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25 juillet 2011 1 25 /07 /juillet /2011 10:27

  Au cours de l’hiver 54-53 avant Jésus Christ, Ambiorix entre dans l’Histoire. Celui dont le nom « Ambi » (double) et « rix » (roi) signifie roi de deux pays s’oppose à l’envahisseur romain avec succès. Dans un premier temps…ambiorix

 

  César vainqueur partout a concentré six légions (c’est-à-dire pratiquement toute son armée) chez les Belges, pour leur quartier d’hiver.

  Mais le pays n’est pas très riche et, en outre, les Romains y ont commis beaucoup de ravage au cours des deux années écoulées… Aussi les vives manquent-elles.

 

  Cela contraint le général à espacer ses divers corps, pour mieux assurer leur subsistance. Six camps sont aménagés, correspondant chacun à une légion : chez les Bellovaques (Beauvais), les Ambiens (Amiens), les Neviens (Flandre et Brabant), les Morins (Boulonnais), les Rèmes (Reims), et les Éburons (Ardennes belges).

  La ville de Tongres se nommait Aduatuca. C’était une petite cité celtique. César y avait installé la plus forte garnison de son dispositif de contrôle, commandée par l’un de ses meilleurs officiers, nommé Quintus Titurius Sabinus, assisté de détachements implantés autour, sous les ordres de Lucius Aurunculéius.carte-gaule-belgique

 

  À vrai dire, Jules César considérait les Éburons comme sans danger, et n’était préoccupé que par la proximité de la grande tribu celte des Trévires (Luxembourg et Rhénanie), hostile à la mainmise romaine sur la Gaule.

  Il ignorait tout de ce qui se tramait réellement en pays éburon. Celui-ci était curieusement gouverné non par un mais par deux rois : Ambiorix et Catuvolcos.

  César essayait de les dresser l’un contre l’autre, par un jeu subtil. Mais en réalité, tous deux étaient tombés d’accord pour préparer un soulèvement, afin de libérer leur patrie commune.

  À l’insu des espions à la solde des Romains, ils s’étaient rencontrés dans la forêt, en compagnie des Druides, afin de tout mettre au point… Au bout de cette rencontregaulois 3 importante, ils avaient obtenu l’encouragement d’Indutiomar, roi des Trévires, qu’ils étaient parvenus à contacter sans que l’occupant l’apprenne.

  Brusquement un soulèvement eut lieu. Les patrouilles romaines quadrillant le pays furent partout assaillies et anéanties par les insurgés éburons. Puis, des milliers de guerriers s’attaquèrent au camp de la légion. Ambiorix et Catuvolcos étaient à leur tête.

 

  Toutefois, ils échouèrent devant les retranchements et encerclèrent alors la place. Celle-ci pouvait tenir longtemps, car elle disposait de vivres pillés sur le pays.

  C’est alors qu’Ambiorix eut recours à une ruse. Il proposa une entrevue, faisant croire aux chefs romains que toute la Belgique s’était soulevée, et que partout les légions étaient assaillies et vaincues. Dès lors, Sabinus craignit de se retrouver isolé en territoire hostile et voulut savoir si les Éburons le laisseraient rallier le reste des armées romaines.

  Le chef éburon accepta car il lui fallait à tout prix, pour espérer le vaincre, attirer l’ennemi en terrain découvert, hors de ses retranchements. Dès le lendemain matin, les Romains évacuèrent leur camp. Mais à moins d’un kilomètre de celui-ci, ils se virent entourés par les éburons au fond d’une vallée encaissée. Toute issue avait été bloquée. La bataille eut lieu, opiniâtre et féroce : les Romains étaient dominés.

  Ambiorix commandait les attaquants. Il s’empara de tous l’état-major ennemi, qu’il massacra ! À la nuit tombée, la légion de Sabinus et de Cotta était complètement anéantie. Quinze cohortes avaient péri dans les Ardennes.

 

  À la suite d’une victoire de cette ampleur, l’exaltation des patriotes celtes fut immense…Campagne Ambiorix-54 Le succès allait en effet au-delà de leurs espérances. En une semaine, les éburons achevèrent la libération complète de leur pays.

  Ils furent alors rejoints par les guerriers de la tribu des Aduatuques, leurs voisins, que César avait mis à mal deux ans plus tôt.

  Peu après, ce furent les Ménapiens (dans les bouches de l’Escaut, au nord de la Belgique et au sud de la Hollande actuelle) qui vinrent rallier Ambiorix.

  À la tête de cette armée celte, ce dernier pénétra alors dans le pays des Nerviens (Flandre française et Brabant belge). En avançant, il faisait fuir devant lui les unités romaines, libérant les zones dans lesquels il progressait.

 

  Les Nerviens, jadis vaincus par Rome, se soulevèrent et vinrent grossir les rangs… Tant et si bien qu’il eut bientôt 60 000 guerriers belges à ses côtés.

  Une telle force lui permettait désormais de frapper l’ennemi de façon plus directe. Il se mit donc en marche contre les cantonnements de Quintus Cicéron, commandant de l’armée romaine en pays nervien (près de Charleroi).

  Le siège du camp ennemi fut entrepris. Cependant, alors que ces évènements ce déroulaient, César se trouvait avec des troupes dans le pays des Ambiens. C’est là qu’il apprit la nouvelle des désastres successifs qu’Ambiorix avait infligés aux troupes romaines.

  Il aurait voulu prendre Ambiorix en étau. Mais celui-ci apprit à temps l’arrivée des troupes de César. Flairant le piège, il leva le siège du camp de Cicéron et tenta d’intercepter l’armée qui arrivait du sud.

 

  L’endroit où les combattants s’affrontèrent était néanmoins favorable à César, qui parvint à battre les Belges. À l’issu de la bataille, et selon une attitude typiquement celtique, les troupes belges se désagrégèrent, chacun retournant chez soi !

  Il faut voir dans cette inaptitude à maintenir leur unité jusqu’à la victoire finale, la grande cause des défaites historiques des peuples celtes.

  Plus au sud, les Trévires, conduits par leur roi Indutiomar, avaient pris les armes, conformément à l’accord conclu avec Ambiorix après la victoire d’Aduatuca. Ils avançaient dans le pays des Rèmes, leurs ennemis traditionnels, lesquels étaient alliés aux Romains. Mais en apprenant la dispersion de la coalition militaire belge, ils s’arrêtèrent brusquement et firent demi-tour.

 

  César mit à profit l’éclatement de la coalition d’Ambiorix pour refaire ses forces, afin de reprendre l’offensive au printemps. Ce temps fut utilisé pour amener trois nouvelles légions mais fut perdu par les Belges, qui paraissent avoir été d’une insouciance incroyable face au péril pourtant imminent et prévisible. Seuls les Trévires tentèrent de rassembler tous les patriotes, y compris les guerriers des tribus celtes en Germanie, en prévision de la prochaine guerre d’indépendance.

  À la fin de l’hiver -53, César avait achevé la concentration de ses renforts.

  Il commença par punir les Nerviens d’avoir rallié Ambiorix, en massacrant beaucoup et en déportant plus encore en esclavage. Puis il mena ses opérations plus au sud, chez les Carnutes et les Sénons, qui avaient eu une attitude favorable à l’insurrection belge. Enfin, il s’en prit aux Ménapiens. Ambiorix était désormais complètement isolé. La vengeance de César était prête.

 

  On était au printemps. Toutes les tribus qui s’était jointes aux Éburons, disloquées, avaient été écrasées les unes après les autres par César. Les Éburons étaient terrorisés, n’osant plus bouger, attendant que l’inéluctable vengeance s’abatte sur eux.

  C’est dans ces circonstances que la cavalerie romaine arriva sur leur territoire. Elle avait pour mission de s’emparer à tout prix d’Ambiorix. Son clan se sacrifia, retardant l’ennemi et lui permettant de justesse de s’échapper.

  À grand peine, il se refugia dans la forêt. Mais bientôt, après ce raid de cavalerie, dix légions romaines pénétrèrent en pays éburon. Elles incitèrent les peuples voisins, appauvris et affamés du fait des restrictions romaines, à se jeter sur les Éburons, pour participer au pillage.

 

  La nation toute entière s’enfuit dans les bois pour échapper à l’horreur. On les traquaitsuicide-gaulois comme du gibier. Catuvolcos se suicida pour ne pas tomber entre les mains des Romains.

  Beaucoup d’Éburons, hommes, femmes et enfants, se voyant encerclés, se poignardèrent pour ne pas tomber aux mains de l’ennemi. Ici et là, des groupes purent être capturés… On les vendit aux marchands d’esclaves romains. Où finirent-ils leurs jours ?

  Ambiorix échappa à toutes les traques. Dix fois, on faillit se saisir de lui… Dix fois, il passa à travers les mailles du filet. Finalement, il franchit le Rhin, avec quatre cavaliers.

 

  Durant une année, les recherches demeurèrent vaines. Puis, lors du soulèvement général de Vercingétorix, le « Sanglier des Ardennes » fit sa réapparition.

  Il rallia dans les forêts, les hommes de la nation éburonne, survivants proscrits, et entreprit avec eux de mener la guérilla contre l’occupant.

  Et lorsque tout fut vain, il s’échappa encore et disparut, au fond de la vaste et impénétrable forêt de la Déesse Arduinna, qui donna son nom au massif des Ardennes.

  Jamais il ne se rendit. Jamais il ne fut pris.

  Voilà pourquoi le Belges le considèrent encore, plus de deux mille ans après, comme un symbole de liberté.ambiorix2

 

Source : Magazine Keltia N° 11

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24 juillet 2011 7 24 /07 /juillet /2011 11:39

  L’artisanat spécialisé dans le travail de l’os et du bois de cerf, parfois appelé tabletterie par emprunt d’un terme moderne, se développe dans toute la Gaule, particulièrement à partir du Ier siècle après Jésus Christ. Des vestiges de cette activité, pratiquée par des artisans fixes ou itinérants, sont régulièrement mis au jour dans les villes, grandes et moyennes, et dans les domaines agricoles ; elles perdurent jusqu’au-delà du Ve siècle.

  Les artisans s’approvisionnent auprès des boucheries et récupèrent les ossements des animaux consommés à l’époque, essentiellement ceux du bœuf ; ils travaillent également les os de cheval, espèce qui n’entre pas dans l’alimentation. Les bois de cerf, tombés naturellement ou récupéré sur des bêtes abattues à la chasse, sont également travaillés.

  Les artisans sélectionnent les ossements résistants et offrant le plus de matière, les mieux adaptés à la fabrication des objets ; ils les façonnent à l’aide d’outils divers : scie, ciseau, gouge, tour. Des études reprenant les étapes successives de ce travail ont été réalisées, depuis la préparation de la matière jusqu’à la finition des pièces et leur décoration.

  Selon les sites, la nature des informations varie, parfois il ne reste que des déchets liés à la première phase préparatoire ou bien des ébauches (objets non terminés) qui nous indiquent la nature des productions. L’atelier de l’artisan n’est pas toujours localisé précisément, il peut être installé dans la même pièce ou dans le même bâtiment qu’un bronzier ou un forgeron. Ces artisans devaient travailler ensemble pour la réalisation de certaines pièces, comme les couteaux à manche ou les meubles, et partageaient sans doute certains outils.

  Les objets produits par l’artisanat de l’os et du bois de cerf concernent tous les aspectsdé-os de la vie quotidienne, comme nous le montre par exemple, ceux conservés au musée gallo-romain de Saintes (Charente-Maritime) :

_ les éléments de charnière de meuble sous la forme de cylindres perforés courts ou longs : qui composent l’articulation des portes d’armoire ou des couvercles de coffre ;

_ des pièces de jeu ou de comptage, comme les jetons circulaires à faces décorées ;

_ des dés cubiques pour les jeux de hasard ;

_ des épingles à cheveux ;

_ des anneaux, des bracelets en os et des médaillons porte-bonheur en bois de cerf ;

_ des boites à onguents ou à fards (pyxides)

_ des cuillers ;

_ des accessoires pour le filage : fuseaux, fusaïoles, quenouilles ;

_ des manches pour des couteaux à lame fixe ou pliante.Villascopia-3

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23 juillet 2011 6 23 /07 /juillet /2011 12:07

  suite le l'article : La Normandie avant César  

  La ville

 

  La ville est le principal facteur de romanisation après la conquête de Jules César (58-51 av. J.C.). C'est par elle que se diffusent la langue latine et les modes de pensée romains. Dans la cité de province, la politique, la religion, la culture et les autres aspects de la vie forment un ensemble indissociable qui imite le modèle romain.

 

À ces villes, qui succèdent souvent aux chefs-lieux des tribus gauloises, correspondent la plupart des villes actuelles de Normandie :

- Bayeux – Augustodurum, chef-lieu de cité des Bajocasses

- Vieux - Aragenuae, chef-lieu de cité des Viducasses

- Lisieux – Noviomagus, chef-lieu de cité des Lexovii

- Rouen – Rotomagus, chef-lieu de cité des Véliocasses, qui deviendra la capitale de la Seconde Lyonnaise.

L’exemple de Vieux

L’actuel village de Vieux occupe l’emplacement de la ville romaine d’Aregenua, chef-lieu de la cité des Viducasses. Les premières fouilles y furent réalisées en 1697, suivies de nombreuses autres observations effectuées tout au long des XVIIIe, XIXe et XXe siècles. Plusieurs monuments publics (thermes, édifice de spectacles, temple) ainsi que de nombreuses habitations privées ont ainsi pu être observés.

 

La fouille du site du « Bas de Vieux », menée entre 1988 et 1991 par le Service Départemental d’Archéologie du Calvados, a livré les vestiges de plusieurs voies et d’une somptueuse domus  aménagée depuis 1993 en jardin archéologique.domus-vieux-photo-aérienne

Cette domus est une maison à péristyle, c'est-à-dire dotée d'un jardin intérieur entouré d'un portique (colonnade périphérique). Cette demeure particulièrement vaste (1450 m² au sol), de plan méditerranéen, se distingue par la qualité de sa décoration intérieure (mosaïques, peintures murales, statue de déesse tutélaire, piliers sculptés, colonnesVieuxSiteMaisonGdPeristyle ciselées etc.). Le bâtiment actuellement visible a été construit au cours du dernier quart du IIe siècle ap. J.-C., sur les vestiges d'au moins cinq constructions dont la plus ancienne remonte au début du Ier siècle ap. J.-C. Au IVe siècle ap. J.-C., après un incendie, la rangée de pièces occidentales est recoupée par une voie nord/sud, l'édifice est réparée et porte le nom de maison à la mosaïque en damier du nom d'un élément de décor. La qualité de vie a baissé et des artisans s'installent dans la villa qui a pu continuer toutefois à servir d'habitation. Dans le premier tiers du IVe siècle, un nouvel incendie ruine un édifice déjà quasiment abandonné. Le cardo perce les ruines vers 330-340. Les gravats sont répandus dans la Vieux maquette villavilla. Une installation perdure toutefois car des antoniniens et une monnaie de Gratien ont été trouvés dans une fosse. Une monnaie d'Arcadius a également été trouvée ailleurs sur le site de la villa. Le site sert ensuite de ressource pour les matériaux de construction de manière ponctuelle et à grande échelle, vers 475-550 suite à la découverte d'une hache franque.

 La richesse exceptionnelle du gisement pour le nord de la France permet donc de suivre la genèse et le déclin d’un quartier de la cité pendant les quatre premiers siècles de notre ère.

  Le vicus

Le vicus est un bourg d’artisans, une petite agglomération occupant une triple fonction dans la Gaule romaine :

- routière par sa situation géographique,

- culturelle avec ses temples,

- commerciale par les activités d'échanges et d'artisanat de ses habitants.

La naissance de Caen : Catumagos

Les fouilles archéologiques réalisées à Caen dès après la seconde guerre mondiale ont confirmé qu’il existait bien une telle agglomération au Ier siècle de notre ère, sur les bords de l’Odon soit, aujourd’hui, à l’emplacement de l’Hôtel de Ville de Caen.

 

Près de la salle des Gardes, on peut encore y voir les vestiges d’un fanum (petit temple) (cf. 3. La diffusion des cultes). Plus loin, dans la cours de l’ancienne école normale d’institutrices, on a découvert une habitation et un four de tuilier.

Ce bourg était principalement voué à l’artisanat (tanneries notamment) et au commerce. Il périclita à la fin du IIIe siècle, des suites de la désorganisation du commerce dans l’empire romain.

 

Le fanum en était séparé d’un quartier artisanal (tannerie, tabletterie) par un mur matérialisant la limite de l’espace sacré. Il était composé d’un petit bâtiment rectangulaire (cella) de 5,30 m sur 2,20 m de côté, construit en pierres sèches recouvertes d’enduit peint rouge. Ce sont les bases de trois de ces murs qui sont encore visibles aujourd’hui. La galerie de circulation qui entourait la cella a disparu.

 

 

  L’habitat rural : la villa romaine

La romanisation du monde rural a porté sur l'intégration de l'aristocratie indigène envilla1 incitant cette dernière à rationaliser l'exploitation agricole selon les normes romaines. La villa illustre cette nouvelle organisation économique de l'espace rural. C'est à la fois une maison de campagne et une exploitation agricole.

 

  Les voies romainesAGRIPPA

Après la conquête, Les Romains ont très vite réalisé un ensemble de routes sous l'impulsion notamment d'Agrippa (63-12 av. J.-C.), général romain, gendre et ministre d'Auguste. Les voies romaines les plus importantes étaient financées par l'Etat. Les voies secondaires étaient quant à elles aux frais des cités qu'elles joignaient et les plus petites voies étaient, elles, entretenues par les propriétaires dont elles traversaient les terrains.

Les bornes milliaires sont les équivalents de nos bornes kilométriques actuelles. Le nom de milliaire* vient du mot "mille", qui était l'unité de distance mesurant mille pas, soit environ 1481 mètres. Après Septime-Sévère, empereur de 193 à 211 ap. J.-C., l'unité de mesure la plus utilisée dans le nord de la Gaule, en Germanie et en Bretagne devient la lieue gauloise, laborne-de-trajan "leuga"* (2 222,50 m), tandis qu'au sud de Lyon les distances restent exprimées en milles.

Les bornes sont souvent de forme cylindrique. Elles ont environ 50 à 80 centimètres de diamètre et mesurent 2 à 4 mètres de hauteur.

La borne milliaire comporte toujours une inscription gravée en abrégé qui nomme l'empereur qui a fait construire ou restaurer la route, ainsi que ses titres et ses fonctions.

La borne indique naturellement la distance entre le lieu où elle est implantée et le point de départ, très souvent le chef-lieu de cité.


Description :

La borne milliaire est en calcaire et mesure 1,43 m. de hauteur et 0,63 m de diamètre (la photo ci-contre ne représente pas la borne décrite). Elle a été découverte à Frénouville en 1804 à 1,50 m. de profondeur lors du creusement des fondations d'un bâtiment non loin de l'église. Le socle a été trouvé à côté de la colonne mais n'a pas été conservé.

L'inscription est gravée dans un cadre dont le côté droit est détruit. La gravure est peu profonde et a subi des dégradations consécutives au gel.

Elle remonte à 98 ap. J.-C. La titulature nous informe en effet que la borne est dédiée à Trajan, empereur de 98 à 117 ap. J.-C. La borne indique une distance de 25 000 pas de Noviomagus, soit environ 37 kilomètres de Lisieux. En réalité la distance est de 35 km, ce qui montre (compte tenu de la faible erreur) que la borne n'a pas dû être déplacée de l'endroit où elle fut découverte.

 

Source : Dossier pédagogique du Musée de Normandie

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21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 11:15

  Dès la fin du IVe siècle, le christianisme orthodoxe devient une religion de l’Empire. L’Église va se trouver placée devant une situation nouvelle. D’une part, de minorité plus ou moins persécutée (7% des habitants de l’Empire), elle va devenir majoritaire, bénéficiant des lois qui, sur une durée de trente ans, interdisent progressivement les cultes païens, même en privé. Les temples vont être démolis par les croyants enthousiastes ou, plus généralement, transformés en bâtiments publics. C’est ainsi que l’on a découvert récemment les débris monumentaux du sanctuaire de Vénus à Port-Vendres (Portus Veneris) – Pyrénées-Orientales - qui avaient été précipités dans la mer à cette époque.

  D’une autre côté, les définitions dogmatiques deviennent non plus seulement des questions de foi, mais aussi des enjeux politiques de première importance, pour lesquelles le pouvoir impérial se sent impliqué. D’abord parce que l’État apporte son soutien à la doctrine orthodoxe, mais également parce que tous les avantages de l’unité spirituelle risquent d’être menacés par les succès d’une hérésie.

  Une hérésie nous dit le dictionnaire, c’est une doctrine contraire aux idées émises par une religion ; et parmi les hérésies qui vont voir le jour, l’arianisme prendra une place importante.

  L’Incarnation et la Trinité sont les thèmes que les différents courants hérétiques remettent le plus souvent en causeste-trinite

 

  En affirmant la nature divine du Fils, les chrétiens se faisaient accuser de polythéisme par les juifs et les « judaïsants », mais, paradoxalement, également par les païens qui renchérissaient sur ce registre, accusant le christianisme de revenir aux mythes des demi-dieux. D’autre part, si jésus était né comme un homme, avait-il reçu sa nature divine de toute éternité ou progressivement ? Était-ll déjà Dieu avant de naître, seulement le jour de sa naissance ou l’est-il devenu ultérieurement, suite à une prise de possession de son corps par le Père ? S’il était déjà Dieu avant de naître par la chair, avait-il eu un commencement ou partageait-il avec Dieu créateur la divinité éternelle ? Cette question engendrait un second problème qui était la nature du Fils par rapport au Père, et par conséquent leurs places respectives, l’existence d’une hiérarchie entre les personnes de la Trinité.

  Le courant antitrinitaire, principale source d’hérésie,  remet en cause la Sainte Trinité : Le Père, le Fils et le Saint Esprit ne font qu’un, et aucun n’est supérieur aux autres.

 

  Le plus ancien hérésiarque connu sur ce sujet, fut Noët, un prêtre de Smyrne, qui vivait vers 180, et qui condamnait ce qu’il appelait la diversité en Dieu, prétendant renouer avec le monothéisme strict : la monarchie divine. Il fut chassé de l’Eglise d’Ephèse et mourut vers 200. Peu après à Rome et non plus en Orient, une hérésie voisine se fit connaître sous la férule d’un prêtre grec nommé Praxéas. Ce chef d’école avait commencé par adhérer au montanisme avec Tertullien, puis l’abandonna en se soumettant au pape Victor Ier, mais ce fut pour mettre en doute le Trinité en enseignant que le même Dieu était en même temps le Père et le Fils, c’est-à-dire le Dieu caché et le Dieu manifeste. Il fut cruellement moqué par Tertullien et supplicié sous Marc Aurèle en 180.

  D’autres hérétiques hostiles à la divinité de Jésus étaient les artémoniens : « Jésus a eu un commencement, donc il n’est pas Dieu », disaient-ils. Ils furent condamnés au concile d’Antioche en 216.

  Une autre façon de rejeter la divinité originelle du Christ était la théoriezénobie-palmyre « adoptianiste » de Paul de Samosate, évêque d’Antioche vers 260, qui fut longtemps soutenu par la reine Zénobie de Palmyre. Selon lui, le Christ était un homme à l’origine, mais il avait été adopté par Dieu comme son fils. Comme la toute puissance de Dieu ne connait aucune limite, il n’y avait rien d’étonnant à ce que Dieu le Père ait accordé à son nouveau fils l’homoousie, c’est-à-dire l’unité de substance avec le Père, les deux êtres divins ne formant alors plus qu’une seule personne.

  Enfin, certains, choqués par ce qu’ils considéraient comme une atteinte au monothéisme, tentèrent néanmoins de trouver une expression acceptable en préservant les images divines distinctes : ce fut le cas de Sabellius, évêque de Ptolémaïs en Libye de 250 à 260. Ce théologien voulut réaffirmer ce qu’il appelait la monarchie de Dieu, mais en formulant une théologie des « trois formes divines » : celle du Père créateur et testateur de la Loi, celle du Fils, le messager incarné, celle de l’Esprit projetant sa lumière sur les apôtres. Ce qui était important, pour lui, c’était de comprendre qu’il n’y avait pas trois personnes, mais une seule, prenant des formes différentes. D’où le nom de ses théories : modalisme. L’Eglise orthodoxe romaine condamna Sabellius au synode d’Alexandrie en 261.

  Cependant, c’est avec Arius que l’hérésie antitrinitaire reçut sa formulation la plusarius durable, appelée à un grand renom et à des rebondissements jusqu’à la fin de l’Empire romain. Arius (256-336) était un prêtre libyen qui se rendit célèbre lors d’une controverse avec Alexandre, évêque d’Alexandrie, aux alentours de l’an 318. Celui-ci s’attachait à montrer que la Trinité n’était pas incompatible avec l’Unité éternelle de Dieu. Arius s’opposa à lui, reprenant les objections de Sabellius et de Paul de Samosate, mais sans adopter leurs conclusions. En effet, Arius répétait que le Père seul était Dieu depuis le commencement des temps, le Fils étant créé par lui afin de devenir le « second créateur ». Il faut observer qu’Arius ne date pas la création du Fils au moment de la création du monde, en tous cas avant les autres créatures. Il s’agit donc d’une tentative de compromis entre les tenants de la stricte monarchie divine et les enthousiastes de la révolution de l’Incarnation. D’ailleurs Arius croit pouvoir trouver une allusion à cette seconde création, celle du Fils, dans le chapitre 8 du Livre des Proverbes : le monologue de la Sagesse (versets 22-31) :

  « J’ai été établie dès les temps éternels, Dès le commencement, avant la création de la terre.

  Quand il n’y avait point encore d’abîmes, j’ai été enfantée, Avant les sources aux eaux abondantes.

  « Avant que les montagnes fussent fondées, Avant les collines, j’ai été enfantée,

  « Avant qu’Il eut créé la terre et les campagnes, Et l’ensemble de la poussière du monde.

  « J’étais là quand Il disposa les cieux, Quand Il traça un cercle sur la surface de l’abîme.

  « Quand Il fixa les nuages en haut, Quand les sources de l’abîme jaillirent, Quand il assigna à la mer une limite que Ses eaux ne devaient pas franchir, Quand Il traça les fondements de la terre, J’étais à Ses côtés, son ouvrière, J’étais toute allégresse, jour après jours, M’égayant devant Lui sans cesse, M’égayant sur le sol fertile de sa terre, Trouvant ma joie dans les fils des hommes. »

  La doctrine du premier arianisme ne conteste pas la Trinité, comme on le croit souvent, mais seulement la consubstantialité et l’« égalité » du Père et du Fils ; il est subordinatialiste, c’est-à-dire que le Fils est soumis au Père. Dans la Thalie, une des rares œuvres qui nous soient parvenues, Arius explique que « le Fils n’a rien de propre à Dieu selon la substance qui lui est originelle, car il n’est pas égal à lui, ni même consubstantiel ». À la différence des patripassiens ou des modalistes ; Arius considère le Christ comme un Dieu, mais subalterne et changeant. Disciple du martyr saint Lucien d’Antioche, né à Samosate en 240, qui prônait une lecture très « historique » des Evangiles, il applique une grille critique aux actes de Jésus, voyant des contradictions dans ses actes et dans ses paroles et en tirant la conclusion que le Christ ne peut être le Dieu unique et tout-puissant. D’autre part, il intègre l’Incarnation dans cette logique de l’« infériorité » de Jésus : c’est parce qu’il était seulement le Verbe et non pas Dieu qu’il a pu s’unir à la chair. Du reste Arius et ses successeurs contestent à la fois la nature divine complète du Christ et sa nature humaine. Citons l’évêque arien Eudoxe de Constantinople (v.300-370), qui insiste lourdement sur ce point : « Nous croyons que l’unique Seigneur, le Fils, qui s’est fait chair, non pas homme, car il n’a pas assumé une âme humaine, mais il s’est fait chair, de telle sorte que Dieu nous fut révélé, à nous les hommes, à travers la chair comme à travers un voile, non pas deux natures, puisqu’il n’était pas totalement homme, mais Dieu dans la chair. » Ce texte parmi tant d’autres montre que l’arianisme est bien une solution de compromis : pour maintenir un monothéisme absolu sans pour autant abandonner la Trinité, il réduit à la fois la divinité du Christ et son humanité. Les conséquences de la formulation d’Arius contre Alexandre furent prévisibles : la condamnation d’Arius avec déposition. Alexandre fut secondé puis remplacé dans sa lutte par Athanase (298-373), inlassable pourfendeur de l’arianisme. Pourtant, il fallut attendre près de quatre siècles avant d’en venir à bout.

 

Source : Histoire des hérésies, Pierre de Meuse. Éd. Trajectoire

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20 juillet 2011 3 20 /07 /juillet /2011 12:11

  Avant sa conquête par Jules César, autour de 50 av. J.-C., le sol normand ne présente aucune unité particulière, même si on oppose toujours, assez schématiquement, le nord et le sud de la Seine, c’est-à-dire, grossièrement, les Belges et les Celtes :

-  au nord, ce serait l’aire d’influence des Belges, souvent représentés comme des Germains celtisés. Les Belges, grands guerriers et militaires, pénètrent en Gaule au milieu du IIIe siècle av. J.-C. Cent ans plus tard, leur territoire s’étend de la Marne à la Seine, incluant les deux tribus installées au nord du fleuve : Véliocasses* (de Rouen à l’Oise) et Calètes (que Strabon cantonne au nord de l’embouchure de la Seine, soit dans l’actuel pays de Caux).

-  au sud de la Seine, en revanche, ce serait le territoire des Celtes, appartenant à une vaste aire culturelle qui dépasse largement les côtes de la Gaule pour atteindre jusqu’à l’Irlande.

Sept tribus se partagent ce territoire compris entre la Seine au nord et la rivière du Couesnon à l’ouest. Toutes ont été profondément marquées par les invasions celtes qui, dès l’époque du bronze et plus massivement à partir de - 900, sont parvenues jusqu’à l’ouest de l’Europe.

D’ouest en est, ces tribus sont :

            - les Abrincates (Avranchin)

            - les Unelles (Cotentin et îles)

            - les Bajocasses* (Bessin)

            - les Viducasses* (plaine de Caen)

            - les Esuvii (pays de Sées)

            - les Eburovices (région d’Evreux)

            - les Lexoves* (Lisieux).

 

Mais la Seine a-t-elle vraiment constitué une frontière aussi nette ?

Cette affirmation a été récemment réfutée par nombre d’archéologues : la frontière necarte gaulois-ad346 serait pas marquée par la Seine mais par la Bresle qui, bien plus au nord, sépare aujourd’hui la Haute-Normandie et la Picardie.

Aussi, plutôt que comme frontière, la Seine doit être pensée comme axe de communication, trait d’union entre des tribus qui, installées sur l’une et/ou l’autre, ont très tôt su la franchir (à l’inverse du Rhône ou du Rhin qui, eux, sont des « fleuves-barrières », selon l’expression de Fernand Braudel – L’identité de la France).

Ainsi, si une dizaine de tribus se répartissent un territoire où fleuves et rivières constituent certes des frontières naturelles mais peuvent aussi être d’importants axes de circulation internes (c’est le cas de la Seine, mais aussi de l’Orne), toutes sont très tôt liées par des réseaux économiques, commerciaux, culturels, tant entre elles qu’avec leurs voisins (Armorique et Bassin parisien).

 

  La Gaule et ses habitants


« L’ensemble de la Gaule est divisé en trois parties : l’une est habitée par les Belges, l’autre par les Aquitains, la troisième par le peuple qui, dans sa langue, se nomme Celte, et, dans la nôtre, Gaulois. Tous ces peuples diffèrent entre eux par le langage, les coutumes, les lois. Les Gaulois sont séparés des Aquitains par la Garonne, des Belges par la Marne et la Seine. […] La partie de la Gaule qu’occupent, comme nous l’avons dit, les Gaulois commence au Rhône, est bornée par la Garonne, l’Océan et la frontière de Belgique ; elle touche aussi au Rhin du côté des Séquanes et des Helvètes ; elle est orientée vers le nord. La Belgique commence où finit la Gaule. »

  César, Guerre des Gaules, I, 1.

 

  Une conquète difficile

 

  Le sud-est de la Gaule a été conquis à partir de 125 av. J.-C.

La Normandie fait partie de la deuxième grande vague de conquêtes, entreprises parviridorix Jules César à partir de 58 av. J.-C. dans toute la Gaule intérieure.

S’appuyant sur le Midi (la Transalpine) et sur certains peuples gaulois, César doit faire face à une résistance indigène qui, en Normandie, culmine en 57 dans la guerre opposant son légat Quintus Titurius Sabinus à Viridovix, chef des Unelles du Cotentin. Ce chef guerrier, qu’un historien a qualifié de « Vercingétorix avant la lettre », parvient à entraîner avec lui des recrues de tous les points de la Gaule, faisant du Cotentin un camp retranché qui ne cèdera aux envahisseurs que deux ans plus tard, vers 55. Un an plus tôt, la défaite des Vénètes, peuple le plus puissant d’Armorique, avait signé la conquête de la Bretagne.

 

  Opérations de Quintus Titurius en Normandie (56 av. J. C.)

 

« Pendant que le pays des Vénètes était le théâtre de ces événements, Quintus Titurius Sabinus, accompagné des troupes qu’il avait reçues de César, parvint sur le territoire des Unelles. À leur tête était Viridovix, et il tenait de plus, sous son éminente direction, tous ces peuples qui avaient quitté notre parti et qui lui avaient permis de ramasser une armée et des ressources considérables. Ajoutons que dans les tout récents jours, les Aulerques Eburovices et les Lexoviens, une fois leur sénat passé par les armes en raison de sa répugnance à entrer dans la guerre, fermèrent leurs portes et se joignirent à Viridovix. Importante en outre était la masse accourue de tous les horizons de la Gaule, gens dévoyés et larrons rassemblés, que le butin escompté et leur goût belliqueux avaient détourné de la culture du sol et de l’application quotidienne du travail. Sabinus, établi dans une position qui répondait à toutes les exigences, se cramponnait à son camp, pendant que Viridovix, en face de lui, à un intervalle de deux milles, avait arrêté la sienne, et, journellement, par des pointes offensives, offrait des amorces de combat, au point que déjà les ennemis n’étaient point seuls à éprouver pour Sabinus le mépris qu’il encourait, mais que nos soldats eux-mêmes ne se retenaient guère de le déchirer par leurs sarcasmes. Et telle fut la présomption de peur à laquelle il donna prise que l’approche des défenses du camp commençait à n’inspirer aucune crainte à l’ennemi. Cette manière d’agir de Titurius procédait de l’idée qu’en présence d’une si grande masse d’adversaires, et surtout en l’absence de l’homme qui assumait le commandement supérieur, à moins que le terrain ne s’y prêtât ou qu’une circonstance favorable ne fût offerte, ce n’était pas à un légat qu’il appartenait, selon lui, d’engager l’action.

Cette présomption de peur une fois confirmée, le légat porta son choix sur quelqu’un de capable et d’expérimenté : un Gaulois parmi ceux que, pour se procurer un appoint, il comptait dans ses rangs. À force de récompenses et de présents, il le persuade de passer à l'ennemi et lui explique ce qu'il veut qu'on fasse. À peine celui-ci s'est-il rendu, comme s'il était un transfuge, chez l'ennemi, qu'il fait un tableau de la frayeur romaine, donne des renseignements sur le poids des difficultés que les Vénètes causent à César ; la nuit suivante ne se passera pas sans que Sabinus, en secret, ne mène son

armée hors du camp et ne se rende auprès de César pour lui porter secours. À l'annonce de cette nouvelle, ce n'est qu'un cri : l'occasion d'un succès ne doit pas être perdue : marcher sur le camp s'impose. Bien des arguments invitaient les Gaulois à suivre ce projet : l'hésitation marquée par Sabinus les jours précédents, les assurances données par le transfuge, le défaut de nourriture, vis-à-vis duquel ils avaient mis trop peu de soins à se pourvoir, l'espace placé dans la lutte menée par les Vénètes, ainsi que le mouvement quasi spontané qui porte les hommes à assortir de créance l'objet de leurs vœux. Conduits par de tels motifs, ils n'entendent pas laisser Viridovix et les autres chefs s'échapper du conseil qu'ils n'aient consenti à ce qu'on prenne les armes et à ce qu'on marche sur le camp. Concession qui les enthousiasme, comme si la victoire était entre leurs mains : ayant rassemblé des fagots et des branchages (de quoi combler les fossés des Romains), ils se dirigent droit sur le camp. 

L'emplacement du camp était élevé et progressivement relevée la pente qui depuis le pied y accédait sur environ mille pas. C'est vers ce point que, d'un rapide élan, ils se portèrent ensemble, de manière à restreindre au maximum le délai laissé aux Romains pour se regrouper et s'armer, et c'est hors de souffle qu'ils se trouvèrent en arrivant. Sabinus, ayant stimulé les siens, comble leurs désirs en donnant le signal. Face à un ennemi encombré par les charges qu'il portait, brusquement, par deux portes, il donne l'ordre de la sortie. Le résultat de notre position avantageuse, de l'impéritie et de la fatigue chez l'ennemi, de la valeur de nos hommes et d'une pratique héritée des combats antérieurs, fut que notre premier choc suffit à les priver de résistance et qu'ils s'empressent de tourner le dos. De ces adversaires paralysés dans leurs mouvements, la vigueur intacte de nos soldats, lancés à leur poursuite, fit un grand carnage ; des survivants, les cavaliers lâchés à leurs trousses, laissèrent subsister un bien petit nombre, échappés en fuyards. Ainsi, dans le même temps, Sabinus et César furent informés, l'un de la victoire navale, l'autre de la victoire de Sabinus, et tous les peuples à la fois se remirent entre les mains de Titurius. »

César, Guerre des Gaules, III, 17-19.

 

 

Source : Dossier pédagogique du Musée de Normandie

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18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 12:17

  Méprisé par les Romains, la civilisation germanique a pourtant légué au Moyen-Âge certaines de ses valeurs et de ses pratiques, organisées autour des coutumes de la guerre. Et jusqu’à certains mythes et légendes qui continuent de résonner, aujourd’hui encore, dans la culture européenne, pourtant si malmenée.

 

 

  Au IVe – VIe siècle, les peuples germaniques qui franchirent le limes appartenaient à une civilisation semi-nomade, tribale et guerrière. Les populations de langues indo-européennes voisines, étaient présentes dès le Ier millénaire avant Jésus-Christ en Europe septentrionale, dans la région comprise entre la mer du Nord et la mer Baltique. Entrant en contact à l’ouest avec les Celtes puis avec les Romains, et à l’est avec les peuples nomades, dont les Huns, elles subirent les influences les plus diverses. Des Celtes, elles apprirent l’art de travailler le fer, lui assurant une dureté et une élasticité que les Romains eux-mêmes ne furent jamais en mesure d’atteindre et qui préfigure l’acier.

  L’innovation servit dans le domaine militaire, essentiellement pour la fabrication d’épées. Celles-ci, produites grâce à la méthode savante du damassage, qui consiste à fabriquer une lame par la soudure et la torsion de plusieurs barres de fer, acquéraient une solidité notable, et une grande beauté. Les peuplades germaniques accordaient une extrême importance aux armes et, plus généralement, à la force et à la valeur militaire. Peut-être est-ce pourquoi, malgré l’abondance des matières premières – les Celtes comme les Germains se trouvaient dans des régions riches en minerais où, de plus, l’abondance des forêts auraient permis d’alimenter des forges -, la majeure partie des outils de travail resta en bois.

  Avant que leurs contacts avec les Romains ne modifient leur organisation politique, lesbarbare3 Germains étaient regroupés en tribus peu importantes, conduites par un chef. Ce dernier ne possédait cependant que de faibles pouvoirs par rapport à ceux des chefs de lignages, mais aussi des prêtres, et il devait, de plus se soumettre aux décisions de l’assemblé des guerriers. Ces peuples étaient essentiellement sédentaires, mais leurs techniques d’agriculture les obligeaient à se déplacer d’un point à l’autre, à l’intérieur de leur territoire, en suivant le rythme de l’exploitation des champs, qui dépendait elle-même de la pratique du brûlis – l’incendie de portion de forêts afin de cultiver de nouvelles terres fertilisées par les cendres. Pour les mêmes raisons, ils n’avaient qu’un faible sens de la propriété foncière : les Germains élaborèrent à la place du concept romain de propriété absolue celui de « Gewere » (« possession ») – le système féodale et seigneurial allait conserver cette idée quo rendait possible la coexistence de droits divers sur le même bien foncier.

  Les échanges avec Rome amenèrent les Barbares à développer le commerce des fourrures, de l’ambre et sur tout des esclaves –faits prisonniers lors des multiples guerres entre peuplades voisines -, afin d’obtenir, en échange, or, bijoux, tissus, poteries, vin, autant de bien de luxe dont les chefs étaient devenus friands.

 

  Conséquence de ces changements sociaux et militaires, les tribus s’agrandirent en rassemblant des populations d’origine diverses, sous l’autorité de rois plus puissants. Ces transformations s’accompagnèrent de profondes mutations religieuses : la religiosité des steppes, chamanique, était fondée sur la possibilité de communiquer avec l’Au-delà au moyen de rituels extatiques (musiques, drogues) qui permettaient au chaman de parler avec les esprits. On décèle cette influence dans le culte que les Germains rendaient à Wotan, connu plus tard dans le panthéon scandinave sous le nom d’Odin : un dieu guerrier et mage-chaman, comprenant les runes (l’ancien alphabet germain) pour avoir bu à la source de la sagesse et pour avoir traversé le rite de la mort.

  Ainsi, comme Odin qui avait passé sept nuits, attaché à un arbre, transpercé par un coup de lance, les guerriers les plus valeureux voulaient décéder de mort violente, et même surwotan un pacifique lit de mort ils se faisaient frapper d’une lance. Ils entraient ainsi dans le Walhalla, la grande salle du palais d’Odin : ils banquetaient avec le dieu et le suivaient – ainsi qu’une véritable troupe de héros morts – dans ses incursions menaçantes lors des tempêtes. La présence dans un ciel d’orage du « Wuotanesheer » (« l’armée de Wotan ») fut une croyance qui persista d’ailleurs longtemps parmi les paysans du Moyen Âge. Echo de ces mythes dans la sphère politique, les rois ostrogoths, lombards et anglo-saxons, entre autres, étaient censés descendre de Wotan, tandis que leurs guerriers les plus fidèles formaient une assemblée qui était l’équivalent terrestre de l’armée du dieu – au moins à l’origine. Ce groupe de soldats, parfois très important numériquement – on dit que celui de Théodoric, roi ostrogoth d’Italie (493-526), comptait jusqu’à soixante mille hommes -, était lié à son chef jusqu’à la mort.

  Ces différentes traditions ne survécurent pas à la christianisation. On peut cependant en retrouver des traces au Moyen Âge dans la pratique comme dans l’éthique militaire de la chevalerie, à travers le compagnonnage que celle-ci induisait. De même, l’influence germanique est évidente dans l’adoubement (par lequel le jeune noble est fait chevalier), que l’on peut rapprocher de divers rites barbares, comme l’adoption effectuée « per arma » (c’est-à-dire en offrant des armes au jeune homme). Le nom même de la cérémonie vient probablement du verbe germanique dubban, qui signifie frapper, par référence au coup donné du plat de la main au filleul par son parrain. A l’origine, ce coup représentait une véritable épreuve de force pour le postulant qui devait résister au choc.

  Les barbares n’utilisaient que rarement l’écriture l’écriture. Les runes découvertes surrunes des stèles et des objets en bois ou en métal (boucles, fibules, épées, pointes de lances) ne représentaient pas un vrai système de communication écrite, mais seulement un moyen d’exprimer, de manière cryptique, des activités magiques et sacrées. Ce n’est pas un hasard si certains mots germaniques signifiant « écrire », comme l’anglais write, voulaient dire, à l’origine, « graver » : les runes ont toujours été incisées, même à une époque tardive, et ne circulèrent jamais sur parchemin ou sur tout autre support.

  Les cas de conversion des Germains à l’écriture sans passer par le latin sont rarissimes : on peut citer l’exemple des Wisigoths dont, au IVe siècle, l’évêque arien Ulfila traduisit la Bible en gothique, qui devint ainsi une langue écrite. Un important document nous est parvenu dans cette langue : le Codex Argenteus, une Bible confectionnée à Ravenne vers la fin du VIe siècle, et conservée aujourd’hui à Uppsala (Suède).

  Mais les Goths représentaient une exception. La culture des autres peuples était orale, fondée sur la mémoire d’hommes rattachés à la sphère du sacré et à celle du droit. C’était sous une forme poétique que se transmettaient les lois, ainsi que les plus anciens mythes sur les origines, remontant à la préhistoire, et les hauts faits des dieux et des héros. La traduction et l’écriture en latin de ces récits et règles, qui eurent lieu dans les différents royaumes barbares à partir du VIe-VIIe siècle, prouvent, quant à elles, l’acculturation des Germains au monde romain.

combats germains

  Toutefois, au cours de ce processus, ceux-ci transmirent à l’occident, sur le point de devenir médiéval, certains éléments de leur univers : valeurs et pratiques guerrières, habileté dans la réalisation d’objet de métal ou de bois, motifs artistiques décorant objets comme églises, règles juridiques. Des thèmes épiques ont survécu, jusqu’à nos jours, à travers le patrimoine onomastique ou des monuments poétiques tels que les Nibelungen. Se perpétue ainsi, au sein même de la nôtre, sans que nous le sachions toujours, l’héritage de la civilisation barbare.

 

 

Source : Stefano Gasparri – professeur à l’université de Venise – L’Histoire N° 222

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17 juillet 2011 7 17 /07 /juillet /2011 23:02

  Les prix indiqués proviennent d’inscriptions découvertes à Pompéi ; ils peuvent être différents en Gaule selon les produits ou les régions.

 

  Les produits alimentaires

 

  1 modius de sel                                             100 deniers

  (1 boisseau, 8,78 litres soit 1 mesure généralement utilisé pour le blé)

  6 litres d’huile d’olive                                    40 deniers

  1 kg de porc                                                 25 sesterces

  1 kg de bœuf                                                16 sesterces

  1 litre d’huile de bonne qualité                        5 sesterces

  1 lapin                                                           2 sesterces

  1 poulet                                                         1 sesterce

  1 livre romaine de fromage (327g)                   1 sesterce

  1 repas modeste à l’auberge                            0,75 sesterce

  1 pain (500g)                                                 1 as

  100 huitres = 1 modius de froment                   7 sesterces

 

  Les ustensiles

 

  1 tunique                                                        15 sesterces

  1 verre                                                            1 dupondius

  1 assiette                                                        1 as

  1 lampe à huile                                                 1 as

 

  Les animaux

 

  1 mulet                                                            520 sesterces

 

  Les esclaves

 

  1 jolie fille                                                      de 2 000 à 6 000 sesterces

  1 couple d’esclave                                             5 048 sesterces

  1 musicienne                                                    4 000 sesterces

  1 viticulteur                                                    2 000 sesterces

  1 cuisinier                                                       1 700 sesterces

  1 esclave ordinaire                                          500 à 1 500 sesterces (selon l’âge)

 

  Les salaires

 

  Haut fonctionnaire                                          60 000 sesterces par an

  Légionnaire                                                     900 par an

  Légionnaire à la retraite                                  12 000 sesterces par an

  Enseignant                                                      720 sesterces par anP1010595

 

 

Article ayant un lien avec celui-ci : LA MONNAIE CHEZ LES GAULOIS ET LES GALLO-ROMAINS

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17 juillet 2011 7 17 /07 /juillet /2011 10:02

  Né d’une onomatopée descriptive, le « barbaros », c’est d’abord celui qui n’émet, à l’oreille des Grecs, que des sons inarticulés, une sorte de « ba-ba-ba-ba » dénué de sens. Certes, le mot n’est guère flatteur puisque l’on oppose ainsi des êtres doués d’un langage complexe – et donc de la pensée – à ceux dont la voix ne peut transmettre que des informations sommaires. Illusion certes, dont les Hellènes ne sont pas dupes : ils saventbarbares-trajan que les « barbares » parlent des langues différentes les unes des autres, au vocabulaire riche et complexe, et sont capables, pour quelques-uns, des les écrire. Ils n’ignorent d’ailleurs pas qu’eux-mêmes doivent l’écriture à des étrangers - les Phéniciens. La barbarie ne qualifie guère, en définitive qu’une étrangeté de comportement par rapport aux Grecs.

  Pourtant la notion évolue peu à peu dans un sens négatif. Chez Aristote, par exemple, au IVe siècle avant Jésus-Christ, elle est associée à celle d’esclave. Le philosophe en tire une conséquence logique : se des peuples sont fait pour l’état servile, c’est que leurs qualités morales les rendent indigne d’un autre statut.

  Étape suivante : la conquête du Proche-Orient par Alexandre, au IVe siècle av. J.C., place de fait de nombreux peuples sous la domination de macédonienne. Du même coup, prenant sans doute conscience concrètement de la variété des barbares, les Grecs emploient désormais ce nom pour désigner tous les peuples placés au-dehors des royaumes fondés par les descendants du conquérant.

 Une évolution décisive, enfin, semble se produire sous l’Empire romain, lorsque le terme, prolongeant cet héritage, désigne les populations acharnées à envahir le territoire de Rome. L’image du barbare s’associe désormais à la violence, au meurtre, au pillage, à une volonté délibérée de détruire les bases mêmes de la civilisation gréco-romaine.

  De même, les assauts que subit la chrétienté de la part des peuples du Nord, de l’Est, plus rarement du Sud, sont autant de d’occasions de confronter une certaine image de la « civilisation » à une sauvagerie indistincte et sans limites. Certes, il existe des gradations et les Huns ont le triste privilège de remporter la palme de la barbarie. A cela nul autre remède que la conversion : Charlemagne sait transformer des Saxons en chrétiens, les dépouillant ainsi de leur barbarie native.

   Le mot passe de mode à l’âge classique, sauf à désigner les tribus d’autrefois. Il commence, dès cette époque, à décrire un comportement plus qu’un état. C’est de cette longue gestation, que naît, d’une certaine manière, la Déclaration universelle des droits de l’homme qui interdit implicitement de qualifier un peuple de barbare pour la seule raison qu’il posséderait d’autres mœurs ou une autre religion, a fortiori une autre langue.

  Le terme acquiert alors une valeur morale péjorative d’une extrême puissance, désignant les comportements d’une brutalité hors du commun, la cruauté inouïe. À l’issue de la seconde guerre mondiale, le camp vainqueur a donné une définition juridique de l’utilisation du qualificatif, en prenant soin d’omettre les « actes barbares » commis dans son camp.  Aujourd’hui on poursuit devant les tribunaux civils, des délinquants pour « actes de barbarie ». De l’onomatopée descriptive on est ainsi passé à la notion juridique, l’une des plus infamantes que l’on puisse accoler à un individu ou à un groupe.

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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 23:06

Généralités

 

  Il existait en Gaule deux types principaux de véhicules tractés. Le plus léger dispose de deux roues et ne pose pas de problème de manœuvres particulier. Il peut être tracté par l’intermédiaire d’un timon central ; mais compte tenu de la charge limitée, les charrons romains préféraient la confection de brancards que l’on attelait à un animal de trait unique. (fig.1)P1010491

  Le second type de véhicule tracté compte quatre roues disposées deux à deux sur l’avant-train et le train arrière (fig.2). En règle générale, la traction est alors assuréeP1010492 par un timon central sur l’avant-train. Voitures de voyage ou charriots de charge pouvait atteindre les 500 kg à vide ; aussi deux animaux tracteurs n’étaient pas superflus. Toutefois, quelques cas de voitures à quatre roues et brancards sont observés. Cela est d’autant plus envisageable par le fait que l’on remarque sur de nombreux bas-relief funéraires l’existence d’un animal d’appoint (nommé funalis), attaché par un trait à l’avant du véhicule, qui peut ponctuellement apporter son aide lors de passages difficiles (montées, chaussées déformées…).

  Beaucoup de questions techniques restent en suspens concernant ces véhicules ; les découvertes archéologiques sont bien trop souvent lacunaires. Pensons en particulier au problème de la manœuvre des véhicules à quatre roues. Comment pouvaient-ils emprunter des rues à angle droit, comme on en trouvait dans de nombreuses villes ? Selon certains auteurs l’avant train était mobile : c’est-à-dire qu’il pouvait pivoter sur un axe et amorcer une légère courbe, tant que la jante de la roue ne venait pas buter sur l’angle inférieur de la caisse. Par ailleurs, il était fréquent que l’on fasse riper les roues antérieures afin de faire prendre une autre direction au chariot. Pour cette procédure, un cheval d’appoint pouvait également être sollicité.

  Parallèlement, les connaissances sont assez faibles concernant la structure en bois et les essences utilisées. Les données archéologiques pour l’époque romaines étant minimes, il faut faire appel aux sources littéraires. L’essence la plus communément utilisées demeure le chêne ; pour les structures de la voiture en particulier. Le frêne, lisse et flexible, convient mieux pour les pièces à courber (timon, brancards…). Enfin, l’orme, de fente difficile, était souvent préféré pour certaines pièces sensibles comme les moyeux.

 

  Les différents types de véhicules

 

  • Le char romain (currus)

 

  Cette expression évoque d’emblée le char de guerre ou le char de course (fig.3) mais la réalité est plus complexe. Les Romains utilisent un terme général, currus, pourP1010493 caractériser l’ensemble des véhicules. Le mot était souvent associé à un adjectif qui précisait le type d’utilisation et les usages spécifiques qui étaient associés (décorations, attelage particulier). Par exemple, le currus triomphalis était réservé au général victorieux revenant d’une campagne militaire et auquel on décernait les honneurs du triomphe. A partir du règne de Tibère cette reconnaissance suprême sera réservée uniquement aux empereurs ; le char richement décoré était attelé à quatre chevaux blancs.

 

  • Les voitures de cérémonies

 

  Quelques véhicules antiques avaient une vocation particulière :

  _ la tensa était une sorte de «  temple sur roues », dont la fonction était sacrée et sur laquelle on promenait les images des dieux dans les ludi circenses (fig.4)P1010494

  _ le pilentum, véhicule à quatre roues, était réservé à l’origine aux transports des prêtres et des objets du culte lors de fêtes religieuses. Mais dès la fin du IVe siècle avant J.C., il a pu servir aux matrones romaines (fig. 5)P1010496

  _ le carpentum était une voiture à deux roues surmontée d’un baldaquin. De la même façon, son usage était liturgique à l’origine. Par décret du sénat, les matrones romaines pourront également utiliser le carpentum pour leur déplacement «  même les jours ordinaires ». Ce véhicule convenait particulièrement aux processions funèbres, comme l’atteste le revers du sesterce de Caligula dédié à sa mère Agripine. (fig. 6)P1010497

 

  • Les voitures d’apparat et de voyage

 

  Les voitures à deux roues :

  _ le cisium était un véhicule rapide et léger pouvant compter deux places. Le plateau était prolongé par un timon, ou bien, par deux brancards. La caisse pouvait disposer d’un dossier et d’accoudoirs. On le dénomme souvent « cabriolet » ; son châssis pouvait être élevé (fig. 7 et 8)P1010498

  _ l’essedum est très voisin du précédent ; on utilise fréquemment l’un et l’autre terme pour caractériser un même véhicule à deux roues. Ce nom était cependant d’origine gauloise : chez César il désigne le char de guerre des Bretons. Par conséquent, le fond indigène a tendance à privilégier cette appellation. Malgré tout, l’essedum est adopté par les romains ; Suétone dénomme ainsi la voiture de l’empereur et de ses proches, et cite un exemplaire entièrement décoré d’argent. (fig. 7 et 8)P1010499

 

  Les voitures à quatre roues :

 

  _ la carruca est la voiture du luxe par excellence. Véhicule à deux essieux, lourd et spacieux, il pouvait être richement décoré (or, argent, ivoire, bronze…). Il a longtemps été réservé à l’empereur et à sa famille : Suétone nous du train de mille carrucae de l’empereur Néron. Les exemples figurés sont rares. (fig. 9)P1010500

  _ la raeda (ou rheda) était un véhicule semblable au précédent, mais en moins luxueux, plus lourd et plus spacieux. Il était « affecté aux transports publics ou voiture de louage » et « servait aussi aux déplacements familiaux ou utilitaires des particuliers ». (fig. 10)P1010501

 

  • Les véhicules de charge

 

  Pour cette catégorie, les appellations sont très nombreuses. Ce type de véhicule était leP1010502 plus utilisé en Gaule. En fonction des régions (langues et nature des terrains) et du faire-savoir des charrons locaux, les réalisations et leurs noms pouvaient être très diversifiés.

  Un terme général désignait le chariot, carrus. On utilisait aussi sarracum et angaria ; mais surtout plaustrum. Les anciens distinguaient le char de transport à deux roues, appelé plaustrum minus, de celui à quatre roues le plaustrum majus. (fig. 11 et 12)P1010503

 

Dessins de F. Demonsais

 

Source : Le char romain du musée archéologique de Saintes. Édité par les musées de la ville de Saintes avec le concours de la Direction des Affaires Culturelles de Poitou-Charentes

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11 juillet 2011 1 11 /07 /juillet /2011 22:11

  Une équipe de l’Inrap fouille actuellement, sur prescription de l’État (DRAC Pays-de-la-Loire), l’emplacement du futur espace culturel des Jacobins dont la ville du Mans est maître d’ouvrage. Ce programme de fouilles se déroule en plusieurs phases et en parallèle des travaux de construction.


  La fouille du comblement vaseux d’un bassin antique de plus de 2 500 m² a livré aux archéologues un abondant mobilier. Celui-ci se compose d’objets de parures et de monnaies de bronze, d’argent et d’or jetés dans le bassin en offrande à quelque divinité, indiquant la vocation cultuelle du lieu. Plus de 150 monnaies ont été ainsi découvertes, toutes frappées entre le Ier siècle avant notre ère et le IIIe siècle de notre ère. S’y ajoutent quelques bijoux, dont une bague en or.420 50340 vignette BDEF2BD

  Magie et malédictions antiques

 

  Six plaques de plomb soigneusement pliées y ont été exhumées. Actuellement en restauration, deux d’entre elles ont été déployées. La première est vierge, la seconde porte quelques inscriptions de lecture difficile. Une prochaine étude permettra, sans nul doute, d’y reconnaitre des lettres, des symboles ou des dessins. Ces objets sont des tablettes de « défixion », c'est-à-dire liées à des pratiques magiques antiques. Absent dans le monde celtique, ce type de magie est introduit en Gaule par la Grèce et Rome au cours du IVe siècle avant notre ère et perdure jusqu’au VIe siècle de notre ère, à l’époque mérovingienne. À l’aide de ces tablettes d’exécration, la defixio a pour objectif d’envoûter un individu, de soumettre à sa volonté un rival. Pour pratiquer ce rituel de contrainte, les magiciens antiques utilisent généralement des plaques de plomb, y portent parfois un texte ou des signes, mais peuvent aussi y insérer un élément ayant été en contact avec l’envouté (cheveu, tissu). Les tablettes sont alors jetées dans des lieux cultuels ou offertes aux profondeurs chtoniennes : une tombe, les eaux d’un puits ou celles de la mer. Près de 2 000 tablettes de la sorte sont aujourd’hui identifiées, de l’Egypte à l’Angleterre. En France, celles de Chamalières, du Larzac et d’Amélie-les-Bains sont les plus célèbres. Souvent rédigées en latin, certaines sont parfois en langue celtique, d’autres dans des langues inconnues. Les fouilles de la cité judiciaire du Mans avaient déjà livré un document bilingue, latin-gaulois, daté du Ier siècle de notre ère. Les tablettes des Jacobins offrent un nouveau témoignage sur les passions dans l’Antiquité.
Reste aujourd’hui à déplier les quatre autres tablettes et à traduire leurs éventuels textes.

  Un édicule cultuel

 

  Ces objets ne sont pas isolés, puisqu’une petite maçonnerie, très arasée mais de construction soignée, vient d’être mise au jour. Formant un carré de 3 mètres de côté, cet édicule, situé sur la bordure nord du bassin, renferme en son centre une concentration inattendue de monnaies du Haut-Empire romain : plus de 280 pièces de bronze des Ier et IIe siècles de notre ère. Il s’agit, là encore, d’offrandes qui ne laissent aucun doute quant à la fonction cultuelle de l’édifice, probablement dédié à une divinité des eaux. Il est cependant encore trop tôt pour se prononcer sur sa nature exacte (fontaine, petit temple, autel ?).

Sur le chantier des Jacobins au Mans, les archéologues n’en sont pas à leur première découverte, puisque les niveaux récents du site avaient révélé les fosses communes des victimes des combats des 12 et 13 décembre 1793, liés à la « virée de Galerne » pendant les guerres de Vendée.
Outre le chantier des Jacobins, Le Mans et ses environs se sont récemment enrichis d’un vaste sanctuaire composé de plusieurs temples, mis au jour à Neuville-sur-Sarthe, qui constitue une découverte majeure sur la religion dans l’Antiquité.

 

Source : Inrap link

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