Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
10 novembre 2011 4 10 /11 /novembre /2011 07:40

  En octobre, les chercheurs du DRASSM (Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines, Ministère de la Culture) annonçaient de nouvelles découvertes dans le Rhône, à Arles (13). Par 12 mètres de fond, huit canalisations de plomb, servant à acheminer l’eau potable, reposaient sur le fond du fleuve. Ces canalisations, longues de 200 mètres, traversaient le Rhône et étaient divisées en tronçons longs de 3 mètres, soudés entre eux.
   L’existence d’un réseau d’eau potable était connu dès le XVIIe siècle : des tuyaux avaient alors été mis au jour. Beaucoup furent fondus pour réaliser des balles de fusil mais certains ont été conservés et sont exposés au Musée de l’Arles antique.
   Cette découverte fait la lumière sur un point important : la technique de la soudure, grâce à une boule de plomb appelée « olive ». Les noms de certains artisans ont été retrouvés sur ces soudures, confortant l’idée qu’il s’agissait d’une technique bien particulière nécessitant un grand savoir-faire.
   Toutefois, de nombreuses questions demeurent : comment ces canalisations étaient-elles immergées ? De quand date ce réseau ? Pour ce dernier point, on sait que cette installation existait avant 255, date d’un grand incendie dont les tuyaux portent la marque. Il reste également à déterminer d’où provenait l’eau qui arrivait dans la cité romaine via ces tuyaux.

 

Source : Info-Histoire.com

Partager cet article

Repost0
5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 08:39

  Nourrie du savoir grec, enrichie par la connaissance des praticiens latins et les acquis de la tradition gauloise, la médecine gallo-romaine se singularisait dans trois domaines : l’ophtalmologie, la médecine thermale et les plantes médicinales.


     L’ophtalmologie

  Les oculistes de la Gaule sont connus par les cachets qu’ils imprimaient sur les bâtonnets de collyres solides. Cette utilisation de collyres solidifiés, ramollis ou délayés au moment de l’emploi, est tout à fait spécifique de la Gaule et des contrés voisines. En d’autrescachet-doculiste-merdrignac régions de l’Empire en effet, les médicaments des yeux se présentaient sous forme liquide. À tel point que sur les cachets d’oculistes jusqu’ici découverts (au moins 260), la grande majorité vient de la Gaule.

  Ils revêtent l’aspect de petites tablettes rectangulaires ou carrées, en pierre dures dont les quatre côtés sont gravés en creux et à l’envers. L’inscription précise l’identité du praticien, le nom du collyre et sa composition, l’affection traitée par le médicament et parfois son mode d’application. Voici par exemple ce que l’on peut lire sur un cachet découvert à Boinville-le-Gaillard dans les Yvelines :


« C DOMITI MAGNI

« DIALEPIDUS ADA

« PACCIANUM

« C DOMITI MAGNI

« EVVODES AD ASPR »


  Restituée, l’inscription donne : « C (aii) Domiti (i) Magni dialepidus ad s(spiritudines) » : collyre à base de cuivre de Caius Domitius Magnus contre les granulations (des paupières). « Paccianum » : collyre de Paccianus. « C (aii) Domiti (i) Magni euvodes ad a(spiritudines) » : collyre parfumé de Caius Domitius contre les granulations (des paupières).

  Élaborés à base de végétaux – safran, cannelle, pavot, coing, fleurs de buis, etc. – de métaux comme le cuivre ou de substances animales comme le fiel, certains de ces collyresstele-oculiste.jpg offraient d’incontestables vertus anesthésiantes, calmantes ou thérapeutiques. Ils soignaient notamment les maladies de la cornée, du cristallin, les conjonctives à ses différents stades – avec des préparations appropriées pour chacun – et les maladies des paupières. Mais plus que des maladies, ils traitaient leurs symptômes ainsi que le spécifient des indications comme : « pour l’éclaircissement de la vue », « suppurations » ou « brûlures »…

  La spécialité des praticiens gallo-romains en matière d’affections de la vue, est soulignée par Celse, célèbre médecin romain du 1er siècle, qui loue le traitement appliqué en Gaule contre « le flux d’une pituite (mucosités) peu épaisse qui altère l’état des yeux ». Pour lui, l’intervention la plus efficace est celle qui se pratique en Gaule Chevelue : «  Les médecins là-bas, explique-t-il, choisissent des vaisseaux situés sur les tempes et sur le sommet de la tête » et les cautérisent, obstruant ainsi les vaisseaux superficiels par lesquels, croyait-on, ces mucosités descendaient du cerveau.

  L’opération de la cataracte, la plus décisive dans le domaine de l’ophtalmologie, étaient pratiquées par les médecins à l’époque gallo-romaine. On a souvent prétendu qu’un bas-relief de Montiers-sur-Saulx (Meuse) figurait cette intervention. À l’aide d’un instrument pointu, un homme touche la paupière d’une femme qui tient un petit pot et porte un linge sur l’avant-bras. En réalité cette scène paraît plutôt représenter un examen de l’œil ou l’application d’un onguent. En revanche, les cinq aiguilles et leur étui découverts en 1975 à  Montbellet (Saône-et-Loire) sont bien des aiguilles utilisées pour l'opération de la cataracte. Une opérationMuseo di Napoli - Strumenti di chirurgia dont Celse décrit minutieusement les différentes phases : « On fait asseoir le malade sur un siège placé dans un endroit bien éclairé, la face tournée du côté de la lumière ; l'opérateur se place vis-à-vis, sur un siège un peu plus élevé. On fait mettre un assistant derrière le malade, pour lui tenir la tête et l'empêcher de remuer ; car au moindre mouvement il risquerait de perdre la vue pour toujours. Afin de donner plus d'immobilité à l'œil qu'on veut opérer, on applique sur l'autre un bandeau de laine. Si la cataracte est sur l'œil gauche, on opère avec la main droite ; et avec la gauche, si elle est du droit. L'aiguille, acérée, mais pas trop mince, doit être alors enfoncée en ligne droite, à travers les deux membranes externes, au point intermédiaire entre la pupille et le petit angle de l'œil, mi-hauteur de la cataracte afin de ne rencontrer aucune veine ; il faut l'enfoncer hardiment car le lieu où elle se dirige est vide ; quand l'opérateur est sûr d'y être arrivé (et le moins habile ne peut s'y tromper, car on éprouve plus de résistance), il incline son aiguille et la tourne doucement sur la cataracte, qu'il abaisse peu à peu au-dessous de la pupille. Il appuie alors davantage sur la cataracte, afin qu'elle reste à l'endroit où il l'a enfoncée. Si elle s'y maintient, l'opération est terminée ; mais si elle revient en place, il faut la couper en plusieurs parties avec cette même aiguille : les fragments ainsi constitués restent plus facilement en place et gênent moins la vue. On retire ensuite l'aiguille en droite ligne, on applique un lainage doux, imprégné de blanc d'œuf, avec par dessus des remèdes, pour éviter l'inflammation, et on pose un pansement.» (De la médecine, VII 7, 13-14).

 

Source : Les Gallo-romains - tome 2, Gérard Coulon.

Illustrations : cachet d'oculiste, Musée de Bretagne - Merdrignac _ Stèle dite "de l'oculiste", Musée de Bar-le-Duc _ Instruments de chirurgie, Musée de Naples

Partager cet article

Repost0
26 octobre 2011 3 26 /10 /octobre /2011 07:53

Lucien Jerphagnon (historien, membre de l’académie d’Athènes) et Jean Dutourd (romancier, académicien), tout deux récemment disparus, se sont tous les deux penchés il y a quelques années sur la chute de l’Empire romain. Leur interprétation diverge légèrement.

 

Lucien Jerphagnon :

  On parle de décadence des mœurs pour expliquer la chute de l’Empire romain, c’est le183754_l-ecrivain-lucien-jerphagnon-sur-le-plateau-de-l-emi.jpg type même de poncif qu’on se repasse  de génération en génération à propos des Romains, toutes époques confondues. C’est l’article de fond  que vendent tous les péplums. Je sais bien qu’au Ve siècle, le prêtre Salvien de Marseille déplorait que les bordels ne désemplissent pas, mais de tout temps il s’est trouvé des gens pour dénoncer la décadence des mœurs : Cicéron au Ier siècle avant J.C. Constantin. (Ô tempora, ô mores !) et Sénèque, au Ier siècle après J.C., qui parle de ces gens qui se font vomir pour manger, et mangent pour se faire vomir… Mais c’était une manière de dire. Et il y en a pour cinq siècles, ou six.

  On site également le cosmopolitisme, mais cosmopolite, l’Empire l’était par vocation et par essence. A l’âge de l’apogée, au IIe siècle, des gens comme Epictècle, comme Plutarque, comme Aelius Aristide, trouvaient que Rome avait rendu sûres leurs contrées, et avait uni des peuplades qui avant ne demandaient qu’à s’entretuer. Cela a très bien marché pendant cinq cents ans.

  L’Empire romain était extrêmement étendu, et pourtant cela marchait très bien. Conscient de cette colossale étendue, Dioclétien (fin IIIe-début IVe s.) avait même imaginé le système tétrarchique : un empereur ou un sous-empereur aux quatre coins de l’Empire, pour parer à toute éventualité côté Barbares.

  Accuser les chrétiens serait injuste et absurde. Je sais bien que le fait de refuser d’adorer les dieux officiels les faisait passer pour inciviques, et un Tertullien, par exemple, au IIe siècle, un peu hérétique sur les bords, donnera là-dedans. Mais c’est une rareté. En fait, dans les Evangiles, dans les prédications, chez St Paul, bref, dans l’enseignement de l’Eglise, le respect des autorités était la règle explicite, et il était recommandé de prier pour les gouvernements. Même Tacite, qui ne les aime pas, innocente les chrétiens de l’incendie de Rome, sous Néron. Au reste, Constantin, le premier empereur chrétien, fut un chef très attentif et au Vis siècle, un Justinien tentera de reconstituer ce qui s’était défait.

  Alors qu’elles sont les raisons me direz-vous ? En fait je verrai plutôt les difficultés économiques, la fiscalité (fuite de gens aisés) et la démotivation de l’armée. Ammien Marcellin s’en plaint assez – l’armée ne vaut pas grand-chose (« les soldats chantent des chants langoureux au lieu de pousser des cris de guerre… Ils sont devenus expert en bijouterie, établissement »). Le commandement est passé peu à peu aux mains de gens qui ne sont pas de souche : aux IIIe et IVe siècles, les meilleurs empereurs seront des Illyriens (ex-yougoslavie…) ; et des Germains. Enfin, l’afflux des peuples barbares, qui venaient là parce qu’il faisait meilleur que chez eux, et dont les chefs n’avaient qu’une envie : devenir général romain. Ils faisaient d’ailleurs des miracles (Stilicon, par exemple, qui arrêta Radagaise…). On laissait faire, on ne résistait plus. Et c’est ainsi que Romulus Augustule fut viré par Odoacre en 476. Amen. Je ne m’en suis toujours pas remis.

 

 

Jean Dutourd :

  Sur les huit raisons de la chute de l’empire romain que l’on nous propose, je n’en voisjean_dutourd1.jpg qu’une qui ne soit pas incontestable : la lourdeur de la fiscalité. Celle-ci, à ce que je crois, ne pesait guère sur le peuple romain proprement dit ; c’est surtout les provinces de l’empire qu’elle pressurait. Tant que les garnisons romaines ont été assez fortes ou assez féroces pour faire respecter les exactions des proconsuls, il n’y eu que des révoltes sporadiques, réprimées plus ou moins vite mais toujours impitoyablement. Bien entendu les populations s’enhardirent à mesure que l’étreinte se desserra et que l’occupant, ou le maître, perdit les vieilles vertus romaines, contaminé qu’il était par les vaincus, amolli par son autorité sans borne, grignoté par les cupidités individuelles.

  Le mot-clef de l’histoire romaine est virtus qui, plus encore que vertu, signifie virilité, intrépidité, abnégation, force d’âme. La virtus des Romains s’est affaiblie avec leurs siècles de victoires et avec l’excès de pouvoir sur le monde que ces victoires leur avaient donné. A un certain point de leur histoire, le monde ne leur a plus opposé de résistance et leur ressort en quelque sorte s’est détendu. Les raisons que l’on évoque de la décadence de l’empire romain forment un résumé des événements ou des convergences des forces qui conduisent à leur ruine les Etats hégémoniques. Les mœurs des anciens Romains tels que Fustel de Coulanges les décrit dans La cité antique n’ont rien de commun avec celles des « nouveaux romains » que Pétrone s’amuse à  peindre dans Le Satyricon. Encore doit-on noter qu’au temps de Pétrone, contemporain de Néron, Rome avait deux siècles ai moins de puissance devant elle.

  Le cosmopolitisme a joué son rôle dans la décadence romaine. Nous avons des exemples analogues aujourd’hui avec les grandes capitales d’Europe et d’Amérique qui sont envahies par ce qu’on appelle te tiers-monde, qui n’est autre que les pauvres des anciennes « provinces » des empires coloniaux de naguère.

  La trop grande extension de l’empire romain n’eût sans doute pas été un facteur de désagrégation si ses gouvernements, et particulièrement ses empereurs n’avaient été de moins en moins capables au fil des années. Fut un temps où il y eut deux empereurs, puis quatre, simultanément, qui se partageaient le travail, chacun le faisant assez mal du reste.

Enfin le christianisme a fortement contribué à l’effritement et au trépas des institutions. Il a frappé de paralysie le monde païen (ou athée), il a tué la civilisation antique pour mettre à sa place, après plusieurs siècles de convulsions, une autre civilisation fondée sur une autre morale. Les catacombes du temps de Domitien ont été des galeries de taupes creusées à petit bruit sous l'empire romain et qui ont fini par causer son effondrement.

  En dépit de tout, l'empire romain a été une des constructions politiques les plus durables. Il lui est arrivé ce qui arrive inévitablement aux empires qui ont soumis par la force et soudé administrativement (un certain nombre de nations hétéroclites autour de ce que l’on pourrait appeler un noyau conquérant. Les entités politiques fabriquées de la sorte sont forcément animées d’un mouvement centrifuge, lequel n’attend que le moment propice pour se produire, ce qui prend parfois plusieurs siècles mais a toujours lieu. C’est leur grande différence avec les patries qui se forment lentement et pour ainsi dire parcimonieusement plus par consentement mutuel que par contrainte, même si parfois il faut des guerres pour y parvenir. Ce qui fait la fragilité des empires, y compris l’empire romain, est qu’ils sont des sociétés et non des familles. Or, les sociétés sont fragiles : elles s’éteignent quand leurs membres ne croient plus en elles, en leurs principes, en leur religion, en leur légitimité, donc en leur avenir.

 

Historia janvier/février 1997

Partager cet article

Repost0
22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 10:23

Claude, né à Lugdunum (Lyon) fut le premier empereur né hors d'Italie.*

 

Bronze : ± 28 g ; ± 33,5 mm

 

Légende : TI CLAVDIVS CAESAR AVG P M TR P IMP. " Tiberius Claudius Caesar Augustus Pontifex Maximus Tribunicia Potestate Imperator" (Tibère Claude César Auguste grand pontif revêtu de la puissance tribunitienne empereur).sesterce-claude1.jpg Revers :

Légende : EX S C / OB / CIVES / SERVATOS. "Ex Senatus Consulto/Ob Cives Servatos", (Par décret du Sénat pour la sauvegarde des citoyens).

sesterce-claude2.jpg  Des pièces identiques ont été récemment trouvées dans le Var.

 

* pour en savoir un peu plus sur Claude : Scripta manent

Partager cet article

Repost0
16 octobre 2011 7 16 /10 /octobre /2011 09:18

   À partir de la Conquête en -52, les Romains contribuent à développer en Narbonnaise un important vignoble.
   Avec l’intensification des échanges maritimes et terrestres, deux produits deviennent emblématiques du commerce méditerranéen : l’huile et le vin.

   Au Ier siècle de notre ère, un grand changement intervient : les Gaulois de Narbonnaise obtiennent l’autorisation de planter et de cultiver la vigne. Les Allobroges mettent au point de nouveaux cépages, adaptés aux hivers vigoureux, puis les Bituriges Vivisques créent à Bordeaux une variété résistant à la pluie et au vent. La culture de la vigne s’étend sur toutes les provinces de la Gaule, jusqu’en Normandie.  

   Crise de surproduction ? Décision politique ? Un décret de Domitien formulé en 92 de notre ère ordonne l’arrachage de la moitié des plants dans les provinces romaines.... Le décret, impopulaire, ne sera pas appliqué rigoureusement et la vigne continuera de progresser en Gaule, jusqu’aux frontières de l’Empire, sur le Rhin.  

   Le IIe siècle marque l’apogée de la production de vin en Gaule, avant qu’une nouvelle crise n’entraîne l’abandon progressif des domaines et la perte des vignobles, que les guerres finissent de ravager. La viticulture ne disparaît toutefois pas complètement du territoire, puisque la production de vin est toujours attestée au Ve siècle.carte 4

1_ Plantations de vigne et production de vin dans la villa de Champs Chalatras (Puy-de-Dôme)

2_ La viticulture antique du Gasquinoy, Béziers (Hérault)

3_ La villa viticole du Haut-Empire de Saint-Georges-des-Coteaux (Charente Maritime)

4_ La viticulture de la moyenne vallée de l’Hérault pendant le Haut-Empire : les parcelles

5_ La viticulture de la moyenne vallée de l’Hérault pendant le Haut-Empire : des hameaux et des villages de vignerons

6_ La viticulture de la moyenne vallée de l’Hérault pendant le Haut-Empire : les fermes

7_ La viticulture de la moyenne vallée de l’Hérault pendant le Haut-Empire : les amphores

8_ De la pourpre au vin, la villa du Pladreau à Piriac-sur-Mer (Loire-Atlantique)

9_ Le vignoble antique de Gevrey-Chambertin (Côte-d’Or)

10_ Le domaine antique du Petit Clos à Perpignan (Pyrénées-Orientales)

 

  Au Ier siècle, les Romains accordent la citoyenneté aux Allobroges, dont la capitale est Vienne, ainsi que le droit de planter et d’exploiter la vigne. Le cépage Vitis allobrogica, encore appelé Vitis picata, serait né à ce moment-là. Résistant aux hivers rigoureux, il donne un vin célèbre jusqu’à Rome et réputé pour son goût de poix, que Pline l’Ancien évoque dans son Histoire naturelle.  

  Cependant, de nos jours, aucune trace archéologique n’a prouvé la présence de cette vigne dans les environs de Vienne ; aucun vestige d’exploitation viticole ni toponyme ne permet d’identifier le lieu de production. Et pour comble de malchance, les nombreuses amphores mises au jour dans la région contenaient toutes... de l’huile d’olive.  

   Les sources écrites, dont une inscription découverte à Aix-les-Bains mentionnant la donation d’une vigne, existent bel et bien. Certains historiens de l’œnologie émettent dorénavant l’hypothèse que ce mystérieux « allobrogique » pourrait être rapproché du cépage de mondeuse, cultivé traditionnellement en Savoie, et que les Allobroges auraient fait commerce d’un vin produit non pas autour de Vienne mais dans leur arrière-pays, sur les coteaux du Dauphiné.Lycurgue

Lycurgue, roi de Thrace, frappé de folie par Dionysos et assailli par Ambrosia transformée en rinceaux de vigne, dernier quart du IIe siècle de notre ère, mosaïque de Sainte-Colombe-les-Vienne.
                                 Musée gallo-romain de Saint-Romain-en Gal, Vienne.

Partager cet article

Repost0
7 octobre 2011 5 07 /10 /octobre /2011 09:14

284 Dioclétien devient empereur. Réforme fiscale (la capitation). Début du Bas-Empire romain ou Antiquité tardive. Les Bagaudes sèment la terreur en Gaule.

 

292.  Sculpture maya retrouvé à Tikal, au Guatemala actuel, accréditant l’apparition de cette civilisation en Amérique centrale.

 

293.  Début de la tétrarchie à la tête de l’Empire.carte-empire-romain

 

296.  Ecosse : les Barbares pictes, venus des Highlands, forcent le mur d’Hadrien.

 

297.  Le manichéisme, religion venue de Perse, est condamné par Dioclétien.

 

298.  L’élevage du vers à soie est introduit au Japon.

 

300.  Développement des premières cités-Etats maya dans la région du Peten au Guatemala.

 

301.  Edit du Maximum par Dioclétien.

 

303.  Dioclétien, par quatre édits successifs, amorcent une politique de persécutions contre les chrétiens, notamment en Orient.

 

305.  Dioclétien et Maximilien abdiquent. Ils laissent le pouvoir à deux Césars devenus Augustes. Constantin est alors proclamé empereur par les troupes de Bretagne.

 

309.  En Iran, Chahpuhr II (309-379), de la dynastie des Sassanides, subit la menace des envahisseurs Huns.

 

311.  L’Empereur Constantin crée le sou d’or. Il n’a qu’un seul rival Maxence qui règne sur Rome.sou-d-or-Constantin.png

 

312.  Constantin défait Maxence, à la bataille du pont de Milvius. L’empereur attribue cette victoire à une apparition divine qui lui a enjoint de combattre au nom du Christ.

 

313.  Conversion de l’empereur Constantin qui devient ainsi le premier Empereur romain chrétien.

 

316.  Chine : les Barbares du Nord s’emparent de la ville de Luoyang.

 

320.  Inde, Candragupta Ier accède au trône, inaugurant ainsi le long règne de la dynastie des Gupta, qui vont au cours des siècles agrandir leur royaume.

 

321.  La première basilique Saint-Pierre est édifiée sur la nécropole de la colline du Vatican. Constantin accorde à l’église le droit de recevoir des héritages.

 

324.  Vainqueur de Licinius à Andrinople, Constantin réalise l’unité de l’Empire et fonde Constantinople, nouvelle capitale, sur le site de Byzance.

 

325.  Naissance à Alexandrie, en Egypte, du mathématicien Diophante qui travaille sur l’algèbre. Deux ouvrages nous sont parvenus : les Nombres polygonaux et les Arithmétiques qui auront une grande influence sur les savants arabes, puis sur nos mathématiciens au XVIIe siècle

 

328. Athanase devient évêque d’Alexandrie.

 

330. Constantinople, nouvelle capitale, est inaugurée le 11 mai par Constantin.

 

331.  Constantin recense les biens des temples et prive le paganisme de son pouvoir économique.

 

337.  Décès de Constantin. Ses trois fils, Constant, Constance II et Constantin II, se partagent l’Empire. En Iran, Chahpour II tente de récupérer les régions abandonnées aux Romains.

 

340.  Constant élimine Constantin II. Constance II défend l’Orient face aux Perses.

 

348.  Ancien vétérinaire en chef de l’armée de Constantin. Apsyrte une fois à la retraite publie un manuel d’art vétérinaire consacré aux chevaux, qui fera autorité pendant des années.

 

350.  L’évêque Wulfila traduit la bible dans la langue des Goths.

 

357.  Constance II confie à son cousin Julien la défense de la Gaule contre les Francs et les Alamans. Chine : le Nord est contrôlé par l’empereur hun Fou-Kien (357-383).

 

361.  Julien l’Apostat rétablit provisoirement le paganisme. Les chrétiens sont exclus de la fonction publique.

 

364.  Julien l’Apostat est remplacé par Valentinien Ier et son frère Valens.

 

372.  Firmus, prince berbère se révolte contre Rome. Saint Martin, ancien officier romain, devient évêque de Tours.martin.jpg

 

378.  Huns et Goths infligent, à Andrinople, une défaite à l’armée romaine conduite par l’empereur Valens, tué au combat.

 

379.  Mort en Chine de Wang Hi-tchi, père de la calligraphie chinoise.

 

380.  Conversion de l’Ethiopie au christianisme. En Inde, l’extension de la dynastie Gupta atteint son apogée avec  la conquête du Bengale et de la Bactriane. En Occident, le pouvoir romain, incapable de repousser les Goths, est obligé de  conclure un traité avec eux.

 

381.  À Constantinople, un concile œcuménique condamne définitivement l’arianisme.

 

383.  Maxime, un usurpateur, se proclame empereur en Bretagne et s’empare de la Gaule. Il sera chassé cinq ans plus tard par Théodose Ier.

 

386.  Des moines syriens, conformément à la politique antipaganiste de Théodose, détruisent des temples. Ils sont imités en Egypte et en Afrique.

 

387.  Saint Augustin se convertir. Il a alors 32 ans.

 

390.  L’empereur Théodose doit se soumettre à la pénitence, le jour de Noël, devant Ambroise, père et docteur de l’Eglise qui l’a condamné pour ses lois contre les homosexuels.Theodose-Ambroise.jpg

 

391.  Théodose interdit le culte païen, même en privé.

 

392.  Arbogast, tuteur de Valentinien II, le fait assassiner et proclame son neveu Eugène empereur.

 

395.  À la mort de Théodose, l’empire est séparé en deux parties indépendantes : occidentale et orientale. Saint Augustin, évêque d’Hippone (Annaba).

 

398.  Eutrope doit repousser une invasion des Huns venus d’Extrême-Orient, dans les provinces orientales.

 

406.  Le 31 décembre, Vandales, Alains et Suèves franchissent le Rhin pour envahir la Gaule. En 409, ils atteindront la péninsule ibérique.

 

410.  Prise de Rome par les Wisigoths d’Alaric.pillage-de-Rome-en-410-par-les-wisighots-d-Alaric.jpg

 

413.  Construction de la grande muraille de Théodose à Constantinople.

 

414.  Mariage de Galla Placidia, fille de l’empereur Théodose Ier, avec le roi wisigoth Athaulf. Veuve, elle se remarie avec Constance. Régente pendant douze ans de leur fils Valentinien III, elle se convertit au christianisme à la fin de sa vie et fait édifier à Ravenne l’église Saint Jean l’Evangéliste.

 

415.  La philosophe païenne Hypathie est massacrée par la foule d’Alexandrie.

 

427.  L’Empire de Ruas unifie les Huns qui deviennent une menace pour l’Empire romain.

 

429.  A la demande de l’Empereur Théodose II, début de l’élaboration du code théodosien qui sera achevé en 438. Après avoir franchi le détroit de Gibraltar, les Vandales s’emparent de Carthage dont ils font leur capitale.

 

431.  Le concile d’Ephèse proclame la mère du Christ, Marie, vierge et mère de Dieu.

 

444.  Attila devient chef des Huns.

 

450.  Le général Aspar, un Alain, impose son protectorat à l’Orient romain.

 

451.  Les Huns d’Attila sont vaincus aux champs Catalauniques (Champagne) par l’armée du patrice Aetius, comprenant notamment des Wisigoths.

 

452.  Le pape Léon le Grand convainc Attila de ne pas entrer dans Rome.

 

455.  Les Vandales de Genséric pillent Rome et la Campanie.

 

457.  Ricimer, un Suève, impose son protectorat à l’Occident romain.

 

465.  Invention du jeu d’échecs.

 

467.  Inde : difficultés des Gupta devant la pression des Huns.

 

471.  Sidoine Appolinaire, un riche Lyonnais, devient évêque de Clermont-Ferrand.

 

475.  Disparition de la dynastie des Gupta en Inde. Le nord est unfié par les Huns qui en font un vaste Etat.

 

476.  Romulus déposé est le dernier empereur romain d’Occident.

 

486.  Syagrius, général romain, gouverne l’ultime territoire gaulois encore aux mains des Romains. Il est battu par Clovis à Soissons.Clovis---Syagrius.jpg

Partager cet article

Repost0
28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 10:11

  Les auteurs de l’Antiquité rapportent que les Celtes procédaient à des libations rituelles au cours des cérémonies funéraires. Assez similaires à celles qui étaient pratiquées en Grèce hellénistique, ces libations étaient dédiées aux dieux et aux héros guerriers.

   Certaines tombes sont équipées d’un écoulement qui permet de déversement de boissons, d’autres contiennent des récipients fixés au sol ou au plafond. Ces récipients, qui servaient au transport, au service et à la consommation du vin, sont utilisés pour les libations et parfois pour contenir les cendres du défunt. L’association d’un liquide aux vertus conservatoires à ses restes doit lui permettre d’accéder à une forme d’éternité. En Gaule celtique, ces boissons peuvent être le vin, la bière ou l’hydromel.

   Des fêtes rituelles sont également organisées en l’honneur des dieux ou des guerriers morts au combat et donnent lieu à la construction de fosses à libations creusées dans les sanctuaires. Elles accompagnent des banquets et des festins au cours desquels on sacrifie nombre d’animaux. Lorsqu’à partir du IIe siècle avant notre ère le vin arrive massivement d’Italie, des centaines d’amphores sont ainsi jetées au fond des puits à offrandes creusés dans les sanctuaires et s’y accumulent.service-à-banquet

     Le vin dans les tombes nîmoises au début de l'époque romaine

 

  La période qui suit la conquête romaine de la Provence, puis de toute la partie méridionale de la Gaule (fin du IIe siècle/première moitié du Ier siècle avant notre ère) voit, dans toutes ces régions, la multiplication des manifestations ostentatoires dans les rituels funéraires : des dépôts d’armes et de nombreux vases, offrandes d’animaux… L’abondance des récipients liés à la consommation du vin (amphores, vases, coupes et instruments du service) atteste le rôle essentiel du vin dans les derniers hommages rendus aux défunts. Bien qu’amplifiées, ces pratiques ne sont pas nouvelles, mais héritées des populations protohistoriques, qui entretenaient depuis plusieurs siècles déjà des contacts réguliers avec les civilisations méditerranéennes et s’étaient peu à peu imprégnées de leurs coutumes.

    Une vaisselle spécifique associée à des armes
   Dans les tombes de la fin de l'âge du Fer ou du début de l'époque romaine, la nature de4374 vignette b-Mas-de-Vignoles-4-1 la vaisselle liée au vin varie selon les secteurs géographiques. Des fouilles récentes ont ainsi permis de confirmer une spécificité nîmoises : l’absence quasi systématique de vase ou d’instrument métallique du repas et de la boisson, alors que les sépultures contemporaines de la basse vallée du Rhône et des Alpilles en livrent de nombreux exemplaires. En revanche, le mobilier funéraire nîmois présente une proportion plus importante de vases pour le service et le stockage des liquides (vases à boires et cruches dont certaines de grande contenance). Les amphores déposées dans les sépultures apparaissent au IIe siècle avant notre ère, d’abord sous forme de récipients entiers, puis souvent limitées à des fragments de cols ayant fait l'objet de bris intentionnel. Les modes de consommation du vin dans les sociétés du Midi de la Gaule étaient très divers. Les élites nîmoises auxquelles on attribue les tombes étudiées ne semblent pas avoir adopté les usages méditerranéens et pourraient avoir conservé en la matière leurs propres traditions. Cette résistance à l'acculturation peut aussi se traduire par la persistance de la coutume celtique du dépôt d'armes dans les sépultures. À l'exemple de la tombe du Mas Vigier à Nîmes, les armes et les amphores sont souvent associées dans les tombes du Midi de la Gaule, et tendent à disparaître (armes) ou à se raréfier (amphores) à partir du milieu du Ier siècle avant notre ère.

    Des banquets funéraires ? 

  Les indices disponibles permettent de penser que le vin était intégré aux différentes étapes du rituel accompagnant les funérailles, caractérisées alors par la pratique de la crémation. Ainsi, dans la riche sépulture de la Céreirède à Lattes (Hérault), la présence de deux situles en bronze brûlées, associées à un bassin, un poêlon et une cruche, témoigne du dépôt de vases pour les libations et les ablutions rituelles sur le bûcher funéraire. La découverte de pépins de raisin carbonisés dans des tombes nîmoises suggère en outre que les fruits de la vigne pouvaient être consommés ou offerts au défunt.
À Nîmes, on constate le bris intentionnel d’une part importante des vases à boisson, dont les fragments, souvent incomplets, ont été fréquemment dispersés dans la fosse sépulcrale. Il ne s'agirait donc pas de viatiques destinés à accompagner le défunt, mais plus probablement des restes de la vaisselle du repas partagé entre les vivants et le mort, les vases détruits pouvant correspondre à la part du défunt. La consommation du vin (sans exclure d'autres liquides), associée à celle, tout aussi présente de la viande, apparaît ainsi au centre des rites sacrificiels et alimentaires complexes, qui caractérisent les pratiques funéraires de cette période.


Source : Valérie Bel, Sebastien Barberan, Nathalie Chardenon, Isabel Figueiral et Anne Bouchette (Inrap).

Partager cet article

Repost0
19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 09:27

   Après la conquête de la Gaule par les Romains, la situation est celle, inédite, de communautés locales diverses intégrées dans un ensemble impériale dirigé par Rome. Une réalité nouvelle, qui a amené les populations des Gaules à se tourner vers l’avenir et la construction d’identités fondés sur l’adoption progressive de la citoyenneté romaine.

  La Gaule, des Pyrénées au Rhin, fut conquise par César entre 57 et 51 avant Jésus Christ, les régions du Midi, de Narbonne aux Alpes, avaient été soumises et largement intégrées à l’empire ; terre de colonies, elles avaient accueilli des vétérans des légions romaines. A côté de ce qui devint la province de Narbonnaise, les nouvelles terres acquises au milieu du 1er siècle av. J.C. furent divisées en trois provinces : l’Aquitaine, la Lyonnaise et la Belgique.gaule romaine

  Au-delà de la conquête, comment cette Gaule, morcelée en multiples peuples gaulois autonomes, est-elle devenue partie intégrante de l’empire ? Et sa population, comment s’est-elle transformée de gauloise en romaine ?

  La première tâche des conquérants fut de pacifier des territoires ravagés par la guerre, puis de les réorganiser. De fait, l’historien grec Dion Cassius nous apprend qu’un peu plus de deux décennies après la fin de la guerre, en 27 av. J.C., un premier recensement eut lieu, prélude à une intervention qui s’attacha à « la manière de vivre et aux formes de gouvernement » des habitants de la Gaule. Traduisons : l’organisation des peuples gaulois en cités.

  Partout où l’empire s’étendit, le pouvoir romain favorisa l’éclosion de ce cadre politique propre aux civilisations méditerranéennes, et que l’on peut définir comme une communauté organisée depuis une ville principale. Les cités étaient ainsi des petits Etats centrés sur une ville chef-lieu dominant et administrant un territoire.

  En Gaule, cette entreprise fut parachevée entre16 et 13 av. J.C., au cours du séjour de l’empereur Auguste dans la colonie de Lugdunum (Lyon), siège du gouvernement provincial. L’implantation de la cité amorça un tournant décisif dans l’histoire des communautés d’Europe nord-occidentale : elle allait de pair avec l’adoption de système de gouvernements inédits, ainsi que de nouveaux comportements et valeurs. C’est dans le cadre de la cité que les Gaulois sont devenus romains.

  Les vestiges archéologiques témoignent de cette évolution. Ainsi ceux mis au jour lors de cette fouille d’Artiparc près d’Arras, où vivait un puissant peuple belge de la Gaule du Nord : les Atrébates. Après la conquête de César, le centre du pouvoir, une ferme aristocratique indigène qui dominait la zone agricole de 180 ha, a disparu. Le territoire était désormais commandé depuis un fortin militaire romain.

  Ce camp romain était flanqué d’un vaste enclos de stockage, bien trop grand pour les seuls besoin des soldats. Il s’agissait peut-être de greniers servants a recueillir le tribut, l’impôt en nature auquel étaient sans doute soumis les Atrébates.

  C’est dans ce contexte que fut fondée de toutes pièces, à quelques kilomètres de là, entre 20 et 10 av. J.C., une ville chef –lieu : Nemetacum (Arras). Alors que l’on construisait les premiers monuments de la ville nouvelle, le camp militaire d’Actiparc fut abandonné. Autour du nouveau marché urbain se développa un important domaine agricole. Et Nemetacum qui offrait à la population un cadre de vie totalement neuf, devint rapidement la capitale des Atrébates.

  La mise au jour de tombes aristocratiques de l’époque augustéenne indique que des notables locaux ont accompagné la fondation de la ville : ceux-là avaient choisi le parti de l’intégration.

  C’est donc bel et bien un nouvel âge qu’inaugura l’organisation des peuples gaulois en cités. Se constituer en cités, c’était pour la population renoncer de façon explicite à la guerre et adopter un cadre de vie « civilisé » ; c’était finalement rompre avec le passé.

Pour Rome, cette mutation présentait un autre intérêt. Le pouvoir romain, en effet, ne disposait en Gaule ni de force de police, ni d’une administration pléthorique et aucune colonie de peuplement n’y fut installée (contrairement à ce qui s’était passé en Narbonnaise) ; ses unités militaires furent rapidement redéployées sur les frontières. Le bon fonctionnement de l’empire reposait donc en grande partie sur un système de gouvernements autonomes, de cités-Etats fondées sur des territoires dûment enregistrés et balisés, le souci du pouvoir romain se résumant essentiellement à la perception de l’impôt, au maintien de l’ordre public et à la sécurité des frontières. Cette forme d’administration impliquait en retour l’adhésion de la cité au pouvoir impérial. Cette adhésion s’exprima totalement par la participation des cités au culte impérial. Dès 12 av. J.C., un autel dédié à Rome et à Auguste fut installé à Lyon.

  Ainsi, d’un côté, les cités étaient dirigées par des membres de l’élite locale, lesquels avaient des devoirs politiques et religieux vis-à-vis de Rome ; de l’autre, le pouvoir romain veillait au versement de l’impôt et à la bonne marche de l’ensemble.

  Cette définition de l’autonomie instaurée par le pouvoir romain trouva sa pleine expression dans les villes établies comme chefs-lieux des nouvelles cités au cours des deux décennies avant notre ère. En vingt ans furent fondées pas moins d’une soixantaine de villes ! Certaines, comme Avaricum (Bourges) ou Limonum (Poitiers), ont simplement succédé à des centres de peuplement préromains. Mais les fouilles récentes, comme celles menées à Vesontio (Besançon), semblent montrer que le nouvel urbanisme rompait de manière franche avec le système urbain précédent : dans plusieurs cas, un système de voies de circulation au tracé régulier fut ainsi mis en place.

  La plupart des villes furent cependant crées sur un site vierge ou quasi vierge : Il en est ainsi à Nemetacum, déjà mentionné, Autun, Avenches (suisse), Amiens, Limoges, Paris, etc. Les anciennes capitales changeaient dès lors de statut. La fondation d’Augustodunum (Autun) sur un site mieux adapté aux nouveaux circuits économiques entraîna ainsi l’abandon de l’opodum historique des Eduens, Bibracte (situé sur le mont Beuvray, dans le Morvan), dans lesquels César avait séjourné. Chez les Trévires, l’oppidum de Tilterberg perdit sa prédominance au profit de la ville nouvelle d’Augusta Treverorum, installée sur un replat de la vallée de la Moselle.

  Quelle était l’aspect de ces villes nouvelles ? N’allons pas imaginer que sortirent de terre, d’un seul coup, de splendides monuments de pierre. Dans bien des cas, les bâtiments, à l’époque augustéenne, étaient en bois et en torchis. C’étaient parfois des maisons-étables disposées le long des rues, comme en témoigne l’exemple d’Aduatuca (Tongres). A Amiens, un quartier périphérique fut occupé jusqu’au milieu du Ier siècle ap. J.C.par des habitations construites sur des poteaux de bois et des enclos à ovins. C’est seulement à partir des années 80 qu’elles furent peu à peu remplacées par des constructions à péristyle respectant le modèle romain. Quelle meilleure illustration que cette modernisation de l’habitat de l’émergence d’un groupe toujours plus important de citoyens romains au sein de la cité ?

  Toutes les villes ne se développèrent pas à la même vitesse. A Mediolanum (Saintes), les blocs d’architecture retrouvés dans le rempart du Bas-Empire (datant de la fin du IIIe, début du IVe siècle) indiquent un épanouissement précoce de la parure monumentale de la ville nouvelle. C’est que vivaient dans la cité des familles de notables riches et prospères qui avaient obtenu dès le Ier siècle av. J.C. la citoyenneté romaine. A Andritum (Javols) au contraire, chef-lieu de la cité des Gabales en Lozère l’établissement d’une voirie au début de l’empire cache mal le maintien d’espaces libres, non construits, sur une surface qui ne dépassa toutefois jamais 35 ha.

  De tels décalages s’expliquent aisément : les rythmes d’urbanisations étaient de toute évidence soumis aux richesses locales et à l’attitude des élites. Car ce n’est pas Rome qui finança la construction de ces villes. Ce sont donc les ressources tirées essentiellement de la terre et des mines et, bien entendu, les capacités financières ainsi que la bonne volonté des élites locales qui furent mises à contribution.

  Malgré ces différences, la structure de ces villes suivait, au final, le même schéma. On commençait par créer la voirie régulière, un réseau de rues susceptible de guider le développement urbain. Au cœur de la ville, un emplacement était réservé pour le forum et les bâtiments qui lui étaient associés, la curie (lieu de réunion du sénat local), la basilique (espace ouvert dédié aux affaires publiques et juridiques), architectures essentielles car elles continuaient des expressions claires de l’existence politique des nouvelles cités.

Nous ne sommes donc pas surpris de découvrir que, à Vannes, Fleurs (dans le Forez), Beuvray ou Limoges, l’emplacement du forum fut délimité d’office dans le schéma urbanistique des origines. C’est là en effet que devaient prendre place les cultes (de l’empereur, de la famille impériale, du génie de la cité) et les images (statues impériales) susceptibles de faire le lien avec Rome et le pouvoir impérial, bref d’ancrer la communauté locale dans la réalité impériale. A Senlis, capitale de la cité des Silvanectes, on conserve ainsi la base d’une statue en bronze de l’empereur Claude, qui se dressait dans le centre monumental.

Partager cet article

Repost0
13 septembre 2011 2 13 /09 /septembre /2011 09:25

  Parthénius est un fonctionnaire gallo-romain d’origine arverne qui servit à la fois les Ostrogoths et les Francs. Il est né vers 485 à Arles et pourrait être le petit-fils de l’empereur Avitus et de l’évêque Rurice de Limoges. Cet homme très cultivé (il fut instruit à Ravenne au début du VIe siècle) devient rapidement patrice.


  Dès 507, recommandé à l’évêque d'Arles Césaire, il revient dans la cité rhodanienne où l'évêque guérit un de ses esclaves. Il se rend peu de temps après, peut-être en 508, à Ravenne comme ambassadeur de l’assemblée provinciale et représentant de la cité de Marseille.


  En 534, lorsque le préfet des Gaules Libère quitte Arles, il reste parmi les togefonctionnaires en place et après 536, sous la domination franque, devient patrice de Provence, Théodebert Ier lui confira alors la charge de lever les impôts.

Appelé vir illustrissimus[1], il reçoit ensuite en 544 le titre de magister officiorum[2] atque patricius pour la Gaule.


  Théodebert meurt en 546,  mais Parthénius garde sa tache de collecteur d’impôts. À peu près deux ans plus tard, la pression fiscale se faisant trop lourde, la colère gronde au sein de certaines villes.

  Parthénius n’est pas aimé. D'abord, c'est sa fonction qui n'est pas appréciée, il contrôle l’ensemble de l’administration impériale par l’intermédiaire du corps des agentes in rebus, chargés de mission qui acheminent les courriers et les ordres officiels, et qui enquêtent dans les provinces, surveillant les gouverneurs locaux, au point qu’on les surnomme les curiosi, et la mission qui leur a été confiée est souvent accomplie sans ménagement. Quant à lui, personnellement, issu de l'aristocratie gallo-romaine, on le voit comme celui par qui est venu l’impôt, il mange comme un glouton, n’a guère d’égard pour son entourage, on dit même que dans un accès de jalousie, il a tué son épouse.

  Non décidément, ce zélé fonctionnaire ne plaît pas beaucoup aux Francs de la ville de Trèves  qui vont lui faire payer son attitude.

  Averti de son retour dans la ville, des habitants se mettent  à sa recherche. Les évêques de la ville tentent bien de le cacher, mais découvert, il est lynché par la population.


   Il laissera toutefois le souvenir de sa culture littéraire et le maire du palais Gogon fera allusion à ses talents de rhéteur.


[1] personnalité illustre

[2] Le magister officiorum ou maître des offices est un haut fonctionnaire romain de l’époque du Bas-Empire

 

Parthénius par Grégoire de Tours, sur le blog Scripta manent.

 

Sources : Grégoire de Tours – Histoires des Francs – Livre 3 _ Paul Petit, Histoire générale de l’Empire romain – éd. Seuil _ Arthur Malnory - Saint Césaire évêque d'Arles - gallica.bnf.fr

Partager cet article

Repost0
2 septembre 2011 5 02 /09 /septembre /2011 10:14

Pendant longtemps, historiens et archéologues ont véhiculés l’image d’une Lutèce ravagée par des raids barbares et dont l’ile de la Cité, seule place fortifiée, servait de refuge à la population, tandis que la rive gauche devenait une banlieue rurale partiellement en friche. En réalité, ce n’est qu’au IXe siècle que les invasions normandes vont définitivement dévaster la rive gauche et les vestiges de l’Antiquité. Les transformations de la ville antique à partir du milieu du IIIe siècle sont aujourd’hui interprétées plus globalement comme des dommages dus aux grands changements politiques, administratifs et sociaux qui touchent l’ensemble du nord de la Gaule.

  lutece2

Les événements historiques

Dans la géographie administrative civile, Lutèce ne fut jamais capitale de province, dépendant successivement de la première lyonnaise, puis de la quatrième dont le siège est à Sens. La ville accueille plusieurs empereurs : Julien dit l’Apostat s’y installe durant les hivers 357/358 et 359/360, puis Valentinien durant les hivers 365/366 et 366/367. En 383, l’empereur Gratien se trouve également à Lutèce lorsqu’il combat le général romain Magnus Maximus « acclamé » empereur par les légions de Grande-Bretagne.

Deux événements mettent la ville sur le devant de la scène. Le premier renvoie à l’histoire du christianisme. C’est à Lutèce qu’Hilaire, évêque de Poitiers, organise la défense de l’orthodoxie. Grand pourfendeur de l’arianisme, hérésie propagée pas Saturnin d’Arles et devenue religion officielle de l’Etat, il tient un synode à Paris en 355 puis, de retour d’exil, y convoque un concile national en 361. Dans les textes qui en réfèrent, il n’est désormais plus question de Lutèce, mais de Paris.

En 360, un autre événement historique donne à Lutèce un nouveau statut de ville militaire : Julien y est « acclamé » empereur par ses troupes.

 

Lutèce, un bastion militaire


Au moment de l’arrivée de Julien, l’armée romaine a évacué la zone frontière et cantonne à l’intérieur des terres. Témoin précieux de cette histoire en sa qualité d’officier,julien-empereur l’historien Ammien Marcellin nous raconte que pour ménager les troupes, les affrontements avec les Barbares sont menés à la belle saison tandis que l’hiver, « on se replie dans les camps bien fortifiés ». C’est au cours de l’un de ces replis que Julien stationne son armée à Lutèce-Paris, faisant de la cité une plaque tournante de la guerre contre les Barbares. Ce rôle géostratégique s’explique par la situation avantageuse de la ville pour faire face à d’éventuelles attaques de Germains depuis le nord-est d’une part, de Saxon depuis le nord-ouest d’autre part. Au-delà du carrefour routier et fluvial que constituait Lutèce au Haut-Empire, la cité est désormais également un bastion dans le système défensif du nord de la Gaule où les villes fortifiées de l’intérieur des terres jouent un rôle de verrou logistique.

Ammien Marcellin fait quelques allusions à la force armée stationnée à Lutèce. Les troupes y disposent d’un camp, d’un terrain de manœuvre et de magasins de ravitaillement. La Notitia Dignitatum relate par ailleurs la présence à Lutèce d’un préfet qui commande la flottille de guerre de la Seine et dont le rôle s’étend à l’Oise et à la Marne.

La présence des soldats est confirmée par l’archéologie funéraire, comme le montre la stèle d’un certain Ursinianus, vétéran appartenant aux Menapii seniores – troupe auxiliaire venant de la mer du Nord -, mort à Paris à 65 ans et dont on ne sait s’il était chrétien ou païen, le motif funéraire de la palme ne permettant pas de trancher.

A cette époque, l’importance d’une cité ne dépend pas du nombre de ses habitants, mais de celui des troupes qu’elle héberge et de la logistique qui en découle en termes d’infrastructures et d’architecture. Plusieurs historiens ont cherché en vain à localiser cette villégiature militaire, d’abord dans le jardin du Luxembourg, puis sur la Butte-aux-Cailles située à proximité d’un méandre de la Bièvre.

 

Lutèce devient Paris en 344


Le changement de nom de Lutèce en Paris – en référence au territoire gaulois d’avant la conquête romaine – se fait progressivement au cours du IVe siècle. En 1877, un sarcophage de la nécropole de Saint-Marcel s’est révélé être une borne militaire réemployée. Datée entre 305 et 309 par sa dédicace à Maximin Daïa César, la distance est indiquée par rapport à la civ(itate) Par(isiorum) et non à Lutèce. Cette conversion toponymique s’opère plus encore à partir de Julien. La recherche syntaxique dans le récit d’Ammien Marcellin montre que le nom de Paris est systématiquement employé comme destination (Reuertit Parisios Caesar [César revient à Paris] (Amm. XVII-II-4)). Jusqu’au IVe siècle, le terme Parisii renvoyait à la tribu et non au lieu ; il désigne dorénavant la cité elle-même : Paris vient de naître d’une métonymie.

Partager cet article

Repost0

Présentation

  • : Le blog de LUTECE
  • : Petits dossiers sur des thèmes historiques simples mais serieux
  • Contact

Facebook

Retrouvez et devenez amis du Blog de Lutèce sur facebook

Recherche

English & Deutch versions

1348995815 United-Kingdom-flag1348995857 Germany-Flag

Site sélectionné par :

elu-sdj

Livres à lire sur le blog

Vercingétorix - Camille Jullian

L'oeuvre intégrale cliquez ici

  Essai sur la condition des Barbares - Eugène Léotard

Pour lire cliquez ici

 

Articles à venir

_ La borne militaire de l'Empereur Victorin