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3 juillet 2010 6 03 /07 /juillet /2010 16:47

  La victoire de Jules César sur Vercingétorix  en 52 av.J.C. change le destin de la Gaule. En se romanisant, elle adopte une organisation administrative et militaire qui lui faisait défaut, tout en gardant certaines caractéristiques qui lui sont propre, son héritage celte.

  Le latin, la langue des nouveaux maîtres du pays s'impose. Mais les années, les siècles passent et cette langue évolue sous l'influence du gaulois puis du francique.

  Voici un exemple d'un terme latin tripalium ou trepalium qui va, à force de transformation donner le verbe travailler.

  La petite histoire d'un mot, c'est l'histoire d'une langue, l'histoire d'un peuple.

 

Instruments-Torture  Tripalium, mot composé de tres, "trois" et de palus, le "pieu"; dans le latin populaire parlé en Gaule, un tripalium était une structure formée de trois pieux, une sorte de chevalet auquel on attachait les bœufs ou les chevaux, afin de les immobiliser pour pouvoir leur mettre des fers ou leur donner des soins. Puis au Moyen Âge, le nom de trepalium va désigner "un instrument de torture", comme l'atteste un texte du VIè siècle : à cette époque, ce sont les voleurs, les brigands, les criminels qui étaient attachés à un trepalium pour y être châtiés et torturés.

  À partir de trepalium a été formé le verbe tripaliare ("torturer sur un trepalium"), qui a donné, au XIè siècle, travailler : en ancien français, travailler signifiait, au sens propre, "torturer un condamné", et, plus généralement, "tourmenter, faire souffrir quelqu'un physiquement ou moralement" ou "souffrir". Au cours du Moyen Àge, travailler a pris aussi le sens de "brutaliser, malmener (quelqu'un)" et d'"abîmer (quelque chose)". Quant au nom travail, apparu au XIIè siècle, il désignait une "vive douleur", un "tourment", un "effort important" ou la "grande fatigue" en résultant.

  Peu à peu, l'idée de souffrance véhiculée par les mots travailler et travail s'est affaiblie : travailler est devenu synonyme de "tracasser, inquiéter", et de "fournir un effort"; c'est dans le prolongement de ce dernier sens que, au XVIè siècle, le verbe travailler a commencer à s'employer pour désigner l'action d'"exercer une activité pour gagner sa vie"; parallèlement, le nom travail a pris le sens courant de "activité régulière permettant de subsister", et de "métier", tout en continuant à désigner un effort qu'on fournit pour accomplir une tâche". Si cet "effort fourni" est important et pénible, alors on peut aussi lui donner le nom de labeur.

  Labeur vient du latin labor signifiant "effort fatigant", "peine qu'on se donne pour réaliser quelque chose", "épreuve",et aussi "situation pénible" ou "malheur". Ce labor latin a donné en français, le nom labur, au XIIè siècle, qui par la suite a pris deux formes distinctes : d'une part le labour, ou travail (fatigant et pénible) de la terre et des champs, et d'autre part le labeur, désignant plus généralement un "travail pénible", et aussi, à l'origine, comme en latin, un "malheur", une "douleur profonde".

 

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23 juin 2010 3 23 /06 /juin /2010 15:07

 

  En 410, deux moines, Honorat et Caprais, de retour d'Orient, obtiennent l'autorisation de l'Évêque Saint Léonce de Forum Julii (Fréjus) de s'installer en ermite sur les îles de Lérins au large de Cannes, qui étaient alors isolées et infestées de serpents. 

  sthonorat

  Né dans l'aristocratie gallo-romaine, Honorat reçoit une éducation classique, cependant sa vocation religieuse se manifeste très tôt, en particulier son attirance pour la vie monastique. Ce renoncement au monde va entraîner l'hostilité de sa famille, surtout celle de son père qui voit s'effondrer tous les espoirs placés en son jeune et brillant fils. Malgré les efforts paternels pour l'en détourner, le jeune Honorat tient bon. À la vie confortable que lui promet son père, il préfère répondre à l'appel du Christ.

 

  Honorat se convertit probablement à l'âge de 15 ou 16 ans ainsi que son frère aîné, Venantius avec qui il entreprend quelques années plus tard, un voyage en Orient pour visiter les lieux saints de Palestine, de Syrie et d'Égypte. Ils embarquent ainsi à Marseille vers 368. Malheureusement Venantius meurt lors de ce périple. Et Honorat, malade après ce séjour malheureux, revient en Occident afin de poursuivre son ascèse[1] sous des cieux plus cléments.

  Après un bref séjour en Italie, où il noue des liens d'amitié avec les communautés chrétiennes du pays, il rentre à pied en Gaule du sud, accompagné de Caprais. Honorat séjourne un moment dans la cité militaire romaine de Fréjus. On vient de loin pour l'écouter. Cette célébrité lui devient pesante et pour finir intolérable. L'appel de la solitude se fait ressentir avec de plus en plus d'insistance. Toujours accompagné de Caprais, il s'installe d'abord comme ermite dans une grotte du Cap-Roux, perdue dans le désert odorant du massif de l’Estérel, où les deux hommes tentent de mettre en pratique les enseignements des Pères du désert. Mais bientôt, les visiteurs se font trop nombreux. Il faut partir à nouveau.

Ile-Saint-Honorat  Mais où ? A Lérins, bien sûr, sur la petite île qui ressemble à un désert. Honorat demande à un pêcheur d'Agay de les conduire sur l'île. C'est la stupeur et un concert de lamentations : l'île est petite, inhabitable, sans eau, remplie de serpents. Mais rien de tout cela ne fait peur à Honorat ni à Caprais. Finalement, il se trouve un pêcheur assez courageux, -- ou assez inconscient ! -- pour accepter de les conduire à Lérina. Personne ne croit qu'ils y resteront plus d'une journée. Honorat et Caprais bâtissent deux abris sommaires avec des pierres plates et des branchages, et ils reprennent la vie érémitique commencée au pic du Cap-Roux. Ainsi, peu à peu, dans l'absolue solitude de Lérins à peine troublée par le passage, de temps en temps, d'un pécheur qui apporte l'eau et quelques galettes de pain, offrande du petit peuple fidèle d'Agay, Honorat se prépare à la plus haute perfection, en compagnie de Caprais. Mais, comme il fallait s'y attendre, l'installation d'Honorat et de Caprais à Lérins provoque un grand mouvement de curiosité sur tout le littoral. Et au grand désappointement des deux solitaires, se produit le contraire de ce qu'ils avaient espéré : de plus en plus nombreuse la foule réapparait devant leur ermitage. Certains, parmi cette foule, touchés par l'exemple des deux moines, se construisent un abri sur le rocher, quémandant humblement chaque jour un conseil pour se livrer à leur tour aux mortifications corporelles et à la purification de l'esprit, prélude au grand voyage vers les immensités intérieures où les happait l'irrésistible appel de Dieu.

  Après avoir longuement prié, Honorat demande conseil à l'évêque Léonce, et il se décide entre 400 et 410, avec quelques compagnons à fonder le deuxième monastère chrétien de Gaule romaine sur la plus petite des îles de Lérins.

 saint-honorat

 

  Avant l'arrivée des moines, les marins redoutaient d'accoster sur cette île en cas de tempête, tant elle était sauvage et inhospitalière. Après qu'Honorat s'y fut installé, beaucoup firent le détour pour recevoir son hospitalité ! Honorat avait un don très particulier, il lisait dans la vie et le cœur de ceux qui venaient à lui, comprenait tout de suite leurs peines, leurs joies, leurs préocupations.

    À cette époque, les relations entre les hommes étaient brutales et violentes. La vie (surtout celle des esclaves et des femmes) n'avait pas beaucoup de valeur... Le christianisme apporta du neuf dans les rapports humains : l'attention aux autres, le respect, la tendresse, la solidarité. Ce dont témoignait Honorat avec ceux qu'il rencontrait. Son biographe et ami, saint Hilaire, disait de lui qu'il «changeait les fauves en hommes».
 
Au monastère, Honorat met tout en œuvre pour faire avancer ses disciples dans les voies de la perfection. En 420, Maewyn Succat (futur Saint Patrick) vient à l'abbaye de Lérins pour étudier la théologie. Il reste deux années, puis retourne en Irlande évangéliser et construire des églises, des monastères et des écoles. 
  La renommée d'Honorat est grande, et à la mort de l'évêque d'Arles, devenue en 395, capitale des Gaules et de l'Empire, il va devoir quitter son île pour être, contre son gré, placé sur le siège épiscopal d'Arles. N'ayant pas été consulté, il refuse d'abord ce siège épiscopal. De plus, l'abbaye de Lérinsn'est pas du tout décidée à laisser partir son Abbé.

  Alerté de cette nomination, le pape, Célestin 1er écrira en 428 à tous les évêques du sud-est de la Gaule pour leur demander qu'à l'avenir « un prêtre ne soit élu, venant d'une autre Eglise, que dans le cas où aucun clerc de l'Eglise à pourvoir ne serait jugé digne, ce que nous croyons, ne pouvoir se produire. Il faut réprouverle fait de préférer ceux des Eglises étrangères, ne pas faire appel à des étrangers de peur que l'on ne paraisse avoir établi une sorte de nouveau collège d'où seraient tirés les évêques. »

  Honorat se sait malade et en sursis. Mais il renonce à finir sa vie dans la paix de son île, et se jette dans ce guêpier politico-socio-religieux de la métropole d'Arles, car il y aperçoit finalement la volonté de Dieu de l'y voir rétablir la concorde et l'amour fraternel.

  A son arrivée à Arles, Honorat trouve les caisses du trésor pleines de richesses amassées par ses prédécesseurs. Honorat n'hésite pas et redistribue toutes ces richesses aux donateurs, ne se réservant pour l'évêché « que ce qui devait suffire aux nécessités du ministère ».

   Honorat fait rapidement l'unanimité dans son diocèse. Mais le travail à accomplir est énorme. 

  Le 6 janvier 430, bien que faible, il se rend prêcher dans sa cathédrale. Mais à son retour, il doit s'aliter. À cette nouvelle, ses amis du diocèse d'Arles et de l'île de Lérins accourent à son chevet, Hilaire en tête, qui nous dit «Leur douleur lui était plus pénible que la sienne propre».

  Lorsqu'il entra en agonie, les corps constitués affluèrent, ainsi que le préfet en exercice et les anciens préfets, selon l'usage de l'époque. Le Saint ne manqua pas une si belle occasion de les chapitrer. Et, toujours grâce à Hilaire, nous possédons l'unique sermon qui ait été conservé d'Honorat :

  «voyez quelle fragile demeure nous habitons ! Si haut que nous montions, la mort nous en fera descendre. Vivez donc votre vie de telle façon que vous ne redoutiez pas le terme, et ce que nous appelons la mort, attendez-le comme un simple passage». Puis, après les avoir menacés de l'enfer, il rappela ce que fut sa règle monastique. «Il faut que l'esprit reconnaisse sa nature supérieure et livre combat aux vices charnels. Ce n'est qu'à ce prix qu'il conservera l'une et l'autre substance sans tache pour la paix éternelle». Enfin, il lança un suprême avertissement concernant tous les moines de l'avenir : «Que nul parmi vous ne soit prisonnier de l'amour excessif dit monde. Que personne ne s'abandonne aux richesses». Et il répétera avant de s'endormir dans la paix de la mort : «Que nul ne soit l'esclave de l'argent, que nul ne se laisse corrompre par la vaine apparence des biens terrestres. C'est un crime de faire un instrument de perdition de ce qui pourrait vous servir à acheter le salut, et de rendre esclave au moyen de ce qui pourrait vous reconquérir la liberté».

  Seize siècles nous séparent de l’arrivée de saint Honorat sur l’île qui porte aujourd’hui son nom. Pendant toute cette période, la vie monastique a été menée à Lérins de façon presque ininterrompue jusqu’à nos jours. L’’île  qui accueillit saint Loup de Troyes, saint Eucher de Lyon ou saint Césaire d'Arles, appartient aujourd’hui aux moines de la Congrégation cistercienne de l’Immaculée Conception de Sénanque.

 

  [1] Discipline, ensemble d'exercices auxquels s'astreint une personne pour son perfectionnement spirituel

 

Ouvrage de référence  :

  1. M. Labrousse, Saint Honorat, fondateur de Lérins et évêque d’Arles. Étude et traduction de textes d’Hilaire d’Arles, Fauste de Riez et Césaire d’Arles, (Vie monastique 31), Bellefontaine, 1995.

Conférence de Mireille Labrousse du 24 avril 2008 – Église de Puyricard :

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3 juin 2010 4 03 /06 /juin /2010 23:17

  Le bouclier gaulois était entièrement réalisé en matériau organique à l'exception de la protection métallique couvrant la partie centrale, l'umbo, les rivets de fixation, la gouttière métallique qui protège les bords, l'orle, et une plaque métallique qui recouvre la poignée en bois, le manipule.Guerrier-gaul

Seules les pièces métalliques ont été retrouvées lors de fouilles archéologiques effectuées dans des tombes de guerriers. En Picardie, des centaines de ces éléments ont été découverts dans un sanctuaire où les boucliers étaient exposés pour décorer les murs, puis furent jetés ensuite dans les fossés.

  Dans la Guerre des Gaules, César décrit des boucliers vraisemblablement réalisés en clayonnage (tressage de branches). Même si, dans ce cas, de tels boucliers ont été fabriqués en l'espace d'une nuit pour remplacer les armes confisquées plus tôt, il parait probable que les réalisations en vannerie équipaient certain soldats.

  La forme des boucliers est connue grâce à des représentations grecques et romaines, et des fragments de bois découverts au lac de Tène, en Suisse ont permis aux experts d'en reconstituer la fabrication.

  Le bouclier gaulois était toujours plat et de forme ovoïde. Il mesurait 1,10 m de long et 0,50 à 0,60 m de large.

Caval-celt

  Toutefois, les cavaliers et fantassins pouvaient être à l'occasion, équipés de boucliers ronds.

  Le bouclier classique était fabriqué par collage d'un entrelacs de fines lamelles de bois fibreux, frêne, peuplier ou aulne, probablement avec de la colle d'os, de peau ou de poisson. Cette technique offrait légèreté, souplesse et résistance aux chocs. L'épaisseur de la planche révélée par la dimension de pièces métalliques telles que l'orle ou les rivets, était de 10 à 17 mm dans la partie centrale, et de 5 à 10 mm sur les bords. Les évolutions dans les techniques de fabrication permirent petit à petit d'alléger le bouclier afin de répondre aux besoins de combattants de plus en plus mobiles.

  La planche était recouverte de couches de tissus ou de cuir pour en renforcer l'élasticité et ainsi limiter le risque d'éclatement à l'impact.

  La forme de la planche, de l'umbo, le revêtement, et les couleurs du bouclier étaient probablement des signes communs aux membres d'une même tribu.

 

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2 juin 2010 3 02 /06 /juin /2010 15:32

  Il y a 2600 ans, sur la côte languedocienne, naissait la cité de Lattara, aujourd'hui Lattes, située à 7 km de Montpellier. Site gaulois ou comptoir étrusque ?

  Lattara fut en tout cas, dès ses origines, marquée par la rencontre entre les autochtones et les autres populations de Méditerranée occidentale. Des marins venant de la côte italienne, de la ville grecque de Marseille, ou de rivages espagnols accostaient régulièrement dans ce port de commerce et s'y sont peut-être installés de manière définitive.

Survol de la restitution de la ville de Lattara. © MCC/MRT.

 

   Reportage sur les fouilles et les travaux du laboratoire archéologique de Lattara sous la direction de monsieur Thierry Janin :

 

 Ce site gaulois fait l'objet de recherches archéologiques depuis plus de 30 ans. Voici une restitution 3D du site gaulois de Lattes extrait du site www.lattara.culture.fr (site très riche et très complet, à visiter) dans la collection des Grands sites archéologiques (www.grands-sites-archeologiques.culture.fr) éditée par le Ministère de la culture et de la communication.

 

  À la fin du VIe s. avant notre ère, les indigènes, peut-être stimulés par des navigateurs et commerçants étrusques, s’installent durablement sur une éminence dominant la lagune et les vallées du Lez : c’est la naissance de la ville de Lattara. Il est probable que cette fondation rassemble plusieurs habitats plus dispersés, auparavant implantés dans les environs immédiats. Mais malgré ce regroupement d’une partie de la population, certains habitats vont perdurer autour de la cité. Au cœur des échanges et des transferts, Lattara va dès lors jouer un rôle moteur dans la distribution des importations et la diffusion des idées, des techniques et la circulation des hommes.

 

 

Presqu’un siècle avant la fondation de Lattara, vers 625 avant notre ère, les premiers échanges entre le monde méditerranéen et les Gaulois du Languedoc sont engagés. De simples échanges, on assiste dès le début du VIe s. à la mise en place de véritables réseaux commerciaux qui vont concerner l’ensemble des habitats indigènes du Midi. Logiquement, ce sont les établissements situés à proximité du littoral qui bénéficieront le plus des produits importés : les amphores à vin surtout et la vaisselle de table. Au gré des alliances politiques et commerciales qui vont rythmer l’histoire des sociétés méditerranéennes, les réseaux d’échanges et donc les produits transportés et diffusés dans les habitats indigènes vont changer, traduisant l’évolution des circuits commerciaux.

 

Les nombreuses maisons fouillées à Lattes diffèrent de celles qu’on connaît pour les périodes précédentes : aux cabanes recensées en Languedoc pour la fin de l’Âge du Bronze (900-700 avant notre ère) ou le tout début de l’Âge du Fer (700-675 avant notre ère), succèdent des unités domestiques qui montrent l’emploi de techniques de construction et d’aménagement domestique divers et parfois nouveaux.
Lattara1
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26 mai 2010 3 26 /05 /mai /2010 18:17

 Évariste Vital Luminais est né à Nantes le 13 octobre 1821 et mort à Paris en 1896.

  Élève de Léon Coignet (1794-1865) et de Contant Troyon (1810-1865), il débuta sa carrière au Salon de 1843 comme peintre de genre. Il se consacra d'abord, non sans calcul, à des sujets rustiques, de mièvres scènes enfantines et surtout à des sujets de la vie bretonne avant de se spécialiser dans les sujets historiques rares, empruntés notamment aux légendes de l'ancienne Bretagne, au haut Moyen-Âge ou à la chouannerie. Sa prédilection, surtout à partir de la fin des années 1860, pour la mise en scène d'épisodes, souvent imaginaires, inspiré de la vie gauloise fit de lui le «peintre des Gaules».

  Durant la deuxième partie du XIXè siècle, la photographie se développe. Réaliste, moderne et pleine d'avenir celle-ci fait beaucoup de tort à la peinture, de nombreux ateliers que les amateurs de portrait ont déserté ferment. Puisque la peinture ne peut rivaliser en réalisme avec la photographie on imagine une autre façon de peindre. Pour imposer la peinture figurative qui finira par donner le grand n'importe quoi de l'art contemporain, il faut ringardiser la représentation du réel. Luminais n'échappe pas à la critique. Reconnu, honoré, décoré (il reçoit notamment la légion d'honneur en 1869) il essuie de vives critiques et moqueries de la part des partisans de la décadence artistique, dictateurs du "bon goût et de la bien pensance" qui hélas imposeront et imposent encore leur prétendu art en discréditant, voir en insultant leurs opposants.

  Indépendamment de la beauté indéniable de ses œuvres, son art illustre les louables efforts de la part des peintres d'histoire de la deuxième partie du siècle. Il constitue, en outre, un passionnant témoignage de l'élargissement de la quête des origines des Français et du domaine du patriotisme aux époques les plus reculées, auquel on assiste sous le Second Empire et surtout sous la IIIè Répuplique. À cet égard, Luminais tira un certain profit des progrès de l'archéologie dans la représentation de l'armement, des tenues et des casques de ses Gaulois. Après la sanglante défaite de 1870, l'histoire de la Gaule fournit volontiers, comme dans ce tableau, exposé au Salon de 1875 et acquis par la Société des amis des arts de Bordeaux, l'occasion d'exalter les qualités, particulièrement la bravoure de nos ancêtres, vertus censées préfigurer celles des Français "modernes". Le recours aux thèmes gaulois dans un but d'exaltation patriotique présentait, en outre, dans un pays qui s'orientait péniblement  vers l'adoption d'un modèle républicain, l'avantage de dispenser les peintres de traiter des sujets de l'histoire de France jugés compromettants parce que trop marqués par le christianismes ou rappelant les grandes heures de notre pays sous la monarchie.

  Au-delà de la réflexion sur la geste nationale, les deux Celtes portant braies et nattes tressées illustrent aussi le thème de l'homme primitif, tels les indiens d'Amérique (American natives) en communion avec la nature - incarnée de manière paradigmatique par la forêt - qui passionne artistes et hommes de lettres durant le dernier tiers du siècle.

Eclaireurs-gaulois

     ... À ce moment, on apercevait au loin des fumée d'incendie : cela ne permit plus de douter de l'approche des légions.

  Les Gaulois, mis au courant par leurs éclaireurs, lèvent le siège et marchent au-devant de César avec toutes leurs forces. Elles étaient d’environ soixante mille hommes. Cicéron, grâce à ce même Vertico dont il a été question plus haut, trouve un Gaulois qui se charge de porter une lettre à César ; il lui recommande d’aller avec précaution et diligence. Dans sa lettre, il explique que l’ennemi l’a quitté et a tourné toutes ses forces contre César. Le message est remis vers minuit : César en fait part à son armée et l’exhorte au combat. Le lendemain, au point du jour, il lève le camp, et il avait parcouru environ quatre milles quand il aperçoit les masses ennemies de l’autre côté d’une vallée où coulait un cours d’eau. C’était s’exposer à de grands périls que d’engager le combat sur un terrain défavorable avec une telle infériorité numérique ; de plus, puisqu’il savait Cicéron délivré du siège, il pouvait sans inquiétude ralentir son action : il fit donc halte ; il établit un camp fortifié en choisissant la meilleure position possible et, bien que ce camp fût déjà par lui-même de petites dimensions, puisqu’il était pour une troupe de sept mille hommes à peine, et, qui plus est, dépourvue de bagages, néanmoins il le resserre tant qu’il peut, en diminuant la largeur des rues, afin d’inspirer à l’ennemi le plus parfait mépris. En même temps, il envoie de tous côtés des éclaireurs rechercher par quel chemin il pourra franchir la vallée le plus commodément...

    - GUERRE DES GAULES - Livre V

 

  Evariste-Vital Luminais - Combat de Romains et de GauloisCombat de Romains et de Gaulois  - Musée des Beaux-Arts de Carcassonne

 

   La bataille du Sabis voit presque la disparition du peuple des Nerviens, et d'importantes pertes côté romain. Selon César, seuls 500 combattants belges survivent, sur les 60 000 au départ, et il accepte la soumission du reste de la population belge, qu'il autorise à retourner sur leurs terres

   César établit son camp sur une colline face à celui des Belges, séparés par la rivière Sabis. Il mène l'armée avec ses six légions vétérantes (les VII VIII, IX, X, XI et XII), les deux dernières levées protègent les bagages de l'armée qui suivent (les XIII et XIV). La cavalerie romaine, accompagnée par les frondeurs et les archers traversent la rivière et engagent le combat contre la cavalerie ennemie, qui recule. Pendant ce temps, César et ses six légions fortifient leur camp, et c'est alors que l'armée ennemie entière sort des bois et charge la cavalerie et l'infanterie légère romaine, qui sont mises en déroute. Dans leur élan, ils passent à leur tour la rivière pour attaquer les soldats en train de travailler sur le camp. Devant une telle situation, où l'ennemi tombe sur l'armée de César qui n'est pas prête, les lieutenants et les soldats réussissent à former quelques lignes avant le premier choc. Une grande partie des soldats n'est pas totalement équipée, faute de temps, et César et ses lieutenants parent au plus pressé, quelque peu dans le désordre, mais soutiennent le choc. Sur l'aile gauche de l'armée, les neuvième et dixième légions tombent sur les Atrebates à bout de souffle, et les repoussent promptement dans la rivière, perpétuant un massacre. Au centre, les huitième et onzième légions repoussent à leur tour l'ennemi, les Viromanduens, dans la rivière, laissant l'aile droite et le camp en position dangereuse. Le gros de l'armée, composé des Nerviens de Boduognatos, entoure les deux dernières des six légions de la première ligne et s'empare du camp romain, mettant en fuite les aides de camp, la cavalerie et l'infanterie légère déjà battues, ainsi que les troupes auxiliaires gauloises. César appelle alors les deux dernières légions, préposées aux bagages, et Titus Labienus, qui s'empare du camp ennemi avec les quatre légions victorieuses. Ce dernier en renvoie une, la dixième, sauver l'armée de César et prendre à revers l'armée ennemie. Celle-ci, entourée, ne lâche que peu de terrain et résiste jusqu'à la mort.  

(Appien d'Alexandrie - Celtique- et Dion Cassius - Histoire Romaine Livre XXXIX)

 

 Fuite d'un prisonnier gaulois  - Huile sur toile. Musée des Beaux-Arts de Mulhouse.

369px-Evariste-Vital Luminais - Fuite d%27un prisonnier gau 

 

 

 

  Dans les tableaux de Luminais, les Gaulois sont forts, téméraires, affrontant leurs adversaires torse nu, protégés par leurs seuls casques et boucliers.

 

  Les Gaulois prisonniers des Romains savent ce qui les attends : l'esclavage ou la mort. La fuite, quelque soit le danger est donc la seule issue

envisageable.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   Gaulois en vue de Rome - huile sur toile Musée des Beaux-Arts de Nancy. 

800px-Evariste-Vital Luminais - Gaulois en vue de Rome

  En -390, les Gaulois Sénons se présentent devant la ville étrusque de Clusium (aujourd'hui Chuisi), qui est dans la sphère d’influence romaine. Rome envoie une ambassade, chargée d’offrir sa médiation. Mais les ambassadeurs violent la neutralité en intervenant les armes à la main contre les Gaulois, qui demandent réparation à Rome. Devant son refus, les Gaulois marchent sur la ville. L’armée romaine se porte à leur rencontre et prend position, en avant de Véies, près du ruisseau de l'Allia. Il n’y a pas de combat. Effrayées par les cris des Gaulois et déconcertées par leur impétuosité, les troupes romaines se débandent et cherchent précipitamment un abri à Rome ou dans les villes voisines.

  Les oies sacrées du Capitole auraient alors donné l'alerte, sauvant la ville d'une invasion menée par Brennus.

  Dès lors, le reste des soldats présents à Rome se barricada dans le Capitole, laissant femmes, vieillards et enfants dans la ville à la merci des « barbares » qui les massacrèrent sous leurs yeux. Les barricadés virent également les Gaulois incendier leurs temples.

Pendant la nuit, les assaillants tentèrent d'escalader incognito les murs de la citadelle, mais les oies sacrées de Junon les en empêchèrent en criant à qui mieux mieux. Un civil honorable, ancien consul de la ville, avertit alors les soldats romains qui repoussèrent les envahisseurs en les faisant tomber des murailles.

 Les Romains, affamés, demandèrent à Brennus de renvoyer ses troupes hors de la ville. Celui-ci accepta, mais leur demanda alors en échange une forte somme d'or.

La transaction eut donc lieu hors des murs de la cité : quelques poids furent posés sur une balance et, de l'autre côté, les Romains versèrent leur or, jusqu'à ce qu'ils découvrent qu'une épaisse plaque de plomb lestait l'un des plateaux de la machine. On cria à la supercherie et on demanda à Brennus de l'enlever immédiatement.

Celui-ci, hors de lui, jeta son épée sur les poids et hurla la phrase devenue désormais célèbre : « Vae Victis ! » (« Malheur aux vaincus ! »).

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20 mai 2010 4 20 /05 /mai /2010 16:25

  Sur 9 000 m², une équipe d’archéologues de l’Inrap fouille, sur prescription de l’État (Drac Pays-de-la-Loire), le site de l’ancienne clinique Saint-Louis à Angers. Elle met actuellement au jour les vestiges d’un sanctuaire voué au culte de Mithra, dieu d’origine indo-iranienne. Le mithraïsme est probablement introduit dans l’Empire  par les militaires romains et les marchands orientaux et se  répand à la fin du Ier siècle. Ce culte était particulièrement populaire dans les armées, essentiellement chez les soldats et les centurions bien que quelques légats soient attestés. Beaucoup d'esclaves et d'affranchis comptaient également parmi ses fidèles. Les sénateurs et chevaliers semblent par contre avoir été assez réticents à adhérer au mithraïsme. Les femmes en étaient probablement exclues bien que cela ne soit pas absolument sûr. 
  Ce culte à mystères séduit d’abord les élites, puis se diffuse dans toutes les couches de la société. Concurrent du christianisme, il est fortement combattu et finalement interdit par l’empereur Théodose en 392.

  Peu d'éléments sont connus sur le contenu du mithraïsme et les valeurs qu'il véhiculait. On suppose, à l'heure actuelle, que les valeurs d'amitié et de loyauté étaient primordiales. Seules deux scènes de la geste de Mithra sont actuellement bien connues et identifiées: sa naissance et la tauroctonie.

mithra

  Mithra, qui s'est créé lui-même à partir de la roche (on dit pétrogène), est à la fois primogenitus et autogenitus. Cette scène est représentée sur de nombreuses statues.

La tauroctonie est sans conteste la scène la plus représentée dans les sanctuaires du dieu, qu'il s'agisse de sculptures, de bas-reliefs ou de fresques. Il semble qu'après avoir chassé le taureau, Mithra l'ait rattrapé et tué. Le sacrifice du taureau serait à l'origine de la vie, le sang de l'animal fertilisant la terre.

  Les fidèles devaient subir une initiation pour être pleinement accepté parmi les plus fervents fidèles. Les initiés portaient chacun un grade bien précis: corbeau (corax), fiancé ou jeune marié (nymphus), le soldat (miles), le lion (leo), le Perse (Perses), l'Heliodrome (Heliodromus) et le Père (Pater). Ces grades sont principalement attestés en Italie, notamment par de nombreuses inscriptions et la mosaïque du sanctuaire de "Sette Sfere" à Ostie..

  Contrairement à d'autres divinités sémitique ou égyptienne, Mithra était un dieu aryen. Son culte s'exerçait initialement dans des grottes naturelles (pour rappeler celle où Mithra tua le taureau, symbole du mal d'où jaillit cependant la vie, force vitale destructrice et créatrice), ce qui explique que l'on construisait des temples exigus et sans fenêtres, à l'image d'une caverne.

  Le succès de ce dieu oriental dans l'Empire romain ne remonterait selon Plutarque qu'au premier siècle avant Jésus-Christ : après la campagne menée par Pompée Contre les pirates de Cicilie (sud-est de l'Asie mineure), son culte fut importé à Rome par des légionnaires.

  Les vestiges des temples dédiés à Mithra sont souvent découverts non loin des casernes - dans les vallées du Rhin et du Danube notamment.

  Le mithraïsme connaît son apogée dans l'Empire romain au IIè et IIIè siècles, sous une forme romanisée, sans doute éloignée de sa version iranienne.

  Né d'une source et d'une pierre sacrée, déjà coiffée du bonnet phrygien, Mithra aurait donc rencontré et tué le taureau primordial, acte fondateur de la vitalité-virilité du monde, mais il était aussi le dieu de l'accord-cosmique. Étant lumière, il devient par syncrétisme avec d'autres cultes solaires le "soleil invaincu" (sol invictus).

  Son culte faillit sous Aurélien, devenir le culte officiel de l'Empire mais il sera fort heureusement supplanté par le christianisme sous Théodose, même si Julien l'apostat ou "l'usurpateur Eugène" tentèrent de le restaurer.

  Ce qui explique son échec, c'est son élitisme, son "machisme" dirait-on aujourd'hui, et son culte du secret. Religion réservée à une élite masculine, il ne pouvait prétendre atteindre l'universalité chrétienne.

  Les chercheurs supposaient que cette partie d’Angers était occupée dès le début de notre ère, sous le règne d’Auguste. Les axes urbains, le cardo (nord-sud) et le decumanus (est-ouest) d’un îlot d’habitats, sont visibles sur le chantier, notamment le decumanus avec fossés et trottoirs. Celui-ci vient d’être daté d’une époque très précoce pour Angers : les années 10 avant notre ère. À la fin du Ier siècle, une ou deux demeures (domus) sont édifiées dans l’îlot. Ces riches maisons décorées possèdent colonnades et système de chauffage par le sol (hypocauste).  Un incendie ravagea une grande partie des bâtiments du quartier.
  Au moins dès le IIIe siècle, un bâtiment rectangulaire excavé est installé au nord-ouest du site. Son architecture est celle d’un mithræum, édifice voué au culte de Mithra. Ces temples apparaissent comme de petites chapelles voûtées où se déroulent les banquets et sacrifices dédiés à Mithra. Leur voûte peinte est généralement décorée d’un ciel étoilé. À Angers, des tambours de colonnes, peut-être bases d’autel ou socles de statue, émergent. Les sanctuaires dédiés au dieu comportent toujours un bas-relief représentant la divinité coiffée de son bonnet phrygien. Envoyé par le dieu suprême, il égorge un taureau, symbole du mal,  qui par son sang donne naissance à la vie. La fouille des décombres antiques de la rue René Brémond révèle aujourd’hui des éléments de ces statues peintes : fragments d’un bas-relief du dieu Mithra avec notamment des éléments des dadophores (porteurs de torches) et du miles (porteur de lance), associés à un riche mobilier du IVe siècle.

  De nombreuses monnaies (environ 200) et fragments de céramiques, ainsi que des lampes à huile complètes, les morceaux d’un rare lustre en terre cuite aux figures de Nubien, une fibule cruciforme en bronze caractéristique des fonctionnaires du IVe siècle, des restes de faune où dominent les os de coqs (met privilégié dans le banquet cultuel), un exceptionnel vase ansé zoomorphe en grande partie conservé sont dispersés à l’intérieur et autour du temple.
  Sur un gobelet en céramique sigillée fabriqué dans les ateliers de Lezoux (Puy-de-Dôme), figure une dédicace gravée avant cuisson offerte par  un certain Genialis dans la première moitié du IIIe siècle : « DEO [INVIC]TO MYTRH[AE]…/…]VS GENIALIS CIVES MA […]VS EXVOTO D[ …/…]RIBVS OMNIS LOCO OMNIS  (…) » : « Au dieu invaincu Mithra,]us Genialis, citoyen de…, a offert en ex voto (ce vase) ».
  Un fragment de tuffeau ouvragé, décoré de palmettes, porte dans un cartouche une inscription en grec sur quatre lignes qui a été en partie déchiffrée. Elle  indique une dédicace effectuée par un dénommé Theophilos d’origine orientale au profit de Retituitos, nom à consonance gauloise.
  La richesse du mobilier, la conservation des vestiges, l’importance de l’épigraphie, l’absence jusqu’à aujourd’hui de découverte de mithræa dans l’ouest de la France offrent aux archéologues de l’Inrap des perspectives de recherche inédites touchant à la fois aux domaines de l’archéologie, de l’histoire de l’art et des religions. Cette découverte ouvre de nouvelles perspectives pour l’histoire d’Angers et le début de la christianisation au IVesiècle. Après Bordeaux, Strasbourg, Biesheim, Septeuil, Tirlmont (Belgique), Martigny (Suisse), Rome et Ostie, Angers s’inscrit désormais dans l’inventaire restreint des mithræa connus en Europe occidentale.
  Mithra en Perse à survécu dans le zoroastrisme, mais comme un dieu parmi les autres et non plus le dieu premier d'un monothéisme solaire. Le temple d'Angers prouve cependant la vitalité dans la Gaule romain, comme dans tout l'empire du dieu aryen et tauroctone dont la fête principale était fixée... un 25 décembre.
 
 
Source : Inrap
 
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13 mai 2010 4 13 /05 /mai /2010 10:49

 

 Dès les premiers siècles de notre ère, il est fait état d'un tissu réputé porter l'empreinte physique du Christ. Il apparaît à Édesse (l'actuel Urfa en Turquie), où la tradition précise qu'il aurait été apporté, dès les premiers siècles, par Thaddée, un disciple de Jésus, dans ce royaume dont l'histoire atteste qu'il se convertit au christianisme au plus tard au IIè siècle (donc très rapidement). Cette image d'Édesse, mentionnée par d'innombrable document d'époque, est un tissu où se serait miraculeusement imprimé le visage du Christ; elle est dite archeiropoïétique, c'est à dire non faite de main d'homme. Probablement à cause d'un retour du paganisme, il n'est plus question de l'image durant quelques siècles; elle réapparaît dans les chroniques, pour n'en plus sortir, au début du VIè siècle.

 

  Or, à peu près à cette époque, l'imagerie du Christ dans l'art change radicalement : le jeune homme imberbe et bouclé laisse la place à un homme barbu, de type sémite, à la longue chevelure. On a relevé plus d'une quinzaine de traits qui reviennent constamment, sur les reproductions de l'image d'Édesse comme sur les Christ pantocrator[1] qui prolifèrent en orient : ils se retrouvent tous sur le linceul de Turin. Parmi les plus troublants : une mèche à deux branches sur le front, qui correspond à une tache de sang sur le linceul en forme de 3 inversé; deux marques sur le front, l'une en forme de U, surmontant une plus petite en V, qui ne peuvent s'expliquer que par leur présence sur le suaire; le nez fort, les pommettes saillantes et les yeux globuleux, la barbe bifide (séparée en deux). Sans l'influence du suaire, comment expliquer par exemple que sur une monnaie de l'empereur Justinien II, qui régna sur Byzance de 685 à 695, figure un Christ au visage tuméfié ?

  linceul2

   En 944, l'image d'Édesse est conquise et transférée à Constantinople. Mais en 1204, lors du sac de la ville, elle disparaît sans laisser de traces. Durant ces trois siècles, l'image est de plus en plus souvent évoquée comme représentant le corps du Christ, et non plus seulement son visage. Si, auparavant, on n'a souvent mentionné que celui-ci, ce peut être parce que le tissu était plié de façon à ne laisser apparaître que le visage, de fait la partie la plus marquante, ce que suggère le mot tetradiplon (doublé en quatre) qui lui est parfois appliqué. Mais dès 769, le pape Etienne III en parle comme un linge où l'on peut voir «non seulement [le] visage [du Christ] mais aussi la stature de son corps». 

  Le linge disparaît pendant plus d'un siècle. Mais en 1355, le croisé Geoffroy de Carny organise la première ostension[2] à Lirey, en Champagne. Geoffroy n'a jamais expliqué comment il était entré en possession du linceul. On peut noter comme possible indice le fait que celui-ci a épousé une descendante d'Othon de La Roche, chef croisé qui a participé au sac de Constantinople.

  En 1898, débutent les recherchent scientifiques. Secondo Pia, photographiant le suaire pour la première fois, découvre avec stupeur que le négatif de ses photos donne une image beaucoup plus nette : l'image présente sur le tissu a toutes les caractéristiques d'un négatif, et c'est donc sur les négatifs qu'elle apparaît en positif, la silhouette indistincte y prenant l'apparence d'un véritable portrait, d'un réalisme saisissant.

LINCEUL  Des recherches sont effectuées concernant la conformité de l'image du suaire (terme religieux du linceul) au récit de la Passion.

Il en résulte que l'image est celle d'un homme d'environ 1,80 mètre, âgé de trente à quarante ans.

  Il a été frappé au visage et flagellé à la romaine, de plus de cent coups de fouet lesté de boules de plomb, et a eu le cartilage du nez cassé.

Sa tête a été recouverte d'épines, on dénombre, sur le linge, une cinquantaine de blessures autour de la tête faisant penser à un casque d'épines. 

La coulée de sang de la veine frontale, en forme de 3 inversé, a pu être arrêtée par un cercle de jonc semblable à celui de la sainte couronne d'épines, rachetée en 1238 par Saint Louis, et conservée aujourd'hui à la cathédrale Notre Dame de Paris. Le supplice de la couronne d'épines n'a jamais évoqué en dehors des Évangiles.

  Il a porté un objet pesant sur ses épaules, (en général, le condamné ne portait que le patibulum - la partie horizontale de la croix qui devait peser près de 45 kg, la partie verticale - le stipes, était souvent planté à demeure sur le lieu du supplice) les blessures dues au portement du patibulum sont visibles sur l'épaule droite et l'omoplate, elle sont postérieures à celles de la flagellation (qui apparaissent dessous)  

  Il est tombé plusieurs fois à terre : le tissu garde des traces d'une poussière (mais aussi de pollens) typique du Proche-Orient.

  Il est mort de crucifixion, et les clous n'ont pas été plantés dans les paumes des mains comme on le représentait au Moyen-Âge, mais dans les poignets (le carpe précisément), ce que des études modernes ont révélé comme la seule méthode praticable. Ces études ont également prouvé qu'un homme crucifié a les pouces qui se rétracte, c'est le cas de l'homme du linceul (voir photographie).

  Au niveau des pieds, un seul clou semble avoir été fixé dans le carpe pour les deux pieds, le gauche au-dessus du droit.

Son sang comporte un excès de bilirubine, comme il est normal en cas de grande souffrance. Les angles des coulées de sang sur les bras montrent que le supplicié a alterné les positions hautes et basses pour chercher sa respiration et éviter l'asphyxie.

   Il a reçu un coup de lance du côté d'où ont jailli «du sang et de l'eau» (du sérum) comme en rend témoignage l'Évangile de Jean. L'homme du linceul a une plaie de 4,5 cm, correspondant à la pointe d'une lance romaine. Elle est restée béante, signe que l'homme était déjà mort quand la blessure lui a été infligée. Cette blessure a été portée non au cœur, mais à droite, là où les légionnaires romains étaient entraînés à frapper.

 Le corps de Jésus de Nazareth, n'a pas été lavé car mort un vendredi soir, la toilette mortuaire devait attendre la fin du sabbat. Le corps du linceul n'a pas été lavé non plus, et comme celui de Jésus, il a reposé moins de quarante heures dans ce linge.

  LES TECHNIQUES ET CONNAISSANCES ACTUELLES DE LA SCIENCE NE PERMETTENT PAS DE COMPRENDRE COMMENT LE CORPS  DE L'HOMME DU SAINT SUAIRE DE TURIN A ÉTÉ RETIRÉ. LE SUPPLICIÉ EST SORTI DU LINCEUL SANS ARRACHER AUCUN CAILLOT DE SANG.

  L'EMPREINTE "IMPRIMÉE" SUR LE LINGE N'EST PAS UNE PEINTURE. ELLE N'A JAMAIS PU ÊTRE REPRODUITE. SA FORMATION N'A PAS PU ÊTRE EXPLIQUÉE. Tout ce passe comme si le corps avait projeté son image par rayonnement sur le linge.

  Le Saint Suaire, fin et léger, est un tissu cher et honorifique, en totale contradiction avec le supplice "infamant" de la croix dont la pratique habituelle était de jeter les crucifiés à la fosse commune. L'évangile précise toutefois que c'est Joseph d'Arimathie «un homme riche» (Mt 27,57) qui «acheta un linceul» (Mc 15,46)

  Il est impossible que le Saint Suaire soit un faux médiéval, comme certains l'ont hâtivement déduit à la suite des analyses au carbone 14. Cette méthode de datation n'est pas infaillible, l'un de ses principaux artisans a d'ailleurs mis en garde contre la contamination possible par simple fumée de cigarette, alors que le suaire a subi plusieurs incendies et que les échantillons ont été prélevés dans une zone souvent manipulée lors des ostensions. Les analyses, que toutes personnes sérieuses reconnaissent aujourd'hui comme erronées, dataient le linceul du XIVè siècle alors qu'un manuscrit du XIIè siècle, le Codex Pray, parle très clairement du suaire et du corps supplicié du Christ, avec des détails qui ne peuvent être révélés que par l'examen du tissu.

 Le groupe sanguin de l'Homme du linceul est très probablement AB, comme c'est le cas du sang prélevé sur la Tunique d'Argenteuil. Mais ceci est une autre histoire.

 

 

 [1] Représentation artistique du Christ dans son corps glorieux par opposition aux représentations plus humaines du Christ souffrant la passion sur le crucifix, ou celle de l'enfant Jésus.

 [2] Exposition des reliques à la dévotion des fidèles

 

  A voir : http://linceuldeturin.info

  A lire :

 

Radio Notre DameArnaud UPINSKY - Le Grand Témoin sur
Radio Notre Dame 100.7 - lundi 3 mai 2010

Emission animée par : Louis Daufresne, Aymeric Pourbaix
Réécouter L'émission


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2 avril 2010 5 02 /04 /avril /2010 00:13

 La bataille d'Alésia, en image :

 

 

 

 

 

 

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18 mars 2010 4 18 /03 /mars /2010 16:52

  L'arrivée de soldats, fonctionnaires, commerçants, etc... venus de Rome, va amener sur la table des habitants de Gaule, de nouveaux aliments, de nouvelles recettes, de nouvelles habitudes.


  Dès le Ier siècle, sous l’influence de Rome, les Gaulois ont modifié leur mode de vie et donc leurs habitudes alimentaires. Si la plupart des gens se contentaient de pain, de légumes et de bouillie, les plus aisés prenaient comme les Romains, trois repas par jour.

   Le petit déjeuner (jentaculum) se prenait à l’aube. Il était composé de pain frotté à l’ail, accompagné de fromage, d’olives et de fruits.

  Le déjeuner (prandium) se prenait en fin de matinée. Sa composition était similaire à celle du petit déjeuner.

  Le repas du soir (cena) se prenait avant le coucher du soleil. Il était composé de hors-d’oeuvre (oeufs, escargots), de plusieurs plats (viandes, poissons, légumes) et de desserts (fruits, pâtisseries).

  Dans les villes, on pouvait se restaurer dans des thermapolia, de petites échoppes où étaient vendues des boissons chaudes et quelques plats à emporter ou à consommer sur place.

  Ils comportaient des comptoirs en maçonnerie dans lesquels étaient creusés des emplacements pour garder les marmites au chaud. Dans les tavernes, on avait le droit de vendre uniquement des légumes. Il existait aussi des marchands de nourriture ambulants.

 

  L'alimentation du petit enfant de cette époque est connu grâce aux textes de Soranos d'Éphèse, médecin Grec du début du IIè siècle après J.C. Celui-ci a fait ses études à Alexandrie avant d'exercer à Rome sous le règne de Trajan et Hadrien. Il a écrit notamment "Traité des maladies des femmes" où l'on retrouve les écrits les plus précis de l'Antiquité sur la grossesse, l'accouchement et l'allaitement.
  Soranos préconise pour le nourrisson une diète de deux jours, indispensable, selon lui, pour permettre de se rétablir au traumatisme de la naissance et de digérer la nourriture maternelle avant d'en recevoir une autre. Après ces deux jours de jeûne forcé, le nouveau-né pouvait enfin être nourri.
  L'allaitement au sein était bien évidement la méthode la plus c
ourante pour nourrirbiberon-gallo-romain-c-ramique les bébés. Les mamans qui manquaient de lait, pouvaient si elles en avaient les moyens financiers, recourir aux services d'une nourrice; les moins fortunées donnaient à l'aide d'un biberon de terre cuite ou de verre, du lait de brebis à leurs enfants. Ces biberons ressemblaient à une petite cruche d'eau, avec une anse et un bec très étroit.
  L'allaitement artificiel était cependant assez risqué, dans la mesure où la stérilisation du lait n'existait pas.
  Le sevrage ne se faisait pas pas avant l'âge de deux ans. Puis, comme le conseillait Soranos, la nourriture solide remplaçait peu à peu le lait : "les miettes de pain ramollies dans de l'Hydromel, dans du lait, dans du vin doux et miellé. Plus tard viendront le potage de gruau (grains de céréales dépouillés de leur enveloppe corticale par une mouture incomplète), la purée très liquide, un œuf mollet". Puis, "dès que l'enfant a des dents, des aliments plus solides, qui insensiblement vont l'accoutumer à un régime alimentaire nouveau". Soranos conseillait "un large éventail de mets et de boissons (y compris le vin), de manière à ce que l'enfant se familiarise avec toutes les saveurs". L'enfant gallo-romain mangeait donc très tôt les mêmes aliments que les adultes.

  La façon de se nourrir des gallo-romains différait suivant la région habitée. Logiquement, ceux qui habitaient à proximité des côtes maritimes mangeaient plus de poissons frais que les habitants de l'intérieur du pays. Au sud le climat étant plus favorable à la culture de certains fruits ou légumes, les habitants de ces régions avaient une alimentation plus diversifiée que les nordistes. Toutefois, les plus riches pouvaient acheter aux nombreux marchands ambulants qui sillonnaient le pays, des produits provenant par exemple de régions méridionales que les romains appréciaient particulièrement. 

  Les céréales constituaient un élément essentiel de l'alimentation dans toute la Gaule romaine. 
  Le blé, l'orge, le millet, le sésame, l'avoine et le seigle se préparaient en bouillie. 
  En pillant le blé dans un mortier, on obtenait une semoule appelée alica qui était  précuite à la vapeur, séchée et enfin, concassée. Avec de l'orge additionné de graine de lin, on faisait de la polenta. Et en dessert, la placenta était appréciée. Avec de la semoule de blé on faisait une pâte qui ensuite était garnie avec du miel et de la crème préparée à partir de fromage de brebis.

  Le pain que l'on faisait soi-même à la campagne ou que l'on achetait dans des boulangeries dans les villes, existait sous différente forme et était fabriqué avec différentes céréales.

 

pains-copie-1  Les familles gallo-romaines qui disposaient généralement d'un potager cultivaient des salades : chicorée, pissenlit, roquette, laitue, mâche, cresson, ou endive, ainsi que différentes sortes de légumes : carottes, panais, radis, asperges, poireaux, concombres, bettes, cardes ou artichauts. Le choux, cuisiné seul ou avec du lard était fréquemment consommé, tout comme les pois, fèves, lentilles ou pois chiche.
  Les nombreuses forêts gauloises offraient aux habitants du pays un choix varié de champignons, certains comestibles, d'autres moins... 
  Les légumes étaient consommés frais, bouillis, en purée ou même frits et étaient conservés dans du sel, du vinaigre ou étaient séchés. 

  Les Gallo-romains raffolaient de fruits. Ils produisaient des pommes, des coings, du raisin, des abricots, des cerises; cueillaient des mûres, des noix, des noisettes, des amandes et des pignons. Sur les marchés, les figues, les dattes, les prunes et les pêches avaient beaucoup de succès.
  Pour conserver les fruits afin de pouvoir en consommer en dehors de la saison, certains d'entre eux étaient cuits avec du miel ce qui donnaient une sorte de pâte de fruit, avec le raisin, on faisait de la gelée.

  À Rome, dans les milieux populaires, on offrait en fin d'année[1], des dattes de Syrie, en guise de confiseries. Des fouilles archéologiques effectuées en Gaule relèvent la trace de ces fruits, ce qui nous permet d'imaginer que nos ancêtres gallo-romains adoptèrent cette coutume romaine.

 

  Les repas quotidiens de cette époque étaient donc constitués principalement de légumes, de céréales (sous forme de pain) et de fruits.

  La viande n'était pas denrée journalière, elle se faisait même relativement rare chez  le peuple, il ne faut pas en conclure pour autant que les gens de cette époque étaient végétariens.

  Le porc était élevé pour sa viande, et la charcuterie gauloise était depuis longtemps réputée. Varron, au premier siècle avant notre ère affirme : «La charcuterie des Gaules a toujours été renommée pour l'excellence et la qualité de ses produits. L'exportation considérable de jambons, saucissons et autres confections de ce genre, qui se fait annuellement de ce pays à Rome, témoigne de leur supériorité comme goût» (De agricultura, II, IV). Toutefois, tous les foyers n'avaient pas possibilité d'élever un cochon. Engraissé au début de l'automne et tué à la fin de cette saison le porc dont la race différait un peu de celle élevée de nos jours allait nourrir toute une famille pendant l'hiver. L'animal abattu, sa viande était immédiatement salée et fumée afin de pouvoir être conservée.
  La viande des bovins était rarement de bonne qualité. Ces animaux étaient élevés avant tout pour les travaux agricoles, il fallait de bêtes fortes, solides, que l'on utiliserait le plus longtemps possible, au détriment de la qualité de leur viande.

  Les ovins eux aussi étaient élevés durant plusieurs années, pour leur lait, et pour leur laine qui servait à la confection de la majorité des vêtements. Manger de l'agneau était un luxe réservé à des événements particuliers.

  Très abondant dans certaines régions, le lièvre finissait souvent dans la marmite des familles gallo-romaines.

  Le sanglier, plus difficile à capturer et bien que très apprécié était beaucoup moins souvent invité à table que son cousin le porc dont les races domestiqués à l'époque étaient bien différentes de celle élevée aujourd'hui en Europe.

  Le cerf (biche, chevreuil) très coûteux car compliqué à chasser, était réservé aux plus riches.

  Des découvertes archéologiques, comme celle faite à Saint Marcel (Indre), nous apprennent de nombreuses choses se rapportant à la consommation de viande aux premiers siècles de notre ère. À Argentomagus (Saint Marcel) l'importante couche d'ossement d'animaux trouvée était attribuable à 95% à des bovins, et près de 60% présentent des traces de découpe bouchère. Ces chiffres tendent à montrer que si dans les villes et les agglomérations secondaires les bovins étaient abattus et débités dans des établissements spécialisés, les animaux plus petits comme le cochon et le mouton étaient tuée et découpés sur place dans les fermes. Ces marques de découpe bouchère et de raclage observées sur les ossements ont permis de reconstituer les phases successives de la préparation de la viande, depuis la mise à mort de l'animal jusqu'à la vente à l'étal.

  Le bœuf était d'abord assommé par un coup de masse porté sur le front, puis l'animal était tué au couteau. Les parties consommables comme la langue et la cervelle étaient alors retirées. La bête était ensuite dépecée à l'aide de feuille, ces couteaux à large lame. La peau était alors posée à terre et la découpe effectuée dessus pour éviter toute souillure des quartiers de viande. Boyaux et viscères étaient retirés, puis le boucher séparait la carcasse en deux. Restait à détacher épaules et cuisses ou à désosser les flancs.

  Après avoir fait bouillir la viande pour l'attendrir, on la salait, la nappait de miel et la faisait rôtir au four. La viande était aussi appréciée grillée ou à la cloche à braise. Il s'agissait de couvrir les aliments avec un couvercle (la cloche) pendant leur cuisson. Ce système permettait aux aliments de cuire en se gorgeant de sauce.

  Le ragoût, un plat classique de l'époque pouvait être préparé de façons différentes :

Le plumentum : soupe épaisse de viande, de légumes et de céréales.

L'offella : petits morceaux de viande en brochettes grillées au four, puis mijotés en cocotte avec une sauce. Ils étaient parfois marinés avant cuisson.

  Généralement, la viande était consommé fraîche, mais elle pouvait également être salée ou fumée pour être conservée.

  Les abats étaient cuisinés en farce dans les patina (gratin) ou dans les sauces.

  Boudins et quenelles modelés à partir de viande hachée menu dans des mortiers étaient également proposés à la vente sur les étals des bouchers et des charcutiers.

   

  Les volailles étaient principalement élevées pour leurs œufs qui étaient déjà cuisinés de différentes façons. Celles qui étaient destinées à la consommation étaient généralement prêparées farcies.

 

  Occasionnellement, on mangeait du foie gras d'oie, gavée essentiellement aux figues.

 

  Une bonne pluie d'été offrait la possibilité de ramasser des escargots dont les gallo-romains appréciaient le goût et le coût.

 

  Coquillages et crustacés, ramassés sur les côtes de la Méditérannée, de l'Atlantique ou de la Manche étaient appréciés des gens de l'époque. Huitres dégustées fraiches ou conservées dans de la saumure et du vinaigre, ainsi que les moules étaient le plus fréquement consommées. Mais coquilles Saint-Jacques, pétoncles, palourdes, télines, praires, bulots, oursins, crevettes, langoustines, et poulpes rencontraient également un certain succès.

  Les Gallo-romains étaient aussi amateur de poissons. Pêchés en mer, en eau douce ou élevés en vivier.

  Le poisson de mer était très coûteux car sa capture demandait beaucoup de travail. Le plus consommé était le thon, dégusté frais ou en salaison. Mulets, dorades, soles, murènes, loups (ou bars) garnissaient occasionellement les assiettes. Les gourmets raffolaient de turbots et de rougets.

  Les poissons de rivières comme la truite, la tanche, le saumon, l'anguille, l'ablette ou le brochet, moins perilleux à prendre et présent sur l'ensemble du territoire étaient, comme les poissons de mer, cuisinés grillés, en friture, farcis ou cuits à l'étouffée.

 

  Avec les produits de la mer, on fabriquait une sauce destinée à relever les mets et à élaborer des plats. Recette très ancienne, le garum provenait de la macération de poissons (thons et maqueraux principalement), dans une saumure de sel marin."Ces morceaux" précise Pline l'Ancien, sont "les intestins et les autres déchets" (Histoire Naturelle, XXXI,93). Parmi les différentes variétés de garum, le hallec était une préparation produite parfois à partir d'huitres et d'oursins. Étant peu coûteuse, elle régalait les plus pauvres.

  Les fabriquants de garum produisaient également des salaisons de poisson, les salsamenta. Les espèces ainsi conservés étaient les thons, les maquereaux, les sardines, les mendoles et les surmulets, tantôt entiers, tantôts découpés en morceaux, en tranches ou en filets. Le poète Martial[2] raffolait du jeune thon plongé dans la saumure et qu'on pouvait laisser macérer pendant plusieurs années (Épigrammes, XI, 52). À Saintes (Charente-Maritime), une incription peinte sur le col d'une amphore expédiée de Bétique (actuelle Andalousie), l'eût sans doute comblé : «Jeune thon de quatre ans d'âge. Excellent». Quant aux fouilles de la Bourse à Marseille, elles ont livrées des amphores contenant une massse encore importante d'écailles et d'arêtes de petits poissons. Leur contenu s'était peut être avarié : dans l'une d'elles on a retrouvé un squelette de souris !

 

  Le fromage en Gaule était principalement fabriqué avec du lait de brebis. Il pouvait constituer

à lui seul un repas : le petit déjeuner ou le déjeuner. Il était alors communément parfumé de menthe, de coriandre ou d'épices : le moretum[3].

  Le lait et le fromage étaient tous deux utilisés dans les recettes de cuisine et surtout dans les pâtisseries, comme les globi, beignets préparés à partir de semoule et de fromage frais[3].

  Consommateurs de beurre, les Gaulois utilisèrent l'huile d'olive un peu plus plus fréquement, avec l'implantation des Romains. En Gaule du Nord, on préférait toutefois cuisiner avec des graisses animales comme le suif ou le saindoux.

 

  Comme le pain et le lait, le miel constituait un aliment de base utilisé dans la préparation des desserts (gâteau au miel), des viandes et des boissons (hydromel) Le miel tenait lieu de sucre, dont on ne connaissait pas la fabrication à l’époque gallo-romaine. Il était aussi utilisé pour conserver les fruits et la viande. Les gallo-romains fabriquaient également du “miel de dattes” qui était un sirop obtenu par la cuisson de dattes de rebut. Des fruits secs ou concassés trempés dans du miel étaient consommés en tant que friandise.

  Épices, aromates et condiments étaient très nombreux à accompagner les recettes romaines. Il n’y avait jamais une seule épice mais un mélange d’épices utilisé dans les recettes. Ces dernières étaient toujours très assaisonnées. Les épices et aromates se divisaient en deux grandes catégories :

- les productions locales gallo-romaines : ail, menthe, coriandre, céleri, aneth, livèche, sarriette, laurier, carvi, ciboulette, câpre, genièvre, myrte (qui remplaçait le poivre), fenouil, basilic et persil.

- les importations : poivre d’Inde, gingembre. L’éloignement des zones de production en faisait des produits très coûteux.

  Le sel était indispensable pour la conservation des aliments. On l’extrayait de trois manières différentes :

 

- le sel gemme ( sel à l'état de minéral).

- le sel de source

- le sel marin

  potsetamphores

 

  À table, des Gallo-romains buvaient de l'eau et du vin. Ah, le vin ! Vaste sujet à traiter dans un autre article[4].
  

[1] En 46 avant notre ère, l’empereur romain Jules César décida que le 1er janvier serait le Jour de l’An.

En France, le Jour de l’an n’a pas toujours été le 1erjanvier : la nouvelle année commence à cette date depuis 1564. C’est le roi Chales IX qui, dans l'Édit du Roussillon du 9 août 1564, fixa le début de l’année au 1er janvier. Pour les peuples usant du calendrier solaire, le Jour de l’an a beaucoup changé au fil des siècles, au gré des Églises, des époques et des pays.

Aux VIè et VIIè siècles dans de nombreuses provinces, le Jour de l’an était célébré le 1ermars. Sous Charlemagne, l’année commençait à Noël. Du temps des rois capétiens, l’année débutait le jour de Pâques. En conséquence, les années étaient de longueur très variable. Cet usage fut quasi général aux XIIè et XIIIè siècles et même jusqu’au XVedans certaines provinces. Les généalogistes des rois de France devaient donc jongler avec les dates en fonction des lieux pour raconter l’Histoire car auparavant le début de l’année variait selon les provinces : à Lyon, c’était le 25 décembre, à Vienne, le 25 mars… L’édit de Charles IX mit tout le monde d’accord.

En 1622, cette mesure fut généralisée par le Pape à l’ensemble du monde catholique, notamment pour simplifier le calendrier des fêtes religieuses.

En 1792, le calendrier républicain abolit le 1er janvier et fait débuter l'année le 1er vendémiaire.

 

[2] Martial (en latin Marcus Valerius Martialis) est un poète latin du 1er siècle après J.-C., originaire de Bilbilis en Hispanie, réputé pour ses Épigrammes.

 [3] recettes de moretum et de globi : http://www.leg8.com/textes/vie_quotidienne/cuisine_romaine/5_recettes_laitages.php

[4] Les Gallo-romains buvaient du Gevrey-Chambertain : http://dossierstorique.over-blog.com/article-36024911.html

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25 février 2010 4 25 /02 /février /2010 23:29

  Le monde celtique était constitué d'un morcellement de peuples, sans unité politique stable. Il est donc difficile de dresser un portrait commun aux druides Gaulois, Celtes de la péninsule Ibérique, Irlandais et Gallois.

  Cependant, certains points culturels apparaissent communs à ces différents peuples celtes.

 Druide1

 

   Les druides faisaient partie de la classe sacerdotale celtique, qui se divisait principalement en trois spécialités : les druides, les bardes et les devins. En haut de la hiérarchie se trouvaient bien entendu les druides. Dans son ouvrage sur la guerre des Gaules, César (100 à 44 av. J.C.) les présentaient comme une catégorie de privilégiés (en compagnie des chevaliers) dans la mesure où ils s'abstenaient d'aller à la guerre, étaient exemptés d'impôt, de service militaire et de toute autre charge. Il existait un druide supérieur qui possédait sur tous les autres une très grande autorité. Lorsqu'il mourrait, la succession revenait au plus digne; s'il y avait plusieurs candidats, la décision se faisait par le suffrage des druides ou par une lutte armée. Le rôle des druides était de s'occuper de la religion, de veiller à l'observation des rites, de régler les pratiques religieuses, de rendre la justice et d'enseigner (Guerre des Gaules, VI, 13-14). Pour l'historien grec Diodore de Sicile[1] (90 à 20 environ av. J.C.), les druides étaient des philosophes et des théologiens. Pour le géographe grec Strabon (environ 63 av.J.C. à 19 apr. J.C.), les druides s'adonnaient à l'étude des sciences de la nature et à le philosophie morale; ils rendaient justice et avaient le rôle d'arbitre au cours des guerres (Géographie, IV, 4, 4). Enfin, le géographe romain Pomponius Mela (milieu du premier siècle apr. J.C.) décrivait les druides comme des érudits, maîtres de sagesse et d'astronomie (chorographie, V, 2, 18).

 

  Le mot druide utilisé également en Irlande, vient de dru-, "chêne" et -wid- "voir, savoir. Druide signifie donc : "celui qui connaît par le chêne". Cette explication donné par Pline l'Ancien est aujourd'hui confirmé par une majorité d'historiens qui se sont penchés sur la question.

 

  La classe sacerdotale celtique était également  composée de bardes, mot utilisé en Irlande: bard, et au Pays de Galles :  bardd. Selon Diodore de Sicile, ils étaient des poètes lyriques, accompagnés d'une harpe, qui chantaient tantôt des hymnes, tantôt des satires. Ils utilisaient surtout leur art à l'occasion des guerres; sur les champs de batailles, ils s'avançaient au milieu des adversaires et les apaisaient (Bibliothèque historique, V, 31). Timagène[2] d'Alexandrie (Ier s. av. J.C.) indique que les bardes chantaient en vers les hauts faits des hommes illustres, accompagnés de leur harpe.

 

  Autre catégorie de druides : les devins. Pour Diodore de Sicile, ceux-ci prédisaient l'avenir par l'observation des oiseaux et l'immolation des victimes. (Bibliothèque historique, V, 31). Strabon les appelaient les "vates", spécialisés dans le sacrifice et l'interprétation de la nature (Géographie, IV, 4, 4). Enfin, ils portaient le nom d'"euphage" chez Timagène, et avaient pour fonction de révéler la force et les merveilles de la nature (Ammien Marcellin, XV, 9).

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  Des écrits parlent de druidesses ayant vécues au IIIè siècle, mais la classe sacerdotale semblait plutôt réservée aux hommes. Alors s agissait-il de druidesses, de femmes qui s'étaient auto-proclamée druidesses alors qu'au IIIè siècle les vrais druides étaient en voie de disparition, ou était-il plutôt question de voyantes ?

 

  Les druides n'ont pas mis par écrit leur savoir religieux pour les Celtes, les choses importante ne s'écrivaient pas, elles se disaient de vive voix. Cette position par rapport à l'écriture peut sans doute s'expliquer comme suit : les druides considéraient certainement la parole comme active, dynamique, évoluant comme la vie, à la différence de l'écrit qui fixait, figeait les choses et, dans un certain sens, les tuait. Une raison est donnée par César : les druides n'ont pas mis leur doctrine par écrit afin de ne pas la divulguer aux profanes.   

 druids stonehenge-711682L'enseignement se basait uniquement sur l'oral, ce qui obligeait les élèves à faire travailler leur mémoire. Les gens qui venaient s'instruire auprès des druides devaient ainsi apprendre par cœur un grand nombre de vers. Pour devenir druide, les études étaient très longues car elles pouvaient durer vingt ans (Guerre des Gaules, VI, 14). Pomponius Mela[3] confirme cette durée d'enseignement et précise qu'il était dispensé aux personnes les plus distinguées, mais aussi que cette formation se déroulait secrètement au fond des cavernes ou des bois les plus retirés (Chorographie, V, 2, 18).

  De par leurs nombreuses compétences, les druides occupaient une position prééminente chez les Celtes anciens. Pour ainsi dire, il étaient dépositaires d'un savoir traditionnel qui constituait les fondements de la société qu'ils conservaient et transmettaient de manière orale. Cette classe de savants existait sans doute avant la dispersion des différentes populations celtiques, ce qui peut expliquer la présence de traits de civilisation communs entre Gaulois, Celtes Ibères, Irlandais ou encore Gallois.

  La romanisation, qui a touché la plupart des pays celtiques (à l'exception de l'Irlande) a causé la disparition du druidisme. La conquête romaine a entraîné de nombreux bouleversements au niveau politique et institutionnel.

  Dans le nouveau mode de société imposé par Rome, qui exigeait le culte de l'empereur, les druides n'avaient plus leur place. Leur importance déclina progressivement, et c'est la période augustéenne qui a scellé définitivement leur sort. Suétone[4] nous apprend que l'empereur Claude "abolit entièrement chez les Gaulois, la religion si barbare des druides qu'Auguste s'était contenté d'interdire aux citoyens romains". (Vie des douze César, 5, Claude, 25). La disparition de l'élite sacerdotale a entraîné de facto l'affaiblissement inéluctable de la langue indigène, la perte de la théologie ainsi que la fin d'un système religieux cohérent.

 

  En tant que représentants de la classe sacerdotale, les druides étaient les seuls personnages de la société celtique à pouvoir communiquer avec les dieux. Pour cela, les druides les invoquaient essentiellement par des surnoms, car le véritable nom des divinités faisait l'objet d'une interdiction religieuse. Par respect, superstition, pour ne rien révéler de la religion à un étranger ?

  Les druides qui entretenaient une relation privilégiée avec les dieux, tenaient de ceux-ci leurs pouvoirs et leurs connaissances. Ils faisaient donc office d'intercesseurs entre les dieux et les hommes. Et lors de la prise de pouvoir d'un nouveau roi, ils transmettaient à celui-ci les valeurs de vérité, de savoir et de sagesse, chères à leurs divinités.

  Ayant le privilège d'avoir accès à la science divine, les druides avaient la connaissance des choses du passé, du présent et de l'avenir. Cela explique leur pratique si fréquente des actes de divinations et de prophéties.

  Diodore de Sicile a noté que les devins avaient recours à un rite particulier pour consulter les présages : "Après avoir consacré un homme, il le frappe avec une épée de combat dans la région au dessus du diaphragme, et quand la victime est tombée sous le coup, ils devinent l'avenir d'après la manière dont elle est tombée, l'agitation des membres et l'écoulement du sang" (Bibliothèque historique, V, 31). Une technique comparable se retrouve chez l'historien romain Justin (II ou IIIè siècle apr. J.C.) Lorsque les Gaulois ont appris qu'Antigone, le roi de Macédoine, allait les attaquer, ils se sont préparés au combat en immolant des victimes pour interroger les auspices; l'aspect des entrailles leur a présagé une grande défaite mais, au lieu de prendre peur, ils sont entrés en fureur et ont commis un véritable massacre dans leur propre camp (Histoires philippiques extraites de Trogue Pompée[5]). Il y a aussi le témoignage de rituels divinatoires moins sanglants. Ainsi, le même Diodore de Sicile nous apprend que les devins prédisaient l'avenir par l'observation des oiseaux. Justin confirme là aussi cette information lorsqu'il explique que les Gaulois ont pénétré en Illyrie car ils étaient guidés par le vol des oiseaux. Justin précise qu'ils étaient, de tous les peuples, les plus instruits dans la science augurale. Enfin, Élien le Sophiste[6] (170-234 apr.J.C.) évoque plusieurs peuples "barbares", dont les Celtes, qui se livraient à des actes de divination par l'entremise d'oiseaux, de signes ou par les entrailles des animaux (Histoires variées, II, 31).

  Comme la plupart des peuples, les Celtes eurent recours au sacrifice, quelquefois humain car, avant la christianisation ce rite était un acte essentiel de la vie religieuse qui permettait de communiquer avec les dieux et de purifier la société humaine. Il était forcément accompli par des personnes qui étaient en contact avec les forces divines, c'est à dire les druides pour les Celtes. À en croire César, le sacrifice avait une place très importante dans la vie de la société gauloise. Ainsi, les personnes qui ne se soumettaient pas à la décision des druides étaient exclues des sacrifices, ce qui était le châtiment le plus grave chez les Gaulois; ceux-là étaient dès lors considérés comme des impies, des criminels ou des impures (Guerres des Gaules, VI, 13).

 

  Celui qui avait les connaissances, l'expérience et la sagesse était considéré comme le plus à même à délivrer des jugements corrects. "Ce sont les druides qui tranchent presque tous les conflits entre États ou entre particuliers, et su quelques crime a été commis, s'il y a eu meurtre, si un différent s'est élevé à propos d'héritage ou de délimitation, ce sont eux qui jugent, qui fixent les satisfactions à recevoir et a donner" (Guerre des Gaules, VI, 13). Cette fonction est confirmée par Strabon selon qui les druides rendaient des jugements sur tous les litiges privés ou publics, se prononçaient dans les cas de meurtre (Géographie,IV, 4, 4)

  Les druides disposaient de pouvoirs de guérison. Par incantation, par chirurgie et par les plantes.

  Si l'on sait peu de choses sur les deux premières méthodes, les sources concernant la druidspratique de la médecine par les plantes sont plus nombreuses : Il convient tout d'abord de citer le célèbre passage sur la cueillette du gui : "Les druides n'ont rien de plus sacré que le gui et l'arbre qui le porte, pourvu que ce soit un rouvre... On trouve très rarement du gui (de rouvre) et, quand on en a découvert, on le cueille en grande pompe religieuse; ce doit être avant tout au sixième jour de la lune, qui marque chez eux le début des mois, des années et des siècles... Ils l'appellent dans leur langue "celui qui guérit tout". Il préparent selon les rites au pied de l'arbre un sacrifice et un festin religieux et amènent deux taureaux blancs dont les cornes sont liées alors pour la première fois. Un prêtre, vêtu de blanc, monte dans l'arbre, coupe le gui avec une serpe d'or et le reçoit avec un sayon blanc. Ils immolent ensuite les victimes en priant le dieu de rendre son présent propice à ceux auxquels il l'a accordé. Ils croient que le gui, pris en boisson, donne la fertilité à tout animal stérile, qu'il est un remède contre tous les poisons. Tant les peuples mettent d'ordinaire de religion dans des objets frivoles !" (Histoire naturelle, XVI, 95). Pline évoque ensuite une plante appelée selago en gaulois, qui ressemble au genévrier sabine (arbuste rampant). Sa cueillette faisait l'objet d'un véritable rituel : "On la cueille sans se servir du fer avec la main droite à travers la tunique à l'endroit où on passe la gauche, comme pour voler; il faut être vêtu de blanc, avoir les pieds nus et bien lavés, et avoir, avant la cueillette, sacrifié du pain et du vin; on l'emporte dans une serviette neuve. Les druides gaulois ont publié qu'il faut en avoir sur soi contre tous les malheurs et que la fumée en est utile contre les maladies des yeux". Pline parle d'une autre plante que les druides ont nommé samolos : "C'est une plante qui croît dans les lieux humides; elle doit être cueillie de la main gauche, à jeûn, pour préserver de la maladie les porcs et les bœufs; celui qui la cueille ne doit ni la regarder ni la mettre ailleurs que dans l'auge, où on la broie pour la leur faire boire"(Histoire naturelle, XXIV, 62-63).Dans les trois cas, les druides utilisaient une plante qu'il fallait cueillir selon un rituel précis (ce qui témoigne du caractère religieux de l'acte) et qui sera utilisée pour guérir les hommes et les animaux. L'utilisation d'une médecine par les plantes est également attestée par Marcellus de Bordeaux[7] qui évoque de nombreuses formules magiques, notamment une adressée aux déesses gauloises (matronae).

 

  En cas de guerre, les druides n'étaient pas tenus de combattre. L'utilisation des armes ne leur étaient pas interdites, mais les druides étaient souvent âgés et les précieuses connaissances qu'ils avaient acquises, les rendaient plus utiles à l'écart plutôt qu'au cœur des combats. En cas de conflit, les druides ne se contentaient pas de décider s'ils prendraient part au combat ou pas, ils pouvaient également occuper la fonction d'ambassadeur ou de médiateur. C'est ce que dit Diodore de Sicile : "Non seulement dans les nécessités de la paix, mais encore et surtout dans les guerres, on se confie à ces philosophes et à ces poètes chantants, et cela, amis comme ennemis. Souvent, sur les champs de bataille, au moment où les armées s'approchent, les épées nues, les lances en avant, ces bardes s'avancent au milieu des adversaires et les apaisent, comme on le fait avec les bêtes farouches avec des enchantements. Ainsi chez les barbares les plus sauvages la passion cède à la sagesse et Arès respecte les Muses" (Bibliothèque historique, V, 31). Strabon indique que lors des guerres, les druides avaient la position d'arbitre (Géographie, IV, IV, 4). C'est ce que fit Diviciacos, un druide Éduen, vers l'an -60, quand il se présenta devant le Sénat romain pour demander une aide militaire pour combattre les Séquanes.

 

  Le druide n'était pas le chef de son peuple, toutefois, quel chef se serait aventuré à commander sans consulter régulièrement son druide.

 

 

.



[1] Diodore de Sicile, vécut du temps de Jules César et d'Auguste. Après avoir visité les contrées d'Europe et d'Asie ainsi que l'Égypte, il s'établit à Rome. Il laissa une œuvre considérable, l'une des plus riches d'informations sur l'Égypte antique, la Grèce antique et la Rome antique. Il travailla pendant 30 ans à la Bibliothèque historique, qui couvre plus de mille ans d'histoire, des temps mythologiques  à Jules César . Son œuvre, rédigée en grec, comprend 40 livres.
[2] Timagène : Rhéteur ( Professeur de rhétorique - l'art de bien parler -, dans l'Antiquité) et historien de langue grec, né à Alexandrie, vers 80av. J.C. et mort à la fin du Ier siècle.
[3] Pomponius Mela est le plus ancien géographe romain. Il écrivit aux alentours de 43 une description qui couvre le monde connu des Gréco-Romains.
[4] Suétone est un polygraphe et un érudit romain ayant vécu entre le Ier et le IIè siècle.  Il est principalement connu pour sa Vie des douze Césarqui comprend les biographies de César à Domitien.
[5] Trogue Pompée est un Gallo-Romain né à Vaison-la-Romaine, auteur au Ier siècle ap. J.-C. d’une Histoire universelle, l'Histoire philippique, en 44 livres, essentiellement à partir d'historiens grecs de l'époque hellénistique. Il acheva son récit à l'époque d'Auguste, contemporaine de la sienne
[6] Élien le sophiste est un historien et un orateur romain de langue grecque.
[7] Marcellus de Bordeaux surnommé l'Empirique, naquit vers le milieu du IVè siècle. Il n'était pas médecin et semble ne s'être adonné à l'étude de la médecine que pour le plaisir d'être utile. Son habileté, ses succès nombreux firent du bruit et attirèrent sur lui l'attention de l'empereur Théodose Ier. Sous le règne de Théodose II, il rédigea son traité de Medicamentis, une liste de tous les remèdes qu'il avait pu recueillir dans ses lectures et dans le cours de ses voyages.
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