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12 décembre 2010 7 12 /12 /décembre /2010 12:21

  Dans son livre consacré à Clotaire Ier (Clotaire Ier fils de Clovis- Ed. Pygmalion), Ivan Gobry affirme que la bataille dite de Tolbiac (aujourd'hui Zülpich), n'a eu lieu ni à Tolbiac, ni en 496.

  Ary Scheffer - Bataille de Tolbiac 496

 

  Si l'on consulte les ouvrages traitant de ce sujet, ou si l'on tape celui-ci sur un moteur de recherche, la bataille de Tolbiac sera presque exclusivement décrite comme ayant eu lieu en 496, et que c'est durant celle-ci que Clovis, voyant la défaite face aux Alamans se dessiner, invoqua le Christ, « O Jésus-Christ, que Clotilde affirme Fils du Dieu Vivant, toi qui donnes du secours à ceux qui sont en danger, et accordes la victoire à ceux qui espèrent en toi, je sollicite avec dévotion la gloire de ton assistance : si tu m’accordes la victoire sur ces ennemis, et si j'expérimente la vertu miraculeuse que le peuple voué à ton nom déclare avoir prouvé qu'elle venait de toi, je croirai en toi, et me ferai baptiser en ton nom. J'ai en effet invoqué mes dieux, et, comme j'en fais l'expérience, ils se sont abstenus de m'aider; ce qui me fait croire qu’ils ne sont doués d'aucune puissances; eux qui ne viennent pas au secours de ceux qui les servent. C'est toi que je t’invoque maintenant, je désire croire en toi ; pourvu que je sois arraché à mes adversaires »[1], ce qui constitue l'une des raisons principales à la conversion du roi franc.

 

  Mr. Gobry indique qu'une bataille a bien eu lieu à Tolbiac, mais que celle-ci opposa Sigebert, roi des Francs ripuaires, à une troupe d'envahisseurs alamans.

 

  Et justement, si l'on recherche des documents (peu nombreux, ou très incomplets) faisant référence à Sigebert, on trouve qu'effectivement, celui-ci livra bataille à Tolbiac : En 496, les Alamans envahissent le royaume de Cologne. Le roi, Sigebert fait alors appel à Clovis, dont il est parent, qui vient à son secours. Les deux hommes livrent le combat à Tolbiac, défont et repoussent les Alamans. Sigebert est blessé au genou au cours de la bataille, blessure qui lui vaut le qualificatif de « boiteux » [2] Il est clair que cette bataille n'est pas celle évoquée précédemment.

 

  Alors, Clovis livra t-il deux fois bataille à Tolbiac ?

  Où bien est-ce Ivan Gobry qui a raison quand il dit qu'en réalité la miraculeuse victoire des Francs sur les Alamans se déroula "en un lieu non identifié entre Strasbourg et Worms" ?

 

  Deuxième point : la bataille est présentée comme s'étant déroulée en 496. Mais certains historiens la situerait en 506 en raison d'une lettre de Théodoric, roi des Ostrogoths, datant de cette année et dans laquelle il félicite Clovis de sa grande victoire sur les Alamans. 

  Pour Ivan Gobry, les événements se déroulèrent en 495 , car Grégoire de Tours cite cette bataille comme s'étant déroulée "la quinzième année du règne de Clovis". Or, Grégoire ne dit pas "quinze ans après" mais, à la manière romaine "la quinzième année", donc quatorze ans après !

 

  Alors, coup de tonnerre, erreur collective ?! Que faut-il en penser ?

    

  Si le lieu réel de la bataille n'a pas vraiment d'importance, la date de celle-ci a une influence sur celle du baptême de Clovis. En attendant de nouvelles découvertes écrites ou archéologiques, nous resterons un peu dans le doute, et nous nous contenteront de retenir que dans l'"affaire de la bataille de Tolbiac", le fait marquant, c'est l'intervention divine qui entraîne la conversion de Clovis, son baptême, qui fera du roi barbare, le vrai souverain de ses sujets; et de la France, la fille aînée de l'Église.

 

[1] d'après Grégoire de Tours dans le chapitre II de l'Histoire des Francs 

[2] selon C. Settipani "spécialiste" dans les filiations et les parentés des personnages du haut Moyen Âge et de l’Antiquité.

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8 décembre 2010 3 08 /12 /décembre /2010 22:54

  Au VIè siècle, le pouvoir en Gaule est détenu par une dynastie d'origine germanique : les Mérovingiens. La Gaule romaine disparaît progressivement, faisant place au royaume des Francs, établit par Clovis, agrandie par ses fils, et qui deviendra la France.

 

  La romanisation de la Gaule s'était faite par l'intermédiaire de l'administration du pouvoir romain et la composition de la population avait peu changé.

  Les invasions barbares, puis l'installation des Francs Saliens sur les terres gauloises s'accompagnent d'un transfert de population infiniment plus importante que celui que représentait la colonisation romaine, sauf peut-être dans la région de Narbonne et, à la frontière, dans la région de Trèves.

 

  Le peuple de Gaule a accepté d'être guidé par ce roi barbare qu'est Clovis, et sa conversion au catholicisme y est pour beaucoup. Les Gallo-romains paraissent n'avoir qu'un désir : s'assimiler aux Francs, devenir francs eux-mêmes. Une seule région restera plus ou moins rebelle à l'influence franque : c'est l'Aquitaine. Les Mérovingiens ne cesseront de se disputer ce territoire entre Loire et Pyrénées dont une partie, à la fin du VIè siècle sera envahie par les Basques venues d'Espagne.

 

  L'intégration des Francs et l'acceptation de leur installation en Gaule trouve témoignage dans le grand nombre de noms de lieux et de noms de personnes ayant une origine franque. Citons par exemple les noms en anga ou ange dans la Belgique wallonne et la Lorraine, en ans en Franche-Comté, en ens ou en ins en Savoie.

  Les gallo-romains dès le VIIè siècle, adoptent les noms francs, si bien qu'à partir de cette époque, il devient difficile de distinguer l'origine germanique ou gallo-romaine des personnages.

  Straban avait d'ailleurs dit que si les Germains diffèrent quelque peu des Celtes par leurs traits physiques, ils s'en rapprochent " par l'aspect, les mœurs et les lois".

  Il paraît évident qu'entre le peuple celte et les peuplades germaniques, franques surtout, existaient des affinités que l'occupation romaine n'a pas fait disparaître. Le peuple gaulois qui s'était soumis aux règles de l'occupant, y trouvant son compte dans de nombreux domaines, retrouve chez les Francs de nombreuses similitudes dans la manière de vivre, dans le comportement domestique et privé. Les Gallo-romains, majoritairement d'origine celte, se sont peut-être un peu retrouvés eux-même sous le règne des mérovingiens.

 

  L'héritage romain n'est pas pour autant jeté aux oubliettes, et malgré le bouleversement qu'occasionne la chute de Rome et l'avènement des rois Francs, les services publiques : entretien des routes et des ponts, fonctionnement de la poste, et même la mise à jour du cadastre restent les mêmes. On continue de percevoir dans les bureaux de péage et de douane les taxes perçues sous l'Empire. Les corvées et prestation diverses, les taxes prélevées dans les marchés sur la vente des denrées, sont sensiblement les mêmes que dans les siècles précédents.

 

  Il y a un domaine où la transformation de la société est significatif : le droit civil.

  Celui-ci repose avant tout sur une conception très puissante du mariage et de la famille, et cette conception marquera toute l'histoire du peuple français; elle en sera même l'élément de base.

 

  La famille.

 

  En droit romain la famille ne représente qu'une unité assez indécise. Elle ne vit en fait que par la personnalité du père qui possède à la fois l'autorité du chef et celle du prêtre. Le pater familias a le droit de vie et de mort sur tous ceux qui composent la famille : femmes, enfants, esclaves et même la clientèle. Ce pouvoir lui est attribué pour toute sa vie; ses enfants restent, quel que soit leur âge ou leur situation, sous la dépendance, y compris les fils mariés, à moins qu'ils n'aient été émancipés. La seule parenté reconnue est la parenté par les mâles; et c'est le père seul qui hérite de ses enfants dans le cas où ceux-ci possèdent quelques biens d'origine extra-familiale et meurent avant lui. Le patrimoine reste la propriété absolue et individuelle du père de famille, qui a le droit de régler à son idée les ventes ou les échanges, et de disposer à sa volonté de ce bien par testament.

 

  Ajoutons que le divorce, admis chez les Romains par simple consentement mutuel, donne à cette famille peu de fixité.

 

  Le contraste est absolu avec la famille franque. Celle-ci repose non sur l'autorité d'un homme, mais sur les liens qui unissent les personnes d'un même sang, qu'elle se rattache au père ou à la mère. C'est l'association naturelle entre parents issus d'un même ménage, qui se doivent protection mutuelle et jouissent en commun du bien familial. Dans les pays du Nord de la Loire, où la coutume franque l'a emporté sur toute autre, l'habitat lui-même a traduit ce sens de l'appartenance commune de tous les membres de la famille à un même foyer : la pièce principale de la maison est une salle commune à tous, des plus jeunes aux plus âgés. La famille se comprend comme le groupement de tous ceux qu'abrite le même toit.

 

maison-franque 2

                                                                                     Foyer Franc

 

  Dans cette famille franque, le père n'est pas un maître absolu; il est plutôt considéré comme une sorte d'administrateur, de gérant pour le compte de la communauté. C'est la famille toute entière, considérée comme une unité caractérisée, qui est propriétaire. Aussi ne reconnaît-on pas au chef de famille le droit de disposer de ses biens par testament. Si l'un des membres de la famille veut vendre telle ou telle partie de son bien, les autres ont priorité pour les racheter (même s'il ne s'agit que de parents éloignés, cousins, neveux, dont le patrimoine est différent).

 

Jeunes-francs

                                                             Jeunes Francs

 

  Le pouvoir du chef de famille se réduit à un droit de protection, de sauvegarde; il s'agit en fait d'un devoir beaucoup plus que d'un droit. Et c'est la raison pour laquelle la femme ne peut, selon la coutume des francs saliens, hériter d'un domaine; car elle n'aura pas la force de le défendre en un temps où le droit de guerre privée existe encore, bien que réduit. Quant aux enfants, ils acquièrent leur indépendance dès leur majorité : 12 ans chez les Francs Saliens. Il faur ajouter que l'enfant majeur, bien que pleinement indépendant, gardait l'appui de sa famille. La solidarité familiale est le caractère essentiel de la société franque et comme les liens du sang sont indissolubles, on en jouit toute sa vie; l'enfant majeur peut s'installer où il veut, mais au point de vue du droit il continue à jouir de l'appui de ses frères.

 

  Dans la loi salique, lorsqu'un membre d'une famille commet un délit, la responsabilité de tous les membres est engagée pour le paiement de la réparation; et inversement tous les membres de la famille ont droit à la composition versée si l'un d'entre eux a été victime d'un délit ou d'un meurtre. Celui qui veut se soustraire à cette responsabilité collective par laquelle la famille est considérée comme un être unique doit faire publiquement acte de désaveu : il se rend au tribunal avec les siens, brise sur sa tête trois baguettes d'aulne, en jette les morceaux aux quatre coins de la salle et déclare solennellement son abandon de l'héritage familial. Hors cette renonciation publique, il a part à tous les heurs et malheurs qui atteindront les siens. À la permanence de la famille est lié celle du patrimoine, qui ne peut être aliéné et n'est jamais considéré comme une propriété individuelle.

 

  La mariage qui est l'élément constitutif de la famille, fera l'objet d'un prochain article.

 

  Source : Histoire du peuple français - Tome I - Régine Pernoud _  La famille à l'époque mérovingienne - Charles Galy

  Photos empruntées à l'excellent site : http://www.museedestempsbarbares.fr/index.html

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7 décembre 2010 2 07 /12 /décembre /2010 16:10

  La fouille archéologique du faubourg d’Arroux, au nord d’Autun, menée sur prescription de l’État (Drac Bourgogne) dans le cadre d’un projet de logements sociaux, et mené dans le plus grand secret pour éviter les pillages, a permis la découverte d’un quartier antique partagé entre artisanat et habitat aisé. Les archéologues ont notamment mis au jour l’officine du coroplathe (fabricant de figurines) Pistillus : four de potier, moules, figurines et ratés de cuisson signés « Pistillus » confirment la présence de son officine à Autun. Son œuvre, bien que populaire, se distingue par des statuettes soignées et des thèmes variés : déesses protectrices, Vénus, Abondance, animaux, mais aussi de tendres représentations de l’intimité romaine. Lors des dernières semaines de la fouille, principalement consacrées à l’étude d’un ensemble de vestiges datant de l’époque augustéenne (début du Ier siècle de notre ère), un important dépôt monétaire a été exhumé.

 

     117 000 pièces romaines         Voir l'album   

 

  L’ensemble était enfoui dans une fosse scellée par des tuiles. Il pèse environ 38 kg et consiste en plus de 100 000 pièces romaines de la fin du IIIe siècle de notre ère. Ces monnaies sont de toutes petites pièces en bronze de moins de 0,4 g. Ce sont des exemplaires non officiels, comme il en a beaucoup circulé durant la période très troublée de la seconde moitié du IIIe siècle, et même peut-être encore au IVe siècle.
  De graves crises frappent l’Empire à cette période : guerres incessantes entre prétendants au trône, épidémies, poids financier et politique de l’armée, pression aux frontières, crise économique, etc. L’État romain n’est plus en mesure d’assurer pleinement la pérennité et le contrôle du système monétaire. De petits monnayages de bronze, de peu de valeur, qu’on peut qualifier de « monnaie de nécessité », apparaissent alors : ils sont produits par des particuliers mais sont plus ou moins tolérés par l’État. Ils imitent pauvrement les émissions officielles et les effigies sont difficilement identifiables. Les pièces découvertes à Autun se rapprochent de celles typiques du IIIe siècle, telles les monnaies de Tétricus.
  La forte teneur en cuivre du dépôt a permis au panier en vannerie, dans lequel elles étaient stockées, d’être en partie conservé.

  Si l’ensemble avait une certaine valeur, il ne s’agit probablement pas d’un trésor dissimulé, mais plutôt d’un dépôt de pièces déclassées destinées à la refonte. La fosse est d’ailleurs située dans l’emprise d’un des ateliers de métallurgie mis au jour sur le site. En effet, pour rétablir une économie monétaire saine, certains empereurs ont lancé des réformes et tenté de remplacer les anciennes pièces sans autre valeur que celle de leur métal.  Le dépôt monétaire d’Autun est peut-être lié aux réformes de Dioclétien sous la Tétrarchie (fin IIIe siècle-début IVe siècle).
  Un second dépôt devait se situer non loin du premier puisque un peu plus de 2 000 pièces ont été collectées à l’emplacement d’un mur du même atelier. Mais le  démantèlement de cette maçonnerie, au  IVe siècle ou Ve siècle, a dû partiellement le détruire.
Ces vestiges numismatiques vont permettre de mieux appréhender tant les aspects du monnayage non officiel, que les phénomènes de déclassement et de refonte des monnaies durant l’Empire.
  Ces ensembles viennent s’ajouter aux quelque 300 monnaies romaines – en bronze dans leur très grande majorité – découvertes sur le reste de la fouille. Communes ou rares, ces monnaies, au même titre que les autres objets et vestiges, ne livrent d’utiles indications que parce qu’elles sont découvertes et étudiées dans leur contexte archéologique.
Sources : Inrap
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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 17:53

  À la suite de la mort de Clovis survenue le 27 novembre 511, le royaume est divisé entre ses quatre fils, Clotaire, Childebert, Clodomir et Thierry, comme le prévoit la loi salique.

 

  Le territoire conquis et unifié par Clovis va donc être découpé en quatre parties. Comment le premier Roi de France a-t-il pu laisser faire cela ? Tout simplement parce qu'aux yeux des Mérovingiens, il ne s'agit nullement d'une dislocation puisque le regnum francorumreste sous l'autorité des fils de Clovis.

 

  Les Germains ignorent le droit d'aînesse, et pour eux le fait qu'un fils, sous prétexte qu'il est puîné, n'ait pas sa part d'héritage est impensable. Au contraire, il faut que ce partage soit le plus équitable possible; les principaux intéressés, et leurs entourages, savent y veiller. Le royaume revient en fait aux enfants mâles des épouses du roi. Clovis ayant eu deux épouses, le royaume est divisé en deux : une moitié "pour" sa première épouse(dont on ignore le nom), mère de Thierry, et l'autre moitié "pour" Clotilde, mère de Clotaire, Childebert et Clodomir.

 

  Thierry, qui est le seul adulte de la fratrie, né du premier mariage de Clovis avec une princesse rhénane, obtient un territoire partant des rives du Rhin jusqu'au centre de la gaule, mais aussi l'Auvergne et le Rouergue (voir carte ci-dessous).

  Il choisit comme capitale la ville de Metz, plutôt que Reims, peu sûre car trop proche des territoires de ses frères. 

 

  Clotaire, reçoit le vieux pays salien, situé entre la Somme et la Meuse et dont Soissons est la capitale, ensemble auquel les diocéses d'Aquitaine, Agen, Bazas et Périgueux sont adjointes (voir carte ci-dessous).

 

  Childebert devient roi de Paris, il hérite outre de la région parisienne, les actuelles régions Picardie, Normandie, Maine, ainsi qu'une partie de la Charente et de la Gironde (voir carte ci-dessous).

 

  Enfin, le royaume de Clodomir se situe à cheval sur la Loire, il contient l'Orléanais (Orléans est d'ailleurs sa capitale), la Touraine, l'Anjou, le Berry, et une partie du Maine (voir carte ci-dessous).

 

Partage du roy. de Clovis

  La Bretagne, qui reste hors de portée de la domination mérovingienne, ne fait pas partie de ce partage, de même que la Gascogne, où les Vascons restent indomptés, la Septimanie, qui demeure wisigothe et la Provence, possédés par les Ostrogoths d'Italie. Quant à la Burgondie, elle est encore indépendante lors du partage.

 

  Chacun des quatre fils de Clovis est maintenant installé, les ambitions et des convoitises vont bientôt se déchaîner.

 

sources : Les héritiers de Clovis - collection Rois de France - ed. Atlas_  Clovis - Michel Rouche - ed. Fayard_ Grégoire de Tours - Histoire livre IV

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14 novembre 2010 7 14 /11 /novembre /2010 17:50

 Le 27 novembre 511, le roi Clovis 1er s'éteint à quarante cinq ans. Les circonstances exactes de son décès ne sont pas connues; rien n'ayant été écrit à ce sujet, on peut en déduire qu'il ne mourut pas de mort violente. Sa présence quelques mois auparavant au Concile de Reims, laisse supposer qu'il n'était alors pas amoindrie par ce que l'on appelle une longue maladie.

 

  Ainsi qu'il l'avait souhaité, il sera enseveli royalement en la basilique des Saints-Apôtres, à l'emplacement de l'actuelle rue Clovis à Paris, dont il avait fait sa capitale.

  L'église qu'il avait voulu spécialement belle, sur la colline parisienne qui dominait la rive gauche de la Seine, au dessus du palais des Thermes, n'était pas terminée. Mais elle avait déjà son plafond de bois ouvragé, ses splendides colonnes de marbre antiques, dérobées à des temples païens abandonnés, et des fresques à sujets bibliques devaient en orner les murs.

 

  Le 3 janvier 512, plus que nonagénaire, Geneviève s'éteint à son tour. C'était pour elle, vénérée comme une sainte de son vivant, que Clovis a fait édifier ce tombeau grandiose. Celle qui après lui avoir tenu tête, était devenue son amis, occupera désormais la même demeure.

  Clotilde a trente cinq ans. Elle quitte alors Paris pour Tours, où elle trouvera refuge dans la prière, se faisant remarquer par ses larges aumônes et ses fondations d'églises jusqu'à sa mort, le 3 juin 545. Son corps sera alors rapatrié à Paris et déposé aux côtés de son époux.

 

  À la mort de Clovis, et pour la première fois depuis la chute de Rome, la majeur partie du territoire de la France actuelle est unifiée. Et bien que les Francs n'aient été, dans la masse de la population gauloise, qu'un nombre infinitésimal, absorbé depuis longtemps dans le peuple d'origine, la Gaule, au IXè siècle, troquera son ancien nom pour le leur, rendant ainsi hommage à Clovis, roi des Francs, fondateur de la France.

 

511.mort-clovis

 

  Le royaume est partagé entre ses quatre fils, Thierry, Clodomir, Childebert et Clotaire. Une période de partage successoraux pour le moins agité s'engage, sans que toutefois l'unité réalisée durant le règne de Clovis ne soit définitivement rompue.

 

  Source : Grégoire de Tours - livre II_ Laurent Theis - Clovis de l'histoire au mythe_ Clovis - collection Les Rois de France ed. Atlas_ Michel Rouche - Clovis - ed.Fayard

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10 novembre 2010 3 10 /11 /novembre /2010 17:07

Au millieu du XIXè siècle, lors de travaux d'excavation réalisés dans le quartier Saint Marcel à Paris, l'archéologue Théodore Vacquer découvrit une nécropole chrétienne, formée de tombes avec sarcophages en pierre, et d'autres plus simple en pleine terre, mais orientées "selon le rite chrétien", c'est à dire d'est en ouest.

 

  C'est dans l'une de ces tombes que sera découvert pliée en deux sur la poitrine du mort, une petite lamelle de plomb recouverte d'une écriture cursive latine, mais dont le texte pourait  bien être en langue gauloise.

 

     Le texte sur lamelle de plomb

  Ce genre de textes, rédigé sur tablette de plomb sont appelés par les archéologues tabellae defixionum, ou tablette de défixion, autrement dit de malédiction. Leur usage apparaît dans l'Orient hellénistique où il est très courant, avant de se répandre dans tout l'Empire romain. On les utilise dans le cadre de procédures magiques, pour adresser des demandes à des divinités en général infernales ou tout au moins liées à l'Autre Monde. La Loi des douze tables Lex duodecim tabularum), premier code juridique romain gravé sur une plaque de bronze en 450 ou 449 av. J.-C., l’interdit. Sylla au Ier siècle av. J.-C., à travers sa loi cornelia de sicariis & veneficis, livre au supplice ses praticiens. Au Bas Empire, Constantin, puis Valentinien édictent de nouvelles lois la condamnant. Pourtant, la magie individuelle était bel et bien pratiquée dans tout l’empire, et ce durant toute l’Antiquité.

  Contrairement à la magie officielle, placée sous l’égide des Dieux, celle-ci se pratiquait à l’abri des regards, souvent de nuit, dans les forêts, à la croisée des chemins, dans les cimetières, comme en témoignent les auteurs antiques tels qu’Apulée, Horace, Ovide ou Virgile.

  L'usage principal qu'on en fait reste la malédiction ( mais il peut s'agir parfois de formules de protection). Et les victimes de malédictions sont nombreuses : voleurs, adversaires, ou même parfois gladiateurs ou conducteurs de chars, dans le cadre d'un pari lors des jeux du cirque. Defixio001Les motifs peuvent être futils, mais ils sont le plus souvent importants. Et le but de la malédiction est généralement la mort de la personne visée. Le formulaire de ce genre d'inscription est bien souvent le même. On peut prendre pour exemple une des tablettes retrouvées à Bath en Grande Bretagne : "Celui qui a volé ma coupe de bronze est maudit. Je donne cette personne au temple de Sulis, qu'elle soit femme ou homme, esclave ou libre, garçon ou fille, et que l'homme qui a fait cela verse son propre sang dans la coupe. Je te donne ce voleur qui a volé cet objet lui-même, que la divinité le trouve, qu'il soit femme ou homme, esclave ou libre, garçon ou fille"

 Mais parfois, ces formules sont plus compliquées, s'accompagnent de dessins ou de mots esotériques incompréhensibles comme abraxas (ancêtre de notre abracadabra), mot qui sera parfois compris comme désignant une divinité.

  La plupart des « tablettes d’exécration » apparaissent sous la forme de petites plaques, de feuilles, de lamelles ou encore de petites barres de plomb portant des inscriptions et des signes automatiques (sigils) gravés généralement à l’aide d’un clou durant le rituel d’envoûtement. Le support est systématiquement roulé et éventuellement scellé par le clou ayant servi à la gravure, qui est planté à travers.

Les tablettes de defixion se répartissent suivant cinq groupes définis au début du XXe s. par Auguste Audollent [2]  : les affaires judiciaires (defixiones iudiciariae) ; le domaine érotique (defixiones amatoriae) ; le cirque et les autres spectacles (defixiones agonisticae) ; les calomniateurs et les voleurs, et enfin celles dirigées contre les concurrents économiques. Les découvertes faites depuis l’élaboration de cette classification permettent de proposer aujourd’hui un sixième groupe pour celles censées protéger ou maudire un lieu.

Une fois le rituel accompli, les defixiones, véritables contrats passés avec les puissances infernales étaient ensuite déposés dans des puits, des tombes ou de simples fosses, dans un sanctuaire ou encore confiées à une rivière.

Le lieu d’enfouissement n’était donc pas choisi au hasard. La requête pouvait être confiée à un mort, intercesseur privilégié pour toucher les divinités chtoniennes.

Quelques exemples :

  Malédiction dans une defixio iudiciariae visant à empêcher un procès :

Je lie Théagène, sa langue et son âme et les paroles dont il se sert ; je lie aussi les mains de Pyrrhias, sa langue, son âme, ses paroles, etc. ; [...] je lie aussi Kineas, sa langue, son âme et les paroles avec lesquelles il aide Théagène ; je lie aussi la langue de Phéréklès, son âme et le témoignage qu’il porte en faveur de Théagène. [...] Je les lie tous, je les fais disparaître, je les enterre, je les cloue « en bas ». Au tribunal et devant le diéthète [arbitre chargé de juger les procès privés], quand ils agissent contre moi, qu’ils ne puissent pas comparaître du tout ni en paroles ni en acte.

  Malédiction dans une defixio amatoriae (tablette de Némée, Grèce, IVe siècle avant notre ère), visant à détourner une femme convoitée de son amant :

Je détourne Euboulas d’Aineas de sa face, de ses yeux, de sa bouche, de ses petits bouts de seins, de sa psyché, de son ventre, de [son petit pénis], de son anus, de tout l’ensemble de son corps : je détourne Euboulas d’Aineas.

  À Rom (Deux-Sèvres), une tablette trouvée au fond d’un puits antique portait une malédiction lancée par un mime de théâtre qui invoque les démons Apecius, Aquannos et Nana, en leur demandant de faire délirer douze de ces collègues en citant leurs noms.

 

  Les defixions chez les celtes

  Les Celtes romanisés ont adopté très rapidement ce genre de pratique. Ils ont écrit des tablettes de plomb en latin, mais parfois aussi en gaulois : ces documents sont d'ailleurs les plus importants concernant l'étude de la langue gauloise car ils sont les seuls à comporter un texte long et suivi. Ces tablettes restent malgré tout rares, si l'on fait exception des découvertes faites dans les sanctuaires de Bath et de Uley, en Grande-Bretagne, lesquels ont livré plusieurs dizaines d'exemplaires (consacrés à Sulis à Bath et à Mercure à Uley). En tout, ce sont dix tablettes qui ont livrés un texte probablement gaulois. L'une d'entre elle vient donc de Paris.

 

  Le texte de Paris

  La lamelle découverte par Théodore Vacquer est maintenant perdue. Heureusement, celui-ci en avait fait un moulage et un dessin.

 

  XIRIMI IALL SOLLS(N ou V)O

  SOSSIVS.SO.IOS..ISOC

                                                  IV

  ASVINA

 

  Hélas, mille fois hélas, aucune des diverses tentatives de traduction ou d'interprétation ne permettent de connaître le contenu du texte.

 

  La date du texte

 

  Le contexte archéologique (des sépultures orientées d'est en ouest, sans incinération, et parfois en sarcophage) avait conduit Théodore Vacquer a envisager une date postérieure au règne de Constantin (306 à 337 apr. J.C.). Cette date est très tardive et fait de ce texte un des documents gaulois les plus récents.

  Qui plus est, le contexte est chrétien. Le fait de trouver une tablette de malédiction en milieu chrétien ne doit pas surprendre. Ainsi une des tablettes de Bath maudit un voleur "qu'il soit païen ou chrétiens" et rien ne dit que son auteur soit lui-même chrétien. La fouille d'une fontaine consacrée à la déesse Anna Perenna, à Rome, à permis la découverte d'un abondant marériel de magie et de tablettes de défixion, le tout datant de la fin du IVèsiècle, à une époque, donc, où la ville était déjà depuis longtemps le centre de la chrétienté, sans toutefois avoir été uniquement peuplée de chrétiens. On peut néanmoins imaginer compte tenu de ces documents, la transition entre les croyances populaires et la future sorcellerie.

 

  Le fait que le texte "parisien" ait été rédigé en langue gauloise invite à s'interroger : l'auteur était-il gaulois ? Ou était-ce le "messager" (le défunt) qui l'était ? Ou encore le dieu invoqué ?

 

  Les tablettes de malédiction étaient très rares, moins d’une quarantaine sont recensées en Gaule. Les plus anciennes trouvées en France, viennent de la région Sud-Est et ont de toute évidence un lien direct avec l’installation des colonies grecques (Marseille, Nice, Antibes). Elles datent du IVe s. avant notre ère. Toutefois, la majorité des tablettes de défixion découvertes en Gaule date du Ier siècle de notre ère. Les plus récentes sont du VIe siècle. Il est donc clair que ces pratiques étaient peu courantes, et ne peuvent en aucun cas laisser croire à l'adoption, par une partie de la population, à un courant religieux maléfique.

  

[1] Audollent A., Defixionum tabellae quotquot innotuerunt, tam in graecis Orientis quamin totius Occidentis partibus, praeter atticas in ‘Corpore inscriptionum atticarum’ editas. Collegit, digessit, commentario instruxit et Facultati litterarum in Universate pariensi proposuit, ad doctorisgradumpromovendus, Augustus Audollent…, Luteciae Parisiorum, in aedibus A. Fontemoing, 1904, réimpr. Francfort, Minerva, 1967, 568 p.

 

 Sources : Dossier pédagogique Académie de Versailles _ Histoire Antique Hors série N° 10

 

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4 novembre 2010 4 04 /11 /novembre /2010 22:18

  Dans plusieurs cimetières mérovingiens de l'Est de la France, on a mis au jour des squelettes dont le crâne avait été déformé artificiellement et offrait un profil caractéristique en «pain de sucre» plus ou moins marqué.

crane-hun  Obtenues en comprimant le crâne à l'aide de bandelette depuis la petite enfance, de telles déformations paraissent avoir surtout concerné des femmes et dater du tout début de la période mérovingienne. Du fait de sa localisation significative, on a mis à juste titre en relation cette coutume avec l'implantation des Burgondes en Sapaudia (Jura suisse et français). On sait en effet que la déformation crânienne était largement pratiqué à l'époque des Grandes Invasions par les populations asiatiques de la steppe ainsi que par alliés germaniques. Il est donc vraisemblable que des Burgondes, qui étaient au contacte des Huns à l'époque de leur premier royaume de Worms aient pu leur emprunter alors cette coutume. Cette hypothèse est corroborée par un taux inhabituellement élevé des prolongements radiculaires de l'émail dentaire (comme à Monnet-la-ville dans le Jura) dans plusieurs cimetières de Burgondie, indice de métissages avec des populations asiatiques.

 

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Source : Dictionnaire des Francs - Pierre Riché

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4 novembre 2010 4 04 /11 /novembre /2010 15:45

  Épona est une déesse gauloise qui a ses équivalents au Pays de Galles (Rhiannon) et en Irlande (Macha).

epona1

  Son nom est un dérivé du mot gaulois désignant le cheval épos. Cette divinité gallo-romaine est donc lié au monde du cheval. Les très nombreuses représentations d'Épona qui ont été retrouvées, en pierre, en métal, en terre cuite ou en bois, toutes de dimension réduites, étaient sans doute destinées à protéger l'écurie, voire la maison. Des inscriptions découvertes à Entrains-sur-Nohains (Nièvre) prouvent cependant qu'un temple avec tout son décor fut offert à Épona.

epona  La déesse est toujours représentée vêtue et seule. Elle est le plus souvent assise de côté sur le cheval ou la jument que son poulain accompagne parfois. Plus rarement, Épona est debout près de sa monture ou trône entre deux poulains.La déesse peut porter une patère (vase à libation), une corbeille de fruits, une corne d'abondance ou encore un sceptre.

  Ces attributs rappellent qu'Épona protège les productions agricoles et par extension les villae (domaines agricoles), mais son rôle principale est celui de protectrice des chevaux, des écuries, des cavaliers, des palefrenier, des voyageurs, des charretiers.  Un ex-voto découvert à Alise Sainte Reine montre sans doute l'un de ces derniers. Un autre petit relief de pierre représentant Épona a été découvert à Alésia où l'on sait grâce à l'archéologie et au témoignage de l'encyclopédiste latin Pline l'Ancien que des pièces de harnachement métallique étaient fabriquées.

  Épona était particulièrement populaire en Bourgogne, dans epona dacial'Est de la Gaule et sur les frontières rhénane et danubienne pendant les IIè et IIIè siècles. Cette ferveur s'explique sans doute par le fait que ces régions dotées d'un réseau routier dense concentraient une grande quantité de cavaliers de l'armée romaine, d'hommes travaillant dans les relais routiers et de voyageurs de toutes sortes.

  Épona était également honorée à Rome, où, au premier siècle après Jésus-Christ, sa fête était inscrite pour le 18 décembre dans un calendrier, et où le poète Juvenal (qui n'aimait pas ce que Rome était devenue), signale que l'on peint son effigie sur les murs des "écuries puantes".

 

 

 

Source : Musée d'Archéologie Nationale

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2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 17:52

À la fin du IVè siècle, par la volonté de théodose, non seulement le christianisme devient seule religion d'État, mais encore l'accès aux fonctions publiques est interdit à tout homme qui ne professerait pas la religion du Christ[1]. Par voie de conséquence, la diffusion du christianisme s'effectue dans le cadre du réseau administratif, ce qui explique la prise de responsabilité des évêques lorsque l'Empire défaillant voit son administration disparaître.

 

livrhist 007  À partir du Vè siècle, les évêques s'impliquent donc beaucoup plus dans l'administration des cités qui était assurée au temps de l'Empire romain par les chefs des grandes familles réunis dans des assemblées municipales. Progressivement, le ravitaillement de la cité, l'entretien des bâtiments civils, l'enseignement et dans une certaine mesure l'exercice de la justice passent dans les mains de l'évêque et de ses clercs.Cette évolution qui s'explique en grande partie par la décadence de l'Empire, a une autre conséquence : dès lors, la fonction d'évêque est briguée par les familles aristocratiques, qu'elles soient issues de l'ancienne noblesse sénatoriale gauloise ou de parentèles puissante d'origine germanique.

  Ce renforcement de pouvoir de l'évêque dans la cité se traduit par l'installation de celui-ci au cœur de la ville enserrée par des remparts dont la construction date le plus souvent du IVè siècle. Désormais, cathédrale, basiliques annexes, résidence de l'évêque, logement des clerc, lieux d'accueil couvrent alors une part considérable de l'espace urbain.

  La conversion de Clovis, si elle influence son entourage le plus proche, ne suscite pas immédiatement une adhésion personnelle massive au sein du peuple franc. Elle est surtout appréciée par la population gallo-romaine, heureuse de voir le roi rejoindre leur communauté.

  L'association entre le pouvoir et les évêques devient alors officielle, comme le montrent à partir du concile d'Orléans de 511 et tout au long des VIè et VIIè siècles, les assemblées régulièrement réunies dans toutes les grandes villes du royaume.

  Les relations entre la royauté et les grands monastères témoignent elles aussi de l'idée que les souverains se font de leur fonction. Depuis le VIè siècle, rois et reines ont pris l'habitude de fonder et doter à titre personnel de grands monastères ( comme Saint-Marcel à Chalon, Saint Médard de Soissons ou Saint Denis).

  Les évêques désignés à clero et populo, c'est à dire par les clercs et les laïques les plus éminents, doivent à partir du milieu du VIè siècle, voir leur nomination entérinée par un écrit du roi; ensuite seulement, seront-ils consacrés par l'évêque métropolitain (l'évêque de la province, plus tard, archevêque).

  L'organisation de l'Église est issue du découpage administratif romain. La Gaule était divisée en cités, regroupées en provinces. Chaque chef-lieu de cité devient un siège épiscopale.

  Les évêques sont à la tête du clergé de leur diocèse; ils ordonnent les prêtres, consacrent les églises, administrent le sacrement du baptême et de la confirmation. Leurs sermons doivent diriger les fidèles. Ils remplissent aussi une fonction essentielle, dans la vie quotidienne des cités. Ils défendent leurs administrés face aux rigueurs de la justice civile ou aux exigences abusives du fisc. Ainsi, Saint Germain d'Auxerre, qui avait commandé les troupes romaines entre Seine et Garonne, avant de devenir évêque, s'en alla un jour à Arles, protester contre les impôts exceptionnels qui surchargeaient son diocèse.

 Plus les circonstances deviennent critiques, plus nettement se dessine le rôle politique des évêques, leur esprit d'humanité, de charité, les portait à être l'organe de leurs villes, à en être les bastions.

 

«Que le flot des barbares vienne se briser contre le Christ, et qu'ils se laisse dompter». Ces vers de saint Paulin de Nole définissent bien l'attitude qu'allait prendre, tout le long du Vè siècle, l'épiscopat gallo-romain.

 

 

saint-aubin 

  L'Église et les évêques possèdent des biens considérables, mais ils ont le devoir de secourir les pauvres et les malades, pour lesquels ils fondent parfois hospices et léproseries. Les évêques se chargent souvent de la réparation des remparts ou des édifices de leur cité. Outres les réparations, certains consentent également à bâtir, perpétuant ainsi les traditions artistiques et architecturales romaines. Dans ces nouvelles basiliques urbaines ou suburbaines, telle la basilique Saint-Pierre-et-Saint-Paul à Paris, accourent des foules de pèlerins venus vénérer les reliques des saints qui s'y trouvent conservées. Leurs pouvoirs vont croissant. Seul maître de la cité, l'évêque en devint le défenseur, l'administrateur, voire le percepteur. 

  Une telle charge a pu entraîner des ambitieux à briguer la nomination, et à en user à des fins politiques : l'histoire mérovingienne abonde en évêques guerriers ou intrigants, mais le nombre de pasteurs dévoués et efficaces que la foule canonisera spontanément est beaucoup plus élevé.

  Après le souverain, l'évêque est l'homme de la politique religieuse du haut Moyen-Âge. Dans le cadre de son diocèse, dans les limites duquel il veille jalousement à l'exercice de ses pouvoirs, c'est lui qui a la responsabilité concrète de la christianisation sous toutes ses formes. Il mène également un combat systématique contre les éventuelles manifestations hérétiques, et plus encore contre toutes les formes de ce qui semble ressortir du paganisme. Cette lutte anti-païenne est marquée par la prédication, par des gestes spectaculaires comme la destruction d'anciens lieux de culte païens, par diverses actions destinées à montrer la toute-puissance du Dieu des chrétiens, par une politique plus subtile de récupération ou d'adaptation de lieux ou de coutumes païennes dont on conserve la forme extérieure mais dont on modifie l'interprétation.

 

  Dans les actes du concile que Clovis convoqua à Orléans, en juillet 511, les trente-deux évêques présents, saluent le roi en des termes respectueux sans équivoque et précisent explicitement que c'est Clovis lui-même qui a établit l'ordre du jour de la réunion, que c'est lui qui prendra les décisions en la matière et que leur avis n'est que consultatif. C'est dans cette ligne que se succèderont, sous les rois mérovingiens des VIè et VIIè siècle, quelque trente autres conciles dont les actes ont été conservés.

 

  Suite à la chute de l'Empire romain, l'autorité religieuse catholique, par l'intermédiaire de ses évêques, a donc pris la responsabilité du pouvoir dans les grandes villes Gauloises. Si cela fut une aubaine pour l'Église, les cités désorganisées par la disparition de l'administration et fragilisées par la disparition progressive des armées qui assuraient leur protection, trouvèrent dans les évêques des hommes dévoués et compétent pour les guider. Puis, lorsque Clovis pris le contrôle du pays et embrassa la religion du Christ, les hommes d'églises conservant de nombreux avantages et certaines responsabilités, abandonnèrent l'autorité principale aux rois, séparant ainsi que l'avait préconisé le Christ, le pouvoir spirituel du pouvoir temporel.

 

 

[1] Toutefois, au sein de cet Empire catholique, certains royaumes germaniques "fédérés" ont obtenu de l'Empereur l'autorisation de conserver leur roi, leur droit, leurs coutumes mais aussi leur religion -païennes ou, parfois ariennes-; dans les territoires où ces fédérés ont été établis.

 

Sources : L'Histoire N° 358 _  Dossiers d'Archéologie N° 223 _ Histoire de la Nation Française Tome VI - Gabriel Hanotaux _ Clovis - collection Rois de France - ed. Atlas

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27 octobre 2010 3 27 /10 /octobre /2010 23:22

  La vie de Clovis 1er roi des Francs, issu d'un livre scolaire datant du début du XXè siècle.

(Textes hélas illisibles)

Histoire-France

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