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6 mai 2011 5 06 /05 /mai /2011 01:01

Le vaste territoire historique que l’on nommait jadis la « nation picarde », occupant les plaines situées entre l’Île-de-France et la Flandre et incluant l’Artois et le Hainaut, doit en grande partie son origine à la période de l’indépendance celtique. Toponymie, coutumes et traditions, noms et emplacements des villes, découpage des différentes entités le constituant sont en effet un héritage direct de cette époque et de cette culture. Cela ne veut évidemment pas dire que les autres strates historiques n’ont pas compté. Mais toutes se sont fondues dans une personnalité culturelle héritée de cette période fondatrice.

  

  Que l’on en juge plutôt à travers la pérennité du découpage. Le pays des Bellovaques est devenu le Beauvaisis, celui des Silvanectes a laissé son nom au Senlissois, le territoire des Veromanduens est devenu le Vermandois, celui des Suessions, le Soissonais, celui des Ambiens, l’Amiénois. Enfin, le pays des Morins est devenu... le Boulonnais (c’est le seul qui, tout en conservant le territoire tribal a pris un nom différent). Six tribus celtes ont légué aux siècles suivants les noms et les limites de ce qui furent des évêchés, des comtés, des pays... Dès cette époque antérieure à la conquête romaine, un réseau de routes reliait les principales localités fondées par ces tribus. On reconnaît aisément leurs noms dans les anciennes capitales de celles-ci : Amiens, Beauvais, Soissons, Senlis ou Vermand en attestent. Quant au seul nom qui échappe à cette règle, celui de Boulogne-sur-Mer, il porta lors de sa fondation celui de Bononia pour être romanisé ensuite en Portus Itius avant de reprendre plus tard son nom celtique à peine modifié en Bolonia.

carte-picardie

 

   Formation des peuples celtes de Picardie

  Or, il est remarquable de constater que chacune de ces entités picardes correspond à un espace économico-culturel cohérent avec ses spécialités, ses traditions, ses nuances architecturales et ses productions spécifiques. Comme si, à travers ces constantes, le vieux découpage celtique adressait au monde moderne un clin d’oeil signifiant : « Nous sommes toujours là ! » Les écoliers de ce pays n’apprennent pas — et c’est regrettable — l’Histoire de ce qui fut l’élément fondateur de la personnalité de leurs terroirs. On leur parle de Rome mais pas de ceux qui furent là avant. Comment les peuples celtes se formèrent-ils dans ce qui allait devenir la Picardie ? L’histoire vaut d’être contée car elle n’est pas des plus connues.

  Dès le Premier Âge du Fer et probablement même dès la fin de l’Âge du Bronze, les régions situées au nord de la Seine appartenaient déjà à un ensemble de populations celtiques. Mais c’est à partir du début du IIIe siècle avant J.-C. que la future Picardie va prendre son découpage définitif avec l’arrivée et l’établissement des tribus belges, appartenant également au monde celtique, mais provenant de secteurs situés très à l’est du Rhin (d’où la future confusion des auteurs latins avec les « Germains », encore pieusement compilée par bien des historiens actuels qui ne se rendent pas compte que ce terme n’avait pas alors le même sens), en fait d’Europe centrale. Parmi ces nombreux groupes belges, citons les Parisii, les Nerviens, les Ménapiens, les Atrébates, mais aussi évidemment nos fameux Suessions, Ambiens, Bellovaques, Silvanectes, Morins et autres Veromanduens cités plus haut. Il paraît attesté que cette installation ne se fit pas sans heurt, même si les deux groupes de populations qui s’affrontèrent étaient d’une commune origine celtique. Quelques témoins de ces temps sont parvenus jusqu’à nous, le plus impressionnant étant sans nul doute celui de Ribemont-sur-Ancre, dans la Somme [voir plus bas]. Un trait commun à tous les grands peuples celtes de Belgique (dont faisait partie la future Picardie) est constitué par le maintien à leurs frontières de très petites tribus qui sont vraisemblablement les vestiges des populations pré-belges (tels les Catuslogi de la baie de Somme).

 

Gaulois-photo1 

   Les sanctuaires celtes de Picardie

 

  C’est en Picardie que l’on trouve l’une des plus grandes concentrations de temples et sanctuaires celtiques, qu’il faut bien attribuer aux druides. Outre Ribemont-sur-Ancre et Gournay-sur-Aronde, il faut aussi citer Tartigny, Rouvroy-lès-Merles, Saint-Maur-en-Chaussée, Estrées-Saint- Denis (Oise), Conchil-le-Temple (Pas-de-Calais), Saint-Vast-en-Chaussée, Fouilloy, Estrées-sur-Noye, Cocquerel, Proyart, Chilly, Fluy, Fontaine-sur-Somme (Somme) Ces temples, de plan généralement carré ou rectangulaire, ont continué à être fréquentés après la conquête de la Gaule et ont donné lieu à des réaménagements gallo-romains qui masquaient bien souvent les temples indigènes que l’on s’attache à retrouver aujourd’hui.

  L’entrée des temples était orientée face au soleil levant et ils contenaient toujours, pour autant que l’on ait pu procéder à des fouilles poussées, un bosquet d’arbres, à l’intérieur de l’enclos, témoin pérenne du rite druidique du bois sacré.

  On peut donc dire que la Picardie fut doublement celtisée. D’abord à la fin de l’âge du Bronze et au tout début de l’âge du Fer, puis par une seconde vague au IIIe siècle avant J.-C.

  Rien d’étonnant donc à ce que cette région ait conservé un tel héritage celtique, toujours présent à travers des traditions, des lieux et des toponymes.

 

Ribemont-sur-Ancre

  En 1982, un ossuaire gaulois fut découvert à Ribemont-sur-Ancre. Les premières interprétations furent erronées car on voulut y voir un témoignage de sacrifices. Ce n’est que beaucoup plus tard que l’on comprit enfin de quoi il s’agissait vraiment. L'archéologue J.-L. Brunaux, qui a fouillé le site, croyait en effet au début que le temple celtique avait été le lieu de sacrifices humains importants, du fait de la présence de nombreux ossements, avant de comprendre, une dizaine d’années plus tard, qu’il n’en était rien et qu’il s’agissait d’un considérable monument commémoratif de la victoire des Belges sur les premiers occupants et que les corps exposés avec leurs armes correspondaient à un très ancien rite d’exposition de trophées (qui n’était d’ailleurs pas exclusif aux Celtes, à certaines périodes). Cet extraordinaire sanctuaire fut érigé sur le lieu d’une importante bataille gagnée par les Belges (Ambiens) sur le peuple celte antérieurement établi (de souche vraisemblablement armoricaine). Le millier de cadavres de ces derniers (décapités après leur mort selon le rite bien connu de la conservation des têtes) constitua le trophée. 10 000 armes gauloises y ont également été trouvées, associées à ces restes.

 

    Source : Magazine Keltia N° 16 article de Fabien Régnier

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1 mai 2011 7 01 /05 /mai /2011 16:19

La cuisine française, mondialement reconnue, est l'une des richesses de notre patrimoine culturel. Au besoin de se nourrir s'est ajouté au fil des siècles, le plaisir de manger et de cuisiner. La cuisine gauloise qui fait bien évidement partie de notre héritage gastronomique n'est pas connue avec précision car dans ce domaine comme dans tant d'autres, nos ancêtres n'ont pas laissé d'écritures.

 

  Dans un livre intitulé "La cuisine gauloise continue", Anne Flouest et Jean-Paul Romac proposent près de 300 recettes gauloises réparties par saisons. Anne Flouest est géologue, paléoclimatologue, passionnée d'archéologie et de cuisine; Jean-Paul Romac est artiste plasticien et cuisinier autodidacte. Ces recettes n'ont pas de réelles valeurs historique puisque simplement imaginées ou plutôt devrais-je dire déduites. En effet, ce traité de cuisine gauloise n'est pas une synthèse d'archéologue mais une sorte de reconstitution expérimentale.

 

  Les produits, les composants et les techniques connues à l'époque gauloise ont été rassemblés.

  Les façons de consommer les aliments (crus, cuits ou fermentés), les modes de cuissons (cuisson directe - au feu -, cuisson indirecte - dans l'eau ou dans une matière grasse-) ont été pris en considération.

  Les ustensiles de cuisine disponibles à l'époque ont été inventoriés, car la forme des pots, par exemple, inspire la fonction de ceux-ci.

  Pour bouillir ou braiser, on note deux grandes catégories de contenants : le chaudron métallique suspendu au dessus du feu, et les pots en terre à poser à proximité de braises. Les grils, broches et petits fours culinaires en terre cuite permettent aussi d'envisager les grillades et la cuisson du pain et des galettes.

 Pour expérimenter les recettes, des copies de tous les récipients et ustensiles nécessaires ont été réalisés.

  L'expérience est indispensable à la maîtrise de la cuisine. Comme tous les savoirs transmis par oral, la cuisine gauloise devait être un mélange de protocoles respectueusement appliqués et d'expérimentations plus ou moins audacieuses.

 

   L'une des principales difficulté à la rédaction des recettes, concerne le temps de cuisson à indiquer. Lorsque l'on fait cuire quelque chose dans un pot de terre au coin du feu, il faut prendre en considération la nature du pot utilisé : son épaisseur, sa terre, sa vie propre. Suivant ces caractéristiques, la cuisson pourra varier, et le résultat être très différent; de plus, cent fois le pot pourra être utilisé, avant de casser un jour sous l'effet d'un choc thermique.

 

 

     Pommade de foie de volaille

 

 

_100 g de foie de volaille

_ 3 échalotes

_ 50 g de graisse de canard

_ 1 c. de sirop de fleur de sureau

_ 1 c. de cidre

 

  Un beau foie de poule, de canard ou d'oie fera l'affaire, ou plusieurs ou un mélange. Couper les foies, faire chauffer de la graisse de canards dans une terrine, ajouter les foies coupés et les échalotes, saler, laisser cuire doucement, assez mais pas trop, sinon les foies sécheraient, écraser du bout d'une cuillère, ajouter un filet de sirop de fleur de sureau, un filet de cidre. Verser dans un mortier et écraser avec avec le pilon pour former une pâte homogène, ajouter un peu de graisse de canard, rectifier l'assaisonnement, remplir de petits pots, réserver au frais. Servir en entrée avec des tranches de pain grillé.

 

 

  Diodacre de Sicile, historien grec (mort vers 20 avant notre ère), publie la Bibliothèque historique dans laquelle il décrit les repas des gaulois : " Quand ils prennent leurs repas, ils sont tous assis, non pas sur des chaises mais sur le sol, utilisant pour cela des litières couvertes de peau de loup ou de chien. Ils sont servis par de jeunes enfants, parvenus cependant à l'adolescence, des garçons et des filles. Près d'eux sont disposés des foyers où le feu est intense et qui sont garnis de chaudrons et de broches pleins de beau quartiers de viandes."

  Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, V, 28

 

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27 avril 2011 3 27 /04 /avril /2011 18:23

  Clotaire et son demi-frère Thierry ayant vaincu les Thuringiens se partagèrent le royaume. Malgré les jalousies et les convoitises que ce genre de négociations peut occasionner, les deux rois francs avaient fini par se mettre d’accord sur le partage du butin. Sauf sur une seule pièce, tout à fait exceptionnelle et non partageable : la fille de Berthar, l’un des rois vaincus du Thuringe. Celle-ci s’appelait Radegonde, et avait une douzaine d’année. Fort jolie, les deux rois comptaient bien l’épouser, lorsqu’elle serait en âge de nubilité. Voyant que son frère ne semblait pas décider à céder, Clotaire lui affirma qu’il était prêt à l’affronter militairement. Thierry considérant que le jeu n’en valait pas la chandelle, renonça à la princesse Thuringienne. Radegonde

 Clotaire emmena donc Radegonde avec ses esclaves et ses trésors dans l’une de ses villas, à Athies, dans les sud-est de l’actuel département de la Somme. Il la fit élever comme une future reine ; non seulement il l’entoura d’un luxe royal, avec des servantes dévouées et des gardes efficaces, mais il lui fit donner une éducation intellectuelle et religieuse. Celles-ci se confondaient car à l’époque, l’étude de la lecture ainsi que de la grammaire latine s’apprenait par l’étude de la bible. Ainsi, sauf insignifiantes exceptions, tous souverains du royaume qui savaient lire, connaissaient également les Saintes Écritures. La jeune Radegonde qui reçut naturellement le baptême s’intéressa sincèrement à la religion catholique, et fut même prise de passion pour le Christ et la vie des saints. En faisant donner cette éducation nécessaire à toute princesse chrétienne, Clotaire le violent ne se doutait pas qu’il préparait une sainte, et une opposante résolue à sa tyrannie.

  Il la laissa grandir et mûrir loin de lui ; où plutôt à l’écart de sa propre vie, qui n’était pas édifiante. Pendant ces années où elle se préparait (officiellement) à devenir son épouse, il n’eut pour elle que respect.  Après tout, Clotaire était déjà suffisamment bien entouré pour ne pas avoir à solliciter la jeune femme trop tôt.

  Bien que confinée, Radegonde était la maîtresse des lieux et jouissait d’une autorité incontestée ; aussi était-elle obéie avec empressement de cette petite cour, non seulement parce qu’elle était la princesse et la dame, mais aussi parce qu’elle était simple et bonne.

  Étrangère et prisonnière, elle n'acceptait pas, vu son rang, de continuer à vivre en esclave dépendante du bon vouloir de son maître. Elle vivait entourée des jeunes filles, probablement noble, de la villa, et œuvrait comme préceptrice des jeunes enfants. Elle les rassemblait pour leur enseigner la parole du Christ, leur faire apprendre et réciter des prières et organiser des processions.

  Mais pas un jour ne passait sans que la tragédie qu'elle avait vécu ne lui revint en mémoire; mais la digne princesse gardait sa blessure secrète. Plus tard, Radegonde fera la connaissance de Venance Fortunat, un poète chrétien né en Vénétie, qui avait su, par sa prose, honorer la beauté de Brunehilde et les vertus royales de Frédégonde. Il interprétera dans de longues élégies, les plaintes qui échappaient du cœur de la jeune fille.

À quelles larmes n'ai-je pas été vouée, moi, pauvre prisonnière

Traînée par l'ennemi dans les cendre de ma patrie

Et les débris du palais de mes aïeux ! J'ai vue toute ma noble maison

Déchue de sa gloire et captive d'un maître hostile;

J'ai vu mon père et mon oncle égorgés tour à tour, leur couronnes d'or

Jetées dans la poussière, leurs corps privés des honneurs funèbres.

Et toute ma nation ensevelie dans le même tombeau.

Toute Barbare que je suis, je ne pourrai verser autant de larmes

Que j'en ai versées alors, quand bien même j'en verserais un lac.

Ce ne sont pas seulement mes parents défunts que je suis forcée de pleurer,

Ce sont encore ceux que la mort m'a épargnés. Souvent, je réprime mes larmes,

Mon visage est humide, et si mes soupirs se taisent, mon chagrin demeure.

 

 Bien des années après, Radegonde se rappelle les événements dans leurs détails, et les raconte au poète, qui les écrit pour la postérité. Ainsi le sac de Seithingi, sa capitale.

 

La demeure royale, jadis si florissante, n'est plus recouverte

Que de cendre funèbres : elle s'est effondrée avec ses somptueux ornements d'or.

Elle n'est plus maintenant qu'un amas de ruines;

Ses habitants ont été emmenés captifs chez leur seigneur et maître.

Des hauteurs de la gloire ils sont tombées dans la condition la plus basse.

Une foule d'illustres et puissants personnages de la cour

Reste sans sépulture et privée des honneurs que l'on rend aux morts.

La sœur de mon père, au teint de lait, aux cheveux d'un roux

Plus vif et plus étincelant que l'or, est couchée sur le sol où elle fut abattue.

L'épouse marche pieds nus dans le sang de son époux et la sœur sur le cadavre de son frère.

La mère, à bout de forces, a perdu jusqu'à celle de pleurer.

Le sort a décider du destin de ceux que le destin a frappés.

Je ne leur survis que pour les pleurer.

  VenantiusFortunatus-Lawrence-Alma-Tadema-1862

                           Venantius Fortunat lisant des poèmes à Radegonde, par Lawrence Alma Tadema

 

  Radegonde savait que Clotaire avait pour dessein de l'épouser, d'en faire sa reine et surtout sa maitresse et cela la répugnait.

  Le roi Franc, bien que peu préoccupé par la morale et les lois de l'Église, ne semblait pas pressé d'épouser la jeune fille qui avait maintenant atteint l'âge de nubilité. En réalité, il ne pouvait pas précipiter le mariage car il tenait à respecter les lois politiques qui réglaient la vie des rois barbares : il y a au royaume de Soissons une reine officielle, qui s'appelle Ingonde; et si le roi peut s'offrir le luxe de s'adjuger plusieurs concubines, il n'a le droit d'épouser plusieurs reines.

  En 536, Ingonde mourut, sans que semble-t-il son époux en soit responsable. Clotaire allait donc enfin pouvoir prendre pour femme la fille du roi de Thuringe. Sans s'attarder sur les obsèques de la défunte, il ordonna de préparer les noces. Le lieu choisi était l'une des plus somptueuses villa du souverain, celle de Vitry en Artois. On envoya alors prestement une troupe d'antrusions à Athies pour annoncer qu'il fallait préparer dès le lendemain la princesse Radegonde à son mariage.

  Elle fut atterrée. La vie au grand air, au milieu de servantes dévouées, à fréquenter les offices liturgiques, à lire la vie des saints, et surtout loin du bourreau de sa famille lui était finalement devenue agréable.Mais le moment tant redouté était arrivé, celui où elle devrait épouser un homme qu'elle détestait.

  Il fallait échapper à ce mariage. Et pour y échapper, il fallait fuir. Aidée de quelques-unes de ses fidèles servantes, Radegonde prépara sa fuite.

  Au milieu de la nuit, les conjurées vinrent chercher Radegonde. Elles prirent place dans une embarcation où effets personnels et vivres étaient installés. L'Oise n'était pas loin, mais l'équipage uniquement féminin n'était pas expert en navigation. L'embarcation avançait lentement mais parvint tout de même dans la Somme dont elle descendit le cours. Arrivées jusqu'à un lieu proche de Péronne, appelé depuis Sainte-Radegonde, les femmes réalisèrent que voyageant vers le nord, elles se rapprochaient de Vitry. On fit demi-tour pour ramer cette fois à contre-courant.

  Ramant avec énergie, les fugitives parvinrent à Saint-Simon où le fleuve, opérant un demi-tour, retournait vers le nord. Il fallait à tout prix éviter de se jeter dans la gueule de loup. La seule conduite à tenir était de gagner l'Oise à pied. Seulement voilà, la rivière était bien à cinq lieues de là ! Il était trop tard pour reculer, il fallait continuer.

  Au petit matin, Radegonde et ses complices parvinrent à destination. L'Oise, plus large était plus facile à naviguer que la Somme. Descendant le courant, elles arrivèrent, sans doute dans l'après-midi, à Choisy-au-Bac, immédiatement au nord de Compiègne.

  Encore quelques efforts et elles seraient arrivés à Conflans-Sainte-Honorine, où l’Oise se jette dans la Seine. La ville située dans le royaume de Childebert les mettrait à l’abri de la colère de Clotaire. Mais ces jeunes femmes, loin de leur villa n’était pas dans leur élément ; au lieu de descendre le cours de l’Oise, elles obliquèrent vers l’est et s’engagèrent dans l’Aine. Terrible erreur car de ce fait, elles s’enfonçaient dans le royaume de Clotaire, anéantissant ainsi tous leurs efforts.

  Il faisait nuit lorsque la barque arriva à Soissons. Soissons, capitale de Clotaire ! La rivière ne traversait pas la ville. Elle la contournait, hors des remparts, ce qui permit à Radegonde et son équipage qui avaient reconnu les lieux, de continuer leur chemin. Il fallait maintenant tenter de gagner le royaume de Thierry, situé à quelques lieux. Il n’était pas certain que celui-ci, soucieux de ne pas fâcher son frère, accorderai l’asile aux fugitives, mais de toute façon il n’y avait pas d’autres solutions envisageables.

 Tout espoir était encore permis lorsqu’à Missy, à quelques kilomètres en amont de Soissons, une des multiples patrouilles lancées par le roi de Soissons aperçût l’embarcation. Rapidement, des cavaliers entourèrent le bateau et l’obligèrent à accoster. Les filles furent emmenées au palais de Soissons, transie de froid et accablées d’amertume. Aussitôt, les heureux découvreurs se rendirent à Vitry afin d’informer le roi de la capture de Radegonde.

 Puisque la fiancée était au palais royal, il fut décidé de transporter les préparatifs des noces de Vitry à Soissons. On ne sait pas si des représailles eurent lieu vis-à-vis des aventurières ; Clotaire, excité par ce mariage, ce montra-t-il clément ?

 Puisque sa tentative d’évasion a échoué, Radegonde s’en remet à la Providence. Elle sera donc épouse de Clotaire et reine des Francs. A elle de découvrir de quelle façon elle pourra au mieux servir accomplir sa fonction.

  Un rôle politique n'était pas envisageable, mais elle pouvait espérer accomplir une tâche sociale dans le sens où on l'entend couramment aujourd'hui. Pour cela, elle adopta ce peuple qui avait été l'ennemi du sien. Elle s'inquiéta pour les miséreux, fit servir des repas aux affamés, elle transforma en hôpital la villa d'Athies, qui était devenue sa propriété personnelle; elle tenta, chaque fois qu'elle pouvait, d'arracher au potentat la grâce des condamnés à mort.

  Radegonde vivait une grande partie de l'année seule avec ses servantes, loin de cet époux abhorré. Cette situation ne devait pas trop déranger Clotaire qui ne s'était jamais contenté d'une seule femme, de plus l'attitude froide et rebelle de la reine ne devait point l'enchanter. Chaque fois qu'elle devait prendre un repas en sa compagnie, elle arrivait en retard à table; parfois par dignité, le plus souvent parce qu'elle était occupée par ses dévotions, qui s'étaient amplifiées depuis sa fuite et sa capture. À chaque retard, Clotaire manifestait son désagrément par quelque éclat violent, qui la laissait de marbre; d'ailleurs, un moment après, il lui demandait pardon de son emportement; et si celui-ci avait été trop vif, il lui offrait un cadeau, dont elle se souciait peu. Les nuits où ils partaageaient le même lit, elle se levait discrètement, et s'étendait à terre, vêtue seulement d'un cilice, jusqu'à ce que le froid l'eut complètement engourdie. Cette conduite provoqua d'abord chez le roi une vive réprobation; mais comme elle n'en avait cure, il finit par s'habituer.

  Dans ses domaines du Vermandois, elle aimait se délasser par de longues promenades à cheval. Il restait ici et là des vestiges des cultes païens, maintenant abandonnés; mais leur signification restait; c'est pourquoi elle ordonnait qu'on y mit le feu.

  En 548, Théodebert Ier, fils de Thierry Ier, roi de Metz, frère aîné de Clotaire, mourut. Afin de prendre possession de son royaume, Clotaire voulut épouser Vuldetrade, l'épouse de Théodebert; mais les évêques du royaume protestèrent avec force, rappelant au roi qu'il avait déjà une épouse. Clotaire renonça à épouser Vuldetrade, mais s'empara malgré tout du royaume de son neveu, mort sans descendance.

  L'idée de voir son mari prendre une seconde épouse n'a pas dû réjouir Radegonde, toutefois, vu la vie dissolue et l'opportunisme de Clotaire, la nouvelle lubie de celui-ci n'a pas du trop l'étonner. Par contre un événement bien plus tragique bouleversa la reine : lorsque Radegonde fut enlevée, son jeune frère (dont le nom et l'âge nous sont inconnus) l'accompagnait. Or celui-ci, hôte de son beau-frère, exprime un jour son désir de quitter la cour pour se rendre à Constantinople, où s'étaient réfugiés sa tante et son cousin. Pourquoi retrouver sa famille après tant d'années ? N'y aurait-il pas là un projet politique ? Clotaire ne s'interrogea pas très longtemps. Il refusa; puis faisant le lien entre le désir du prince de quitter le royaume et une révolte de Saxons à laquelle participait un certain nombre de nobles thuringiens, il fit exécuter le jeune frère de Radegonde, sans s'embarrasser d'un procès. Apprenant (tardivement) l'assassinat de son frère, celle-ci entra dans une terrible révolte.

  Venance Fortunat la fait parler ainsi à la nouvelle de cette infamie :

  Pourquoi te tairais-tu, ô ma profonde douleur, devant la mort de mon frère ?

  Comment tomba-t-il, l'innocent, dans ce piège criminel,

  Comment fut-il ôté à ce monde quand il avait tant de confiance ?

  Malheur à moi, qui verse de nouveaux pleurs à ces souvenirs,

  Et que retrouve ma douleur au souvenir de mon chagrin ?

  Il fut frappé tout jeune encore, quand sa barbe n'était qu'un duvet;

  Et moi, sa soeur, j'étais absente : je n'ai pas assisté à ses funérailles.

  Il ne m'a pas suffit de le perdre : je ne lui ai pas fermé les yeux,

  Je n'ai pu me jeter sur son corps pour lui dire un adieu ultime.

 

  Ce crime s'ajoutait aux injures et aux souffrance endurées par Radegonde, elle n'en supporterai pas d'autres. Elle alla trouver le roi, lui adressa un reproche cinglant de ses crimes,lui déclara fermement qu'elle ne pouvait plus vivre avec lui, et lui réclama sa liberté. Surpris  et confus, il l'accorda aussitôt. La séparation civile était acquise.

  Restait à obtenir la séparation religieuse. Elle était sacramentellement unie au roi, et, femme de foi, ne pouvait tranquillement rompre cette union de son propre chef. Une fois débarassé de cet époux indigne, Radegonde n'avait qu'un souhait : épouser le Christ. Si elle prononçait le voeu de continence entre les mains d'un évêque, elle appartiendrait à Jésus-Christ, et Clotaire perdrait tout droit sur elle.

  Sans tarder, elle se rendit à Noyon où se trouvait l'illustre évêque Médard. Alors queradegonde-consacrée-Médardcelui-ci venait à peine de terminer de célébrer un office, il vit débarquer la reine qui le pria instamment de lui imposer le voile des femmes consacrées. L'évêque, très surpris, hésita. Mais Radegonde en qui il avait totalement confiance, lui jura qu'elle avait la permission du roi. Médard lui donna alors satisfaction en prononçant les paroles de consécration.

  Enfin libre, elle se rendit à Athies, regroupa tous ses biens qu'elle fit distribuer aux pauvres dans la campagne environante.

  Qu'allait-elle faire maintenant ? Pas question de se réfugier dans un monastère sous l'autorité d'une abbesse. Lors de son mariage, Clotaire avait offert à son épouse une villa à Saix, dans la Vienne. Accompagnée d'amies et de servantes qui désiraient elles aussi se consacrer au Christ sous sa direction, Radegonde transforma cette ancienne possession de Clodomir, jamais fréquentée par la reine car trop éloignée de Soissons et d'Athies en ermitage. Rapidement, les indigents et les miséreux de la région fréquentèrent l'endroit. Des lépreux s'y présentaient, car loin de montrer de la répugnance à leur aspect, on les accueillait comme des amis.

  Malgré cette nouvelle vie faite de privation et de travail sans relâche, Radegonde était heureuse. Mais après quelques mois de cette vie, on lui apprit que Clotaire, désirant récupérer son épouse, approchait de Saix. Il fallut donc fuir à nouveau.

  La troupe se rendit alors à Poitiers; mais évidement, la présence de Radegonde fut vite connue, et l'on y annonça l'arrivée prochaine du roi.Que faire, fuir encore, éternellement ? Non il fallait trouver une autre solution; demander de l'aide. Médard étant mort depuis quelques mois, vers qui pouvait-on se tourner ? Vers Germain bien sur, l'évêque de Paris !

  Radegonde lui envoya des émissaires, probablement des clercs importants de Poitiers. Aussitôt, celui-ci prit le chemin deTours et se rendit au tombeau de Saint Martin. Là, après avoir passé un moment en prière, il convoqua Clotaire qui, toujours sensible au prestige des hommes de Dieu, se présenta à lui. Germain développa les raisons pour lesquelles le roi violait la loi de Dieu et s'apprêtait à faire le malheur d'une femme. MaisRadegonde-soignant-maladesle roi restait sourd. Alors, dans un élan spontané de sa douleur, le vieil évêque se jeta à ses pieds, et le supplia avec des larmes de laisser la liberté à Radegonde.Touché, mal à l'aise aussi, le roi s'agenouilla à son tour et promit fermement d'abandonner son projet.

  Il fit mieux. Il possédait un domaine à Poitiers. Il en fit don à Radegonde, et y ajouta une importante somme d'or pour y bâtir un monastère. Germain se rendit lui-même à Poitiers annoncer la bonne nouvelle. Comblée, Radegonde annonça l'édification d'une grande abbaye. La nouvelle se propagea, et de nombreuses jeunes filles, tant du peuple que de l'aristocratie, voulurent y prendre le voile. Pour la bénédiction de l'édifice consacré à la Sainte-Croix, elles furent plus de deux cents; beaucoup supposait qu'elles auraient Radegonde pour abesse; mais celle-ci avait abdiqué toute grandeur et toute autorité. Elle désirait être une simple moniale, dans l'obéissance et l'humilité. Elle choisit pour diriger cette importante communauté une fille de grande famille, d'une profonde piété et d'une haute culture, Agnès.

  Radegonde mourut le 13 août 587, à 68 ans, dans le monastère Notre-Dame. Elle fut enterrée dans l'église abbatiale Sainte-Mère-de-Dieu ou Sainte-Marie-Hors-les-murs (aujourd'hui église Sainte Radegonde) à Poitiers. Ses funérailles eurent lieu le 25 août 587 en présence de Grégoire de Tours. De nombreux miracles lui sont attribués, notamment des guérisons miraculeuses, ce qui attira de nombreux pèlerins. Elle fut déclarée sainte peu de temps après sa mort. C'est un des rares saints à ne pas avoir été canonisé par le Saint-Siège, mais par la croyance populaire.

  Sainte-Radegonde-tombeau

                                                              Tombeau de sainte Radegonde à Poitiers


  Vie de Sainte Radegonde par Venance Fortunat (nombreuses enluminures) sur le site de la médiathèque F. Mitterand de Poitier.

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13 avril 2011 3 13 /04 /avril /2011 14:57

Origine du nom "Belge" : Les peuples celtes qui se nommaient les Belgae fondèrent la Belgica. Ces mots sont celtes et furent repris par les Romains lors de leur invasion. Plusieurs thèses essaient d'expliquer l'origine de ce mot. La principale met en avant une particularité de l'habillement belge par rapport aux autres tribus celtes. Ils étaient en effet vêtus de pantalons-sacs ou bouges, qui se nommaient "bolg" et non de la braie étroite (braga) des autres Celtes continentaux. Ils furent connus jusqu'en Irlande sous le nom de Fir bolg.

 

gaulle-belgique

 

Alauduni. Probablement pré-belges. Clients des Rèmes, établis dans le Laonnois. Bibrax, leur capitale est devenue Laon.

Allobriges. Probablement pré-belges. Situés à l'embouchure du Rhin, dépendant des Ménapiens.

Ambiens. Belges. Établis dans l'Amiénois. Samarobriva, leur capitale est devenue Amiens.

Ambivarètes. Probablement pré-belges. Nord-ouest de la Flandre. Leur capitale était Anvers.

Attrébates. Belges. Établis dans l'Artois. Leur capitale, Nemetacon (Nemetocenna), est devenue Arras.

Atuatuques (ou Aduatuques). Issus des Cimbres. Situés entre la Meuse et le Rhin. Capitale : Aduatucorum.

Bellovaques. Belges. Établis dans le Beauvaisis, leur capitale Bratuspantium, est devenue Beauvais.

Caerosi (Cérèses). Peut-être pré-belges. Clients des Éburons. Établis dans l'Eifel. Leur capitale était Prüm.

Calètes. Belges. Pays de Caux (Nord de la Normandie). Leurs villes : Caracotinum(Harfleur) et Calidu (Caudebec-en-Caux).

Castalogues. Probablement pré-belges. Clients des Ambiens. Pays d'Eu (Baie de Somme).

Catalaunes. Pré-belges. Ils survécurent autour de leur capitale Catalaunum (oppidum de la Cheppe, près de Châlons-en-Champagne) et des «Champs catalauniques» mais des rameaux se dispersèrent jusqu'en Grande-Bretagne (les Catuvellaunes) et en Catalogne (les Catalaunii).

Ceutrones (Centrones). Probablement pré-belges. Soumis aux Nerviens. Leur capitale semble avoir été Douai (un autre groupe de Ceutrones s'établit dans les Alpes, peut-être après l'installation des Belges sur leur ancien territoire).

Condruses. Établis au nord des Ardennes, dans le pays de Condroz (qui leur doit son nom). Capitale : Alventium (Les-Alvins-en-Condroz).

Éburons. Au nord des Ardennes, de la rive gauche de la Meuse jusqu'au Rhin. Ville d'Atuatuca (identifiée à Tongres).

Geidumnes. Peut-être pré-belges. Soummis aux Nerviens.

Gruddiens. Peut-être prè-belges. Soummis aux Nerviens. Région de Louvain, qui était leur capitale (la ville fut nommée jusque tardivement Athenae Grudiae).

Lévaques. Peut-être pré-belges. Soummis aux Nerviens.

Ménapiens. Belges. Établis sur les côtes flamandes et néerlandaises.

Morins. Côtes du Pas-de-Calais d'Etaples jusqu'à Bruges. Capitale : Portus Itiusdevenue Gesoriacum et enfin Boulogne-sur-mer, du nom de l'oppidum voisin de Bononia, qui en protégait l'accès.

Nerviens. Belges. Installés entre la Sambre et l'Escaut, sur toute la Belgique centrale (Hainaut et Brabant). Capitale : Bagacum, devenue Bavay, dans le Hainaut. Autres localités nerviennes : Ablatonas (Blaton), Ardinelle (Ardenelle), Brogella (Bruxelles), Cambrione (Cambron-Casteau), Cameracum (Cambrai), Durnum (Dour), Gabriacum (Givry), Iserna (Izières), Marcedunum (Marquain), Nemetiacum (Nimy), Novoialum (Les Noyelles), Vésum (Vezon)...

Pémannes ou (Faemanii). Établis dans la Famenne (qui lui doit son nom)

Pleumoxii. Sans doute pré-belges. Soumis aux Nerviens.

Rèmes. Vraisembleblement pré-belges. Pays rémois. Capitale Durocortorum (Reims).

Sègnes. Établis dans la haute vallée de l'Ourthe.

Silvanectes. Établis dans le senlisis. Capitale : Senlis.

Suessions. Belges. Établis dans le soissonnais. Leur capitale était Noviodunum, devenue Soissons. L'un de leur quatre clans était le pagus Vadensis dont la capitale, Vadum (Vez) est à l'origine du pays de Valois. Les trois autres sont devenus les pays du Franc-Soissonnais, du Tardenois et de l'Omois.

Trèvires. Belges. Leur territoire considérable s'étendait sur le Luxembourg et la Rhénanie. Leur capitale a pris leur nom : Trèves. Avant cela, c'est leur oppidum du Titelberg, au Luxembourg, qui joua le rôle de résidence princière.

Veliocasses. Belges. Leur pays devint le Vexin (partagé au Moyen-Âge entre l'Ile de France et la Normandie).

Veromandiens. Belges. Correspond à ce qui devint le comté de Vermandois. Leur capitale était à Vermand.

 

Source : Fabien Régnier Keltia N° 11

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10 avril 2011 7 10 /04 /avril /2011 12:32

De la faute au crime , ou du crime à la faute , est ce la mise à mort ?

A de nombreuses questions de lecteurs , nous répondons ceci :

Le Cercle est né en 2009 d'un mouvement de révolte , lorsque le "génie" de Jeff Koons, ancien trader proclamé artiste par des snobs (=sine nobilitate ), s"est étalé à Versailles, et qu'en même temps la Comédie Française affichait des mises en scène qui , sous prétexte de modernité, dénaturaient l'esprit des oeuvres ; ces "relectures" et "créations "n'étaient pas anodines, elles étaient insidieuses. Nous nous sommes souvenus de la tempête que soulevaient les représentations de "Hernani " : les Français étaient alors intellectuellement vifs et physiquement réactifs. D'où notre nom.

Nous nous manifestons, nous même ou comme relais, chaque fois qu'un élément de notre identité est menacé, le plus souvent par ce qu'on appelle les instances dirigeantes. Car l'Etat, après Napoléon III et Prosper Mérimée, n' a accordé que très peu d'interêt à la Culture, hormis pendant la présence d'André Malraux.

Il réserve son souci à l'éducation dite nationale, qui aurait dû rester instruction publique, mais il le fait mal.

Ni la maîtrise de notre langue, qui devrait donner le goût de la lecture, donc de notre littérature, ni l'enseignement intégral de l'histoire de France, outil majeur pour l'intelligence de notre pays, ne sont assurés. Ils rejoignent aux oubliettes le latin, qui était une école de logique autant que les mathémétiques. Cela est une faute politique et un crime contre notre identité.

Pire, l'Etat actuel se désengage de sa responsabilité régalienne quant au patrimoine et la culture, par la faute de ceux qui sont censés l'incarner, pour la plupart des élus. On ne peut que constater, entre colère et consternantion, que la plupart d'entre eux ne leur porte que tres peu, sinon aucun intérêt; les autres d'ailleurs se laissent avaler par la prédominance de l'économie, qui a supplanté la politique, celle du sens noble du terme, et semblent ne considérer la culture que comme un joujou coûteux; certains par vacuité sont influencés par des lobbies du "moderne". Voyez les colonnes de Buren, auxquelles les touristes étrangers ne portent aucune attention, et dont la restauration a consommé des fonds qui auraient pu connaitre meilleure utilisation.

Quant au véritable patrimoine, ce serait, aux dernières nouvelles, la bague au doigt que l'on peut vendre, quand on a été tres dépensier, pour payer ses dettes. L'affaire, on peut employer ce mot, du célèbre Hôtel (ministere) de la Marine en est le révélateur. Les monuments ne défilent pas, mais ceux que leur sabordage révolte pourraient le faire tantôt ...

Alors les Français de coeur réagissent, et vigoureusement; des associations de défense de monuments célèbres ou de sites en péril se sont constituées, qui recueillent chacune pour sa cause des milliers de signatures; elles sont répertoriées dans notre blog. Mais aussi un tres grand nombre d'associations locales, dont les bénévoles, de leurs deniers et à mains nues, sauvent ou reconstruisent un donjon, un lavoir, une halle, un petit musée.L'émission "Des racines et des ailes" leur rend parfois, donc pas assez souvent, hommage. De petites communes s'endettent, apres consultation des habitants, pour restaurer leur église; trois mille en France seraient menacées. N'est ce pas là une extraordinaire preuve de l'amour porté au "petit pays ", donc à son pays ?

D'autres associations oeuvrent pour la langue française et la francophonie; en Russie, en Roumanie, au Canada, au Mexique le Français est aimé, étudié, respecté, plus que sur notre sol à certains égards. On y demande des livres en français, alors que nos adolescents se pétrifient devant leur console de jeux. Curieusement, les autorités ne réagissent pas, quand les lycées français à l'étranger manquent de moyens. Vous connaissez la phrase "C'est pire qu'un crime, c'est une faute "

Pourtant le rayonnement de la France, étouffé dans le magma du mondialisme, pourrait retouver son essor avec un renouveau de notre culture.

Réussirons nous à persuader les Français, préoccupés par la décadence actuelle, qu'il est grand temps de considérer notre culture et notre identité comme des enjeux politiques ?

Vous savez bien : on entreprend par passion, et les chants desespérés sont les chants les plus beaux.

Mais je pense comme Jean Raspail qu'une communauté de la pérennité française est en cours de rassemblement, et prendra de l'extension. Il est impensable que les Russes, ou les Allemands, dont le patrimoine avait été, pour des raisons différentes, presque entièrement détruit, l'aient ressuscité magnifiquement, et que nous Français restions amorphes, face à l'incurie de nos gouvernements. Evidemment il faut une volonté politique pour libérer des fonds : quand après la chute du mur de Berlin il a fallu reconstruire Dresde et bien d'autres villes de l'Est, alors que la réunification coûtait tres cher à l'Allemagne de l'Ouest, le chantier a été ouvert. On sait quelles difficultés a connu la Russie après la perestroïka, et pourtant Leningrad redevenait Saint Petersbourg.

C'est une question de fierté et de dignité nationales.

Considérons les sommes colossales prévues pour de futurs stades monumentaux; si elles sont apportées partiellement par des fonds privés, pourquoi l'Etat, justement, n'exigerait il pas de riches entreprises francaises un même engagement pour notre patrimoine, qui pourrait mettre un terme à la polémique sur l'ISF ?

A-t-on idée, en ce temps de "sponsors "friands de publicité, du rôle que pourrait jouer un grand mécène français ?

D'ailleurs, la préservation des métiers d'art et la restauration de monuments anciens sont génératrices d'emplois; et les subventions accordées à des collectifs, ou hauts comités à objectifs incertains sinon nocifs, seraient mieux utilisées pour restructurer la présence culturelle française en Europe.

Nous l'affirmons : si notre pays ne retrouve pas ses racines, si il renie son identité, il ne sera plus qu'un territoire à occuper.

Il s'agit maintenant de la mort ou de la ressurection de notre civilisation.

Françoise Buy Rebaud

***

Ceux qui demandent à nous aider peuvent nous rejoindre comme membres, car "Hernani " est une association loi 1901, et ainsi prendre part à notre action.

Pas de cotisation fixe par ces temps difficiles , mais un don à la convenance de chacun .

Chèques à Association "Cercle Hernani " , 67 rue Beaulieu. Saint Just 42170 Saint Rambert

LCL agence 3700 , compte791035P

 

http://cerclehernani.over-blog.fr/

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7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 15:40

  Jusqu'au règne de Clovis, on sait peu de chose, faute de documentation, sur ce qu'était l'armée franque. Ce peuple n'était pas uni sous l'autorité d'un roi. Les "rois" francs étaient alors des chefs élus par les guerriers de leurs tribus ou d'un ensemble de tribus. S'ils étaient vainqueurs et remportaient d'importants butins, leur autorité était naturellement reconnue. Sinon, on ne se contentait pas de les destituer, on les mettait à mort.

 

  Chez les anciens Francs, comme chez les autres Germains, il n'y avait pas d'arméeHache-fer-franc permanente, contrairement aux armées romaines, dont les effectifs, s'ils étaient proportionnellement bien moins nombreux, étaient composés de soldats de métier. C'est la vieille d'une guerre que l'assemblée des hommes libres décidait de lever des troupes. À l'exception des esclaves et des affranchis, tous les hommes de plus de quinze ans étaient appelés à combattre, chacun devant pourvoir à son équipement. Les Francs ayant la culture de la guerre, c'est avec courage et honneur que les hommes prenaient les armes.

  L'armement des Francs, à l'origine semblable à celui des autres peuples germains, devient de plus en plus spécifique au fil du temps. Ainsi voit-on apparaître au milieu du Vè siècle, de longues épées à lames damassées[1], des fourreaux ornés de figures d'animaux, et de boucliers ronds propres aux Francs. À cela s'ajoutent des lances, des javelots, ainsi que des haches de jets, que les guerriers francs affectionnent particulièrement. Les chefs francs avaient beaucoup de prestance, comme le dit le romain Sidoine Apollinaire à un ami : «J'imagine avec quel plaisir, toi qui si souvent aime a regarder les armes et les guerriers, tu aurais à assister à l'arrivé du prince royal Sigismer paré selon l'usage et la manière de sa peuplade, lorsqu'il arriva (à Lyon) au palais de sa fiancée.»

 armes-franques

  Après la conquête de la Gaule, l'organisation des armées franques subit d'importants changements, alors que les guerres extérieures ou internes au domaine franc se multiplient.

  Les rois se dotent d'une garde personnelle, dont les membres sont les antrusions et d'un corps chargé de surveiller les frontières, les sarae. À part cela, l'armée, faute de ressources fiscales suffisantes, n'est toujours pas permanente. Principale innovation : le recrutement n'est plus tribal mais territorial. Une fois l'heriban (ou convocation) rendue publique, le recrutement est assuré par les représentants du roi, les comtes ou, dans les régions frontalières, les ducs. Généralement m'heriban ne concerne que les régions proches du futur théâtre des opérations. Sous les petits-fils de Clovis, le recrutement s'élargit aux populations gallo-romaines. Pour autant, les contingents ne sont pas mixtes; ils sont soit germains "soit romains".

 

[1] On obtient une lame damassée par soudure lors d'un travail bien précis à la forge. En quelques lignes, on peut résumer la tâche du forgeron qui consiste à souder ensemble par martelage différentes couches de fer " doux " et d'acier à plus haute teneur en carbone. Répétée un grand nombre de fois, cette opération aboutissait à la réalisation d'une lame possédant un nombre X de couches d'acier et de fer, ce qui conférait à cette dernière une bonne élasticité et un bon tranchant. http://users.skynet.be/lames/damas01.html#damas

 

Source : Rois de France - Les Mérovingiens, éd. Atlas

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 14:27

  Le bœuf est l'un des animaux qui aura été le plus utile à l'homme depuis que celui-ci l'a chassé, domestiqué et élevé. Sa peau, sa viande, sa graisse, ses os, sa force, sa chaleur... ont permis aux hommes de se vêtir, se nourrir, se chauffer et travailler. Originaire de différentes régions selon sa race, c'est à une autre origine que nous allons nous intéresser : c'est du nom, bœuf.

 

  Les Grecs le nommait bous, et les Romains bos, bovis, ce qui a donné en ancien français, buef, boef et beuf, avant d'aboutir, au XVIè siècle, à bœuf. Mais entretemps, les Anglais nous avait emprunté notre boef, et en avait fait un beef... qui nous est revenu grillé, au XVIIè siècle, sous la forme de roast-beef (littéralement, "bœuf rôti"), et découpé en tranche sous la forme de beef-steack (littéralement, "tranche de bœuf"), au XVIIIè siècle. Par la suite, l'orthographe de ces mots a été francisée en rosbif et en bifteck.

 

  Avec le lait de la vache, les hommes feront du beurre. En Grèce on l'appellera durantboeuf l'Antiquité, bouturon, nom composé de bous, le "bœuf" ou la "vache", et de turos, le "fromage". En latin, ce bouturon grec est devenu du butyrum, mot dont la langue française a fait au Moyen Âge, du bure et du burre, puis enfin, au XVIè siècle, du beurre.

 

  En grec, le mot bous, associé à limos, la "faim", a également servi à former l'adjectif boulimos et le nom boulimia. L'adjectif signifie "qui a une faim de bœuf", "qui souffre de boulimia", c'est à dire d'une "faim dévorante". Boulimia est à l'origine de boulimie, nom qui s'est employé en français à partir du XVè ou XVIè siècle pour désigner un "appétit insatiable", et, en médecine, la maladie dont souffre une personne qui éprouve une sensation de faim permanente, qui est boulimique.

  Au XIXe siècle, boulimie a aussi pris le sens figuré de « désir intense et continuel de quelque chose » : par exemple une boulimie de savoir, c’est « une immense curiosité intellectuelle ».

 

  Dans l’Iliade, le poète grec Homère décrit une hekatombê, mot créé à partir de hecaton,  « cent » et bous, « bœuf », et qui signifie littéralement « sacrifice de cent bœufs ». Plus généralement, l’hekatombê était, dans la Grèce antique, une cérémonie religieuse au cours de laquelle un grand nombre d’animaux, bœufs et autres (chèvres, moutons…), étaient immolés, offerts en sacrifice aux dieux qui se nourrissaient du fumet de ces viandes grillées. L’hekatombê, selon Homère se déroule ainsi : « Après avoir prié et répandu de l’orge non moulue, ils [Ulysse et ses compagnons] tirèrent vers le ciel la tête des victimes [les bœufs et les moutons…], les égorgèrent, les écorchèrent ; ils coupèrent les cuisses » et les firent brûler, puis « ils dépecèrent le reste des victimes, embrochèrent les morceaux, les firent rôtir habilement »…

  C’est justement dans le sens de « massacre d’un grand nombre de personnes » que le mot hécatombe, issu du grec hekatombê, a pris en français, au XVIIè siècle, devenant ainsi synonyme de « carnage » ou « tuerie ». Par exemple, on peut dire que la bataille de Waterloo, perdue par Napoléon 1er en 1815, et qui fit plus de 10 000 morts, fut une hécatombe. Bien avant Napoléon, Alexandre le Grand, dans ses guerres de conquête à la tête des armées grecques, au IVè siècle avant J.C., a provoqué quelques hécatombesAlexandre bucephale mémorables, comme celle de la bataille de l’Hydaspe, aux frontières de l’Inde . On raconte que Bucéphale, le célèbre cheval d’Alexandre le Grand, serait mort lors de ce combat. Or Bucéphale, en grec Boukephalas, est un nom qui associe bous, le « bœuf », et kephalê, la tête, et qui par conséquent signifie « tête de bœuf ».

  Selon Pline l’Ancien, auteur romain du 1er siècle, Bucépahle était ainsi nommé « soit à cause de son aspect farouche, soit à cause d’une tâche en forme de tête de taureau qu’il avait sur l’épaule ». Le même Pline, dans son Histoire naturelle, décrit, outre les chevaux en général et Bucéphale en particulier, de nombreuses espèces animales, dont les serpents. Et voici ce que dit Pline au sujet des boas : « ils se nourrissent d’abord en tétant les vaches ; c’est de là que vient leur nom. D’après Pline, donc, le mot boa (qui en latin désignait, tout comme sa variante bova, un grand serpent) serait dérivé de bos ou bovis (le bœuf ou la vache en latin). Cette étymologie est possible, mais hypothétique, tout comme celle du mot boy, le « garçon » anglais, qui figure dans les dictionnaires français depuis le XIXè siècle…

  Et ça se complique ! A l’origine du mot boy, il pourrait y avoir le grec boeiai, désignant une « lanière faite de peau de bœuf », et, par extension, « un lien, une entrave ». Boeiai a donné, en latin, boiae, les « fers » (qui servaient à entraver les prisonniers), et ce nom pourrait être l’ancêtre du verbe embuier, qui en ancien français signifiait «  enchaîner, entraver ». C’est de ce verbe que les Anglais auraient tiré leur boy, en lui attribuant, d’abord, le sens d’ « homme enchaîné, prisonnier des fers ». En tout cas, au XIVè siècle, le mot boy désignait en Angleterre un « esclave », parallèlement à un « garçon » ou à un « jeune homme ».

  Toujours à propos du bœuf et des mots anglais utilisés en français : cow-boy (cowboy en anglais) est apparu au XVIIIè siècle. A cette époque, en Angleterre, le cow-boy était l’équivalent de notre vacher (puisque cow est nom anglais de la vache), ou de notre bouvier, mot issu du latin boarius ou bovarius, le « marchand de bœuf », mais qui a pris, en français, le sens de « gardien de bœufs ». Dans la Grèce antique, le gardien de bœufs était un boukolos A partir de ce mot, la langue grecque, a forgé l’adjectif bukolikos signifiant « qui concerne les bouviers » et plus généralement « qui concerne les gardiens de troupeaux (bouviers et bergers). Cet adjectif, repris par le latin bucolicus, puis par le français bucolique, s’est employé en poésie, dès l’Antiquité pour qualifier une œuvre exaltant les joies de la vie champêtre, et chantant l’amour de la Nature et de la campagne. Parmi les maîtres du genre bucolique, on peut citer le poète grec Théocrite (IVè-IIIè siècles avant J.C.) et le poète latin Virgile (1er siècle av. J.C.) qui justement est l’auteur d’un recueil intitulé Bucolica (les Bucoliques). Aujourd’hui, comme jadis, on peut goûter les plaisirs bucoliques, se sentir l’âme bucolique devant un calme et doux paysage campagnard… Et cela, ne l’oublions pas, grâce au bous, au bos, au bœuf quoi !

 

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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 01:30

L'élevage

 

  Les auteurs anciens ont à maintes reprises la prospérité de l'élevage en Gaule. Activité primordiale s'il en fût qui assurait la traction, fournissait la viande, lait et matières premières et pour l'artisanat textile, le travail de l'os et de la corne et la préparation des cuirs.

 

  Les textes anciens mentionnent entre autres la qualité des chevaux trévires, la renommé des oies de Morins (peuple de l'actuel Pas-de-Calais), des porcs, des Séquanes et des Ménapes, respectivement peuples de l'ouest du Jura et de la Flandre marécageuse.

 

  Les données archéologiques, plus diversifiées, apportent des éléments concrets. Certes des scènes pastorales trop souvent conventionnelles et stéréotipées sont reproduites par des sculpteurs, notamment sur les sarcophages. Mais plus évocatrices en dépit de leurs naïveté, sont des statuettes comme celle mise au jour à Thésée en Loir-et-Cher. Un pâtre tient son bâton de la main droite et de la main gauche, serre contre sa poitrine une flûtte de pan. Une stèle funéraire de Saint-Ambroix montre un couple de paysans éleveurs. L'homme tient des forces, c'est à dire des ciseaux à tondre les moutons. Particulièrement émouvante est l'épitaphe d'un berger de trente ans assassiné par un esclave. Au bas de la stèle retrouvée à Mayence en Allemagne, est figuré le malheureux berger qui, avec son chien, surveille ses moutons. Quant aux représentations d'Épona, la déesse cavalière, elles mettent en relief le rôle éminent du cheval.

  Deux autres sources évocatrices sont fournies par les innombrables figurations d'animaux - mosaïques, bas-reliefs, figurines en terre cuite, statuettes en bronze, fibules zoomorphes notamment - et par les empreintes de leurs pieds lorsqu'ils sont venus marcher fortuitement sur les tuiles encore fraîches. Moutons, chèvres, porcs, chiens, chats et poules ont ainsi imprimé leur pas dans l'argile.

  Les forces, les clarines en fer ou en bronze (clochettes suspendues au cou des animaux), les faisselles en poterie au fond percées de petits trous destinés à égoutter les fromages, les hipposandales et les busandales (semelles métalliques pour protéger les sabots des chevaux et des bœufs), pinces à castrer, mors de chevaux, constituent autant de témoignages directs sur l'élevage. Ferme-gal-rom-wasserwald

                                     Ferme gallo-romaine de Wasserwald (Bas-Rhin)

 

  Plus significatifs encore sont les bâtiments agricoles identifiés avec quelques certitudes comme écuries ou étables. Dans l'Yonne, à Crain par exemple, une pièce tout en longueur dans une modeste villa a livré sept anneaux régulièrement espacés le long de la cloison de séparation avec la pièce voisine. Retrouvés avec leur tige de fixation, ces anneaux pouvaient servir a attacher les animaux domestiques, d'autant qu'une porte donnant sur l'extérieur, permettait un accès direct au troupeau. Dernier indice enfin, le long de la cloison, le sol contenait des restes de céréales et autres graminées, suggérant la présence d'une mangeoire. Une autre pièce contenant les restes calcinés d'un cheval devaient être une écurie.

 

  L'archéozoologie, qui par analyse des vestiges osseux, étudie les animaux dans leur contexte archéologique, constitue une source d'information irremplaçable pour l'élevage, fournissant notamment pour un gisement donné, les espèces représentées, le nombre minimum d'individus présents, leur âge et leurs mensurations. Elle apporte également de précieuses données sur les modes alimentaires et les comportements en matière de chasse et de pêche.

  Les analyses archéozoologiques montrent que les espèces élevées à cette époque différaient quelque peu de celles que nous connaissons aujourd'hui. Le porc par exemple, élevé en liberté, était beaucoup plus vigoureux d'autant que les textes nous apprennent qu'on le croisait avec le sanglier. Deux types de bœufs coexistaient. Il en allait de même pour le cheval avec une variété indigène de petite taille et une espèce plus robuste qui apparaît à l'époque romaine. Quant au mouton, dont les deux sexes étaient pourvus de cornes, il était un peu plus petit que celui que nous connaissons. Ânes, chevaux, coqs, oies, sont également présent dans les fermes. Les Gallo-romains possèdaient également des animaux domestiques : chiens, chats...

 

  

  À Gournay-sur-Aronde (Oise), l'étude de différents ensembles archéologiques homogènes et bien datés à permis de suivre l'évolution morphologique des bœufs sur une période d'environ quatre siècles, du milieu du IIIè siècle avant Jésus Christ jusqu'au cour du IIè siècle de notre ère. Sur les gisement d'époque gauloise ne sont connus que des bovins de petites tailles. Les ensembles gallo-romains, quant à eux, livrent des animaux beaucoup plus grands. La différence de taille entre ces animaux est considérable puisqu'elle dépasse vingt centimètres ! Le grand bœuf gallo-romain se singularise aussi par une puissance bien supérieure au niveau des épaules et des cuisses, ce développement plus important des masses musculaires assurant un meilleur rendement en viande.

  L'apparition de ces grands bœufs, probablement dû à des croisements entre races gauloises et italiennes, n'élimina pas pour autant le petit bœuf indigène qui conservait manifestement toute son utilité pour les populations qui l'élevaient.

  boeuf-gallo-romain

L'apiculture

 

  Source essentielle du sucre dans l'Antiquité, le miel était évidement fort prisé mais son élaboration demeurait inexpliquée. «Le miel tombe des airs, affirmait Pline. Il est la sueur du ciel, sorte de salive des astres ou du suc des airs qui se purifient». D'autres auteurs pensaient que les abeilles le butinaient tel quel sur les fleurs ou bien qu'elles le fabriquaient à partir de la rosée... L'édit de Dioclétien mentionne deux qualités de miel, la meilleure à quarante deniers le setier, l'autre presque deux fois moins chère.

  La lecture des auteurs anciens qui ont traité l'apiculture, incline à penser que plusieurs types de ruches furent utilisées en Gaule romaine : ruches en paille, ruches en troncs d'arbres évidés, ruches en baguettes ou éclisses tressées étanchéifiées à l'aide de bouse de vache ou bien ruches horizontales en planches.

  Les traces archéologiques de l'apiculture gallo-romaine sont assez rares : deux plaquettes en os dans l'Yonne figurent des ruches en paille ou un pot enfumoir découvert dans les Alpes-Maritimes...

 

 

Source : Les gallo-romains, Gérard Coulon.

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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 01:30

  Dans les années 1970, une occupation gauloise retranchée dans un espace fortifié de 12 hectares est mise en évidence par des recherches archéologiques menées à Moulay.
Aménagée à l'extrémité d'un vaste promontoire rocheux, l’enceinte est fermée par un imposant rempart, encore visible aujourd’hui. En 2004, un diagnostic permet de localiser un second rempart à 1 000 mètres en amont du premier, révélant une occupation gauloise beaucoup plus étendue.

Un des plus grands oppida de la Gaule

  Ces découvertes changent radicalement la morphologie générale de ce site, dont la surface totale définie par les deux enceintes concentriques avoisine désormais les 135 hectares. Capitale vraisemblable du territoire des Aulerques Diablintes aux IIe et Ier siècles avant notre ère, Moulay correspond au plus vaste oppidum identifié sur le Massif armoricain. Il intègre désormais la catégorie des grands oppida européens, jusqu’à présent inconnus dans l'ouest de la Gaule.

Les enjeux de la fouille

  Menée sur un tracé linéaire de 1 400 mètres de longueur et environ 11 hectares, la fouille débutée fin 2009 est d’une envergure exceptionnelle. Elle permet d'aborder de manière inédite deux grandes problématiques inhérentes aux oppida : l’étendue des aménagements et leur degré d’organisation. En effet, l'une des interrogations des archéologues quant à ces grands sites fortifiés préromains porte sur l'étendue réelle de leurs occupations internes : ces vastes enceintes, pouvant atteindre jusqu’à plusieurs centaines d’hectares, étaient-elles intégralement occupées ? Renfermaient-elles de vastes espaces agricoles, comme on le pense généralement ? 
  L'autre interrogation des archéologues a trait à la structuration des aménagements internes. Souvent partiellement fouillés, les oppida évoquent une certaine rationalisation de l'espace aménagé, avec la présence d'îlots bâtis, de rues et de places. Toutefois, on a longtemps hésité à qualifier ces agglomérations celtiques de « ville urbanisée », en comparaison avec le modèle de la ville antique de tradition méditerranéenne ou encore avec celui de la ville médiévale. La ville celtique, qualifiée de « proto-urbaine », est considérée comme étant moins évoluée que la ville dite historique.
Inrap1

Une occupation dense et raisonnée

  À Moulay, les résultats des recherches révèlent une occupation dense et structurée sur 80 hectares au minimum, faute de pouvoir prouver, pour le moment, que l'étendue de l'agglomération concerne l'intégralité des 135 hectares intra muros.
À titre de comparaison, la plupart des grands centres urbains des cités antiques atteignent 40 à 50 hectares : Rennes (Condate), Nantes (Condevicnum)… Quant à Jublains (Noviodunum), capitale locale pour la période gallo-romaine à partir de la fin du Ier siècle avant notre ère, elle ne se développe que sur 20 hectares environ. Les vestiges découverts indiquent que l’organisation de l'espace, basée sur un système à dominante orthogonale, est structurée par un réseau de voies de circulation et de fossés d'orientations nord-sud et est-ouest. La ville est organisée en quartiers : résidentiels, à l'intérieur desquels se mêlent espaces privés et espaces collectifs (sanctuaire ?), et artisanaux. L’agencement des infrastructures et la permanence de modules architecturaux témoignent d'une gestion raisonnée de la ville assurée vraisemblablement par des géomètres et des arpenteurs.

Un système politique puissant

  La date de la fondation du l’oppidum de Moulay, le statut et le rôle de l’espace cerné de l’enceinte de 12 hectares sont difficiles à identifier. En revanche, la nouvelle enceinte de l'oppidum identifiée en 2004 correspondrait à une vaste ville nouvelle qui se serait développée au Ier siècle avant notre ère au pied de l’espace fortifié de 12 hectares.
L’étendue et l’essor rapide de la ville nouvelle témoignent de la puissance de l’élite locale. La planification de l'espace urbain renvoie à une administration forte et complexe, inattendue pour cette société préromaine, capable de rassembler les corps de métiers nécessaires à sa mise en œuvre. L’oppidum de Moulay serait ainsi la plus vaste agglomération fortifiée du secteur, au cœur du terroir politique et économique des Aulerque Diablinte. Place-forte à la fois politique, religieuse, commerciale et artisanale, elle gère un territoire dont la superficie est équivalente à celle d’un de nos départements actuels et s’appuie sur des places-fortes intermédiaires, tel que le site d’Entrammes, comparables à nos sous-préfectures, ou encore sur des agglomérations commerciales dites « secondaires ». Jublains, bourgade voisine qui deviendra la nouvelle capitale du territoire au début de la période gallo-romaine, pourrait bien avoir joué ce rôle. L’oppidum de Moulay n’est donc pas un élément isolé, mais plutôt le cœur névralgique d’un puissant système politique et d’une forte administration, entouré de sites satellites assurant la gestion, l’exploitation et le contrôle d’un vaste territoire.

Une perception des sociétés gauloises entièrement renouvelée

  Les données obtenues depuis trente ans, notamment par le biais de l’archéologie préventive, ont totalement renouvelé notre perception de la société gauloise et du monde celtique en général, habituellement associés aux peuples dits « barbares ». Elles témoignent d’une société complexe et hiérarchisée, où l’homme impose à grande échelle sa maîtrise sur l’environnement.
Aménagée sur des superficies difficilement imaginables il y a encore quelques décennies, la campagne gauloise est parcourue par de nombreuses voies et chemins qui traversent et structurent les terroirs exploités par des établissements agricoles. Dans certaines régions, le nombre de ces exploitations est supérieur à celui des fermes de la fin du XIXe siècle.
Socles de la société foncière laténienne, ces habitats ruraux fonctionnent en réseau et sont gérés par des établissements au statut politique plus important. Parallèlement au développement exponentiel de cette forme d’habitat, l’émergence des premières villes non fortifiées, artisanales et commerciales, au IIIe siècle avant notre ère, est un élément important de la structuration économique et politique des territoires.
Plus tardivement, aux IIe et Ier siècles avant notre ère, le développement des oppida à l’échelle européenne au nord des Alpes, des Îles Britanniques à la Hongrie, se surimpose à cette situation. C’est le cas de Moulay.

Poursuite de la fouille

  La fouille sur l’oppidum se poursuivra jusqu’à la fin du mois de juin 2011 sur environ 3 hectares. Le plan d’organisation de la ville pourra être complété, facilitant ainsi la compréhension du processus d’urbanisation au sein de l’enceinte fortifiée.
L’étude d’un vaste quartier artisanal est au programme de ces travaux de recherche. Elle permettra de caractériser les artisanats pratiqués (métallurgie, forge, travail du bois, céramique…), à partir des aménagements réalisés par les Gaulois, mais aussi par les déchets générés (outils abandonnés, scories...).
Enfin les archéologues travailleront sur le rempart du Petit Mesnil, qui matérialise la limite nord de l’extension de la ville. Son étude, sur près de 180 mètres de longueur, est une première à l’échelle européenne. Les sondages révèlent qu’il s’agit d’un murus gallicus (du latin : mur gaulois), conservé sur une hauteur voisine de 2,50 mètres, soit le fameux rempart à poutrage interne croisé décrit par Jules César dans "La Guerre des Gaules".
Source : Inrap
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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 01:30

  Bien que le statut juridique de la femme mérovingienne ne la dispose pas à jouer un grand rôle, en tient en réalité une place importante dans la société. Légalement, la femme est considérée comme une mineure protégée par le mundium (protection qu’un homme puissant étend sur un faible : le père sur son enfant, le mari sur sa femme, le roi sur les veuves…) de son mari. Celui qui se marie rachète le mundium paternel par le witimon et acquière ainsi l’autorité sur sa future femme. Après cet achat plus ou moins symbolique, le mari peut donner à sa femme une dotation en biens mobiliers ou en terres. Devenue veuve, elle peut l’utiliser librement. De plus la femme mariée reçoit de son mari le morgengrabe, c’est-à-dire le don du matin remit le lendemain de la première nuit de noce. Il est considéré comme le prix de la virginité.

  femme-mérovingienne

  Le mariage légal (munthehe) est assez proche du mariage romain. Il est précédé par les fiançailles (desponsatio), cérémonie durant laquelle le mari dote sa future épouse. Il existe une autre forme d’union, le friedelehe ou concubinage, considéré comme un mariage sans desponsatio ni dotatio.

  Selon la loi salique, la femme n’hérite pas des alleux (terre en pleine propriété, qui se transmet de père en fils ; principalement parce que ces terres étant située en limite de frontières, il était préférable que leurs propriétaires soient capable de les défendre par les armes). Pourtant, dans le Formulaire de Marculf (II, 12) un père rappelle que les filles peuvent hériter comme un fils.

  Les femmes dirigent la maison et même le royaume pendant la minorité de leur fils (Bathilde, Brunehaut). Certaines reines ont été des femmes très énergiques (Frédégonde). L’Eglise, qui n’était pas favorable à ce que les femmes prennent le pouvoir, a cherché à défendre la femme et s’est élevé contre le mariage non consensuel et les rapts de filles, qui étaient une forme de mariage relativement courante dans le monde mérovingien.

 

Source : Dictionnaire des Francs, Les Temps Mérovingiens. Pierre Riché -

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