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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 01:29

  Dans le nord-ouest de la Gaule commence, au Vè siècle, une immigration dont l'histoire est mal connue, mais dont les conséquences devaient être fort importantes. Aujourd'hui encore, de toutes les provinces de France, la Bretagne est celle où la population a le plus parfaitement conservé sa physionomie, ses traditions, ses mœurs et sa langue : c'est dans ce passé lointain et mal connu qu'il en faut rechercher la cause.

 

  Sous l'Empire, la Bretagne avait été romanisée : nul témoignage ne la montre comme uneFrance Cotes d Armor Cote de granit rose 01 sorte d'asile où la langue et les institutions celtiques se seraient maintenues avec plus d'énergie qu'ailleurs. Des voies romaines la sillonnaient, on y a retrouvé la trace de monuments et de riches villas. Plus tard, le christianisme y pénétrera.  Toutefois, les évêchés de Nantes, de Rennes et de Vannes, sont les seuls dont on puisse affirmer avec certitude l'existence au Vè siècle. Malgré tout, cette région couverte de forêts était, sur bien des points, encore très sauvage. 

  Le IVè siècle fut difficile pour les habitants de cette région, opprimée par les fonctionnaires romains, abandonnée sans défense aux ravages des pirates saxons, elle subi ensuite, au Vè siècle, les violences des Alains. Un écrivain grec, souvent bien informé, Procope, affirme que nul pays en Gaule n'était plus désert.

 

  Les Bretons de la Grande-Bretagne étaient dans une situation plus désespérée encore. Rome ayant retiré de l'île ses légions, ils avaient à lutter contre les attaques des Pictes et des Scots du côté de la terre, des Saxons du côté de la mer. Vers 446, ils firent appel à Aétius, mais en vain. Ils finirent par traiter avec les Saxons et les Angles. Trahis bientôt pas ces dangereux alliés, certains se résignèrent à l'esclavage, d'autres se réfugièrent dans les montagnes et les forêts, ou encore ils s'expatrièrent. «Ils s'embarquaient, en poussant de grandes lamentations, dit Gildas, qui plus tard raconta leurs malheurs, et, tandis que le vent gonflait leurs voiles, ils chantaient avec le Psalmiste* : Seigneur, vous nous avez livrés comme des agneaux à la boucherie et vous nous avez dispersés parmi les nations.»

  Dès le milieu du Vè siècle, ces bandes d'émigrés débarquent sur les côtes de l'Armorique.Boudicca «Notre race, écrivait au IXè siècle Wrdisten (Gurdisten), abbé de Landevennec, tire son origine de l'île de Bretagne. Elle est la fille, la progéniture chérie de la race insulaire; elle fut jadis amenée dans des barques sur nos bords à travers l'océan Britannique, au temps même où le territoire de sa mère tomba au pouvoir de la race saxonne... Se voyant en sûreté sur cet asile, elle s'établit tranquillement, sans guerre, sur le rivage.» Le témoignage de l'abbé de Landevennec est quelque peu discutable sur ce point : car quand ils furent en nombre, ils agirent en conquérants.

  Dès 461, Mansuétus, «évêque des Bretons» siège du concile de Tours; plus tard, vers 470, un chef Breton, Riothime, est au service de Rome, il lutte contre les Wisigoths dans la région de la Loire. Par la suite, très souvent les immigrants arrivent d'outre-mer sous la conduite, non de chefs guerriers, mais d'évêques, de prêtres, de moines, car ils viennent d'un pays fortement évangélisé.

Breton-BD1Breton-BD2 Ils s'établissent sur le littoral, puis ils pénètrent dans l'intérieur du pays où s'épaissit la forêt : ils fondent des évêchés, des monastères; ils implantent les institutions et les mœurs celtiques. Bientôt l'Armorique prendra le nom de Bretagne, et la langue celtique, telle qu'on la parlait au delà de la Manche, deviendra la langue du pays.

  L'histoire de la Bretagne est riche, cependant de nombreuses sources proviennent de légendes écrites longtemps plus tard, et qui souvent ne s'accordent pas entre elles. Il faut par conséquent être prudent sur ce qu'on lit.

 

* auteur de psaume

 

Source : Histoire de France, Tome III. Ernest Lavisse _  Images BD : Histoire de Bretagne Tome I, Reynald Secher et René Le Honzec

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11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 01:21

  Au 1er août 12 avant Jésus Christ, Drusus, beau-fils d'Auguste et gouverneur de la Gaule, inaugure au confluent de la Saône et du Rhône un autel dédié à Rome et à Auguste.

 

  À cette cérémonie, il convie les représentants des Trois Gaules, qui célèbrent pour la première fois le culte impérial. Depuis lors, l'assemblée des Gaules se retrouve tous les ans à la même date autour d'un sanctuaire fédéral dont l'autel forme le principal monument.

  Lorsque Drusus consacre, sur les directives d'Auguste, l'autel des Trois Gaules, le recensement des biens et des hommes de ces régions, commencé en 28, vient de se terminer. La Gaule, qui a mal réagi à cette opération, est agitée. Avant de pertir à la conquête de la Germanie, Drusus doit calmer la population et s'efforcer de l'intégrer à la communauté romaine. Le meilleur moyen d'y parvenir est de rassembler les notables gaulois. La méthode expérimentée est l'introduction d'un nouveau culte : celui de Rome et d'Auguste, qui rassemblera dans une même ferveur et un même élan de fidélité à l'Empire les représentants des «Trois Gaules» : l'Aqitaine et les futures Lyonnaise et Belgique. C'est pour ce culte rendu dans un sanctuaire fédéral qu'est élevé l'autel impérial.

 

  C'est exactement à Condate, le territoire fédéral qui domine, face à Lugdunum (Lyon), lemonnaie-Autel de Lyonconfluent du Rhône et de la Saône, que se dresse le sanctuaire de Rome et d'Auguste. Le choix du lieu a été dicté par la situation de Lugdunum, à la jonction des trois provinces de la Gaule chevelue, et par son rôle de capitale du pays. L'autel qui n'a jamais été retrouvé, est connu par les monnaies antiques. Établi au sommet d'une terrasse à laquelle menaient deux larges rampes, il se présentait sous la forme d'un rectangle, entouré de deux hautes colonnes portant une statue de la victoire. Au monument sont ajoutées bientôt d'autres constructions qui font partie du même complexe religieux : ainsi un amphithéâtre où se déroulent les jeux qui accompagnent la tenue de l'assemblée annuelle.

  plan sanctuaire 1er

    Dans le sanctuaire fédéral, le culte est rendu à Auguste, puis à ses successeurs les empereurs régnants. Il est rendu aussi à Rome, déesse inventée par les États grecs d'Asie Mineure pour exprimer leur loyalisme envers leur nouveau maître. Aucun témoignage direct n'a été laissé par les auteurs anciens sur la forme même du culte. À côté des cérémonies liées à la réunion du conseil des Trois Gaules, il consiste probablement à célèbrer les anniversaires de la maison impériale et surtout celui de l'empereur. Des sacrifices exécutés sur l'autel font partie des rites.

  Ces cultes officiels n'empêchent pas la vénération d'anciens dieux gaulois : Cernunnos, Épona, Sucellus...

  Les divinités romaines sont assimilées aux dieux gaulois pour former le panthéon gallo-romain. Sous les images et noms de Mercure et de Mars, dieux les plus révérés, se cachent des divinités indigènes. C'est pourquoi ces dieux présentent de nouvelles fonctions, tel Mercure qui devient patron des commerçants... Hercule, Apollon et Vulcain jouissent aussi d'une grande popularité. 

   Le responsable du culte est le prêtre ou sacerdos de Rome et d'Auguste à l'autel du confluent. Désigné chaque année par ses pairs de l'assemblée des Trois Gaules, il estAmphitheatre 3-gaulesrééligible. Cette charge prestigieuse, qui comporte de nombreux honneurs, est assortie de lourdes contreparties financières. Au prêtre, nécessairement riche, incombe la construction de monuments. C'est le prêtre fédéral Caius Julius Rufus, par exemple, qui en 19, édifie l'amphithéâtre. Il revient également au prêtre d'organiser les jeux et de financer les combats de gladiateurs, dont le coût est très élevé.

  Dans sa fonction, le prêtre est aidé par divers assistants, parmi lesquels un administrateur et un gérant chargé de la caisse de l'assemblée des Trois Gaules. Celle-ci est sans doute alimentée par les cités ou les peuples.

 

  L'assemblée des Gaules n'est pas une création. Elle existait avant la conquête romaine, et se doublait alors d'un autre assemblée, annuelle, celle des druides, chargés des affaires religieuses mais aussi des matières profanes comme les querelles publiques et privées.

  Le conseil des Gaules, convoqué à partir d'Auguste, est formé quant à lui des représentants ou légats de soixante cités ou peuples, désignés parmi les anciens magistrats ou les décurions. Ils sont plusieurs centaines à se retrouver ainsi, jusqu'au milieu du IIIè siècle, le er août de chaque année à Condate. Tout en remplissant ses obligations religieuses envers Rome et Auguste et en démontrant la loyauté du pays à l'Empire, l'institution se préoccupe des intérêts des trois provinces. À plusieurs reprises, elle joue un rôle politique. En demandant l'admission des Gaulois au sénat en 48; en envoyant un orateur gaulois féliciter Néron après la disparition d'Agripine...

  En se présentant ainsi comme l'intermédiaire entre les habitants des Trois Gaules et l'empereur romain, cette assemblée, dont on a pu dire qu'elle était le premier parlement français, a contribué à éveiller la conscience d'une identité nationale.

 

Sources : Les grands événements de l'histoire de France, Larousse - Géographie de Strabon,Amédée Tardieu

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11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 01:21

  Les premiers monastères furent d'abord établis en Gaule du sud, sur les côtes de Provence, où s'exerçaient plus aisément les influences de l'Orient : les îles de Lérins (en 410, par Honorat), et Saint-Victor et Saint-Sauveur à Marseille (en 418 par Cassien), Arles (saint Césaire en 513). Par la suite, plus au Nord, les rois burgondes et francs dotent largement de nouvelles communautés; ainsi Sigismond, roi des Burgondes (515, Agaune), Clovis et Clotilde (Sainte-Geneviève à Paris). Childebert (Saint-Germain-des-Prés), Clotaire (Saint-Médard à Soissons), Radegonde, sa femme (Sainte-Croix de Poitiers), Brunehaut (Saint-Martin d'Autun). Plus tard se multiplient, en Normandie, en Ile-de-France et dans le centre, les fondations sur les terres des grands, comtes ou familiers du palais. Les premières règles de vie, en Provence, étaient encore inspirés de l'ascétisme oriental : longues prières et mortifications, peu de contacts avec le monde. Certaines de ces traditions se maintiennent longtemps; ainsi à Agaune, les moines devaient, sans arrêt, chanter des psaumes. Cependant, la règle de Césaire d'Arles, qui, au Concile d'Agde (en 506), avait fait préciser les règles disciplinaires pour le clergé séculier, marque un premier pas vers une vie monacale affranchie des pratiques orientales, une vie moins contemplative, mieux adaptée aux exigences de l'évangélisation des campagnes.

 

Saint Benoit de Nursie Small  L'action décisive fut ici celle de saint Benoit. Né en 480, à Nurcie (Ombrie), dans une famille noble, il passa sa jeunesse à étudier à Rome. Choqué par la vie dissolue qui s'y menait, il se retira dans une région déserte près de Subiaco (Abruzzes) et vécut en ermite dans une grotte (baptisée plus tard la grotte sainte) pendant trois ans. 

  Célèbre parmi les paysans pour de nombreux miracles, il fut sollicité pour devenir abbé dans un monastère du nord de l'Italie, et accepta. Mais les moines, en désaccord avec les règles qu'il imposa, tentèrent de l'empoisonner.

  Il s'établit ensuite au Mont-Cassin, en 529. Pour diriger ses moines, il rédige lui-même une règle marquée d'un sens aigu de l'organisation et duabbaye-Mont-Cassin commandement. Il y précise les attributions de l'abbé, l'emploi du temps religieux, la distribution des offices. L'originalité, face aux traditions orientales, tient surtout à la nécessité de l'engagement à vie, de la vie communautaire et du travail, intellectuel ou manuel.

  Cette règle de saint Benoit[1] qui aura un impact majeur sur le monachisme occidental et même sur la civilisation européenne médiévale, claire et commode, fut vigoureusement approuvée par la papauté et plus particulièrement par Grégoire le Grand (590-604) qui appartenait à une riche famille patricienne de Rome et fut d'abord préfet de la ville.

  Deuxième pape surnommé "le Grand", son épitaphe dans l'église Saint-Pierre le vénère au titre de consul dei, «consul de Dieu». Ayant hérité de vaste propriétés, il les donne afin qu'on ysaint grégoire-le-grandconstruise des monastère dont celui de Saint-André, sur le mont Caelius, à Rome, où il fut lui-même moine.

  Succédant à Pélage II, mort de la peste, bien qu'il ne le souhaite pas, il supplie l'empereur Maurice Ier (582-602) d'invalider son élection. Rien n'y fait, et lorsque le mandat impérial arrive, il est sacré pape contre son gré. Il est même élu à une unanimité exceptionnelle, en raison notamment de sa vie exemplaire, mais aussi de ses qualités d'administrateur.

  Grégoire le Grand sut réparer les ruines de la cité, nourrir les populations affamées et affaiblies. Il s'attacha surtout à organiser l'Église, à lui imposer une ferme discipline par l'envoi de visiteurs et par le contrôle des élections épiscopales, dans tout l'Occident. Ses ouvrages, (les Dialogues, les Morales sur Job, les sermons ou homélies, le Pastoral) montrent , par ailleurs, l'abandon des grandes controverses dogmatiques et le désir d'offrir des règles pratiques de la religion et de la vie chrétienne. Enfin, il affirme sa suprématie sur les métropolites d'Italie du Nord et les patriarches orientaux. Sous son règne, face à Constantinople et à Ravenne, Rome reprend sa place de capitale, mais cette fois de capitale spirituelle.

 

Peinture de Saint Grégoire le Grand parFrancisco de Zurbaran (XVIIè)

[1] La Règle de Saint Benoit (PDF)

 

Sources : Précis d'histoire du Moyen Âge, Jacques Heers - Tous les papes, Reinhard Barth -  Nominis : Saint Benoît

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11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 01:20

  Devenue reine en 491, Clotilde mit au monde l'année suivante, un garçon prénommé Ingomir ("grande race, descendance illustre"), mais celui-ci fut très vite emporté par un mal soudain.

  L'année suivante, la reine donnait naissance à un nouveau fils auquel on donna le nom de Clodomir ("glorieux et grand"). Mais à peine fut-il baptisé qu'une terrible fièvre s'empara de lui. On crut bien que le malheur allait s'abattre à nouveau sur Clovis et Clotilde. Mais les ferventes prière de la jeune maman furent entendues, et le petit prince recouvra la santé.

 

  Tout comme ses frères, Clodomir fut élevé dans la foi catholique par sa mère,et dans la tradition des guerriers francs par son père.

  Si l'éducation qu'il a reçu a fait de lui un croyant sincère, elle a aussi façonné un chef cruel et sans vergogne.

 

  Le partage du royaume de Clovis avait été établi avant la mort de celui-ci. Aussi la division entre les frères fut accueillie sans surprise et sans contestation.

  Clodomir reçut en héritage un territoire situé à l'ouest et au centre de la Gaule, dont l'essentiel était formée de la vallée de la Loire entre Nevers et l'Océan, il fit d'Orléans la capitale de son royaume qui comptait au sud des villes prises aux wisigoths, comme Bourges, Tours et Poitiers, et au nord Chartres. clo-clot-chil-thie

 

  Clodomir administrait son royaume, nommait les évêques, finançait l'entretien des édifices administratifs, tout en s'entraînant au combat d'homme à homme et à la maîtrise d'un cheval.

  Les quatre frères, guerriers dans l'âme, étaient à l'affût de nouveaux territoires à conquérir, mais à titre individuel bien sûr !

  En faisant assassiner son propre fils, Sigismond, roi de Burgondie, fournit un prétexte aux rois Francs : venger la victime, Sigeric, qui était leur cousin.

  Clodomir qui avait une frontière commune avec la Burgondie était particulièrement intéressé par l'éventuelle conquête de ce royaume.

  Il persuada ses frères de joindre à lui dans l'expédition punitive à l'encontre de Sigismond. Ceux-ci acceptèrent à l'exception de Thierry qui avait épousé la fille du roi Burgonde. Surprises par l'attaque de Clodomir, Childebert et Clotaire, les armées de Sigismond furent rapidement dépassées, et le roi ainsi que son frère Gondomar s'enfuirent.

  Les trois mérovingiens prirent donc possession de la Burgondie. Pour ne pas que leur intervention soit prise pour une invasion pure et simple, ils annoncèrent leur volonté de châtier les responsables de la mort de leur cousin.

  Pour cela, Clodomir fit publier un édit qui promettait une récompense à quiconque lui livrerait les fils de Gondebaud. Pour l'instant, il avait capturé et enfermé à Orléans, l'épouse de Sigismond, ainsi que les deux enfants qu'il avait eu d'elle : Gisald et Gombaud.

  La récompense promise pour la capture des rois en fuite allait rapidement donner des résultats.

  Des leudes burgondes qui s'étaient rendus dans un ermitage qui abritait Sigismond, affirmèrent à celui-ci que sa cachette n'était pas sûre et qu'il ne tarderait pas à être découvert. Ils lui recommandèrent donc de gagner l'abbaye d'Agaune où il ne serait jamais retrouvé. Confiant, le roi accepta de s'y rendre, escortés par ces fidèles sujets. Mais alors qu'ils se trouvaient aux portes de l'abbaye, ils furent soudain entourés par des soldats francs qui capturèrent Sigismond et l'enchaînèrent. Le prisonnier fut conduit à son tour vers Orléans, pendant que les traîtres touchaient leur récompense.

 

  Sous la responsabilité de Clodomir, des garnisons furent installées dans les principales villes récemment conquises. Mais n'appréciant pas l'appétit des Francs, le roi des Ostrogoths en Italie, se décida à intervenir.

Gondomar lui ayant envoyé des émissaires pour lui faire connaître sa retraite, il lui adressa un corps d’armée sous le commandement du général Tolonic, qui fit publier un appel aux leudes burgondes. Tous, avec l’aide des Ostrogoths, devaient se rassembler sous la bannière de Gondomar et reconquérir leur royaume.

 Il fut entendu. Tous les guerriers qui avaient déposé les armes les reprirent et se rassemblèrent autour de Gondomar. Des détachements composés de Burgondes et d’Ostrogoths s’emparèrent des places trop faiblement occupées. Quelques mois après la défaite, Gondomar entrait triomphalement dans Lyon et dans Vienne.

 Ce fut une amère surprise pour les rois francs. Childebert et Clotaire reprochèrent à Clodomir cet évènement. Celui-ci entra dans une violente fureur et tint pour responsable de la situation le malheureux Sigismond. Il donna l’ordre de l’exécuter. Avit, abbé de Micy dans le diocèse d’Orléans, tenta de l’en dissuader mais Clodomir déterminé, le fit expulser du palais.

  Le 1er mai 524, avant d’entrer en campagne, Clodomir fit sortir de leur prison Sigismon, sa femme et ses fils. Ils furent conduits à Columna, à proximité d’Orléans, et là décapités tous les quatre. Puis on jeta les corps mutilés dans un puits.

  Son forfait accompli, Clodomir décida d’envahir à nouveau la Burgondie. Cette fois ses jeunes frères préférèrent ne pas participer à l’aventure. Par contre Thierry, dont seule la frontière méridionale le séparait de la Burgondie, et qui en tant que gendre du roi défunt avait des droits sur une partie du royaume, répondit favorablement à l’appel.

  Ensemble, les deux complices pénétrèrent en Burgondie, et s’y enfoncèrent. Ils n’y trouvèrent aucune résistance : toutes les places fortes jusqu’à Vienne étaient soumises. Mais ils savaient que Gondomar s’était réfugié dans les Alpes, où il avait rassemblé un petit corps de troupes ; c’était là-bas qu’ilfallait le rejoindre, l’écraser, lui faire subir le sort de son frère. Ils le trouvèrent à Vézeronce (Virontia). Le combat s’engagea mais très vite les armées Burgondes se trouvant en grande difficulté, Gondomar fit demi-tour et s’enfuit au galop. Clodomir se lança immédiatement à sa poursuite en compagnie declodomir quelques-uns de ses hommes, mais Gondomar qui connaissait les lieux disparu. Le roi franc ne voulut pas abandonner la poursuite et se retrouva bientôt dans un passage étroit et feuillu entouré de hauts rochers. Soudain le cri de ralliement des Francs retenti, Gondomar avait probablement été capturé par des antrustions. Clodomir s’approcha de l’endroit d’où provenaient les appels mais lui et ses fidèles n’eurent pas le temps de prendre leurs armes : ils furent massacrés. Gondomar se précipita sur le corps de l’assassin de son frère, lui trancha la tête et l’éleva au bout de sa lance en signe de victoire.

 Malheur au vaincu, mais aussi malheur à sa famille ! Apprenant la mort de son frère, Clotaire se précipita à Orléans. Il envahit le palais où se trouvait encore Gontheuque l’épouse de Clodomir, avec ses trois jeunes fils. Malgré les protestations de la jeune femme, il déclara qu’elle devenait son épouse. Du même coup, il prenait possession du royaume de Clodomir et de son trésor. Clotilde apprenant la mort de son fils ainé et le sort fait à sa veuve, se transporta à Paris et demanda à Childebert de réclamer pour elle ses trois petits-fils. Clotaire les remit volontiers ; ces trois gamins n’auraient fait que lui compliquer la vie.

  En prenant pour épouse Gontheuque, Clotaire avait pris un avantage sur ses frères quant au partage du royaume de Clodomir. Mais en vérité, et cela semble avoir échappé à Clotaire, les vrais héritiers, c’étaient Théodebald, Gunther et Clodoald, les enfants de Clodomir !

 Trop jeunes pour régner, les enfants vivaient donc pour l’instant auprès de Clotilde à Paris. Mais l’aîné, âgé de dix ans pourrait dans deux ans être proclamé roi, ce qui semble bien être l’intention de sa grand-mère.

 Clotaire et Childebert ne l’entendant pas ainsi, durent prendre une décision sur la conduite à tenir. Deux options leur apparaissent : soit les héritiers ont le crâne tondu, ce qui signifie leur destitution ; soit, ils meurent.

 Les oncles de Théodebald, Gunther et Clodoald envoyèrent donc un message à Clotilde, l’invitant à leur faire parvenir les enfants afin de proclamer leur royauté. Mais une fois sur place, Clotaire se chargea lui-même supprimer ses neveux. Ce fut tout d’abord Théodebald qui fut passé par le glaive, puis Gunther. Mais au moment de s’en prendre à Clodoald, celui-ci avait disparu. Ses protecteurs, probablement d’anciens amis de son père, le conduisirent en Provence, hors de portée de ses oncles. massacre-enfants-de-clodomir

  Se consacrant à la religion, plus tard, le jeune homme se fit ermite…

 

Sources : Ivan Gobry, Clotaire Ier fils de Clovis - Grégoire de Tours, Histoire des Francs -

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11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 01:20

Vercingétorx-Motte

   Vercingétorix se rendant à César (1886), musée Crosatier, Le Puy-en-Velay

 

  Paysagiste, illustrateur, architecte et critique d'art, Henry Paul Motte est aussi un peintre d'histoire particulièrement inspiré, élève de Jean-Léon Gérôme, qui fut l'un des grands maîtres en matière de reconstitution historique. Henri Paul Motte, à qui l'on doit également un César s'ennuie ou Le Passage du Rhône par Hannibal, fait partie de ceux que l'on appelle, les peintres pompiers. Avec son maître Gérôme, il s'inscrit contre tout modernisme en peinture et s'oppose aux impressionnistes. Son art de la mise en scène devance les futures grandes productions cinématographiques historiques.

 

  Peut-être inspiré par le récit de Plutarque, H. P. Motte donne à son tableau un air de photographie instantanée. Dans la deuxième partie du XIXè siècle, en effet, les peintres doivent faire face à une rude concurrence : la photographie. Les artistes portraitistes, très nombreux jusqu'ici, ferment boutiques les uns après les autres. Deux solutions se posent alors, peindre différemment (impressionnisme, pointillisme, etc...), ou réaliser des peintures à la fois formidable de réalisme et surtout à la mise en scène grandiose. C'est le cas avec cette œuvre, où, Vercingétorix fier, au cheval fougueux, vient se rendre à César que l'on devine au bout d'une longue allée. «Le chef suprême de la guerre, Vercingétorix, raconte Plutarque, prit ses plus belles armes, para son cheval et franchit ainsi les portes de la ville. Il vint caracoler en cercle autour de César qui était assis, puis, sautant à bas de sa monture, il jeta toutes ses armes et s'assit lui-même aux pieds de César...»

  En réalité, les choses ne se passèrent pas ainsi mais là n'est pas l'importance. En 1886, l'œuvre d'Henri Paul Motte remporte un vif succès. La France vient de perdre l'Alsace et la Loraine suite à la guerre de 1870, ce tableau remonte le moral du peuple français, vaincu mais toujours debout. César, c'est Bismarck; Vercingétorix, c'est Gambetta; la bataille d'Alésia, c'est Sedan ou le siège de Paris. Aujourd'hui c'est Rome (la Prusse) qui gagne, mais le peuple gaulois (français) sera toujours là quand Rome (la Prusse) s'effondrera.

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10 mars 2011 4 10 /03 /mars /2011 15:59

  La fertilité de la Gaule a été vantée à maintes reprises par les auteurs anciens. Strabon notamment qui, dans sa Géographie, après avoir souligné la similitude entre la Narbonnaise et l’Italie, poursuit : « Tout le reste du pays produit le blé en abondance, du millet, des glands (…). Rien n’est inculte si ce n’est dans les secteurs marécageux ou boisés. »

  Florissante au temps de l’indépendance (jamais les légions romaines ne manquèrent de blé pendant les huit années de la guerre des Gaules !) l’agriculture connue une nouvelle expansion après la conquête où de nombreuses villae voient le jour.

La villa est un élément fondamental du paysage des campagnes romaines. C’est une grandemaquette villa romaine exploitation rurale constituée de bâtiments résidentiels et agricoles au coeur d’un domaine cultivé, qui appartient en général à de riches propriétaires fonciers. La villa réunit donc les fonctions résidentielles et économiques. Ces deux aspects sont nettement différenciés dans son architecture par deux ensembles séparés : la partie résidentielle appelée pars urbana et la partie agricole ou pars rustica . On la qualifierait aujourd'hui de “grande ferme".

Quelques villae apparaissent en Gaule dès le Ier siècle avant J.-C., immédiatement après la conquête romaine : c’est le cas de la villa de Richebourg, dont le propriétaire a des relations privilégiées avec Rome. Mais ce modèle méditerranéen s'impose véritablement dans nos régions à partir du Ier siècle de notre ère. Le réseau des villae est assez dense au nord de la Gaule et sur le territoire des Yvelines actuelles (on recense en moyenne un site rural antique tous les 2 à 4 kilomètres) : ce phénomène témoigne de l'adoption par les grands propriétaires locaux de modes de vie romains, mais aussi d'une emprise agricole intense sur le territoire.

 

Le domaine agricole

Le domaine agricole cultivé est de taille variable. Il peut s’étendre sur une superficie de 10 à 500 jugères soit de 2,5 à 500 ha. Il est le plus souvent exploité sous les ordres d'un intendant, le villicus, et cultivé par des esclaves ou des ouvriers. Une population nombreuse (parfois plusieurs centaines de personnes) y vit en permanence pour cultiver la terre.

 

  Les céréales

 Le blé constituait l’élément essentiel de l’agriculture antique. Pline souligne, entre autres, l’importance du blé amidonnier (triticum dicoccum) dont il mentionne des variétés locales qu’il désigne sous le nom de bracis ou de scandala. Le blé commun (triticum vulgare), qu’il appelle sigilo, convient surtout, selon lui, aux régions humides. Quant au blé ordinaire, mentionné sous la forme triticum, il est cultivé dans les régions les plus septentrionales. D’autres céréales sont citées par les auteurs latins. Le millet pour la moisson duquel Pline signale l’utilisation d’une sorte de peigne égreneur ; l’orge dont on tirait la bière (kourmi) ; le panic ou le millet des oiseaux, surtout cultivé en Aquitaine ; le seigle, l’avoine et le sésame.

 A ces données textuelles s’ajoutent les informations fournies par les études de graines et de pollens effectuées sur des prélèvements archéologiques. Les informations permettant d’approfondir le sujet faisant défaut, les connaissances sont limitées. Toutefois, grâce à des découvertes effectuées en milieux ruraux, on sait que des grains de blé étaient cuits dans les villas de Sauvian (Hérault), et de Montréal (Gers). Du blé poulard a été identifié à la villa de Bouche Rolland dans l’Aveyron et du blé ordinaire dans une couche du IIIe siècle à la bourgade de Liberchies en Belgique. Une ferme de l’Aveyron, aux Infruts, a fournis des grains de seigle et d’orge d’hiver. Sur l’oppidum de Joeuvre, à Saint-Maurice-sur-Loire, la fouille d’un établissement agricole a livré des céréales datant du IVe siècle.

 L’orge a été également identifiée à plusieurs reprises comme à Crain dans l’Yonne et on signale même une amphorette découverte dans le port antique de Marseille qui portait en lettre peinte.

La vigne

  La vigne est introduite en Gaule avec la conquête romaine, d'abord dans le sud, puis jusqu'aux rives de la Moselle. Dès le Ier siècle après J.-C., le vin gaulois concurrence le vin italien, et l’on en trouve dans les caves des notables de Rome. Des installations liées à la fabrication du vin ont été mises en évidence dans de nombreuses villae : tout d’abord, les grappes sont foulées au pied dans une cuve afin de réduire leur volume. Ensuite, on les met dans un pressoir pour les comprimer grâce à un système de levier. Le jus qui en sort est recueilli dans des jarres que l’on vide dans des dolia rangées dans un cellier.

  La viticulture en Gaule connaît un rapide essor, à tel point qu'à la fin du premier siècle de notre ère, les vins de la Gaule méridionale envahissent lemosaïque-viticulteur marché italien ! Aussi afin de mettre un terme à la surproduction de vin, l'empereur Domitien (81-96) ordonna-t-il l'interdiction de toute plantation nouvelle en Italie et la destruction de la moitié des vignes dans les provinces. Cette mesure fut bien peu suivie d'effet et le vignoble gaulois s'étendit progressivement vers le nord. C'est ainsi qu'il gagna la Bourgogne puis le pays trévire (Luxembourg, Allemagne) au cours du IIIè siècle. Finalement, entérinant sagement un état de fait, l'empereur Probus (276-282) rendit libre la viticulture.

 

L'olivier

 

  Limité au sud pour des raisons climatiques, la culture de l'olivier, si l'on en croit Pline, ne réclamait aucun soin particulier. Même si l'affirmation paraît exagérée (labour, fumage et taille constituaient un minimum chaque année) cette culture ne devenait en tousoliviers cas rentable qu'à l'issue d'une dizaine d'années, laps de temps nécessaire pour qu'un olivier planté fournisse ses premiers fruits. Les olives sont consommées partout, sous forme d'huile, pour la cuisine, pour l'éclairage, mais aussi comme lotion corporelle.

  De très nombreuses huileries ont été reconnues dans le Midi, notamment dans le département du Var où plus d'une centaine d'installations sont recensées. Ces huileries produisaient trois qualités : huile de première pression - huile vierge, la plus recherchée - et deux autres de moindre qualité obtenues par deux pressions successives. Au début du IVè siècle, l'Édit du Maximum différencie d'ailleurs nettement ces trois qualités avec des prix atteignant respectivement 40, 24 et 12 deniers le setier.

  Les olives étaient également commercialisées en amphores, conservées dans du vin cuit.

  

  La plantation d'arbres fruitiers se développe de manière importante. Dans le potager, on trouve également des légumes, ainsi que les plantes aromatiques qui servent tous les jours dans la cuisine.

 

Sources :  Gérard Coulon - Les Gallo-Romains, éd. A. Colin _ Dossier pédagogique - Service archéologique départemental des Yvelynes. http://www.ac-grenoble.fr/lycee/diois/Latin/archives/civilisation/richebourg.pdf

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9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 13:09

    Un remarquable ensemble de trois panneaux provenant d'un pavement de domus de Vienne (Isère) et datant de 175 à 225 ap. J.C., en tessel de marbre et calcaire, a été acquis par le musée du Louvre, lors d'une vente publique le 5 décembre dernier.

 

Capitale du peuple allobroge au IIè siècle avant Jésus-Christ, promue en 50 avant J.C. colonie latine par Jules César (colonia lulia Augusta Florentia Vienna), Vienne constitue la limite septentrionale de la province de Narbonnaise fortement romanisée. Avec ses faubourgs, Sainte-Colombe et Saint-Romain-en-Gal, elle a livré un très vaste ensemble de mosaïques (142 pavements ou fragments de pavement recensé à ce jour), qui témoignent de l'intense activité des ateliers locaux, sans équivalent dans une autre ville de Gaule.

  Le premier panneau illustre la chasse de Méléagre contre le sanglier de Calydon, un thème classique de la peinture murale à l'époque romaine, souvent repris en mosaïque sous forme d'emblema (décor central d'un pavement) ou intégré à des scène de chasse plus vastes. mosaïque1

  Le deuxième montre un couple de canards au centre d'un médaillon décoré d'une épaisse couronne de feuilles de lierre chargée de fruits.

mosaïque2

  Le troisième reprend la même organisation du décor : un buste masculin, peut-être un philosophe ou un poète portant une couronne de lierre et un manteau, s'inscrit dans un large médaillon orné de feuilles de chêne.

mosaïque3

  Ces trois panneaux portent donc des sujets sans relation les uns avec les autres, qui à l'exception des canards ne sont pas courants à Vienne. Ils appartenaient à un pavement constitué d'un quadrillage de cases carrées à décors multiple, type de composition bien attesté dans la production de mosïques viennoises.

  Exhumés en 1881 lors de travaux de fondations d'un immeuble au 5, rue Peyron à Vienne, déposés vraisemblablement durant les fouilles, ils ont tous trois été montés sur des supports de ciments carrés, ceints d'une encadrement métallique. Publié dès 1890, ils ont été classés Monuments historique par un arrêté du 2 mars 1937. En 1981, ils sont intégrés dans le Recueil général des mosaïques de la Gaule. III. Province de Narbonnaise. 2 Vienne par Janine Lancha. Ils resteront dans l'immeuble où ils ont été découverts jusqu'à leur mise en vente publique en 2010.

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7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 17:05

Thierry, ou Théodoric Ier « chef, puissant » ou « chef du peuple », est le fils aîné de Clovis. Il est né vers 485, d'une mère issue d'une famille franque rhénane alliée de Clovis, qui mourut alors qu'il était jeune enfant.

  Thierry-Ier

                                       Thierry Ier - gravure sur acier de 1850

 

  Élevé avec ses demi-frères, Thierry reçoit, comme c'est l'usage pour les jeunes princes francs, une éducation de guerrier. Maniement des armes, techniques de combat, maîtrise de son cheval... autant de disciplines que les jeunes héritiers pratiquent quasi quotidiennement. De ce fait, les fils de Clovis étaient toujours disposés à attaquer leurs voisins et à se battre entre eux. Ainsi, l'étendue de leurs royaumes variait selon les victoires, les défaites, et les héritages.

 

Le royaume

 

  À la mort de Clovis, le royaume est divisé en sous-royaumes (teilreich) distincts de celui-ci, permettant à chaque fils d'exercer une royauté complète dans le sous-royaume attribué, plutôt que de diviser l’exercice du pouvoir entre les princes sur l'ensemble du territoire.  Lors du partage du royaume paternel en 511, Thierry, qui est le seul à avoir atteint l'âge adulte, hérite du meilleur lot. Son Teilreich comprend l'ancienne Belgique première (avec Trèves), une partie de la Belgique seconde (avec Reims et Châlons), les deux Germanies (avec Cologne et Mayence) et, par-delà, une large ouverture sur les territoires alamans sur lesquels les Francs, depuis les campagnes de Clovis et la chute du royaume de Cologne, exercèrent une sorte de protectorat. S'y ajoute l'Auvergne et une frange orientale de l'Aquitaine, conquises par thierry pour son père lors de la guerre contre les wisigoths en 507/508, avec les cités de Clermont, Le Puy, Albi, Rodez, Cahors, et probablement Limoges.

  Voici donc Thierry Ier, roi d'Austrasie. Théo-Chil-Clot

  Il s'installe à Metz. Pourtant, la ville de Reims tient une place particulière dans son cœur, Thierry aurait voulu en faire sa capitale mais la région est ruinée par les nombreux assauts que lui ont livré les Francs et qui ont fait fuir une bonne partie de la population. Pour redresser cette situation déplorable, il s'appuie sur ce qu'il reste de cadres gallo-romains. Il nomme Niziers à l'évêché de Trèves, ancien moine, c'est un homme énergique et bâtisseur qui restera l'un de ses proches conseillers.

 

  Le roi Thierry Ier, n'est pas un simple souverain administrateur de son royaume, c'est un Francs, un guerrier. Déjà en 507,  Thierry âgé d'environ dix-huit ans, s'était montré à son avantage lors de la bataille de Vouillé contre les wisigoths. Suite à cela, son père lui avait confié un corps d'armée avec mission de conquérir l'Auvergne. Ce qu'il avait fait avec l'aide de Gondebaud le roi de Burgondie. 

  Sigismond qui a succédé à Gondebaud, sait que les fils de Clovis convoitent son royaume, alors habilement, après s'être converti au catholicisme, il donne à Thierry sa fille Swavegotha en mariage. Bonne idée mais pas suffisante.

 

  Les guerres

 

  En 523 Clotaire, Chidebert et Clodomir décident de s'emparer de la Burgondie en représailles de l'assassinat de leur cousin Sigéric par son père Sigismond. Thierry, gendre de ce dernier refusera de se joindre à l'expédition sanglante de ses frères.

 

  L'année suivante, Clodomir qui n'était pas parvenu à s'emparer de la Burgondie décide à nouveau de conquérir ce territoire. Cette fois seul Thierry l'accompagne car en tant que gendre du roi défunt, il entend faire respecter ses droits sur une partie du royaume. Au cours de la campagne, Clodomir trouve la mort et le roi Burgonde, Gondomar, prend la fuite. Thierry s'empare alors du royaume en occupant les principales villes. Mais pendant qu'il guerroyait en Burgondie, des pirates danois ont fait une importante intrusion à l'embouchure du Rhin, sur ses terres. Thierry délaisse alors la Burgondie et rentre prestement chasser les intrus; ce qui permet à Gondomar de récupérer son royaume.

  Il peut paraître surprenant de voir que Thierry qui tenait à sa merci la Burgondie, ait délaissé ces terres. Ses frontières avec ce territoires aux abondantes et riches cités gallo-romaines étaient importantes, mais il est probable que plus qu'au royaume d'un autre, il tenait par dessus tout au sein, à celui que son père lui avait légué.

 

  Ces danois, qu'on appellera plus tard : les Vikings, ont razzié[1] tout ce qu'ils ont trouvéCasque-viking et ont embarqué de nombreux habitants pour en faire des esclaves. Mais une fois les barques chargées de ce butin, Chlochilaïch, le «roi» danois, au lieu de suivre l'ensemble de ses guerriers est resté sur le continent avec un groupe d'entre eux pour achever le pillage. En demandant aux hommes des embarcations de suivre la côte en attendant de le reprendre à bord, il ignore qu'il commet une imprudence fatale; car l'information est allée jusqu'à Thierry, qui aussitôt rassemble le meilleur de ses troupes et confie son commandement à son fils Thibert (ou Théodebert, fils unique né d’une union concubinaire, et demi-frère de Théodechilde que Thierry avait eu avec Swavegotha qu’il avait épousé en 507.). Celui-ci descend alors la vallée du Rhin et fond sur l'ennemi, qu'il massacre, ainsi que son «roi». La flotte austrasienne, qui a descendu le cours du fleuve, attaque avec succès les bâtiments danois, jette les occupants à la mer, récupère les marchandises et les prisonniers.

Théo-vikings

            Grandes Chroniques de France, enluminées par Jean Fouquet, Tours, vers 1455-1460
L'armée de Théoderic, conduite par son propre fils Théodebert, arrête les envahisseurs danois et les met en fuite. À l'horizon, deux navires ont déjà pris le large.

 

  Cette victoire n'est le résultat que d'une campagne contre un agresseur. Une seconde campagne, plus méditée, sera dirigée sans provocation contre les Thuringiens. Ce peuple germanique, apparenté aux Suèves, venait des régions actuelles de Silésie et de Haute-Saxe, mais avait, au Ier siècle avant Jésus-Christ, remonté le Danube et s'était finalement, au IVè, installé sur la haute vallée de la Weser. Un peuple errant, certes, mais peu combatif, qui se sentait en infériorité en face d'autres Barbares, plus nombreux et plus agressifs. Contrairement aux mœurs de ses voisins, il s'efforçait d'être en paix avec tous. Il avait pourtant une supériorité enviable, celle de ces chevaux, recherchés par les autres peuples pour leur perfection guerrière, et qui, à défaut d'être pour eux-mêmes des instruments de victoire, leur valaient de fructueuses opérations financières : le grand Théodoricétait, dans ce domaine, un fidèle client.

  En 531, la thuringe est gouvernée par trois frères : Hermenfried, Baderic, et Berthar. Trois rois pour le même royaume, voilà qui ne fait guère bon ménage surtout chez les Barbares. Hermenfried, l'aîné, époux d'Amalaberge, nièce de Théodoric le Grand, est le plus ambitieux. Il commence donc par faire assassiner Berthar.

  Pour Baderic, c'est plus compliqué, car celui-ci se méfie. Hermenfield fait appel à Thierry, promettant à ce dernier la moitié du royaume de Baderic, si celui-ci perd la vie durant les affrontements

  Thierry accorde son aide à Hermenfried. Croit-il réellement que le Thuringien tiendra sa promesse ?

  Quoi qu'il en soit, les deux hommes passent à l'attaque et Baderic est tué par son frère. Mais comme on pouvait s'y attendre, Hermenfried désormais unique roi de Thuringe ne tient pas à voir son royaume amputé. Il ne peut tenir parole car «les Ostrogoths s'y opposent» explique t-il. Grotesque prétexte auquel le Franc ne croit pas un instant.

  Thierry se tourne alors vers Clotaire qui plein d'ardeur pour le combat et la conquête sera un allié précieux pour aller faire rendre gorge au félon. Les Francs sans grande discrétion se préparent à l'invasion. Ils seront conduit par trois chefs : Clotaire, Thierry et son fils Théodebert.

  Cependant, au lieu d'attaquer l'ennemi en trois points différents, ils lancent leurs troupes telle une horde furieuse et compacte. Les Thuringiens avertis de l'attaque, ont tendu des pièges sur le parcours et l'avant garde, de même que la deuxième vague franque s'y précipitent. Hermenfried, guère meilleur stratège que ses adversaires n'en profite pas pour contre-attaquer, ce qui permet à Thierry de reformer ses troupes et de repasser à l'attaque. Cette fois le terrain étant plus favorable, il écrase l'armée thuringienne, sans toutefois parvenir à se saisir de leur roi qui a pris la fuite.

  Quelque temps plus tard, Thierry propose une rencontre pacifique à Hermenfried, sur les remparts de Zülpich. Hélas, celui-ci fait... une très mauvaise chute !

  Rien ne s'oppose plus désormais à l'annexion de la Thuringe par Thierry Ier.

  En 531, Thierry annexe donc la Thuringe, ce qui marque la fin du royaume thuringien. Pour éliminer toute résistance locale, il dut certainement faire alliance avec les Saxons. En contrepartie, les Saxons reçurent une partie du territoire thuringien.

 Mais décidément dès qu’il s’éloigne de son royaume, les ennuis ne tardent pas à se présenter au Roi de Metz, car pendant qu’il est en Thuringe, une rumeur annonce sa mort. Cette (fausse) nouvelle enchante les Arvernes qui n’apprécient pas d’avoir dû se soumettre à Thierry. Aussi sollicitent-ils Childebert pour que celui-ci devienne le nouvel homme fort de la région ; et celui-ci s’empare de Clermont.

 Prévenu de cette traitrise, Thierry rassemble ses armées pour marcher vers l’Arvernie. Quand Chidebert apprend cela, il déguerpit aussitôt, se disant que si son frère est irrité par ce qu’il vient de se passer, il exercera sa vengeance sur les Arvernes.

 Et en effet, les représailles ne tardent pas. À la tête d’une forte armée, Thierry pénètre en Arvernie en saccageant tout sur son passage, brûlant les maisons et les récoltes, tuant les paysans, abattant même les églises : c’était la façon qu’adoptaient les princes, en ce temps-là, pour manifester leur mécontentement. Le sénat d’Arvernie résolut de résister. Qu’a-t-il à perdre ? De toute façon, le roi trahi sera impitoyable. Peut-être les valeureux Arvernes peuvent-ils défendre leur ville jusqu’au retour de Childebert. Mais reviendra-t-il ? Les Arvernes ne se posent pas de questions et mettent leur capital en état de défense.

  Rendu sur place, Thierry adresse un ultimatum au sénat : reddition immédiate, sinon, dès que la ville sera enlevée, le pays sera rasé et sa population passée au fil de l’épée.

 Quintien, le saint et courageux évêque des Arvernes, ayant appris la menace qui pèse sur sa ville épiscopale, demande à voir le roi. Reçu par celui-ci, il parvient à le convaincre d’épargner la population. Thierry promet de réfléchir à la supplication de l’évêque, et en effet, lorsque quelques jours après il s’emparera de Clermont, il ne mettra pas à exécution ses menaces concernant les habitants.

 Pendant ce temps, ses lieutenants s’attaquentaux autres places de la province, où, ne se sentant pas engagé pas les promesses de leur souverain, ils n’hésitent pas à employer la manière forte pour s’imposer, pillant les villes vaincues, et incendiant Thiers qu’ils n’ont pas réussi à prendre.

 Malgré la résistance de quelques villes, l’Arvernie est rapidement et de nouveau, soumise à Thierry. Mais le roi Austrasien, bien que tenant fermement à cette province lointaine, ne juge pas à propos d’y séjourner plus longtemps. Il laisse pour gouverner la province un duc, probablement de ses parents, Sigivald. Pour comte de Clermont, il établit un Gaulois rallié, Lytigius, qui, exploitant pour son profit cette enviable situation, se fit le persécuteur et l’exploiteur de ses compatriotes. La situation perdura jusqu’au jour où l’évêque Quintien déposera plainte contre lui auprès du roi. À la grande surprise des habitants, Thierry prendral’affaire très au sérieux : il enverra sur place une escouade d’antrustions, qui se saisiront du gredin et l’emmèneront ligoté en Austrasie.

  Sigivald quant à lui, ne se comportait pas beaucoup mieux, ce qui ne manquera pas de lui couter cher…

    Les tracas n’étaient pas finis pour Thierry. Après l’Auvergne, ce fut en Austrasie même, qu’une rébellion se fit jour. Elle vint d’un leude mi-ambitieux, mi-dérangé, nommé Mundéric (le chef protecteur), nom qu’il s’était peut-être lui-même attribué. Il réunit auprès de lui quelques guerriers que le roi avait malmené ou avait vexé. « Ce trône est autant le mien que celui du roi Thierry, leur proclama-t-il. Je vais rassembler mon peuple, et lui réclamer un serment par lequel il me reconnaît comme roi au même titre que lui. » Il parcourut le pays en provoquant des attroupements au milieu desquels il vantait sa généalogie et exaltait ses faits d’armes. Le roi rassemble alors une armée et marche vers le rebelle, qui va s’enfermer dans la forteresse de Vitry-le-brûle, aujourd’hui Vitry en Perthois, au nord-est de Vitry-le-François . Thierry l'assiége, mais ne parvient pas à emporter la place. Alors il décide, comme il l’avait fait avec Hermanfried, de l’attirer dans un piège. Le leude Argésil lui fait une promesse au nom du roi : la vie sauve s’il venait parlementer avec lui ; mensonge tout à fait classique en ce temps, auquel mordit pourtant l’assiégé. Ce fut la fin de Mundéric…

 Du côté de l’Auvergne, tout n’est pas réglé. Certes Thierry avait renforcé les garnisons mais il craignait un retour de Childebert. Plutôt que d’attendre une nouvelle incursion de sa part, mieux vaut essayer de s’entendre avec lui. Si Thierry aimait les conquêtes, il n’appréciait pas particulièrement d’aller lui-même au combat. Poltronnerie, crainte de la défaite ? S’il a fait campagne enThuringe, c’est bien parce qu’il a été appelé. Mais il a préféré ne pas envahir la Burgondie, qui était sa voisine, et avait laissé le champ libre à Clotaire qui disposait pourtant de forces inférieures aux siennes. Childebert a une puissance supérieure à celle de Clotaire, bien qu’étant lui aussi quelque peu timoré. Thierry arrange alors une entrevue avec son cadet. Celle-ci est peu cordiale, et n’aboutit à rien de positif. Toutefois, un pacte de non-agression est conclu ; avec grande difficulté car les deux frères n’ont aucune confiance l’un envers l’autre. Finalement, pour obtenir une caution à leurs promesses incroyables, ils conviennent d’échanger des otages. Méthode habile qui s’exercera durant plusieurs siècles encore, et qui est fort peu douloureuse pour le souverain puisqu’en cas de violation des accords, ce n’est pas lui qui paiera sa trahison, mais ses plus dévoués sujets. La mésentente va vite se produire mais chacun, au lieu de réclamer l’échange des otages, va préférer les garder pour en faire des esclaves.

 Au moins, l’Arvernie reste à Thierry. Avec cependant une population gauloise hostile, avec laquelle les administrateurs devront garder une conduite mesurée, car trop de relâchement favorise les complots, et trop d’oppression pousse à la révolte. Or, Sigivald, le proconsul que le roi a établi mène une politique de répression, écrasant les habitants d’impôts, humiliant l’aristocratie, et s’enrichissant personnellement en pillant les églises. Comme les plaintes commencent à se faire de plus en plus nombreuses, Thierry finit alors par décider qu’il faut se débarrasser de ce personnage néfaste. Sigivald est donc convoqué en Austrasie, puis dès son arrivée, est assassiné…

 Voilà donc le problème réglé ! Mais Sigivald ayant un fils qui vit à la cours (et qui lui aussi se nomme Sigivald), Thierry préfère ne pas prendre le risque d’une vengeance. Il ordonne donc à Théodebert d’éliminer celui-ci. Mais Thierry ne semble pas le savoir : les deux jeunes hommes sont unis par une amitié profonde. Il est impensable que le futur héritier du trône s’oppose à son père directement, il décide donc de conseiller à son ami de s’enfuir et de ne revenir qu’à la mort du roi. Sigivald junior gagne alors immédiatement la Burgondie, dévale la vallée du Rhône, trouve refuge à Arles, encore aux mains des Ostrogoths, puis, ne s’y sentant pas en sécurité, s’enfuit jusqu’à Rome.

 Après avoir libéré sa sœur Clotilde de son cruel époux Amalaric qui la maltraitait, Childebert s’était emparé du trésor du roi goth mais n’avait pas jugé utile de prendre possession du royaume qui comprenait pourtant des villes aussi prestigieuses que Toulouse ou Narbonne. Thierry qui s’intéresse à la Gaule méridionale contiguë à sa province d’Arvernie, juge le moment propice pour mettre la main sur ce territoire. Mais il préfére ne pas conduire lui-même l’expédition qu’il confie à son fils Théodebert.

  Celui-ci justifia positivement la confiance que lui accordait son père, il s'empara de différentes localités tenues jusqu'ici par les wisigoths, mais alors qu'il venait de s'emparer de Beziers, et faisait le siège d'Arles, un messager vint lui apprendre que son père gravement malade était mourrant. Le jeune prince comprit aussitôt qu'il risquait de se trouver dépouillé de sa succession par ses oncles s'il ne se hâtait pas de rejoindre son père. Il prit donc immédiatement la route pour se rendre à Metz où, quelques jours après son arrivée, Thierry mourrut.

  Ayant le soutient des leudes du royaume, il monta à son tour sur le trône d'Austrasie.

  Sources : Grégoire de Tours, (trad. Robert Latouche) – Histoire des Francs _ Ivan Gobry, Clotaire Ier éd. Pygmalion _

 

[1] le terme razzia n'existait pas à l'époque, il provient de la méditerranée et concerne les attaques des pirates musulmans qui durant plusieurs siècles pillèrent et réduisirent en esclavage les populations chrétiennes voisines.

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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 01:25

Réponse à la question du mois de février qui était : Au IVè siècle, le 37è pape confie à un certain Eusebius Sophronius Hieronymus une mission d'une extrème importance pour la chrétienté. Quels sont les noms usuels de ces deux personnages, et surtout, quelle est cette mission ?

 

  En 383, Damase, 37è pape, confie à Eusebius Sophronius Hieronymus, plus connu aujourd'hui sous le nom de saint Jérôme de Stridon, la tache colossale de traduire l'intégralité de la Bible en latin, la langue courante de l'époque. En effet, la Bible n'est traduite que partiellement, dans un mauvais latin, ou alors en hébreu ou en grec, mais avec de nombreuses fautes ou erreurs.

  Damase qui lutte contre les hérésies, voudrait que les chrétiens puissent lire la bible, du début à la fin, et sans erreurs. Jérôme, que le pape a pris pour secrétaire est le seul capable d'effectuer ce travail.

  Simple prêtre avant d'être recruté par Damase, Jérome parle le latin aussi bien que l'hébreu ou le grec. Sa mémoire est fascinante, il écrit avec une élégance rare, en un mot, c'est un génie !

  La traduction de la bible prendra plus de vingt ans, mais Jérôme aime travailler sur ces textes, de plus il a bien conscience de l'importance de cette tache.

  Damase meurt en 384, et Jérôme quitte alors Rome pour Bethléem. Il poursuit son travail et lorsqu'il s'éteint à son tour en 420, sa mission est accomplie : il existe enfin une belle traduction de la bible. On l'appellera la Vulgate, c'est à dire la Bible «pour tout le monde». Effectivement, pendant des siècles, c'est la Bible de Jérôme que liront tous les chrétiens du monde.

 

    DAMASE Ier

 

Né à Rome vers 305 et mort le 11 décembre 384; pape à partir du 1er octobre 366.

 

  Au IVè siècle, l'Église catholique est en pleine confusion, des élections irrégulières portent sur le trône pontifical des prétendants alors qu'un pape exerce déjà ou pendant une vacance du trône : ce sont des antipapes.

  Damase devient pape en 366, il succède à Libère et Félix II, respectivement pape et antipape.Damase Alors que les partisans de Libère élisaient Ursin dans la basilique julienne, leurs adversaires choisissaient Damase. Celui-ci parvint à s'imposer par la violence : il paya des hommes de main qui envahirent la basilique et semèrent la terreur pendant trois jours parmi les partisans d'Ursin. La bande occupa l'église de Latran le 1er octobre 366, et Damase Ier fut sacré pape. Il fit ensuite appel au préfet(une première dans l'histoire de la papauté) afin de chasser Ursin et ses fidèles de Rome. Cet épisode fut également sanglant.

  Constamment tracassé par les partisans d'Ursin, Damase parvient à s'imposer avec l'aide de l'empereur. Il poursuit dès lors, les doctrines qui s'écartaient du christianisme avec la même ardeur qu'il avait autrefois démontré contre ses adversaires à Rome, notamment l'arianisme, le priscillianisme (un mouvement ésotérique espagnol) et l'apollinarisme. Il n'hésite alors jamais à faire appel au soutient de l'État. Il n'entretient que peu de contacts avec les Églises orientales et ne participe pas davantage au concile de Constantinople (381) qui condamna la doctrine selon laquelle le Saint-Esprit serait une créature du Christ et établit définitivement la doctrine de la Trinité. À Rome, en revanche, Damase Ier pose des jalons important pour la consolidation du primat romain. Il obtient que le Saint-Siège soit reconnu comme l'instance juridique pour toutes les questions relatives à la foi et aux mœurs.

  L'établissement du christianisme comme religion d'État (27 février 380) par l'empereur Théodose Ier (379 - 395) est conforme aux attentes du pape. Il fait également construire un grand nombre d'églises (entre autres, l'église Saint-Laurent-in-Damaso), et fait restaurer les catacombes, fermées depuis les persécutions sous Dioclétien, et parer les tombes des martyrs avec des vers de son cru poétique, gravés avec art. À la fin de sa vie, il engage saint Jérôme comme secrétaire et lui confie la rédaction de la Bible en latin, la Vulgata.

 

Saint Jérôme de Stridon

 

 Eusebius Sophronius Hieronymus est né en 347 à Stridon, cité située entre la Pannonie et la Dalmatie (actuelle Croatie). Son père l'instruit dans les lettres, puis Jérôme part effectuer ses études à Rome auprès du grammairien Donat. Il va ensuite en Gaule étudier la rhétorique, puis à Trèves, transcrire des œuvres pour la bibliothèque.

  Après avoir reçu le baptême en 366, il voyage beaucoup pendant quelque temps pour maintenir les liens avec érudits, théologiens et exégètes. Il mûrit sa décision de se faire moine et part vivre en ermite dans le désert de Chalcis en Syrie, de 375 à 378.

  Après être allé à Constantinople étudier avec Grégoire de Nazianze, il se rend à Rome, où éblouie par ses connaissances, le pape Damase Ier en fait son secrétaire particulier.

  À la demande de ce dernier, il se lance dans la rédaction d'une bible en latin, intégrale, débarrassée de fautes et d'erreurs, connue sous le nom de Vulgate. Après la mort de Damase, Jérôme part poursuivre son travail en terre sainte. Il s'installe à Bethléem où il fonde un monastère. Celui-ci est composé d'une hôtellerie afin d'accueillir les pèlerins, mais aussi d'un monastère pour les femmes. Jérôme défend tout au long de sa vie la possibilité pour les femmes d'avoir une vie consacrée. Dès l'époque romaine, il défend la virginité de la femme dans son traité Contre Helvidius. 

  Le statut des femmes à Rome à l'époque de Jérôme laissait place à une large émancipation pour les femmes riches de Rome; l'apparition de femmes consacrées encouragées par Jérôme était donc une nouveauté qui était mal vue par la société romaine. Il commence à rencontrer des femmes dévotes à Rome, Marcella, amie du pape Damase Ier, puis d'autres romaines comme Paule auxquelles il enseigne la Bible et l'exégèse.

  Après une vie bien remplie et passionnante[1], Jérôme de Stridon meurt le 30 septembre 420, à Bethléem. Considéré comme un des Pères de l'Église catholique, il est fait  docteur de l'Église en 1298, par Boniface VIII.

  vulgate1

                                               Vulgate de Saint Jérôme, publiée à Paris en 1552

 

 

 Lorenzo Lotto

Saint Jérôme pénitent, vers 1520

st-jérome-pénitent2

Analyse du tableau :

Saint Jérome est représenté en ermite, portant la barbe et à demi nu. Les tableaux qui lui sont consacrés le représente soit travaillant dans un petit cabinet, soit, comme c'est le cas ici, en vieil homme en fin de vie.

_ À l'arrière plan, sur la droite, on distingue, au loin la ville de Rome, où l'on reconnaît la silhouette du château Saint-Ange, représentée ici pour souligner le détachement de l'ermite vis-à-vis de la cité terrestre.

_ À gauche, sous les arbres, un lion : selon La Légende dorée, saint Jérome guérit un lion qui s'était blessé à une patte. L'animal est considéré comme un symbole de la force brute vaincue par la pitié.

_ Tout en bas, dans l'angle à gauche (pas très visible sur cette image hélas !), un crâne d'oiseau fait allusion à la vanitas.

_ Il y a aussi un peu sur la droite du crâne, un serpent (entre le crâne et la sauterelle) : celui-ci est un symbole du démon insidieux, prêt à tenter l'ermite dans le desert.

_ Dans la main droite, le saint tient une pierre : il s'en sert pour se frapper la poitrine en signe de pénitence, mais aussi pour vaincre les tentations de la chair.

Selon l'interprétation médiévale, reprise par La Légende dorée, Jérôme devait, pour être secrétaire du pape, être cardinal. C'est pourquoi figure un manteau pourpre à ses côtés, mais Jérome n'était pas cardinal.

_ Des livres sont posés devant lui : le livre est un attribut iconographique de l'homme d'étude; dans ce cas précis, on peut le rapporter à ses nombreux écrits exégétiques, mais aussi à l'entreprise de la Vulgate.

_ Autour des livres, il y a des plantes grimpantes symbole de fidélité et donc de solidité de la foi.

_ Dans la main gauche, saint Jérome tient un crucifix, attribut des ermites, objet de méditation devant lequel le saint se prosterne en signe de pénitence.

 

[1] à lire : Saint jérome par Philippe Henne, ou par Régine Pernoud

 

Sources : Phillipe Henne, Saint Jérôme, éd. Cerf_ Reinhard Barth, Tous les papes, éd.komet _  Le livre des merveilles, éd. Mame

 

Saint Jérome par Le Caravage sur le blog Scripta manent : cliquez ici

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27 février 2011 7 27 /02 /février /2011 13:49

Deuxième partie de l'article consacré au grand commerce en Gaule-Romaine. 1ère partie cliquez ici

 

La céramique sigillée[1]

  Au rang des produits commercialisés elle occupe une place privilégiée puisque pratiquement chaque fouille en livre au moins quelques tessons.

  L’engouement des Gallo-Romains pour cette céramique fut si vif qu’à l’époque de leur activité maximale, les ateliers du sud et du centre couvrirent non seulement les besoins du pays mais, par une politique commerciale conquérante, ils réalisèrent une spectaculaire percée dans le monde romain tout entier. N’a-t-on pas découvert dans les ruines de Pompéi une caisse non encore déballée contenant quatre-vingt-dix vases en céramique sigillée et trente lampes provenant des officines de la Graufesenque[2] ? ceramique sigillee metz

 Ces céramiques furent largement exportées dans la province d’Espagne. Les fouilles de Belo, Ampurias, Tarragone en Espagne et Coïmbra (Conimbriga) au Portugal, ont en effet révélé le quasi-monopole des céramiques sigillées de la Graufesenque pendant un demi-siècle, des années 50 à la fin du 1er siècle. Une solide organisation concertée avec les négociants du port de Narbonne, permit cette conquête du marché espagnol avant que les productions locales n’y supplantent les poteries gallo-romaines.

 Mais le territoire ibérique ne fut pas le seul à être inondé par la production de la Graufesenque, ses productions étaient également exportées en Grande-Bretagne (partie orientale jusqu’aux limites de l’Ecosse), sur les frontières Rhin-Danube, dans l’ouest de l’Italie et, de façon plus clairsemée, en Afrique du Nord jusqu’à Alexandrie et au Proche-Orient.

 L’officine voisine de Banassac (Lozère) dont la période de production s’étend de 60 à 180 environ, s’orienta délibérément vers l’exportation en direction de l’Europe Centrale que l’autorité romaine s’efforçait alors de mettre en valeur. Aussi la clientèle, disséminée dans les postes du limes rhétique et danubien, fut-elle essentiellement militaire. La voie de diffusion la plus courte atteignait probablement Genève par le Rhône puis Lausanne, Avenches, suivait la vallée de l’Aar, franchissait le Rhin et rejoignait le cours supérieur du Danube dans l’actuel Württemberg en Allemagne. Descendant le cours du fleuve, les productions de Banassac, furent aussi vendues jusqu’en Hongrie et même dans la province de Dacie, actuelle Roumanie. Des tessons ont même été trouvés à Antioche sur les côtes de Syrie, acheminés peut-être par cet itinéraire. Quant aux produits de l’atelier de Banassac découverts à Pompéi, il est fort probable qu’ils aient été transportés par voies maritimes. Amphore-espagnole

 Le marché intérieur de la Gaule fut lui aussi pénétré par des productions étrangères, notamment par les amphores espagnoles contenant l’huile d’olive de Bétique, aujourd’hui l’Andalousie. Identifiable par leur panse sphérique et les marques imprimés sur leurs anses rondes, ces amphores importées, ajoutés à l’exportation de la céramique sigillée, témoignent de la vitalité des échanges commerciaux.

  [1] La céramique sigillée est une céramique fine destinée au service à table caractéristique de l'Antiquité romaine. Elle se caractérise par un vernis rouge grésé cuit en atmosphère oxydante, plus ou moins clair et par des décors en relief, moulés, imprimés ou rapportés. Certaines pièces portent des estampilles d’où elle tire son nom, sigillée venant de sigillum, le sceau.

  [2] La Graufesenque est un site archéologique situé sur la commune de Millau (Aveyron) à 2 kilomètres de la ville, dans une petite plaine alluviale formée à la jonction des rivières du Tarn et de la Dourbie, sur le territoire des Rutènes

 

Découverte d'une amphore espagnole : (vidéo)

 

Source : Les Gallo-romains- Gérard Coulon éd. A. Colin _

 

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