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30 août 2014 6 30 /08 /août /2014 09:15

Les romains appelaient le coq : gallus, nom qui avec une majuscule désignait un habitant de la Gallia, de la « Gaule », un gaulois donc. Au Moyen Âge, les Anglais et les Allemands, se souvenant du double sens latin de gallus, ont par dérision associé le coq, volatile réputé 0215orgueilleux, prétentieux et vaniteux, aux français, lesquels ont assumé la comparaison, et adopté le coq comme image de leur fierté nationale.

Mais c’est surtout à partir de la révolution de 1789, que le coq gaulois s’est imposé comme symbole de la France, pour remplacer la fleur de lys, qui était l’emblème de la monarchie déchue.

En ancien français, le coq était appelé jal (ou gal, ou jau), mot issu du latin gallus. Mais, à partir du XIIe siècle, jal a été concurrencé et peu a peu éliminé par coc et coq, nom qui a très probablement été formé à partir d’une onomatopée. On sait qu’en latin l’onomatopée imitant le chant du coq était coco coco...

On a aussi retrouvé la trace, en latin tardif, du coccus, autre onomatopée, évoquant le caquettement de la poule. Mais, par ailleurs, en latin classique, le terme coccum désigne une couleur « rouge écarlate », comme la crête du coq : y a-t-il un rapport entre coccum et coq ? C’est possible, auquel cas le coq que serait un cousin de la coccinelle, insecte qui doit son nom à la couleur écarlate de ses ailes.

Quelle que soit son origine, le mot coq, dès lors qu’il s’est imposé en français, a donné naissance à une famille de mots nouveaux, parmi lesquels coquerycoq, puis coquerico, pour désigner le cri du coq. Car, jusqu’au XIXe siècle, dans les basses-cours françaises, les coqs poussaient des coquericos sonores, et ce n’est que dans les années 1860 que les coquericos sont devenus des cocoricos…0214

Coquerico, l’ancien cri du coq, avait une variante, coquelicoq : ces deux mots, à partir du XVIe siècle, ont été également employés pour désigner une fleur des champs aux pétales rouges vifs, ressemblant à la crête d’un coq ; cette fleur, qui jadis était un coquerico ou un coquelicoq, est aujourd’hui appelé le coquelicot.

Au Moyen Âge, le coq, augmenté du suffixe péjoratif -ard, a donné le nom cocard ou coquard, lequel a d’abord désigné un « vieux coq », puis a pris un sens figuré, inspiré par l’allure et par le comportement du coq se pavanant dans la basse-cour au milieu des poules : ainsi, un coquard est devenu un « homme sot prétentieux », et l’adjectif coquard, a qualifié une « personne sotte et vaniteuse ».

L’adjectif coquard n’est plus guère utilisé aujourd’hui, mais deux de ses dérivés en revanche sont toujours bien vivants : le nom cocarde et l’adjectif cocasse. Commençons par la cocarde : ce nom, à partir du XVe siècle, a désigné, dans l’expression coiffée à la cocarde, une coiffe ornée de plumes de coq ou de rubans, et ressemblant à une crête de coq. Puis, au XVIIIe siècle, une cocarde est devenue un « nœud de ruban » décerné aux soldats comme décoration militaire, et un « un signe, généralement rond, que l’on porte en signe de ralliement à un parti politique » : ainsi, durant la Révolution française, certains portaient la cocarde blanche des royalistes et d’autres la cocarde tricolore (bleu, blanc, rouge) des révolutionnaires.

C’est au XVIIIe siècle également qu’est apparu, par déformation de coquard, l’adjectif cocasse : il qualifie « ce qui est d’une bizarrerie ou l’extravagance comique », « ce qui est d’un ridicule qui fait rire », comme le coq vaniteux et fanfaron, faisant de l’esbrouffe parmi les poules.

Dans la famille du coq, on trouve aussi le diminutif coquet, qui à l’origine a servi à nommer un « petit coq » ou un « jeune coq », avant de prendre, au XVIIe siècle, un sens figuré : un coquet devient un « homme qui cherche à plaire, à séduire ». À cette époque également, la coquette, version féminine du coquet, entre en scène : en effet, au théâtre, dans certaines comédies, on prend l’habitude de parler de la coquette ou de la grande coquette pour désigner le principal rôle féminin de séductrice et d’intrigante dans certaines comédies.

Employé comme adjectif, coquet, coquette qualifie, au XVIIe siècle, « celui ou celle qui cherche à plaire », et la coquetterie est le « souci de plaire ». C’est au XVIIIe siècle que ces mots prennent leur sens moderne : coquet, coquette signifie alors « qui a le goût des vêtements élégants, des belles toilettes et parures » ou « qui a le souci de plaire par sa mise, sa manière, ces attitudes, son esprit » et la coquetterie devient le « goût de plaire par ses vêtements, sa mise ».

 

 

Source : Virgule N° 86

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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 07:00

En latin l'expression in carcerem committere (conjicere) était utilisée pour signifier : mettre en prison, faire mettre en pison. Cette expression qui donna le verbe transitif incarérer, provient du mot latin carcer, sur lequel il est intéressant de se pencher :

 

CARCER. (κάρκαρον)

1. Geôle ou prison. Les prisons romaines étaient divisées en trois étages, dont chacun avait une destination spéciale. Le premier était un sombre cachot souterrain, où l'on ne pénétrait que par une petite ouverture pratiquée dans le plancher de la cellule supérieure et qui ne servait pas comme lieu de détention mais d'exécution. On y jetait les condamnés à mort pour y subir leur sentence. L'étage du milieu (carcer interior) était bâti immédiatement au-dessus du cachot des condamnés et de niveau avec le sol ; il n'avait,104b.gif comme le précédent qu'une ouverture dans le plafond et servait de lieu de détention ; on y enfermait ceux qui étaient condamnés aux fers (custodia arcta) jusqu'à l'expiration de leur peine, ou jusqu'à ce que la sentence, si c'était une sentence de mort, reçut son exécution. L'étage supérieur, le premier au-dessus du sol, renfermait ceux qui s'étaient rendus coupables de délits moins graves ou qui n'étaient condamnés qu'à un emprisonnement d'une durée ordinaire (custodia communia). La détention y était beaucoup moins sévère : les prisonniers pouvaient prendre l'air et se livrer à des exercices. C'est à un emprisonnement de ce genre qu'Othon condamna Dolabella : nequearcta custodia neque obscura (Tac. Hist. I, 88), c'est-à-dire qu'il le fit enfermer dans le cachot de l'étage supérieur ; il ne le soumit pas à la détention rigoureuse du carcer interior (celui qui est au-dessus dans l'illustration), et il ne le jeta pas dans le sombre cachot souterrain. Ces trois divisions étaient visibles dans la prison d'Herculanum, quand on la retrouva en faisant les fouilles ; les deux divisions inférieures subsistent encore entières dans les prisons construites par Ancus et Servius près du Forum romain. L'illustration représente une section qui montre leurs positions relatives et le plan de leur construction. La muraille, avec l'inscription rappelant le nom du magistrat sous lequel on répara le cachot, faisait face au forum et enfermait l'étage supérieur, qui a complètement disparu.104.jpg

 

2. Écuries dans le cirque, où les chars stationnaient avant le commencement d'une course, et où ils retournaient quand elle était terminée (Ovid. Her. XVIII, 166 ; Auct, ad Heren. IV, 3). C'étaient des voûtes fermées sur le devant par de larges portes de bois, ordinairement au nombre de douze (Cassiodor. Var. Ep. III, 51). De là vient que le mot105.jpg carcer, pris dans ce sens, est employé le plus souvent au pluriel (Cic. Brut. 47 ; Virg. G. I, 512). Il y en avait une pour chaque char et elles étaient situées à l'extrémité de la surface plane ou arène sous l'oppidum, six de chaque côté de la porta pompae, par laquelle entrait le cortège. On voit leur position relativement à l'arène dans le plan du circus, où elles sont marquées AA. L'illustration représente une perspective de quatre carceres, avec leurs portes ouvertes (cancelli), d'après un bas-relief du Musée britannique.

 

Source : Dictionnaire des antiquités romaines et grecques, Anthony Rich. éd. Molière.

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30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 08:33

   Les lieux habités par l'homme sont fréquemment caractérisé par des mots désignant la maison. « Maison » est issue de mansionem (accusatif de mantion), de la famille du latin manere « rester, demeurer ». Le terme apparaît rarement seul, trop courant pour se passer d’un élément déterminant. En Vendée, sont issus de manere des noms formés avec –main « maison » comme La Mainborgère, avec –mans comme Manfray « maison froide », Le Mans et Le Mans Brun – qui n’ont aucun rapport avec Le Mans dans la Sarthe, capitale des Gaulois Cenomani ou Cenomanni. Mes ou , mai, may,meix… apparaissent dans Le Mée (Eure-et-Loir, Mesum 1192), Les Mées (Sarthe, Manso 1028), Meys (Rhône) ; on les panneau-mas-blanc-des-alpilles.pngtrouve dans Beaumetz (Pas-de-Calais), Messas (Loiret) avec le latin arsus « brulé », Royaumeix (Meurthe-et-Moselle) avec royal. La langue d’oc qui, elle, utilise le dérivé mas, possède des toponymes comme Mas-Blanc-des-Alpilles (Bouches-du-Rhône), le Mas-Grenier (Tarn-et-Garonne) ou le Mas-d’Azil (Ariège).


   Parmi les dérivés des mansionem, le bas-latin a créé un nouveau terme, mansionile, devenu en français médiéval maisnil, mesnil, « maison avec terrain ». Il en existe des quantités, avec ou sans déterminant. Si le Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis) évoque le terrain crayeux (XIe siècle), Ménilmontant, village rattaché à Paris en même temps que Belleville en 1860, serait, d’après Marianne Mulon*, un mesnil-Mautemps, du nom d’un possesseur, encore qu’une charte de 1224 latinise le nom en mesnilium mali temporis « mesnil du mau(vais) temps » ; les pentes de Ménilmontant ayant, de toute façon, favorisé la déformation en montant.


   Les « Maison-Rouge » seraient-elles d’anciennes auberges situées le long des voies romaines ? Certaines sans doute. Mais, hormis quelques exemples (Rouge-Maison dans l’Aisne, la Marne, le Pas-de-Calais), Maison-Rouge conserve l’ordre substantif –adjectif du français moderne, plaidant pour le caractère récent de la formation. Par ailleurs, l’adjectif « rouge » peut caractériser n’importe quel bâtiment de cette couleur, sans que l’on puisse établir systématiquement un lien de proximité avec une voie.

Autre mot du bas-latin, casa, au sens de « maison » à, lui aussi, fourni d’innombrables toponymes, formés sur chese, chiese en langue d’oïl, sur casa en langue d’oc. S’il a lui-même disparu du vocabulaire français, il a tout de même engendré la préposition chez (d’abords chiés, 1130-1160), très employée devant des noms de personnes : Chez-Fortuneau, Chez-Gallant, Chez-les-Gens, Chez-les-Rois (Charente-Maritime). Les dérivés peuvent être seuls : La Chaise (Aube, Charente), La Chase (Lozère), La Chèze (Côtes-d’Armor), Caix (Somme), La Quièze à Saméon (Nord), Kiesa 1221, avec une phonétique picarde, ou s’accompagner de déterminants : Casefabre (Pyrénées-Orientales) avec faber, forgeron ; Casalta (Corse) « maison haute », Chèzeneuve (Isère). Dans le midi de la France, les dérivés donnent ; La Chaze-de-Peyre (Lozère), et les divers Cazals (Ariège Lot, Lot-et-Garonne), Cazaux (Ariège, Haute-Garonne, Gers, etc…)

Chaze-de-peyre
 Chaze-de-peyre2

  Borde « cabane, maisonnette, métairie » est un mot d’origine germanique (francique bort « planche », d’où borda « cabane » en latin tardif), désignant d’abord la maison isolée, puis des hameaux : La Borde (Aisne, Aube, Haute-Marne, etc…), Les Bordes (Cher, Côte-d’Or, Loiret, etc…). On connaît des dérivés Le ou Les Bourdeaux (Vienne, Deux-Sèvres), Bourdigal et Bourdigaux en composition Bordesoulle (Vienne) soulle « seule ». Quant à la ville de Bordeaux  (Gironde), elle est mentionnée dans l’Antiquité romaine sous le nom de Burdigala, mais l’évolution phonétique qui a abouti au pluriel Bordeaux et laisse supposer une interférence avec le mot germanique borde, n’est pas claire. Dès le VIIe siècle, est attestée une forme Bordel, puis on trouve au XIIIe siècle, Bordeu.


  Certains toponymes ont une connotation régionale. Pierre Gauthier** nous apprend queBourrines photographiées vers 1890 par Jules-César Robuch La ou Les Bourrine(s) se trouvent tous dans le marais breton-vendéen (18 exemples), dont ils évoquent l’habitation typique : « celle-ci tire son nom d’un adjectif formé sur le mot bourre désignant ici les joncs servant à la couverture ; à l’origine, on disait maison bourrine sur le modèle de maison teubline « couverte de tuiles » ou chaumine « couverte de chaume ». Le bousillage (Vendée) conserve le terme désignant « le torchis de terre et de paille détrempée » qui permet de construire cette habitation ; on le retrouve à Le Bousillé (Deux-Sèvres) ». En Île-de-France, Senlisse (Yvelines) Scindelicias en 862, n’a rien à voir avec Senlis (Oise), issu du nom d’un peuple gaulois, mais désigne des maisons couvertes de berdeaux (du latin scindula « bardeau »). Quant aux nombreux Malassis, Malassise (la maison de Malassize en 1373 à Voinsles, Seine-et-Marne), ils désigneraient des habitations mal construites, plutôt que mal situées.

 

  * Marianne Mulon, Noms de lieux d'Île de France, éd. Bonneton

** Pierre Gauthier, Noms de lieux du Poitou, éd. Bonneton

 

Photos : La Chaze de Peyre _ christiane53.over-blog.com  -  Bourrines vendéennes _ bourrines photographiées vers 1890 par Jules-César Robuchon

 

Source : L'Archéologue N° 105

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13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 08:59

  Pavie, ville de Lombardie, qui a vu naître le théologien et réformateur de l'Église d'Angleterre Lanfranc ou le mathématicien, philosophe, astrologue, inventeur, et médecin Girolamo Cardano, a connu une belle histoire, un peu à l'ombre toutefois de Milan sa grande voisine. Elle possède une grande cathédrale et une chartreuse, près de laquelle François Ier fut vaincu en 1525. Depuis très longtemps, on fabriquait à Pavie des casques et des boucliers, dont la réputation de solidité n'était plus à faire : toutes les troupes appréciaient notamment le pavois, sorte de grand bouclier particulier à la ville.

  Comme de tous temps, que ce soit à Rome, à Byzance, chez les Francs et les Germains, on avait l'habitude de hisser le roi à sa proclamation sur un bouclier porté par ses guerriers (une forme évidente de démocratie directe, sans aucune représentation intermédiaire...) on vit bientôt se forger l'expression élever sur le pavois, puisque tel était bien le cas.pavois.jpg

  Peu à peu le sens premier s'est transformé et l'expression signifie être dans une situation en vue, honorifique, exceptionnelle, être glorifié et entouré de grands honneurs.

  Aujourd'hui ce sont plutôt les navigateurs qui hissent le grands pavois (en signe de réjouissance), ou le petit pavois (arboré pour se faire reconnaître) lorsqu'ils traversent les océans, mais c'est une autre histoire...

 

Source : Les expressions qui sont nées de l'histoire, Gilles Henry. éd. Tallandier

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17 juillet 2011 7 17 /07 /juillet /2011 10:02

  Né d’une onomatopée descriptive, le « barbaros », c’est d’abord celui qui n’émet, à l’oreille des Grecs, que des sons inarticulés, une sorte de « ba-ba-ba-ba » dénué de sens. Certes, le mot n’est guère flatteur puisque l’on oppose ainsi des êtres doués d’un langage complexe – et donc de la pensée – à ceux dont la voix ne peut transmettre que des informations sommaires. Illusion certes, dont les Hellènes ne sont pas dupes : ils saventbarbares-trajan que les « barbares » parlent des langues différentes les unes des autres, au vocabulaire riche et complexe, et sont capables, pour quelques-uns, des les écrire. Ils n’ignorent d’ailleurs pas qu’eux-mêmes doivent l’écriture à des étrangers - les Phéniciens. La barbarie ne qualifie guère, en définitive qu’une étrangeté de comportement par rapport aux Grecs.

  Pourtant la notion évolue peu à peu dans un sens négatif. Chez Aristote, par exemple, au IVe siècle avant Jésus-Christ, elle est associée à celle d’esclave. Le philosophe en tire une conséquence logique : se des peuples sont fait pour l’état servile, c’est que leurs qualités morales les rendent indigne d’un autre statut.

  Étape suivante : la conquête du Proche-Orient par Alexandre, au IVe siècle av. J.C., place de fait de nombreux peuples sous la domination de macédonienne. Du même coup, prenant sans doute conscience concrètement de la variété des barbares, les Grecs emploient désormais ce nom pour désigner tous les peuples placés au-dehors des royaumes fondés par les descendants du conquérant.

 Une évolution décisive, enfin, semble se produire sous l’Empire romain, lorsque le terme, prolongeant cet héritage, désigne les populations acharnées à envahir le territoire de Rome. L’image du barbare s’associe désormais à la violence, au meurtre, au pillage, à une volonté délibérée de détruire les bases mêmes de la civilisation gréco-romaine.

  De même, les assauts que subit la chrétienté de la part des peuples du Nord, de l’Est, plus rarement du Sud, sont autant de d’occasions de confronter une certaine image de la « civilisation » à une sauvagerie indistincte et sans limites. Certes, il existe des gradations et les Huns ont le triste privilège de remporter la palme de la barbarie. A cela nul autre remède que la conversion : Charlemagne sait transformer des Saxons en chrétiens, les dépouillant ainsi de leur barbarie native.

   Le mot passe de mode à l’âge classique, sauf à désigner les tribus d’autrefois. Il commence, dès cette époque, à décrire un comportement plus qu’un état. C’est de cette longue gestation, que naît, d’une certaine manière, la Déclaration universelle des droits de l’homme qui interdit implicitement de qualifier un peuple de barbare pour la seule raison qu’il posséderait d’autres mœurs ou une autre religion, a fortiori une autre langue.

  Le terme acquiert alors une valeur morale péjorative d’une extrême puissance, désignant les comportements d’une brutalité hors du commun, la cruauté inouïe. À l’issue de la seconde guerre mondiale, le camp vainqueur a donné une définition juridique de l’utilisation du qualificatif, en prenant soin d’omettre les « actes barbares » commis dans son camp.  Aujourd’hui on poursuit devant les tribunaux civils, des délinquants pour « actes de barbarie ». De l’onomatopée descriptive on est ainsi passé à la notion juridique, l’une des plus infamantes que l’on puisse accoler à un individu ou à un groupe.

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 14:27

  Le bœuf est l'un des animaux qui aura été le plus utile à l'homme depuis que celui-ci l'a chassé, domestiqué et élevé. Sa peau, sa viande, sa graisse, ses os, sa force, sa chaleur... ont permis aux hommes de se vêtir, se nourrir, se chauffer et travailler. Originaire de différentes régions selon sa race, c'est à une autre origine que nous allons nous intéresser : c'est du nom, bœuf.

 

  Les Grecs le nommait bous, et les Romains bos, bovis, ce qui a donné en ancien français, buef, boef et beuf, avant d'aboutir, au XVIè siècle, à bœuf. Mais entretemps, les Anglais nous avait emprunté notre boef, et en avait fait un beef... qui nous est revenu grillé, au XVIIè siècle, sous la forme de roast-beef (littéralement, "bœuf rôti"), et découpé en tranche sous la forme de beef-steack (littéralement, "tranche de bœuf"), au XVIIIè siècle. Par la suite, l'orthographe de ces mots a été francisée en rosbif et en bifteck.

 

  Avec le lait de la vache, les hommes feront du beurre. En Grèce on l'appellera durantboeuf l'Antiquité, bouturon, nom composé de bous, le "bœuf" ou la "vache", et de turos, le "fromage". En latin, ce bouturon grec est devenu du butyrum, mot dont la langue française a fait au Moyen Âge, du bure et du burre, puis enfin, au XVIè siècle, du beurre.

 

  En grec, le mot bous, associé à limos, la "faim", a également servi à former l'adjectif boulimos et le nom boulimia. L'adjectif signifie "qui a une faim de bœuf", "qui souffre de boulimia", c'est à dire d'une "faim dévorante". Boulimia est à l'origine de boulimie, nom qui s'est employé en français à partir du XVè ou XVIè siècle pour désigner un "appétit insatiable", et, en médecine, la maladie dont souffre une personne qui éprouve une sensation de faim permanente, qui est boulimique.

  Au XIXe siècle, boulimie a aussi pris le sens figuré de « désir intense et continuel de quelque chose » : par exemple une boulimie de savoir, c’est « une immense curiosité intellectuelle ».

 

  Dans l’Iliade, le poète grec Homère décrit une hekatombê, mot créé à partir de hecaton,  « cent » et bous, « bœuf », et qui signifie littéralement « sacrifice de cent bœufs ». Plus généralement, l’hekatombê était, dans la Grèce antique, une cérémonie religieuse au cours de laquelle un grand nombre d’animaux, bœufs et autres (chèvres, moutons…), étaient immolés, offerts en sacrifice aux dieux qui se nourrissaient du fumet de ces viandes grillées. L’hekatombê, selon Homère se déroule ainsi : « Après avoir prié et répandu de l’orge non moulue, ils [Ulysse et ses compagnons] tirèrent vers le ciel la tête des victimes [les bœufs et les moutons…], les égorgèrent, les écorchèrent ; ils coupèrent les cuisses » et les firent brûler, puis « ils dépecèrent le reste des victimes, embrochèrent les morceaux, les firent rôtir habilement »…

  C’est justement dans le sens de « massacre d’un grand nombre de personnes » que le mot hécatombe, issu du grec hekatombê, a pris en français, au XVIIè siècle, devenant ainsi synonyme de « carnage » ou « tuerie ». Par exemple, on peut dire que la bataille de Waterloo, perdue par Napoléon 1er en 1815, et qui fit plus de 10 000 morts, fut une hécatombe. Bien avant Napoléon, Alexandre le Grand, dans ses guerres de conquête à la tête des armées grecques, au IVè siècle avant J.C., a provoqué quelques hécatombesAlexandre bucephale mémorables, comme celle de la bataille de l’Hydaspe, aux frontières de l’Inde . On raconte que Bucéphale, le célèbre cheval d’Alexandre le Grand, serait mort lors de ce combat. Or Bucéphale, en grec Boukephalas, est un nom qui associe bous, le « bœuf », et kephalê, la tête, et qui par conséquent signifie « tête de bœuf ».

  Selon Pline l’Ancien, auteur romain du 1er siècle, Bucépahle était ainsi nommé « soit à cause de son aspect farouche, soit à cause d’une tâche en forme de tête de taureau qu’il avait sur l’épaule ». Le même Pline, dans son Histoire naturelle, décrit, outre les chevaux en général et Bucéphale en particulier, de nombreuses espèces animales, dont les serpents. Et voici ce que dit Pline au sujet des boas : « ils se nourrissent d’abord en tétant les vaches ; c’est de là que vient leur nom. D’après Pline, donc, le mot boa (qui en latin désignait, tout comme sa variante bova, un grand serpent) serait dérivé de bos ou bovis (le bœuf ou la vache en latin). Cette étymologie est possible, mais hypothétique, tout comme celle du mot boy, le « garçon » anglais, qui figure dans les dictionnaires français depuis le XIXè siècle…

  Et ça se complique ! A l’origine du mot boy, il pourrait y avoir le grec boeiai, désignant une « lanière faite de peau de bœuf », et, par extension, « un lien, une entrave ». Boeiai a donné, en latin, boiae, les « fers » (qui servaient à entraver les prisonniers), et ce nom pourrait être l’ancêtre du verbe embuier, qui en ancien français signifiait «  enchaîner, entraver ». C’est de ce verbe que les Anglais auraient tiré leur boy, en lui attribuant, d’abord, le sens d’ « homme enchaîné, prisonnier des fers ». En tout cas, au XIVè siècle, le mot boy désignait en Angleterre un « esclave », parallèlement à un « garçon » ou à un « jeune homme ».

  Toujours à propos du bœuf et des mots anglais utilisés en français : cow-boy (cowboy en anglais) est apparu au XVIIIè siècle. A cette époque, en Angleterre, le cow-boy était l’équivalent de notre vacher (puisque cow est nom anglais de la vache), ou de notre bouvier, mot issu du latin boarius ou bovarius, le « marchand de bœuf », mais qui a pris, en français, le sens de « gardien de bœufs ». Dans la Grèce antique, le gardien de bœufs était un boukolos A partir de ce mot, la langue grecque, a forgé l’adjectif bukolikos signifiant « qui concerne les bouviers » et plus généralement « qui concerne les gardiens de troupeaux (bouviers et bergers). Cet adjectif, repris par le latin bucolicus, puis par le français bucolique, s’est employé en poésie, dès l’Antiquité pour qualifier une œuvre exaltant les joies de la vie champêtre, et chantant l’amour de la Nature et de la campagne. Parmi les maîtres du genre bucolique, on peut citer le poète grec Théocrite (IVè-IIIè siècles avant J.C.) et le poète latin Virgile (1er siècle av. J.C.) qui justement est l’auteur d’un recueil intitulé Bucolica (les Bucoliques). Aujourd’hui, comme jadis, on peut goûter les plaisirs bucoliques, se sentir l’âme bucolique devant un calme et doux paysage campagnard… Et cela, ne l’oublions pas, grâce au bous, au bos, au bœuf quoi !

 

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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 18:23

  _ "Occupe toi de dispacher le marchandising, moi je suis over-booké !"

 

  Oh la belle phrase que voilà ! Ce n'est ni du français ni de l'anglais, c'est du crétin, une sous-langue de plus en plus répandue au sein des grandes sociétés multinationales, et pratiquée par des lobotomisés de tous âges, persuadés de faire partie de l'élite (l'élite de quoi ? Mystère !)

 

  Deuxième mystère : pourquoi tant de français s'escriment-ils à massacrer une langue d'une telle richesse, d'une telle précision, d'une telle sensibilité, la leur, le Français ? Ethno-masochisme ?

 

  C'est difficile à comprendre, c'est vraiment mystérieux...

 

  Le mot mystère vient de mustêrion, qui désignait en Grèce, dans l'Antiquité, une cérémonie religieuse[1] secrète, à laquelle on ne pouvait assister et participer qui si l'on avait reçu une invitation permettant d'en comprendre le sens profond et caché. Les mustêria (pluriel de mustêrion) les plus célèbres étaient ceux qui étaient célébrés à Éleusis, près d'Athènes, dans le temple dédié à Déméter, la grande déesse de la Fertilité et de l'Agriculture.

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  Le prêtre chargé d'initié aux mustêria, aux mystères sacrés, était appelé un mustagôgos, un "mystagogue". Et lorsqu'on était "initié", on devenait un mustês, et on ne devait révéler à personne ce qu'on avait appris. Tous ces mots, mustêria, mustagôgos et mustês, ont une origine commune : le verbe grec muein, signifiant "se fermer". En effet, les mystères de la Grèce antique étaient des cultes fermés, interdits aux non-initiés.

 

  La langue latine a emprunté au grec son mustêrion et en a fait un mysterium, mot qui, en passant du latin à l'ancien français, est devenu un mystère. Au XIIIè siècle, on appelait mystère ce qui, dans la religion chrétienne, avait un sens secret, caché, et qui n'était connu que de Dieu. Ce n'est qu'à partir de la fin du XVè siècle que le mot mystère a commencé à être employé en dehors du domaine religieux, pour désigner, d'abord, une chose, un phénomène que la raison humaine ne peut pas expliquer, puis, à partir du XVIIè siècle, plus généralement, une "chose cachée, secrète" ou " quelque chose d'incompréhensible, d'obscur".

 

  Au XVIIIè siècle, une des distraction à la mode, dans les salons parisiens, consistait à trouver une personne naïve et crédule, et à lui faire croire quelque chose d'invraisemblable, ou bien à l'inviter à une fausse et burlesque cérémonie d'initiation, pour, dans tous les cas, rire à ses dépens. Ainsi est né le verbe mystifier, créé, par plaisanterie, avec le sens d' "initier quelqu'un aux (faux) mystères", c'est à dire "tromper", "abuser de la crédulité" d'une personne pour s'amuser.

 

  Dans la famille du mystère, il y a aussi l'adjectif mystique, issu du grec mustikos, "relatif aux mystères", et qui est synonyme de "religieux" : un élan mystique est un élan vers le mystère divin, une quête de Dieu. Enfin, et c'est plus surprenant, le mot myope appartient aussi à cette famille : il vient du grec muôps, adjectif formé à partir du verbe muein, "se fermer" et ôps, l' "œil, et signifiant "qui ferme à demi les yeux".

 

[1] Religions antiques (cliquez ici)

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15 décembre 2010 3 15 /12 /décembre /2010 13:20

  Si notre langue, le français, évolue, il n'est pas certains que cela soit toujours de façon enrichissante et positive. Il n'est pas rare d'entendre des journalistes ou des animateurs d'émission de télévision ou de radio, s'exprimer dans un français plus d'approximatif, ou d'une grande pauvreté, quand ce n'est pas en franglais. Pourtant, ces personnes, parce qu'appelées à s'exprimer en public, devraient être sélectionnées en fonction de leurs qualités professionnelles, dont une maîtrise impeccable du français fait partie. C'est malheureusement (mais certainement pas par hasard), lors de programmes destinés aux jeunes que, par le vocabulaire employé, les vedettes grassement payées du petit écran ou des ondes radios,se comportent de façon grotesque.

    Tiens justement, d'où nous vient le mot grotesque ?

 

  Tout commence avec Kruptein verbe grec signifiant "cacher, dissimuler". De ce verbe est issu Krupté, nom désignant, en grec toujours, une "voute souterraine" ou une "salle souterraine cachée". En latin, krupté s'est transformé en crypta, sans changer de sens : la crypta latine est un "caveau" et une "salle ou galerie souterraine".

  La crypta latine a donné plusieurs mots en français : d'une part le nom crypte, servant à nommer un caveau ou une chapelle aménagés sous une église, et d'autre part les mots crote et croute, qui, en ancien français, désignaient une "caverne", une "cavité naturelle".

  Tandis qu'en France la crypta se transformait en crote et en croute, en Italie la même crypta devenait une grotta. À partir du XVIè siècle, cette grotta italienne a été adoptée en France, sous la forme grotte, pour désigner notamment une construction décorative imitant une cavité naturelle. À cette époque, en effet, suivant la mode italienne, on se plaisait à aménager, dans les parcs et les jardins, des cavernes artificielles, ornées de coquilles et coquillages incrustés sur les parois, agrémentées d'une fontaine et de jets d'eau... Ce fut le cas à Versailles où en 1664 (achevée en 1670, détruite en 1684) fut construite la grotte de Thétis, sur le côté nord du château. Ses murs étaient tapissées de coquillages, de galets et de pierres colorées. Décrite par Jean de la Fontaine, elle inspira à Lully et Robert de Visée, une œuvre musicale.

 

                         Robert de Visée - La Grotte de Versailles - (Luth)

 

  Le nom grotta, en italien, désignait aussi une "excavation archéologique" autrement dit une cavité dans laquelle étaient enfouis des vestiges archéologiques. Or, à la fin du XVè siècles, les Italiens découvrirent à Rome, les vestiges ensevelis de la Domus aurea ("Maison dorée") , un palais somptueux bâti au Ier siècle pour l'empereur romain Néron. Sur les murs de son palais, Néron avait fait peindre un décor plein de fantaisie, composé d'élégants motifs végétaux, aux courbes gracieuses, de guirlandes légères, et d'étranges figures humaines ou animales. Ces fresques antiques fascinèrent aussitôt les artistes italiens de la Renaissance, qui en imitèrent le style... Un nouveau genre artistique naquit ainsi : la pittura grotesca, ou "peinture de grotte", ainsi baptisée parce qu'elle s'inspirait des peintures trouvées dans la grotta, dans l'excavation abritant le palais de Néron. L'adjectif grottesca, qui signifiait donc de "grotte" fut bientôt également employé comme nom, et au, XVIè siècle, ce nom prit, en Italie, le sens de "peinture caricaturale ou licencieuse (indécente)".

  Le mot italien grottesca, suivant le même chemin que la grotta quelques années plus tôt, est arrivé en France dans les années 1550. Là, ayant été francisé en grotesque, et ayant perdu un t à la douane, il a d'abord été employé dans le vocabulaire de l'art pour nommer certains éléments décoratifs peints ou sculptés que l'on trouvait dans les ruines antiques, et aussi pour évoquer des ornements à l'italienne, c'est-à-dire imitant les décors antiques.
  Ensuite, grotesque a eu, comme adjectif, différents sens figurés, devenant synonyme d'"extravagant"  et de "burlesque", ou bien de "fantastique" et de "fou". Pendant ce temps, et de son côté, le nom grotte remplaçait peu à peu les anciennes crote et croute, et s'imposait  définitivement, au XVIIè siècle, comme le mot le plus courant pour désigner une "caverne", ou toute autre "cavité naturelle". Au XIXè siècle, grotesque a finalement pris le sens général "caricatural", "ridicule" ou "bizarement ridicule".
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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 17:33

  Si tous les jours nous utilisons des mots d'origine gauloise, notre langue a été largement influencée par le latin. Avec l'installation de peuples germaniques en Gaule, de nouveaux mots font leur apparition. Les Francs apportent le mot ban, celui-ci évoluera au fil des siècles pour nous parvenir sous différentes formes.

  La petite histoire d'un mot, c'est l'histoire d'une langue, l'histoire d'un peuple.

 

  Au Vème siècle, les Francs saliens se sont installés dans le Nord de la Gaulle. Ce peuple germanique venu du Nord de l'Europe, a dans ses bagages un mot, tout petit, mais qui fera son chemin. Le mot ban signifiait en francique (la langue des Francs), une "loi", une "règle", dont le non respect entraînait comme cela était prévu dans la loi salique, une sanction.

  Au Moyen-Âge, et à l'époque féodale, le mot ban a pris le sens de "proclamation officielle" destinée a rendre publique la volonté d'un seigneur : lorsqu'il voulait ordonner ou interdire quelque chose, le seigneur faisait crier son ban, c'est-à-dire proclamer par un héraut à voix haute et forte, dans les rues et les campagnes, son ordre, sa loi, sa décision. Parfois le ban était un ban de guerre, par lequel un seigneur suzerain convoquait tous ses vassaux (les nobles qui lui devaient obéissance) pour le servir à la guerre : ainsi, le mot bana désigné aussi, dès le VIIIème siècle, la "convocation" lancée par un suzerain à ses vassaux, lesquels venaient alors se ranger sous la bannièredu seigneur, c'est-à-dire sous l'étendard symbolisant son ban, son autorité.

  "Proclamation" ou "convocation" seigneuriale, le ban à l'époque féodale, était également, par extension, le "territoire soumis au pouvoir et à la justice d'un seigneur"; et, à partir du XIIème siècle, on a donné le nom de banlieue, mot composé de ban et de lieue (ancienne mesure de distance), au territoire d'environ une lieue, soit approximativement quatre kilomètres, situé autour d'une ville, et placé sous l'autorité de cette ville.

  À partir du XIIIème siècle, les installations techniques (four à pain, moulin, pressoir...) appartenant à un seigneur, et situées sur son ban, sur son domaine. Ces installations étaient une source de revenus pour le seigneur, car la population, qui devait payer pour en avoir l'usage, ne pouvait utiliser d'autre four, d'autre moulin, d'autre pressoir que le four banal, que le moulin banal, que le pressoir banal... Ce droit que le seigneur avait d'imposer à ses sujets l'usage des installations banales s'appelait la banalité. Après l'époque féodale, l'adjectif banal est devenu synonyme de "communal" : le four banalétait le four à pain du village, de la commune, un équipement mis à la disposition de tous les habitants, et donc un bien commun, ordinaire. Au XVIIIème siècle, banal a ainsi pris un sens figuré, celui de "commun, sans originalité, sans particularité", son sens actuel. Et le mot banalité dès lors s'est employé pour désigner le "caractère de ce qui est commun, ordinaire".

  Autre dérivé du mot ban, le verbe bannir. Au XIème siècle, ce verbe signifiait "rassembler, convoquer une armée en faisant crier le ban, l'appel à la guerre", et, plus généralement, "proclamer, faire une annonce à son de trompe, à cris public". À partir de XIIIème siècle, bannir a pris aussi le sens de "proclamer une condamnation à l'exil", "exiler (sur décision d'une autorité), expulser, chasser, exclure"; et, avec ce sens (qui a peu à peu éliminé les précédents), bannir a eu comme synonyme le verbe forbanir, aujourd'hui disparu, mais à partir duquel a été créé, toujours au XIIIème siècle, le nom forsban, qui a d'abord signifié "bannissement", puis qui a servi à désigner un "pirate" : en effet littéralement, forsban signifie "hors du ban" (le préfixe fors- ou for- étant issu du latin fortis, "hors de"); or, le pirate est un hors-la-loi, qui refuse de se soumettre à un quelconque ban, à une quelconque autorité... Il mérite donc bien le nom de forsban, ou, en version moderne, de forban.

  Au XVIème siècle, le mot ban qui s'employait toujours, comme au Moyen Âge, pour exprimer l'idée de l'autorité et du pouvoir exercé par un seigneur sur un territoire, et pour désigner une "proclamation", une "annonce publique" et une "convocation", a reçu en plus le sens d'"exil", puisque bannir désormais signifiait "exiler"; à la même époque, on a aussi donné le nom de ban à l'ensemble des nobles convoqués par un roi, un prince, un seigneur... pour l'aider et l'assister dans une guerre.

heraut-sonnant-vers-la-droi  Autrefois les annonces publiques et les proclamations officielles, les bans, donc, étaient signalés et accompagnés de roulements de tambour ou de sonneries de trompette, qui, au XVIIème siècle, ont également été appelés des bans. Au XIXème siècle, dans le prolongement de ce sens , un ban est devenu une"salve d'applaudissements rythmés" ou une "ovation".

  Aujourd'hui, on n'utilise plus beaucoup le mot ban, sauf dans quelques locutions et expressions, comme par exemple publier les bansbans, généralement au pluriel, a le sens d'"annonce officielle d'un mariage". On peut citer aussi l'expression convoquer le ban et l'arrière-ban, dans laquelle ban est pris au sens de "ensemble des nobles convoqués à la guerre par un seigneur", et qui signifie, de manière figurée, "convoquer tout le monde (famille, amis, connaissance...)". On dit encore mettre au ban, pour "mettre à l'écart", et ban est dans ce cas synonyme d'"exil" : mettre quelqu'un au ban de la société, c'est le déclarer indigne, le désigner comme méprisable et infréquentable, ce qui d'une certaine manière revient à l'exiler.

  Fermez le ban.

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27 août 2010 5 27 /08 /août /2010 16:51

  La victoire de Jules César sur Vercingétorix  en 52 av.J.C. change le destin de la Gaule. En se romanisant, elle adopte une organisation administrative et militaire qui lui faisait défaut, tout en gardant certaines caractéristiques qui lui sont propre, son héritage celte.

  Le latin, la langue des nouveaux maîtres du pays s'impose. Mais les années, les siècles passent et cette langue évolue sous l'influence du gaulois puis du francique.

  Voici un exemple d'un mot latin moneta qui va, à force de transformation donner le mot monnaie.

  La petite histoire d'un mot, c'est l'histoire d'une langue, l'histoire d'un peuple.

 

 

Junon  Le mot moneta a été créé à partir du verbe monere qui signifie "faire penser, faire se souvenir", et "avertir" ou "conseiller", et qui a d'abord été un nom propre : Moneta était le surnom de la déesse Junon, l'épouse de Jupiter, le roi des dieux; Junon Moneta, c'est à dire Junon la "Conseillère" ou "Celle qui avertit". Et voici pourquoi, d'après Ciceron (homme politique et auteur latin du 1er siècle avant J.C.) : durant un tremblement de terre, les Romains entendirent une voix s'élever du temple de Junon, sur la colline du Capitol, à Rome; cette voix les avertissait du danger, et leur conseillait d'offrir des sacrifices aux dieux pour les apaiser. C'est ainsi, d'après cette légende, que le surnom de Moneta fut attribué à Junon.

  Reine du Ciel, déesse du Mariage, Junon était donc honorée, à Rome, dans un temple qui se dressait sur la colline du Capitol. C'est dans l'enceinte de ce temple que fut installé, au début du IVèsiècle avant J.C., le premier atelier de frappe, de fabrication de pièces de monnaie romaines, activité qui se trouva ainsi placée, dès l'origine sous la protection de Junon Moneta. Et les Romains prirent l'habitude d'employer le nom de Moneta pour désigner, aussi, le temple de la déesse, puis les petites pièces de métal qui étaient produites dans l'atelier du temple : c'est ainsi que le mot moneta est devenu un nom commun en latin, et a pris le sens courant de "monnaie".

 

  La moneta latine est devenue en français, de la monoie, puis de la monnoye, et enfin, au XVIè siècle, de la monnaie.

 

  Revenons au verbe monere : outre moneta, plusieurs autres mots latins en sont dérivés, comme monitio, le "conseil", "l'avertissement", et praemonitio, "l'avertissement préalable" (puisque prae signifie à "l'avance" en latin), qui a donné en français prémonition et prémonitoire. Une prémonition est un préssentiment, un avertissement inexplicable qui nous révèle à l'avance un événement, lors d'un rêve prémonitoire, par exemple.

 

  On trouve aussi, en latin, le verbe admonere, "donner un avertissement", qui a abouti en français, à admonester, "réprimander en donnant un avertissement". Et le monitor, qui en latin était un "conseiller", un "guide" ou un "instructeur", est l'ancêtre de notre moniteur. Enfin, il y a le monumentum...

  Les Romains donnaient le nom de monumentum à tout ce qui servait à rappeler le souvenir (de quelqu'un ou de quelque chose), et notamment à perpétuer la mémoire d'un mort : stèle, inscription, statue, tombeau... C'est d'ailleurs avec le sens de "tombeau" que le mot monument, issu de monumentum, a d'abord été utilisé en français, avant de désigner plus généralement un ouvrage d'architecture ou de sculpture, commémoratif ou non.

 

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