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20 juillet 2011 3 20 /07 /juillet /2011 12:11

  Avant sa conquête par Jules César, autour de 50 av. J.-C., le sol normand ne présente aucune unité particulière, même si on oppose toujours, assez schématiquement, le nord et le sud de la Seine, c’est-à-dire, grossièrement, les Belges et les Celtes :

-  au nord, ce serait l’aire d’influence des Belges, souvent représentés comme des Germains celtisés. Les Belges, grands guerriers et militaires, pénètrent en Gaule au milieu du IIIe siècle av. J.-C. Cent ans plus tard, leur territoire s’étend de la Marne à la Seine, incluant les deux tribus installées au nord du fleuve : Véliocasses* (de Rouen à l’Oise) et Calètes (que Strabon cantonne au nord de l’embouchure de la Seine, soit dans l’actuel pays de Caux).

-  au sud de la Seine, en revanche, ce serait le territoire des Celtes, appartenant à une vaste aire culturelle qui dépasse largement les côtes de la Gaule pour atteindre jusqu’à l’Irlande.

Sept tribus se partagent ce territoire compris entre la Seine au nord et la rivière du Couesnon à l’ouest. Toutes ont été profondément marquées par les invasions celtes qui, dès l’époque du bronze et plus massivement à partir de - 900, sont parvenues jusqu’à l’ouest de l’Europe.

D’ouest en est, ces tribus sont :

            - les Abrincates (Avranchin)

            - les Unelles (Cotentin et îles)

            - les Bajocasses* (Bessin)

            - les Viducasses* (plaine de Caen)

            - les Esuvii (pays de Sées)

            - les Eburovices (région d’Evreux)

            - les Lexoves* (Lisieux).

 

Mais la Seine a-t-elle vraiment constitué une frontière aussi nette ?

Cette affirmation a été récemment réfutée par nombre d’archéologues : la frontière necarte gaulois-ad346 serait pas marquée par la Seine mais par la Bresle qui, bien plus au nord, sépare aujourd’hui la Haute-Normandie et la Picardie.

Aussi, plutôt que comme frontière, la Seine doit être pensée comme axe de communication, trait d’union entre des tribus qui, installées sur l’une et/ou l’autre, ont très tôt su la franchir (à l’inverse du Rhône ou du Rhin qui, eux, sont des « fleuves-barrières », selon l’expression de Fernand Braudel – L’identité de la France).

Ainsi, si une dizaine de tribus se répartissent un territoire où fleuves et rivières constituent certes des frontières naturelles mais peuvent aussi être d’importants axes de circulation internes (c’est le cas de la Seine, mais aussi de l’Orne), toutes sont très tôt liées par des réseaux économiques, commerciaux, culturels, tant entre elles qu’avec leurs voisins (Armorique et Bassin parisien).

 

  La Gaule et ses habitants


« L’ensemble de la Gaule est divisé en trois parties : l’une est habitée par les Belges, l’autre par les Aquitains, la troisième par le peuple qui, dans sa langue, se nomme Celte, et, dans la nôtre, Gaulois. Tous ces peuples diffèrent entre eux par le langage, les coutumes, les lois. Les Gaulois sont séparés des Aquitains par la Garonne, des Belges par la Marne et la Seine. […] La partie de la Gaule qu’occupent, comme nous l’avons dit, les Gaulois commence au Rhône, est bornée par la Garonne, l’Océan et la frontière de Belgique ; elle touche aussi au Rhin du côté des Séquanes et des Helvètes ; elle est orientée vers le nord. La Belgique commence où finit la Gaule. »

  César, Guerre des Gaules, I, 1.

 

  Une conquète difficile

 

  Le sud-est de la Gaule a été conquis à partir de 125 av. J.-C.

La Normandie fait partie de la deuxième grande vague de conquêtes, entreprises parviridorix Jules César à partir de 58 av. J.-C. dans toute la Gaule intérieure.

S’appuyant sur le Midi (la Transalpine) et sur certains peuples gaulois, César doit faire face à une résistance indigène qui, en Normandie, culmine en 57 dans la guerre opposant son légat Quintus Titurius Sabinus à Viridovix, chef des Unelles du Cotentin. Ce chef guerrier, qu’un historien a qualifié de « Vercingétorix avant la lettre », parvient à entraîner avec lui des recrues de tous les points de la Gaule, faisant du Cotentin un camp retranché qui ne cèdera aux envahisseurs que deux ans plus tard, vers 55. Un an plus tôt, la défaite des Vénètes, peuple le plus puissant d’Armorique, avait signé la conquête de la Bretagne.

 

  Opérations de Quintus Titurius en Normandie (56 av. J. C.)

 

« Pendant que le pays des Vénètes était le théâtre de ces événements, Quintus Titurius Sabinus, accompagné des troupes qu’il avait reçues de César, parvint sur le territoire des Unelles. À leur tête était Viridovix, et il tenait de plus, sous son éminente direction, tous ces peuples qui avaient quitté notre parti et qui lui avaient permis de ramasser une armée et des ressources considérables. Ajoutons que dans les tout récents jours, les Aulerques Eburovices et les Lexoviens, une fois leur sénat passé par les armes en raison de sa répugnance à entrer dans la guerre, fermèrent leurs portes et se joignirent à Viridovix. Importante en outre était la masse accourue de tous les horizons de la Gaule, gens dévoyés et larrons rassemblés, que le butin escompté et leur goût belliqueux avaient détourné de la culture du sol et de l’application quotidienne du travail. Sabinus, établi dans une position qui répondait à toutes les exigences, se cramponnait à son camp, pendant que Viridovix, en face de lui, à un intervalle de deux milles, avait arrêté la sienne, et, journellement, par des pointes offensives, offrait des amorces de combat, au point que déjà les ennemis n’étaient point seuls à éprouver pour Sabinus le mépris qu’il encourait, mais que nos soldats eux-mêmes ne se retenaient guère de le déchirer par leurs sarcasmes. Et telle fut la présomption de peur à laquelle il donna prise que l’approche des défenses du camp commençait à n’inspirer aucune crainte à l’ennemi. Cette manière d’agir de Titurius procédait de l’idée qu’en présence d’une si grande masse d’adversaires, et surtout en l’absence de l’homme qui assumait le commandement supérieur, à moins que le terrain ne s’y prêtât ou qu’une circonstance favorable ne fût offerte, ce n’était pas à un légat qu’il appartenait, selon lui, d’engager l’action.

Cette présomption de peur une fois confirmée, le légat porta son choix sur quelqu’un de capable et d’expérimenté : un Gaulois parmi ceux que, pour se procurer un appoint, il comptait dans ses rangs. À force de récompenses et de présents, il le persuade de passer à l'ennemi et lui explique ce qu'il veut qu'on fasse. À peine celui-ci s'est-il rendu, comme s'il était un transfuge, chez l'ennemi, qu'il fait un tableau de la frayeur romaine, donne des renseignements sur le poids des difficultés que les Vénètes causent à César ; la nuit suivante ne se passera pas sans que Sabinus, en secret, ne mène son

armée hors du camp et ne se rende auprès de César pour lui porter secours. À l'annonce de cette nouvelle, ce n'est qu'un cri : l'occasion d'un succès ne doit pas être perdue : marcher sur le camp s'impose. Bien des arguments invitaient les Gaulois à suivre ce projet : l'hésitation marquée par Sabinus les jours précédents, les assurances données par le transfuge, le défaut de nourriture, vis-à-vis duquel ils avaient mis trop peu de soins à se pourvoir, l'espace placé dans la lutte menée par les Vénètes, ainsi que le mouvement quasi spontané qui porte les hommes à assortir de créance l'objet de leurs vœux. Conduits par de tels motifs, ils n'entendent pas laisser Viridovix et les autres chefs s'échapper du conseil qu'ils n'aient consenti à ce qu'on prenne les armes et à ce qu'on marche sur le camp. Concession qui les enthousiasme, comme si la victoire était entre leurs mains : ayant rassemblé des fagots et des branchages (de quoi combler les fossés des Romains), ils se dirigent droit sur le camp. 

L'emplacement du camp était élevé et progressivement relevée la pente qui depuis le pied y accédait sur environ mille pas. C'est vers ce point que, d'un rapide élan, ils se portèrent ensemble, de manière à restreindre au maximum le délai laissé aux Romains pour se regrouper et s'armer, et c'est hors de souffle qu'ils se trouvèrent en arrivant. Sabinus, ayant stimulé les siens, comble leurs désirs en donnant le signal. Face à un ennemi encombré par les charges qu'il portait, brusquement, par deux portes, il donne l'ordre de la sortie. Le résultat de notre position avantageuse, de l'impéritie et de la fatigue chez l'ennemi, de la valeur de nos hommes et d'une pratique héritée des combats antérieurs, fut que notre premier choc suffit à les priver de résistance et qu'ils s'empressent de tourner le dos. De ces adversaires paralysés dans leurs mouvements, la vigueur intacte de nos soldats, lancés à leur poursuite, fit un grand carnage ; des survivants, les cavaliers lâchés à leurs trousses, laissèrent subsister un bien petit nombre, échappés en fuyards. Ainsi, dans le même temps, Sabinus et César furent informés, l'un de la victoire navale, l'autre de la victoire de Sabinus, et tous les peuples à la fois se remirent entre les mains de Titurius. »

César, Guerre des Gaules, III, 17-19.

 

 

Source : Dossier pédagogique du Musée de Normandie

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23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 19:04

 

 

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16 juin 2011 4 16 /06 /juin /2011 17:33

 

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30 mai 2011 1 30 /05 /mai /2011 15:43

  La fabrication des tissus est une activité artisanale qui fut assez bien décrite par certains auteurs antiques. Par leurs textes, nous savons que les Celtes tissent des tissus de tous types, en laine, en chanvre, et en lin. Ils pratiquent la teinture – par exemple avec la pourpre d’airelle – et imitent la pourpre tyrienne avec des herbes.

  Ces professions fabriquent des étoffes et des tissus pour les vêtements, l’ameublement, les voiles de navires, la literie, les couvertures, et des sacs de toiles pour conserver, filtrer, porter… Le choix de la grosseur des fils de trame et de chaîne donnera légèreté ou épaisseur au tissu. Chaque couleur a sa navette. Le jeu de couleur des fils de chaîne et de trame reproduit des décors géométriques ou stylisés. La qualité, l’intérêt de l’étoffe vient du choix, du mélange et de la qualité des matériaux utilisés et de la façon de tisser : lâche, serrée, avec bouclettes ou poils, sur une ou deux faces.

Les-vetements-celtes 280297-M

  Les tissus sont de couleur unie ou bariolée. Les tissus décorés nous sont connus des le Hallstatt grâce à leur conservation des les oxydes métalliques. Le tissu à carreaux, dont l’héritier est le plaid écossais, est une invention gauloise. Le chatoiement de couleur obtenu grâce aux teintures égaie les vêtements, les tentures et les autres pièces d’ameublement. Les spécialistes des tissus ont observé et confirmé les écrits antiques sur le goût des Gaulois pour les couleurs vives. Ils ont retrouvé des traces de verts, violacé, rouge, orangé et brun. Cependant, c’est l’établissement de la liste des plantes tinctoriales du domaine tempéré européen et l’expérimentation des techniques qui a permis de mieux connaître les savoir faire des peuples celtiques. Deux techniques pour teindre sont utilisées, l’une à chaud, l’autre par fermentation.metier-tisser-gaulois2

  Le tissage sur métier à poids vertical se pratique dès le Néolithique final. Quant au métier dit « circulaire » où les fils verticaux sont liés aux extrémités et tendus par deux traverses, il apparait à l’âge du fer et devient courant à l’époque romaine.

  Les métiers à tisser sont en bois, et laissent comme trace les poids en argile du métier vertical. L’activité de tissage s’exerce dans l’habitat ou dans des petites constructions annexes, souvent excavées. On ignore s’il s’agit d’un travail uniquement domestique ou s’il existait des ateliers de production de série.

 

 

Source : Dossiers d'Archéologie N° 335

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22 mai 2011 7 22 /05 /mai /2011 16:51

  Poseidonios d'Apamée (v. 131 - 51 av. J.C.), philosophe néostoïcien mais aussi, entre autres,famille gauloise astronome et climatologue, est le premier à avoir formulé une théorie précise de l'influence du climat et de la situation géographique sue la constitution physique des habitants et leurs mœurs. Il est aussi le premier géographe à avoir effectué un voyage en terre gauloise, dans les années 100 avant J.C., qu'il met a profit pour vérifier sa théorie et brosser le portrait des Gaulois : «Ils sont de grande taille, leur chair est molle (humide même) et blanche. Leur cheveux sont blonds. [...] Leurs femmes sont belles et bien faites. [...] Les femmes sont fécondes et bonnes nourrices. [...] On ne voit pas en Gaule de sol inactif, sauf en quelques endroits défendus par des étangs et des forêts, et pourtant, du fait de la surabondance de la population, même ces endroits sont habités

  Ces informations tout à fait inhabituelles chez les auteurs antiques expliquent aisément pourquoi, depuis leur découverte à la Renaissance, les Français ont retrouvé beaucoup de leurs traits physiques dans ceux des Gaulois.

  Ce serait précisément à l'anthropobiologie de déterminer si cette ressemblance repose sur une réalité génétique. Le résultat de ce genre de recherches risquant de se révéler politiquement incorrecte, il est peu probable qu'elle soient entreprises pour le moment.

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20 mai 2011 5 20 /05 /mai /2011 00:49

   

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12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 19:17

  L’Armorique (le pays devant la mer) fut, longtemps avant le début de notre ère, une région périphérique, fort peu gagnée par les influences celtiques continentales.

  Des indices (objets en bronze, armes) ainsi que des traces de naufrages découverts sur le littoral nord de la Manche attestent  que des échanges commerciaux avaient lieu entre l’Armorique et la (Grande) Bretagne au cours de la période appelée âge de Bronze atlantique, qui se prolongea jusqu’à la Tène. 

  C’est la naissance des colonies méditerranéennes des Grecs et des Puniques qui donna une impulsion majeur au commerce atlantique.

Au premier siècle avant Jésus-Christ, plusieurs tribus celtes occupaient le massif Armoricain. Elles appartenaient au rameau celto-belge qui peuplait également une partie des îles Britanniques.

Cinq peuples ou nations se partageaient le territoire qu’on appelle aujourd’hui la Bretagne :

  Les Redones, limités au nord par la Manche, la Rance et le Couesnon, à l’ouest par la forêt de Brocéliande, occupaient le bassin de la Vilaine. Leur capitale, Condate (confluent), est devenue Rennes.

  Les Namnètes, entre le bassin de la Vilaine et la Loire, peuplaient approximativement le département de la Loire-Atlantique. Leur capitale, Condevincum, au confluent de l’Erdre et de la Loire, est devenue Nantes.

  Les Vénètes, établis sur la côte sud de l’Armorique depuis l’embouchure de la Vilaine jusqu’à une limite occidentale difficile à préciser, constituaient la principale des nations armoricaine. Ils formaient un peuple de vaillants marins. Leur capitale, Darioritum, était située sans doute sur l’emplacement actuel de Locmariaquer.

  Les Ossismes peuplaient l’extrémité de la péninsule armoricaine. Leur capitale était Vorganium devenue Carhaix.

  Les Curiosolites, entre la forêt de Brocéliande et la Manche d’une part, la rivière de Morlaix et la Rance d’autre part, avaient établi leur capitale à Corseul.

  Peuples celtes en armorique

  D’immenses forêts couvraient le pays et rendaient difficiles les relations entre ces différents groupements ethniques. Les villes, fort rares, n’étaient semble-t-il, que des camps retranchés où la population trouvait un abri en cas d’invasions.

  Les cinq peuples cités, auxquels il faut joindre quelques tribus celtes à l’est, formaient la confédération armoricaine. L’existence de l’Armorique est signalée une première fois par le navigateur célèbre dans l’Antiquité, Pythéas, qui fit un voyage sur les côtes occidentales de l’Europe en 320 avant Jésus-Christ, sans doute pour assurer à l’antique cité des Phocéens (Marseille) le bénéfice du commerce de l’étain.

  Les Vénètes

  Parmi les nations armoricaines, celle des Vénètes tenait la première place. IlsNavire venete 2 possédaient une marine composée de vaisseaux de haut-bord. Ces embarcations massives se mouvaient au moyen de voiles faites de peaux fines et souples, pouvant braver les fortes tempêtes de l’océan. Leur carène plate, fortement charpentée, n’avait aucune difficulté à s’aventurer sur les bas-fonds. Les proues et les poupes étaient très relevées ce qui leur permettait de naviguer plus facilement par gros temps et par tempête. Les bateaux étaient en bois, les ancres étaient retenues par des chaînes et les voiles étaient faites à partir de peaux.

  Grâce à leur marine, les Vénètes exerçaient sur les autres nations armoricaines une supériorité incontestée. Ils concentraient dans leurs mains le commerce avec les îles Britanniques avec lesquelles ils entretenaient des relations beaucoup plus suivies qu’avec la Gaule proprement dite.

  Depuis longtemps, les Vénètes faisaient le commerce du cuivre de Dortmoor, ainsi que de l'étain de Cornouailles. Les mineraies étaient acheminés par leurs bâteaux de charge (les pontas), le long du littoral atlantique vers le midi, via la Gironde, la Garonne, Toulouse et l'Aude, pour arriver enfin à Narbonne. En sens inverse c'était le vin, les bijoux, les denrées rares qui étaient trasportées vers la Bretagne.

  Dans ce contexte, l'Armorique riche en plomb et en sel, joue un rôle considérable dans le trafic international de marchandise. Des poteries disséminées dans tout le sud-ouest de l'Angleterre, attestent de l'intensité de ce commerce.

  La conquête romaine

  Lorsqu’en 57 avant J.C., Jules César entreprit la conquête de la Gaule, la confédération armoricaine prit la décision de reconnaitre la puissance romaine, et en gage de soumission, livra des otages.

  Crassus, lieutenant de César, prit ses quartiers d’hiver dans l’Anjou. Les vivres faisant défaut à ses troupes, il demanda aux Armoricains de lui fournir du blé. Mais prenant conscience de la menace que représentaient les armées de Rome stationnées maintenant à proximité, la coalition, emmenée par les Vénètes, refusa l’aide demandée, et gardèrent même les envoyés de Crassus en otage.

  César, campé en Illlyrie, informé de la tournure des événements, accourut en Gaule et comprit immédiatement le danger que ce soulèvement faisait courir à son œuvre. Il se décida à frapper les Vénètes, mais la tâche n’était pas facile. Les Romains n’ayant point de marine à opposer à celle des Armoricains ; les légions romaines s’épuisèrent à poursuivre un ennemi insaisissable.

  Campés sur les promontoires ou dans les presqu’îles, les Vénètes réussissaient à tenir en échec les Romains. A chaque fois que les affrontements tournaient en faveur des soldats de César, les assiégés se repliaient sur leurs navires et allaient établir un camp retranché sur un autre promontoire.

  César comprit alors que puisqu’il ne pouvait les battre sur terre, il fallait être capable de les affronter sur mer. Il commanda donc à son lieutenant Brutus, positionné dans l’estuaire de la Loire, de préparer une flotte capable de s’opposer aux Armoricains. Les Romains reçurent pour cette tâche, l’aide de tribus gauloise du Sud jalouses de la puissance maritime des Vénètes.

  Lorsque Brutus parut avec sa flotte composée de galères légères, en face du Morbihan,bataillemorbihan56 les Vénètes se portèrent à sa rencontre avec (d’après J. César) deux cent vingt navires. César se tenait sur la côte, à la tête de son armée, pour stimuler le courage de ses marins. Le début de la bataille sembla favorable aux Vénètes. Les robustes navires armoricains pouvaient facilement venir à bout des galères romaines, à condition d’être poussés par une forte brise. Mais le vent tomba brusquement, rendant impossible toute manœuvre des navires à voiles. Les galères romaines, au contraire, propulsées par des rameurs, purent assaillirent à dix contre un les vaisseaux des Vénètes incapables de se porter mutuellement secours. A l’aide de longuesgalère-romaine1 faux, les équipages romains coupaient voiles et cordages, et incendiaient les bateaux ennemis. Impuissants, les Vénètes combattirent avec l’énergie du désespoir. Tandis que les uns tombaient sous les coups de Romains plus nombreux sur leurs propres navires, d’autres se jetaient à la mer, essayaient de monter à l’assaut des galères ou se perçaient de leur propre épée pour ne pas tomber entre les mains de leurs ennemis qui n’auraient pas hésité à faire d’eux des esclaves. Les Romains qui avaient enfin les Vénètes à leur merci ne firent pas de quartier, ce fut un désastre pour ces derniers dont les survivants s’en remirent à la générosité de leur vainqueur. Mais César n’eut aucune pitié pour cette fière nation. Tous les sénateurs furent égorgés et le reste de la population fut mise en vente comme du vulgaire bétail. « Cette forte et laborieuse nation, dit Camille Julian, dont les origines et la puissance remontaient aux hommes des dolmens, la plus ancienne et la plus originale de toute la Gaule, s’effondra dans l’esclavage et dans la mort. »

  Malgré cette sauvage et brutale répression, peut être devrait-on dire « à cause », ceux-ci répondirent plus tard à l’appel de Vercingétorix en envoyant un fort contingent de guerriers pour dégager Alésia. Mais le sort de la Gaule entière dont les nations n’avaient su taire leurs rivalités, se joua donc en faveur de Rome. Les Gaulois, vaincus, soumis et romanisés devraient rompre avec la tradition celtique.

Sources : Histoire de Bretagne, H. Poisson - J.P. Le Mat éd. Coop Breizh _ Les Celtes - Les Rois oubliés, M. Brasseur éd. Terre de Brume

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6 mai 2011 5 06 /05 /mai /2011 01:01

Le vaste territoire historique que l’on nommait jadis la « nation picarde », occupant les plaines situées entre l’Île-de-France et la Flandre et incluant l’Artois et le Hainaut, doit en grande partie son origine à la période de l’indépendance celtique. Toponymie, coutumes et traditions, noms et emplacements des villes, découpage des différentes entités le constituant sont en effet un héritage direct de cette époque et de cette culture. Cela ne veut évidemment pas dire que les autres strates historiques n’ont pas compté. Mais toutes se sont fondues dans une personnalité culturelle héritée de cette période fondatrice.

  

  Que l’on en juge plutôt à travers la pérennité du découpage. Le pays des Bellovaques est devenu le Beauvaisis, celui des Silvanectes a laissé son nom au Senlissois, le territoire des Veromanduens est devenu le Vermandois, celui des Suessions, le Soissonais, celui des Ambiens, l’Amiénois. Enfin, le pays des Morins est devenu... le Boulonnais (c’est le seul qui, tout en conservant le territoire tribal a pris un nom différent). Six tribus celtes ont légué aux siècles suivants les noms et les limites de ce qui furent des évêchés, des comtés, des pays... Dès cette époque antérieure à la conquête romaine, un réseau de routes reliait les principales localités fondées par ces tribus. On reconnaît aisément leurs noms dans les anciennes capitales de celles-ci : Amiens, Beauvais, Soissons, Senlis ou Vermand en attestent. Quant au seul nom qui échappe à cette règle, celui de Boulogne-sur-Mer, il porta lors de sa fondation celui de Bononia pour être romanisé ensuite en Portus Itius avant de reprendre plus tard son nom celtique à peine modifié en Bolonia.

carte-picardie

 

   Formation des peuples celtes de Picardie

  Or, il est remarquable de constater que chacune de ces entités picardes correspond à un espace économico-culturel cohérent avec ses spécialités, ses traditions, ses nuances architecturales et ses productions spécifiques. Comme si, à travers ces constantes, le vieux découpage celtique adressait au monde moderne un clin d’oeil signifiant : « Nous sommes toujours là ! » Les écoliers de ce pays n’apprennent pas — et c’est regrettable — l’Histoire de ce qui fut l’élément fondateur de la personnalité de leurs terroirs. On leur parle de Rome mais pas de ceux qui furent là avant. Comment les peuples celtes se formèrent-ils dans ce qui allait devenir la Picardie ? L’histoire vaut d’être contée car elle n’est pas des plus connues.

  Dès le Premier Âge du Fer et probablement même dès la fin de l’Âge du Bronze, les régions situées au nord de la Seine appartenaient déjà à un ensemble de populations celtiques. Mais c’est à partir du début du IIIe siècle avant J.-C. que la future Picardie va prendre son découpage définitif avec l’arrivée et l’établissement des tribus belges, appartenant également au monde celtique, mais provenant de secteurs situés très à l’est du Rhin (d’où la future confusion des auteurs latins avec les « Germains », encore pieusement compilée par bien des historiens actuels qui ne se rendent pas compte que ce terme n’avait pas alors le même sens), en fait d’Europe centrale. Parmi ces nombreux groupes belges, citons les Parisii, les Nerviens, les Ménapiens, les Atrébates, mais aussi évidemment nos fameux Suessions, Ambiens, Bellovaques, Silvanectes, Morins et autres Veromanduens cités plus haut. Il paraît attesté que cette installation ne se fit pas sans heurt, même si les deux groupes de populations qui s’affrontèrent étaient d’une commune origine celtique. Quelques témoins de ces temps sont parvenus jusqu’à nous, le plus impressionnant étant sans nul doute celui de Ribemont-sur-Ancre, dans la Somme [voir plus bas]. Un trait commun à tous les grands peuples celtes de Belgique (dont faisait partie la future Picardie) est constitué par le maintien à leurs frontières de très petites tribus qui sont vraisemblablement les vestiges des populations pré-belges (tels les Catuslogi de la baie de Somme).

 

Gaulois-photo1 

   Les sanctuaires celtes de Picardie

 

  C’est en Picardie que l’on trouve l’une des plus grandes concentrations de temples et sanctuaires celtiques, qu’il faut bien attribuer aux druides. Outre Ribemont-sur-Ancre et Gournay-sur-Aronde, il faut aussi citer Tartigny, Rouvroy-lès-Merles, Saint-Maur-en-Chaussée, Estrées-Saint- Denis (Oise), Conchil-le-Temple (Pas-de-Calais), Saint-Vast-en-Chaussée, Fouilloy, Estrées-sur-Noye, Cocquerel, Proyart, Chilly, Fluy, Fontaine-sur-Somme (Somme) Ces temples, de plan généralement carré ou rectangulaire, ont continué à être fréquentés après la conquête de la Gaule et ont donné lieu à des réaménagements gallo-romains qui masquaient bien souvent les temples indigènes que l’on s’attache à retrouver aujourd’hui.

  L’entrée des temples était orientée face au soleil levant et ils contenaient toujours, pour autant que l’on ait pu procéder à des fouilles poussées, un bosquet d’arbres, à l’intérieur de l’enclos, témoin pérenne du rite druidique du bois sacré.

  On peut donc dire que la Picardie fut doublement celtisée. D’abord à la fin de l’âge du Bronze et au tout début de l’âge du Fer, puis par une seconde vague au IIIe siècle avant J.-C.

  Rien d’étonnant donc à ce que cette région ait conservé un tel héritage celtique, toujours présent à travers des traditions, des lieux et des toponymes.

 

Ribemont-sur-Ancre

  En 1982, un ossuaire gaulois fut découvert à Ribemont-sur-Ancre. Les premières interprétations furent erronées car on voulut y voir un témoignage de sacrifices. Ce n’est que beaucoup plus tard que l’on comprit enfin de quoi il s’agissait vraiment. L'archéologue J.-L. Brunaux, qui a fouillé le site, croyait en effet au début que le temple celtique avait été le lieu de sacrifices humains importants, du fait de la présence de nombreux ossements, avant de comprendre, une dizaine d’années plus tard, qu’il n’en était rien et qu’il s’agissait d’un considérable monument commémoratif de la victoire des Belges sur les premiers occupants et que les corps exposés avec leurs armes correspondaient à un très ancien rite d’exposition de trophées (qui n’était d’ailleurs pas exclusif aux Celtes, à certaines périodes). Cet extraordinaire sanctuaire fut érigé sur le lieu d’une importante bataille gagnée par les Belges (Ambiens) sur le peuple celte antérieurement établi (de souche vraisemblablement armoricaine). Le millier de cadavres de ces derniers (décapités après leur mort selon le rite bien connu de la conservation des têtes) constitua le trophée. 10 000 armes gauloises y ont également été trouvées, associées à ces restes.

 

    Source : Magazine Keltia N° 16 article de Fabien Régnier

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13 avril 2011 3 13 /04 /avril /2011 14:57

Origine du nom "Belge" : Les peuples celtes qui se nommaient les Belgae fondèrent la Belgica. Ces mots sont celtes et furent repris par les Romains lors de leur invasion. Plusieurs thèses essaient d'expliquer l'origine de ce mot. La principale met en avant une particularité de l'habillement belge par rapport aux autres tribus celtes. Ils étaient en effet vêtus de pantalons-sacs ou bouges, qui se nommaient "bolg" et non de la braie étroite (braga) des autres Celtes continentaux. Ils furent connus jusqu'en Irlande sous le nom de Fir bolg.

 

gaulle-belgique

 

Alauduni. Probablement pré-belges. Clients des Rèmes, établis dans le Laonnois. Bibrax, leur capitale est devenue Laon.

Allobriges. Probablement pré-belges. Situés à l'embouchure du Rhin, dépendant des Ménapiens.

Ambiens. Belges. Établis dans l'Amiénois. Samarobriva, leur capitale est devenue Amiens.

Ambivarètes. Probablement pré-belges. Nord-ouest de la Flandre. Leur capitale était Anvers.

Attrébates. Belges. Établis dans l'Artois. Leur capitale, Nemetacon (Nemetocenna), est devenue Arras.

Atuatuques (ou Aduatuques). Issus des Cimbres. Situés entre la Meuse et le Rhin. Capitale : Aduatucorum.

Bellovaques. Belges. Établis dans le Beauvaisis, leur capitale Bratuspantium, est devenue Beauvais.

Caerosi (Cérèses). Peut-être pré-belges. Clients des Éburons. Établis dans l'Eifel. Leur capitale était Prüm.

Calètes. Belges. Pays de Caux (Nord de la Normandie). Leurs villes : Caracotinum(Harfleur) et Calidu (Caudebec-en-Caux).

Castalogues. Probablement pré-belges. Clients des Ambiens. Pays d'Eu (Baie de Somme).

Catalaunes. Pré-belges. Ils survécurent autour de leur capitale Catalaunum (oppidum de la Cheppe, près de Châlons-en-Champagne) et des «Champs catalauniques» mais des rameaux se dispersèrent jusqu'en Grande-Bretagne (les Catuvellaunes) et en Catalogne (les Catalaunii).

Ceutrones (Centrones). Probablement pré-belges. Soumis aux Nerviens. Leur capitale semble avoir été Douai (un autre groupe de Ceutrones s'établit dans les Alpes, peut-être après l'installation des Belges sur leur ancien territoire).

Condruses. Établis au nord des Ardennes, dans le pays de Condroz (qui leur doit son nom). Capitale : Alventium (Les-Alvins-en-Condroz).

Éburons. Au nord des Ardennes, de la rive gauche de la Meuse jusqu'au Rhin. Ville d'Atuatuca (identifiée à Tongres).

Geidumnes. Peut-être pré-belges. Soummis aux Nerviens.

Gruddiens. Peut-être prè-belges. Soummis aux Nerviens. Région de Louvain, qui était leur capitale (la ville fut nommée jusque tardivement Athenae Grudiae).

Lévaques. Peut-être pré-belges. Soummis aux Nerviens.

Ménapiens. Belges. Établis sur les côtes flamandes et néerlandaises.

Morins. Côtes du Pas-de-Calais d'Etaples jusqu'à Bruges. Capitale : Portus Itiusdevenue Gesoriacum et enfin Boulogne-sur-mer, du nom de l'oppidum voisin de Bononia, qui en protégait l'accès.

Nerviens. Belges. Installés entre la Sambre et l'Escaut, sur toute la Belgique centrale (Hainaut et Brabant). Capitale : Bagacum, devenue Bavay, dans le Hainaut. Autres localités nerviennes : Ablatonas (Blaton), Ardinelle (Ardenelle), Brogella (Bruxelles), Cambrione (Cambron-Casteau), Cameracum (Cambrai), Durnum (Dour), Gabriacum (Givry), Iserna (Izières), Marcedunum (Marquain), Nemetiacum (Nimy), Novoialum (Les Noyelles), Vésum (Vezon)...

Pémannes ou (Faemanii). Établis dans la Famenne (qui lui doit son nom)

Pleumoxii. Sans doute pré-belges. Soumis aux Nerviens.

Rèmes. Vraisembleblement pré-belges. Pays rémois. Capitale Durocortorum (Reims).

Sègnes. Établis dans la haute vallée de l'Ourthe.

Silvanectes. Établis dans le senlisis. Capitale : Senlis.

Suessions. Belges. Établis dans le soissonnais. Leur capitale était Noviodunum, devenue Soissons. L'un de leur quatre clans était le pagus Vadensis dont la capitale, Vadum (Vez) est à l'origine du pays de Valois. Les trois autres sont devenus les pays du Franc-Soissonnais, du Tardenois et de l'Omois.

Trèvires. Belges. Leur territoire considérable s'étendait sur le Luxembourg et la Rhénanie. Leur capitale a pris leur nom : Trèves. Avant cela, c'est leur oppidum du Titelberg, au Luxembourg, qui joua le rôle de résidence princière.

Veliocasses. Belges. Leur pays devint le Vexin (partagé au Moyen-Âge entre l'Ile de France et la Normandie).

Veromandiens. Belges. Correspond à ce qui devint le comté de Vermandois. Leur capitale était à Vermand.

 

Source : Fabien Régnier Keltia N° 11

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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 01:30

  Dans les années 1970, une occupation gauloise retranchée dans un espace fortifié de 12 hectares est mise en évidence par des recherches archéologiques menées à Moulay.
Aménagée à l'extrémité d'un vaste promontoire rocheux, l’enceinte est fermée par un imposant rempart, encore visible aujourd’hui. En 2004, un diagnostic permet de localiser un second rempart à 1 000 mètres en amont du premier, révélant une occupation gauloise beaucoup plus étendue.

Un des plus grands oppida de la Gaule

  Ces découvertes changent radicalement la morphologie générale de ce site, dont la surface totale définie par les deux enceintes concentriques avoisine désormais les 135 hectares. Capitale vraisemblable du territoire des Aulerques Diablintes aux IIe et Ier siècles avant notre ère, Moulay correspond au plus vaste oppidum identifié sur le Massif armoricain. Il intègre désormais la catégorie des grands oppida européens, jusqu’à présent inconnus dans l'ouest de la Gaule.

Les enjeux de la fouille

  Menée sur un tracé linéaire de 1 400 mètres de longueur et environ 11 hectares, la fouille débutée fin 2009 est d’une envergure exceptionnelle. Elle permet d'aborder de manière inédite deux grandes problématiques inhérentes aux oppida : l’étendue des aménagements et leur degré d’organisation. En effet, l'une des interrogations des archéologues quant à ces grands sites fortifiés préromains porte sur l'étendue réelle de leurs occupations internes : ces vastes enceintes, pouvant atteindre jusqu’à plusieurs centaines d’hectares, étaient-elles intégralement occupées ? Renfermaient-elles de vastes espaces agricoles, comme on le pense généralement ? 
  L'autre interrogation des archéologues a trait à la structuration des aménagements internes. Souvent partiellement fouillés, les oppida évoquent une certaine rationalisation de l'espace aménagé, avec la présence d'îlots bâtis, de rues et de places. Toutefois, on a longtemps hésité à qualifier ces agglomérations celtiques de « ville urbanisée », en comparaison avec le modèle de la ville antique de tradition méditerranéenne ou encore avec celui de la ville médiévale. La ville celtique, qualifiée de « proto-urbaine », est considérée comme étant moins évoluée que la ville dite historique.
Inrap1

Une occupation dense et raisonnée

  À Moulay, les résultats des recherches révèlent une occupation dense et structurée sur 80 hectares au minimum, faute de pouvoir prouver, pour le moment, que l'étendue de l'agglomération concerne l'intégralité des 135 hectares intra muros.
À titre de comparaison, la plupart des grands centres urbains des cités antiques atteignent 40 à 50 hectares : Rennes (Condate), Nantes (Condevicnum)… Quant à Jublains (Noviodunum), capitale locale pour la période gallo-romaine à partir de la fin du Ier siècle avant notre ère, elle ne se développe que sur 20 hectares environ. Les vestiges découverts indiquent que l’organisation de l'espace, basée sur un système à dominante orthogonale, est structurée par un réseau de voies de circulation et de fossés d'orientations nord-sud et est-ouest. La ville est organisée en quartiers : résidentiels, à l'intérieur desquels se mêlent espaces privés et espaces collectifs (sanctuaire ?), et artisanaux. L’agencement des infrastructures et la permanence de modules architecturaux témoignent d'une gestion raisonnée de la ville assurée vraisemblablement par des géomètres et des arpenteurs.

Un système politique puissant

  La date de la fondation du l’oppidum de Moulay, le statut et le rôle de l’espace cerné de l’enceinte de 12 hectares sont difficiles à identifier. En revanche, la nouvelle enceinte de l'oppidum identifiée en 2004 correspondrait à une vaste ville nouvelle qui se serait développée au Ier siècle avant notre ère au pied de l’espace fortifié de 12 hectares.
L’étendue et l’essor rapide de la ville nouvelle témoignent de la puissance de l’élite locale. La planification de l'espace urbain renvoie à une administration forte et complexe, inattendue pour cette société préromaine, capable de rassembler les corps de métiers nécessaires à sa mise en œuvre. L’oppidum de Moulay serait ainsi la plus vaste agglomération fortifiée du secteur, au cœur du terroir politique et économique des Aulerque Diablinte. Place-forte à la fois politique, religieuse, commerciale et artisanale, elle gère un territoire dont la superficie est équivalente à celle d’un de nos départements actuels et s’appuie sur des places-fortes intermédiaires, tel que le site d’Entrammes, comparables à nos sous-préfectures, ou encore sur des agglomérations commerciales dites « secondaires ». Jublains, bourgade voisine qui deviendra la nouvelle capitale du territoire au début de la période gallo-romaine, pourrait bien avoir joué ce rôle. L’oppidum de Moulay n’est donc pas un élément isolé, mais plutôt le cœur névralgique d’un puissant système politique et d’une forte administration, entouré de sites satellites assurant la gestion, l’exploitation et le contrôle d’un vaste territoire.

Une perception des sociétés gauloises entièrement renouvelée

  Les données obtenues depuis trente ans, notamment par le biais de l’archéologie préventive, ont totalement renouvelé notre perception de la société gauloise et du monde celtique en général, habituellement associés aux peuples dits « barbares ». Elles témoignent d’une société complexe et hiérarchisée, où l’homme impose à grande échelle sa maîtrise sur l’environnement.
Aménagée sur des superficies difficilement imaginables il y a encore quelques décennies, la campagne gauloise est parcourue par de nombreuses voies et chemins qui traversent et structurent les terroirs exploités par des établissements agricoles. Dans certaines régions, le nombre de ces exploitations est supérieur à celui des fermes de la fin du XIXe siècle.
Socles de la société foncière laténienne, ces habitats ruraux fonctionnent en réseau et sont gérés par des établissements au statut politique plus important. Parallèlement au développement exponentiel de cette forme d’habitat, l’émergence des premières villes non fortifiées, artisanales et commerciales, au IIIe siècle avant notre ère, est un élément important de la structuration économique et politique des territoires.
Plus tardivement, aux IIe et Ier siècles avant notre ère, le développement des oppida à l’échelle européenne au nord des Alpes, des Îles Britanniques à la Hongrie, se surimpose à cette situation. C’est le cas de Moulay.

Poursuite de la fouille

  La fouille sur l’oppidum se poursuivra jusqu’à la fin du mois de juin 2011 sur environ 3 hectares. Le plan d’organisation de la ville pourra être complété, facilitant ainsi la compréhension du processus d’urbanisation au sein de l’enceinte fortifiée.
L’étude d’un vaste quartier artisanal est au programme de ces travaux de recherche. Elle permettra de caractériser les artisanats pratiqués (métallurgie, forge, travail du bois, céramique…), à partir des aménagements réalisés par les Gaulois, mais aussi par les déchets générés (outils abandonnés, scories...).
Enfin les archéologues travailleront sur le rempart du Petit Mesnil, qui matérialise la limite nord de l’extension de la ville. Son étude, sur près de 180 mètres de longueur, est une première à l’échelle européenne. Les sondages révèlent qu’il s’agit d’un murus gallicus (du latin : mur gaulois), conservé sur une hauteur voisine de 2,50 mètres, soit le fameux rempart à poutrage interne croisé décrit par Jules César dans "La Guerre des Gaules".
Source : Inrap

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