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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 17:35
  À Mouliets-et -Villemartin (Gironde) un village gaulois d'artisans et de commerçants gaulois prospère, situé au carrefour des territoires des Bituriges Vivisques, des Petrucores et des Nitiobroges, a été découvert. Le site

  Le site

  Le site de Lacoste a été découvert en 1954 dans la petite commune de Mouliets-et-Villemartin en Gironde. Lors de prospections de surface, une multitude d'objets celtiques et antiques, datés entre le IVe siècle avant notre ère et le IIe siècle de notre ère, avaient été recueillis. Plusieurs campagnes de fouilles ont permis d'y localiser une zone d'habitat et un quartier artisanal de potiers du second âge du Fer (-450 à -50).

  Entre août 2007 et avril 2008, la construction d'un gazoduc a été l'occasion pour une équipe de l'Inrap de fouiller une bande de 800 m de long sur 10 m de large, et d'approfondir les connaissances du site et de son organisation.

  Un village bien organisé

  Le site s'étend sur une trentaine d'hectares dans la basse vallée de la Dordogne. Non fortifié, il se trouve près d'un carrefour de voies, à la croisée de plusieurs peuples du nord de l'Aquitaine : les Petrucores, les Nitiobroges et les Bituriges Vivisques.

  Autour d'un village de 4 à 5 hectares, des quartiers voués à la production d'objets manufacturés sont implantés : ateliers de potiers, de forgerons et de bronziers. Un réseau de petits fossés, constituant un parcellaire très régulier, orienté nord-sud et est-ouest, délimite des espaces destinés, semble-t-il, aux activités agropastorales.

  L’habitat et les quartiers artisanaux

  Les sols des maisons, en graviers, étaient recouverts de planchers aujourd'hui disparus.
  Les parois, de terre et de bois, reposaient sur des poutres sablières. A l'extérieur, on trouve de nombreux dépotoirs (tessons de céramiques, faune, etc.) et des foyers formés de plaques d'argile reposant sur des céramiques écrasées.

  La principale activité artisanale reconnue à Lacoste est le travail du fer. Outre des amas de scories et des battitures , les forgerons ont laissé derrière eux une importante quantité d’objets en fer cassés, rompus lors de leur mise en forme – principalement des petites pièces comme des fibules – ainsi qu’un lingot de fer de type Currency bar
Des ateliers de bronziers ont été identifiés grâce à la présence de fragments de creusets, de coulées et de gouttelettes de métal. À ces gouttelettes étaient associés de nombreux fragments de creusets (dont un complet), quelques barrettes de métal préformées, ainsi que des fragments de petites fibules vraisemblablement cassées en cours de fabrication. La manufacture de petits objets en bronze à Lacoste n’est pas une surprise. Les ramassages de surface ont depuis longtemps permis d’identifier la pratique de cet artisanat, notamment grâce à la découverte de certains objets caractéristiques, comme les entonnoirs de coulée  et des fragments de moule en terre cuite.
  Des ateliers de verriers sont également pressentis.

  Le mobilier archéologique

  Le mobilier archéologique recueilli lors de cette fouille est très abondant. Ce sont plusieurs tonnes de céramiques qui ont été découvertes dans la zone d'habitat et plusieurs centaines d'objets en fer dans les quartiers des forgerons. De nombreux vestiges de la vie quotidienne ont été exhumés, notamment des objets de parures celtiques en métal, en verre, en ambre ou en lignite.
  Le site de Lacoste a livré une multitude d’objets témoignant d’activités domestiques, artisanales, agricoles ou artistiques avec des objets de parure. La fouille préventive apporte une information capitale sur leur origine. En effet, nombre d’entre eux étaient fabriqués sur place, dans des quartiers spécialisés. Parmi les objets de parure, ont été également découverts des fragments de perles et de bracelets en verre. Le verre gaulois, qui n’est pas soufflé mais filé, présente une extraordinaire gamme de bleus, de jaunes, de verts et de pourpres. À la centaine de fragments déjà recueillie sur le site depuis sa découverte s’ajoutent 28 nouvelles pièces qui font aujourd’hui de Lacoste l’un des sites les plus riches de Gaule pour ce type de parures. Leur fabrication in situ est probable, au même titre que celle des objets en fer et en bronze dorénavant bien attestée.
Voir l album
  Lacoste ville-marché
  Cette fouille fournit une somme d'informations capitales concernant une catégorie de sites encore mal connue aujourd'hui.
  Lacoste était situé au carrefour des territoires des Bituriges Vivisques (en Gironde, autour de Bordeaux), des Petrucores (en Dordogne, autour de Périgueux) et des Nitiobroges (dans le Lot-et-Garonne, autour d'Agen).
La prospérité de cette petite bourgade repose essentiellement sur une société qui a su très tôt - dès le IIIe siècle avant notre ère - développer une économie basée sur la production de masse, le commerce et les échanges, parfois à longue distance.
 


Source : INRAP
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9 février 2010 2 09 /02 /février /2010 15:26

  frappe-monnaie

  Au VIIè siècle avant Jésus-Christ, les Lydiens (habitants de la Lydie, un ancien pays d'Asie Mineure, situé sur la mer Égée) ajoutèrent dans leurs transactions basées sur le troc, les premières monnaies frappées au marteau sur des pépites d'électrum (alliage naturel d'or et d'argent). Elles étaient marquées d'un sceau, sur une seule face, à l'aide d'un cylindre de métal. Plus tard, Crésus (-561 à -547), pour éviter la fausse monnaie, fit graver des monnaies en or sur les deux face : les «créséides». Cette empreinte était reconnue de tous, acceptée et utilisée dans toute les transactions. La monnaie était née, sa valeur dépendait alors de son poids et du métal employé.

  Les Grecs furent les véritables propagateurs de la monnaie utilisée comme moyen d'échange autour du bassin méditerranéen. 
  La monnaie fait son apparition en Gaule au VIe siècle av. J.-C.par la colonie grecque établie à Marseille qui frappe des oboles. Progressivement, elle se répand parmi les peuples limitrophes (vallée du Rhône). 
  De très nombreux guerriers Gaulois exerçaient en tant que mercenaires, leur valeur était reconnue ce qui leur permettait de négocier chèrement leurs services notamment au sein des cités grecques. Ce mercenariat fit entrer plus de 4 tonnes d'or en Gaule dont le statère d'or de Philippe II de Macédoine (-359 à -336) qui servit de modèle aux artistes gaulois qui s'en inspirèrent largement pour réaliser des pièces de monnaies sur lesquelles ils ajoutaient des symboles issus de la mythologie celte. 
 

monnaie-Gaul
  Au IIe siècle av. J.-C., le monnayage est développé, et les peuples ayant des mines d'or, comme les Arvernes, frappent des statères.
  Chaque peuple gaulois était indépendant du point de vue du monnayage, certains étaient plus productifs que d'autres, mais il y a tout lieu de supposer que les pièces en métaux précieux circulaient entre peuples voisins. Les monnaies frappées à cette époque représentent souvent des animaux, des humains stylisés, des formes géométriques.
  Le cheval fut couramment représenté sur le revers des monnaies gauloises. Le sanglier était également assez représenté. Quand au coq, bien qu'emblème de la France, il ne figure sur aucune pièce gauloise. 

  Habiles commerçant, les Gaulois du centre de la France ont introduit des monnaies d'argent basées sur la drachme des Phocéens mais également sur le denier romains. Ils installèrent un système monétaire copié sur Rome.
  Les Romains qui 300 ans avant J.C. avaient développé un système original avec comme unité un as de bronze dont le poids, la forme et le métal variait, passèrent une centaine d'années plus tard au denier d'argent. Puis, fut créé l'auréus composé d'or et valant 25 deniers d'argent. Le cuivre fut réservé pour l'as et le bronze pour le sesterce.
Tableau-Monnaie  En Gaule, les échanges commerciaux étaient abondants, de grandes foires organisées dans ses principales cités attiraient de nombreux négociants. Ses tissus, ses salaisons, ses produits agricoles, sa situation géographique, toutes ces richesses, amèneront le jeune et ambitieux proconsul Caius Julius Caesar à soumettre la Gaule à la puissance de Rome en 52 av. J.C.
Vercingetorix stater CdM
 
Statère Gaulois des Arvernes.
Bien que le nom de Vercingétorix figure sur cette pièce, il ne s'agit pas du portrait du héros Gaulois, mais du profil d'Apollon.


  Peu à peu, les espèces romaines se substituèrent totalement aux monnaies gauloises.
  En 15 av. J.C. Lyon (Lugdunum) capitale des Gaules, se vit attribuer un atelier monétaire. Et lorsqu'en 4 av.J.C. celui de Rome fut fermé par la volonté de l'empereur Octave Auguste, Lyon devint le plus important atelier monétaire de l'Empire dans lequel toutes les espèces furent frappées. Malgré des arrêts sporadiques, l'atelier fonctionna jusqu'à la chute de Rome.
  D'autres ateliers furent ouverts de manière exceptionnelle à Vienne, Nîmes ou Arles. C'est d'ailleurs à Nîmes que furent frappées les deniers sur lesquels figuraient le portrait de Jules César, qui fut le premier Romain à voir de son vivant, son buste orner l'avers des pièces.

  Sous le contrôle de Rome, la Gaule entame une transformation progressive de sa société. Mais les taxes imposées par l'administration romaine occasionnent des mécontentements et parfois même des révoltes. 
  En 21, excédé par la lourdeur des impots à payer, Julius Florus, un Gaulois du peuple Trévire tente de soulever les Belges, et la même année, l'Éduen Julius Sacrovir, aidé des Séquanes réunit plus de 40 000 hommes. Mais les deux légions envoyées à leur rencontre s'imposent et le calme revient en Gaule-romaine.

  La romanisation de la Gaule se poursuit, le commerce se développe, et les commerçants occupent une place importante dans la société gallo-romaine.
  Il existe toutes sortes de corporations tant pour l’alimentation que les vêtements ou la poterie. Les stèles présentent assez souvent les deux symboles du commerce : la balance et la monnaie. Les balances sont de deux sortes : la libra à deux plateaux la plus répandue et la statera qui comprend un seul plateau et un fléau à bras inégaux, un peson mobile se déplaçant le long du bras le plus long. C’est la balance romaine. Pour la balance à deux plateaux, on utilise des poids calibrés. La mesure de base est la livre de 327,45 g.; et il existe des pesons de plusieurs livres ainsi que des sous mesures duodécimales, jusqu’à l’once, 1/12 de livre, soit 27,88 g., et le scrupule, 1/288 de livre, soit 1,137g. 
  L’usage de la monnaie est général à l’époque gallo-romaine, toutefois il devait subsister un large usage du troc.

Comment lire une monnaie gallo-romaine : http://dossierstorique.over-blog.com/article-32264124.html

 

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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 22:56
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Observation : Fig. 7. -- À remarquer le luxe de la demeure gallo-romaine : mosaïques du sol, sculpture des colonnades. -- Tirer de l'image quelques indications sur les esclaves, anciens captifs : aucune liberté, achetés, vendus, cédés comme du bétail. -- Faire observer au premier plan, à droite : le chef franc : tête couverte d'un casque, cheveux flottant sur les épaules; derrière lui, le soldat franc : tête nue, cheveux relevés en crinière sur le sommet de la tête. -- Les armes des francs : l'épée, la hache, (francisque) qu'ils lançaient à distance pour atteindre leurs ennemis. -- Au fond, un vrai «déménagement de voleurs» (étoffes, bijoux, etc.); à gauche, un élément comique dans la tristesse générale de la scène.


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Observation : Fig. 8. -- Trois personnages, trois attitudes : le roi franc, assis sur un siège élevé, semble écouter, en réfléchissant tout comme un bon élève, l'évêque qui parle debout devant lui; la reine, assise en contre-bas, à gauche du roi, les yeux levés vers le prêtre, l'écoute également avec une profonde attention. -- Faire remarquer les rouleaux près du siège de l'évêque (livres écris à la main, très long travail, ce qui explique le petit nombre des manuscrits). -- Quelques remarques sur les costumes : cheveux long de Clovis, insigne de la royauté chez les Francs, sandales, robes flottantes, etc.

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27 janvier 2010 3 27 /01 /janvier /2010 18:29
  Un oppidum (du latin n. oppidum, pl. oppida : lieu élevé, fortification) est un lieu de refuge public, caractéristique de la civilisation celtique, dont les défenses naturelles ont été renforcées par des travaux collectifs. Il est souvent situé sur un lieu élevé (une colline ou un plateau), mais peut aussi être sur une île, un cap, dans un méandre de fleuve, un marais, etc.
  Les oppida (pluriel en langue latine) sont connus notamment grâce aux descriptions de Jules César, dans ses commentaires sur la guerre des Gaules. Ils se caractérisent par des murs de terre et de pierres, renforcés par des traverses de bois assemblées perpendiculairement par de longues fiches de fer de 20 à 30 cm.

 
  La situation des sites d'oppida est connue grâce aux anciens itinéraires, à la toponymie (terminaison en -dun), à la cartographie, à la reconnaissance aérienne. Elle est confirmée ou non par des fouilles archéologiques.


  À Moulay, en Mayenne, à l'extrémité d'un vaste promontoire granitique situé à la confluence des rivières de la Mayenne et de l’Aron, la fouille d’un des plus grands oppida de la Gaule a débuté. Si une première enceinte fortifiée était connue depuis le XIXe siècle, c’est à l’occasion d’un aménagement routier en 2004 que les archéologues ont identifié ce site remarquable. 
L’origine gauloise du rempart

L’origine gauloise du rempart

L’enceinte fortifiée anciennement connue s’appuie sur des vallées encaissées présentant par endroit des falaises hautes de plus de 20 mètres. Un rempart massif, de 20 mètres de large pour une hauteur conservée de 6 à 8 mètres, se développe sur près de 350 mètres de longueur et clôt un espace de 12 hectares, à l'intérieur duquel est installé le cœur du bourg actuel de Moulay.
Dans les années 1970, les premières investigations archéologiques révèlent l'origine gauloise du lieu et de l'ouvrage défensif, longtemps considéré comme une fortification militaire romaine et qualifié de « camp de César ». Peu d’aménagements internes sont identifiés, mais le mobilier correspond à une occupation domestique du Ier siècle avant notre ère : poteries, meules à grains, amphores vinaires importées d’Italie, éléments de parure, et à la pratique d’activités métallurgiques : moule de bronzier et scories. Un rempart secondaire en pierre sèche a également été reconnu sur le reste du pourtour du site en sommet de falaise. Ainsi l’oppidum de Moulay apparaît comme un site majeur de l’époque gauloise.

L’un des dix plus vastes oppida de Gaule

En 2004, dans le cadre du contournement routier des communes de Moulay et de Mayenne, l’Inrap a mené un diagnostic archéologique sur près de 9 kilomètres. Le projet routier passe à moins de 300 mètres à l’est de la fortification gauloise connue, sur la suite du promontoire rocheux. À l’extérieur de l’enceinte, le diagnostic a révélé de nombreux indices de la période de La Tène finale (IIe et Ier siècles avant notre ère), dont un nouveau rempart d’environ 1 200 mètres de long à 1 000 mètres en amont du premier. Il rejoint en ligne droite les vallées de la Mayenne et de l'Aron. Cette nouvelle ligne défensive change considérablement la morphologie du site : la surface définie par les deux enceintes concentriques avoisine alors les 135 hectares.
Plus grand site connu aujourd’hui sur le Massif armoricain, Moulay fait dès lors partie des dix plus vastes oppida gaulois. L’agglomération fortifiée correspond au chef-lieu de la cité gauloise des Diablintes. À la période romaine, le centre de pouvoir se déplace à quelques kilomètres de là à Jublains (Noviodunum), puis à Mayenne au nord de Moulay dès l’époque carolingienne. Ces trois sites voisins illustrent ainsi la permanence du siège du pouvoir politique et son évolution au cours de plus d’un millénaire sur d’un même territoire.

Un projet scientifique d’envergure

La fouille, qui s’étendra sur 11 hectares, devrait permettre d’étudier le contexte environnemental de l’oppidum et la structuration de son occupation.
Le projet scientifique, réalisé grâce aux données anciennes et aux résultats du diagnostic, s’est enrichi d’exemples fournis par les fouilles récentes d’agglomérations gauloises de l’ouest de la France. De nombreux éléments du paysage figurant sur le cadastre du XIXe siècle sont parfois encore visibles aujourd’hui, les chemins creux notamment, et attestent une origine vraisemblablement gauloise. La découverte, lors de travaux de remembrement agraire dans les années 1970, d’un ancien chemin creux remblayé par près de 200 meules gauloises qui pourrait finalement correspondre à la voie principale de l’enceinte orientale de l’oppidum identifiée en 2004, en est un exemple. Par ailleurs, dans les environs immédiats du site fortifié, une ferme gauloise a déjà fait l’objet d’une fouille tandis que deux autres établissements agricoles seront étudiés dans les mois à venir.

Les enjeux scientifiques de cette opération archéologique, dont l’envergure exceptionnelle n’a pas d’équivalent à l’échelle européenne sur un site analogue, devraient permettre d’apporter un regard nouveau sur le phénomène des oppida celtiques.

Voir le reportage

Source : Inrap

Pour en savoir plus sur les oppidums : http://www.culture.gouv.fr/culture/arcnat/entremont/fr/index2.html
http://www.oppida.org/
 
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21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 00:27

  Les Francs n'ont pas seulement donné leur nom à la France; leur langue, le francique ne disparaîtra pas sans avoir laissé de trace dans la langue française.

  L'apport franc à la constitution de la langue française se distingue d'autres apports (mots de formation savante pris du grec ancien, mots isolés d'origine italienne, espagnole ou arabe...) par le fait qu'il résulte de l'implantation, sur le territoire gaulois, d'une population de langue germanique : les Francs. Si ces derniers apprennent assez rapidement à s'exprimer dans le bas-latin parlé par les gallo-romains, ils n'en continuent pas moins à pratiquer jusqu'à la dynastie carolingienne leur langue germanique d'origine : le francisque.
  Outre ses effets au niveau de la typologie, de la phonétique et de la syntaxe, l'apport francisque a laissé, au niveau lexical, des mots assez importants et assez nombreux. Plus de 500 mots d'origine francique existent encore aujourd'hui dans la langue française (il y en avait 700 dans le vieux français). Selon M.J.Brochard («Le francisque» dans Dictionnaire historique de la langue française, Dictionnaire Le Robert), certains emprunts lexicaux, dans une zone située entre la Picardie et la Lorraine, remontent à la première colonisation (Vè siècle). D'autres, qui ne dépassent pas le sud de la Loire, témoignent d'une forte implantation au nord de la Loire pendant la période mérovingienne.  La troisième catégorie d'emprunts pénètre, par l'intermédiaire du latin carolingien, jusque dans les régions du sud de la Loire. Ces mots sont, pour la plupart, des emprunts interromans que l'on trouve dans d'autres langues romanes.

abrogans 1stpage 1243613507  Des mots d'origine francique se retrouvent dans pratiquement tous les domaines, excepté le commerce, l'artisanat et la religion.
  Conquérants, les Francs apportèrent à la langue française le mot guerre et tout un vocabulaire ayant trait à l'art médiéval : heaume, haubert, hache, héraut, ainsi qu'à l'art équestre : galoper, trotter, étalon, croupe, éperon, étrier. On leur doit également le nom de certaines fonctions : maréchal, sénéchal, baron.
  Plusieurs verbes d'usage courant viennent des Francs. On trouve parmi eux des verbes indiquant : le mouvement : marcher, danser , grimper, frapper, ramper, heurter; l'observation : guetter, épier, guigner; la mise en ordre : ranger, garer; l'engagement : garantir, gager; le fait de conduire les autres : guider; le fait de s'assurer un profit, d'être vainqueur : gagner.

  De même, est-on redevable à la langue des Francs de divers mots traduisant un sentiment particulièrement fort : orgueil, haine, hargne, honte, ainsi que d'adjectifs marquant l'énergie et le courage : hardi, ou l'honnêteté : franc.
  Citons encore des couleurs : bleu, blanc, gris; des adverbes : trop, guère; des termes ayant trait à la vie rurale : hameau, jardin, haie, hêtre, houx, mousse, haricot, grappe, gerbe, gibier, harde, hanneton, crapaud, mare; des noms de bâtiments : hangar, halle; des noms d'objets divers : hotte, cruche, trique, échasse, jauge, gaule, gant, froc, trappe, gaufre.
  L'apport de Francs à la langue française est si riche et si diversifié qu'il permet de construire des phrases où tous les noms, adjectifs et verbes proviennent de la langue francique. Ainsi continuons-nous d'une certaine manière à parler la langue des Francs lorsque nous disons que «la guerre éclate», que nous parlons de «gagner la guerre» ou que nous construisons une phrase telle que «le hardi baron guerroie sans heaume et sans haubert. Éperonnant son étalon, il franchit la haie au galop et, de sa hache, frappe l'orgueilleux sénéchal».

  Dans un style plus pacifique et bucolique, on utilise également des termes d'origine franque lorsque nous parlons d' attraper des crapauds dans la mare, de ranger la houe dans le hangar ou de récolter les haricots blancs du jardin.
  L'apport germanique à la langue française ne se limite pas à l'apport initial des Francs. Les vikings qui s'installent en Normandie au Xè siècle apporteront nombres de mots d'origine scandinave dont une partie passera des dialectes normands dans la langue française. Ces termes ont essentiellement trait à la navigation et au monde de la mer : flotte, cingler, étrave, agrès, quille, hune, vague, crique, varech, crabe, homard, marsouin. Viennent également du scandinave des verbes tels que flâner et hanter.
  Tous ces mots s'ajoutant à l'apport francique et aux mots qui continueront à être empruntés aux langues de peuples germaniques avec lesquels les Français restent en contact étroit durant tout le Moyen Âge (matelot, nord, sud, est, ouest, hisser, garder...) augmenteront l'impact germanique sur la langue française. César aurait ainsi bien du mal à retrouver son latin dans la phrase suivante : «Le matelot hisse le foc et grimpe sur le mât de hune. La flotte cingle vers le nord; à bord du bateau, l'équipage, harassé, grommelle
  Une certaine légèreté de l'esprit français peut même s'exprimer en des termes qui ne doivent rien à la langue d'Ovide. Ainsi ne sommes-nous pas aussi «latins» que nous le croyons lorsque nous prononçons une phrase telle que : «Le galant marquis garde en gage le gant de la baronne
  Notons, pour conclure, que les prénoms royaux les plus fréquemment utilisés nous viennent des Francs. Louis (Lodewig en francique, Ludwig en allemand), dont Clovis (Chlodwig) n'est qu'un doublet; Charles (Karl).
  De même, près du quart des patronimes français actuels ont des racines germaniques, notamment franciques. Notons ainsi, parmi tous ceux qui sont cités par Albert Dauzat[1] : Auger (Adal-Garl), Baudouin (Bald-Win), Béraud (Berwald), Drumond (Drud-Mund), Foucher (Fulc-Hari), Gaubert et Jobert (Gaut-Berht) , Godard (Gud-Hard), Guichard (Wig-Hard) , Flobert et Flaubert (Hlod-Berht), Raimbaud (Ragin-Bald), Roland (Hrod-Land); Lambert (Land-Berht), Landry (Land-Ric), etc...

  Peut-on en conclure que finalement, nos ancêtres ne sont pas les Gaulois ? Certainement pas !
  Les Gaulois devinrent Gallo-Romains non parce qu'ils furent submergés par des populations d'origine romaine, mais parce qu'ils se soumirent à l'autorité militaire et administrative de Rome, et que petit à petit, ils adoptèrent de nombreux aspects de la culture romaine. Puis, les Gallo-Romains passèrent sous domination franque. Là encore, la population resta composée en très grande majorité de Gaulois, des Gaulois romanisés qui, se pliant à l'autorité des Francs assimilèrent une partie de la culture franque, sans pour autant perdre leur identité gauloise.
  Bref, la France est un pays né d'une belle synthèse de trois éléments : Celtes (les Gaulois), Latins (les Romains), Germaniques (les Francs). La synthèse a été possible, et fructueuse, car Celtes, Latins et Germains appartenaient au même fond culturel et ethnique : les Indo-Européens.

D'après un article de Pierre Maugué paru dans Enquète sur l'histoire N° 17

[1]Les noms de familles en France, Payot, 1949.

 

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19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 01:01

  Voici un tableau de Théodore chassériau, né à (Saint Barbe de Samana) Saint-Domingue le 20 septembre 1819 et mort le 8 octobre 1856 à Paris.
    Peintre précoce et doué, Il entre à l'âge de 11 ans dans l'atelier de Jean-Auguste-Dominique Ingres. Ingres témoigna de l’affection à son jeune élève à qui il prédisait qu’il serait «  le Napoléon de la peinture ». Chassériau combinera avec talent et succès les leçons de ses deux illustres maîtres. La pureté classique des lignes Ingresque, se teinte de la fougue romantique de Delacroix, son second maitre.

  Très tôt, vers le milieu des années 1830, Théophile Gautier s'intéresse à l'art de Chassériau. Il lui prête alors des "vies imaginaires" ou parle de "grâce étrange" pour tenter de rendre compte de l'univers particulier du peintre. En effet, Chassériau ne cesse de se jouer d'atmosphères trouble, étrange, équivoque et mystérieuse.

Théodore Chassériau était à son époque renommé pour ses portraits et ses scènes historiques, dont son Tepidarium à Pompéi (1853) exposé au Musée d'Orsay.


  Cette œuvre s'intitule Scène de bataille : guerrier gaulois à cheval.

guerrier-gaulois---cheval.jpg

  Petite analyse de l'œuvre

 "Le guerrier Gaulois à cheval" est une aquarelle de petit format (Haut. 32,6 - Larg. 42,6) conservée au Louvre.
  Une troupe de guerriers gaulois mênent une expédition meurtrière dans un village.
  Au premier plan, le cavalier s'apprête à frapper de sa hache[1] un homme désarmé qui s'élance à sa rencontre. Son cheval cabré nous permet d'entrevoir la soudaineté de l'attaque et la fureur des combats.
  La population, civile, est décimé. Une femme au pied du cheval tente d'en retenir une autre dont le gaulois s'est emparé et qu'il traîne ligotée à la croupe de sa monture.
  Les raids guerriers étaient très fréquents à cette époque et il n'est pas impossible que la population attaquée soit également Gauloise. Lors de ce genre de raid, pas de pitié. Les hommes sont impitoyablement massacrés, comme l'illustre les nombreux cadavres jonchant le sol ou la tête séparée de son corps que le gaulois à cheval tient dans sa main gauche; les jeunes femmes sont enlevées, et les enfants mâles arrachés à leur mère (second plan à gauche).

  Théodore Chassériau montre dans ce tableau des gaulois cruels et conquérants, loin de l'image habituelle de Vercingétorix digne mais vaincu se rendant à César, ou du gaulois blessé et à genoux. Les sources historiques de ce peintre provenaient principalement des récits de Jules César sur la guerre des Gaules, où le romain décrit généralement les gaulois de façon assez négative. Il est donc également tout à fait envisageable que la scène représentée sur ce tableau soit un épisode des attaques de guerriers gaulois contre Rome en 390 avant Jésus-Christ.

[1] Erreur du peintre, les guerriers gaulois n'utilisaient pas de hache



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6 janvier 2010 3 06 /01 /janvier /2010 23:11

  Geneviève ou Genovefa vint au monde vers 423, non loin de Paris, à Nanterre, qui, à l'époque était une bourgade rurale. Elle est la fille de Géroncia d'origine grecque et de Séverus franque romanisé, qui était membre du conseil municipal de cette ville.
  Alors qu'elle n'était encore qu'une petite fille, elle fut remarquée lors d'un office religieuxsainte-genevieve-enfant.jpg célébré dans la paroisse de Nanterre par Loup, l'évêque de Troyes et Germain, évêque d'Auxerre. Après s'être entretenu avec l'enfant, Saint Germain l'Auxerrois comme l'appelèrent les parisiens, demanda à parler à ses parents.
_ Que vous êtes heureux mes amis, leur dit-il, d'être les parents d'une telle fille ! Sachez que les anges ont fait dans le ciel, du jour de sa naissance sur la terre, un jour de fête et un mystère de réjouissance. Cette petite sera grande devant le Seigneur; et il y en aura plusieurs qui, passant de l'admiration de sa vie à l'imitation de ses vertues, quitteront le péché, et renonçant comme elle, par la profession d'une vie sainte et religieuse, à la chaire et au monde, obtiendront par ce moyen, outre la rémission de leurs péchés, la récompense de la vie éternelle.
  genevieve et saint Germain
  Géroncia ne croyait guère à la révélation de Saint Germain. Quelques années plus tard, elle défendit à sa fille de se rendre à un office religieux. Comme celle-ci insistait, elle l'a gifla, et fût aussitôt frappée de cécité.
  Géroncia resta plongée dans le noir pendant plusieurs mois jusqu'au jour où, alors qu'elle puisait de l'eau pour sa mère, elle ne put retenir ses larmes en pensant au malheur qui frappait sa mère. A son retour, Géroncia lui demanda de faire le signe de la croix sur l'eau qu'elle venait de ramener. Geneviève s'exécuta, un peu surprise. Tout en se lavant les yeux, sa mère lui expliqua qu'ayant compris son erreur, elle avait demandé pardon au Seigneur et ne s'opposerait plus désormais à la vocation de sa fille. Et aussitôt, Géroncia retrouva l'usage de ses yeux.

  En 436, Geneviève reçut le voile des vierges consacrées à Dieu. Elle passe dès lors beaucoup de temps à prier, ne prend que deux vrais repas par semaines (le jeudi et le dimanche), et suit ce régime alimentaire jusqu'à l'âge de cinquante ans où, à la demande de son entourage, elle consent à améliorer légèrement son alimentation.

  Lors d'une épidémie, en 448, Sainte Geneviève fit jaillir dans la forêt de Séquigny (Essonne), une source miraculeuse qui permis de guérir bon nombres d'habitants des environs. Suite à cet évènement, une chapelle fut construite à proximité de la grotte d'où l'eau jaillissait. La forêt finit par être défrichée autour de cette chapelle. Un petit bourg vit alors le jour, Sainte Geneviève des bois.

  Le fait le plus connu de la vie de sainte Geneviève, se passe en 451, lors de l'invasion de la Gaule par Attila, le roi des Huns[1]. Informé qu'Attila après avoir ravagé les grandes villes de l'Est et du Nord de la Gaule se dirigeait vers Paris, les habitants de la ville, terrifiés, voulaient s'enfuir. Mais cela n'était pas du goût de la Sainte, qui réussit à convaincre ses concitoyens qu'en priant ardemment le Seigneur, celui-ci protégerait la ville. Et alors que Paris regorgeait de vivres et de richesses, l'armée hunnique s'en écarta pour fondre sur Orléans.

  Les prières de Geneviève avaient une puissance que tout le monde admirait.
  Un jour qu'elle se rendait dans la ville de Laon, qui était de la province et du diocèse de Saint Denis, un grand nombre de personnes vinrent à sa rencontre pour lui demander d'intervenir en faveur d'une jeune fille qui depuis neuf ans souffrait de paralysie.
  Geneviève se rendit auprès de celle-ci, pria, puis toucha et mania de sa main toutes les parties malades de son corps. La sainte lui commanda ensuite de se vêtir et de se chausser; ce que fit la paralytique qui quitta son lit et sa chambre et rejoignit la foule, comme si elle n'eut jamais été malade.

  Genovefa fit bâtir une église sur l'emplacement du tombeau de saint Denis, premier évêque de Lutèce[2]. Et en tant que religieuse, elle avait sous sa responsabilité un groupe de jeunes filles qui se destinaient à servir le Seigneur.
   Un soir, alors que la nuit était tombée et que le petit groupe, éclairé par la faible lueur d'un cierge, se rendait vers le tombeau de saint Denis, le vent se leva et une averse s'abattit sur le chemin, éteignant la bougie. Plongé dans l'obscurité totale, le groupe était pétrifié. Alors calmement, Geneviève se saisit du cierge, l'effleura du doigt, et celui-ci se ralluma.

  De nombreux miracles jalonnent la vie de sainte Geneviève, comme la fois où elle rendit la santé à un enfant aveugle, sourd et boiteux, en traçant le signe de la croix sur le front du petit, qui aussitôt fut guéri.

  Mais sa vie ne se résume pas à ses miracles, et si son action au sein de la communauté parisienne fut celle d'un guide spirituel, elle eut aussi une grande influence politique.
  Très tôt, elle comprit que les Francs, par leur discipline, leur nombre et leur connaissance de la Gaule, prendraient le contrôle de celle-ci.
  Elle entretenait de bons rapport avec Childéric 1er qui la portait en grande estime; au point qu'il ne pouvait refuser de lui accorder la vie des prisonniers dont elle demandait la grâce.
  À la mort de Childéric, c'est son fils Clovis qui devint roi des Francs. Ayant vaincu Syagrius en 486, Clovis prit possession du nord de la Gaule mais n'entreprit pas une conquête systématique des villes situées sur ce territoire. Un blocus et un harcellement régulier furent organisés durant une dizaine d'années. Et tour à tour, les grandes villes cédèrentet se soumirent à l'autorité franque.
  Par sa position géographique, ses richesses, et son prestige de ville impériale, Paris intéressait beaucoup Clovis. Mais bien que les relations entre Francs et Parisiens furent bonnes, ces-derniers ne tenaient pas à perdre leur indépendance en laissant les Francs s'emparer de leur ville.
  Pendant dix ans, le roi des Francs va faire le siège de la ville. Un siège sans assaut, et Clovis qui tient à faire de Paris sa future capitale ne s'oppose pas fermement au ravitaillement par voix fluviale, organisé par Geneviève.
  genevieve ravitaille les parisiens
  La condition de la reddition de la ville est simple : La conversion de Clovis et de ses hommes au christianisme.
  Guidé par Clotilde, instruit par saint Rémi, et par la grâce de Dieu, Clovis se convertit au christianisme en 498, ou aux alentours de cette année.
  Geneviève accueillie cette nouvelle avec enthousiasme. Dès lors, rien ne s'opposait plus à ce que le roi des Francs entre solennellement dans Paris.
  Et en 509, Clovis fit officiellement de Paris la nouvelle capitale de son royaume.

  La ville avait conservé sa physionomie de l'Antiquité et avait donc comme point principal d'activité l'île fortifiée de la Cité. Les deux rives du fleuve qui avaient commencé à se développer vont poursuivre leur croissance.
  Sur la rive droite, des églises sont construites, elles sont souvent entourées d'un cimetière, comme à Saint-germain-l'Auxerrois, où des habitations sont construites dans ses proches alentours (Tuilleries, Châtelet et Hotel de ville), il en est de même pour Saint-Pierre-de-Montmartre à la différence que l'éloignement de Montmartre du cœur de la capitale en fait une localité bien distincte.
Paris-genevi-ve
  Sur la rive gauche, là aussi les édifices religieux se multiplient. Des églises, des abbayes ou des prieurés sont édifiés, accompagnés dans ses environs d'îlots d'habitations.

 


  Sainte Geneviève mourrut le 3 janvier 502, après une vie passée dans la pratique de toutes sortes de bonnes œuvres. Elle fut inhumée à Lutèce.

 

 Pour Clovis et Clotilde, recevoir la visite de "la vierge de Nanterre" était un grand plaisir. À son contact, le roi et la reine s'enrichirent humainement. Clotilde trouvait en elle un soutient dans sa vie de chrétienne et sa fonction de reine, et Clovis apprit la charité; à distribuer des aumônes, il délivre des prisonniers, et fit bâtir des églises.
  Quelques années après la mort de la sainte,Clovis et son épouse Clotilde, fondèrent une abbaye portant le nom de Monastère des Saints-Apôtres (car dédié aux apôtres Pierre et Paul) à l'endroit ou elle reposait. Sainte Geneviève avait l'habitude de venir prier en ce lieu et empruntait pour cela un chemin devenu par la suite : « rue de la Montagne-Sainte-Geneviève  ». Quant au monastère, il devint la basilique Sainte Geneviève.

abbaye-sainte-genevieve.jpg
                              L'Abbaye Sainte Geneviève (à droite) détruite sous Bonaparte



   À toutes les époques de notre histoire, la mémoire de la patronne de Paris a été extrêmement populaire. 
  En 1129, sous Louis-le-Gros, une cruelle maladie, appelée des ardens, causait d'horribles ravages. Malgré les remèdes et les prières publiques, le fléau persistait toujours, et dans l'espoir de l'arrêter on fit une procession solennelle où l'on porta la châsse[3] de sainte Geneviève à la cathédrale.
  Ses précieuses Reliques, déposées au Monastère des Saints-Apôtres devenu l'église Sainte Geneviève, accomplirent d'innombrablesguérisons. Lors des grands périls: guerres, sièges, épidémies, famines, inondations ou incendies, le peuple venaiten foule auprès de sa. sainte; on faisait alors de grandes processions, la châsse des Reliques en tête, et Dieu ne manquaitpas de montrer sa bienveillance par des Miracles, en réponse aux prières de Sainte Geneviève et à la foi du peuple de Paris.
   Louis XV qui était tombé gravement malade, pria Sainte Geneviève avec ferveur. Rétabli, il ordonna au marquis de Marigny de s'éleverune église pour remerciercelle qui était intervenue auprès de Dieu pour obtenir sa guérison. L'architecte Soufflot fût chargé des plans et on y déposa la châsse contenant les reliques de la sainte.

  En 1793 la Châsse est profanée et ses Reliques furent brûlées pour leur plus grande partie et jetées à la Seine par les révolutionnaires. La monumentale église de Soufflot devint un temple laïc : le Panthéon.

Geneviève est toujours la protectrice et la patronne de Paris, et ne cesse d'être bien veillantepourceux qui savent l'invoquer avec foi.

[1] http://dossierstorique.over-blog.com/article-28419888.html
[2] http://dossierstorique.over-blog.com/article-36467963.html
[3] Coffre où l'on place les reliques d'un saint.

16 genevieve2

Prière à Sainte Geneviève

  Souvenez-vous, très-glorieuse sainte Geneviève, de vos anciennes bontés pour la France. Souvenez-vous de toutes les grâces que depuis quatorze siècles vous n'avez cessé d'obtenir à ceux qui ont eu recours à votre puissante intercession.
  Nous l'implorons encore pour l'église, pour notre pays, nos familles, pour la conversion des pécheurs, la persévérance des justes, le soulagement des malades, la consolation des affligés, pour notre salut à tous.
  Nous remettons avec confiance entre vos mains nos intérêts spirituels et temporels, vous suppliant de vous en charger auprès de Dieu et de veiller toujours sur nous, dans les maux qui nous menacent sans cesse, et de nous obtenir tous les biens que nous désirons dans l'ordre de Dieu.
  Sainte Geneviève, ne soyez pas insensible à nos prières, mais écoutez-les favorablement; daignez les exaucer et nous bénir.
  Ainsi soit-il.

Genevi-ve 1

  Au moment de choisir dans quelle catégorie la vie de sainte Geneviève doit être classé, j'ai une hésitation. Histoire de France ou Catholicisme ?
  Sa vie fut faite de privations, de dévotion, de prières, d'héroïsme. Geneviève adorait Dieu et aimait son pays, sa terre natale, sa culture, ses traditions.
  Le peuple de Paris reconnu en elle, outre un guide spirituel, un conseiller, un meneur politique.
  Childéric puis Clovis eurentplus que du respect pour elle, ils écoutèrent, consultèrent et suivirent souvent les conseils de cette femme qui réalisa de nombreux miracles.
  Les plus anciens manuscrits existants datent du VIIIèmesiècle; ils ont pour source un ouvrage écrit en 520, mais aujourd'hui disparu.
  Dans le modeste et incomplet portrait de sainte Geneviève que j'ai rédigé, sont rapportés quelques uns des nombreux miracles relatés par l'auteur du livre original. De nombreux miracles, très nombreux. Trop nombreux ?
  L'énumération de tout ces miracles embarrasse le lecteur moderne. J'ai eu, il y a peu cette conversation avec Marie-Magdeleine del Perugiaqui a dernièrement écritun excellent petit livre destiné aux jeunes et à leurs aînés, intitulé Ces saints qui protégèrent la France[4] : Aujourd'hui, dans notre France déchristianisée, laïcisée, qui croit plus aux promesses des politiciens qu'à celles du Christ, nous sommes peu en clin à croire qu'un homme ou qu'une femme ait pu ou puisse réaliser, par la Grâce de Dieu, un ou plusieurs miracles. Un, deux, allez, trois miracles passent encore, mais pas plus !
  Mais lorsqu'on lit ou étudie l'histoire, il ne faut jamais oublier de considérer le contexte dans laquelle elle se déroule.
  Au Vème siècle, la ferveur religieuse est grande, chaque épisode du quotidien est la volonté du Seigneur, chaque événement extraordinaire est interprété comme étant une intervention divine.
  Est-il stupide de croire que Dieu ait pu permettre à une personne juste, intelligent et vertueuse, vivant dans une société, certes loin d'être parfaite, mais croyante et pieuse, de réaliser des miracles ?
  L'état républicain débarrassé de Dieu a rendu une partie du peuple athé et l'autre sceptique. Dans ces conditions, non seulement nous avons du mal à croire en la sainteté de certains de nos ancêtres, mais ne sommes nous pas également devenu aveugles aux actions divines ?
  Je classe donc cet article dans la catégorie "Catholicisme", une catégorie essentielle quand on parle d'histoire de France.

[4] http://www.via-romana.fr/?pageid=fiche&prod=100&ftitre=Ces+saints+qui+prot%E9g%E8rent+la+France

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6 janvier 2010 3 06 /01 /janvier /2010 17:46

  Jean des Cars, écrivain, conférencier, historien populaire, fils de Guy des Cars a publié plus de vingt-cinq ouvrages dont quelques best-sellers comme Sissi, Les Secrets de Mayerling, et Louis II de Bavière. Il vient récement de publier chez Plon, La Véritable Histoire des châteaux de la Loire, ouvrage remarquable.

  L'ignorance et la désinformation amènent de nombreuses personnes à croire ou à dire des bétises. "La Gioconda è nostra" entend-on en Italie, pourtant ce tableau fût amené en France par Léonard de Vinci lui-même et ne le quitta jamais jusqu'à sa mort à Amboise le 2 mai 1519. D'autres thèmes sont sujets à approximations, voire déformations historiques. Voyant se multiplier des revendications injustifiées, Jean des Cars lance un appel :

Halte à la déformation !

  De tous les crimes intellectuels dont les peuples sont capables, l’effacement de la mémoire est certainement le pire. Or, nous sommes actuellement – mais le mal couve depuis des décennies – menacés par un gigantesque et systématique lavage de cerveau : on efface le passé, on déforme les faits, on maquille les événements et on supprime la chronologie. Dernier avatar en date (mais pas l’ultime, on peut le redouter…), la demande de restitution de la fameuse pierre de Rosette à l’Egypte.

  Revenant de ce pays que j’aime, où j’ai animé un nouveau périple sur le thème – oublié lui aussi ! – du 140e anniversaire de l’inauguration du canal de Suez, j’ai retraversé l’Egypte d’Ismaïlia à Abou Simbel. Comme on le sait, la véritable pierre de Rosette, trouvée par un soldat de l’expédition de Bonaparte, a été prise par les Anglais en 1802 mais, heureusement, le Louvre en possède une copie faite par les scientifiques accompagnant l’expédition. Donc, la pierre de Rosette, la vraie, est une des fiertés du British Museum.

  Si on devait la restituer à un Etat, je dirais que c’est la France qui la mériterait puisque c’est un de ses soldats qui l’a dénichée. J’entends d’ici les hurlements des bonnes consciences et des donneurs de leçons ! Or, faut-il rappeler, au seul nom de l’évidence, que l’Egypte que nous connaissons, aimons et visitons avec éblouissement, longtemps vassale de l’Empire ottoman, n’a ethniquement, presque rien à voir avec celle des dynasties pharaoniques si ce n’est sa population copte. Plus délicat : aucune tombe, aucun trésor, n’a été, jusqu’ici, découvert par un Egyptien et on peut concevoir, en le regrettant, une certaine déception des autorités et des égyptologues égyptiens. Ce n’est de la faute de personne.

  Enfin, qu’on me permette de redire que sans l’expédition d’Egypte (approuvée par le Directoire soulagé de pouvoir éloigner Bonaparte !), la science égyptologique n’aurait sans doute pas connu, au début du XIXe siècle, l’engouement qu’elle ne cesse, depuis, de susciter. Jamais une armée de conquérants n’avait été accompagnée d’un tel aréopage de scientifiques, mathématiciens et géographes, architectes et naturalistes, entre autres, qui fondèrent l’Institut d’Egypte. Et cette campagne a permis que l’égyptologie devienne une passion française. Ce coup de coeur dure depuis plus de deux siècles. De Vivant Denon à Champollion, de Christiane Desroches-Noblecourt à Jean-Philippe Lauer et Jean Leclant, que de dévouements, de recherches, de compétences et d’abnégations pour arracher aux sables une mémoire oubliée et sauver ce qui allait disparaître. Ne laissons pas agir comme l’on fait ceux qui, voilà des siècles, ont effacé le règne d’Akhénaton, coupable d’hérésie. Si l’obélisque de Louqsor est à Paris, c’est parce que c’est un cadeau de Méhémet Ali (c’est-à-dire de l’Egypte

musulmane au Roi des Français Louis-Philippe), érigé place de la Concorde en 1836. Or, on oublie souvent ou on ignore que Méhémet Ali a, en réalité, offert à la France les deux obélisques de Louqsor. Pour diverses raisons, seul l’un de ces magnifiques monolithes a été expédié en France. Que se passerait-il si nous demandions que le second obélisque nous soit livré puisque, juridiquement, il nous appartient ?

  Pour les Français, l’Egypte est une seconde patrie artistique. Ils ont beaucoup donné pour ce pays. Arrêtons de refaire l’Histoire, caricaturée, déformée. Arrêtons de nous repentir, de demander pardon, de nous excuser d’avoir eu du courage, du talent et, parfois, un peu de chance. La mémoire égyptienne, j’ose l’écrire, fait partie

de la nôtre et ses merveilles appartiennent au patrimoine mondial. Les Européens, enthousiastes, ont énormément contribué à faire revivre l’admirable civilisation pharaonique. Ne les privons pas de ce mérite.

Jean des Cars

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29 décembre 2009 2 29 /12 /décembre /2009 17:10
145
Leçons d'Histoire de France provenant d'un livre scolaire datant du début du XXème siècle, pour classe de cours élémentaires.

151.jpg
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16 décembre 2009 3 16 /12 /décembre /2009 22:13

Cours d'Histoire de France... du XVIème siècle.

EPITOME[1] DES GESTES[2] DES CINQUANTE-HUIT ROIS DE FRANCE DEPUIS PHARAMOND (1546)

 De Clovis premier de ce nom, cinquième roi des Français et premier chrétien.

  Clovis succéda à son père Childéric, lequel par sa prouesse conquit Soissons, vainquit le roi Bisin, et les Thuringiens; et épousa Clotilde de Bourgogne. Laquelle le pria de non plus paganiser, et de croire à un seul Dieu. Ce que ne fit de prime face. Mais étant en conflit avec des Alemans désespérant de la bataille, lui souvint de Dieu, et crut en lui : lequel lui donna toute victoire sur ses ennemis. Après cette victoire fut baptisé par Saint Rémi, l'an quinzième de son règne. Et obtint de Dieu un étendard nommé Lauriflamme, sous lequel expella les Ariens, Gondebaud roi des Bourguignons, et les visigos de la terre d'Aquitaine, après avoir occis Alarich leur roi. Parquoi Anastaze empereur l'appela Auguste, et lui bailla titre d'empereur. Ce fait, décéda l'an XXX de son règne, De la création du monde 4474, de notre salut 514.


[1]  Abrégé d'histoire [Scolaire]
[2] Cycle de poèmes épiques racontant l'ensemble des aventures d'un héros.

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