Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 08:59

  Pavie, ville de Lombardie, qui a vu naître le théologien et réformateur de l'Église d'Angleterre Lanfranc ou le mathématicien, philosophe, astrologue, inventeur, et médecin Girolamo Cardano, a connu une belle histoire, un peu à l'ombre toutefois de Milan sa grande voisine. Elle possède une grande cathédrale et une chartreuse, près de laquelle François Ier fut vaincu en 1525. Depuis très longtemps, on fabriquait à Pavie des casques et des boucliers, dont la réputation de solidité n'était plus à faire : toutes les troupes appréciaient notamment le pavois, sorte de grand bouclier particulier à la ville.

  Comme de tous temps, que ce soit à Rome, à Byzance, chez les Francs et les Germains, on avait l'habitude de hisser le roi à sa proclamation sur un bouclier porté par ses guerriers (une forme évidente de démocratie directe, sans aucune représentation intermédiaire...) on vit bientôt se forger l'expression élever sur le pavois, puisque tel était bien le cas.pavois.jpg

  Peu à peu le sens premier s'est transformé et l'expression signifie être dans une situation en vue, honorifique, exceptionnelle, être glorifié et entouré de grands honneurs.

  Aujourd'hui ce sont plutôt les navigateurs qui hissent le grands pavois (en signe de réjouissance), ou le petit pavois (arboré pour se faire reconnaître) lorsqu'ils traversent les océans, mais c'est une autre histoire...

 

Source : Les expressions qui sont nées de l'histoire, Gilles Henry. éd. Tallandier

Partager cet article
Repost0
10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 09:37

   Une équipe de l’Inrap fouille actuellement, à Wissous, sur prescription de l’État sur l’emprise de l’aéroport Paris-Orly, un important site gaulois. Sur 4 hectares, il est occupé dès l’âge du Bronze final (vers 800 avant notre ère) mais c'est c'est l'implantation d'une puissante ferme datée du IIe siècle avant notre ère, qui présente un grand intéret.

Un imposant établissement gaulois

   La ferme, avec plus de 2 hectares, est de dimensions impressionnantes. De plan trapézoïdal, elle est enclose par deux fossés parallèles de 3 m de large et 1,5 m de profondeur.
   À l’intérieur de l’enceinte, l’espace est segmenté en deux zones par un énorme fossé rectiligne de 7 m de large et près de 3 m de profondeur. Un tel ouvrage, mobilisant des subsides et une main-d’œuvre importante, au sein d’une imposante exploitation agricole, est une marque de puissance, voire de pouvoir. Ce fossé sépare l’habitat, à l’est, de l’espace agricole, à l’ouest.wissous-fouilles
   L’espace résidentiel est occupé par deux bâtiments successifs d’environ 200 m² au sol. De plan allongé et arrondis aux extrémités, ceux-ci sont édifiés à l’aide de poteaux porteurs en bois dont le diamètre suggère qu’ils supportaient au moins un étage. La charpente était en bois, les parois montées en torchis sur clayonnage, la toiture était de chaume ou de bardeaux. D’un format familial c’est néanmoins la demeure d’une élite locale. 
   Dans l’espace agricole, l’élevage tient une place importante avec des bœufs et des cochons mais aussi des chevaux. Parmi les outils mis au jour, une serpette révèle la culture des arbres fruitiers. Les activités artisanales sont aussi attestées, le tissage par des pesons et des fusaïoles, la métallurgie et la forge par des scories et des parois de four vitrifiées.

Un mobilier de rejet révélateur

   Fossés et dépotoirs livrent fibules, potins frappés par les Parisii, mais aussi amphores vinaires romaines (Dressel I).
   Le rejet d’un mobilier métallique non recyclé est une autre marque de l’aisance des habitants qui ont les moyens de le remplacer plutôt que de remployer le métal.
   La forte présence d’amphores vinaires italiennes démontre, elle aussi, la richesse de ces Gaulois qui dès le milieu du IIe siècle avant notre ère importent un vin italien coûteux.

Des dépôts cultuels

   Quantité de bucranes de bœufs et de chevaux ont été retrouvés dans les fossés, mais ilmonnaie-gaul.jpg ne s’agit probablement que de simples rejets dans des dépotoirs. Deux dépôts à vocation cultuel ont, en revanche, été découverts à chaque extrémité du fossé monumental. Le premier se compose d’un ensemble céramique, de potins mais aussi de bracelets en bronze. Le second, actuellement en cours de dégagement, a déjà livré céramiques et potins.
Aucune sépulture n’a été découverte, mais les fragments de deux cranes humains sont présents dans les fossés d’enclos.

   Située sur le territoire des Parisii, à proximité de la voie gauloise (puis romaine) reliant Lutèce à Cenabum (Orléans), la ferme gauloise de Wissous est un site de première importance par son implantation au cœur des réseaux commerciaux de la région, ses dimensions, la variété et la richesse de son mobilier et des métiers qui y sont pratiqués. Première découverte préventive de ce type sur le plateau d’Orly, elle est également remarquable par la durée de son implantation, de la fin de l’âge du Bronze à l’antiquité gallo-romaine.

Visite virtuelle de la fouille de Wissous : ici



 
Source : Inrap
Partager cet article
Repost0
7 octobre 2011 5 07 /10 /octobre /2011 09:14

284 Dioclétien devient empereur. Réforme fiscale (la capitation). Début du Bas-Empire romain ou Antiquité tardive. Les Bagaudes sèment la terreur en Gaule.

 

292.  Sculpture maya retrouvé à Tikal, au Guatemala actuel, accréditant l’apparition de cette civilisation en Amérique centrale.

 

293.  Début de la tétrarchie à la tête de l’Empire.carte-empire-romain

 

296.  Ecosse : les Barbares pictes, venus des Highlands, forcent le mur d’Hadrien.

 

297.  Le manichéisme, religion venue de Perse, est condamné par Dioclétien.

 

298.  L’élevage du vers à soie est introduit au Japon.

 

300.  Développement des premières cités-Etats maya dans la région du Peten au Guatemala.

 

301.  Edit du Maximum par Dioclétien.

 

303.  Dioclétien, par quatre édits successifs, amorcent une politique de persécutions contre les chrétiens, notamment en Orient.

 

305.  Dioclétien et Maximilien abdiquent. Ils laissent le pouvoir à deux Césars devenus Augustes. Constantin est alors proclamé empereur par les troupes de Bretagne.

 

309.  En Iran, Chahpuhr II (309-379), de la dynastie des Sassanides, subit la menace des envahisseurs Huns.

 

311.  L’Empereur Constantin crée le sou d’or. Il n’a qu’un seul rival Maxence qui règne sur Rome.sou-d-or-Constantin.png

 

312.  Constantin défait Maxence, à la bataille du pont de Milvius. L’empereur attribue cette victoire à une apparition divine qui lui a enjoint de combattre au nom du Christ.

 

313.  Conversion de l’empereur Constantin qui devient ainsi le premier Empereur romain chrétien.

 

316.  Chine : les Barbares du Nord s’emparent de la ville de Luoyang.

 

320.  Inde, Candragupta Ier accède au trône, inaugurant ainsi le long règne de la dynastie des Gupta, qui vont au cours des siècles agrandir leur royaume.

 

321.  La première basilique Saint-Pierre est édifiée sur la nécropole de la colline du Vatican. Constantin accorde à l’église le droit de recevoir des héritages.

 

324.  Vainqueur de Licinius à Andrinople, Constantin réalise l’unité de l’Empire et fonde Constantinople, nouvelle capitale, sur le site de Byzance.

 

325.  Naissance à Alexandrie, en Egypte, du mathématicien Diophante qui travaille sur l’algèbre. Deux ouvrages nous sont parvenus : les Nombres polygonaux et les Arithmétiques qui auront une grande influence sur les savants arabes, puis sur nos mathématiciens au XVIIe siècle

 

328. Athanase devient évêque d’Alexandrie.

 

330. Constantinople, nouvelle capitale, est inaugurée le 11 mai par Constantin.

 

331.  Constantin recense les biens des temples et prive le paganisme de son pouvoir économique.

 

337.  Décès de Constantin. Ses trois fils, Constant, Constance II et Constantin II, se partagent l’Empire. En Iran, Chahpour II tente de récupérer les régions abandonnées aux Romains.

 

340.  Constant élimine Constantin II. Constance II défend l’Orient face aux Perses.

 

348.  Ancien vétérinaire en chef de l’armée de Constantin. Apsyrte une fois à la retraite publie un manuel d’art vétérinaire consacré aux chevaux, qui fera autorité pendant des années.

 

350.  L’évêque Wulfila traduit la bible dans la langue des Goths.

 

357.  Constance II confie à son cousin Julien la défense de la Gaule contre les Francs et les Alamans. Chine : le Nord est contrôlé par l’empereur hun Fou-Kien (357-383).

 

361.  Julien l’Apostat rétablit provisoirement le paganisme. Les chrétiens sont exclus de la fonction publique.

 

364.  Julien l’Apostat est remplacé par Valentinien Ier et son frère Valens.

 

372.  Firmus, prince berbère se révolte contre Rome. Saint Martin, ancien officier romain, devient évêque de Tours.martin.jpg

 

378.  Huns et Goths infligent, à Andrinople, une défaite à l’armée romaine conduite par l’empereur Valens, tué au combat.

 

379.  Mort en Chine de Wang Hi-tchi, père de la calligraphie chinoise.

 

380.  Conversion de l’Ethiopie au christianisme. En Inde, l’extension de la dynastie Gupta atteint son apogée avec  la conquête du Bengale et de la Bactriane. En Occident, le pouvoir romain, incapable de repousser les Goths, est obligé de  conclure un traité avec eux.

 

381.  À Constantinople, un concile œcuménique condamne définitivement l’arianisme.

 

383.  Maxime, un usurpateur, se proclame empereur en Bretagne et s’empare de la Gaule. Il sera chassé cinq ans plus tard par Théodose Ier.

 

386.  Des moines syriens, conformément à la politique antipaganiste de Théodose, détruisent des temples. Ils sont imités en Egypte et en Afrique.

 

387.  Saint Augustin se convertir. Il a alors 32 ans.

 

390.  L’empereur Théodose doit se soumettre à la pénitence, le jour de Noël, devant Ambroise, père et docteur de l’Eglise qui l’a condamné pour ses lois contre les homosexuels.Theodose-Ambroise.jpg

 

391.  Théodose interdit le culte païen, même en privé.

 

392.  Arbogast, tuteur de Valentinien II, le fait assassiner et proclame son neveu Eugène empereur.

 

395.  À la mort de Théodose, l’empire est séparé en deux parties indépendantes : occidentale et orientale. Saint Augustin, évêque d’Hippone (Annaba).

 

398.  Eutrope doit repousser une invasion des Huns venus d’Extrême-Orient, dans les provinces orientales.

 

406.  Le 31 décembre, Vandales, Alains et Suèves franchissent le Rhin pour envahir la Gaule. En 409, ils atteindront la péninsule ibérique.

 

410.  Prise de Rome par les Wisigoths d’Alaric.pillage-de-Rome-en-410-par-les-wisighots-d-Alaric.jpg

 

413.  Construction de la grande muraille de Théodose à Constantinople.

 

414.  Mariage de Galla Placidia, fille de l’empereur Théodose Ier, avec le roi wisigoth Athaulf. Veuve, elle se remarie avec Constance. Régente pendant douze ans de leur fils Valentinien III, elle se convertit au christianisme à la fin de sa vie et fait édifier à Ravenne l’église Saint Jean l’Evangéliste.

 

415.  La philosophe païenne Hypathie est massacrée par la foule d’Alexandrie.

 

427.  L’Empire de Ruas unifie les Huns qui deviennent une menace pour l’Empire romain.

 

429.  A la demande de l’Empereur Théodose II, début de l’élaboration du code théodosien qui sera achevé en 438. Après avoir franchi le détroit de Gibraltar, les Vandales s’emparent de Carthage dont ils font leur capitale.

 

431.  Le concile d’Ephèse proclame la mère du Christ, Marie, vierge et mère de Dieu.

 

444.  Attila devient chef des Huns.

 

450.  Le général Aspar, un Alain, impose son protectorat à l’Orient romain.

 

451.  Les Huns d’Attila sont vaincus aux champs Catalauniques (Champagne) par l’armée du patrice Aetius, comprenant notamment des Wisigoths.

 

452.  Le pape Léon le Grand convainc Attila de ne pas entrer dans Rome.

 

455.  Les Vandales de Genséric pillent Rome et la Campanie.

 

457.  Ricimer, un Suève, impose son protectorat à l’Occident romain.

 

465.  Invention du jeu d’échecs.

 

467.  Inde : difficultés des Gupta devant la pression des Huns.

 

471.  Sidoine Appolinaire, un riche Lyonnais, devient évêque de Clermont-Ferrand.

 

475.  Disparition de la dynastie des Gupta en Inde. Le nord est unfié par les Huns qui en font un vaste Etat.

 

476.  Romulus déposé est le dernier empereur romain d’Occident.

 

486.  Syagrius, général romain, gouverne l’ultime territoire gaulois encore aux mains des Romains. Il est battu par Clovis à Soissons.Clovis---Syagrius.jpg

Partager cet article
Repost0
4 octobre 2011 2 04 /10 /octobre /2011 07:45

«[Les Gaulois] estiment que la religion ne permet pas de confier à l'écriture (...) l'enseignement [des druides], alors que pour tout le reste, pour les comptes publics et privés, ils se servent de l'alphabet grec

                                                   César, La Guerre des Gaules, VI, XIV, 3


 

  L'emploi de l'écriture dans toute l'aire celtique est lié au développement de la société pré-urbaine ou urbaine ; toutefois, pour répondre à leur besoin, les Celtes n'inventèrent  pas une écriture originale, mais ils adoptèrent les écritures des peuples avec lesquels ils étaient en relation : les écritures étrusque, grecque, ibérique et altine, toutes dérivées du modèle phénicien ; ce n'est que tardivement qu'ils élaborèrent dans l'île de Bretagne un système original, appelé écriyure oghamique.

 

Tablette celtique en plomb, Ier siècle avant Jésus Christ provenant du Châtelet-de-Gouzon (Haute-Marne) musée du Louvre

 

_ L’inscription fait référence au dieu Ouniorix, comme on peut le lire sur la première ligne et au début de la deuxième (« DEO OVNIORIGI ») : il devait s’agir d’une divinité locale, peut-être liée au monde des enfers.


_ Cette dédicace adressée au dieu Ouniorix est gravée à coup de petits points sur une tablette en plomb haute de 4,90 cm et large de 7,60 cm.


_ La langue latine fut la dernière à être adoptée par les Celtes, mais elle connue la plus grande expansion géographique, étant utilisée aussi bien dans l’Europe entre-orientale qu’en Gaule, en Ibérie et dans l’île de Bretagne.


 

 

P1010817

_ Cette inscription est une dédicace à la divinité, comme l’indique la formule finale : « EX VOTO », qui signifie littéralement « à la suite d’un vœu » et qui est habituellement apposée sur un objet offert à une divinité pour s’assurer son intervention ou pour l’en remercier.


_ La langue et l’alphabet de cette inscription sont latins : les plus anciens témoignages de l’emploie de l’écriture latine en milieu celtique semble dater de la première moitié du Ier siècle av. J.C.


 

Source : Roberto Gianadda, Guide des arts, Les Celtes, les Germains, les Vikings - éd. Hazan

Partager cet article
Repost0
1 octobre 2011 6 01 /10 /octobre /2011 09:58

Désormais, tout individu était membre de la cité, dont l’autonomie était garantie par le pouvoir romain. Et cette réalité s’exprimait dans la célébration de sacrifices en l’honneur de l’empereur ou de Jupiter sur le forum, dans la participation, pour les plus riches, aux assemblées du sénat local, dans la fréquentation des spectacles de gladiateurs donnésgladiateurmosaique.jpg pour le salut impérial, dans les réunions au théâtre où chacun prenait place en fonction de son rang et de son statut.

  À Samarobriva (Amiens), un temple installé sur un podium dominait le forum. Il était sans doute consacré au culte de l’empereur et de sa famille. Son association avec l’amphithéâtre qui jouxtait le forum confirme le lien entre les combats de gladiateurs et le pouvoir impérial : on donnait toutefois généralement des combats en l’honneur de l’empereur auquel était confié la destinée de l’empire et donc de la cité.

De la même façon, la construction de théâtres dans les villes répondait à des exigences autant culturelles que religieuses. Chez les Segusiaves, à Feurs (Forum Segusiavorum) une belle inscription commémore sous Claude, vers le milieu du premier siècle après Jésus Christ, la construction d’un théâtre en pierre substitué à un édifice en bois plus ancien. Le nom du notable ayant financé la construction est révélateur : Tiberius Claudius Capito, fils d’Aruca ; il venait d’obtenir la citoyenneté  romaine de Claude (d’où son prénom et nom de famille empruntés aux empereurs, seul son surnom, Capito, rappelant son origine locale) et entrait ainsi dans la clientèle impériale. Le nouveau théâtre fut consacré au divin Auguste, fondateur de l’empire, et pour le salut du nouvel empereur.

Résumons : une pacification et une recomposition des territoires soumis entre César et Auguste ; l’établissement de cadres politiques nouveaux, les cités-Etats ; la fondation de villes chefs-lieux où pouvait s’exprimer, dans les rassemblements publics et les fêtes religieuses, la réalité des temps nouveaux ; enfin, le lien omniprésent avec le pouvoir impérial, comme si l’avenir était désormais dans les mains de l’empereur, souverain légitime… Tel était le visage de la Gaule en voie de romanisation.

Même si les coutumes locales, certaines habitudes de construction, d’alimentation,  des pratiques religieuses et funéraires pouvaient demeurer un moment, qu’on le veuille ou non, les temps avaient changé. La vie locale était désormais inscrite dans l’empire, un empire qui s’étendait de l’Ecosse à la Syrie, dirigé par le pouvoir romain. La romanisation des populations paraît avoir constitué une réponse logique à cette situation.

Certes, il y eu des révoltes en Gaule dont on a parfois gardé la trace : en 21 ap. J.C., ainsi qu’en 68[1]. Mais leurs causes, loin d’avoir le caractère identitaire qu’on leur a parfois prêté, étaient fiscales ; et les soulèvements étaient surtout provoqués par les maladresses de l’administration romaine. Les meneurs n’étaient pas d’ailleurs eux-mêmes citoyens romains ?

Il est tout aussi illusoire de parler, du côté romain, de tolérance. Les Romains n’étaient pas particulièrement tolérants. Mais ce laissez-faire était inhérent au mode inhérent au mode de fonctionnement de la cité autonome. A partir de là, les nouveaux centres urbains se sont développés plus ou moins vite, les systèmes religieux ont évolués de la même façon, comme les modes de vie et les représentations sociales.

L’adoption, rapide, de pratiques alimentaires nouvelles est tout à fait symptomatique de cette évolution. Les Gaulois arrêtèrent en effet de manger du cheval et du chien : c’était des aliments tabous dans la culture romaine. Les bœufs en revanche engraissèrent, signe de l’amélioration du cheptel. On adopta une espèce de blé mieux adaptée à la fabrication du pain. D’autres cultures apparurent, comme le seigle, certains arbres fruitiers (comme le pêcher, pommier, cerisier, noyer) et la vigne.

Les Gaulois étaient déjà, et cela bien avant la conquête romaine, de grands amateurs de vin, importé d’Italie, mais la vigne n’était pas encore domestiquée en Gaule intérieure. Dès le Ier siècle ap. J.C., la viticulture se répandit dans le sud-ouest, mais également en Bourgogne et dans le nord de la Gaule. En témoigne cette découverte étonnante fait à Bruyère-sur-Oise, en Ile de France, à proximité de la ville de Beaumont-sur-Oise qui naquit justement à l’époque impériale. Des fouilles récentes ont mis en évidence les traces d’un vignoble implanté dans une zone peu propice à la culture de la vigne. Une anomalie que les auteurs de ces fouilles ont expliquée par une forte demande pour le vin : les villes proches se trouvaient en plein développement et il fallait répondre à la demande ces marchés.

La langue elle aussi, a évolué très vite. La masse documentaire disponible est sans appel : si le gaulois survécut sous la forme de dialectes, le latin se diffusa largement devenant dès le règne d’Auguste la langue officielle, celle de l’administration et du droit. Ce sont ainsi quelque 7 000 inscriptions en latin qui ont été retrouvées dans les Trois Gaules. A comparer aux rares textes graffités en gaulois : un contrat de mariage à Châteaubleau chez les Sénons (en Ile de France), une tablette magique à l’Hospitalet-du-Larzac (dans l’Aveyron), un calendrier dans un sanctuaire séquane (en Franche-Comté)…

Sans doute l'adoption d'une identité nouvelle s'est-elle forgée avec le temps en fonction des milieux, des histoires locales et des individus. Mais le mouvement dut être irrésistible. Les pressions sociales ont joué : on connaît la force des liens de dépendance et de sociabilité dans les sociétés antiques ; il semble dès lors difficile de séparer franchement les élites locales romanisées du reste de la population qui serait resté à la traîne, attaché viscéralement à ses traditions.

Dernière étape de l'intégration à l'empire : l'accession à la citoyenneté. Cela a pris du temps, mais le nombre relativement important de Caii Iulii comme de Tiberii Claudii indique que le processus était largement initié dès l'époque julio-claudienne, sous la première dynastie impériale romaine, dans la première moitié du Ier siècle ap. J.-C. Exemple parmi d'autres, celui de ce citoyen santon (de Saintes), Caius Iulius Rufus, qui porte trois noms, sur le modèle du citoyen romain. Il offrit à sa cité un arc de triomphe destiné à célébrer les victoires militaires du règne de Tibère. Sur le monument, il mentionne son ascendance : il était le fils de Caius Iulius Otuaneunus, le petit-fils de Caius Iulius Gedemon et l'arrière-petit-fils d'Epotsorovidus qui avait connu la Gaule indépendante.

Plusieurs voies conduisaient à la citoyenneté : le service militaire dans les unités auxiliaires de l'armée romaine ; l'affranchissement - un esclave libéré adoptait le statut de son maître ; le mariage avec la fille d'un citoyen romain ; l'exercice d'une magistrature dans le cadre d'une cité ayant obtenu le droit latin. Devenir un citoyen romain permettait d'accéder à des privilèges, parmi lesquels celui de commercer hors de sa cité, de payer moins d'impôts, de faire carrière hors de sa cité. Mais la citoyenneté impliquait en retour la soumission à des règles civiques et à des obligations sociales, en particulier de participer au culte des dieux devenus romains.

Quoi de plus normal lorsqu'on était citoyen romain que de vénérer Jupiter et l'empereur ! Mais cela ne voulait pas dire que l'on renonçait aux divinités locales. Celles-ci avaient d'ailleurs souvent changé d'état civil : en témoignent les dieux au nom composé, comme Lenus Mars chez les Trévires ou Mars Mullo chez les Riédons de Rennes ou les Aulerques du Mans. D'autres dieux avaient gardé leur nom local, comme cette déesse Onuava qu'un Bordelais exilé en Italie invite à l'accompagner de sa puissance favorable.

Du point de vue juridique et politique, l'édit de Caracalla, qui, en 212, faisait citoyens romains tous les hommes libres de l'empire, achevait le processus de romanisation. Il sanctionnait l'intégration des populations dans l'empire. Toutefois, l'obtention du statut de citoyen romain s'articulait parfaitement avec la citoyenneté locale, définie dans le cadre strict de la cité d'origine. On restait membre de la cité des Ambiens de la Somme ou des Bituriges du Bordelais.

Devenir romain n'impliquait pas, au fond, de copier un modèle romain universel, de « faire romain » ou de trahir une identité gauloise - qui, de toute façon, n'eut jamais un caractère national sinon dans l'esprit des historiens du XIXe siècle. Il s'agissait plutôt de répondre aux pressions sociales que ne manquaient pas d'imposer les élites romanisées. De sacrifier aux dieux pour le salut de l'empereur, garant de la stabilité et de la prospérité de l'empire. D'une façon générale, de s'adapter aux nouvelles réalités politiques, économiques, religieuses. C'était enfin éviter la marginalisation. Et, d'une certaine façon, vivre avec son époque.

 

 

 

[1] En 21, deux notables trévire et éduen accablés de dettes, menacent un temps le pouvoir romain avant que la révolte soit écrasée dans le sang. Le soulèvement de Vindex en 68, a pour origine le paiement de l’impôt.

Partager cet article
Repost0
28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 10:11

  Les auteurs de l’Antiquité rapportent que les Celtes procédaient à des libations rituelles au cours des cérémonies funéraires. Assez similaires à celles qui étaient pratiquées en Grèce hellénistique, ces libations étaient dédiées aux dieux et aux héros guerriers.

   Certaines tombes sont équipées d’un écoulement qui permet de déversement de boissons, d’autres contiennent des récipients fixés au sol ou au plafond. Ces récipients, qui servaient au transport, au service et à la consommation du vin, sont utilisés pour les libations et parfois pour contenir les cendres du défunt. L’association d’un liquide aux vertus conservatoires à ses restes doit lui permettre d’accéder à une forme d’éternité. En Gaule celtique, ces boissons peuvent être le vin, la bière ou l’hydromel.

   Des fêtes rituelles sont également organisées en l’honneur des dieux ou des guerriers morts au combat et donnent lieu à la construction de fosses à libations creusées dans les sanctuaires. Elles accompagnent des banquets et des festins au cours desquels on sacrifie nombre d’animaux. Lorsqu’à partir du IIe siècle avant notre ère le vin arrive massivement d’Italie, des centaines d’amphores sont ainsi jetées au fond des puits à offrandes creusés dans les sanctuaires et s’y accumulent.service-à-banquet

     Le vin dans les tombes nîmoises au début de l'époque romaine

 

  La période qui suit la conquête romaine de la Provence, puis de toute la partie méridionale de la Gaule (fin du IIe siècle/première moitié du Ier siècle avant notre ère) voit, dans toutes ces régions, la multiplication des manifestations ostentatoires dans les rituels funéraires : des dépôts d’armes et de nombreux vases, offrandes d’animaux… L’abondance des récipients liés à la consommation du vin (amphores, vases, coupes et instruments du service) atteste le rôle essentiel du vin dans les derniers hommages rendus aux défunts. Bien qu’amplifiées, ces pratiques ne sont pas nouvelles, mais héritées des populations protohistoriques, qui entretenaient depuis plusieurs siècles déjà des contacts réguliers avec les civilisations méditerranéennes et s’étaient peu à peu imprégnées de leurs coutumes.

    Une vaisselle spécifique associée à des armes
   Dans les tombes de la fin de l'âge du Fer ou du début de l'époque romaine, la nature de4374 vignette b-Mas-de-Vignoles-4-1 la vaisselle liée au vin varie selon les secteurs géographiques. Des fouilles récentes ont ainsi permis de confirmer une spécificité nîmoises : l’absence quasi systématique de vase ou d’instrument métallique du repas et de la boisson, alors que les sépultures contemporaines de la basse vallée du Rhône et des Alpilles en livrent de nombreux exemplaires. En revanche, le mobilier funéraire nîmois présente une proportion plus importante de vases pour le service et le stockage des liquides (vases à boires et cruches dont certaines de grande contenance). Les amphores déposées dans les sépultures apparaissent au IIe siècle avant notre ère, d’abord sous forme de récipients entiers, puis souvent limitées à des fragments de cols ayant fait l'objet de bris intentionnel. Les modes de consommation du vin dans les sociétés du Midi de la Gaule étaient très divers. Les élites nîmoises auxquelles on attribue les tombes étudiées ne semblent pas avoir adopté les usages méditerranéens et pourraient avoir conservé en la matière leurs propres traditions. Cette résistance à l'acculturation peut aussi se traduire par la persistance de la coutume celtique du dépôt d'armes dans les sépultures. À l'exemple de la tombe du Mas Vigier à Nîmes, les armes et les amphores sont souvent associées dans les tombes du Midi de la Gaule, et tendent à disparaître (armes) ou à se raréfier (amphores) à partir du milieu du Ier siècle avant notre ère.

    Des banquets funéraires ? 

  Les indices disponibles permettent de penser que le vin était intégré aux différentes étapes du rituel accompagnant les funérailles, caractérisées alors par la pratique de la crémation. Ainsi, dans la riche sépulture de la Céreirède à Lattes (Hérault), la présence de deux situles en bronze brûlées, associées à un bassin, un poêlon et une cruche, témoigne du dépôt de vases pour les libations et les ablutions rituelles sur le bûcher funéraire. La découverte de pépins de raisin carbonisés dans des tombes nîmoises suggère en outre que les fruits de la vigne pouvaient être consommés ou offerts au défunt.
À Nîmes, on constate le bris intentionnel d’une part importante des vases à boisson, dont les fragments, souvent incomplets, ont été fréquemment dispersés dans la fosse sépulcrale. Il ne s'agirait donc pas de viatiques destinés à accompagner le défunt, mais plus probablement des restes de la vaisselle du repas partagé entre les vivants et le mort, les vases détruits pouvant correspondre à la part du défunt. La consommation du vin (sans exclure d'autres liquides), associée à celle, tout aussi présente de la viande, apparaît ainsi au centre des rites sacrificiels et alimentaires complexes, qui caractérisent les pratiques funéraires de cette période.


Source : Valérie Bel, Sebastien Barberan, Nathalie Chardenon, Isabel Figueiral et Anne Bouchette (Inrap).

Partager cet article
Repost0
25 septembre 2011 7 25 /09 /septembre /2011 05:59

  Pablo Francesco Mannai est un jeune artiste italo-espagnol, né à Paris le 20 décembre 1988. Élève du Lycée technologique d'arts appliqués Auguste Renoir à Paris, il nous propose ci-dessous sa vision du "Guerrier Gaulois".

 

P1010848

Partager cet article
Repost0
23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 17:30

  L'histoire des mondes non européens a toujours figuré dans les programmes scolaires, cependant, elle n'était pas enseignée aux dépens de l'histoire de France. De plus, cette nécessaire ouverture ne se faisait qu'à partir du moment où les fondamentaux de notre histoire étaient acquis par les élèves. Aujourd'hui, il en va tout autrement avec la réforme Darcos qui prépare le délitement de l'imaginaire historique national, ce précieux socle auquel les Français sont encore arrimés.

 

  Les ravages commencent désormais dès la classe de 5° qui a subi des amputations insensées et même proprement « ubuesques » de son programme d'histoire...

Lire la suite sur le blog Scripta manent

Partager cet article
Repost0
22 septembre 2011 4 22 /09 /septembre /2011 10:38

  L’importation de vin dans le monde celtique n’est attestée qu’à partir du dernier tiers du VIe siècle avant Jésus Christ, et plus massivement, tout au long du Ve siècle, par la présence dans les habitats de fragments d’amphores de transport, pour la plupart originaire de la cité phocéenne de Massalia.

  Les tessons d’amphores retrouvés, l’ont été dans de riches habitats de hauteur qualifiés de « princiers », mais aussi dans les grandes agglomérations commerciales et artisanales, comme Bragny-sur-Saône en Bourgogne ou Bourges dans le centre de la France.

C’est aussi à cette époque que des vases en bronze étrusques liés à la consommation de vin se font plus nombreux dans les tombes nord-alpines. On en retrouve dans le Centre-est de la France, où ils ont été réutilisés comme urnes cinéraires, mais surtout dans les régions du Rhin moyen, notamment dans la culture, très prospère au Ve siècle, de l’Hunsrück-Eifel. (Culture de l’âge du fer identifiée en Allemagne, dans le bassin inférieur de la Moselle)

 

  Si aujourd’hui le vin Français est un trésor du patrimoine national, si aujourd’hui la juridiction de Saint-Emilion figure dans la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, l’arrivée des ceps dans nos contrées ne s’est pas faite en un jour. Le jus de raisin a images.jpgrencontré bien des résistances avant de s’imposer dans les festins gaulois où les chaudrons étaient traditionnellement remplis d’hydromel (un alcool tiré du miel) et de cervoise, cette bière à base de levures sauvages.

Selon l’archéologue Matthieu Poux, auteur d’une thèse à l’Université de Lausanne intitulée «Vin méditerranéen et rites de boisson en Gaule indépendante », la vigne a dû s’y reprendre à deux fois pour conquérir la Gaule. Deux tentatives séparées par plusieurs siècles, et par un long interrègne où la bière et l’hydromel avaient retrouvé les faveurs des guerriers du Nord.

 

Tout commence vers 600 avant J.-C., quand des colons grecs installent une colonie à Marseille et plantent les premiers ceps sur la côte. C’est le début de la diffusion du vin vers le Nord. Cette tentative initiale se transforme rapidement en succès, explique Matthieu Poux. Puisque l’on retrouve la trace de ces breuvages dans les tombes princières des habitats celtiques du Hallstatt, où ils représentaient le comble du luxe.

Mais, si ces premières exportations connaissent un succès spectaculaire, leur implantation reste éphémère et les Celtes reviennent vite à la bière et à l’hydromel. «La Gaule des IV e et IIIe siècles ne livre plus aucune trace de vin importé, alors que le vignoble marseillais connaît son apogée. Ce recul du vin en Gaule n’est donc pas causé par une crise de la production, mais par un effondrement de la demande indigène», ajoute Matthieu Poux.

Le vin italien débarque

Le commerce du vin vers la Gaule ne reprendra qu’au IIe siècle avant J.-C., à l’époque dite des oppida. Cette fois, le vin italien a remplacé la retsina(le vin grec). «Les marchands italiens ont pris le relais des Grecs, en acheminant de nouvelles amphores (dites Dressel) par dizaines de milliers sur les côtes de la Provence, poursuit l’archéologue. Là encore, la diffusion est fulgurante. On estime à plusieurs millions d’hectolitres le volume de vin importé en moins d’un siècle. Les tessons d’amphores sont si nombreux que les Gaulois les réutilisent pour paver les rues ou construire des murs.»

Contrairement à ce que l’on entend souvent, ce n’est pas la conquête romaine qui a assuré la fortune des marchands de vins italiens qui arrosaient la Gaule. «Les Celtes avaient bien anticipé le mouvement. La demande précède l’offre, assure Matthieu Poux. C’est un net accroissement des besoins indigènes qui a incité les marchands romains à renforcer leur présence en Narbonnaise.»Vignes

Les Gauloises aussi lèvent le coude

Reste à expliquer les revirements des consommateurs celtes qui considèrent tantôt le vin comme le comble du luxe, et tantôt comme un produit de l’étranger qui inspire la plus grande des méfiances. «Mon hypothèse, c’est que ces changements d’attitude reflètent des modifications internes aux sociétés gauloises, répond Matthieu Poux. Ces variations sont culturelles.» Et l’archéologue d’expliquer que le vin marseillais était apprécié par des princes celtes qui avaient adopté un mode de vie à la grecque, à l’image de celui pratiqué par tous les aristocrates européens de l’époque. «Entre 600 et 400 avant J.-C., les sociétés celtes sont très ouvertes. Un vent d’exotisme et de pacifisme souffle sur la Gaule. Le dépôt d’armements se raréfie dans les tombes au profit de services à boire importés du Sud, comme celui qui accompagne la fameuse «princesse» de Vix. C’est une période de grande libération, où le pouvoir religieux recule et où les femmes arrivent au pouvoir. Ce sont également elles (fait exceptionnel) qui boivent le vin.»

Le grand retour aux valeurs traditionnelles

Petit à petit cette « mode » va disparaître, on assiste alors au retour des guerriers, du religieux, le rôle des femmes est plus discret et on redécouverte des boissons traditionnelles comme l’hydromel et la bière. Certains accessoires du banquet antique reviennent également à la mode, comme le chaudron, les seaux en bois et les broches à rôtir que l’on retrouve à nouveau dans les tombes de l’élite. «La Gaule des IV e et IIIe siècles est dominée par une caste d’aristocrates qui revient aux usages du passé et qui abandonne le vin pour d’autres symboles de la puissance, comme les armes et les chars de combat, note Matthieu Poux. Le vin est toujours là, à portée de main, mais les Gaulois n’en boivent plus.» Jusqu’à ce que se produise une nouvelle évolution des sociétés gauloises qui redécouvrent la vigne quelques décennies avant la conquête de Jules César, lequel fera définitivement entrer la Gaule dans le cercle des pays producteurs de vin.

 

Sources : Histoire Antique & Médiévale H-S N° 20 _ Allez Savoir Magazine de l'Université de Lausanne N° 27

Partager cet article
Repost0
19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 09:27

   Après la conquête de la Gaule par les Romains, la situation est celle, inédite, de communautés locales diverses intégrées dans un ensemble impériale dirigé par Rome. Une réalité nouvelle, qui a amené les populations des Gaules à se tourner vers l’avenir et la construction d’identités fondés sur l’adoption progressive de la citoyenneté romaine.

  La Gaule, des Pyrénées au Rhin, fut conquise par César entre 57 et 51 avant Jésus Christ, les régions du Midi, de Narbonne aux Alpes, avaient été soumises et largement intégrées à l’empire ; terre de colonies, elles avaient accueilli des vétérans des légions romaines. A côté de ce qui devint la province de Narbonnaise, les nouvelles terres acquises au milieu du 1er siècle av. J.C. furent divisées en trois provinces : l’Aquitaine, la Lyonnaise et la Belgique.gaule romaine

  Au-delà de la conquête, comment cette Gaule, morcelée en multiples peuples gaulois autonomes, est-elle devenue partie intégrante de l’empire ? Et sa population, comment s’est-elle transformée de gauloise en romaine ?

  La première tâche des conquérants fut de pacifier des territoires ravagés par la guerre, puis de les réorganiser. De fait, l’historien grec Dion Cassius nous apprend qu’un peu plus de deux décennies après la fin de la guerre, en 27 av. J.C., un premier recensement eut lieu, prélude à une intervention qui s’attacha à « la manière de vivre et aux formes de gouvernement » des habitants de la Gaule. Traduisons : l’organisation des peuples gaulois en cités.

  Partout où l’empire s’étendit, le pouvoir romain favorisa l’éclosion de ce cadre politique propre aux civilisations méditerranéennes, et que l’on peut définir comme une communauté organisée depuis une ville principale. Les cités étaient ainsi des petits Etats centrés sur une ville chef-lieu dominant et administrant un territoire.

  En Gaule, cette entreprise fut parachevée entre16 et 13 av. J.C., au cours du séjour de l’empereur Auguste dans la colonie de Lugdunum (Lyon), siège du gouvernement provincial. L’implantation de la cité amorça un tournant décisif dans l’histoire des communautés d’Europe nord-occidentale : elle allait de pair avec l’adoption de système de gouvernements inédits, ainsi que de nouveaux comportements et valeurs. C’est dans le cadre de la cité que les Gaulois sont devenus romains.

  Les vestiges archéologiques témoignent de cette évolution. Ainsi ceux mis au jour lors de cette fouille d’Artiparc près d’Arras, où vivait un puissant peuple belge de la Gaule du Nord : les Atrébates. Après la conquête de César, le centre du pouvoir, une ferme aristocratique indigène qui dominait la zone agricole de 180 ha, a disparu. Le territoire était désormais commandé depuis un fortin militaire romain.

  Ce camp romain était flanqué d’un vaste enclos de stockage, bien trop grand pour les seuls besoin des soldats. Il s’agissait peut-être de greniers servants a recueillir le tribut, l’impôt en nature auquel étaient sans doute soumis les Atrébates.

  C’est dans ce contexte que fut fondée de toutes pièces, à quelques kilomètres de là, entre 20 et 10 av. J.C., une ville chef –lieu : Nemetacum (Arras). Alors que l’on construisait les premiers monuments de la ville nouvelle, le camp militaire d’Actiparc fut abandonné. Autour du nouveau marché urbain se développa un important domaine agricole. Et Nemetacum qui offrait à la population un cadre de vie totalement neuf, devint rapidement la capitale des Atrébates.

  La mise au jour de tombes aristocratiques de l’époque augustéenne indique que des notables locaux ont accompagné la fondation de la ville : ceux-là avaient choisi le parti de l’intégration.

  C’est donc bel et bien un nouvel âge qu’inaugura l’organisation des peuples gaulois en cités. Se constituer en cités, c’était pour la population renoncer de façon explicite à la guerre et adopter un cadre de vie « civilisé » ; c’était finalement rompre avec le passé.

Pour Rome, cette mutation présentait un autre intérêt. Le pouvoir romain, en effet, ne disposait en Gaule ni de force de police, ni d’une administration pléthorique et aucune colonie de peuplement n’y fut installée (contrairement à ce qui s’était passé en Narbonnaise) ; ses unités militaires furent rapidement redéployées sur les frontières. Le bon fonctionnement de l’empire reposait donc en grande partie sur un système de gouvernements autonomes, de cités-Etats fondées sur des territoires dûment enregistrés et balisés, le souci du pouvoir romain se résumant essentiellement à la perception de l’impôt, au maintien de l’ordre public et à la sécurité des frontières. Cette forme d’administration impliquait en retour l’adhésion de la cité au pouvoir impérial. Cette adhésion s’exprima totalement par la participation des cités au culte impérial. Dès 12 av. J.C., un autel dédié à Rome et à Auguste fut installé à Lyon.

  Ainsi, d’un côté, les cités étaient dirigées par des membres de l’élite locale, lesquels avaient des devoirs politiques et religieux vis-à-vis de Rome ; de l’autre, le pouvoir romain veillait au versement de l’impôt et à la bonne marche de l’ensemble.

  Cette définition de l’autonomie instaurée par le pouvoir romain trouva sa pleine expression dans les villes établies comme chefs-lieux des nouvelles cités au cours des deux décennies avant notre ère. En vingt ans furent fondées pas moins d’une soixantaine de villes ! Certaines, comme Avaricum (Bourges) ou Limonum (Poitiers), ont simplement succédé à des centres de peuplement préromains. Mais les fouilles récentes, comme celles menées à Vesontio (Besançon), semblent montrer que le nouvel urbanisme rompait de manière franche avec le système urbain précédent : dans plusieurs cas, un système de voies de circulation au tracé régulier fut ainsi mis en place.

  La plupart des villes furent cependant crées sur un site vierge ou quasi vierge : Il en est ainsi à Nemetacum, déjà mentionné, Autun, Avenches (suisse), Amiens, Limoges, Paris, etc. Les anciennes capitales changeaient dès lors de statut. La fondation d’Augustodunum (Autun) sur un site mieux adapté aux nouveaux circuits économiques entraîna ainsi l’abandon de l’opodum historique des Eduens, Bibracte (situé sur le mont Beuvray, dans le Morvan), dans lesquels César avait séjourné. Chez les Trévires, l’oppidum de Tilterberg perdit sa prédominance au profit de la ville nouvelle d’Augusta Treverorum, installée sur un replat de la vallée de la Moselle.

  Quelle était l’aspect de ces villes nouvelles ? N’allons pas imaginer que sortirent de terre, d’un seul coup, de splendides monuments de pierre. Dans bien des cas, les bâtiments, à l’époque augustéenne, étaient en bois et en torchis. C’étaient parfois des maisons-étables disposées le long des rues, comme en témoigne l’exemple d’Aduatuca (Tongres). A Amiens, un quartier périphérique fut occupé jusqu’au milieu du Ier siècle ap. J.C.par des habitations construites sur des poteaux de bois et des enclos à ovins. C’est seulement à partir des années 80 qu’elles furent peu à peu remplacées par des constructions à péristyle respectant le modèle romain. Quelle meilleure illustration que cette modernisation de l’habitat de l’émergence d’un groupe toujours plus important de citoyens romains au sein de la cité ?

  Toutes les villes ne se développèrent pas à la même vitesse. A Mediolanum (Saintes), les blocs d’architecture retrouvés dans le rempart du Bas-Empire (datant de la fin du IIIe, début du IVe siècle) indiquent un épanouissement précoce de la parure monumentale de la ville nouvelle. C’est que vivaient dans la cité des familles de notables riches et prospères qui avaient obtenu dès le Ier siècle av. J.C. la citoyenneté romaine. A Andritum (Javols) au contraire, chef-lieu de la cité des Gabales en Lozère l’établissement d’une voirie au début de l’empire cache mal le maintien d’espaces libres, non construits, sur une surface qui ne dépassa toutefois jamais 35 ha.

  De tels décalages s’expliquent aisément : les rythmes d’urbanisations étaient de toute évidence soumis aux richesses locales et à l’attitude des élites. Car ce n’est pas Rome qui finança la construction de ces villes. Ce sont donc les ressources tirées essentiellement de la terre et des mines et, bien entendu, les capacités financières ainsi que la bonne volonté des élites locales qui furent mises à contribution.

  Malgré ces différences, la structure de ces villes suivait, au final, le même schéma. On commençait par créer la voirie régulière, un réseau de rues susceptible de guider le développement urbain. Au cœur de la ville, un emplacement était réservé pour le forum et les bâtiments qui lui étaient associés, la curie (lieu de réunion du sénat local), la basilique (espace ouvert dédié aux affaires publiques et juridiques), architectures essentielles car elles continuaient des expressions claires de l’existence politique des nouvelles cités.

Nous ne sommes donc pas surpris de découvrir que, à Vannes, Fleurs (dans le Forez), Beuvray ou Limoges, l’emplacement du forum fut délimité d’office dans le schéma urbanistique des origines. C’est là en effet que devaient prendre place les cultes (de l’empereur, de la famille impériale, du génie de la cité) et les images (statues impériales) susceptibles de faire le lien avec Rome et le pouvoir impérial, bref d’ancrer la communauté locale dans la réalité impériale. A Senlis, capitale de la cité des Silvanectes, on conserve ainsi la base d’une statue en bronze de l’empereur Claude, qui se dressait dans le centre monumental.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de LUTECE
  • : Petits dossiers sur des thèmes historiques simples mais serieux
  • Contact

Facebook

Retrouvez et devenez amis du Blog de Lutèce sur facebook

Recherche

English & Deutch versions

1348995815 United-Kingdom-flag1348995857 Germany-Flag

Site sélectionné par :

elu-sdj

Livres à lire sur le blog

Vercingétorix - Camille Jullian

L'oeuvre intégrale cliquez ici

  Essai sur la condition des Barbares - Eugène Léotard

Pour lire cliquez ici

 

Articles à venir

_ La borne militaire de l'Empereur Victorin