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2 septembre 2013 1 02 /09 /septembre /2013 06:27

Des phoros de l’Antiquité aux vectigalia de l’Empire romain

 

Un examen comparatif de la fiscalité souligne une analogie, voire une proximité, entre les principales civilisations antiques. Toutes les Nations, les grandes monarchies orientales, les Républiques de la Grèce et de Rome eurent la même conception du droit public ou de l’impôt.

Les grandes conquêtes s’accompagnèrent toutes deux razzias et d’exactions. Ainsi, Athènes vivait du tribut des villes qu’elle avait soumises ; Sparte pratiquait le pillage ; Rome soumettait les nations vaincues à son droit. L’impôt paru lorsque les conquérants comprirent qu’il était plus judicieux et plus rentable de substituer au pillage la perception d’un tribut, de laisser aux populations conquises la possession de leurs terres en contrepartie d’un impôt foncier, puis d’une capitation (impôt lié à la personne).

Telle fut l’attitude des Perses, des Égyptiens, qui préférèrent la taxe aux réquisitions diverses. De même, mieux valait affranchir les esclaves et les imposer en homme libre que de les maintenir en servitude pour une rentabilité médiocre.


Le monde égyptien.


Civilisations sophistiquées et organisées, elle connaît un développement fiscal mis  en évidence par les nombreux papyrus ou ostraca (fragments de poteries) retrouvés ; la fiscalité repose sur un cumul de taxes locales et nationales. Le contrôle de la fiscalité est assis sur une bureaucratie développée : relevés de terre, documents cadastraux, mesures d’arpentages constituent la base nécessaire pour établir l’assiette et le montant des impôts fonciers.

Pour s’adapter à l’évolution consécutive à l’introduction de l’économie monétaire, l’Égypte, qui pendant longtemps n’a connu que des impôts en nature, a mis en place le système de la ferme pour collecter des recettes en argent. Ainsi, les impôts étaient perçus par des « fermiers », cocontractant de l’État, chargés de percevoir l’impôt en leur nom et, à ce titre, de fournir par provision au trésor royal une somme convenue. Le fermier se rémunérait sur l’excédent éventuel des impôts qu’il avait pu recueillir en fin d’exercice.

Ce système de la ferme, introduit à l’époque lagide, coïncide avec eux l’introduction de l’économie monétaire et du besoin de recettes en argent du roi.

 

L’époque la Gide (300 av. J.-C.)


À la différence de l’ancien empire, la fiscalité ptolémaïque s’articule principalement autour des corvées, taxe professionnelle (phoros) et impôt sur la terre. Pour ce dernier, elle recourt à un instrument précieux en matière agricole et fiscale, dénommé le « nilomètre », permettant de mettre à jour, au gré des crues du Nil, les relevés des terres qui constituaient la base nécessaire de l’assiette des impôts fonciers.

S’il existe des impôts apparentés (sur les pâturages, les vignobles,, le fonctionnement des bains publics ou des taxes en nature sur certains produits et des taxes de douane aux frontières, l’impôt sur les personnes n’existe quasiment pas, à l’exception d’un impôt sur le sel ou du maintien de l’obligation des corvées, c’est-à-dire des prestations de travail requis des paysans égyptiens pour l’entretien des canaux ou des digues.

S’ajoutaient à ces contraintes les éventuelles réquisitions de logements en faveur des soldats ou des fonctionnaires, mais la répartition de ces charges n’est ni régulières ni uniforme. À cette époque, l’essentiel des revenus provient des taxes indirectes : monopole, droits de douane, péages et taxes sur les rentes.

En raison des guerres difficiles coûteuses telles celles de Raphia en 217 av. J.-C., notamment sous le règne d’Evergète, les hommes depuis les terres furent parfois surtaxés au point de susciter une fuite devant l’impôt, appelée anachoresis, s’exprimant sous la forme de retraite dans d’autres villages ou dans le désert. Ses excès de la pression fiscale conduisirent à une dislocation progressive de l’autorité.


L’époque romaine


Une réorganisation est mise en place reposant sur une augmentation globale de l’impôt en espèces et le développement des « liturgies », c’est-à-dire la perception d’impôts directs confiés à des liturges responsables de la collecte (en espèces et en nature) et de son transport à Alexandrie. Le système repose sur la responsabilité personnelle du liturge, sur ses propres biens en cas de renouvellements inférieurs à ceux qui étaient prévus, comme autrefois, à l’époque lagide, celle du fermier.

L’impôt foncier subsiste sous des formes diverses : redevance emblée, obligation imposée aux propriétaires de cultiver des terres domaniales (épibolé), taxes diverses sur les vignobles, vergers ou jardin potager (géometriâ).

Par ailleurs, se développe la « capitation », pour tous les adultes masculins de quatorze à soixante ans, seules les catégories privilégiées en étant dispensées. Pour assurer la levée de cet impôt sur la personne, un système de recensement est organisé tous les quatorze ans.

En outre, parmi les impôts personnels, les artisans étaient redevables d’une taxe pour l’exercice de leur métier. Il existait également d’autres taxes, sur les moutons, les chameaux, le sel, la bière, l’huile, des taxes de douane ou péages sur les personnes ou les animaux, et même des taxes dites ad valorem pour le transfert de propriété ou sa mise à disposition. Enfin, les Romains continuent d’effectuer des services dits « corporels », consistant en cinq jours de travail à l’entretien du réseau d’irrigation.


Le monde grec


Au VIIème siècle avant Jésus Christ, avec Cyprélos, tyran de Corinthe, apparaît la dîme, c’est-à-dire un impôt du dixième, prélevé pendant dix ans sur les biens des Corinthiens pour l’offrir à Zeus.


              La dîme, un impôt intemporelle décence religieuse.

Au demeurant la dîme figure parmi les plus anciens impôts, puisqu’elle existait déjà dans la Bible. Ainsi, Abraham la versait à Melchisedech, Roi de Salem (livre de la Genèse, chapitre XIV, versets 18 à 20) ; le Nouveau Testament évoquera, quant à lui, la dîme de la menthe, de l’aneth et du cumin...

À l’origine, la dîme était présentée comme une offrande à Dieu, proche de la notion des « prémices » qui constituaient également la première part des revenus devant être donné à Dieu.

Dans le même esprit, mais à des fins confessionnelles différentes, le IIIème pilier de l’islam, la Zakât, est une aumône de 10 % due par chaque musulman, pour le purifier de son avarice.

C’est ainsi un droit des pauvres évoquées par le Coran dans plus de 80 versets, pour préciser :

 _les biens soumis à cette taxe (bétail, marchandises, fruits, céréales, minerais, ainsi que l’épargne) ;

_les modalités pour s’en acquitter (en général 10 %, sauf sur l’épargne annuelle où le taux est réduit à 2,5 %) ;

_ainsi que les huit catégories de bénéficiaires (sourate 9, verset 60), parmi lesquels les pauvres et les nécessiteux, ou encore les voyageurs en détresse pour les aider sur le chemin de Dieu).


À Athènes, sous la tyrannie de Pisistrate (VIème siècle avant J.-C.), la dîme est un signe d’asservissement prélevé sur les revenus de la terre des populations conquises. Les autres impôts s’apparentaient à des taxes prélevées sur les transactions marchandes.

Jusqu’à l’apparition des liturges, charges confiées aux citoyens les plus riches, il n’existait pas d’administration fiscale proprement dite. En Grèce, le système de liturgie relevait d’une conception aristocratique de la cité où, en contrepartie de l’autorité qui était reconnue aux riches, ces derniers devaient assurer un certain nombre de services.

Toutefois, lorsqu’il fallut financer la guerre du Péloponnèse, les taxes et liturgies se révélèrent insuffisantes ; un tribut supplémentaire fut mis en place, sous la forme d’un impôt exceptionnel dénommé l’eisphora.


L’Empire romain


L’expansion de Rome, qui débute avec les Étrusques autour d’un centre situé sur les rives du Tibre, rendit rapidement nécessaire la mise en place d’un système fiscal assis sur :

_les échanges (droits de douane, d’octroi...) ;

_Un impôt direct appelé le tributum civium romanum, reposant sur une évaluation de la fortune liée de façon directe ou indirecte à l’exploitation de la terre.

Exceptionnel sous Servius Tullius, il deviendra annuel en 406 av. J.-C., lorsque sera créée la solde militaire.

Après avoir assisté puissance terrienne, Rome va s’emparer de la mer puis mener son0117.jpg impérialisme en se tournant vers les Balkans, puis l’Orient, où elle soutint les États les plus commerçants, qui fourniront ainsi les bases de sa future expansion. Dans ce contexte, le système fiscal originel applicable à une Cité allait se révéler inadapté à un Empire ; c’est pourquoi auguste et ses successeurs vont constituer une véritable administration et réorganiser le système fiscal.

L’ambition des empereurs romains visait à ce que l’État pût recueillir des recettes importantes pour financer une armée permanente, des fonctionnaires, une bureaucratie, des grands travaux, l’entretien des routes, les services de la poste, de l’éducation et de la culture. Les Romains organisèrent leurs finances publiques en centralisant les recettes de l’État à travers les Aerarium (trésor de l’État romain par province) sous la dépendance du Fiscus (trésor impérial).

Auguste profitera de l’annexion de l’Égypte et s’inspirera de l’efficacité du système fiscal existant, notamment de l’organisation du cadastre pour améliorer l’efficacité du recouvrement. Il fit établir une nomenclature générale, recensant les divers peuples des régions conquises, les cités, les familles, leurs membres, avec mention des noms, âge, condition, métier, ressources. Ce premier travail de recensement, extrêmement poussée, a permis d’organiser une fiscalité moderne fondée sur le corps des publicains chargé de faire rentrer les impôts (inspiré du système de la ferme existante en Égypte), dont on retrouvera l’équivalent avec les fermiers ou agents d’État de Louis XIV.

Les Romains distinguaient deux catégories principales d’impôts : les tributa et les vertigalia. Les premiers correspondent sensiblement à la définition de l’impôt direct (taxation des facultés contributives d’une personne physique ou morale en revenus ou capitales) ; les seconds aux contributions indirectes qui sont générées par un acte (quelle qu’en soit l’auteur).


L’impôt direct : le tributum


Cet impôt repose sur le cens (census) ; instituer sous la Rome Antique par Servius Tullius, la censure devient sous la République romaine une des plus hautes fonctions de la Magistrature.

Le tributum était un impôt de quotité, assis sur la situation de fortune ressortant du cens, qui donnait une cartographie des situations individuelles. Sous Dioclétien, au Bas Empire, le tributum devient un impôt tant sur la terre (jugatio terrena) que sur les personnes (capitatio humana), les femmes étant taxées pour moitié. Afin d’optimiser l’efficacité de cet impôt dualiste, Dioclétien fit procéder dans tout l’empire à un recensement des biens et des hommes.

La fiscalité romaine fera feu de tout bois et imposera la capitation (impôt personnel), la taille agraire, des taxes à la production agricole de toute nature (blé, huile, vin, figues, pommes de terre...), en prélevant la dîme ; sont également dus la gabelle, impôt sur le sel ; l’« anonne » militaire pour financer l’armée, la nourrir, la vêtir, parfois même pour lui consentir l’hospitalité. L’impôt est dû sur les terres en friche parce qu’elles sont en friche et sur les terres cultivées parce qu’elles sont !


L’impôt indirect


L’impôt indirect frappe la mutation matérielle (aux frontières, à l’entrée des villes ou des ports) ou juridique (droit sur les marchés).

Dans la catégorie des impôts indirects (vectigalia) peuvent être notamment cité :

_les droits de douane, d’octroi de péage ou de taxes assises sur les troupeaux ;

_les taxes sur le négoce ou le transport, la fourniture de chevaux pour l’armée, de recrues pour les décurions et l’entretien des chemins ;

_les impôts sur les transmissions : impôt appliqué aux ventes aux enchères, impôt sur l’affranchissement et sur la vente des esclaves. En l’anVI, Auguste établira l’impôt du 1/20è sur les successions, legs et donations ;

_le portorium : droits d’entrée et de sortie, de douane aux frontières de chaque grande région découpant l’Empire, péages sur des ponts et sur certaines routes, octroi à l’entrée de certaines villes ;

_le chrysargyre : impôt spécial sur l’industrie et le commerce, qui s’est étendu à tous les corps de métier, à l’exception des cultivateurs et ouvriers.

L’étroitesse des liens entre les impôts et l’économie d’échange n’est pas étrangère à l’essor de l’Empire romain, qui privilégiera la recherche de voies commerciales pour asseoir son expansion. Inversement, la régression de l’économie d’échange entraînant celle des impôts indirects, conduira l’Empire romain à demander davantage aux impôts indirects.

La décadence depuis la chute de l’Empire emporteront simultanément celle de l’impôt, annonçant ainsi la mutation vers le Moyen Âge et une nouvelle fiscalité de l’économie médiévale.

 

Source : Histoire du droit et de la justice en France, ouvrage coordonné par Eve François éd. Prat

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12 juin 2013 3 12 /06 /juin /2013 17:12

Oubliées les tragédies grecques et les malheurs de leurs héros, à l’époque Gallo-romaine, les goûts ont changé.

 

Sous la République, avant le règne d’Auguste, les auteurs latins avaient bien tenté d’écrire des tragédies patriotiques inspirées par des épisodes de leur histoire nationale, mais progressivement, oubliant le sujet de la pièce, le public ne s’intéressait plus qu’aux mises en scène, de plus en plus spectaculaires, et aux épisodes sanglants.

Si les intellectuels ont continué à s’inspirer des œuvres grecques, le peuple, lui, voulait surtout s’amuser. Les comédies des grands auteurs comme Plaute et Térence, écrites aux IIIe et IIe siècles avant Jésus-Christ, ont connu un énorme succès.287.jpg

 

L’atellane

 Parallèlement aux pièces tragiques se développait un genre beaucoup plus populaire, sans doute emprunté aux étrusques : l’atellane. Cette farce, assez proche de la commedia dell’arte, mettait en scène quatre personnages qui portaient des masques de convention : Pappus, le vieillard, Doscenus, le bossu, Bucco, toujours affamé, et Maccus, le niais. Leurs péripéties comiques étaient largement inspirées de la vie quotidienne.


Le mime

 D’un autre genre, le mime a duré jusqu’à la fin de l’Antiquité.

Son succès a été tel qu’il a même fini par supplanter toute autre forme de théâtre. Contrairement à la comédie et à la tragédie où les rôles féminins étaient tenus par des hommes, les femmes apparaissaient aussi sur scène dans le mime. Les sujets étaient empruntés à des thèmes légendaires mais on n’y ajoutait des intrigues romanesques, des aventures amoureuses, on tournait les dieux en dérision en les plaçant dans des positions ridicules ou infamantes. On ne respectait rien. Le texte était assez rudimentaire, comptaient uniquement les gesticulations, la danse…  tout ce qui parlait au sens. De la demande du public, les actrices ont fini par paraître totalement déshabillées. Ces spectacles grossiers ont sombré dans la pornographie à la fin du Bas-Empire, jusqu’à leur interdiction par l’empereur Justinien en 502. Pourtant sa femme Theodora avait elle-même été actrice….288.JPG

 

La pantomime

 Genre très apprécié également, il s’agissait d’un spectacle sans parole qui a été introduite à Rome en 22 av. J.-C. elle ne mettait en scène avec un acteur qui jouait à lui seul tous les rôles, accompagné par des chanteurs et un petit orchestre. Les sujets étaient en général inspirés par la mythologie.

Il est probable que le nombre d’acteurs, tous styles de comédies confondues, était très important dans le monde romain étant donné la fréquence des spectacles. Nous manquons de données précises pour les colonies mais il y avait à Rome, en 27 av. J.-C., soixante-cinq jours de jeux publics par an, dont quarante-cinq  réservé au théâtre. À la fin du IIIème siècle de notre ère, en pleine décadence de l’empire romain, on comptait cent quatre-vingt-un jours de spectacles, dont plus de cent réservés aux représentations théâtrales.


Les jeux de scène, les masques

Les acteurs s’agitent sur la scène, vont et viennent, échangent leurs répliques, s’adressent parfois à la foule venue les applaudir. Puis ils disparaissent tour à tour dans les portes du mur de scène, pour revenir quelques instants plus tard, vêtus de nouveaux costumes, avec un autre masque ou une autre perruque. Conduits par le chef de chœur et le claquement de ses talons, des tambourins et des flûtes au son maigre rythment les allées et venues des comédiens, occupent les pauses entre les différents tableaux. De part et d’autre de la scène, dans les deux tours qui l’encadrent, les basilicae, des figurants attendent le moment de leur entrée, en laissant le passage aux machinistes qui transportent les décors. Contrairement aux auteurs grecs, les histrions romains étaient en générale des esclaves ou des affranchis. Certains devaient commencer leur carrière très jeune, si on en juge d’après de stèles gallo-romaines qui ont été retrouvées : l’une porte le nom de Septentrion, mort à 12 ans, l’autre celui de Hellas, pantomime décédée à l’âge de 14 ans. Après avoir reçu une formation, les acteurs rejoignaient une compagnie placée sous la dépendance d’un directeur, lui-même payé par le magistrat de la ville chargé des jeux publics. Parfois, les troupes appartenaient à des notables, comme un certain Eudoxus, à Arles, dont on a conservé le nom. Le directeur de la compagnie achetait les pièces aux auteurs et assurer l’organisation matérielle et artistique de la représentation. L’origine servile des acteurs Romains n’empêchait pas certains d’entre eux d’être des vedettes très recherchées, qu’on réclamait à travers tout l’Empire. On sait aussi que l’impératrice Domitia a succombé aux charmes d’un pantomime nommé Pâris, et que Messaline chercha à séduire un autre célèbre acteur, Mnester, qui avait été le mignon de l’empereur Caligula. S’ils avaient les faveurs du public, les comédiens pouvaient donc s’enrichir et occuper une place enviable dans la société.289.jpg

289b.jpgCes masques, hérités des Grecs et devenus chez les Romains de plus en plus caricaturaux, exprimaient fortement les émotions du personnage. Parfois pathétique, ou bien terrifiant,290.gif quelquefois biface, il symbolisait les comportements : les grandes oreilles indiquent la méchanceté, la pâleur désigne un débauché, tandis que l’amoureux avait les joues rouges… Certains de ces masques, fait en toile durcie, comportait une cavité qui déformait la voix, tandis que d’autres, réalisé dans une matière souple comme la peau, épousaient les volumes du visage de l’acteur. La démarche des acteurs n’était pas non plus naturelle. Ils étaient chaussés de socques qui élevaient leur taille lors des comédies. Pour les tragédies, il portait des cothurnes, chaussures à semelles si épaisses qu’elles en devenaient de véritables échasses.

 

 

Sources : Orange/Vaison-la-Romaine - Les Voyages d'Alix éd. Casterman _ La vie privée des anciens, René Ménard Gallica.bnf.fr

Cet article est dédié à mon amie Barbara

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20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 08:01

Repéré grâce à une photographie aérienne de 1989, le site du Quiou a été acquis par leP1030016.JPG conseil général des Côtes d'Armor au titre des espaces naturels sensibles, ce qui a permis d’en programmer la fouille.

La villa gallo-romaine du Quilliou est un ensemble bâti : thermes, habitat et entrepôts agricoles, se côtoient sur une surface d’un hectare et demi environ. Après la conquête romaine, en 51 avant notre ère, la romanisation s’implante et de grandes fermes s’installent sur le territoire gaulois.

Les fouilles mises au jour ont permis de dater la villa : la première occupation remonte à la période augustinienne (début du premier siècle de notre ère). Cette occupation constitue l’établissement rural de type « romain » le plus anciens actuellement connus en Armorique.

Associé à deux autres villae repérées à moins de 5 km (commune de Plouasne et de Tréfumel), cette occupation « atypique » particulièrement précoce et dense pourrait être due à l’exploitation du calcaire et la fabrication de la chaux indispensable à la construction des édifices romains. Les études montrent que le calcaire utilisé pour la construction de la cité de Corseul (capitale de cité des Coriosolites) et du sanctuaire du haut Bécherel provient du bassin du Quiou.

La villa du Quiou servait de résidence secondaire à une famille de notables. Ces propriétaires demeuraient en zone urbaine (probablement à Corseul) durant la majeure partie de l’année et percevait le produit de l’exploitation agricole alentour, assurée par des domestiques et des esclaves.P1030018.JPG

Le bâtiment principal est installé sous une plate-forme préalablement nivelée et terrassée. Il mesure 40 m de large x 56 m de long. Trois ailes encadrent cette cour de 600 m² divisés en deux. À l’est se trouve l’accès à la cour, et les deux galeries de façade permettaient d’accéder aux galeries des ailes nord et sud. La partie résidentielle, organisé autour d’une grande pièce d’apparat, se trouve à l’ouest au fond de la seconde cour.

Un talus d’environ 1 m de haut délimitait un glacis de 5 m de large contre le mur de l’aile sud. En contrebas du bâtiment principal, des fosses de plantation d’arbres orthonormées et axés sur les murs directeurs de la villa dessinent l’emplacement d’un verger sur au moins 75 m de long (nord/sud). Si la qualité de mobilier est encore faible pour dater les phases initiales de construction, c’est l’édifice thermal  ajouté dans le prolongement de l’aile nord qui permet d’avancer une date précoce soit le premier quart du Ier siècle de notre ère.

L’établissement thermal s’étend sur une superficie de 280 m² (15 m est/ouest x 18,5 m). Il est flanqué, peut-être dès l’origine, de deux galeries disposées de manière à allonger ses côtés sud et est. Constitué d’espaces d’accueil et d’agrément (vestibule, cours, vestiaire), de salles chauffées par un système d’hypocauste sur pilettes, il est doté d’une natatio de 24 m². Ces termes ont connu cinq remaniements principaux matérialisés par des modifications de plan (déplacement des bassins et des systèmes d’évacuation, ajout/abandon de salles) et des réfections (chaufferies et enduits, décors…). Après une phase de croissance architecturale inscrite dans le premier siècle de notre ère, l’on assiste à une lente diminution des surfaces bâties jusqu’à l’abandon des termes dans le courant de la seconde moitié du IIème siècle.P1030019.JPG

                                     Hypothèse de restitution de la villa


C’est au début du IIème siècle qu’un troisième bâtiment est ajouté contre l’aile sud du bâtiment principal. En partie restituée, il s’organise autour d’un espace central allongé (12,6 m x 4 m) bordée de deux couloirs-galeries (2,4 m de large) desservant chacun deux pièces (6x4 m chacune), dont une était chauffée par un hypocauste à pilettes. D’après sa morphologie, l’hypothèse d’une fonction mixte de magasin et de logement, mansio ou habitat du villicus, semble pouvoir être retenu.

La parcelle située au nord des thermes et du bâtiment thermal montre des constructions sur sablières et/ou poteaux, et un puits ; les évacuations (vers l’ouest) des eaux usées des deux bâtiments se présentent sous la forme de fossés successifs. Ces espaces techniques liés au fonctionnement des thermes et de la villa se trouvaient isolée.

La pars rustica de la villa, diagnostiquée lors de la campagne 2009 à la suite d’observations pédestre, s’étend sur près de 5 ha dans les parcelles situées à l’ouest et ce jusqu’au bourg actuel du Quiou, sous la forme de fosses, de trous de poteaux, de fours, de fossés et de radiers de sol.

Au IIIème siècle, l’aile nord du bâtiment principal comporte des aménagements liés auP1030034 chauffage. Un probable chemin bordé de deux fossés s’installe au sud du bâtiment III et l’ancien bâtiment thermal subit à cette période au moins un réaménagement à l’aide de structure porteuse boisée au niveau des anciennes pièces chauffées. Les niveaux de circulation de cette période ont été totalement arasés par les labours, ce qui rend l’appréciation de l’activité humaine difficilement estimable.

Pendant l’Antiquité tardive (IV-Vème siècle), de nombreuses fosses et des fosses-foyers sont implantées dans les cours intérieurs et extérieurs. Les foyers semblent disposés de préférence à l’emplacement des anciennes galeries de la villa (zone 2 et 3). Les fosses se présentent sous des formes diverses : fosses d’extraction « polylobées » et fosses-silos parfois de grande capacité. Après leur utilisation, elles sont remblayées à l’aide d’un sédiment généralement très charbonneux provenant de la vidange de foyers. Le respect des espaces couverts du bâtiment principal de la villa, permet de penser qu’ils sont encore occupés à cette époque.

Des fosses et un four contenant du mobilier carolingien et du bas Moyen Âge se situe dans l’axe d’entrée du bâtiment I et contre le bâtiment II (four).

 

Source : L'Archéologue N° 106

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15 mai 2013 3 15 /05 /mai /2013 19:21

Un personnel varié vivait de la navigation fluviale. Débardeurs, conducteurs de trains de bois flotté et haleurs appartenaient aux catégories les plus humbles. Les derniers surtout, qui s'attelaient aux cordages des bateaux et suaient sang et eau sur les mauvais sentiers doublant les voies d'eau. Il est à noter d'ailleurs qu'à l'époque gallo-romaine, seul les hommes tiraient les embarcations, du moins aucun document figuré représentant des animaux effectuant ce travail ne nous est-il encore parvenu.283.jpg

La fonction exacte des utriclaires (utriclarii) demeure imprécise. Il devait fabriquer des outres utilisées non seulement pour transporter du vin et de l'huile mais aussi pour soutenir les radeaux. Si les utriclaires sont mentionnés dans les grands ports de Lyon, Arles et Narbonne, on les rencontre aussi à proximité de cours d'eau modestes où ils assuraient vraisemblablement un service purement local. À Cimiez, un patron de corporation d'utriclaires offre et dédie une statue de Mercure, affirmant ainsi son appartenance à la classe des notables.

Entrepreneurs de transports par radeaux et par bateaux à fond plat (rates), bateliers chargés de la conduite des embarcations et passeurs pour bacs, ressortissaient de la catégorie des ratiarii.

Les nautes, c'est à dire les bateliers, armateurs et entrepreneurs de navigation fluviale, jouaient un rôle prépondérant dans les relations commerciales en Gaule. Quand on sait que sous l'empereur Dioclétien (284-305), le transport par voie d'eau coûtait, selon la nature de la cargaison, cinq à dix fois moins cher que l'acheminement par la route, on mesure mieux toute la puissance de ces bateliers. Souvent investis de la charge de sévir augustal, les nautes s'enrichissent par le négoce. À Paris, sous le règne de Tibère (14-37), ils offrent un pilier «aux frais de la communauté».

Les inscriptions les mentionnant, particulièrement nombreuses à Lyon, attestent que la ville était bien le port fluvial majeur de toute la Gaule. À l'exception de Paris, les nautes s'affirment bateliers d'un fleuve ou d'une rivière bien précis. Ainsi sont connus les nautes de la Durance à Arles, les nautes de l'Ardèche - qui ont des places réservées à l'Amphitéâtre de Nîmes - les nautes de la Loire, de la Moselle, de l'Aar à Avenches, du Rhône et de la Saône à Lyon.

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13 mai 2013 1 13 /05 /mai /2013 08:13

IX. — DES TRANSPORTS EN COMMUN.

 

L’Empire romain, en dépit de ses habitudes administratives, et peut-être précisément à cause d’elles, ignora l’art d’expédier les affaires. Les régions diverses du monde méditerranéen avaient beau ne plus former qu’un seul État : le cours de la vie générale et le règlement des intérêts naturels souffraient de lenteurs incroyables, qu’aurait aisément évitées une autorité plus réfléchie, moins routinière, moins encombrée de bureaux, moins absorbée en la jouissance de ses propres droits.

 

Ce qui manquait à ces routes de mer, de rivière et de terre, c’était un système de transports en commun, pour les hommes et pour les marchandises, avec départs périodiques et prix convenus. Une pareille chose nous paraît fort simple[136], et on a le droit de s’étonner que la pensée n’en ait point surgi dans cet immense Empire, où les besoins et les richesses des hommes dépendaient à demi de voyages et de trafics, où un réseau de routes parfaites, contrôlées par une loi unique et souveraine, se prêtait à merveille à des mouvements réguliers d’échanges et de correspondances.

 

Les empereurs installèrent bien une poste à chevaux, avec cavalerie de relais, bêtes de renfort, voitures, postillons et courriers. Ce fut une administration fort compliquée, avant bureaux centraux dans les métropoles de provinces, et partout chefs de services et employés de tout rang. Mais l’usage de cette poste était réservé aux fonctionnaires et aux messagers du prince[137].

 

Les particuliers n’attendaient rien, sur les routes, que de leur initiative ou d’un hasard heureux. Il arrivait souvent que l’État devait faire comme eux, guetter une occasion pour transporter ses hommes : quand il s’agit d’envoyer à Rome saint Paul, qui en avait appelé282.jpg au tribunal de l’empereur, on profita du passage d’un navire alexandrin pour l’embarquer, lui et quelques codétenus, sous la garde d’un centurion[138]. Chacun s’ingéniait de son mieux pour organiser un voyage. Les plus riches trouvaient sans peine au départ voitures et chevaux, et des entreprises privées leur fournissaient en cours de route les relais utiles[139]. Les plus pauvres allaient à pied ou étaient pris en surcharge par un voiturier obligeant[140]. Beaucoup s’entendaient et louaient en commun les véhicules nécessaires[141]. Pour les marchandises, on procédait par groupages sur charrettes ou sur navires[142]. Pour les lettres, on s’en remettait à des complaisances, à moins qu’on ne pût se payer le luxe de messagers spéciaux ce qui était le cas des cités importantes, qui avaient leurs équipes de courriers[143].

 

L’existence de grandes confréries marchandes, de corporations de bateliers et de camionneurs, de puissantes maisons d’armement, remédiait dans une forte mesure au manque de services publics[144]. À Arles, les collèges des nautes de la mer[145] organisaient les échanges sur la Méditerranée ; à Lyon, ceux des nautes de la Saône et du Rhône se partageaient les transports sur les deux rivières ; les nautes parisiens de Lutèce s’occupaient de la Seine et sans doute aussi de ses affluents

 

Car ces différentes sociétés s’étaient réparti entre elles les grandes routes de la Gaule, routes de terre comme de rivières, de, façon à ne point se faire concurrence et à assurer plus rapidement, d’une province à l’autre, le transit des marchandises. Ce vocable de nautes n’indique en réalité qu’une partie de leur activité. Les nautes se chargeaient, le cas échéant, des transports par terre : ceux de la Saône, par exemple, avaient dans leurs attributions un service de charroi ou de portage par les seuils de la Bourgogne, entre les ports de la rivière et ceux de la Loire ou de la Seine.

 

Très riches, possédant des immeubles, des navires et des entrepôts, composées de noms connus et estimés, ces sociétés ou ces maisons offraient au commerce les garanties désirables d’exactitude et de sûreté. L’État et les villes leur accordaient certains privilèges. En échange, les administrations s’adressaient à elles pour le transport des matériaux ou des marchandises destinés aux services publics. Les nautes, à Lyon et à Arles, sont de vraies puissances, à peine inférieures aux corps municipaux, ce qui est aujourd’hui la situation des chambres de commerce à Lyon, à Bordeaux ou à Marseille ; et l’empereur Tibère lui-même ne dédaigna pas d’admettre un jour en sa présence les délégués des nautes de Paris[146]. Les routes de la Gaule avaient en eux, au-dessous de l’empereur, leurs maîtres locaux ; et telle fut l’importance de ces routes, l’activité de leur vie, que ces maîtres, patrons de rouliers ou armateurs de navires, devinrent, dans les villes et les campagnes, des manières de grands seigneurs. On leur dressait des statues, ils distribuaient des présents au peuple[147]. Ils étaient, en Occident, les images réduites de ces riches citoyens de Palmyre, chefs de caravanes au désert, qui firent en Orient figure et fonction de rois[148].

 

Camille Jullian - Histoire de la Gaule, Tome V


[136] Songeons que les Marseillais la connurent au temps des Croisades et qu’ils avaient imaginé de véritables paquebots à transporter les pèlerins en Terre Sainte, avec prix fixes et quatre classes de passagers (de La Roncière, Hist. de la marine française, 2e éd., I, 1909, p. 276 et s.).

[137] Peut-être aussi, sur autorisation, à des délégués des conseils provinciaux ou des sénats de cités.

[138] Actes, 27, 6 ; 28, 11. C’est surtout la flotte commerciale d’Alexandrie qui rendait ces services. Il devait y avoir un droit de réquisition de l’État.

[139] Cf. Marquardt, Privatleben, p. 148 ; Friedlænder, II, p. 36 et s.

[140] Supposé d’après ce qui s’est toujours fait.

[141] Supposé d’après les usages de l’ancienne France.

[142] Le groupage semble résulter de l’existence d’un collège lyonnais dit de negotiatores Cisalpini et Transalpini, lesquels devaient réunir des marchandises de toutes sortes pour divers clients ; C. I. L., XIII, 2029, V, 5911.

[143] Tabellarius coloniæ Sequanorum, C. I. L., V, 6887 ; tabellarius à Narbonne, XII, 4512 ; à Lyon, XIII, 1989 ; à Metz, XIII, 4313. II est possible que les plus riches familles aient eu leurs tabellarii : Labienus avait les siens pendant les campagnes des Gaules (Cicéron, Ad Quintum, III, 8). S. Cf. Hirschfeld, Verw., 2e éd., p. 200 et s.

[144] A Narbonne, il n’y a pas trace, jusqu’ici, de sociétés de navicularii maritimes, ce qui n’empêche pas les navicularii de Narbonne, Narbonenses, d’avoir en fait à Ostie leur lieu de réunion ou leur local d’affaires. De toutes manières, un navicularius de Narbonne n’en est pas moins un très grand personnage. Héron de Villefosse a montré (Deux armateurs, etc., dans Mém. Ant. Fr., 1914, LXXIV) que les Narbonnais P. Olitius Apollonius, navicularius (XII, 4400), et Sex. Fadius Secundus (XII, 4393), auxquels on élève des monuments, expédiaient à Rome des amphores d’huile marquées à leurs noms (XV, 3974-5, 3863-73), huile sans doute achetée par eux chez le producteur. Ils étaient donc à la fois négociants, expéditionnaires et armateurs. — Autres possibles, de Villefosse, ibid., p. 176 et s.

[145] Bien que la langue officielle réservât l’expression de nautæ pour les armateurs et patrons fluviaux, de navicularii pour les armateurs maritimes, je ne crois pas à la moindre différence de rang ou de condition entre les uns et les autres.

[146] Monument des nautæ Parisiaci, XIII, 3026.

[147] C. I. L., XIII, 1954, 1911 ; XII, 4406, 4393.

[148] Cf. Mommsen, Rœm. G., V, p. 428-9 et 434.

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7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 09:02

La villa gallo-romaine de Loupian est un site archéologique se trouvant dans la commune de Loupian dans le département de l'Hérault, entre Montpellier et Béziers, au cœur de la Gallia Narbonensis.127 Originellement, une modeste ferme avait été bâtie à quelques kilomètres au sud de la Via Domitia, sur le versant regardant l'Étang de Thau et la colline de l'actuelle commune de Sète. La ferme a rapidement prospéré et s'est étendue.

Puis, pendant le Haut-Empire, aux premier et second siècles, la villa est devenue une grande résidence patricienne avec des thermes.


La principale activité agricole était la viticulture, pour laquelle a été construit un chai capable de contenir 1 500 hectolitres de vin stocké dans de grosses jarres (dolia), retrouvées sur place. À la même période fut construit un petit port au nord du bassin de Thau, destiné à l'exportation du vin. Les amphores qui contenaient le vin étaient fabriquées sur place, dans un atelier de potiers. Celles-ci étaient estampillées « M A F ».

Au Ve siècle, la villa fut complètement rebâtie et se transforma en une résidence somptueuse dont le sol était couvert de mosaïques.

 

Visitez le superbe site web consacré à la Villa de Loupian en Languedoc sur : www.villa.culture.fr

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 18:36

 

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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 07:20

VIII. — LA NAVIGATION MARITIME.

 

Sur la mer, c’est trop souvent une demi-solitude.

 

Dès qu’on approche des rivages de l’Océan, inscriptions, tombes et sculptures se font plus rares. Alors qu’en Saintonge tant de bourgades intérieures montrent leurs thermes, leurs mosaïques ou leurs théâtres, nous cherchons vainement où sont les ports de la province. Le long de l’Océan gascon, ni à Port-d’Albret, ni à Capbreton, ni à Bayonne, et nulle part sur la côte basque, on ne perçoit un indice précurseur de la vie profonde qui ‘agita ces rivages dans les temps féodaux[124]. Certes, les ruines ne manquent pas sur les côtes d’Armorique : mais elles ressemblent à celles de l’intérieur, elles font songer moins souvent à des travailleurs de la mer qu’à des exploitations rurales, forestières ou industrielles, à de riches propriétaires de villas maritimes, épris de bains de mer, de parties de pêche, de beaux coups d’œil et de vastes horizons[125] : rien ne rappelle la puissance de la marine vénète ou des bâtisseurs de mégalithes, aucune inscription n’est consacrée aux divinités de l’Océan[126], et nous connaissons mieux les pêcheurs à la ligne de la Moselle que les mariniers de l’Armor. On dirait que César, après avoir détruit les vaisseaux des hommes du Morbihan, leur a interdit d’en construire de nouveaux et de s’approcher de la mer : c’est la punition que d’autres proconsuls avaient infligée aux Dalmates de l’Adriatique et aux Ligures de Provence. L’Empire a dû lever ces défenses : mais le mal était fait, et les peuples avaient pris d’autres habitudes.274.jpeg

 

Sur la Manche, la circulation est plus forte à mesure qu’on approche du Canal. Entre Boulogne et Douvres[127] elle atteint son maximum d’intensité. Ici c’est alors, comme sur terre entre Lyon et Langres ou entre Rome et Pouzzoles, ou sur la mer Intérieure entre Antioche et Alexandrie, c’est la pleine frénésie du mouvement mondial ; et l’on voit passer les services publics, les soldats, la poste, les empereurs, et toutes les marchandises et toutes les troupes d’hommes que les chefs et les armées de l’Empire entraînent à leur suite ; le commerce libre suit à son tour les mêmes sillages, pour profiter des avantages de mille sortes que l’État a aménagés sur son chemin favori. Il est même possible que les empereurs aient invité ou parfois obligé les voyageurs ou les transports à passer par Boulogne : il était assez dans leur pratique de concentrer le mouvement sur quelques points, pour le protéger ou le contrôler davantage[128].

 

Sur la Méditerranée occidentale, les temps ont bien changé depuis les luttes entre Carthage et Marseille. La paix romaine amena sur ses rives et sur ses eaux plus de silence que de travail. Arles et Narbonne centralisaient tout le trafic maritime, Fréjus fut un port de guerre, à l’existence d’ailleurs médiocre et courte. Quant à la colonie de Phocée, César lui a fait subir le même châtiment qu’aux cités d’Armorique, et la mer, sans lui être fermée, lui est devenue indifférente[129]. Si l’on veut mesurer exactement ce que Rome a donné et ce qu’elle a enlevé au monde ou à la Gaule, qu’on regarde, sur le golfe du Lion, Marseille inutile comme port, et c’était le plus merveilleux de l’Occident[130], et toute la vie maritime drainée vers les sites médiocres ou les bassins insuffisants d’Arles et de Narbonne[131].

 

Peu à peu, la Méditerranée oubliait les rapides élans et les glorieuses aventures des marines anciennes. D’Italie en Gaule et en Espagne, des voyageurs préfèrent maintenant les routes de terre ; il est rare que les empereurs prennent la mer pour venir au delà des Alpes : Claude l’a fait, mais il ne faisait rien comme les autres. La route de la Corniche et du Portus était devenue si commode qu’il fallait beaucoup de courage pour affronter le Mistral et le mal de mer. On laissait l’usage de la Méditerranée aux transports de marchandises, surtout à celles qui étaient destinées à Rome et pour lesquelles on n’exigeait aucune vitesse[132]. Car les habitudes de cabotage reprenaient, avec d’insupportables arrêts[133]. Certaines navigations se faisaient en une lenteur extraordinaire. Saint Paul, d’Asie à Rome, mit quatre mois au voyage, dont trois mois d’escale forcée dans l’île de Malte[134] : c’était le temps qu’il avait fallu jadis au Grec Pythéas pour se rendre de Marseille en Norvège[135].

 

Camille Jullian - Histoire de la Gaule, Tome V

 

[124] Port-d’Albret est aujourd’hui Vieux-Boucau.

[125] Cf. de La Borderie, Histoire de Bretagne, I, p. 84 et s., p. 150 et s.

[126] Voyez la pauvreté de l’Armorique, de la Normandie, et en général de tout le rivage de l’Océan, en sculptures, ex-voto, dédicaces religieuses, etc. (Espérandieu, IV, p. 153 et s.).

[127] Je dis Douvres (Dubra au pluriel), mais le grand port militaire et sans doute commercial de la Bretagne fut longtemps Rutapiæ, l’ancêtre de Sandwich. Les itinéraires disent a Gessorieco... Ritupis, et comptent assez exactement 430 stades (56 milles 1/4, soit un peu plus de 84 kilomètres). L’importance de ce port était telle que tout ce rivage breton porta le nom de littora Rutupina (Lucain, VI, 67 ; Juvénal, IV, 141). Le port de Rutupiæ servait aussi aux voyageurs d’Espagne : Excipit ex Gallia vel Hispaniis navigantes (Comm. Bern., p. 193, Usener) : ce qui montre que Sandwich a dû être fixé comme Boulogne pour port de débarquement. Le port de Sandwich a dû être préféré comme plus à proximité des ports du Rhin.

[128] Du moins dans certaines circonstances, ce qu’on peut supposer à la rigueur d’après Ammien, XX, 9, 9 (à Boulogne, ne quisquam fretum transire permitteretur).

[129] Claude, cependant, a débarqué à Marseille.

[130] L’Itinéraire maritime, parti de Rome, aboutit à Arles et non à Marseille (p. 507, W.). Un navire de charge, parti d’Alexandrie à destination de Narbonne, fait escale à Marseille où il arrive après 30 jours ; Sulpice Sévère, Dial., I, 1, 3.

[131] A nous en tenir aux textes relatifs à la navigation, on dirait qu’Arles concentrait surtout le fret avec l’Italie, en particulier celui qui résultait de l’annone, tandis que Narbonne avait des relations plus étendues avec l’Afrique, l’Égypte, la Sicile, également du reste avec l’Italie (on vient de découvrir à Ostie la mosaïque de la schola (?) des Narbonenses, sans aucun doute les navicularii ; Notizie degli scavi, 1916, p. 327). Il est d’ailleurs possible qu’il n’y ait là qu’une apparence. Les textes du Bas Empire décrivent dans les mêmes termes le commerce maritime universel de Narbonne (Afrique, Sicile, Espagne et Orient ; Ausone, Urbes, 123-6) et d’Arles (Orient, Assyrie, Arabie, Afrique, Espagne ; constitution de 418, Corpus legum, Hænel, p. 238 ; Expositio, dans les Geogr. Lat. minores, p. 122, Riese ; Lettres du pape Léon, 65, 3, Migne, P. L., LIV, c. 882). Mais pour Narbonne comme pour Arles, ce sont alors des développements tout faits.

[132] Les blés ou huiles embarqués à Arles ou à Narbonne.

[133] Voyez les Actes (note suivante), en particulier 28, 12 et s. : remarquez qu’il s’agit d’un transport à demi public, de 276 personnes, avec cargaison de blé et prisonniers d’Etat sous la garde d’un centurion (27, 1 ; 28, 16). Il faut 30 jours d’Alexandrie à Narbonne. De Narbonne, un navire de commerce va en 4 ou 5 jours droit en Afrique [il ne s’agit pas de Carthage, mais probablement de Bizerte, Hippo Diarrhytus, ou même de Bône, Hippo Regius], mais s’y arrête, semble-t-il, 15 jours, et repart pour arriver à Alexandrie après avoir mis 7 jours depuis la Cyrénaïque (Sulpice Sévère, Dial., 1, 3, 1). Cette lenteur fait comprendre que l’Itinéraire maritime, de Rome à Arles, compte les distances entre les plus petits ports, au total 59 traites, dont quelques-unes n’ont pas 4 milles (p. 503 et s., W.). — Toutefois, oit savait, le cas échéant, accomplir à la voile de très rapides traversées, et rappelant les prouesses maritimes des anciens Grecs, par exemple aller en 3 jours d’Ostie en Provence, 4 d’Ostie en Espagne, 2 d’Ostie en Afrique (Pline, XIX, 4). Encore au IVe siècle, on ne parle que de 4 à 5 jours de Narbonne en Tunisie, il est vrai adeo prospera navigatio. Tous ces chiffres représentent une vitesse de 123 à 150 milles, 1000 à 1200 stades, par 24 heures, laquelle correspond à la vitesse des anciennes navigations helléniques.

[134] On ne navigue pas pendant l’hiver et on cherche un bon port pour y passer la mauvaise saison, Actes, 27-28, en particulier 27, 12 ; 28, 11.

[135] Y compris le périple de la Bretagne.

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15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 06:50

VII. — LA NAVIGATION FLUVIALE.

 

On allait moins vite sur les voies fluviales, mais la sécurité était plus grande, et les transports moins coûteux. Aussi, en dépit de la concurrence des grandes routes, elles demeuraient fort recherchées par les messagers du commerce ; et les empereurs eux-mêmes ne les dédaignaient point dans les circonstances solennelles : car, autant qu’un chemin de terre, une rivière large et majestueuse se prêtait au déploiement des cortèges triomphaux[98].

 

Comme sur les chaussées, c’était sur les rivières de l’Est que la vie était le plus active. Celles qui passaient par Lyon, la Saône et le Rhône, détenaient peut-être à elles seules la moitié du trafic fluvial de la Gaule entière[99]. La domination romaine ne leur avait rien fait perdre de leurs hôtes, de leurs passagers et de leurs habitudes. Lourds chalands chargés de marchandises[100] que de vigoureux haleurs remorquaient en chantant[101],barge-romaine-du-1er vaisseaux à voiles que le vent secouait comme sur une mer[102], barques énormes que manœuvraient de fortes équipes de matelots[103], pirogues creusées dans des troncs d’arbres[104], convois de transports remplis de troupes[105], canots légers et rapides qui filaient à toute allure pour les estafettes[106] ou les amateurs de sports[107], bateaux[108] ou bacs[109] de passage où s’entassaient voyageurs, bêtes et véhicules, nageurs appuyés sur des outres qui traversaient à meilleur compte, trains de radeaux à lenteurs éternelles[110], navires de plaisance aux tentes de pourpre destinés aux voyageurs de distinction[111], un monde toujours étrange d’êtres et de choses se mouvait sur ces eaux : c’était, entre Arles et Chalon, le plus pittoresque et le plus bruyant des chemins fluviaux de l’Occident, et sans doute, dans le monde entier, n’y avait-il rien qui lui fût alors comparable, sauf le Nil au-dessous des cataractes. Encore n’était-ce point à son fleuve que l’Égypte devait sa capitale d’Alexandrie, tandis que la métropole de la Gaule romaine, Lyon, trônait au milieu même du chemin de ses rivières.

 

Des deux côtés de cette voie maîtresse, la vie gagnait les moindres affluents. À la différence d’aujourd’hui, la Durance, que ses riverains ne captaient pas encore, avait ses bateliers et ses passeurs. On naviguait ou on faisait flotter sur l’Isère, sur l’Ardèche et peut-être sur l’Ouvèze même, la rivière de Vaison. Genève possédait, sur le lac, sa flottille de bateaux et de radeaux[112].

 

Le mouvement devait être aussi très intense sur le Rhin, bordé de villes et de camps[113]. Mais je ne crois pas qu’il eût la variété pittoresque du trafic rhodanien : tout, sur cette voie frontière, se subordonnait aux règlements militaires, et les escadrilles de guerre qui stationnaient à Mayence[114], à Andernach[115], à Cologne[116] et à Nimègue[117], surveillaient et entravaient le va-et-vient d’une ville ou d’une rive à l’autre.

 

Mais sur la Moselle, de Coblentz à Metz, la vie civile reprenait ses droits, stimulée plutôt que gênée par l’approche des garnisons : le long de ses eaux claires, au pied des coteaux verdoyants qui se miraient en elles, s’affairaient sans relâche les gabares chargées de tonneaux, les barques de pêche, les canots de la jeunesse désœuvrée[118]. Il semblait que la nature aurait voulu, par delà les Faucilles, continuer en Moselle la route vivante de la Saône et du Rhône, et faire sur toutes ces eaux une même ligne de travail et de gaieté, depuis Arles filleule de la Méditerranée jusqu’à Trèves voisine du Rhin. Comme l’on comprend qu’un audacieux légat ait rêvé un jour de réunir toutes ces rivières, pour ouvrir avec elles, au milieu même de la Gaule, la plus belle route du monde entier !

 

Sur les trois grands fleuves de l’Atlantique, au contraire, nous n’avons pas la même impression d’énergies qui s’activent et de marchandises qui se pressent. On s’explique aisément pourquoi. La voie de terre, de ce côté, a été victorieuse de la rivière. Seine, Loire et Garonne servaient jadis aux transports vers le nord ou vers le sud, entre la Gaule et la Bretagne a ceux-ci prennent maintenant la route de Boulogne, directe et rapide. Quant au commerce dans la direction de l’est ou de l’ouest, entre l’Espagne, la Gaule et l’armée du Rhin, il n’a pas le moindre besoin des fleuves. Ils se trouvèrent donc réduits à un service intérieur, et encore les courbes allongeaient tellement les distances et les temps, qu’on ne résistait pas à la tentation, entre Roanne et Nantes, Sens et Rouen, et même Toulouse et Bordeaux, de prendre la route de terre : il en allait autrement entre Arles et Chalon, sur le Rhône et la Saône, ligne aussi droite que celle d’une voie romaine.

 

De ces trois fleuves océaniques, c’est encore la Seine qui résista le plus à la concurrence, sans doute à cause de la forme régulière de son bassin, des chemins convergents et rapprochés qu’étaient tous ses cours d’eaux. Entre eux, Paris et les abris de son île se présentaient comme un centre et un refuge naturels. Aussi la cité garda-t-elle sous les empereurs ses nautes ou marchands de l’eau, corporation hardie dont les membres demeurèrent pendant longtemps armés et équipés à la gauloise ; et dans la plus belle ruine qu’elle nous a laissée de ce temps, la grande salle de l’édifice mystérieux de Cluny, on peut voir encore, sculpté en la forme d’une console, un avant de navire chargé d’armes, symbole peut-être de la puissance que la nature assignait à Paris[119].

 

Ni sur la Loire[120] ni sur la Garonne nous n’avons remarqué jusqu’ici rien de pareil. Il y a un port à Nantes[121] et à Bordeaux, et il fallait en ces deux villes un nombre imposant de barques et de gabares pour la traversée des fleuves et le transport des pierres ou des barriques[122]. Mais le trafic fluvial nous paraît limité aux besoins immédiats de la cité. À Bordeaux, les commerçants forment une partie notable de la population : tout porte à croire que leurs marchandises allaient par les routes de terre, surtout par celles du Centre et du Nord. De son activité d’alors, il nous reste des images innombrables : aucune ne rappelle la vie de son fleuve[123].

 

Camille Jullian - Histoire de la Gaule, Tome V

 

[98] Claude en 43, d’Arles à Chalon ? ; Vitellius en 69, de Chalon à Lyon.

[99] Dion Cassius en rappelle l’importance, XLIV, 42, 4.

[100] Sans doute à fond plat (cf. note suivante). C’est à eux que je rapporte les stlattæ d’Ausone sur la Garonne et le Tarn (Epist., 22, 31) et de la mosaïque d’Althiburus, et les pontonia d’Isidore (Orig., XIX, I, 24) ; peut-être aussi les planæ carinis de Germanicus sur le Rhin (Tacite, Ann., II, 6).

[101] Helciarii, sur la Seine à Lyon (Sidoine, Epist., II, 10, 4) : sur la Moselle, Ausone, Mos., 41-2, où je laisse malorum au lieu de la correction mulorum (si on l’acceptait, ce serait le halage par bêtes de somme, et non à bras d’hommes, ce qui était du reste aussi en usage : Horace, Sat., I, 5, 19) ; monument de Cabrières-d’Aigues, halage sur la Durance vers Cavaillon (Bonnard, p. 241) ; monument d’Igel, sur la Moselle (Esp., VI, p. 455) ; autre, sur la Moselle (Esp., VI, p. 340 : voyez l’attache de la corde au mât). — Ausone (Mos., 47) semble parler de chemins de halage pavés.

[102] Ce sont les pontones de César (De b. c., III, 29, 3), quod est genus navum Gallicarum ; César les appelle ailleurs naves onerariæ (id., 40, 5). C’est également à ce genre que la mosaïque d’Althihurus applique le mot de ponto, dont le sens s’est déplacé plus tard. Cf. aussi les grands navires de transport pour hommes, chevaux et vivres, navires pontés, construits par Germanicus sur le Rhin, et, de même, les naves angustæ pappi proraque et lato utero, les uns et les autres destinés à naviguer aussi sur la mer (du Nord, Tacite, Ann., II, 6), comme, je crois, ceux du Rhône dont parle Ammien. Sur le Rhône, grandissimas naves, ventorum difflata jactati sæpius adsuetas, Ammien, XV, II, 18. Espérandieu, n° 5261 (sur la Moselle ?).

[103] Monument de Blussus à Mayence, sur le Rhin (Bonnard, p. 147 ; C. I. L., XIII, 7067) ; barques de Neumagen, chargées de barriques, sur la Moselle (Esp., n° 5184, 5193, 519S) ; etc. Il ne serait pas impossible qu’elles eussent un mât et pussent aller aussi à la voile. C’est à ce groupe qu’Ausone semble appliquer (en Garonne) le mot acatus (var. acatia, acatium ; Epist., 21, 31).

[104] Lembus caudiceus, Ausone, Mos., 197 ; cf. Tite-Live, XXI, 20, 9 (sur le bas Rhône). Peut-être le bateau à pagaie, Bonnard, p. 143 ; Déchelette, Manuel, I, p. 542-3 (beaucoup de pirogues citées peuvent être romaines).

[105] Il est certain qu’on embarquait souvent des troupes à Chalon, par exemple lors de l’expédition de Constantin coutre Maximien en 308 : l’armée se rend du Rhin à Chalon, et s’y embarque pour Arles (Panégyrique de Constantin, Pan. Lat., VII (VI), 18). Cf., sur le Rhin, les vaisseaux de transport, sans doute de troupes, à deux gouvernails ; Tacite, Ann., II, 6. — Les phaseli d’Ausone doivent être de légers vaisseaux de transport pour marchandises (Epist., 22, 31).

[106] Cursoria au féminin ; Sidoine, Ép., I, 5 (sur le Pô) ; Ausone, Ép., 2, 5-10 (sur la Moselle). Cf. les vegetiæ (mot rectifié : Aulu-Gelle, X. 25, 5 ; mosaïque d’Althiburus) ; vegetorum, genus fluvialium navium aput Gallos, C. gl. L., IV. p. 191 ; V, p. 518, 613.

[107] Exercices de canotage sur la Moselle, Ausone, Mos., 200 et s. (lembi remipedes).

[108] Les listres sont des barques ordinaires servant aux transports à petite distance, ou aux passages ; Ausone, Ép., 22, 31 (Garonne) ; César, De b. G., VII, 60, 4 (Paris) ; I, 12, 1 (Mâcon).

[109] Je me demande si le mot geseoreta chez Aulu-Gelle (X, 25, 5) n’est pas le nom gaulois d’un bateau de passage, le radical de ce mot se retrouvant dans les noms de deux ports de la Gaule, Gesoriacum, Boulogne, et Gesocribate.

[110] Ratis, sur la Garonne et le Tarn ; Ausone, Ép., 22, 31.

[111] Cf. Sidoine, Ép., VIII, 12, 5. Il faut rappeler à ce propos le goût des Gallo-romains pour les villas riveraines des cours d’eau.

[112] Ratis peut d’ailleurs signifier aussi un bac ou bateau plat à rames pour eaux très peu profondes.

[113] Cf. le monument de Blussus. — La batellerie remontait l’Aar et les lacs suisses.

[114] C., XIII, 6712, 6714 (navalia). — Il y a peut-être une flottille sur le lac de Constance avant 300. — Le port et la station militaires d’Altripp près de Spire ne sont mentionnés que sous le Bas Empire (C. I. L., XIII, II, p. 175 ; Bœcking, Not., p. 966).

[115] Point certain (XIII, II, 7681 ; cf. ibid., p. 489). — On a tort de placer une station à Brohl : les soldats de la flotte n’y sont venus que pour y travailler aux carrières.

[116] A Alteburg près de Cologne : c’est, je crois, le vrai centre de la classis Germanica (XIII, II, p. 506). — Il n’est pas sûr que le camp naval de Bonn ait été maintenu.

[117] Douteux ; cependant l’importance des constructions (navalia ?) donne le droit de supposer une station navale à Nimègue. — Stations terminales vers la mer : à Voorburg près de La Haye, sur le canal de Corbulon (XIII, II, p. 637), à Katwyk sur la mer, port du Vieux Rhin (XIII, II, p. 641), au grand port commercial de Vechten.

[118] Nautæ Mosallici à Metz, XIII, 4335.

[119] C. I. L., XIII, 3026.

[120] Il n’est pas inutile de rappeler que César signale des embarcations sur la Loire à Nevers (VII, 55, 8).

[121] Le port, vicus Portus (C. I. L., XIII, 3105-7), me parait être le quartier du port, en aval de la ligne du Canal (Mattre, Géogr.... de la Loire-Inf., 1893, p. 381, préfère en amont, au port Maillard ou à Richebourg), la ville de Nantes proprement dite restant bâtie sur la partie haute, là où s’élèvera la ville murée du Bas Empire, au confluent de l’Erdre, et sous le nom de Condeviens = vicus du confluent (Ptolémée, II, 8, 8). Portu(s) Naamnetu(m), Table, 1, 2, désigne Nantes.

[122] A Nantes, nautæ Ligerici, associés au vicus du port dans une dédicace religieuse (XIII, 3103).

[123] Les scènes où interviennent des embarcations paraissent purement mythologiques (Esp., n° 1103, 1100), très différentes des représentations réalistes que nous avons trouvées en si grand nombre sur la Moselle.

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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 05:49

Le vicus et les canabae

 

Autour de ce camp se développent les « canabae » (terme militaire désignant les baraques dressées aux portes des camps de la légion, puis, par extension, les hangars et entrepôts de commerce) et la ville civile, « vicus » avec toutes les activités artisanales (fer, cuivre, bronze, cuirs, poteries…), les boutiques, les marchés destinées à subvenir aux besoins d’une armée sédentaire, mais aussi les tavernes, les lupanars, les lieux de spectacles variés, tout un univers dont les seuls revenus dépendent du pouvoir d’achat de la légion. C’est une ville prospère dont la population oscille au IIè siècle entre vingt et trente mille habitants..La cité est placée sous la double tutelle de « Mercure voiturier » et d’Epona, la déesse des chevaux.256  

La ville se développe en fait sur deux grands axes partant du camp : le premier vers le nord (actuel faubourg de Pierre) et surtout le second, partant vers la Gaule par Tres Tabernae (Caverne), l’actuelle « route des Romains » de Kœnigshoffen, qui s’étend sur plus de trois kilomètres. Il y avait sans doute une rocade à l'Ouest du camp, entrevue notamment place Kléber, reliant le système de voies sud-nord passant par Strasbourg.

 

Kœnigshoffen

 

La concentration la plus importante de population et d’activités se situait sous l'actuelle banlieue de Kœnigshoffen. Cette localité antique est connue par l'épigraphie comme un vicus canabarum habité par des vicani canabenses comme l’atteste une inscription très intéressante d’un autel dédié au Génie du vicus, trouvée en 1851 à l'angle de la route des Romains et de la rue du Schnokeloch, mais malheureusement détruite en 1870. Kœnigshoffen était en fait traversée d'est en ouest par deux axes de circulation, que l’on retrouve encore en grande partie dans l'agglomération d'aujourd'hui : l'axe principal semble avoir été l'actuelle route des Romains, doublé au Nord par l'Altweg, les deux voies se diversifiant, l’une vers Marlenheim-Wasselonne-Saverne, l’autre vers Molsheim et la vallée de la Bruche. Ces voies étaient sans doute recoupées à l'ouest de la localité par une voie sud-nord, peut-être à la hauteur du couvent des Capucins…

Les fouilles ont mis en évidence une distribution orthogonale en quartiers. Une particularité de Kœnigshoffen est l’imbrication étroite de l'habitat, des installations artisanales et des nécropoles. L'habitat se développe le long de la voie principale et des rues perpendiculaires : il se signale par des constructions relativement « légères », (pan de bois et torchis, certaines avec caves).

Dans la partie centrale de l'agglomération actuelle ont été découverts un grand nombre de fours de potiers et de dépotoirs : la production de céramique (principalement cruches, et urnes) s'est faite essentiellement entre le milieu du Ier siècle et la fin du IIè siècle. Des tuileries légionnaires (principalement de la VIIIè légion) se trouvaient à l'Ouest, du côté de l'ancienne Chartreuse (Couvent des Capucins). Le matériau de fabrication était partiellement extrait localement et provenait de la terrasse de lœss dominant la Bruche et le petit Muhlbach. Les tuiles étaient distribuées surtout par voie d'eau.

Au pied de la terrasse de Kœnigshoffen, à la Montagne-Verte, a été découvert un quai aménagé (lié à des darses ?) ainsi que les vestiges de deux radeaux pouvant charger chacun plusieurs tonnes de matériel. Le port s’occupait sans doute aussi de flottage et de transport de grès de Haslach). L'armée a ainsi été très présente à Kœnigshoffen : les ateliers de poterie étaient vraisemblablement placés sous son contrôle. Le faubourg257.jpg pratiquait aussi d’importantes activités maraîchères.

Une partie de la nécropole de Kœnigshoffen, composée de tombes à incinération et à inhumation a livré des tombes de légionnaires (pierres tombales de la IIè légion, notamment celle de Largenius du Musée archéologique de Strasbourg). A l'extrémité ouest du faubourg de Kœnigshoffen (lieu-dit « Hohberg »), ont été découvertes les traces d'un très grand mausolée circulaire de 60m de diamètre : il s’agit sans doute d’un tertre artificiel de 20m environ de haut, rehaussé de sculptures et de plantations. Sa situation dans la perspective du camp et son élévation lui assuraient d'être vu de tous les environs.

Enfin, à l’emplacement de l’église protestante saint Paul, ont été découverts en 1911 les vestiges d'un important sanctuaire dédié à Mithra qui sera détruit en 395. D’autres sanctuaires, petits et plus grands ont été mis à jour : rue des Capucins, sous l'ancienne brasserie Gruber, à l'Ouest de la rue du Schnockeloch…


 

Image : 1/ plan général du camp militaire et des diverses zones d’occupation (vicus et canabae) en l’état actuel des fouilles et découvertes _ 2/ stèle du légionnaire Largennius de la IIè légion. Musée archéologique de Strasbourg. Règne de Tibère, Ier siècle

 

Source : http://www.encyclopedie.bseditions.fr

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