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21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 18:11

  L'irlande, restée en marge du monde romain, puis de la Bretagne anglo-saxone, garde ses anciennes coutumes, ses structures politiques et sociales bien partculières : confédérations tribales dominées par des chefs, des rois soumis eux-mêmes à des rois plus puissants. L'évangélisation du pays fut l'œuvre de missionnaires : prètres envoyés par le pape (en 431 par Célestin Ier) et, surtout, Patrick; ce dernier, Breton, un temps captif en Irlande, séjourna ensuite en Gaule, et y fut consacré évêque par Germain d'Auxerre, en 432, pour aller évangéliser les Irlandais.

StPatrick  Maewyn Succat, le vrai nom de Patrick est né aux environs de 385, sa grand-mère était originaire de la région de Tours, son grand-père était était prêtre (à l’époque, le clergé occidental n’était pas encore soumis à l’obligation de célibat) et son père diacre. En 405, le jeuna Maewyn alors âgé de seize ans est enlevé par des pirates irlandais, qui le vendent comme  esclave. Durant ses six années de captivité (dans une cage), il est berger pour le compte d'un chef de clan irlandais. Peu religieux avant sa capture, il rencontre Dieu et devient un crétien dévot. En 411, éclairé par le Christ, il parvient à s'échapper, embarque sur un bateau et débarque en Gaule quelques jours plus tard. Ayant rejoint sa famille, il se consacre à la religion, puis gagne les îles de Lérins, et s'installe au monastère de saint Honorat où il se consacre à des études théologiques pendant deux années. Enfin, auprès de saint Germain d'Auxerre, il devient diacre puis évêque. En 432, il retourne en Irlande qu'il commence à évangéliser. Il sillonne tout le pays prêchant, enseignant, construisant églises, monastères et écoles. Par son courage héroïque, son humilité et sa bonté, Patrick est considéré par les Irlandais comme leur guide.

  La nouvelle Église vite toute puissante, s'organise autour des monastère qui, en l'absence de villes et d'évêques, exercent l'autorité spirituelle sur les campagnes, deviennent les seuls centres de la vie religieuse et intellectuelle.

  Les premiers moines irlandais vivaient en ermites. Mais, par la suite, se multiplient les couvents dispersés dans toute l'île : Clouard fondé par saint Finnian, Clonmacnoise par Ciaran, Durrow et Derry par Colombus qui émigre ensuite sur la côte d'Écosse où il s'établit dans l'île d'Iona (il y meure en 597). Ces monastère construit souvent à la façon des habitations des rois - les raths - étaient entourés, pour se protéger des loups et des brigands, de murs circulaires ou de remparts de terre de plusieurs mètres d'épaisseur. Dans cette enceinte sont rassemblés de nombreux batiments, en ordre dispersé : église, réfectoire, hospice, école, cellules pour deux ou trois moines. Bâtiments fort modestes : les cellules ne sont souvent que des cabanes de branchages et les églises, rectangulaires, aux belles pierres taillée, couvertes d'un toit pointu fait de grandes dalles minces, n'ont que trois à cinq mètres de longueur. Seuls quelques rares monastères avaient construit d'imposantes églises où pouvaient se tenir les fidèles; partout ailleurs, ceux-ci priaient dehors, près d'une croix de pierre dressée dans l'enceinte.

croix-celtique

   Les règles de la vie monastique, en Irlande, s'inspirèrent d'abord de l'Orient. Celle de saint Colomban, déjà tardive (vers l'an 500), insiste toujours sur la pauvreté, la chasteté, la mortification; mais elle fait du monastère une communauté étroite, soumise à une stricte obéissance, à des pénitences sévères; cette communauté doit partager son temps, entre la prière, l'étude (ou la copie des livres) et le travail. Les monastères qui pratiques largement l'hospitalité, dirigent la vie spirituelle des laïcs; leurs pénitenciers, ou guides de confesseurs, furent ensuite largement utilisés dans tout l'Occident. Leurs écoles accueillent de nombreux disciples venus d'Angleterre. Ainsi se fondent de grandes cités monastiques où vivent, près de l'abbé et des moines, plusieurs centaines de maîtres, d'étudiants, artisants et ouvriers agricoles. À Toomregan, le monastère comptait trois écoles : une pour les études latines, une pour le droit irlandais, une pour la poésie irlandaise.

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                                                     Monastère de Clonmacnoise (Irlande)

  Ces moines irlandais doivent sans doute aux traditions aventureuses des Scots (piraterie, expéditions sur les côtes de Bretagne er d'Écosse) leur goût des voyages lointains et de la vie errante. La peregrinatio, le désir d'isolement, vertus fondamentales, expliquent les sites escarpés des monastères, dressés sur des îlots rocheux ou des montagnes abruptes, et les longues migrations solitaires; comme celle de saint Brendan. Ces moines errants se lancent à la découvertes des îles du Nord. Sur le continent, en Gaule et en Germanie,ils furent de hardi missionnaires. Saint Colomban, le plus actif et le plus célèbre, fonde d'abord les monastères de Luxeuil et de Fontaine (eu sud des Vosges). Mais il se heurte aux évêques. Expulsé par Brunehaut, il gagne la Suisse (où son discilple saint Gall dirige ensuite une importante communauté), la cour des rois lombards, et enfin Bobbio dans l'actuelle Émilie-Romagne. Il y construit un nouveau monastère, bientôt centre d'évangélisation, de lutte contre l'hérésie arienne et de défrichement des forêts voisines. Il y meurt en 615. En Gaule, les disciples de saint Colomban installent de nombreux monastères qui suivent tous la même règle : à Coutances, Fontenelle (Saint-Wandrille), Saint-Éloi (Solignac en Limousin), Corbie, Remiremont, Hautvilliers et Saint-Valéry-en-Vimeu.

 

Sources : Patrick d'Irlande - Wikipédia _ Précis d'histoire du Moyen-Âge - Jacques Heers

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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 17:33

  Si tous les jours nous utilisons des mots d'origine gauloise, notre langue a été largement influencée par le latin. Avec l'installation de peuples germaniques en Gaule, de nouveaux mots font leur apparition. Les Francs apportent le mot ban, celui-ci évoluera au fil des siècles pour nous parvenir sous différentes formes.

  La petite histoire d'un mot, c'est l'histoire d'une langue, l'histoire d'un peuple.

 

  Au Vème siècle, les Francs saliens se sont installés dans le Nord de la Gaulle. Ce peuple germanique venu du Nord de l'Europe, a dans ses bagages un mot, tout petit, mais qui fera son chemin. Le mot ban signifiait en francique (la langue des Francs), une "loi", une "règle", dont le non respect entraînait comme cela était prévu dans la loi salique, une sanction.

  Au Moyen-Âge, et à l'époque féodale, le mot ban a pris le sens de "proclamation officielle" destinée a rendre publique la volonté d'un seigneur : lorsqu'il voulait ordonner ou interdire quelque chose, le seigneur faisait crier son ban, c'est-à-dire proclamer par un héraut à voix haute et forte, dans les rues et les campagnes, son ordre, sa loi, sa décision. Parfois le ban était un ban de guerre, par lequel un seigneur suzerain convoquait tous ses vassaux (les nobles qui lui devaient obéissance) pour le servir à la guerre : ainsi, le mot bana désigné aussi, dès le VIIIème siècle, la "convocation" lancée par un suzerain à ses vassaux, lesquels venaient alors se ranger sous la bannièredu seigneur, c'est-à-dire sous l'étendard symbolisant son ban, son autorité.

  "Proclamation" ou "convocation" seigneuriale, le ban à l'époque féodale, était également, par extension, le "territoire soumis au pouvoir et à la justice d'un seigneur"; et, à partir du XIIème siècle, on a donné le nom de banlieue, mot composé de ban et de lieue (ancienne mesure de distance), au territoire d'environ une lieue, soit approximativement quatre kilomètres, situé autour d'une ville, et placé sous l'autorité de cette ville.

  À partir du XIIIème siècle, les installations techniques (four à pain, moulin, pressoir...) appartenant à un seigneur, et situées sur son ban, sur son domaine. Ces installations étaient une source de revenus pour le seigneur, car la population, qui devait payer pour en avoir l'usage, ne pouvait utiliser d'autre four, d'autre moulin, d'autre pressoir que le four banal, que le moulin banal, que le pressoir banal... Ce droit que le seigneur avait d'imposer à ses sujets l'usage des installations banales s'appelait la banalité. Après l'époque féodale, l'adjectif banal est devenu synonyme de "communal" : le four banalétait le four à pain du village, de la commune, un équipement mis à la disposition de tous les habitants, et donc un bien commun, ordinaire. Au XVIIIème siècle, banal a ainsi pris un sens figuré, celui de "commun, sans originalité, sans particularité", son sens actuel. Et le mot banalité dès lors s'est employé pour désigner le "caractère de ce qui est commun, ordinaire".

  Autre dérivé du mot ban, le verbe bannir. Au XIème siècle, ce verbe signifiait "rassembler, convoquer une armée en faisant crier le ban, l'appel à la guerre", et, plus généralement, "proclamer, faire une annonce à son de trompe, à cris public". À partir de XIIIème siècle, bannir a pris aussi le sens de "proclamer une condamnation à l'exil", "exiler (sur décision d'une autorité), expulser, chasser, exclure"; et, avec ce sens (qui a peu à peu éliminé les précédents), bannir a eu comme synonyme le verbe forbanir, aujourd'hui disparu, mais à partir duquel a été créé, toujours au XIIIème siècle, le nom forsban, qui a d'abord signifié "bannissement", puis qui a servi à désigner un "pirate" : en effet littéralement, forsban signifie "hors du ban" (le préfixe fors- ou for- étant issu du latin fortis, "hors de"); or, le pirate est un hors-la-loi, qui refuse de se soumettre à un quelconque ban, à une quelconque autorité... Il mérite donc bien le nom de forsban, ou, en version moderne, de forban.

  Au XVIème siècle, le mot ban qui s'employait toujours, comme au Moyen Âge, pour exprimer l'idée de l'autorité et du pouvoir exercé par un seigneur sur un territoire, et pour désigner une "proclamation", une "annonce publique" et une "convocation", a reçu en plus le sens d'"exil", puisque bannir désormais signifiait "exiler"; à la même époque, on a aussi donné le nom de ban à l'ensemble des nobles convoqués par un roi, un prince, un seigneur... pour l'aider et l'assister dans une guerre.

heraut-sonnant-vers-la-droi  Autrefois les annonces publiques et les proclamations officielles, les bans, donc, étaient signalés et accompagnés de roulements de tambour ou de sonneries de trompette, qui, au XVIIème siècle, ont également été appelés des bans. Au XIXème siècle, dans le prolongement de ce sens , un ban est devenu une"salve d'applaudissements rythmés" ou une "ovation".

  Aujourd'hui, on n'utilise plus beaucoup le mot ban, sauf dans quelques locutions et expressions, comme par exemple publier les bansbans, généralement au pluriel, a le sens d'"annonce officielle d'un mariage". On peut citer aussi l'expression convoquer le ban et l'arrière-ban, dans laquelle ban est pris au sens de "ensemble des nobles convoqués à la guerre par un seigneur", et qui signifie, de manière figurée, "convoquer tout le monde (famille, amis, connaissance...)". On dit encore mettre au ban, pour "mettre à l'écart", et ban est dans ce cas synonyme d'"exil" : mettre quelqu'un au ban de la société, c'est le déclarer indigne, le désigner comme méprisable et infréquentable, ce qui d'une certaine manière revient à l'exiler.

  Fermez le ban.

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14 octobre 2010 4 14 /10 /octobre /2010 19:04

 

 Le baptême de Clovis


Désiré François Laugée
 


Technique : Huile
Support : Toile
Sujet : Peinture historique représentant le baptême de Clovis, roi des Francs
Date : 1870

Le baptême de Clovis par Désiré François Laugée

Dans la première composition, l’artiste a représenté Clovis au centre du bassin d’eau lustrale ; les pieds seuls sont immergés ; il se courbe selon la légende traditionnelle : « Mitis, depone colla, Sicamber ! » A sa gauche, Saint Rémy, la tête levée vers le ciel, reçoit de la main droite, la Sainte Ampoule que lui apporte la colombe ; un peu plus loin, les assistants de l’évêque ; à la droite du néophyte, Sainte Clotilde à genoux avec sa suite ; un peu en arrière, les leudes, les femmes, et au fond, sur une sorte de tribune qui domine le baptistère, les guerriers, les joueurs d’instruments, la foule. Au centre, un héros tient une bannière avec l’image de saint Martin. La scène est dominée par une gloire où siège le Christ entouré de quatre apôtres.

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30 septembre 2010 4 30 /09 /septembre /2010 15:37

  Lors du concile d'Orléans en 511, Clovis 1er fait proclamer la loi salique, qu'il avait fait coucher par écrit entre 508 et 510. D'abord mémorisée et transmise oralement, Pactus legis salicæ (pacte de la loi salique), est la première version, qui sera remaniée plusieurs fois par la suite, jusqu'à Charlemagne.

 

  Simple coutume de droit privée, la loi salique n'a rien à voir à l'origine avec la dévolution royale. C'est un code de procédure criminelle et un code de la famille, base de la société franque. Elle se présente comme une suite d'articles numérotés les uns derrière les autres sans logique ni enchaînement, et est destinée aux hommes libres.

    salica

  

  La raison d'être du Pacte loi salique

 

  La nature du Pacte découle du statut des Francs dans l'empire romain. En tant que peuple fixé dans l'État, avec mission de défendre le nord de la Gaule, les chefs, appelés rois, n'avaient pas le droit de légiférer pour la population indigène, toujours soumise aux lois impériales. À l'origine, ce texte ne concerne que les Francs. L'intention de cette loi est de faire diminuer la violence qui règne au sein de la société franque en mettant fin aux vengeances personnelles interminables, en les remplaçant par la notion de transaction, de compensation, qui payée à la famille de la victime rachète le crime ou le délit et renonce à leurs représailles. Cette amende était fixée par un tribunal composé de jurés choisis parmi les notables. Un tiers des sommes allaient dans les caisses de l’état, à titre de compensation pour trouble causé à la paix publique (frédus). La loi salique entre à ce sujet dans les plus petits détails, tous les délits et crimes imaginables sont répertoriés avec précision  et tarifés selon un barème minutieux. Le pacte n'est pas une loi mais un tarif fixant les sanctions pour les délits condamnés par les lois éditées dans le code Théodosien, en 438, et promulgué, lui aussi, avant l'éclatement de l'Empire. Il était donc accompagné de règlements pour donner aux juges le montant des peines à appliquer pour tout manquement à la loi. Les Francs ont donc accepté le droit romain tel quel, comme le prouvent les formules et les actes mérovingiens conservés, où les références à la "loi romaine", c'est à dire au code Théodosien, sont fréquentes. Les rois se sont donc contentés de l'adapter à leurs coutumes en faisant rédiger par quatre juristes francs un tarif inspiré de celui ou de ceux qui existaient en Gaule.

 

  À l'époque mérovingienne, la monnaie est toujours le sous d'or de Constantin que les ateliers francs frappent jusqu'en 539, à l'effigie des empereurs byzantins. Assez rare encore, elle ne sert pratiquement pas au négoce pour lequel est surtout pratiqué le troc, mais plutôt à acquitter selon le tarif imposé par la loi salique, les amendes encourues.

  Pour mieux prendre la mesure des sanctions prévues, il est utile de savoir qu'un bœuf se vendait deux sous et un cheval douze sous.

 

Le texte intégral, compte soixante-et-onze titres qui comptent chacun de un à trente-huit articles.

 

  Injures :

  Le respect et l'honneur étaient des éléments capitaux dans la société franque, aussi injurier ou provoquer quelqu'un était sévèrement puni.

_ Quiconque aura appelé un autre homme, infâme, sera condamné à payer 600 deniers, ou 15 sous d’or.

_ S’il l'a appelé poltron, il sera condamné à payer 240 deniers, ou 6 sous d’or.

_ Si un homme ou une femme, de condition libre, a appelé une femme courtisane, sans pouvoir établir la justesse de cette dénomination, le coupable sera condamné à payer 45 sous d’or.

  Vols d'animaux :

  La vie était rude et le moindre vol pouvait avoir des conséquences dramatiques pour sa victime et sa famille.

_ Quiconque sera convaincu d’avoir volé un cochon de lait, de la première ou seconde portée, sera condamné à payer 120 deniers, ou 3 sous d’or, sans préjudice de la valeur de l’animal volé, et des frais de poursuite.

_ Quiconque aura dérobé une vache et son veau, sera condamné à payer 1.400 deniers, ou 35 sous d’or, outre la valeur des animaux volés et les frais de poursuite.

_ Quiconque aura dérobé, ou tué un grand chien, conducteur de meute, sera condamné à payer 1.800 deniers, ou 45 sous d’or, outre la valeur de l’animal et les frais de poursuite.

_ Quiconque aura dérobé une ruche, placée sous un toit, ou dans une enceinte fermée à clé, sera condamné à payer 1.800 deniers, ou 45 sous d’or, outre la valeur de l’objet volé et les frais de poursuite.

_ Quiconque aura dérobé le cheval de guerre d’un Franc, sera condamné à payer 1.800 deniers, ou 45 sous d’or, outre la valeur de l’animal et les frais de poursuite.

  Meurtres :

  La loi salique, c'est la loi des Francs, et les Francs sont les nouveaux maîtres de la Gaule. Aussi, la vie d'un franc vaut plus que celle d'un romain ou d'un gallo-romain. 

_ Si un esclave a tué un esclave, mâle ou femelle, de la même condition que la sienne, le meurtrier deviendra la propriété commune des deux maîtres de ces esclaves.

_ Si un ingénu (homme libre) a tué un Franc, ou un Barbare vivant sous la loi salique, il sera condamné à payer 8.000 deniers, ou 200 sous d’or.

_ Si quelqu’un a tué un antrustion du roi, il sera condamné à payer 24.000 deniers, ou 600 sous d’or.

_ Quiconque aura tué un Romain tributaire, sera condamné à payer 1.800 deniers, ou 45 sous d’or.

 Copie manuscrite sur velin loi saliqueVIIIèsiècle

 

    Faire appliquer la loi salique c'est aussi asseoir son autorité. Toutefois, chacun des sujets de Clovis peut demander à être jugé selon la loi de son peuple. Une fois la condamnation prononcée, la personne reconnue coupable devait s'acquitter d'une amende dont un tiers allait dans les caisses de l'État à titre de compensation pour trouble causé à la paix publique.

  Le système de fonctionnement du pacte de loi salique, s'il punit de façon dissuasive le vol ou l'injure par exemple, semble donner le droit de tuer à condition de posséder quelques économies. Cependant, au titre LVIII (58), la loi prévoit le cas d'un assassin ne pouvant s'acquitter de la somme imposée. Si cette incapacité a été constatée par douze jureurs; le coupable doit ramasser aux quatre coins de sa maison une poignée de terre puis la jeter par dessus son épaule, de la main gauche, sur son plus proche parent. Ce dernier est dès lors chargé du règlement de l'amende. Mais il peut, à son tour, et par le même procédé, transmettre cette obligation à son plus proche parent. En dernière instance, le fauteur de trouble est reconduit devant le tribunal qui dispose de sa vie.

 

  Un seul forfait est considéré comme inexpiable : la violation et le pillage de sépulture. Qui s'en rend coupable est exclu de la communauté. Sa propre famille n'a pas le droit de l'héberger et il n'est absous que si les parents de celui dont il a profané la tombe acceptent de lui pardonner. La solidarité familiale est poussée chez les Francs à un point extrême. La famille est une entité collective responsable des actes de chacun de ses membres. Si l'un d'eux commet un crime ou un délit, c'est donc toute la famille qui est obligée de payer; et, inversement, la famille de la victime se partage l'amende, la moitié allant aux enfants, l'autre moitié aux collatéraux. La loi salique contient aussi des dispositions concernant le droit privé qui marque la prééminence de l'homme et de la famille. La femme est ainsi exclue systématiquement de la succession aux biens fonciers.

  À ce sujet, voyons ce qui est dit dans le pacte de loi. L'article 62 du pactus initial porte sur la transmition des terres (alleux).

« De terra salica nulla portio hereditatis mulieri veniat, sed ad virilem sexum tota terræ hereditas perveniat. »

 « Quant à la terre salique, qu'aucune partie de l'héritage ne revienne à une femme, mais que tout l'héritage de la terre passe au sexe masculin. »

  Mais qu'est-ce que la terra sallica ? Le royaume Franc; le territoire du roi des Francs; la terre que possède un Franc en général, le territoire conquis par les Francs au moment de la rédaction de l'article 62...

  Une hypothèse intéressante est avancée : L'empereur Alexandre Sévère, puis ses successeurs, installaient leurs soldats sur des terres vierges (saltus) ou conquises, situées en bordure du territoire de l'Empire afin de renforcer ces régions. Ces terres offertes en récompense d'un long séjour effectué au sein de l'armée était transmissible à leurs enfants, mais tout occupant était redevable d'un service militaire.  La terra salica, serait alors peut-être celle des provinces dans lesquelles les Francs saliens ont été originellement implantés en tant que Lètes (soumis à l'armée), ce qui expliquerait que les femmes n'y aient pas droit, ne pouvant servir dans l'armée romaine.

  Le but de ce passage serait donc d'assurer que ces terres, obtenues grâce à un régime militaire létique, restent entre les mains d'hommes mobilisables pour l'armée. Cette hypothèse est corrélée par le fait que les terres « non-saliques », dont la possession par des femmes est attestée, sont toujours hors des provinces sur lesquelles les sources administratives romaines signalent des Lètes francs.

 

  Au début du VIème siècle, le Gaule n'est pas encore unifiée. Une partie du territoire est détenu par les Burgondes (Est), une autre par les Wisigoths (Sud-Ouest).

  Gondebaud, le roi Burgonde, rédige à Lyon un code de loi appelé Lex Gundobada (Loi gombette), inspiré des lois romaines, rédigés avec le conseil de juristes romains. La nouvelle loi remplace dans presque tous les domaines les anciennes lois, lesquelles avaient maintenu des distinctions entre Gallo-romains et Burgondes. Dorénavant, la loi gombette soumet ceux-ci aux mêmes amendes, autorise les mariages mixtes, et permet à tous de servir dans l'armée. Les textes de la Lex Gundobada ordonnent par exemple : de respecter les ecclésiastiques ainsi que leurs propriétés; accordent les rôles héréditaires des terres données par le roi à l'un de ses sujets (c'est sur cet article que se bâtit la féodalité); ordonnent que si un homme refuse la dette ou le serment de son adversaire, les débats cessent, et si l'un et l'autre consentent à faire connaître la vérité par le sort des armes, il faut leur accorder le combat : le jugement de Dieu (c'est sur cet article que les duels sont instaurés, il faudra attendre mille ans pour qu'il soit abrogé).

AlaricII 

  En territoire Wisigoth, Alaric II fait promulguer en 506, un recueil de droit romain appelé brevarium alarici (Bréviaire d'Alaric), qui compile et interprète le code de Théodose. Le bréviaire composé à Aire,alors capitale du royaume, est approuvé par les notables gallo-romains, ecclésiastiques et laïques.

  Après la conquête du territoire des Wisigoths par Clovis, le Bréviaire d'Alaric fut rendu applicable à tous ses sujets en Gaule.

 

 

 

(ci-contre, enluminure du Bréviaire d'Alaric)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
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23 septembre 2010 4 23 /09 /septembre /2010 17:24

  Chararich, Chararic ou Cararic était un roi salien, probablement chef d'un peuple vivant sur la rive droite du Rhin inférieur, entre le royaume des Francs et les territoires occupés par les Frisons et les Saxons.

  Cousin de Clovis 1er, celui-ci sollicita son aide en 486, lorsqu'il livra bataille à Syagrius, dont les troupes étaient supérieures en nombre aux siennes.

  Pendant la bataille, Chararich resta prudemment en retrait, attendant de voir en faveur de qui tournait l'affrontement et peut être ainsi choisir son camp.

  La lutte semblant tourner en faveur des armées mérovingiennes, Chararich lança enfin ses troupes à l'assaut des soldats de Syagrius.

  Clovis qui avait remporté la bataille, n'était pas dupe, en représaille en 491, il s'empara de son cousin et de l'héritier de celui-ci, et leur fit raser la tête.

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  Les princes saliens tenaient leur droit à régner d'une chevelure opulente. Cette chevelure les distinguait de leurs guerriers à la nuque rasée et était le signe apparent de leur puissance et de leur origine divine, selon leur croyance païenne. Tondre un roi, c'était donc annihiler ses pouvoir divins, et ainsi lui enlever son droit à régner. C'était aussi le mettre au ban de la société franque, et le priver de toutes reconnaissances et dignités.

  Selon la même croyance, lorsque la chevelure repoussait, le roi déchu recouvrait ses droits.

 

  Chararich et son fils, déchus, furent respectivement ordonnés prêtre et diacre. Les deux hommes humiliés décidèrent quelques temps plus tard de se révolter en laissant repousser leur chevelure, contestant ainsi l'autorité de Clovis; puis laissèrent entendre qu'ils se vengeraient une fois leurs cheveux repoussés.

  Ces menaces arrivèrent aux oreilles de Clovis qui prit les devants en ordonnant qu'on leur coupa la tête; puis s'empara de leur royaume.

 

 

« Après cela il marcha contre Chararich. Quand il s'était battu avec Syagrius, ce Chararich, appelé au secours de Clovis, s'était tenu à distance sans aider aucun des partis, mais en préférant attendre l'issue de l'action pour se lier d'amitié avec celui à qui la victoire reviendrait. C'est pour cette cause que Clovis indigné marcha contre lui. L'ayant circonvenu par des ruses, il s'empara de lui ainsi que de son fils et après les avoir ligotés il les tondit et fit ordonner Chararich prêtre, puis son fils diacre. Or comme Chararich se plaignait et se lamentait de l'humiliation qu'il subissait, on rapporte que son fils aurait dit : "Ces feuillages ont été coupés sur du bois vert et ils ne sèchent pas complètement ; mais ils repousseront rapidement pour pouvoir grandir. Plaise à Dieu que celui qui a fait cela périsse rapidement". Ces paroles par lesquelles ils menaçaient de laisser croître leur chevelure et de l'assassiner lui-même parvinrent aux oreilles de Clovis. Mais il ordonna de les punir tous deux de mort. Quand ils furent morts, il s'empara de leur royaume ainsi que de leurs trésors et de leurs peuples.  »

 

  Grégoire de Tours, Histoire des Francs - 592

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18 septembre 2010 6 18 /09 /septembre /2010 00:14

  Les guerriers en pierre ou en bronze découverts par les archéologues fournissent des indications sur les armes ou le type d'armure portées par les soldats de l'armée celtique. Les soldats étaient équipés de lances, d'épées et de poignards pour ce qui est des armes offensives, mais aussi de boucliers, de casques, et de temps en temps d'armures, généralement à mailles métalliques. Ces dernières étaient rares, sans doute en raison de leur coût élevé de fabrication. Elles ne font leur véritable apparition qu'à la fin de l'âge du Fer.

  statue-chef-gaulois

  Statue en pierre d'un chef gaulois - seconde moitié du 1er siècle avant J.C. provenant de Vachères (Alpes -de-Haute-Provence)

  _ La facture des traits du visage, très précisément dessinés et d'une fixité presque solennel, rappele la tradition de la statuaire celtique du Sud de la France, connue pour la représentation d'animaux, symboliques ou sacrés, et de figures, presque exclusivement masculines de divinités et de héros.

  _ Plusieurs indices révèlent que le personnage représenté est de type romain : la cotte de mailles métallique munie d'épaulières et fermée sur la poitrine, la ceinture sur le côté de laquelle est suspendu le glaive à lame étroite, le manteau aux pans accrochés sur l'épaule par une fibule (aiguille ronde). Tout cet équipement indique que son propriétaire est un officier de haut rang.

  _ Le bouclier de forme ovoïde, doté d'un umbo, et la présence d'un torque au cou indiquent que malgré son vêtement "à la romaine", ce personnage est un chef guerrier gaulois.

 

 Selon les auteurs classiques, les Celtes combattaient parfois nus. Les chevaux jouaient un rôle important dans la guerre : ils étaient montés par des cavaliers, mais étaient aussi utilisés pour tirer les chars. Les soldats utilisaient également sur le champ de bataille des trompettes dont le son puissant et discordant avait l'art de déconcerter l'ennemi.

  guerrier-trompette

  Cet instrument était constitué d'un long tube de bronze terminé par un pavillon en forme de hure de sanglier – une tête qui semblait grommeler – ou, plus rarement, de tête de loup.

 

    Les armes et l'armure des guerriers étaient souvent ornées de nombreux motifs sophistiqués, sculptés ou obtenus au repoussé. Il présentait même parfois des incrustations d'émail, de corail, d'ambre et d'autres matériaux exotiques. Les boucliers, les casques, les harnais, et surtout les épées représentent bien ce que peut être l'art celtique. L'équipement nécessaire à la pratique de la guerre offrait aux artisans de multiples occasions d'exprimer plastiquement leurs propres idées et celles de leur société, et permettait aux guerriers de faire étalage de leur statut et de leur art : "L'armement est à la mesure de la haute taille des hommes une grande épée qu'on suspend au côté droit, un bouclier oblong de grande dimension, des piques longues à proportion"comme l'a formulé Strabon dans sa Géographie. Plus les armes d'un guerrier étaient impressionnantes, plus il jouissait d'une position sociale élevée. 

Certaines, davantage conçues pour l'apparat que pour le champ bataille, témoignent de la dimension ostentatoire de l'équipement guerrier.

  Les armes des Celtes étaient généralement en fer ou en bronze, mais leur ornementation avec des matériaux rares, chers ou exotiques permettait d'en faire des objets d'apparat.

 

  epee courte poignee anthropoide

   Épée courte celtique, 1er siècle avant J.C. retrouvée dans une tombe à Tesson (Charente-Maritime)

  _ Cette épée est longue de 50 cm environ : il s'agit d'une épée courte à double tranchant, adaptée au combat rapproché, au duel à pied; toutefois, le caractère peu fonctionnel de sa poignée incite à y voir plutôt une arme d'apparat, qui n'était pas réellement utilisée pour se battre.

  _ Les épées à poignée anthropoïde (en forme de corps humain) quoique peu nombreuses, sont répandues dans toute l'Europe.

  _ Le pommeau de l'épée représente une tête dont les traits du visage sont rendus de manière schématique : une petite bouche presque souriante, un nez rectiligne et des yeux globuleux; les cheveux semblent coiffés et séparés par plusieurs raies.

  _ Les branches en «X» que dessine le corps de la poignée pourraient représenter les bras et les jambes écartés de la figure humaine.

 

  Parmi les motifs représentés sur les armes, il en est quelques-uns, comme les images de sangliers ou de loups par exemple, qui véhiculent immédiatement l'idée de férocité et d'agressivité, d'un fort pouvoir symbolique. D'autres demeurent en revanche plus énigmatiques, et le rattachement au thème de la guerre de tel ou tel thème découvert sur un bouclier ou un fourreau relève du domaine des conjectures. Il est possible que des messages subtils et complexes – messages de  communication entre groupes humains ou messages entre  le héros de la guerre et ses dieux – aient fréquemment pris une forme plastique symbolique. De nombreux fourreaux et boucliers présentent des motifs qui pourraient être liés à l'efficacité de l'arme et chargés de lui conférer encore plus de pouvoir. L'idée était peut-être de lui donner des propriétés magiques, d'augmenter par exemple, pour une épée, son pouvoir de destruction ou, pour un bouclier, sa capacité à détourner les flèches.

 

  Les casques, en cuir (les plus nombreux), en bronze ou en fer, étaient tout simples : de forme pointue ou arrondie, ils comportaient des paragnathides (couvre-joues) et parfois un couvre-nuque. Quelques exemplaires montrent quels supports ils offraient aux fabuleuses possibilités d'ornementation de l'artiste.

  casque-agris

                                     Casque celtique de parade, IVè siècle avant J.C. provenant d'Agris (Charente)

  _ Au Ivè siècle avant J.C. l'incursion des Celtes en Italie fut l'occasion d'établir des relations plus étroites avec le monde de l'Étrurie et de la Grande-Grèce : il en résulta une évolution de l'art celtique, qui assimila le répertoire des orfèvres et des bronziers italiotes et grecs, et prit le nom de "style végétal".

  _ Ce casque sans aucun précédent local, a été très probablement importé de la péninsule italienne ou bien fabriqué sur place par des artisans formés dans un milieu italo-celtique.

  _ Ce casque doté (à gauche sur la photo) d'un protège nuque et paragnathides (couvre-joues mobile) sur lesquels fugurent de minuscules têtes d'animaux, est en bronze recouvert d'une feuille d'or avec incrustations de corail; la richesse de son décor et de ses matériaux en fait un objet de grand prestige, utilisé pour les cérémonies et les parades.

  Une grande partie du matériel archéologique dont nous disposons a été trouvé dans des sépultures. Les Celtes d'Europe avaient pour coutume d'enterrer, dans les cas d'inhumation, les guerriers avec leurs armes. Lorsque le corps était incinéré, seule une pièce représentative de l'activité du défunt accompagnait les cendres dans la tombe. Il a été établi que les armes placées dans les tombes, ou jetées à l'eau en guise d'offrandes votives, étaient parfois "tuées" rituellement, c'est-à-dire mises en pièces ou pliées en deux. L'idée était peut-être de les faire passersymboliquement d'une existence matérielle à une existence spirituelle, de leur ôter toute valeur ou simplement de faire preuve de Prodigalité. Parfois aussi, des armes quasiment neuves étaient jetées dans les cours d'eau. 

casque-amfreville

  Casque celtique en bronze et en fer, feuille d'or et émail rouge, deuxième quart du IVè siècle avant J.C. provenant d'Amfreville-sous-les-Monts (Eure)

  _ Ce casque a été trouvé au XIXè siècle dans un bras mort de la Seine : le dépôt intentionnel d'armes dans de cours d'eau ou des étangsest interprété comme un élément d'un rituel particulier consistant à offrir des biens précieux aux divinités qui avaient leur demeure dans les eaux ou qui communiquaient avec le monde humain par l'intermédiaire de l'eau.

  _Le motifs décoratifs sur la feuille d'or recouvrant le casque ainsi que ceux en corail et en émail rouge appartiennent au "style végétal".

  _ La forme de ce casque, sa décoration et l'emploi de matériaux divers le rapproche de l'exemplaire précédent. Son origine est probablement la même.

  L'ornementation des casques de combat semble chargée d'un sens symbolique spécifique : talismanique, elle était peut-être destinée entre autres à augmenterla combativité du guerrier.

  L'ornementation des casques semble chargée d'un sens symbolique spécifique : talismanique, elle était peut-être destinée entre autres à augmenterla combativité du guerrier.

 

  Parmi les tombes gauloises riches par leurs contenus, on peut citer, par exemple, celle de La Gorge-Meillet dans l'Est de la France qui renfermait le char du défunt, ses armes ainsi que son casque en bronze, placé à ses pieds. Elle contenait aussi tous les récipients utilisés pour le banquet funéraire, ainsi que des rôtis de porc et de boeuf.

 

  La lance – qu'il s'agisse de la lance proprement dite ou du javelot – était, avec l'épée. la principale arme du guerrier celte. Diodore de Sicile a décrit la formidable apparence de quelques-unes de ces lances qui, dentelées ou barbelées, pouvaient infliger d'horribles blessures.

 

  Une nouvelle protection apparaît vers le IIIè siècle avant J.C. : les cuirasses.

  En fer, rares à cause de leur coût de fabrication élevé, et les celles de cuir, d'où leur nom, plus nombreuses, mais qui disparurent sans laisser de traces du fait de leur matière périssable.

cuirasse2

 

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17 septembre 2010 5 17 /09 /septembre /2010 18:44

  statue-clovis10

                                   Statue de saint Remi donnant le saint Baptême à Clovis.

                                           Parvis de la cathédrale Notre-Dame de Reims.

 

  Dans sa biographie de saint Rémi, rédigée vers 870, Hincmar, Archevêque de Reims, relate un événement peu repris par les historiens, qui se serait déroulé lors du baptême de Clovis :

 

  «Soudain, une lumière plus éclatante que le soleil inonde l'église ! Le visage de l'évêque (Rémi) en est irradié ! En même temps retentit une voix : "La paix soit avec vous ! C'est moi ! N'ayez point peur ! Persévérez en ma dilection[1] !"

  Quand la voix eu parlé, ce fut une odeur céleste qui embauma l'atmosphère.

  Le roi, la reine, toute l'assistance épouvantés se jetèrent aux pieds de Saint Rémi qui les rassura et leur déclara que c'est le propre de Dieu d'étonner au commencement de ses visites et de réjouir à la fin.

  Puis soudainement illuminé d'une vision d'avenir, la face rayonnante, l'œil en feu, le nouveau Moïse s'adressant directement à Clovis, Chef du nouveau Peuple de Dieu, lui tint le langage (identique quant au sens) de l'ancien Moïse à l'Ancien Peuple de Dieu :

  "Apprenez, mon fils, que le royaume de France est prédestiné par Dieu à la défense de l'Église Romaine qui est la seule véritable Église du Christ.

  Ce royaume sera un jour grand entre tous les royaumes.

  Et il embrassera toutes les limites de lEmpire Romain !

  Et il soumettra tous les peuples à son sceptre !

  Il durera jusqu'à la fin des temps !

  Il sera victorieux et prospère tant qu'il sera fidèle à la Foi Romaine.

  Mais il sera rudement châtié toutes les fois qu'il sera infidèle à sa vocation. »

 

  Au IXè siècle, Raban Maur, Archevêque de Mayence, a rendu public le passage suivant qui aurait été prononcé également par Saint Rémi à la fin de son allocution :

  «Vers la fin des temps, un descendant des rois de France régnera sur tout l'antique Empire Romain.

  Il sera le plus grand des rois de France et le dernier de sa race.

Après un règne des plus glorieux, il ira à Jérusalem, sur me Mont des Oliviers, déposer sa couronne et son sceptre, et c'est ainsi que finira le Saint Empire Romain et Chrétien.»

 

 

[1] Dilection : (n.f.) Amour pur et pénétré de tendresse spirituelle.

 

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16 septembre 2010 4 16 /09 /septembre /2010 22:09

SAINTE CLOTILDE DISTRIBUANT DES SECOURS AUX MALADES

 

  Désiré François Laugée

 

  Sujet : Peinture religieuse représentant Clotilde faisant l'aumône

  Localisation : Église-Sainte-Clotilde (Paris)

  Date : Inconnue

 

cloti-maldes 

  Sainte Clotilde distribuant des secours aux malades :

  Peinture de Désiré François Laugée. Huile sur toile.

  Esquisse de la peinture réalisée dans l’église Sainte Clotilde à Paris. Collection privée.

    Cette peinture représente sainte Clotilde au sommet d’un perron dont les marches coupent diagonalement le tableau. Un dais protège la Reine, qui est debout ; d’une main elle puise l’argent dans un coffre, et de l’autre elle le distribue à des groupes d’hommes et de femmes qui gravissent les degrés. Au bas du perron est étendu sur un brancard un adolescent malade. Ceux qui l’ont apporté le soutiennent ou prient à ses pieds. Un vieux guerrier, vu de dos, présente un petit enfant à l’une des suivantes de la sainte.

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16 septembre 2010 4 16 /09 /septembre /2010 13:36

  Chlodwigs taufe

                                               Le baptême de Clovis, d'après saint Gilles.

 

  Clovis a pris sa décision : il veut être chrétien, comme son épouse Clotilde, comme son ami Aurélien, comme Rémi, l'évêque de Reims qui est son conseiller depuis plusieurs années, et puis, surtout, comme une grande partie de ses sujets.

  Aussitôt son intention annoncée, Rémi vint à Soissons et entreprit de catéchiser le roi. La tache de l'évêque est considérable; outre la vie du Christ, c'est son message de paix, d'amour, de justice et d'espoir qu'il faut faire comprendre à ce roi guerrier. Comment lui expliquer que Jésus, tout puissant, se soit laisser crucifier sans combattre : «Ah ! Si j'avais été là avec mes hommes !» s'écrit-il ! Heureusement, Rémi est un bon catéchiste; il explique au Franc qu'il devait en être ainsi, qu'il fallait que s'accomplît l'œuvre de la Rédemption. Aux hommes maintenant de se montrer digne de Son sacrifice, et à Clovis, Lieutenant de Dieu, d'agir en son pouvoir pour protéger et servir l'Église du Christ.

  Le saint évêque de Reims sait bien qu'il sera difficile de brider la violence et l'impétuosité de  Clovis, mais s'il ne peut faire de lui un saint, au moins en fera-t-il un défenseur de la Foi.

 

  L'enseignement religieux de Clovis avance, Clotilde, elle aussi participe à l'instruction du roi qui est rejoint dans son projet de baptême par ses sœurs, Alboflède et Lantechilde.

  Une chose tracasse cependant le futur catholique : Si ses sujets gaulois et gallo-romains se réjouiront de sa conversion, qu'en sera-t-il des Francs ?

  Ces derniers justement s'interrogent, tous savent ce qui s'est passé à Tolbiac; c'est le dieu des chrétiens qui a évité une catastrophique défaite aux Francs. Depuis, les anciennes moqueries sur les chrétiens, ces faibles, ces vaincus, ces incapables, se font rares. En y réfléchissant bien, ils connaissent les uns et les autres, des Fédérés germains qui se sont convertis au catholicisme; ils ont dans leur entourage des gallo-romains ou des gaulois qui eux aussi ont embrassé la foi du Christ, or, ces gens-là sont leurs amis, leurs voisins et de valeureux guerriers. Alors quand Clovis explique son choix devant son peuple, il est écouté, compris et suivi. C'est presque trop facile, comme un deuxième miracle. Il ne reste donc plus qu'à organiser la cérémonie.

 

  Le baptême qui sera célébré à Reims, dans la magnifique cathédrale édifiée un siècle plus tôt par Nicaise, aura lieu le 25 décembre 496 jour symbolique qui correspondait jusqu'alors pour les peuples francs à la fête du solstice d'hiver et qui sera à l'avenir celui du jour de la naissance du Sauveur.

  Le jour venu, la ville est parée de tentures aux couleurs chatoyantes que Clotilde a choisi. La foule, nombreuse et enthousiaste est massée aux abords de la cathédrale attendant son roi. Celui-ci arrive à cheval, suivi de son épouse et de ses sœurs dans leurs litières, escorté de guerriers en armes. Clovis a revêtu ses plus beaux habits et est couvert de bijoux.

  Le cortège s'arrête. Autour, la joyeuse agitation qui régnait fait place au recueillement. Le roi s'approche du baptistère, trop étroit pour permettre aux curieux d'y pénétrer. Ce n'est qu'une pièce ronde et exigüe. Au centre, la piscine dans laquelle les catéchumènes doivent entrer. Il déboucle le ceinturon ouvragé qui soutient son épée de parade, cloisonnée d'émaux, puis dépose ses torques d'or, ses bracelets, ses fibules romaines, ses luxueux vêtements. Il ne reste que les colliers, insignes de la royauté germanique, et un magnifique bracelet q'un orfèvre, le jour de son érection sur le pavois, a scellé autour du poignet du prince de telle façon qu'il ne puisse ni le perdre ni le retirer. Rémi veut que le roi se dépouille de ce qui fait encore de lui un chef païen.

_ " Tes colliers seigneurs..."

bapteme clovis2  Plaque en ivoire. Le baptême de Clovis avec le mirale de la Sainte Ampoule. Musée de Picardie à Amiens.

 

  Les colliers rejoignent les torques et les vêtements sur le bord du bassin, puis Clovis descend les marches de pierre et s'enfonce dans l'eau sainte. Le baptême des adultes se pratiquait toujours par triple immersion, en l'honneur des trois personnes de la Trinité.

  Rémi pose sa main sur la tête du roi :

_ "Baisse la tête, fier Sicambre. Adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré !"

  Alors que par trois fois le roi plonge dans l'eau bénite, un cri de joie retenti dehors.

  Bapteme de clovis france

                                     Le baptême de Clovis - vitrail

 

  Clovis sort du baptistère. On lui tend alors les vêtements blancs que selon la coutume, il portera huit jours. C'est l'instant d'oindre le front du baptisé avec le saint chrême, un rite habituel, mais qui appliqué au roi se charge de symboles et d'une valeur plus haute. Seulement voilà, le clerc chargé d'apporter l'huile s'est fait surprendre par la foule. Il est bloqué à l'exterieur, et personne ne sait où il est. C'est un désastre, et un bien mauvais présage !

Hincmar dans "Vita Sancti Remigii" raconte :

  «Dès qu'on fut arrivé au baptistère, le clerc qui portait le chrême, séparé par la foule de l'officiant, ne put arriver à le rejoindre.

  Le saint chrême fit défaut.

  Le pontife alors lève au ciel ses yeux en larmes et supplie le Seigneur de le secourir en cette nécessite pressante.

  Soudain apparaît, voltigeant à porté de sa main, aux yeux ravis et étonnés de l'immense foule une blanche colombe tenant en son bec une ampoule d'huile sainte dont le parfum d'une inexprimable suavité embauma toute l'assistance.

  Dès que le prélat eu reçu l'ampoule, la colombe disparut !»

 

steampoulereliquairedecharlesx

                                     Reliquaire de la Sainte Ampoule

 

  C'est avec le saint chrême contenu dans cette ampoule, que seront sacrés tous nos rois[1]. Pour tous les croyants, cet événement est un signe extraordinaire : Comme au baptême du Christ, c'est le Saint Esprit qui par l'effet d'une grâce singulière apparut sous la forme d'une colombe et donna ce baume divin au pontife, assistant ainsi visiblement au sacre du premier des rois de France. Par cette action, Il marque d'un signe sacré de toute spéciale prédilection la monarchie française, consacrant ses rois, en imprimant sur leur front un caractère indélébile qui leur assure la primauté sur tous les autres souverains de la terre. Ainsi pour chaque sacre du Roi de France, Dieu a voulu non d'une huile terrestre, mais d'une huile céleste afin que celui-ci (tout comme le Christ) fut non pas fictivement mais très réellement et véritablement "l'oint" du Seigneur. Ce privilège unique était reconnu dans le monde entier. Dans toutes les cérémonies diplomatiques, en effet, l'ambassadeur du Roi de France avait le pas sur ceux de tous les autres souverains parce que son maître etait "sacré d'une huile apportée du ciel" ainsi que le reconnaît un décret de la République de Venise daté de 1558. Hommage universel rendu au miracle de la Sainte Ampoule et reconnaissance éclatante de la prééminence du Roi Très Chrétien sur tous les autres princes de la terre.

  C'était pour commémorer toutes ces merveilles que le peuple, à chaque sacre ou dans chaque grande réjouissance publique, criait :

  Noël ! Noël ! Vive le roi ! Noël ! Noël !

 

  Alboflède et Lantechilde ont suivi leur frère dans le bassin. Derrière, à la file, trois mille hommes attendent d'être baptisés. Encore ne s'agit-il que de l'élite franque, les Leudes, ces hommes qui sont les plus proches du prince, les meilleurs guerriers et les plus nobles. Ceux sur qui repose la fidélité de l'armée. Pour les autres, le temps ne manquera pas.

 

  La nouvelle du baptême se répandit à travers les Gaules.

  Lutèce, où Geneviève refusait d'ouvrir les portes de la ville à Clovis tant que celui-ci ne serait pas baptisé, allait pouvoir accueillir le roi des Francs et devenir la capitale de son royaume.

  Alaric et Gondebaud reçurent la nouvelle avec nettement moins d'entrain. Voilà que le rival le plus dangereux qu'ils aient eu se rangeait du côté des indigènes, rassemblant ainsi les sympathies populaires et, surtout, la redoutable puissance du clergé catholique.

 

 

 

[1] La sainte ampoule fut brisée en 1793 par le révolutionnaire Ruhl, mais Clausel de coussergues, dans son livre "Du sacre des Rois de France", mai 1825, p 127, raconte : «Un écclésiastique et un magistrat de cette ville qui, dans ces temps affreux craignirent de compromettre un grand nombre de gens de bien, s'ils enlevaient ce précieux vase, avaient eu le soin d'en retirer une partie du baume qu'il contenait. Partagé entre cet éclésiastique et ce magistrat, ce baume a été gardé religieusement. En 1819, les parcelles en ont été réunies dans le tombeau de saint Rémi, sous la garde du curé de Saint Rémi de Reims, et des preuves authentiques, constatées par un procès-verbal, lequel a été déposé au greffe du Tribunal de Reims, ne laissent aucun doute sur la fidèle conservation de ce précieux monument du sacre de Clovis».

 

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1 septembre 2010 3 01 /09 /septembre /2010 14:24

  Ernest Lavisse est né le 17 décembre 1842 et est mort le 18 août 1922. Cet historien a écrit de nombreux ouvrages, parmi lesquels les « manuels Lavisse », qui ont accompagné la formation de multiples générations de professeurs, d’instituteurs et d’élèves. Ils vont faire naître, phénomène nouveau, une véritable culture historique populaire en France. Toutefois, bon nombre de clichés y trouvent aussi leurs sources, Lavisse étant souvent plus soucieux d’une reconstruction systématique de l'Ancien Régime en fonction de l’avènement de la République que d’une stricte recherche de la vérité historique.

  Le texte qui suit, issue de Histoire de France Tome I - Les Origines (395-1095),écrit en 1893, et traitant des missions chrétiennes en Gaule au IIIè siècle, est digne de confiance, même si depuis, les recherches historiques ont apporté de nombreuses précisions.

 

  Les missions au IIIè siècle.

 

  Sous le règne de Dèce, écrit Grégoire de Tours, sept hommes, après avoir été ordonnés évêques, furent envoyés pour précher la foi en Gaule, ainsi que le raconte la passion de saint Saturnin... Voici leurs noms : à Tours, Gatien; à Arles, Trophime; à Narbonne, Paul; à Toulouse, Saturnin; à Paris, Denis; chez les Arvernes, Austremoine; à Limoge, Martial». Et ailleurs il indique que cette mission était partie de Rome.

MartyreSaintSaturnin  Sur plusieurs de ces évêques, Grégoires de Tours ne donne point de renseignements précis. Il mentionne la décapitation de saint Denis, il raconte que Saturnin, attaché aux jambes d'un taureau furieux, fut précipité du Capitol de Toulouse. Quand à Gatien, un de ses prédécesseurs dans l'épiscopat à Tours, Grégoire parle de lui plus longuement et même fixe sa venue à la première année du règne de Dèce. Il devait parfois se cacher, pour se dérober aux attaques des «puissants» qui l'accablaient d'outrages, et célébrait secrètement, le dimanche, l'office divin dans de cryptes. «Il vécut ainsi à Tours cinquante ans, à ce qu'on dit, mourut en paix, et fut enseveli dans le cimetière du quartier chrétien. Après lui l'épiscopat resta vacant trente-sept ans.» Un disciple de ces évêques, Ursin, aurait fondé l'église de Bourges. Il recrutait ses adeptes parmi les pauvres. Un haut personnage,Leocadius, qui était de la famille d'un des martyrs de Lyon, Vettius Epagathus, ouvrit sa maison aux fidèles, pour en faire une église. Mais tout ce qui concerne cette évangélisation du IIIè siècle est singulièrement obscur, et le témoignage de Grégoire de Tours n'a pas une valeur chronologique précise. Si l'existence de plusieurs évêchés en Provence, à Arles, Marseille, Vaison, Nice, Orange, Apt, est certaine, pour l'Aquitaine on ne sait rien d'assuré avant le IVè siècle : en 314, des évêques existent à Bordeaux, à Eauze, à Gabales. Ailleurs, quelques églises, Rouen, Sens, Paris, Reims, Autun, paraissent un peu plus anciennes. Dans la région rhénane, à Trèves, à Cologne, on rencontre des évêques dès le commencement du IVè siècle. Le christianisme a dû y être introduit, au cours du IIIè, par les légions qui y étaient cantonnées, ou par les commerçants étrangers.[1]

  Au commencement du IVè siècle, alors que Dioclétien et Galère entreprirent en Orient une guerre d'extermination contre le christianisme, les fidèles des Gaules jouirennt d'un calme relatif. Constance Chlore, qui exerçait dans ce pays le pouvoir impérial, n'était pas un soldat de fortune comme ses collègues. Esprit modéré, administrateur habile, il semble avoir reculé devant des mesures qui répugnaient à la douceur de ses mœurs autant qu'elles inquiétaient son sens politique. Pour se conformer en apparence aux édits promulgués par Dioclétien et par Galère, il fit détruire quelques églises, mais ne persécuta guère les personnes. En orient, le nombre, l'importance des chrétiens pouvaient alarmer même une politique calme et réfléchi comme l'était Dioclétien; en Gaule, disséminés dans quelques villes, ils n'inspiraient pas les mêmes craintes.  Cette différence de situation aide à comprendre la conduite de Constance Chlore; rien ne prouve qu'il ait adhéré au christianisme et qu'il ait dépassé à son égard une curiosité bienveillante. Mais son fils Constantin, lorsqu'il alla; en 312, disputer l'Italie à Maxence, se déclara l'allié et le protecteur des chrétiens et plaça sur ses enseignes le monogramme du Christ. Après sa victoire, l'édit de Milan, qui proclama la liberté de conscience, accorda aux chrétiens le droit d'exister, de posséder, de célébrer leurs cérémonies religieuses. Si le christianisme n'était pas encore le culte officiel, il devenait le culte protégé; désormais l'Église pouvait s'appuyer sur l'État pour continuer la conquête religieuse de la Gaule, mais sa tâche devait y être plus laborieuse que dans la plupart des autres régions de l'Empire.

 

[1] Vers cette époque la querelle du Novatianisme agita toute l'Église. L'antipape Novatien s'était mis à la tête des rigoristes qui ne voulaient pas qu'on pardonnât à ceux qui avaient faibli pendant les persécutions. Il eût pour partisanen Gaule l'évêque d'Arles, Martien; Fauslin, évêque de Lyon, et ses collègues gaulois se prononcèrent contre lui, d'accord avec le pape Étienne et Cyprien de Carthage, le grand adversaire du novationisme.

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