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12 décembre 2011 1 12 /12 /décembre /2011 07:20

  Georgius Florentius Gregorius est né à Clermont le 30 novembre 538 dans une illustre famille de l’aristocratie sénatoriale gallo-romaine ; un de ses parents, Avitus († 456), a même été empereur d’occident. Lui et plusieurs autres membres de la famille ont occupé des postes majeurs, notamment en tant qu’évêques, en Gaule. Du côté maternelle, ses attaches sont surtout bourguignonnes (Langres, Dijon, Autun, Chalon-sur-Saône, Lyon). Orphelin, il est élevé par son grand-oncle maternel Nizier, évêque de Lyon, et par son oncle Gall, évêque de Clermont.

 Suivant la tradition familiale, il opte résolument pour la dynastie mérovingienne issue de Clovis et fréquente volontiers la cour des rois francs d’Austrasie. Ayant embrassé très tôt la carrière ecclésiastique, il obtient en 573, grâce à l’appui du roi Sigebert († 575),gregoiredetours.jpg la charge prestigieuse d’évêque de Tours qu’avaient déjà occupée certains de ses parents.

  Cette haute fonction, magnifiée par la responsabilité du tombeau de saint Martin, permet à Grégoire de jouer un rôle significatif auprès des petits-fils de Clovis et, plus généralement, dans la gestion du royaume mérovingien.

   Son action s’affirme parfois de façon conflictuelle (avec le roi de Neustrie Chilpéric notamment) mais ses qualités personnelles font aussi de lui un conseillé politique écouté et il apparaît, par exemple comme médiateur entre le roi Gontran de Burgondie († 593) et le jeune Childebert II d’Austrasie († 596) lors du traité d’Andelot (587).

   Grégoire de Tours a laissé une volumineuse œuvre littéraire, surtout hagiographique : des livres de miracles, (ceux de saint Martin de Tours ou de saint Julien de Brioude en particulier), d’autres à la gloire des confesseurs et des martyrs, un ouvrage consacré à la vie des Pères. Il s’est également intéressé à la liturgie et à la théologie (un commentaire des psaumes qui semble aujourd’hui perdu). Mais il est surtout célèbre pour ses Dix livres d’histoire (Historiarum libri decem) qu’il commença à rédiger, par morceaux, à partir des années 576 – 580, puis compléta et remania jusqu’à la fin de sa vie. Ces dix livres constituent une immense analyse exégétique des événements qui se sont succédé depuis la création du monde et l’incarnation. L’essentiel de l’œuvre est centré sur la Gaule mérovingienne et sur l’Histoire des Francs qu’on lui conféra plus tard et qui lui restera.

Décrite au livre II, la figure du roi Clovis qui a mené son peuple à l’adoption de la foi catholique joue un rôle clef.

   Sans surprise, Grégoire place le baptême de Clovis à l’exacte milieu du règne : pendant quinze ans, Clovis, encore païen, a multiplié les gestes favorables au christianisme puis, devenu catholique, il a pendant quinze ans combattu avec succès les wisigoths ariens et imposé son pouvoir avec l’aide de Dieu. Les livres suivants insistent sur les bienfaits de la collaboration entre souverains et évêques, intercesseurs efficaces entre l’ici-bas et l’au-delà, porte parole des saints et interprètes de la volonté de Dieu.

  L'Histoire des Francs s'arrête en 591. Grégoire pensait sans doute la poursuivre : le livre X est en effet beaucoup plus court que les autres, comptant 30 chapitres, contre plus de 40 pour les précédents. C'est néanmoins à ce moment-là qu'il achève son ouvrage, y ajoutant des notices et un petit opuscule. Celui-ci constitue le chapitre 31 du livre X. Il y demande à ses successeurs de ne jamais faire détruire ces livres, ni de les réécrire sans respecter leur intégrité, et de les conserver entiers et intacts.

  Pour son travail, Grégoire de Tours utilisait les documents, les traditions orales, et faisait appel à ses souvenir personnels à partir du livre IV, racontant avec beaucoup de vie et dans un style très simple ce qui lui parait essentiel.

  Les Dix livres d’histoire ne sont pas des livres historiques au sens actuel, scientifique, du terme. L'auteur entend surtout étudier l'histoire universelle et présenter la société chrétienne de son temps. Il juge les rois en fonction de leurs relations avec l'Église.

  Grégoire meurt à Tours en 594.

  La langue de Grégoire de Tours, éloignée du latin classique, a valu de nombreux jugements péjoratifs à son œuvre. Ces préjugés ont été jusqu'à très récemment une des causes de la méconnaissance générale du haut Moyen Âge. Cette époque était considérée de façon réductrice comme une période de recul de la civilisation. Pour se convaincre de l'acuité et de la précision du style de Grégoire de Tours, on peut se référer au chapitre I du livre VII de l'histoire des Francs, dans lequel Grégoire décrit la mort et le rappel à la vie du moine Salvi, qui sera plus tard évêque d'Albi puis canonisé après sa mort. La description du miracle par Grégoire de Tours reprend très exactement la description clinique d'une "Expérience de mort imminente" étudiée par les médecins contemporains, montrant bien que le texte n'est pas une affabulation hasardeuse d'un auteur crédule, prompt à crier au miracle, mais bien un témoignage factuel, qui valide la valeur de l’œuvre, rassure sur la fiabilité l'historien et conduit le lecteur à un autre regard sur le fait religieux.

 

Sources : Rois de France - Clovis Ier, éd. Atlas _ Religions & Histoire N° 41

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10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 09:49

               Vercingétorix

 

Chapitre III - Le peuple arverne

 

3. Puissance de l'aristocratie ; esprit d'association et de famille

 

Une aristocratie vigoureuse et impérieuse prit pied dans ce pays où une cime commande à tant de basses terres, où un roc suffit à entraver l’existence d’une longue vallée : Tournoël, Murols, Chastel-Marlhac, Montboissier, le maître d’un de ces châteaux était fatalement celui de milliers d’hommes. Qu’on songe ensuite à ces immenses forêts, à ces plateaux dénudés, à ces pâturages monotones qui s’allongent souvent au pied de ces roches isolées et dominatrices, forêts et plateaux où il est malaisé de diviser la terre : on comprendra que l’Auvergne a été longtemps un pays de vastes domaines et de chefs de clans. Et, à part les différences que les religions et les siècles ont mises à l’extérieur de leurs corps et aux pensées de leurs âmes, tous ces maîtres de terres et d’hommes se sont ressemblés. Vercingétorix a commencé la lutte contre César avec ses clients et ses ressources personnelles ; Ecdicius, qui peut nourrir quatre mille pauvres dans une famine, déclare à lui seul la guerre au roi Euric et lève une armée à ses propres frais. Chez l’un et chez l’autre, la richesse et la puissance furent les plus sûrs garants de l’audace et du courage. Et on peut suivre d’âge en âge l’initiative impénitente de leurs héritiers, jusqu’au jour où la colère de Richelieu et les Grands Jours de Clermont ont fait les dernières brèches dans les châteaux.

En Auvergne, l’homme isolé se sentait impuissant : qui ne dépendait pas d’un grand s’associait à des égaux. Nous ne connaissons pas encore la vie d’une bourgade industrielle à l’époque gallo-romaine, telle que Toulon et Lezoux ; mais nous savons par Grégoire de Tours avec quelle rapidité les communautés de moines se sont formées dans la contrée, tantôt cachées dans les profondeurs des vallons, tantôt maîtresses des sommets eux- mêmes, et opposant ainsi à la force d’un grand la résistance d’hommes associés pour le travail. Plus tard, au Moyen Age, les communes des Bonnes Villes d’Auvergne ont offert de semblables asiles. À côté des bourgeoisies municipales (et ceci fut plus fréquent et plus durable en Limagne que n’importe où), se fondèrent des sociétés rurales, réunissant sous un maître ; électif les membres de plusieurs familles, ayant terres et traditions communes, et parfois aussi (est-ce certain ?) l’usage de repas pris en commun : on aurait dit une réminiscence des tribus antiques, et l’Auvergne, comme le Morvan, la présentait encore il y a peu d’années.

Aussi bien tout le peuple héritier des Arvernes a-t-il, de la vie d’autrefois, conservéfamille gauloise assez fidèlement l’esprit ou plutôt le sens patriarcal. La vie de famille est fort développée, surtout dans la montagne ; le prestige que la loi romaine donnait au père et au mari est à peine affaibli ; et l’existence même d’une maisonnée risque rarement de finir, car le montagnard ne redoute pas une lignée nombreuse, et la femme est capable de la lui donner. On a parfois, sur les hauts plateaux, l’image de la gens patricienne, avec cette différence que la vigueur des mères ne laisse pas s’éteindre le foyer domestique.

Fléchier écrivait, avec une malice d’assez mauvais goût, que chez les gens d’Auvergne, les femmes ne seraient stériles que longtemps après les autres, et le jour du Jugement n’arriverait chez eux que longtemps après qu’il aurait passé par tout le reste du monde. Les anciens étaient effrayés de cette multitude d’hommes que répandaient sur la terre les flancs robustes des femmes gauloises : peut-être pensaient-ils surtout au peuple arverne.

En tout cas, il n’est pas impossible qu’il ait eu dès l’antiquité cette prééminence de la fécondité qui rend les nations plus braves et le patriotisme plus tenace.

 

4. Goût des entreprises lointaines

 

Mais, sauf en Limagne, la terre, souvent ingrate, ne peut nourrir de grandes masses d’hommes : et il n’est pas certain que les Gaulois aient désiré acquérir à tout prix de nouveaux labours au détriment de leurs forêts. Aussi, cette population débordait et déborde sans cesse. Non seulement elle est trop productive pour se laisser entamer, pour ouvrir des vides à de nouveaux venus, mais elle devait toujours déverser des printemps d’hommes en dehors de son domaine.

Ce domaine, l’Arverne avait encore la tentation de le quitter en apercevant, des plus hauts sommets de sa montagne, l’immensité d’horizons nouveaux. Du Puy de Dôme, le regard se perd dans les plaines de l’Allier ; du Puy de Sancy, il descend vers la vallée de la Dordogne ; et du Mont Mézenc, il devine au loin les clartés de la Provence.

Aussi les Arvernes eurent-ils, au moins aussi tôt que les autres Gaulois, le goût des courses lointaines, et le gardèrent-ils plus longtemps que d’autres. On trouve des hommes de leurs tribus parmi ces Celtes, qui, des siècles avant notre ère, franchirent les Alpes pour aller fonder une Gaule italienne. Quand, en 207, Hasdrubal traversa les plaines narbonnaises, il y rencontra des Arvernes, et il n’eut pas de peine à les entraîner vers les champs de bataille de l’Apennin. Dans le siècle qui suit, nous verrons des armées arvernes sur le Rhône ; et, si l’hégémonie de ce peuple s’étendit alors jusqu’à l’Océan et aux Pyrénées, il n’est pas improbable qu’elle s’établit à l’aide de bandes humaines périodiquement descendues vers la Gaule de tous les flancs du plateau central.

Il est toujours dangereux d’expliquer le passé par le présent. Pourtant, quand une nation a offert du Moyen Age jusqu’à nos jours les mêmes caractères, on peut croire qu’elle les possédait déjà dans l’antiquité : si les anneaux sont assez nombreux et assez solides pour faire à partir du présent une chaîne continue, il peut être permis de l’allonger vers le passé de quelques siècles encore. D’autant plus que la terre de France a peut-être plus changé, depuis trois siècles, que la terre de Gaule en un millénaire. Or, de nos jours, l’habitant de l’Auvergne, du Cantal surtout, est parmi les Français un de ceux qui émigrent le plus volontiers ; il y a trente ans, on évaluait à plus de dix mille le total des départs annuels, sans que du reste la population de l’Auvergne en fût diminuée ; sous Louis XIV, les intendants portaient au même chiffre (dix à douze mille) le nombre des  émigrants de la province ; au Moyen Âge, les gens de ces pays étaient les plus envahissants des pèlerins de Saint-Jacques, priant et bricolant partout. Ne serait-ce pas pour des causes semblables qu’avant l'ère chrétienne, les seuls combattants étrangers que Carthaginois et Romains aient rencontrés au sud des Cévennes fussent des soldats arvernes ? Émigrant dans une société paisible, pèlerin dans les âges de foi, l’Arverne était, aux époques d’aventures, l’homme des longues équipées.

 

À suivre...

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8 décembre 2011 4 08 /12 /décembre /2011 07:46

   À la veille des Grandes Invasions, l'occident romain ne pratiquait plus depuis longtemps déjà l’incinération alors que celle-ci était encore largement prédominante en Germanie libre. Les auxiliaires germaniques de l’armée romaine qui se fixèrent en Gaule au cours du Bas-Empire adoptèrent généralement la pratique de l’inhumation.

Une minorité d’entre eux, cependant, comme dans le cimetière d’Abbeville-Homblières (Aisne) demeura fidèle à l’incinération (3 cas pour 85 tombes), cette proportion étant parfois plus élevée, comme à Vireux-Molhain, dans les Ardennes (4 cas pour 47 tombes). Il est tentant d’expliquer ces exceptions par l’arrivée récentes des personnes concernées, venues de territoires où l’incinération était la règle, telle notamment la rive droite ou l’embouchure du Rhin qui était aux mains des Francs. Le même phénomène joua à nouveau, semble-t-il, lors de la conquête franque et de son organisation puisqu’on a découvert, une-necropole-bas-empire-decouverte-su-1024843.jpgmêlées aux inhumations les plus anciennes de plusieurs cimetières du nord de la Gaule (qu’il s’agisse de fondations nouvelles ou des prolongements de nécropoles du Bas-Empire) quelques cas d’incinérations. On peut citer, parmi d’autres, les sites de Vron et de Nouvion-en-Ponthieu (Somme), de Hordain (Nord), de Bulles (Oise) ou encore de Brèves (Yonne). Ces exemples d’incinérations ayant été révélées par des fouilles assez récentes, menées avec grande rigueur, on peut se demander si cette pratique funéraire, quoique minoritaire en Gaule du nord au lendemain des Grandes Invasions, n’a pas été sous-estimée jusqu’ici. En tous cas, la carte de répartition des incinérations d’époque mérovingienne, surtout denses entre l’embouchure du Rhin et la base du Jutland, prouve bien la connotation germanique de ce rite. Celui-ci devait d’ailleurs survivre longtemps encore en Germanie libre, notamment chez les Saxons. Son caractère païen manifeste le fera condamner par Charlemagne dans son capitulaire De partibus Saxonicae (782)

 

Source : Dictionnaire des Francs, les temps mérovingiens. Pierre Riché éd. Bartillat

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7 décembre 2011 3 07 /12 /décembre /2011 06:01

                Vercingétorix

 

Chapitre III - Le peuple arverne

 

1. Persistance des anciennes races en Auvergne

 

Ces contrastes qu’offraient la nature et la divinité se retrouvaient chez les hommes. Les Arvernes avaient des aptitudes fort diverses, et aucune nation, gauloise ou française, n’a fait plus longtemps hésiter sur son véritable tempérament, produit tout à la fois de durs rochers et de plaines sans rides. Il est possible cependant d’arriver à le définir.

Pays de montagnes et à l’écart des grandes routes, l’Auvergne des plateaux est peu attirante pour les étrangers. La population ne s’en renouvelle pas ; les invasions la pénètrent sans la traverser : les hordes de l’alaman Chrocus, les bandes du franc Thierry y débordèrent pour tout dévaster, puis se sont repliées en emportant leur butin. Elle n’est pas sillonnée de ces voies naturelles le long desquelles se déposent incessamment des alluvions de peuples. On a fait le relevé de tous les habitants de l’Auvergne qui nous sont connus à l’époque barbare : il n’y en a pas un qui soit à coup sûr d’origine germanique. Les Romains ont planté des colonies au pied du plateau, à Vienne, à Orange, à Arles, à Nîmes ; ils ont disséminé des vétérans sur les chemins des frontières du Nord-Est, depuis Lyon jusqu’à Trêves : l’Auvergne n’a reçu que les soldats malades en traitement à Vichy ou les négociants dévots au dieu du Puy de Dôme. Elle est, pour les gens du dehors, un pays non de séjour, mais de villégiature. J’excepte, bien entendu, les plus beaux recoins de la Limagne.

En revanche, elle garde, retient et attache les populations qui s’y sont établies pour faire souche de peuples. Elles y poussent vite des racines solides et profondes, semblables à ces pêchers et à ces cerisiers qui, étrangers à l’Auvergne, sont maintenant si heureux d’y produire. Les races, dit-on, s’y conservent avec leurs premiers caractères : leurs attributs physiques ne s’y usent pas, comme dans la plaine, par des croisements incessants. Les plus vieilles populations de la Gaule, les Ligures et les Celtes, s’y retrouvent (à ce qu’on suppose), à peine changées de ce qu’elles étaient il y a vingt siècles. Assurément, les anthropologues n’ont pas toujours été d’accord sur le nom qu’il faut leur donner : pour les uns, ce sont des Ligures que ces brachycéphales au type de Saint-Nectaire, petits, bruns, velus, lourds, robustes, et l’on sait que ce type domine dans toute la montagne, c’est-à-direP1010848 dans presque toute l’Auvergne ; pour les autres, les Celtes apparaîtraient en Limagne, dans ces dynasties de cultivateurs au type dolichocéphale, à la peau blanche, aux cheveux blonds, à la haute stature ; d’autres encore proposent, à propos de ces deux races, des noms différents. Mais tous paraissent d’accord pour dire que c’est là qu’habitent les représentants les plus purs des hommes de Gergovie, c’est-à-dire les héritiers les plus authentiques des compagnons de Vercingétorix, fantassins ligures ou cavaliers celtes. En Auvergne comme en Bretagne, des races archaïques se sont cramponnées au sol de granit.

 

2. Qualités nationales des Arvernes : courage, patriotisme local, esprit de résistance

 

Qu’elles se soient associées, pénétrées, fondues, c’est ce que les anthropologues acceptent pour la plupart, et il serait aussi imprudent de parler encore d’une race celtique ou ligure, que d’une race gauloise et même de races latines. Le métissage est la loi fatale de toutes les nations, et de la France plus que de toute autre. Il est bien vrai que les races, mêlées pour former un peuple, ont acquis et mis en commun un certain lot de qualités et de défauts, qui constituent le patrimoine héréditaire de ce peuple : mais ce lot, presque toujours, est fourni moins par le sang des hommes que par le sol du pays. Quelle que soit, chez les Arvernes, la largeur du crâne ou la couleur des cheveux, la nature de leurs terres leur a imposé une certaine nature d’hommes, et leurs montagnes ont été leurs premières et plus fortes éducatrices.

Les monts, les ravins et les tempêtes les ont endurcis à la marche, à la fatigue et auaiguilles-du-diable.jpg courage. Les Arvernes étaient parmi les plus intrépides de tous les Gaulois. Ce fut un superbe type de bravoure que cet Ecdicius qui, avec dix-huit cavaliers, attaque et surprend des milliers de Goths, les disloque dans la plaine, les enferme dans la montagne, ne se trompe jamais et surprend toujours. Car on dirait que la vaillance des Arvernes est rarement aveugle ou désordonnée : elle est précise, réfléchie, lucide. Vercingétorix ressemblera à Ecdicius. C’est que, dans ces régions, il ne suffit pas de ne point craindre, il faut aussi se méfier toujours : l’hiver, la rafale de neige est subite, le jour écourté et nébuleux, les routes sont glissantes de verglas ou pourries d’eau, et des pentes traîtresses longent les forêts pleines d’erreurs. Il est bon d’unir la présence d’esprit à la fermeté du jarret.

Ce rapport périodique avec la montagne prédisposait les Arvernes à un patriotisme plus sérieux et plus profond : patriotisme étroit des cités primitives et des tribus fermées, sans nul doute, semblable à leurs dieux dont l’horizon bornait la puissance ou dont une source limitait l’action, mais enfin sentiment d’amour pour la terre qu’on possède avec joie, pour le sol où l’on voit tracés les sentiers de la famille et du clan. Enserrés dans des vallées ou solidaires d’un même sommet, les Arvernes connaissaient mieux que d’autres peuples les frontières de leur demeure ; se sentant et se retrouvant davantage dans le pays de leurs pères, ils l’aimaient avec plus de force et de courage. Ecdicius et Vercingétorix ont été de bons patriotes : j’emploie le mot comme on l’employait au XVe siècle, pour désigner les citoyens unis des villes bourgeoises, les gardiens jaloux du chez soi municipal. Mais nous verrons que Vercingétorix connut aussi une forme plus large du patriotisme.

En Auvergne, le citoyen et le pays se rendaient, en temps de guerre, des services réciproques. Si celui-là défend sa patrie, celle-ci le protège admirablement. Fallait-il abriter contre un assaut des armées ou une nation entière : on avait par exemple cette roche de Saint-Flour, une des rares cités vierges de France, ou encore cette terrasse trapue de Gergovie, dressée sur la plaine, nivelée en esplanade, aux flancs creusés comme des ravines ou droits comme des falaises. S’agissait-il de cacher longtemps des poignées d’hommes : il s’offrait partout, dans les Dômes ou le Cantal, de ces rocs massifs et escarpés, tels que ceux de Chastel-Marlhac, au sommet desquels la nature a ménagé des prairies et des sources, et où des cohortes peuvent, durant plus d’une saison, résister sans craindre la faim ni la soif. Enfin les cavernes étaient les dernières ressources des fugitifs, des bandes qui se dispersent pour se reformer aussitôt, de même que les gorges voisines étaient toutes faites pour favoriser les embuscades où les vaincus prennent une première revanche. L’Auvergne est le refuge des temps d’invasion, le réduit des défenses suprêmes, le camp retranché des désespérés.

 

À suivre...

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5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 07:07

  Au IVème siècle le christianisme se propagea très rapidement, mouvement illustré par Saint Bénigne à Dijon, Saint Marcel à Chalon, Saint Valérien à Tournus et Saint Symphorien à Autun. Les premiers sièges épiscopaux sont fondés à Autun, Chalon, Besançon, ils influenceront plus tard l’organisation territoriale et féodale. Dans le même temps les incursions Germaniques (Alains, Alamans, Burgondes, Francs, …) se multiplient. Rome installent alors les Burgondes dans la région de Mayence/Genève, avec pour mission de défendre la région, ainsi que les routes qui mènent en Italie.

  En 451 ils participent au côté d’Aétius à la défaite des Huns aux Champs Catalauniques (en Champagne). En se repliant les Huns dévastent la plus grande partie de la future Saône-et-Loire et du Juras (Autun, Macon et Besançon), filant ensuite vers l’Europe de l’est. rome_antique_image777.jpg

  Six ans plus tard, en 457, les Gaulois se révoltent contre les Romains, faisant allégeance aux rois burgondes Gondioc et Chilpéric : Chalon, Autun, Dijon mais aussi Grenoble appartiennent aux burgondes. En 476 Chilpéric meurt, en même temps que l’empire Romain s’écroule, et le royaume Burgonde est partagé entre Gondebaud et Godégisel à qui revient la partie nord avec Chalon. Grâce à leur mariage avec des princesses Franques catholiques ils peuvent s’appuyer sur le clergé. En 493 Clovis, roi des Francs, épouse Clotilde, nièce des deux frères. En 500 Godégisel trahit son frère et entre en guerre contre lui avec le soutien de Clovis. Il est finalement vaincu par Gondebaud et massacré ainsi que toute sa famille à l’exception de sa plus jeune fille Guntheuca. Gondebaud devint roi de toute la Burgondie et promulgue un code de lois, loi Gombette, qui fixe les règles principales du royaume :

_ Respect des ecclésiastiques et de leurs propriétés

_ Pratique de l’hospitalité (feu et couvert pour les voyageurs)

_ Libre usage ses bois morts à ceux qui n’en n’ont pas de propre

_ Hérédité des terres données par le roi, ce qui amènera à la féodalité.

_ Instauration du jugement de Dieu par le duel (il durera 1000 ans)

  Sous son règne la fusion et l’unité des Gaulois et des Burgondes se réalisent autour d’un roi apprécié et par des mariages entre les peuples. Gondebaud institue l’ancien royaume de Godégisel à son fils Sigismond et le fait acclamer sur le pavois. La même année, avec l’autorisation de son père, Sigismond se convertit au catholicisme, baptisé par Avit, évêque de Vienne, il est le deuxième grand prince barbare de Gaule à se convertir.

  En 507 Sigismond, qui règne notamment sur ce qui deviendra la Saône-et-Loire, s’allie avec son cousin par alliance, Clovis, roi des Francs, afin de lutter contre les Ostrogoths et les Wisigoths, officiellement afin de détruire l’arianisme, en réalité afin de s’étendre en Provence pour les Burgondes et au sud de la Loire pour les Francs. La coalition s’impose à la bataille de Vouillé qui voit la déroute des Wisigoths ; les deux rois sont rejoints par Gondebaud, père de Sigismond. Au retour ils assiègent Arles qui ne tombe pas et Théodoric, roi des Ostrogoths, reprend l’offensive, délivre Arles, annexe la Provence et remonte jusqu’à Valence s’emparant de tout le sud du royaume Burgonde. En 510 Gondebaud reprend Vivier et Avignon. En 511 Sigismond fait bâtir le monastère de Saint Maurice à Agaune (Suisse). En 516 Gondebaud meurt laissant Sigismond seul souverain.

  Il occupe alors une place de choix dans l’aristocratie de l’époque : gendre du roi des ostrogoths Théodoric, cousin de Clothilde reine des Francs. Il est de plus soutenu par les évêques locaux : Avit à Vienne, Maxime à Genève. Ses deux enfants Suavegotta et Sigéric, sont baptisés et Suavegotta épouse Thierry, fils de Clovis, régnant sur la future Austrasie (nord est du royaume). Enfin a lieu un dernier mariage qui supposé renforcer l’alliance entre Francs et Burgondes finit en réalité par la détruire : Clodomir, fils de Clovis et Clotilde épouse Guntheuca, fille de Godégisel, cousine germaine de Sigismond dont les parents tueront ceux de Guntheuca. Celle-ci va persuader Clodomir de les venger. En 522 Sigismond soupçonnant, à l’instigation de sa femme, son fils Sigéric de vouloir le détrôner le fait assassiner. Comprenant son erreur, mais trop tard, il se réfugie au monastère d’Agaune. Sous prétexte de venger son cousin, Clodomir, roi des Francs d’Orléans, se jette sur le royaume burgonde en 523.

  Sigismond et son frère Godomar vaincus s’enfuient, le premier à Agaune, le second dans les Alpes. Sigismond décide d’entrer dans les ordres, mais trahi il est exécuté avec toute sa famille. Guntheuca réalise sa vengeance. Cependant Godomar succède à son frère et allié aux Ostrogoths reprend le terrain perdu face aux Francs. En 524 Clodomir est tué à Vezerone (Isère). Son frère Clotaire épouse sa veuve et récupère son héritage. Dans le même temps les Ostrogoths de Théodoric envahissent le sud du royaume de Burgondie. Godomar convoque une grande assemblée du peuple Burgonde pour décider des actions à mener. Clotaire et Childebert réattaquent la Burgondie (534) et assiègent Autun où Godomar est enfermé. Celui-ci réussi à s’enfuir, les Francs prennent la ville et retournent chez eux. En 534, accompagnés de Théodebert roi d’Austrasie et de leurs neveux ils repartent à l’assaut. Les Burgondes sont vaincus ; Godomar, déposé mais vivant, est libre jusqu’à sa mort. C’est la fin du royaume de Burgondie. Les Francs établissent leur dynastie et leur autorité.

  L’époque Mérovingienne commence. Le nord de la Burgondie appartient alors à Thibertclotaire1er d’Austrasie, fis de Thierry (Langes, Besançon, Autun, Châlon, Nevers), le centre à Childebert (Mâcon, Genève, Lyon, Vienne) et le sud à Clotaire (Grenoble, Die, Valence). Puis, suite à la disparition de Thibert et Childebert, Clotaire devient roi d’un territoire qui comprend désormais une bonne partie de ce que fut la Burgondie.

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3 décembre 2011 6 03 /12 /décembre /2011 09:26

               Vercingétorix

 

Chapitre II - Les dieux Arvernes

 

3. Dieux des montagnes

 

Les démons des lacs et des forêts étaient redoutés, les déesses des sources étaient charmantes : les dieux qui présidaient aux cimes des montagnes avaient l’humeur moins égale ; leur bonté n’était pas éternelle, ni leur méchanceté durable. Ils étaient tantôt calmes et brillants, comme le soleil qui dorait leurs sommets, et tantôt furieux et farouches, comme les nuages qui s’amassaient sur leurs croupes.

Les collines de moindre importance avaient leur dieu protecteur et éponyme, gardien du village qui habitait tout proche : ce génie du lieu était le refuge des âmes dans les moments de doute, tandis que le château-fort voisin devenait l’asile des misérables au temps des invasions. Il y eut un sanctuaire païen sur cette pieuse colline de Brioude que devait plus tard dominer l’église de Saint-Julien ; un autre, à Lezoux, groupait à ses pieds la plus industrieuse des populations arvernes ; et de la hauteur de Saint-Bonnet, un dieu commandait à la plaine où s’élèvera Riom l’intelligente.

Mais les divinités des hauts lieux de l’Auvergne furent vile reléguées dans l’ombre par celle du Puy de Dôme, Dumias, ainsi qu’on l’appelait : nom à la fois du dieu et de la montagne, nomen et numen.

Le Dôme était visible de partout : son dieu était présent partout, il fut roi et maître,le-sentier-rouge.jpg ainsi que le sommet lui-même. À quoi bon s’adresser à de moindres génies, quand la puissance de la cime faisait à elle seule la richesse ou la ruine de la plaine entière ? L’obéissance va au plus haut, la piété au plus utile. Chez d’autres peuples, par exemple chez les Éduens, les sanctuaires de montagnes se sont multipliés : le mont Saint-Jean, le mont de Sène et bien d’autres, avaient le leur ; toutes ces hauteurs se ressemblaient plus ou moins, aucune de leurs divinités ne prit le pas sur les autres : la religion, dans les campagnes éduennes, tendit à se maintenir dispersée. En Auvergne, la suprématie du Dôme fut reconnue sans peine. Autant que l’unité religieuse pouvait exister dans ces populations à la pensée courte qui adoraient le dieu le moins éloigné, le Puy de Dôme assura chez elles une communion de culte ; éloignés de leur patrie, c’était à leur grand dieu que les Arvernes envoyaient leurs souvenirs et adressaient leurs sacrifices.

Il arriva chez eux ce qu’il était advenu, cinq ou six siècles avant l’ère chrétienne, dans les bourgades latines. Les divinités abondaient sur les terres du Latium, et elles étaient toutes de même nature que celles de l’Auvergne : elles habitaient les collines, les forêts, les sources et lacs. Mais elles reconnurent comme dieu suprême celui du Mont Albain, qui dominait la plaine et les rochers de ses deux mille coudées, et qui ne tarda pas à devenir le Jupiter Latiar, le Jupiter souverain du peuple latin.

 

4. Les grands dieux et leurs résidences

 

En Gaule ainsi qu’en Italie, dans l’Auvergne ainsi que dans le Latium, les dieux locaux, c’est-à-dire fixés à une parcelle du sol, à un lambeau de territoire, au domaine d’une tribu, furent, les uns après les autres, rattachés à des divinités puissantes et universelles, de qui ressortirent, sinon tous les hommes et tous les lieux, du moins tous les hommes de la race et tous les lieux qu’elle avait en partage. Quelques êtres célestes surgirent, dont les noms évoquèrent l’idée de personnes vivantes et définies, Jupiter ou Mars en Italie, et, en Gaule, Teutatès, Taranis, Ésus, Bélénus.

Il arriva souvent que ces croyances à de plus grands dieux furent encouragées par les prêtres, supérieurs au reste du peuple par l’intelligence et par l’ambition, mais sans doute aussi par la bonté et par le désir du calme et de l’union. Car l’humanité s’élève en même temps que ses dieux grandissent, et le plus honorable est parfois le plus lointain ; si les sanctuaires locaux engendraient les luttes civiles, les tribus d’une même nation avaient un nouveau motif de s’unir quand elles voyaient un dieu souverain au-dessus de leurs génies particuliers.

En Gaule, les druides paraissent avoir été, je ne dis pas les initiateurs, mais les dru.jpgpropagateurs de ces dieux à nom propre et personnel, de ces cultes à portée lointaine et à vaste horizon, et gros d’ambitions celtiques. Ils étaient les arbitres des sacrifices voués à ces puissances célestes, et pendant longtemps ils ne doivent pas avoir séparé leurs intérêts sacerdotaux de la cause des grands dieux gaulois.

Ceux-ci ne détruisirent pas cependant les génies des montagnes et des fleuves, pas plus que le règne de Mars ou de Jupiter ne mit fin à la sainteté populaire des collines et des bois de la campagne romaine. Seulement, presque toujours, ces génies se transformèrent, élargirent leur nature, et devinrent les avatars locaux d’une divinité plus importante ; ils furent, si l’on peut dire, la présence réelle d’un grand dieu sur un petit territoire. Les sources de Vouroux et de Taragnat, les montagnes de Brioude et de Saint-Bonnet servirent de lieux de séjour à un Apollon ou à un Mars gaulois, et leurs anciens génies ne furent plus que les Apollons ou les Mars de l’endroit. Ces dieux souverains, dont le domaine était infini, se ménageaient ainsi de petites et fort nombreuses résidences.

 

5. Teutatès au Puy de Dôme

 

Le principal de ces dieux gaulois était Teutatès. Il prit pour lui les plus hauts sommets, ainsi qu’avait fait Jupiter en Italie, et il s’installa au Puy de Dôme, le plus digne des sanctuaires que la nature lui ait bâti dans la Gaule.

Ce dieu gaulois a laissé aux Romains un terrible souvenir : c’était une divinité farouche, féroce, ivre du sang des hommes, immitis placatur sanguine diro, disait le poète Lucain. Les sacrifices humains étaient fréquents à ses autels, et les druides étaient les ministres ordinaires de ces rites barbares. — Mais les Romains et les Grecs, qui insistaient sur ces horribles détails, oubliaient que leurs dieux avaient pendant longtemps aimé les victimes de ce genre, et que les combats de gladiateurs ne différaient ni par leur origine ni par leur caractère des holocaustes d’hommes chers à Teutatès. Il n’est aucune religion ancienne qui n’ait dans son passé une tare de ce genre. D’ailleurs, Teutatès ne paraît pas plus cruel qu’Ésus ou que Taranis : de tels usages étaient le crime du culte et non pas la faute du dieu.

En revanche, le roi du Puy de Dôme et des Arvernes prit, peu à peu, une allure sympathique qui démentit les rites de ses autels. Si ce sont les druides qui ont arrêté les traits de sa physionomie, ils l’ont fait fort semblable à l’Hermès grec et au Mercure romain, qui étaient des divinités aimables et intelligentes. Le Teutatès des Celtes ne leur était point inférieur : c’est lui qui avait inventé les arts dont vivait l’industrie humaine ; il encourageait les marchands et favorisait la fortune, il protégeait les voyageurs et guidait les caravanes ; c’était le dieu des sentiers paisibles, des ateliers acteutates2.jpgtifs, des foires populeuses, des réunions d’hommes groupés pour le travail.

Peut-être eut-il un rôle plus important encore, s’il est vrai que son nom signifie le dieu du peuple. Ne serait-ce pas alors, tel que le Wuotan des Germains et le Yahvé des Juifs, le dieu politique ; par excellence du nom celtique, présidant aux assemblées de la nation sur les montagnes saintes, la tirant de la servitude et la conseillant dans la liberté, ouvrant aux marches pacifiques les grandes routes de ses domaines, maître de toutes les tribus et de toutes les cités, et planant au-dessus des Arvernes et des Éduens comme Yahvé au-dessus d’Israël et de Juda ? — Mais qui pourra jamais transformer en vérité cette séduisante hypothèse ?

Ce qui demeure certain, et ce qui est fort étrange, c’est que les Gaulois, qu’on disait les plus destructeurs des hommes, avaient fini par préférer à leur Mars, ce détrousseur des grands chemins, leur Mercure, ce bon gardien des routes, au dieu qui tue celui qui amasse. Peut-être est-ce encore aux leçons des druides qu’il faut rapporter le mérite de cette singulière union entre un peuple batailleur et une divinité pacifique. En tout cas, le grand dieu gaulois était plus vif et plus gai que Jupiter romain, ennuyeux et dominateur, que Mars latin, solitaire et grossier. Teutatès se fût moins entendu avec eux qu’avec Hermès et Athéné : il était sur le chemin de l’Olympe grec, plutôt que sur celui des divinités italiotes. C’était, tel que le définit César lui-même, le symbole du progrès humain. Il habitait sur l’âpre sommet du Puy de Dôme, mais il regardait vers la Limagne féconde.

 

À suivre...

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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 06:06

     La médecine thermale

 

Les villes d’eau revêtent une importance primordiale pour les Gallo-Romains et des sources thermales comme celles de Vichy, Néris-les-Bains et Bourbon-l’Archambault dans l’Allier, Bourbonne-les-Bains en Haute-Marne et Bourbon-Lancy en Saône-et-Loire, faisaient déjà l’objet d’une exploitation rationnelle. Une légende prétend d’ailleurs que Julie, fille de l’empereur Auguste, vint en cure à Dax (Aquae Tarbellicae). Quant à l’empereur lui-même, on affirme qu’il vantait la qualité des eaux thermale des Pyrénées. Il n’est que de regarder sur un itinéraire routier romain, la Table de Peutinger, la taille desmalade.jpg vignettes symbolisant les villes d’eau pour mesurer toute cette importance. Médecine et religion s’imbriquaient intimement près de ces sources aux eaux desquelles une divinité avait conféré des vertus curatives. Le dieu Borvo –ou Bormo- se trouve ainsi à l’origine de noms de lieux déjà évoqués comme Bourbon ou Bourbonne, tandis qu’Apollon régnait sur bien des sources et fontaines, éclipsant largement Esculape, le dieu romain officiel de la médecine dont huit inscriptions et seize représentations seulement sont connues pour l’ensemble de la Gaule.

On venait chercher la guérison dans ces sanctuaires des eaux et les pélerins malades, en témoignage de reconnaissance pour l’amélioration de leur état ou en oblation avant le traitement, offraient des ex-voto à la divinité de la source. Ex-voto qu’ils déposaient directement dans l’eau ou disposaient dans les édifices cultuels. Plusieurs milliers en bois, pierre, bronze ou terre cuite, représentant la partie de corps malade, ont été recueillis en Gaule, principalement aux sources de la Seine (Côte-d’Or) et à la source des Roches àex voto-sein Chamalières dans le Puy-de-Dôme. Leur diversité ne manque pas d’étonner, non plus que leur facture naïve et on y découvre pêle-mêle des têtes –parfois seules, parfois superposées- des jambes, des genoux, des pieds, des bras, des mains, des seins, des organes sexuels, des troncs, des yeux et même des planches anatomiques, c’est-à-dire la représentation d’organes internes (poumons, trachée, foie…) sculptés en bas-relief sur des planchettes.

 

     Les plantes médicinales


Elles conféraient à la Gaule une place de choix au sein de la médecine antique. Après la cueillette, elles étaient vendues brutes ou déjà préparées, chez des herboristes ou droguistes, les seplasiarii, dont les plus prospères assuraient l’expédition par ballots dans tous le monde grec et romain.

Deux plantes surtout jouissaient d’une grande renommée : l’herbe de Saintonge et le nard celtique. La première appelée aussi absinthe de Saintonge, était réputée souveraine contre les vers intestinaux et les maux de ventre. La seconde n’est autre que la valériane officinale qui croît très facilement dans les endroits humides. Ses racines s’avéraient les plus efficaces et on les mettait à sécher sur des claies avant de les prescrire sans doute sous forme d’onguents, d’huiles ou d’infusions. Ses propriétés étaient multiples et on l’utilisait comme diurétique, comme potion pour le foie et elle entrait pour une large part dans la composition d’antidotes.

D'autres plantes utilisées portaient des appellations d'origine gauloise à côté de leur noms grecs et latins. Parmi de nombreux exemples, citons le nénuphar (Baditis), l'aigremoine (Korna), la camomille (oualoida) et la grande chélidoine (thona).

 

Source : Les Gallo-Romains, Gérard Coulon éd. Armand Colin

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30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 06:15

                      Vercingétorix

 

     Chapitre II - Les dieux arvernes

 

 1. Auvergne et Campanie

 

Contact avec la nature, c’était rapport avec les dieux. Les terres où la nature fermente, sont celles où les dieux fourmillent. Telle était la Campanie italienne, porte de l’enfer et parvis du ciel, sauvage et bénie, patrie des sources bouillantes, des sommets solitaires, des forêts noires, des lacs inquiétants, région des surprises et des contrastes. Telle était aussi l’Auvergne, le pays gaulois qui ressemblait le plus à la Campanie, comme le Puy de Dôme rappelait le Vésuve, et comme la plaine de Limagne rappelait la terre de Labour.

L’Auvergne fut donc également un sol nourricier de divinités. Elle avait à foison ces sanctuaires où les premiers hommes logeaient les maîtres qu’ils se donnaient, l’immensité des bois, la hauteur des cimes, les fontaines limpides qui se transforment en grands fleuves, les chaleurs des sources, la profondeur des étangs. De tous les Gaulois, les Arvernes étaient les plus exposés à rencontrer des dieux.

 

2. Dieux des bois, des souces et des lacs


Les dieux s’y multiplièrent d’abord dans les forêts, ces temples primitifs de la Divinité, et les troncs rudement dégrossis furent les premières idoles. Une fois sous ces voûtes, les démons ne les quittèrent qu’avec peine : les contemporains de Vercingétorix s’épouvantaient encore à la vue de leurs croupes tortueuses ; et six siècles plus tard, dans les bois de chênes ou de hêtres du Cantal, les reclus chrétiens apercevaient les mêmes monstres à l’entrée de leurs cavernes.

Les plus tenaces des divinités furent celles qui se baignaient dans les sources. On peut même se demander, en songeant que leur popularité est après vingt siècles presque aussi vive qu’aux premiers jours, si elles ne sont pas destinées à survivre à ces grands dieux ou à ces saints notoires que la théologie leur a imposés comme suzerains. — La route qui mène d’Autun au Creuset laisse à gauche, après avoir traversé les bois, un étroit et frais vallon qui se dissimule derrière le hameau de Gamay. Il renferme, près du confluent des deuxautel1 sources du Mesvrin, une minuscule chapelle vaguement consacrée à saint Protais et à saint Gervais : chaque vendredi, des mères y conduisent, dans l’espoir de la guérison, les enfants infirmes. Or on peut voir, encastré dans la frêle muraille de l’édicule, un bas-relief gallo-romain qui représente les images de deux divinités des eaux : ce sont celles qui, il y a plus de dix-huit siècles, présidaient à ces mêmes sources et à des miracles semblables. L’horizon qu’on aperçoit de ce fonds de vallée a varié étrangement depuis les temps gaulois ; aux brouillards qui s’élevaient des forêts, ont succédé les fumées du Creusot : mais les habitudes des dévots n’ont point changé, et si le nom ou le costume de ces humbles dieux se sont transformés, leur âme et leur rôle sont demeurés immuables, comme l’eau des ruisseaux qui leur ont donné naissance.

Aussi ne risque-t-on pas de se tromper si l’on veut, à l’aide des écrits chrétiens et des inscriptions romaines, retrouver la vie religieuse des sources de l’Auvergne dans les temps gaulois. Sous les empereurs, un fidèle apportait à la fontaine de Taragnat une coupe d’argent ; un autre dédiait un anneau de bronze à celle de Vouroux : chacun proportionnait son offrande à sa richesse, mais la piété devait être égale, et tous avaient à cœur de remercier par des présents sincères les génies bienfaisants de ces deux sources. Quelques siècles plus tard, la fontaine de saint Ferréol près de Brioude rendait les mêmes services, par l’intermédiaire du grand saint arverne Julien : ses eaux douces et claires donnaient la vue aux aveugles et éteignaient le feu de la fièvre. De nos jours, la vertu religieuse des sources de l’Auvergne n’a point faibli : jadis, on dressait sur leurs bords une statue au dieu Mars, maintenant on vénère près d’elles une image de la Vierge, et la fièvre s’y guérit toujours.

La ferveur la plus ardente se déployait autour des eaux thermales. Sur ces points, les mœurs ont changé, et l’esprit laïque de la médecine et de la mode a chassé la religion, qui s’est réfugiée vers d’autres stations. Mais, sous la domination gauloise ou romaine, un malade ne séparait pas la force d’un dieu et l’action de l’eau. Les thermes du Mont Dore étaient un temple autant qu’une piscine, et pendant tout le Moyen Age le terrain qu’ils ont occupé s’appela terroir du Panthéon. A Vichy, autour des eaux chaudes et sulfureuses qui étaient le salut des malades au teint jauni et l’espoir inutile des pâles phtisiques, il y avait encombrement de dévots, de dieux et d’ex-voto. Toutes les prières n’allaient pas à la divinité de l’endroit. Suivant ses préférences, chaque malade adressait sa reconnaissance au dieu qui l’avait conduit jusqu’à la source. Ceux-ci suspendaient un anneau à l’image de Diane ; ceux-là remerciaient le divin empereur. Mais tous songeaient sans cesse à quelque puissance céleste, et il n’y a pas longtemps qu’on découvrit à Vichy, près d’un seul puits, en un seul trésor, quatre-vingts plaquettes d’argent, obscures et naïves offrandes faites aux dieux guérisseurs.

En Auvergne comme en Campanie les lacs ont longtemps fixé les imaginations craintives. Je ne sais si les Gaulois voyaient sortir les ombres de l’insondable lac Pavin, comme leslac_pavin.jpg Grecs de Cumes les évoquaient des abords du lac Averne : mais ils plaçaient volontiers dans ces eaux silencieuses et hypocrites l’asile inviolable d’une divinité profonde, qu’il ne fallait troubler que par des présents. — Trois jours de suite, sur les bords d’un lac du Gévaudan, la foule des paysans s’entassait pour faire des libations et des sacrifices : elle jetait dans les eaux des pans d’étoffes, des toisons de laine, des fromages, des gâteaux de cire, des pains, sans parler d’offrandes plus riches, et pendant ces trois jours c’étaient des fêtes et des orgies que venaient enfin interrompre les orages suscités par le dieu en colère. Grégoire de Tours affirma qu’un saint prêtre mit fin à la superstition du lac. Il s’illusionnait. Il y a trente ans, elle était fort vivace : le deuxième dimanche de juillet, les campagnards s’y livraient encore, et c’étaient les mêmes présents faits à la divinité des eaux, vêtements, toisons de brebis, pains et fromages, et beaucoup de pièces de monnaie.

 

À suivre...

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28 novembre 2011 1 28 /11 /novembre /2011 07:39

  Jacques Bainville est un journaliste, chroniqueur de politique étrangère, historien et académicien français, né le 9 février 1879 à Vincennes (Seine), mort le 9 février 1936 à Paris. Jacques Bainville fut un proche de Charles Maurras.

  Grande figure du monarchisme nationaliste et de l'Action française, il exalta la politique de la monarchie française (Histoire de France, 1924) et s'inquiéta de la faiblesse de la démocratie face à la puissance allemande (la Troisième République, 1935). Il est élu le 25 mars 1935 membre de l'Académie française

  Dans un ouvrage remarqué, Les Conséquences politiques de la Paix, publié en 1920, Jacques Bainville est de ceux qui ont dénoncé le Traité de Versailles de 1919 et les compensations très importantes demandées à l'Allemagne. Il y estimait que ce traité humiliait l'Allemagne et la pousserait à la revanche dans un avenir proche et Bainville y décrit le processus de déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, à savoir l'annexion de l'Autriche par le Reich, la crise des Sudètes avec la Tchécoslovaquie et un pacte germano-russe contre la Pologne. Profondément anti-communiste et anti-germaniste, il écrivait : « il s'agit d'une paix trop douce pour ce qu'elle a de dur, et trop dure pour ce qu'elle a de doux ».

 

 

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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 10:21

                VERCINGETORIX

 

     Chapitre I  Le pays d'Auvergne

 

8. Source et lacs

 

Dans la montagne même, tout près des plus âpres sommets, se cachaient en replis sinueux des coins charmants de verdure et de fraîcheur. L’Auvergne abondait en gorges étroites et fermées où l’eau demeure éternellement limpide et murmurante, à l’ombre touffue des hêtres et des sapins. Les vallées de la Gère, de la Rue, de l’Allier donnent l’impression d’une longue demeure bien close, faite d’arbres, de roches et de mousses, qui appartiendrait à la même divinité : la source, infinie d’aspects et de voix, grondant, sautillant ou riant, mais toujours attrayante et bavarde. Qu’on s’arrête un instant à rêver le long de la Rue, entre Le Chambon et Condat, dans le dédale des sapinières : nulle part on ne se sentira plus loin du monde, plus près de la nature, plus en contact intime avecSources-de-la-Tuilerie--2-.jpg elle. Et les ermites chrétiens furent autrefois, dans ces obscures vallées, étrangement heureux.

L’Auvergne était le pays des fontaines vives, pures et saines, qui étaient pour les hommes la condition même de la vie. Elles naissaient partout, subitement, spontanément ; après une pluie, il en sort de nouvelles, même d’entre les pavés des rues ; il est rare que l’on ait besoin de la citerne ou du ruisseau, chaque village a sa source. Au temps où elles étaient des nymphes, l’homme n’avait qu’à les désirer pour les voir apparaître. Au temps où elles dépendaient des ermites, émules de Moïse, il suffisait de leur prière ou d’un coup de leur baguette pour  les faire jaillir du rocher, s’épandre dans la plaine, où elles désaltéraient hommes et bestiaux.

Puis, non loin des eaux des sources, mobiles et vivantes, s’étalent les eaux dormantes des lacs et des étangs. L’homme admirait en Auvergne, dans les crevasses circulaires des cratères éteints, des lacs sombres et bleus, aux bords taillés comme à l’emporte-pièce, aux eaux d’une profondeur inouïe, et mystérieuses dans leurs frémissements soudains, qui semblent nés des entrailles du sol : on dirait que leur surface ne reflète point les choses de la terre, mais qu’elle voile celles d’en bas.

Enfin, parmi ces sources, beaucoup n’assurent pas la santé aux vivants, mais la guérison aux malades. Terre des eaux chaudes et minérales, l’Auvergne était, dans la Gaule, le Gaulois-eau.jpgprincipal réservoir des espérances ou des illusions de ceux qui souffraient. De Vichy à Chaudesaigues, c’était une chaîne continue de lieux salutaires. Aucune de nos grandes stations n’a été ignorée des Romains, et ce sont les Gaulois, sans nul doute, qui les leur ont fait connaître. Vichy était, aux premiers siècles de l’ère chrétienne, la ville d’eaux la plus en vogue de la Gaule, ce qu’elle est encore maintenant, et peut-être aussi dès lors la plus cosmopolite. Le Mont Dore avait ses dévots, que ne rebutaient pas les averses déplaisantes des jours d’été. Royat eut les siens, et Chaudesaigues, et bien d’autres.

Ainsi, sur ces sommets où se formaient les tempêtes, sous ces roches d’où jaillissaient les sources d’eau claire, dans ces chaudes fontaines qui dissipaient la maladie, l’homme saisissait sur le vif le travail de la nature.

 

À suivre...

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