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8 avril 2015 3 08 /04 /avril /2015 17:24

Les Armoricains de l’époque romaine appréciaient particulièrement les coquillages marins, ces « fruits de mer » dont on pouvait, sans trop de peine, faire une abondante cueillette dans les estrans mis à nu par le reflux de la marée. Tous les établissements romains de la région livrent en effet d’appréciables quantités d’écailles rejetées après consommation, les espèces les mieux représentées étant les patelles, les moules (Mytilus edulis) les palourdes, les ormeaux (Haliotis tuberculata), les oursins (Paracentrotus lividus), les bigorneaux (Gibbula magus, Littorina obtusata), les olives de mer (Tellina tenuis, Donax vittatus) et surtout les huîtres dont raffolaient des Gallo-romains. Certaines de ces espèces - les pourpres, en particulier - peuvent avoir servi à la confection de colorants, mais il est indéniable que la plupart de ces coquillages étaient destinées aux plaisirs de la bouche. Au Ier siècle de notre ère, Strabon vantait déjà les huîtres de l’étang de Berre et Pline celles du Médoc, tandis qu’au IVème siècle le bordelais Ausone chantait - avec des raffinements dignes du plus fin des gastronomes - les diverses espèces croissant en Gaule : À mon avis, les meilleurs de toutes, nourrissons de l’océan médocain, ont porté le nom de Bordeaux, grâce à leurs admirateurs, sur la table des Césars, les a rendus aussi fameuse que notre vin... Elles ont la chair grasse et blanche, un jus doux et délicat, où une légère saveur de sel se mêle à celle de l’eau marine. Derrière elles, mais très loin, viennent celle de Marseille... Il y a des amateurs pour les huîtres de la mer armoricaine, pour celle que ramasse l’habitant de la côte des pictons (Epist. IX).

La découverte de très nombreuses valves d’huîtres dans les villes et les villae de l’Armorique romaine - dix kilos dans un seul dépotoir à la villa de Kervenennec en Pont-Croix (Finistère), par exemple - montre à l’évidence que les Armoricains partageaient les goûts du poète en ce domaine, et que ces mollusques n’étaient pas seulement dégustés dans les établissements proches des côtes, mais aussi dans les agglomérations situées à l’intérieur des terres - ainsi Rennes ou Carhaix - vers lesquels elles étaient transportées par route, sans doute serrées dans des bourriches, avant d’être ouvertes à la flamme ou à l’eau bouillante (Ausone, Epist. V), pour le plus grand plaisir des convives. L’abondance de ces dépouilles donne d’ailleurs à penser que les espèces rencontrées - plates et creuses - pouvaient être cultivées et non seulement glanées.

Si les coquillages marins ne jouaient pas sans doute un rôle essentiel dans la nourriture des Armoricains, à base de céréales, de légumes et secondairement de viande, il n’en constituait pas moins un complément apprécié, et l’on ne s’étonnera donc pas qu’ils aient été, d’une certaine manière, intégrés à l’art régional, tant dans la fresque du bâtiment de Langon en Ille-et-Vilaine (représentation d’oursins et de solens) que dans la décoration peinte des termes du IIIème siècle (application de palourdes, de bigorneaux, d’olives de mer dans le plâtre frais, mais aussi figuration de poissons au Ris en Douarnenez et au Hogolo en Plestin-les-Grèves). Il est en revanche surprenant que l’on n'ait pas signalé la mise au jour, sur les sites romains d’Armorique, de carapaces de crustacés, crabes, langoustes ou homard, bien que ces derniers soient souvent représentés sur les céramiques décorées du sud et du centre de la Gaule, et qu’ils figurent en bonne place dans l’inventaire des espèces marines du golfe de Gascogne que dresse Sidoine Apollinaire. Des cétacés venus s’échouer sur le rivage devait parfois faire de bonheur de la population par la grande quantité de viande de salaison, de graisse d’éclairage et de peau.

Cette cueillette littorale, aux pratiques relativement simple, se doublait très certainement d’une pêche à la côte ou en mer, les gaulois étant, dès avant la venue des Romains, grands amateurs de poissons, du saumon de l’océan et du thon de la Méditerranée en particulier. Seuls quelques hameçons de bronze mis au jour à Quimper, Pont-Croix (dans un niveau du Ier siècle après J. C.) et Erquy (Côtes-d’Armor) paraissent témoigner de la première activité, dont on sait pourtant par Ausone qu’elle était fort prisée des Gaulois. Le poète décrit comme suit l’attirail de pêche de son ami Théonius : Tout ton mobilier consiste dans les trésors que voici : habits noueux des fidèles de Nérée, filets, « éperviers », lignes aux noms campagnards, nasses, hameçons amorcés avec des vers de terre… (Epist. IV)

La pêche artisanale, qui se pratiquait au large des côtes, est bien attestée dans des contrées plus septentrionales par l’inscription de Leeuwarden (Frise) (CIL, XIII, 8830) mais naguère laissé dans la région de traces très tangibles, sinon les caisses d’éperlan - représentant plusieurs tonnes de poissons - découverte à Nantes dans les vestiges d’une poissonnerie. Il est vrai qu’il suffisait de bateaux de faible tonnage, que l’on pouvait mouiller dans les innombrables criques du littoral ou tirer au sec sur la grève et de filets munis de poids d’argile en forme de pyramide tronquée, semblables aux contrepoids des métiers à tisser (découvertes du Ris à Douarnenez, du Vieux Bourg à Fréhel), ou de pierre (diverses trouvailles de galets percés au long des côtes – au Yaudet en Ploulec’h, par exemple - ces objets ne datant cependant probablement pas tous de l’époque romaine). On ne connaît rien, bien sûr, des matériels utilisés, mais tous donnent à penser que — à la côte les filets que les bateaux étaient à déposer au large on sait que de telles pratiques existait encore voici peu dans le nord du Portugal, à Nazaré ou Palheiros de Mira par exemple). La rampe bétonnée qui, du côté de la mère, précède les cuves de salaisons du Ris à Douarnenez, servait certainement à remonter au sec les filets remplis de poissons que l’on déversait ensuite dans les bassins de salage. Des navettes aux extrémités bifurquées (découverte de Kervel en Plonévez-Porzay, mais aussi de La Guyomerais en Châtillon-sur-Seiche, pour la pêche en rivière) et de grosses aux aiguilles en os (découverte de Keriaker en Saint-Pierre-Quiberon et de Goulvars en Quiberon dans le Morbihan, de Kervenennec en Pont-Croix dans le Finistère, dans des niveaux du IVème siècle, de Lanester dans le Morbihan) servaient à ramener les maillages endommagés.

Il ne faut sans doute pas mésestimer l’importance des pêcheries d’estuaire, comportant deux barrages de pierres non cimentées entre lesquels était aménagée une étroite ouverture perpendiculaire au courant,  dans laquelle une nasse était placée au moment du reflux. De telles installations sont fréquentes sur les rivières – le Scorff et l’Ellé, par exemple – ou les côtes de Bretagne occidentale (on les nomme gored) et, si aucune d’entre elles n’a pu être à ce jour datée de la période romaine, il est certain que le petit établissement de salaisons du Resto en Lanester (Morbihan), installé sur les rives du Blavet, à quelque distance de la mer, devait utiliser des structures de ce type pour son approvisionnement. On notera enfin que coquillages et poissons pouvaient être conservés vivants dans des viviers établis le long des côtes, selon une habitude romaine importée en Gaule. C’est sans doute ainsi, en effet, interpréter le petit bâtiment de 6m sur 5,32m fouillé sur la plage du Curnic en Guissény (Finistère), et qui contenait, outre de nombreux coquillages et débris de poissons, neuf monnaies (la dernière était un antoninianus de Tetricus), huit fibules et divers vases de bronze et de céramique, ou bien encore celui reconnu à Alet.

L’examen des écailles et des ossements de poissons mis au jour dans les établissements de salaisons et dans quelques habitats des côtes armoricaines semble montrer que les espèces ainsi récoltés étaient peu variées et d’assez petite taille. Les sites de Port-Aurel en Plérin (Côtes-d’Amor), de Douarnenez, de Combrit (Finistère), de Keriaker en Saint-Pierre-Quiberon (Morbihan) ont livré les restes de très nombreuses sardines (celles de Plomarc’h en Douarnenez n’ont pas plus de 4cm de long), et l’on a pu noter la présence de chinchards à Keriaker, d’anguilles et d’aiguillettes à Combrit (Finistère), d’éperlans à Nantes et même de vieilles (labres) à Châtillon-sur-Seiche. Il parait néanmoins très probable que d’autres espèces marines – maquereaux, saumons et truites de mer – aient été pêchées pour les plaisirs de la table et non pour les besoins de l’industrie du garum et des salaisons.

 

Image : Vénus au bain. Détail de la fresque découverte dans la chapelle Sainte Agathe de Langon (35)

Source : L'Armorique Romaine, Patrick Galliou éd. Armeline

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15 décembre 2014 1 15 /12 /décembre /2014 07:17

Une borne militaire ou milliaire (latin : milliarium) tire son nom de la mesure romaine le mille (1000 pas : 1480 ml. Le monde Romain dont les voies sont un phénomène essentiel a  livré, jusqu’à présent, environ 4000 bornes (en Gaule : 600). La borne de Victorin est un bon exemple de cette documentation très précieuse à plusieurs titres : archéologie des voies, inscription gravée sur la borne...


   Histoire de la borne et intérêts archéologiques


Mise au jour en avril 1822 près du Craon de Birmont (9 km au nord de Reims), lors de travaux de voirie au bord de la route de Vervins, actuelle N. 366 et déjà connu comme voie romaine vers Bavay, elle semble bien avoir été découverte en place sans réemploi depuis l’Antiquité. Les bornes romaines étaient parfois réutilisées pour faire des sarcophages ou des calvaires. La non réutilisation de la borne permet d’étudier sur le terrain sur des cartes les hypothèses concernant le bornage des voies, le point de départ en ville du décompte des distances (ici : 4 lieues) et la survivance dans le paysage de l’emplacement des bornes antiques : parcellaire, chemins, lieux-dits.

 

   La dédicace à l’Empereur : exploitation du texte gravé (épigraphie)


La facture est très médiocre, mais la lecture aisée après interprétation des abréviations et restitution de deux lettres abîmées à la ligne 5. Voici la traduction proposée : A l’Empereur César Marcus Piavonius Victorinus, pieux, heureux, invincible, auguste, grand pontife, consul revêtu de la puissance tribunitienne, père de la patrie, proconsul ; quatre lieues depuis la cité des Rèmes.

 

Cette titulature impériale et de formes courantes au IIIème siècle, elle perpétue l’idéologie impériale, pouvoir réel est donc divin, élaborée depuis Auguste.

Une mauvaise lecture du XIXe siècle (proconsules civilatis remorum) avait fait croire à certains que la cité avait à sa tête des proconsuls...

La distance depuis Reims est mentionnée en lieues, mesure gauloise officialisée au début du IIIème siècle (un lieu : 1,5 mille : 2222 ml. Phénomène fréquent sur les bornes surtout à l’époque de l’empire gaulois.

 

Victorin, empereur gaulois

 

Dans cette période troublée de l’autodétermination face à Rome, Victorin, d’abord associé à Postumus, a régné comme empereur de décembre 268 à début 270. C’est pendant cette courte période que la cité, pour faire preuve de son loyalisme envers l’empereur gaulois, lui a vraisemblablement dédié cette borne au bord d’une voie déjà construite certainement depuis le Ier siècle après J.-C.

0233.jpg

 

La borne est en pierre calcaire de l’Aisne. Cassée, elle fut restaurée en 1963.

 

Hauteur : 1700 mm

Largeur max : 600 mm

Epaisseur : 350 mm

Les lettres gravées ont une hauteur de 55 mm pour la première est de 45 mm pour les les autres lignes.

 

IMP CAES MAR

PIA VONIO VICTO

RINO PF IN AUG

PM TRIB P COS PP

PR OS CREM

            LIIII

 

IMPeratori CAESari MARco

PIA VONIO VICTO(RINO)

Pia Felici Invicto AUGusto

Pontifici Maxima TRIBunitia

Potestate ConSuli/Patri Patriae

PR [oc] OnSuli Civitate

REMorum

Leugae IIII

 

Source : Musée Historique Saint-Rémi à Reims

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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 17:19

Lorsque, vers 360, un négociant maritime décrit la partie occidentale de l’Empire romain, il considère que seules sont vraiment peuplées et dotées de ville moderne l’Italie, la Gaule et l’Afrique dans sa partie orientale autour de Carthage. Effectivement, si l’on considère que tous les chefs lieux de cité romain coïncident avec des villes, l’Italie en possède largement plus de deux cents, la Gaule une centaine et l’Afrique plus de cinq cents. En revanche, ni l’Espagne, ni la « Grande-Bretagne » n’atteignent respectivement la cinquantaine et la trentaine. Quant à l’Irlande, hors du monde Romain, elle ignore le phénomène urbain, de même que les espaces boisés ou marécageux situées au-delà du Rhin et du Danube. Comme on le voit, ce sont là des impressions, et dans l’article qui va suivre on se gardera bien de présenter la situation démographique de l’Occident romain - qui devient progressivement l’Europe occidentale du Vème au Xe siècle - en termes numériques. Tous les recensements que pratiquait l’autorité fiscale romaine, de quinze ans en quinze ans ont disparu. L’historien ne peut raisonner que sur des indices indirects et se contenter d’hypothèses ou de données purement qualitatives.

 

La crise démographique de l’Empire romain tardif (IVème – Vème siècle)


Villes et campagnes avant les invasions


Selon Colin McEvedy et Richard Jones (1978), les derniers audacieux qui auraient osé se lancer dans l’entreprise d’évaluation de la situation démographique, la partie occidentale de l’Empire aurait eu, vers 200 après Jésus Christ, donc à son apogée, 26,5 millions d’habitants. Ils en attribuent à l’Italie, vers 400, 3,5 millions, et à la Gaule un peu plus de 5,5 millions. D’autres proposent des « fourchettes » de 3 à 6 millions pour l’Afrique, de 6 à 9 millions pour la péninsule ibérique. Tout cela est supposition vraisemblable, mais dépourvue de preuves. La seule idée qui semble pour le moment rallier l’unanimité des savants qui se sont occupés de cette question est celle d’une dépopulations aux IVème et Vème siècles. En sa faveur, il y a d’abord le témoignage des contemporains. Si, au IVème siècle, sous la dynastie Constantinienne, puis sous la famille Valentiniano-théodosienne (381 – 454), se réparent les dégâts humains de la première vague des invasions, les traces n’en demeurent pas moins. Depuis 260 environ, toutes les villes de Gaule ont été dotées d'une enceinte réduite pour mieux les protéger. En cas de guerre, on s’y entasse. En temps de paix, les faubourgs extérieurs sont fort peuplés ; amphithéâtres et cirques sont toujours fréquentés. La ville est donc devenue rétractile. Elle peut tantôt attirer, tantôt rejeter sa population. Rome elle-même a dû s’entourer, grâce à l’empereur Aurélien, de la plus grande enceinte connue : 1230 hectares ; mais Trèves, pourtant résidence impériale, en arrière du front rhénan, ne fait que 285 ha. Cet vague de fortifications n’a cependant atteint ni l’Italie, ni l’Espagne, et l’Afrique. Ce ne fut qu’en 425, devant l’imminence du danger, que Carthage, la plus grande ville d’Afrique, fut entouré d’une enceinte. L’urbanisation romaine était donc à peu près intacte avant l’arrivée des Germaniques.

En revanche, les campagnes n’étaient point dans la même situation. Selon Roger Agache (1978), qui a réalisé une couverture aérienne de la Gaule du Nord, « les villas détruites [au IIIème siècle] ont été abandonnées par centaines au milieu de la plaine ». Peu furent reconstruite, comme le prouve la rareté des pavements de mosaïque du IVème siècle, sauf en (Grande –) Bretagne où la tendance est inverse. Le peuplement des campagnes dans cette région a donc été bouleversé par les guerres et les invasions. Là où passèrent les troupes de pillards, l’habitat ne s’est donc pas toujours relevé. Des terres furent abandonnées.

Nous en sommes d’autant plus sûrs que certaines - mais pas toutes - furent repeuplées par l’autorité romaine. Le nord et l’est de la Gaule, en particulier, furent occupés, avec l’autorisation de l’empereur Julien en 356, par des Francs saliens, qui s’infiltrèrent sur des terres vides. De même des barbares prisonniers de toute origine, rendus à merci, reçurent la vie sauve et furent installés dans des zones abandonnées qu’ils cultivèrent en échange du service militaire. Ils étaient appelés lètes. L’existence de ces demi-libres marqua la société romaine et médiévale jusqu’au IXème siècle. Les textes et les fouilles archéologiques révélèrent leur présence dans l’Amiénois, le Beauvaisis, le Cambrésis et la vallée de la Meuse jusqu’à Tongres. La partie méridionale de la Champagne autour de Troyes et de Langres en reçut aussi. Là où les intérêts stratégiques l’imposaient, des colonies militaires barbares (Francs, Goths, Taïfales, Sarmates, etc.) furent implantées en Italie, en Illyrie, en Gaule, en Espagne même, où l’on n’en dénombre une dizaine.Gaule-romaine-0002.JPG

Cette politique d’implantation était accentuée par le rôle capital de forts contingents barbares ou faiblement romanisés dans les armées officiellement romaines. À trois reprises, des usurpateurs devenus empereur débarquèrent de Grande-Bretagne avec des troupes bretonnes qui restèrent sur le continent, soit sur la frontière rhénane, soit sur les côtes de la Manche, soit encore en Armorique. Bien des troupes franques ou gothique, « alliées » de Rome, fusionnèrent ainsi avec les Romains, au cours du IVème siècle, au point qu’au vu de l’entrée de généraux étrangers dans les plus hautes familles sénatoriales et même impériales, l’empereur Valentinien Ier promulgua, en 370, une loi qui s’imposa longtemps : « Aucun provincial, quel que soit son rang ou son pays, ne doit s’unir à une épouse barbare. Aucune provinciale ne doit s’unir un Gentil […]. Si de telles unions se nouent entre provinciaux et Gentils, la peine de mort fera expiée ce qu’il y a là de suspects ou de dangereux » (code Théodosien, III, 14, 1). Par ailleurs, l’empereur s’était rendu compte que les troupes romaines d’origine (les provinciaux) étaient en diminution. Il avait d’ailleurs été contraint d’abaisser la taille minimale des conscrits de sept à cinq pieds, c’est-à-dire jusqu’à 1,47 m, preuve que leur nombre était insuffisant. Permettre à des citoyens de se marier avec des non-Romains aurait abouti à la prédominance des soldats et des officiers barbares (Gentils), et finalement à la germanisation totale de l’armée. En effet, Valentinien Ier avait été le premier à renverser la proportion entre Romains et Germaniques dans son armée de campagne. Faire carrière comme généralissime d’origine franque dans l’armée romaine devint un phénomène courant dès 370. Ceci devaient permettre à l’empereur de récompenser ses plus fidèles serviteurs germaniques par la citoyenneté romaine ; mais les mariages mixtes restèrent interdits par intérêt politique et militaire.

Une autre preuve de la faiblesse et de l’instabilité des populations de l’Empire avant les invasions nous est donnée par l’exode de certains paysans écrasés d’impôts qui préférèrent s’enfuir de leurs terres et se cacher pour se regrouper dans les zones boisées ou incultes appelées par les Romains saltus. On les dénommait Bagaudes, d’un mot celtique signifiant rassemblement (cf. L’actuel breton bogoad). Ces populations flottantes à l’état endémique, renforcées par des hors-la-loi, s’agitaient de temps à autre. Au IIIème puis au Vème siècle, elles tentèrent vainement de se soulever dans leur zones-refuges, sur la Loire près de l’Armorique, au sud des Pyrénées ou encore dans les Alpes. À ces zones d’insécurité s’ajoutèrent les terres laissées vides, qualifiées d’agri deserti par l’administration fiscale romaine. Celle-ci dut rayer des cadastres, en Italie, 130 000 hectares en 383. D’ailleurs la situation en Afrique était tout beaucoup plus inquiétante encore : en 422 l’État raya des registres 66 578 700 hectares improductifs, sur un total de 149 886 725. Soit, pour les provinces d’Afrique de Byzance, près de 40 % des terres cultivables ! Il s’agissait effectivement de terres abandonnées par la main-d’œuvre et non point d’épuisement des sols. Les esclaves quittaient les domaines ou bien se raréfiaient. La plupart d’entre eux venaient de régions frontalières : la Panonie ou la Mauritanie. Quant aux prisonniers de guerre, ils étaient souvent implantés sur ces mêmes terres. C’est la preuve que la traite non plus que la guerre ne suffisait pas à combler les vides. Il ne restait donc qu’une solution : fixer les paysans libres au sol. Ce que fit Valentinien Ier en 371, lorsqu’il généralisa une mesure antérieure aux paysans d’Illyricum : « nous pensons qu’ils n’ont pas la liberté d’aller et venir [...], qu’ils sont liés à la terre non point pour une raison fiscale mais à cause de leur nom et de leur catégorie de colons, de telle sorte que, s’ils s’éloignent ou se transportent ailleurs, ils soient rappelés, enchaînés et soumis au châtiment » (Code de Justinien, XI, 23). Il s’agit donc bien de fixer les populations pour éviter la désertification, c’est-à-dire le retour des terres à la friche.

 

Source : Histoire des populations de l'Europe, sous la direction de J.P Bardet et J. Dupâquier éd. Fayard  Chapitre III, Michel Rouche

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9 juin 2014 1 09 /06 /juin /2014 08:01

Au début de 286, avant d'aller affronter les barbares du Rhin et de la mer du Nord, le César Maximien eut à combattre en Gaule des paysans et esclaves révoltés.


Mamertin, contemporain des événements et auteur des deux panégyriques de Maximien, en 289 et 291, évoque sans les nommer les monstra biformia qu'étaient ces rebelles, "laboureurs devenus fantassins, bergers mués en cavaliers", dévastant les campagnes 0207.jpgà la manière des barbares. Leur nom celtique de Bagaudes, peut-être dérivé de bagad, "combat", n'apparaît que dans la seconde moitié du IVe siècle, tant chez Aurelius Victor, pour qui les Gaulois appellent ainsi des bandes de paysans mêlés à des latrones, que chez Eutrope et dans la chronique de saint Jérôme, où les Bagaudes sont seulement des rusticani révoltés. Dans des textes hagiographiques beaucoup plus tardifs, les Bagaudes, paysans et esclaves soulevés par la misère et supposés chrétiens, réapparaissent : l'une des Passiones de Saint-Maurice-d'Agaune, abbaye située près d'Octodurum (Martigny), œuvre rédigée entre 475 et 500, ainsi surtout que la Passio des Saints Martyrs de la légion thébaine, écrite par Sigebert de Gembloux au XIe siècle, relient les Bagaudes à la présence du César Maximien dans les Alpes Pennines, à Octodurum : là, les soldats chrétiens de la légion thébaine, venue d'Orient, refusèrent de leur faire la guerre et furent exécutés sur l'ordre de Maximien, récit repris par l'auteur, au XIe siècle aussi, de la vie de saint Babelon, abbé de Saint-Maur-des-Fossés au VIIe siècle.

Si ces textes tardifs s'inspirent sûrement des souvenirs de la grande persécution contre les chrétiens, de 304 à 311, et de la grande révolte des Bagaudes du Ve siècle en Armorique et en Aquitaine, où ces rebelles avaient suscité la sympathie de saint Germain d'Auxerre et de Salvien, il reste que, d'une part, les noms des deux chefs bagaudes, Aelianus et Amandus, donnés par Aurelius Victor, Sigebert de Gembloux et l'auteur de la Vie de saint Babelon, sont reproduits par huit monnaies, d'authenticité douteuse cependant, et que, d'autre part, la Vie de saint Babelon mentionne un castrum bacaudarum dont huit documents des Ve-VIe siècle attestent l'existence à Saint-Maur-des-Fossés, sans qu'on puisse savoir s'il s'agit d'un fort occupé par les Bagaudes de 285-286 ou par ceux du Ve siècle.

Pour tenter de comprendre les Bagaudes, il faut se replonger dans la société gallo-romaine du IIIème siècle. À cette époque l’Empire a connu depuis longtemps son apogée et s’est replié sur des frontières plus faciles à défendre, le Danube et le Rhin. Mais sa richesse attire toujours autant les peuples voisins : à l’est, les Goths, allié envahissant, accentuent leur pression. Au sud, les Maures multiplient des razzias. Et à l’intérieur, l’instabilité gagne. Une période d’« anarchie militaire », se déroula suite aux assassinats des empereurs Sévère Alexandre en 235 et Carin en 285, année qui voit Dioclétien accéder officiellement au trône et restaurer la stabilité. Cette période d’un demi-siècle verra plus de 60 prétendants se disputer le pouvoir, lever des armées, annexer des provinces.

Entre 260 et 274, il existe même des « empereurs » gaulois dans une Gaule indépendante.

Les querelles de ces braves gens ruinent l’économie et affaiblissent le tissu social, tant à l’intérieur qu’aux frontières de l’Empire.

Les légions sont mobilisées pour s’entre-déchirer et la sécurité dans les campagnes n’est plus qu’un souvenir. Les raids germaniques de 276 et une piraterie croissante sur le littoral de la Manche conduisent à l’abandon de nombreux villages et la fuite des habitants vers les forêts. C’est dans les années 280 à 300, par exemple, que les ateliers de salaison installée sur le site de l’actuelle ville de Douarnenez (Finistère) cesse de fonctionner et que le sanctuaire gallo-romain du Haut Bécherel (Côtes-d’Armor), élevé à la fin du premier siècle, est abandonné et incendié. En 312, un notable d’Augustodunum (Autain, Saône-et-Loire), dans un discours voué à remercier l’empereur Constantin d’avoir allégé les impôts de sa ville, rappelle que nombres de ses concitoyens ont été réduits, dans les années précédentes, « à se cacher dans les bois ou même à partir pour l’exil ».

Cette crise politico-économico- militaire se déroule à un moment de mutation sociale. L’édit de Caracalla, en 212 a fait de tous les hommes libres de l’Empire des citoyens romains... mais pas égaux pour autant. En réalité, la société est, depuis longtemps déjà, scindée en deux. D’un côté, la classe des « honestiores » (sénateurs, chevaliers, militaires, fonctionnaires, prêtres et leurs familles) : ils détiennent les postes-clés, la richesse et le pouvoir. Leur position les exonère de l’impôt et leur permet d’être jugé par des tribunaux spéciaux. De l’autre côté, l’immense majorité de la population, les « humiliores » : est soumise à l’impôt, les corvées et les droits civils réduits. Il leur était interdit de détenir des armes, de changer de domicile ou de métier. Il existe enfin une troisième et une quatrième classe sociale, souvent négligées : celle des citoyens déchus pour dettes et celle des esclaves.Evariste-Vital_Luminais-Pillards_gaulois.jpg

                                          Pillards Gaulois, par Evariste-Vital Luminais


 Il est intéressant de préciser les régions gauloises concernées par ce soulèvement de petits paysans ruinés, d'esclaves et de colons des grands domaines émancipés à la suite des invasions du IIIe siècle, rusticani que vinrent rejoindre et encadrer des latrones et des soldats déserteurs, tels apparemment Aelianus et Amandus ? Comme les Bagaudes furent les premiers ennemis que combattit, pour gagner le Rhin, Maximien qui était à Mayence en juin 286, il est probable qu'ils sévissaient surtout dans les régions où débouchaient les routes qui, par les cols des Alpes et du Jura, menaient d'Italie en Gaule, régions d'ailleurs sillonnées par les invasions alamanniques depuis 254 et, en 186 déjà, par les bandes de l'ancien soldat Maternus, pillant les campagnes et même attaquant les villes. Là effectivement, le brigandage était endémique à la fin du IIIe siècle, attesté tant par un praefectus arcendis latrociniis institué par la cité de Nyon que par le nombre des trésors monétaires enfouis avec des monnaies terminales de Dioclétien-Maximien dans la région de Genève et, du côté gaulois, dans la Franche-Comté et les départements de l'Ain, de la Saône-et-Loire, de l'Yonne, de la Nièvre, enfin de l'Isère et de la Drôme, c'est-à-dire aux abords des routes allant d'Italie soit vers Lyon et Vienne, soit, par Besançon, vers Chalon-sur-Saône et Autun, d'où partaient les routes de l'Ouest et de la basse Seine, vers le castellum bacaudarum de Saint-Maur-des-Fossés, sur la Marne, à l'entrée de Paris.

Le vaste secteur routier d'au-delà des cols des Alpes occidentales devint le tractus de la Gallia riparensis organisé militairement en duché très tôt : d'après ce qu'il en reste dans la Notice des Dignités, il correspondait au débouché des routes alpines entre le lac de Genève et Marseille, la partie septentrionale dépendant d'un duc de Séquanique, lequel n'avait plus, alors, qu'une petite garnison à Besançon, comparable à celles de Milites distribuées dans les provinces des Lyonnaises à l'ouest de la Saône, sans doute parce qu'au cours du IVe siècle le brigandage était resté très actif dans la zone alpine et sa périphérie.

Maximien ayant soumit les Bagaudes en quelques mois, il reçut, dès avril 286, peut-être même plus tôt , le titre d'Auguste qui consacrait ses succès, il est probable néanmoins que cette rapide soumission fut incomplète et que le César se borna à rétablir des communications sûres dans la région de l'axe Rhône-Saône-Rhin, en guerroyant contre les bandes d'Aelianus et Amandus qui avaient réussi à s'imposer avec le concours des latrones locaux. Vaincus, les deux chefs bagaudes furent abandonnés par les rusticani, puisque Mamertin vante la clémence de Maximien envers ces misérables rebelles. Vainqueur, le César ne chercha même pas à atteindre, par les routes de l'Ouest qu'il avait rouvertes, le littoral gaulois dévasté par les pirates saxons et francs, dont Dioclétien avait confié la défense à un officier originaire de Belgique Seconde, le Ménape Carausius, probablement déjà investi par l'empereur Carin du commandement de ce tractus étendu aux côtes de Bretagne. Il s'empressa de pénétrer en Germanie Supérieure pour y lutter contre des barbares — Aelianus et Amandus avaient-ils essayé de les refouler ? — qui sont vraisemblablement des Alamans, car Maximien était à Mayence en juin 286.


Il est amusant de noter qu'à l'issue d'une des dernière bagaude menée en Gaule centrale en 448, par un médecin nommé Euxode, vaincu, celui-ci se réfugia à la cour d'Attila... 

 

Sources : www.theatrum-belli.com / Guerre et Histoire N° 18

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5 décembre 2013 4 05 /12 /décembre /2013 08:41

Un beau relief de marbre, dit « de la tombe des Haterii », découvert le long de la via Labicana à quatre milles au sud de Rome, fournit une excellente représentation de veillée funèbre. Le centre du relief est occupé par le lectus funebris, dressé devant les colonnes de l’atrium. Au chevet de la femme qui repose se tiennent deux pleureuses (praeficae), tandis qu’un homme s’apprête à ceindre son front d’une couronne ou d’une guirlande. À gauche du lit, une musicienne joue de la flûte, aux côtés d’une pleureuse qui, les mains jointes, implore la défunte. À droite figure trois autres femmes coiffées de pileus, signe distinctif des esclaves affranchis par leurs maîtres. En guise de décoration, des étoffes sont tendues d’un pied à l’autre du lit, des guirlandes de fleurs et de fruits surmontés d’éventails sont suspendues au compluvium. De grandes torches, fichées sur des supports emboîtés, brûlent aux quatre coins du lit, à la manière des chandelles qui encadrent le cercueil dans la liturgie chrétienne. De part et d’autre, sans disposer des candélabres en bronze, sur lesquels reposent de lourdes lampes à huile allumée. Au premier plan, figure de récipient à piédestal, identifiables comme brûlent-parfums. Un homme s’en approche pour alimenter la flamme.

Selon Pline (Hist. Nat. X, 43), les décorations végétales sont apportées par les proches et amis du défunt. Symbole de fragilité et de renouveau, fruits et fleurs sont choisies pour leurs propriétés particulières - principalement des roses, mais aussi des violettes, des immortels, de la myrte et des branches de pain. Ces éléments, comme la pomme de pin, ont valeur d’emblèmes funéraires. D’innombrables ornements en pierre, sculptés en forme de pomme de pin, d’œuf ou de flamme incandescente, qui couronnaient à l’origine la cime des mausolées ou le couvercle des urnes cinéraires, évoquent aussi bien la vie éternellement renouvelée que les décorations exposées lors de la veillée mortuaire.

La dernière étape franchie par le corps avant inhumation est le cortège, ou funus translaticium. Les textes et les représentations figurées permettent de s’en faire une idée relativement précise. De son atrium familial, le défunt est extrait pied devant sur0171.jpg son lit, porté par un lourd brancard (feretrum). Le cortège se compose d’une foule bruyante de pleureuses aux cheveux défaits couverts de cendres, souvent précédées de musiciens réunis en fanfare d’instruments à vent, parfois de danseurs, de mines et de jongleurs. Les hommes sont vêtus de lainages de couleur, non lavée, les femmes de vêtements noirs, exempt de parures, les cheveux décoiffés et les ongles non coupés. Les images des ancêtres (imagines maiorum) sont portées devant le cercueil. Ces portraits funéraires sont des empreintes en cire du visage des défunts de la famille prise peu après la mort, peintes et conservées dans des petites armoires en bois placés dans l’atrium. En 392, un édit de Théodose interdisant le culte des ancêtres fera peu à peu disparaître cette coutume.

  À l’origine, le convoi s’effectue préférentiellement de nuit, éclairé par des torches et des lampes à huile, pour éviter aux prêtres et aux magistrats de croiser un cadavre impur. Ces cortèges nocturnes n’ont plus lieu à l’époque impériale, remplacés par des cérémonies diurnes plus propices à l’exhibition du défunt et de sa maisonnée. Mais elles demeurent éclairées à l’aide de torches et de lampes, dont la lueur artificielle enrobe le convoi d’une sorte de « nuit » symbolique. Le brancard est fréquemment porté par des affranchis, esclaves libérés par testament suite à la mort de leurs maîtres, caractérisés comme sur le relief des Haterii par le port du pileus. Au cortège officiel des proches, des clients et des affranchis se mêle une foule hétéroclite, plus ou moins nombreuse selon la renommée du défunt. La désaffection croissante des convois, qui attente à la dignité des familles, donne lieu à différents stratagèmes destinés à attirer les proches et le chaland. Des récompenses sont distribuées à l’assistance, qui peuvent équivaloir à la totalité des biens légués par le défunt. Offerte par voie testamentaire à celui qui arrivera le premier, elle donne lieu à une véritable « course à l’héritage », au sens propre ! Les plus pauvres sont réduits à effectuer leurs trajets en solitaire jusqu’à la fosse commune, préférentiellement de nuit.0172.jpg

Du centre-ville, les cortèges funéraires sont conduits hors de la cité, à un emplacement défini à l’avance où les attend le bûcher. La conduite des défunts au-delà de cette limite procède bien d’un rite d’exclusion, pour ne pas dire d’expulsion du cadavre hors de l’enceinte urbaine, même si elle est accomplie dans des formes qui ménagent sa dignité.

 

Source : L'Archéologue N°105, d'après Matthieu Poux.

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3 décembre 2013 2 03 /12 /décembre /2013 07:06

Dans l’empire romain, les religions n’imposent pas de dogme concernant l’au-delà, mais le « dernier voyage » fait l’objet d’un ensemble de rites à observer, depuis le décès jusqu’au tombeau, désigné par le mot funus « funérailles ». Il existe toute une hiérarchie de rituelles en fonction des moyens dont disposent les familles. Certains cotisent de leur0169.jpg vivant à une confrérie funéraire, regroupant des gens de même métier ou de même fortune, qui prend en charge l’organisation des funérailles et s’occupe de trouver une place pour ses membres dans une tombe commune. Seule une infime minorité de riches bénéficie d’obsèques célébrées en grande pompe.

Le décès d’un être proche est vécu avant toute chose comme une souillure temporaire qui, par contagion, affecte toute sa maisonnée. La famille et la demeure du défunt en l’honneur duquel s’accomplit le funus sont qualifiés de « funeste », au sens étymologique du terme. La veillée funéraire, qui se déroule dans l’atrium de la maison, correspond à une situation de crise qui ne prend fin qu’avec l’expulsion du cadavre et son inhumation. De cette souillure, il convient de se purifier par des rites adéquats. Dissimulé sous des épaisseurs d’étoffe, le défunt est conduit hors de sa demeure, dont le sol est balayé après le départ du cortège. L’anéantissement définitif de sa dépouille est assuré par le feu purificateur, et tous ceux qui l’ont approché de trop près subissent également l’épreuve de l’eau et du feu. La cérémonie est rythmée par des gestes et formule incantatoire visant à conjurer le mauvais sort.

De toutes les étapes du rituel funéraire, la préparation et le transfert du corps qui précède sa mise en terre sont les plus difficiles à appréhender sur le plan archéologique. La veillée et le cortège mortuaire met en œuvre un ensemble de rites bien établis par les textes, qui laisse quelques traces susceptibles d’être identifié lors de la fouille des sépultures : lits, chars et masques funéraires, ustensiles de toilette, flacon à onguents, offrande de lampes ou de monnaies qui se rattachent à cette étape, même s’il n’est pas possible d’établir avec certitude à quel moment précis des funérailles ils sont intervenus. Le recours aux sources littéraires et iconographiques permet cependant de replacer leur usage dans un ordre logique.

Les textes décrivent dans le détail les gestes qu’il convient d’accomplir après l’expiration du défunt. Son corps est exposé sur un lit mortuaire (lectus funebris), disposées dans la pièce principale de la maison, les pieds face à la porte, en position de recevoir ses hôtes comme il le faisait de son vivant. La dépouille commodément installée, on procède aux derniers adieux, pour une durée qui varie en fonction du statut social : de trois à sept jours pour les plus riches à quelques heures pour les moins fortunés. Devant la porte de la maison, devenue « funeste », sont placés des branches de pain ou de cyprès, en guise d’avertissement pour les passants qui seraient tentés d’y pénétrer et de s’exposer à la souillure. Des lampes à huile allumée sont posées sur le seuil ou sur le rebord de la fenêtre, le temps que dure le travail de deuil. Fermer les yeux du mort (oculos condere)0170 en constitue, comme de nos jours, la première étape (Lucain, Pharsale, II, 740). De ce geste rarement attesté témoigne, indirectement, le masque funéraire moulé « d’après nature » sur le visage de la jeune Claudia Victoria, inhumé dans la nécropole de Trion à Lyon. Ensuite, le fils du défunt ou le membre de sa famille le plus proche l’embrasse sur la bouche pour recueillir son dernier soupir. Puis on l’appelle à trois reprises et à voix haute (conclamatio), à l’aide de formules standardisées qui se retrouveront, un peu plus tard, gravés sur les épitaphes. Ces premiers gestes visent davantage à s’assurer de la mort du défunt qu’à accompagner, retenir ou déplorer son départ. Déposé à terre, le corps est lavé à l’eau chaude et oint d'huiles parfumées, puis on habile le défunt d’une toge blanche, de ses habits de fonction ou, à défaut, d’un linceul de couleur blanche ou noire. On le pare des bijoux et insignes de son rang, comme les anneaux d’or des chevaliers, qui sont généralement incinérés avec le corps (Properce, IV, 7,9). Dans le même temps, on place dans sa bouche ou sur ses paupières une monnaie (le « denier de Charon ») destiné à régler le passage de l’âme sur le fleuve des Enfers. Ces différents gestes sont représentés, isolément ou simultanément, sur de nombreux sarcophages et reliefs funéraires trouvés en Italie, en Gaule et en Germanie.

 

Images : 1/ Stèle de Primilla _ 2/ Masque de Claudia Victoria. Découvert à Lyon

 

Source : L'archéologue N° 105 d'après Matthieu Poux

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17 octobre 2013 4 17 /10 /octobre /2013 15:12

Mosaïque, reflet d’une civilisation, signe de puissance de son commanditaire


La Gaule tombe sous la domination romaine après la défaite d’Alésia en 52 av. J.-C. Elle est unifiée et organisée en quatre provinces administrées par Rome (Belgique, Lyonnaise, Aquitaine, Narbonnaise).

L’habileté des Romains réside dans le fait de ne pas avoir détruit l’aristocratie gauloise, mais plutôt de l’avoir incité à adhérer au système romain par l’intérêt et par fascination vis-à-vis de la grandeur de Rome. Les gaulois vont ainsi devenir des gallo-romains, et non un peuple soumis, bénéficiant de près de trois siècles de paix, Pax Romana, qui va permettre à un véritable développement économique avant les invasions barbares vers 260. Le peuple gaulois peut bénéficier pleinement des apports de la civilisation romaine et profite ainsi d’un mode de vie agréable : développement de la circulation grâce aux voix romaines ; aménagements de l’eau par des thermes et les aqueducs ; installation de grands domaines agricoles avec les grandes villae.

Le Rhône revêt un caractère capital pour le développement du commerce antique. C’est en effet le seul axe nord/sud qui, sur plus de 800 km, descend des chaînes alpines à la Méditerranée. Le Couloir rhodanien s’impose comme une véritable artère de civilisation européenne où circulent les denrées, les cultures et les savoirs. Cette disposition sur le Rhône permet à Saint-Romain-en Gal de profiter d’un commerce florissant et du développement d’un marché régional (culture de la vigne, du blé...).

La mosaïque du calendrier a donc été réalisée à une époque où l’économie est florissante. Cette mosaïque provient vraisemblablement d’un grand domaine où villa agricole.

La villa est un élément fondamental des campagnes. C’est une grande exploitation rurale constituée de bâtiments résidentiels et agricoles au cœur d’un domaine cultivé, qui appartient en général à de riches propriétaires fonciers. La villa réunit donc que des fonctions résidentielles et économiques. Ces deux aspects sont nettement différenciés dans son architecture, par deux ensembles séparés : la partie résidentielle appelée pars urbana et la partie agricole ou pars rustica.0160.gif

La mosaïque symbolise la prospérité de la Gaule, la vigne y est introduite avec la conquête romaine. Dès le premier siècle après J.-C., le vin gaulois concurrence le vin romain. Sur le panneau du foulage du raisin, trois personnages pressent les grappes au pied dans une cuve ; la cuve rectangulaire occupe presque toute la largeur du tableau, elle est vue en perspective et le raisin apparaît en surface. Sur le sol, des baquets recueillent le jus qui s’échappe des trois orifices percés dans la cure . Les deux personnages situés à gauche se tiennent par la main pour ne pas glisser, les traits du visage sont presque inexistants. À droite, le flûtiste rythme au son de son instrument les mouvements de ses deux camarades.

Une mosaïque romaine d’Afrique du Nord, découverte à Cherchell et datant de la seconde moitié du IIIe siècle après J.-C. reprend la même iconographie. La composition est classique mais le style est différent, il n’y a aucune maladresse dans la réalisation, contrairement à la mosaïque du calendrier. Les ouvriers, ceints d’étoffe qui rappellent la peau de panthère, animal dionysiaque, ont l’aspect de satyres. Il semble que cette mosaïque soit le reflet d’une grande œuvre picturale de la partie orientale de l’Empire.

L’iconographie du foulage du raisin et traditionnel elle se perpétue à l’époque paléochrétienne, comme sur la mosaïque de Qabr-Hiram au Liban. Le médaillon central représente, sans trop d’exactitude, un pressoir Avice actionné par deux personnages. Ce système, plus perfectionné, était utilisé en second lieu, après le foulage du raisin aux pieds.0162.jpg

La mosaïque est propice à l’illustration des machines agricoles comme le pressoir à levier, qui reprend une iconographie impériale - plus ancienne - car le pressoir à vis existait en Gaule.

Un autre panneau représente une meule qui est actionnée par un âne, dont seule la vente train est visible, la représentation et maladroite.

Les riches propriétaires des villae accorde un grand soin à l’aménagement et à la décoration des bâtiments résidentiels. Le caractère exceptionnel de certaine mosaïque, au-delà de l’aspect utilitaire et décoratif, délivre un message.

 

Une mosaïque naïve, qui rompt avec les canons de la tradition, mais qui exprime la nostalgie de l’époque augustéeenne


L’analyse de l’iconographie permet d’appréhender la société gallo-romaine, par la précision des métiers et des actes de la vie religieuse. Mais au-delà de ces observations, quelle est la motivation du propriétaire pour faire réaliser une mosaïque d’une telle ampleur dans sa villa, quel en est le sens ?

Pour élucider l’énigme, il faut se tourner vers les auteurs grecs et latins. Dans Les Travaux et les jours, Hésiode, poète grec du VIIIème siècle av. J.-C., prodigue aux agriculteurs des conseilles fondés sur l’observation du ciel et des saisons. Ses idées et ses conseils seront repris tout au long de l’Antiquité, notamment par Virgile, poète latin dans Les Géorgiques. Ce traité rédigé au premier siècle av. J.-C. célèbre la gloire et la politique de nouveaux maîtres de Rome, Octave. En effet, l’empereur souhaite redonner vie à l’agriculture. Au-delà d’une œuvre philosophique ou d’un traité technique, Les Géorgiques ont une portée symbolique. Octave, futur Auguste, proclamera la paix, changera la nature du citoyen romain. C’est à cette époque que Rome devient le centre de la civilisation. C’est donc par cette idée de prospérité de l’Italie que l’on peut comprendre le choix du calendrier agricole, dans une pièce de réception en Gaule. Il s’agit pour le commanditaire de se rattacher à la cité de Rome, à l’Empire, à une même culture identitaire de grands propriétaires et au patrimoine fondateur, la culture grecque.

La mosaïque du calendrier symbolise l’importance de son commanditaire, qui s’attribue le bon ordonnancement de la terre, la prospérité de la Gaule et la puissance de Rome. Les références à l’empire d’Auguste évoquent peut-être le désir de maintenir un statut acquis, malgré des temps troublés. En effet, le IIIème siècle doit faire face à des crises institutionnelles : c’est la fin de la conception de l’État romain, continuateur de l’empire d’Alexandre et de l’hellénisme, ainsi que le début d’une organisation autoritaire de l’État. C’est l’époque des premières incursions des peuples germaniques, qui cherchent à s’établir dans l’Empire, sans se romaniser. Jusqu’à la fin du IVème siècle, les Goths, les Quades, sont tenus en respect au-delà du Danube, fixée en Dacie (Roumanie actuelle) et dans la région de l’Ukraine moderne.

 

L’influence des différents courants esthétiques, de la sculpture et de l’architecture


Au IIIème siècle apparaissent de nouveaux courants esthétiques : l’art provincial de Gaule reçoit les influences d’un art romain, d’origine hellénistique « cultivée », et surtout d’un art romain plébéien (selon R. Bianchi Bandinelli, l’art plébéien doit être pris sérieusement dans le sens d’une classification et non dans le sens d’une opposition sociale entre un art populaire est un art officiel). Les particularités de l’art plébéien sont les suivantes : une étroite union avec les scènes de la vie quotidienne, la représentation de caractères individuels expressifs qui rompent avec l’idéalisation des statues, portraits de l’époque impériale, d’inspiration hellénistique ; comme le portrait d’Auguste en pontife ou0163.jpg l’empereur montre un visage à la fois doux et paisible mais empreint de gravité.

Sur la mosaïque, la posture des athlètes lançant le javelot rappelle la sculpture grecque. Le personnage de droite peut-être comparé à l’Apoxyomène de Lysippe, tandis que le personnage de gauche, évoque le Poséidon. Le mosaïste n’a pas su transporter les parfaites proportion de ses chefs-d’œuvre. On note sur la mosaïque une certaine maladresse : jambes trop longues, bustes disproportionnés, bras épais...

L’influence de l’architecture antique est également présente. La mosaïque reproduit par sa composition les plafonds à caissons qui ornaient les bâtiments de Grèce et de Rome.

Il en est de même pour la bordure de la mosaïque qui reprend des éléments d’architecture : perles et pirouettes, qui existe sur un chapiteau du temple d’Apollon à Didymes.

Les ruptures politiques entraînent des ruptures artistiques. À l’époque Sévérienne les empereurs sont romains, mais originaires des provinces et non de Rome. Ce changement est certainement dû à la prospérité croissante de l’Empire, ainsi qu’à l’abandon du principe de l’adoption au profit de la succession directe. Au premier quart du IIIème siècle après Jésus Christ nous sommes probablement sous le règne de l’empereur Septime sévère, originaire de Tripolitaine, ou de son fils à Caracalla, né à Lyon.

L’expression politique de cet état de fait se traduit par la constitution Antoniniana, en 212 après J.-C., accordant le droit de cité à tous les citoyens libres de l’Empire. Du point de vue artistique, les ateliers s’exportent, les mosaïstes fournissent des œuvres dans tout l’Empire, Rome n’est plus prédominante.

La mosaïque du calendrier est imprégnée d’un art provincial qui s’éloigne de la tradition naturaliste, héritée de Grèce.

À une époque où les menaces commencent à poindre, aucune trace de douleur physique ou morale ne transparaît. Courant qui existait à l’époque hellénistique, comme en témoigne la statue du gaulois mourant : les traits du visage sont rudes, les cheveux hirsutes, le désespoir s’extériorise.

Ce courant « plébéien » figuré sur la mosaïque, s’exprime dans les représentations schématisées d’édifice à fronton triangulaire, par l’utilisation conventionnelle de la couleur noire qui suggère la profondeur. Le sens de la perspective s’est perdu, il ne fait plus parti de la culture figurative du mosaïste viennois, comme le montre les différentes dispositions des colonnes, sur le panneau du foulage de raisin. Les personnages sont situés sur le même plan, le rendu est plat, les ombres sont symbolisées par un trait. Certains détails sont disproportionnés, entraînant une perte de réalisme, comme la taille des raisins sur le panneau des vendanges.

En revanche, la richesse de la palette chromatique et le nombre exceptionnellement élevé des pâtes de verre sur les quatre panneaux centraux manifeste le soin apporté par le mosaïste. La mosaïque de Saint-Romain-en-Gale est une œuvre exceptionnelle, sans parallèle dans la production viennoise ; elle est la plus importante de ces ateliers par ses dimensions et la qualité de sa réalisation, toutefois elle est empreinte d’un indéniable provincialisme.

La présence sur une mosaïque des saisons, de scènes religieuses et de scènes agricoles, concourent à signifier que l’ordre engendre la richesse. Les saisons sont nourricières, les scènes agricoles illustrent cette fertilité.

Les Romains associés le temps à leur vie quotidienne et à la succession des saisons. Le temps avait une importance décisive dans l’agriculture, où l’utiliser raisonnablement signifiait effectuer les travaux à temps, et obtenir une bonne récolte.0164.jpg

Cette mosaïque permet d’aborder différents aspects de la vie quotidienne à l’époque gallo-romaine, vie religieuse, activité agricole. Elle est représentative d’une esthétique nouvelle, certainement réalisé par des ateliers régionaux, ayant un style propre et utilisant des emprunts grecs et romains.

Elle démontre la volonté de la part de son commanditaire d’affirmer son statut social et son attachement à l’Empire romain.

Cette mosaïque se situe à un moment charnière de l’histoire de la Gaule, elle symbolise la stabilité et la prospérité, héritée de la Pax Augusta, juste avant les invasions barbares. La Gaule est touchée en 253, avant l’invasion dévastatrice de 275 – 276, qui bouleversera toute la vie urbaine.

 

Source : article de Véronique Vassal, Histoire Antique N° 39

 

À voir :  La Mosaïque du calendrier agricole : Le destin tragique de Vienne (15 min)

 

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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 07:39

La mosaïque de Saint Romain en gal visible principalement au musée des antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye est un calendrier, illustrant la puissance et le pouvoir de Rome.

L’évocation des activités agricoles liées aux saisons et aux cultes religieux symbolise une image d’ordre, de stabilité, de prospérité, héritée d’Auguste, alors que de graves crises institutionnelles affaiblissent le pouvoir de Rome, laissant présager les futures invasions barbares.

Cependant, l’assimilation à l’empire romain n’est pas générale, car certaines spécificités décorant la mosaïque sont propres à la Gaule, nous replaçant dans un contexte régional.0159.jpg

 

Description


La mosaïque polychrome du calendrier a été découverte dans une domus, sur le site antique de Saint Romain en gal, dans le département du Rhône, en octobre 1891. Elle mesurait à l’origine de 8,86 × 4,48 m. Déposé en 1892, elle a été exposée au musée du Louvre jusqu’en 1935, puis au musée de Saint-Germain-en-Laye.

La mosaïque est constituée de quarante tableaux de 59 cm chacun, dont seuls vingt-sept0159b.jpg panneaux sont parvenus jusqu’à nous. Les parties endommagées ont été restaurées, mais les tableaux manquants ont été simplement comblés par du ciment gris. Un motif de tresses sépare chaque panneau, tandis que des motifs décoratifs de perles, de pirouettes et de rinceaux, forment les bordures.

À part quatre panneaux décorés de motifs végétaux et de petits visages, les autres contiennent tous une scène figurés, il s’organise autour de quatre panneaux centraux représentant les allégories des Saisons.

Le mosaïste viennois a choisi les représentations d’animaux les plus traditionnellement attachés à chaque saison, le lion et le taureau symbolise les signes du zodiaque correspondant à l’été et au printemps, le tigre monture traditionnel de Dionysos -Dieu de la vigne et du vin -symbolise l’automne, enfin le sanglier est attaché à l’hiver, puisque c’est la saison où l’on le chasse.

On remarque très rapidement des scènes agricoles familières comme les labours, les semailles ou la cuisson du pain...

Trois scènes sont plus difficiles à identifier, mais plusieurs éléments nous permettent de reconnaître des scènes religieuses : la présence d’une divinité sur une colonne, un autel sacrificiel, un homme vêtu d’une longue toge - dont un pan lui dévoile la tête signifiant qu’il est en prière - et une tour tombale.


Une idée d’ordre évoqué par la composition de la mosaïque


Les saisons, puissance bienfaisante, gage de félicité, sont la trame à l’intérieur de laquelle se déroulent les activités humaines, elles en sont l’arrière-plan constant est nécessaire.

La disposition de cette activité agricole pour chaque saison évoque une vision du monde harmonieuse. Les panneaux autour des saisons sont disposés selon différents axes, permettant aux convives de regarder les scènes depuis tous les côtés de la pièce. L’harmonie naît de la grande régularité de la composition et de la parfaite symétrie des scènes à deux personnages.

Les visages, dans les motifs végétaux, caractérise une nouvelle fois les saisons, accentuant l’ordonnance de la composition qui devait être symétrique ; malheureusement, la mosaïque0137 est incomplète.

L’ordre est précisé par l’évocation du temps, rythmé par le déroulement régulier des saisons. La scène du poissage des jarres à huile nous met en présence d’un gnomon, ou cadran solaire, qui évoque le solstice d’hiver, le 21 décembre. Le temps est exprimé précisément, et les textes antiques confirment la confection de huile en décembre.

 

Représentations gauloises et romaines symbolisant l’assimilation dans les scènes religieuses


les scènes religieuses montrent une cohabitation d’éléments Romain et gaulois. Ainsi, pour la représentation du sacrifice à une divinité, la scène semble romaine par les vêtements et les objets du rituel, mais la divinité qui brandit une torche et tient une roue est gauloise. Il s’agit de Taranis, dieu du ciel, de la foudre et du tonnerre, qui sera assimilé par les Romains à Jupiter.

Les Romains furent tolérants, pour les cultes des peuples conquis. Ils laissèrent les vaincus adorés leur Dieu, auquel, par une diplomatie religieuse, ils assimilèrent les leurs, de manière à permettre un culte commun aux divinités indigènes et aux divinités impériales. De cette tolérance naquit la paix religieuse.

Sur une scène endommagée, on aperçoit un édifice surmonté d’un toit pointu qui semble être une tour tombale d’un type très répandu en Gaule, comme le mausolée des Julii à Saint-Rémy-de-Provence.

Au premier plan, deux femmes, l’une assise, l’autre debout - très fragmentaires -, semble préparer soit le repas funèbre, soit des libations en l’honneur du défunt. C’est, selon Henri Stern, « la seule représentation d’une cérémonie des Parentalia ou fête des Morts, qui nous soient conservée ».

Cette iconographie paraît avoir pénétré l’art chrétien, comme on peut le remarquer sur un ivoire du Ve siècle, conservé au British Museum représentant les saintes Femmes au tombeau du Christ.0138.jpg

L’influence romaine et caractéristique dans la représentation des vêtements. Le costume de tous les personnages figurés sur la mosaïque et Romain : tunique, pagne, toge, sandales, à l’exception du cucullus gaulois (vêtements à capuche), porté, dans les panneaux, par les paysans chargés du transport du fumier et du tressage des paniers.

Dans le paysage rural Romains, les dieux habitaient partout, forêts, étangs… Tout travail de la terre requérait un appel aux dieux, si bien que l’exécution des grands travaux était toujours subordonnée à un acquiescement divin. La religion privée des Gallo-Romains manifestait un souci constant de respect envers les dieux, développant un sens du devoir envers la famille et l’empire.

La notion d’ordre qui apparaît au travers de la mosaïque - ordre sur le domaine, avec les scènes agricoles ; ordre cosmique, avec les saisons ; ordre spirituel, avec les scènes religieuses - est traduite par une composition harmonieuse, par une recherche de l’équilibre et de la symétrie. Ces panneaux relèvent une structure d’esprit particulier et illustre l’ordre et l’unification. Pourquoi insister tellement sur cette notion d’ordre, de stabilité ? Peut-être est-ce pour « conjurer le sort » face au danger les menaces d’invasions barbares. Cette mosaïque semble être plus qu’un calendrier agricole, elle est le reflet d’une civilisation complexe rassemblant un héritage ancien (gréco-romain) et indigènes (gaulois).

 

Source : article de Véronique Vassal Histoire Antique N° 39

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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 16:40

Sous Dioclétien, les deux provinces romaines situées au sud de la Loire, l’Aquitaine et la Narbonnaise, sont subdivisées pour former le diocèse des Sept Provinces. Malgré cette unité administrative, la région demeure très contrastée : tandis que l’Aquitaine est tournée vers l’Atlantique, le Midi méditerranéen conserve l’héritage, au même titre que la vallée du Rhône, de la province de Narbonnaise. L’évolution de l’urbanisme des villes du sud de la Gaule diffère ainsi d’une province à l’autre.

 

Les enceintes réduites

 

Les fortifications des villes, considérées comme l’une des caractéristiques urbaines essentielles de l’Antiquité tardive, constituent une première différence morphologique. En Aquitaine, durant le Haut-Empire, les chef-lieux de cité étaient des villes ouvertes ; il faut attendre l’Antiquité tardive pour y observer la construction de nombreuses enceintes, le plus souvent caractérisées par des fondations en grand appareil de remploi, avec des élévations en opus mixtum, c’est-à-dire en petit appareil avec des arases de briques, comme dans les villes du nord de la Gaule. Si le phénomène fut le plus souvent interprété comme une réaction aux invasions germaniques de la fin du IIIème siècle, les études récentes, de Louis Maurin en particulier, ont toutefois démontré qu’il fallait distinguer deux groupes, seules les enceintes des grandes villes situées au nord de la Garonne - comme Saintes, Bordeaux ou Périgueux - ayant été érigé à la fin du IIIème ou au début du IVème siècle. Ces enceintes ne protègent qu’une partie de la ville, en laissant parfois de côté le centre civique.

La Narbonnaise, où la plupart des villes ont été fortifiées dès le haut empire, ne semble pas connaître la même vague de construction d’enceintes au IIIème et IVème siècle. Seules les villes nouvellement créées à la suite du démembrement des vastes cités, surtout dans les Alpes, reçoivent peut-être leurs enceintes au IVème siècle. Les autres villes continuent à vivre, tant bien que mal, dans leurs murailles du Haut-Empire.DSCN1426.JPG

 

La parure de la ville antérieure : entretien, abandon, récupération

 

La construction des enceintes tardives en Aquitaine a des conséquences importantes sur la topographie des villes ; les blocs utilisés dans leurs fondations proviennent en général de la récupération de monuments funéraires, mais également d’édifice public laissé à l’extérieur de la nouvelle enceinte est transformé en carrière. Presque tous les monuments de spectacles disparaissent, même si certains comme à Bordeaux ou Saintes, échappe à un pillage systématique. Des monuments privés de leurs fonctions primitives peuvent être intégrés à la fortification, comme en témoigne la transformation de l’amphithéâtre de Périgueux. Les anciens bâtiments administratifs (forum, Curie) sont souvent laissés en dehors de l’enceinte est démantelée. À quelques exceptions près, les termes ne sont plus entretenus.

En Narbonnaise, l’absence de construction d’enceintes, au IIIème siècle, dans les grandes colonies du haut empire leur évite des modifications urbaines importantes au IVème siècle. L’état de conservation actuelle de monuments de spectacles comme les amphithéâtres d’Arles et de Nîmes ou le théâtre d’Orange, de même que celui de temples comme le temple de Livie à Vienne ou la Maison carrée à Nîmes suppose qu’ils ont bénéficié d’un entretien continu, sans que l’on puisse attribuer pour autant leur maintien à une réutilisation comme église chrétienne.

 

Les habitations

 

En Aquitaine, les nouvelles enceintes semblent le plus souvent suffisamment grandes pour abriter toute la population. Si les habitations urbaines sont mal connues, l’impression que l’on en garde et celle d’un déclin de la maison classique à péristyle, typique des quartiers périphériques abandonnés au IVème siècle. Les traces de reconstruction ou simplement d’entretiens sont rares, et même en arbre d’aise, à l’intérieur des enceintes du haut empire, certains quartiers paraissent abandonnés et retournent à l’état de friche. Mais cela n’empêche pas le maintien de zones d’habitat ou d’artisanat, même à la périphérie de la ville.

 

La christianisation des villes, un début très timide

 

Bien que le christianisme soit attesté dès le IIème siècle dans la vallée du Rhône, et malgré son développement sans doute rapide en Aquitaine, comme en témoignent dès 314 la liste des souscriptions au concile d’Arles, l’implantation matérielle des bâtiments chrétiens semble tardive. Quoi qu’il en soit, rares sont les traces d’une cathédrale avant la fin du IVème siècle, lorsque Théodorose Ier proclame le christianisme religion d’État (392). Les résultats des fouilles d’église, de plus en plus nombreuses, laissent à penser qu’il ne s’agit pas d’un hasard, mais plutôt d’un choix délibéré des communautés. Au IVe siècle, c’est donc dans les nécropoles qu’il faut chercher les traces de la nouvelle foi, exprimé le plus souvent par des inscriptions et plus rarement par des sarcophages à décor biblique, dont Arles fournit le meilleur exemple.

 

Périgueux : les mutations urbaines d’une ville antique

 

Située dans un méandre de l’Isle, Vesunna fondée par Auguste lors de la création de la province d’Aquitaine afin d’établir une nouvelle capitale, construite more romano, pour les Petrucores. Elle reçoit au cours des deux premiers siècles de notre ère,  une parure monumentale romaine adaptée à sa topographie : le réseau visière dessert le forum, cœur de la ville progressivement agrandi et embelli, ainsi que de riches maisons décorées, tandis qu’au nord s’élève à un amphithéâtre bordé de carrière d’extraction de calcaire.

Ce dernier bâtiment a laissé une trace profonde dans le parcellaire pétrocorien : son intégration au système défensif de la ville, durant l’Antiquité tardive, pourrait en être la0156.jpg cause. Le comte de Taillefer, archéologue érudit du début du XIXème siècle, a en effet observé, lors d’un sondage, les fondations d’une tour de rempart devant le vomitorium nord ;toutefois, il avait également noté la présence de blocs de grand appareil provenant des gradins de l’amphithéâtre est employée dans les fondations du rempart tardo-antique.Taillefer a alors élaboré une hypothèse plus que vraisemblable. Cet édifice, désaffectée dès le IIIème siècle, a probablement été détourné pour deux usages, sort commun à de nombreux édifices publics romains tels ceux de Lutèce : remploi des blocs pour de nouvelles constructions et intégration du ou des étages les mieux conservés dans une trame urbaine complètement redessinée.

La Vesunna du IVème siècle n’a qu’un faible rapport avec celle du IIème siècle. La ville, dont le centre se déplaçait vers le nord, s’est considérablement réduite, passant de 35 à 5,5 hectares. Elle est fermée par un rempart constitué de vingt-quatre tours et d’au moins trois portes à une baie cintrée : cette structure défensive nouvelle, bâties avec des blocs issus des monuments du Haut-Empire, s’appuie sur des maisons de la même époque, impliquant une profonde modification urbaine menée en moins d’un siècle. Les rues sont déplacées pour desservir les portes d’accès aux remparts, à partir desquels sont accessibles l’ancienne nécropole du Haut-Empire, toujours en activité à cette époque, et la nouvelle nécropole, inaugurée au IVème siècle.

Étudié depuis le début du XIXème siècle, l’antique Périgueux, dénommé Vesunna par les Romains, présente ainsi, de même que de nombreux autres sites archéologiques d’importance équivalente, les caractéristiques des mutations urbaines antiques.

 

Source : Et Lutèce devint Paris... éd. PARIS musées

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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 19:09

L’archéologie de ces vingt dernières années a précisé l’aspect que pouvaient avoir les constructions gauloises et détruit le mythe des cabanes rondes en bois en révélant des constructions rectangulaires ou carrées. À Lutèce, les premières habitations de l’époque romaine étaient encore de type gaulois, de petites dimensions, composé d’une ou deux pièces principales, construite sur un module assez stéréotypé. Les sols étaient revêtus d’argile damée ou de sable de Beauchamp compactés et les seuls véritables aménagements intérieurs que l’on est identifié sont les fous et les foyers utilisés soient au milieu de l’une des pièces, soit contre une paroi. Dès cette période, beaucoup de maisons en torchis possédaient une cave de faible dimension, sorte de garde-manger fermé par une trappe ou donnant parfois directement sur la rue. Les pièces souterraines plus vastes sont rares : celle qui a été mise au jour à l’école des mines de Paris, boulevard Saint-Michel, montre une qualité de construction inattendue pour une époque aussi précoce.


Vers le milieu du Ier siècle après Jésus Christ, on constate dans l’ensemble de la ville une intensification de l’activité des constructeurs et une colonisation des surfaces non bâties. Les maisons s’agrandissent et deviennent plus raffinées dans leur décor : les murs de torchis se couvrent de peintures murales. Elles sont organisées en une succession de plusieurs pièces, de part et d’autre d’une salle principale. Les dimensions varient en général entre 2 et 6 m de côté. Cependant la faible surface des fouilles ne permet pas d’avoir une idée plus précise des dimensions intérieures, ni des superstructures de ces maisons de terre et de bois.


Au milieu du Ier siècle, l’emploi de la maçonnerie de pierre permet une véritable révolution dans la construction des maisons : augmentation des volumes de pierre, création probable d’étages, toitures de tuiles, création de véritables sous-sols. On gagne en taille et en solidité. On observe également la disparition des fours domestiques dans les pièces principales, indiquant peut-être une modification du mode de chauffage et une modification de la répartition des activités domestiques dans la maison.0109.jpg

                                           Pièce souterraine du site de l'institut Curie


Les pièces souterraines se généralisent, servant de lieu de stockage, d’ateliers, de sanctuaire. Leur fonction était sans doute diverse et seule la cave de l’institut Curie est aujourd’hui interprétée comme un lieu de culte en raison de la découverte des statuts des divinités Rosmerta et Mercure aujourd’hui exposées au musée Carnavalet.


Les façades agrémentent souvent les constructions privées, qu’elle donne sur des espaces publics (galerie sur rue de l’habitat de la rue de l’Abbé-de-l’Epée) ou sur des espaces privés (galerie des habitats des sites du Luxembourg et de l’institut Curie, ouvrant sur des cours). La couverture prend appui sur les murs gouttereaux des corps de bâtiment et retombe sur une colonnade. Ces galeries sont orientées plus particulièrement à l’Est à l’Ouest et offre un espace lumineux et abrité aux activités domestiques, artisanales ou même agricoles.


D’un point de vue architectural, les galeries renforcent et protègent les murs porteurs les plus exposés aux intempéries et aux vents dominants. Dès l’apparition des premières constructions en pans de bois, des galeries sont attestées. Elle repose sur des poteaux en bois dont la base, dans certains cas est calée dans des poutres horizontales jouant le rôle de sablière basse. Le développement des constructions maçonnées semble entraîner un léger recul de l’emploi des galeries qui doivent alors s’avérer moins utiles pour protéger les murs, désormais plus solides, à moins qu’il ne faille y voir l’incidence de bâtiment surmonté d’un ou de plusieurs étages.

 

Source : Construire à Lutèce, éd. PARIS musées

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