartenant à son père. En novembre ou décembre 560, Clotaire, accompagné de son fils Chilpéric, s’avance à sa rencontre . La bataille a lieu dans les environs de Vannes. Vaincu Chramne tente de s'enfuir par la mer mais il est alors capturé et aussitôt condamné à mort. Enfermé dans une masure avec son épouse et ses filles, il y est étranglé avant que le feu ne soit mis à l'édifice.

 

À son tour, Clotaire sent la fin de sa vie approcher. Il a conscience de s’être montré cruel, impitoyable et même méchant pendant son existence. Or, on peut tromper sa mère, ses frères, ses fils, ses ennemis ; on ne trompe pas Dieu. Enfin la sagesse semble atteindre le dernier des fils de Clovis. Maintenant qu’il a obtenu richesse et pouvoir, qu’il n’a plus la hantise de perdre ce qu’il possède, voilà que la culpabilité le tenaille. Aussi, désireux de faire pénitence, il décide de faire un pèlerinage. Il semble que cette volonté de se repentir fut sincère. C’est en toute simplicité que Clotaire se rendit à Tours, là où son père aimait prier pour obtenir la victoire ; là où sa mère était morte en invoquant  la miséricorde divine pour ses enfants coupables. Il se rendit sur le tombeau de saint Martin et, « il se remémora, écrit Grégoire de Tours, toutes les actions coupables qu’il avait accomplies et pria avec d’intenses gémissements, afin que le bien heureux confesseur implorât pour ses péchés la miséricorde de Dieu et lui obtînt son pardon. »

unification-royaume-franc-558-561.jpg

En novembre ou décembre 561, Clotaire sentant sa mort très proche convoqua ses quatre fils. Il informa ces derniers qu’à sa mort, ils se partageraient son royaume, sans toutefois préciser la part que chacun devait obtenir, ce qui allait assurément créer des tensions.

C’est à Soissons, dans la basilique Sainte-Marie qu'il avait commencé à faire construire sur le tombeau de saint Médard, que fut enterré Clotaire Ier, Roi de France.



 

[1] Voir l'article sur Childebert

[2] Voir l'article : Clotaire et Childebert roulés par l'évêque de Saragosse

[3] Les filles, prétend-il, n’ont aucun droit ; usage qui en 1316, à la mort de Louis X, fils ainé de Philippe le Bel, sera invoqué par le second, Philippe V, pour ravir la couronne à Jeanne, l’héritière. C’était là, prétendent les juristes qui le soutiennent, un article de la loi salique. Or, la loi salique n’a jamais compté un tel article ; et Philippe comme Clotaire oublièrent que Clovis, à sa mort, avait laissé à sa file Clotilde une belle portion de territoire à titre de dot. Héritage qu’aucun de ses frères n’avaient contesté.

 

Sources : carte royaume france unifié www.castlemaniac.com _ Grégoire de Tours, Histoire des francs. _ Clotaire Ier Fils de Clovis, Ivan Gobry éd. Pygmalion 

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3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 16:25

 

   En 542, Clotaire et Childebert organisent une expédition guerrière au-delà des Pyrénnées. La traversée de la chaine montagneuse de déroule sans encombres. Ils s'emparent de Pampelune, Saragosse sera la prochaine étape.


   Mais lorsqu’ils arrivent devant l’ex Caesaraugusta (nom donné en l'honneur de Caesar Divi Filius Augustus), ils trouvent une ville défendue par de fortes murailles derrière lesquelles veille une garnison déterminée.

Qu’à cela ne tienne, les deux frères organisent un blocus autour de la ville, et se ravitaillent en pillant les campagnes environnantes. Saragosse n’a aucune chance de s’en tirer, et devra bien se rendre tôt ou tard.


   Les autorités de la ville sont wisigothes, donc ariens. Mais la population indigène, d’origine celtique, est catholique. Les vivres étant réquisitionnés, comme toujours, par les autorités, la pénurie de nourriture ne tarde pas à se faire sentir au sein de la population modeste. Le clergé, voyant son peuple affamé et l’entrevoyant massacré, décide alors de réagir. Mais que faire ? Prendre les armes ? Pas question. S’enfuir ? Impossible. Il ne restait plus qu’une solution : demander l’aide de Dieu !

   On prie dans les églises et on organise des cérémonies intra-muros. Puis l’évêque, comme pour aller à la rencontre du Seigneur dont il demande l’intervention, décrète une grande procession autour des fortifications.

   En tête, les clercs brandissent la tunique du patron de la ville, le diacre saint Vincent, mort martyr en 304.

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      Saint Vincent de Saragosse en prison. Peinture à l'huile. Auteur anonyme, école de Francisco Ribalta

   Les guerriers francs n’allaient pas s’attaquer à de si misérables adversaires, d’autant plus qu’il s’agissait là d’un acte liturgique en l’honneur de Dieu et de ses saints ; et si leur férocité les poussait à trucider des ennemis ariens, leur foi leur interdisait de frapper de braves catholiques désarmés.


  Devant cette ferveur chrétienne, cette preuve de sincérité dans la Foi, Clotaire et Childebert sont dévorés de curiosité. Ils distinguent mal, de loin, la nature de ces reliquaires et de ces bannières, portés au son des hymnes et des cantiques. Childebert voulant en avoir le cœur net envoie aux nouvelles une patrouille qui, tandis que la procession réintègre la place, s’empare d’un brave homme et l’emmène devant le roi.

 _ Qu’est-ce donc, demande alors le roi, que vous promenez ainsi en tête de votre procession ?

 _C’est un objet bien précieux, illustre seigneur : la robe de notre grand saint Vincent. L’une des reliques les plus vénérées de toute l’Espagne.


  Les deux rois, comme beaucoup de leurs contemporains, ont pour les reliques une ferveur toute spéciale. Non pas tellement semble-t-il, parce qu’il leur accorde un pouvoir magique, mais par une vénération qui est un effet de leur foi. Or, aujourd’hui, celle qui est à leur portée dépasse leurs espoirs.  Comment se l’approprier ? Il n’est pas question d’utiliser la violence contre le clergé pour s’en emparer, ce serait agir en contradiction totale avec le caractère sacré de l’objet convoité. Alors une transaction ? Mais de quelle nature ? Ils n’ont qu’une seule chose à proposer en échange d’un tel trésor : la levée du siège et l’abandon du pillage de la ville.

  D’ailleurs, que font-ils là, à attendre une reddition supputée tardive ? A quoi bon la prise de Saragosse ? Leur absence de leurs royaumes ne constitue-t-elle pas un danger ? Leur neveu Thibert qui vient d’essuyer un revers en Italie ne risque-t-il pas de profiter de l’absence de Clotaire pour pénétrer sur son territoire ? Préserver Soissons et Paris vaut mieux que gagner Saragosse. C’est décidé, on passe dès lors de la guerre à la diplomatie.

  Les deux frères pour une fois d’accord dans leur tactique, choisissent  quelques antrustions de belle mine et d’une suffisante intelligence, avec quelques clercs rompus aux affaires ecclésiastiques, et en font leurs plénipotentiaires. Ceux-ci  se rendent auprès de l’évêque de Saragosse et lui soumettent la proposition de leurs maîtres : la levée du siège contre la tunique du grand saint Vincent. Terrible cas de conscience pour le prélat !    A-t-il le droit, pour des avantages temporels, même d’une telle importance, d’abandonner un objet sacré dont il a la garde ? Mais le père de ses ouailles n’encoure-t-il pas la malédiction divine en les livrant à l’ennemi ? D’ailleurs, ces ennemis militaires ne sont pas des mécréants ; c’est par piété qu’ils réclament l’insigne relique. Ce serait leur donner l’occasion de pratiquer généreusement la charité que de les inciter à quitter l’Espagne sans avoir mis Saragosse à feu et à sang.

  Tandis qu’il hésite encore, une idée subtile éclaire l’esprit du bon évêque : par une interprétation habile du langage des Francs, il pourrait garder à la fois Saragosse et la relique. Que réclament les clercs des rois francs, qui mènent les pour parlés en latin ? La robe de saint Vincent. Et robe se dit en latin stola. Or, la stola ne signifie pas seulement  robe, mais aussi, par déformation, en langage liturgique, étole, l’étole étant une pièce d’étoffe que l’évêque et le prêtre portent autour du cou, et qui descend en deux pans sur leur poitrine. Les envoyés des mérovingiens réclament la stola de saint Vincent ? L’évêque leur donnera l’étole.

  Et l’évêque a d’autant moins de scrupule à rouler les Francs que, satisfait de cette capitulation, les clercs se mettent à faire monter les enchères.

 _ Nous avons appris que vous possédez aussi des reliques de Saint Etienne, de saint Ferréol, de saint Georges, de saint Gervais et de saint Protais. Si vous tenez vraiment à ce que nous épargnions votre cité, vous devez aussi nous livrer celles-là.

L’évêque, trop heureux d’avoir gardé la pièce la plus insigne de son trésor, s’exécutera non sans quelques fourberies soyons-en sûr. Quant aux clercs francs qui flairèrent la duperie, ils gardèrent pour eux leurs soupçons. Après tout, aux yeux des rois, leurs maîtres, ils avaient par leur habileté, obtenu plus que ce qu’ils étaient chargés de réclamer.


  Restait maintenant à Childebert et Clotaire à justifier auprès de leurs troupes l’abandon des richesses convoitées.  Dans leurs discours, les deux frères en appelèrent à foi de leur guerriers, mais surtout, leur promirent de piller en toute liberté la Septimanie que les Mérovingiens s’attribueraient par la suite.

 

Source : Clotaire 1er, fils de Clovis. Ivan Gobry éd. Pygmalion

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