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11 janvier 2012 3 11 /01 /janvier /2012 05:34

               Vercingétorix

 

     Chapitre V - Celtill, père de Vercingétorix

 

1. Politique et alliances du sénat en Gaule.

 

Les Arvernes et la Gaule celtique, au lendemain de la défaite de Bituit, jouissaient d’une liberté beaucoup plus grande que celle qui resta, après Cynocéphales, à la Macédoine et à la Grèce. Les soldats romains ne franchirent pas les Cévennes ; dans les deux vallées du Midi, ils s’arrêtèrent à Toulouse sur la Garonne et à Vienne sur le Rhône. Au delà de ces limites, aucun délégué, que l’on sache, ne s’aventura pour parler au nom du sénat et du peuple romain. Le voisinage de la Province ne pouvait être importun que par l’excès d’initiative des marchands italiens : mais les Celtes les accueillaient avec joie, ils recevaient d’eux ce dont ils étaient le plus friands, des amphores d’excellent vin et des poignées de nouvelles.

Cependant, le sénat ne se désintéressa pas des affaires d’au delà des Cévennes. Ses générosités étaient d’ordinaire sans lendemain, et il ne renonçait jamais à une convoitise qui lui avait été une fois ouverte. Sa politique en Gaule ressembla à celle de Flamininus en Grèce, avec une allure plus discrète ou plus insouciante il se prépara à toute éventualité d’ambition romaine, et pour cela chercha à se créer, chez les Celtes, des amis et un parti.

Les amis, le sénat les choisit avec discernement. Le principal adversaire qui le gênait en Gaule était toujours la nation arverne ; sans être souveraine, elle demeurait la plus forte. Elle conserva sans doute ses clientèles du plateau central : par les vallées du Tarn, de l’Aveyron et du Lot, ses alliés menaçaient la Garonne, romaine jusqu’à Toulouse ; par la plaine de l’Allier, elle avait sa voie de conquête tracée vers le Nord. Les Romains renouvelèrent ou conclurent des traités d’alliance avec les peuples qui pouvaient fermer ces deux routes aux revanches arvernes.

Le confluent du Lot et de la Garonne appartenait aux Nitiobroges d’Agen : leur roi fut déclaré par le sénat l’ami du peuple romain. Les Éduens étaient maîtres du confluent de l’Allier et de la Loire : ils continuèrent à être traités en amis et alliés, avec beaucoup d’égards. Rome consentit même à ce que ce peuple barbare s’appelât son frère : étrange et rude fraternité, qui complétait l’alliance politique par une communion mystique de sang et de race.

Plus loin encore vers l’inconnu, mais toujours dans les deux mêmes directions, le titre d’amiGAUL0is.GIF fut donné à un roi aquitain à l’Ouest, au roi des Séquanes dans le Nord.

Ces alliances servaient à la fois les intérêts militaires et commerciaux de Rome. La province proconsulaire de la Gaule se composait surtout de deux routes, celle de l’Aude et Garonne, et celle du Rhône. Les Nitiobroges à Agen, les Éduens à Mâcon, tout en surveillant le flanc de la puissance arverne, dégageaient pour le négoce rentrée de ces deux routes dans le monde barbare : ils se faisaient, comme hôtes et amis, les fourriers du peuple romain.

 

2. Révolutions aristocratiques.

 

Surveillés de côté, les Arvernes étaient contenus d’en haut. Rome leur laissait lois et liberté ; mais on a tout lieu de croire qu’elle ne leur permit que les chefs qui pouvaient lui plaire. Or le sénat n aimait point les grandes royautés : il y avait, entre elles et lui, incompatibilité d’ambitions. Les principaux obstacles à sa domination universelle lui vinrent des rois, Pyrrhus, Philippe, Antiochus, Persée, et en ce moment même Mithridate ; Hannibal, tout compte fait, fut roi hors de Carthage. Les aristocraties, qu’elles fussent italiennes, grecques ou celtiques, étaient moins dangereuses pour le sénat : aucune n’avait des velléités conquérantes excessives, presque toutes regardaient la noblesse romaine comme un idéal, elles lui ressemblaient, l’enviaient ou l’imitaient ; et, surtout, elles désiraient gouverner leur peuple comme le sénat paraissait gouverner le sien. Ce fut sur elles que les chefs de Rome s’appuyèrent, aussi bien chez les peuplades gauloises qu’à Athènes ou à Capoue.

Chez les Arvernes, les Romains firent si bien, que l’aristocratie fut désormais le seul gouvernement possible. Ils confisquèrent la famille royale : Bituit et son fils restèrent dans le Latium. L’historien qui rapporte ce détail ajoute que ce fut dans l’intérêt de la paix. La noblesse arverne, qui put prendre alors l’autorité, dut savoir gré au sénat de cette intention pacifique.

Cette ruine du pouvoir royal ne fut point, à celle époque, un fait particulier aux Arvernes. Nombre de cités de la Gaule traversaient alors la même révolution politique que Rome et les villes latines au temps des Tarquins. La vieille royauté, qui était héréditaire, militaire, et peut-être aussi sacerdotale, y luttait péniblement contre les chefs de clans, les patriciens gaulois. Les grandes familles se lassaient d’être gouvernées par une lignée qui ne leur paraissait que la première d’entre elles. Le régime aristocratique, çà et là, se substituait à la monarchie. Les peuples dépendirent alors uniquement de leurs chefs de clans, réunis en sénat, dirigés par un magistrat annuel, le vergobret, sorte de juge suprême qu’ils choisissaient dans leur rang.

Ces révolutions occupèrent fort les Gaulois entre la défaite de Bituit et l’arrivée de César : elle fut, chez les Arvernes, la conséquence de la victoire de Rome. Le sénat ne la provoqua peut-être pas ailleurs : nulle part il ne la vit avec déplaisir ; le parti aristocratique lui fournit, par exemple chez les Éduens, ses meilleurs amis.

 

À suivre...

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 07:55

  À partir de 500 avant Jésus-Christ, une crise économique voit le jour au sein du monde celtique. Les échanges avec la Méditerranée se font rares, de moindre quantité, et les bijoux sont fait de matériaux moins précieux. Les sépultures deviennent plus banales,  dans celles des chefs, on retrouve moins d'armes que dans les sépultures des siècles précédents. Tout ceci provient du fait que pour éviter une crise, les Grecs et les Étrusques ont modifié leur organisation commerciale. Les Celtes doivent par conséquent abandonner certaines routes commerciales et citadelles. La ruralité revient au galop.

 

  Néanmoins, en Bourgogne, certaines citadelles comme Bibracte (Saône-et-Loire), Alésia (Côte d'Or) ou Eburobriga (Yonne) résistent et même grandissent, malgré la conjoncture économique défavorable . Chacune de ces oppida appartiennent à un peuple Gaulois différent. Car divers peuples celtes vivent en Bourgogne, conséquence des voies commerciales fluviales et terrestre entre la Méditerrannée et la Manche.

 Dans le Morvan, les Éduens sont rois ! Avec Bibracte comme capitale ("De loin le plus riche et le plus grand oppidum des Éduens" dira Jules César plus tard), ils étaient le peuple le plus puissant de la région, mais aussi de la Gaule. Ils étaient gouvernés par un seul chef (le Vergobret) élu par les druides, qui avait interdiction de quitter le territoire et ne commandait l'armée que pour des actions de défense du territoire. Le Vergobret était élu pour un an. Les Éduens possédaient les villes de Cabillonum (Chalon-sur-Saône), Matisco (Mâcon) et Nevirnum (Nevers). Ce sont également eux qui contrôlent les routes commerciales Saône-Rhône et du bassin de la Loire.

  Au Nord se trouvent leurs puissants alliés, les Lingons qui ont Langres pour capitale mais qui s'étalent jusqu'aux actuelles Dijon (qui était un site religieux) et Montbard. Une de leurs nécropoles fut d'ailleurs retrouvée à Nod-sur-Seine. L'Ouche était la frontière naturelle du territoire des Lingons.monnaie_eduens1.jpeg

   Avec les Séquanes, les Lingons et les Éduens forment une monnaie unique (voir photo), chose rare à l'époque. Ce système permet des échanges faciles, de s'enrichir rapidement et une stabilité économique. Les Séquanes ont pour capitale Vesontio (Besançon). Mais en Bourgogne, ils occupaient l'Est de la Saône.

Les Mandubiens occupent l'Auxois et leur capitale est Alésia. Ils sont une fraction des Éduens.

 

   Autres alliés des Éduens en Bourgogne, les Bituriges Cubes. Bituriges veux dire "roi du monde" en Celte. Avaricum (Bourges) est leur capitale, mais ils s'étendent jusqu'à la Bourgogne où la Loire est une frontière naturelle avec les Éduens. Ces derniers, afin de mieux contrôler le territoire leur appartenant et les peuples alentours forment une confédération avec les Bituriges Cubes et d'autres peuples qui se situent en Bourgogne comme les Aulerques Brannovices (vallée de l'Yonne et de la Saône) qui sont des vassaux des Éduens, ou les Senons qui occupent l'actuelle Sens. La confédération accueille aussi des peuples extérieur à la région comme les Bellovaques (Belgique), Parisii (Lutèce) ou Ségusiaves (Forez). Mais le plus important de ces peuples de l'extérieur est le peuple Romain, grand et puissant allié des Éduens. Les deux peuples sont d'ailleurs frères de sang. bourgognegauloise.gif

 

   C'est à Bibracte, véritable centre politique de la région qu'ont lieu de fréquentes réunions entre membres de cette confédération celte.

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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 07:36

                                                               Vercingétorix

 

      Chapitre IV - La royauté arverne ; Bituit

 

6. Défaite de Bituit par les Romains.

 

C’est alors, vers l’an 125 avant notre ère, que les Romains décidèrent, pour aider Marseille impuissante et protéger les routes de l’Espagne, de se constituer une province au sud des Cévennes, entre les Alpes, le Rhône et les Pyrénées. Pour écarter les Arvernes de ce pays, ils eurent recours à la diplomatie et à la guerre.

Les Arvernes avaient en Gaule, pour principaux rivaux, les Éduens.

L’hostilité était naturelle et fatale entre ces deux peuples. Après l’Auvergne, le Morvan éduen est le seul grand plateau de la Gaule celtique ; il domine, lui aussi, les vallées du Nord et le versant du Sud. Les Éduens s’étendaient de Moulins et de Nevers à Mâcon, et d’Avallon à Beaune ; ils détenaient les routes les plus faciles de la Gaule centrale. Il y avait entre eux et les Arvernes non pas seulement la jalousie politique inhérente aux grandes nations, mais la concurrence commerciale que se font des voisins placés sur les mêmes chemins. Bibracte était la ville la plus industrieuse des Gaules : elle a pu souffrir de la richesse des Arvernes. Enfin, les deux peuples se touchaient de trop près pour êtrearvernes-eduens-territoires.jpg d’accord : ils avaient (en tenant compte de leurs clientèles) frontière commune depuis Moulins jusqu’au sud de Saint-Étienne. Les Arvernes étant maîtres de l’Allier, les Éduens avaient pris la Loire en imposant leur patronage aux Ségusiaves du Forez. En descendant vers le Nord, les bateliers du premier de ces peuples rencontraient, de Moulins à Nevers, les péagers du second ; en cherchant les routes de l’Est et du Rhône, les caravanes arvernes arrivaient chez les vassaux de la nation rivale ; mais, pour gagner le Midi par le plus court, il fallait aux Éduens traverser l’Auvergne et le Velay son satellite. Les deux États avaient la sensation de s’étouffer l’un l’autre.

On ne sait pas si les Éduens ont consenti, à un moment donné, à faire partie de l’empire arverne. Mais, avant 121, ils avaient engagé des pourparlers avec le sénat, et s’intitulaient déjà alliés ou amis du peuple romain.

L’unité celtique était rompue pour cette fois. Les Éduens espionnaient les Arvernes sur l’Allier, et, sur le Rhône, ils surveillaient les Allobroges, les plus redoutables des amis de Bituit. Comme Marseille dans le Midi de la Gaule et Pergame en Asie, ils étaient les traîtres officiels désignés pour fournir à l’intervention romaine un motif et un appui.

En 125, les Romains conquirent le pays des Salyens, ce qui fut un premier défi à la puissance arverne. Puis ils menacèrent les Allobroges, sous le double prétexte qu’ils avaient donné asile au roi des Salyens et causé quelques dégâts sur le territoire des Éduens. Bituit franchit alors le Rhône à la tête de ses deux cent mille hommes, Arvernes, Rutènes et autres, et quand il rencontra, au confluent de l’Isère, les trente mille hommes du consul Fabius, il jugea que ses chiens seuls auraient leurs portions (août 121).

Fabius souffrait de la fièvre quarte : il se fit conduire dans les rangs de ses soldats, tantôt assis dans sa litière, tantôt soutenu pas à pas : il encouragea lui-même ses manipules, expliqua la façon de combattre, montrant sans doute le peu que valaient ces hordes impétueuses, les décomposant, si l’on peut dire, pour les ramener à leur plus simple expression, un élan sans portée. Ce qu’il avait voulu arriva, et ce fut le triomphe de la précision militaire sur la synthèse de parade : cent vingt mille Gaulois périrent, contre quinze Romains. C’est là du moins ce que rapportent les historiens classiques.

Bituit estima que les dieux avaient prononcé contre lui ; il demanda une entrevue, on la lui accorda, mais on le retint pour plus de sûreté et on l’expédia en Italie. Les Arvernes et les Allobroges furent battus une fois encore, et on put triompher d’eux à Rome. Bituit fit merveille dans le cortège, avec son char d’argent et ses armes bariolées. Puis, on l’envoya captif à Albe.

 

7. Conséquences de la formation et de la chute de l’empire arverne.

 

La Gaule celtique, privée de son chef, était ouverte aux Romains. Peut-être quelques-uns songèrent-ils dès lors à la conquérir. Les Arvernes vaincus, leurs terres, du droit de la victoire, étaient à Rome. Soixante-dix ans plus tard. César dira qu’ils avaient été, eux et leurs clients, dans la main du sénat et que celui-ci aurait pu exercer, sur toute la Gaule, un très légitime empire, justissimum imperium.

Il ne le voulut pas : il allait avoir, sur les bras, Jugurtha et bien d’autres ennemis. Seulement, il n’entendit pas que la Gaule conservât même un semblant d’unité.

L’empire arverne n’exista plus, chaque nation conserva ou reprit son autonomie. Mais, comme cet empire avait été l’œuvre de la royauté, comme les Gaulois en confondaient peut-être l’idée avec le prestige de la famille de Luern et de Bituit, les Romains s’arrangèrent pour supprimer l’hérédité du pouvoir royal : le sénat se fit livrer Congenat, fils de Bituit, et le garda à Rome. Au reste, à part cela, il laissa les Arvernes et la Gaule jouir de leurs propres lois. Il se contenta de réunir à son empire les pays situés au sud et à l’est des Cévennes. Les Volques, les Salyens, les Allobroges, les Helviens de l’Ardèche durent reconnaître, au lieu de l’alliance arverne, la souveraineté du peuple romain. Leur territoire forma la province de Gaule Transalpine, à laquelle Narbonne devait donner le nom de Gaule Narbonnaise.

De cette domination des Arvernes et de cette victoire des Romains, il resta deux impressions plus ou moins exactes dans les générations qui suivirent : — que les Gaulois n’étaient demeurés libres que par la grâce de Rome, — que les Arvernes avaient autrefois commandé à toute la Gaule. Les Romains ne voulurent pas oublier leur rôle de vainqueurs généreux, mais les Gaulois ne purent perdre le souvenir des liens qui les avaient attachés au peuple arverne.

 

À suivre...

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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 01:05

              Vercingétorix

 

      Chapitre IV - La royauté arverne ; Bituit

 

4. Goût des entreprises lointaines

 

Hégémonie plutôt que souveraineté. Les Arvernes ont été surtout des conducteurs d’hommes, non des maîtres, mais des chefs. Leur payait-on tribut ? c’est possible, et je ne m’expliquerai pas autrement l’énorme quantité d’or et d’argent qui affluait à la cour de leurs rois, les Gaulois ne répugnant pas du reste à accorder un tribut aux nations les plus fortes. Mais leur domination était surtout militaire, et consistait d’abord en ceci, que le roi des Arvernes était le dictateur suprême des armées confédérées de la Gaule. Comme tel, il pouvait mener deux cent mille hommes, et davantage.

Cette royauté était-elle héréditaire chez les Arvernes ? une famille acceptée par les dieux s’y transmettait-elle le pouvoir ? La chose n’est point prouvée, elle est fort vraisemblable : nous ne connaîtrions pas si bien Luern, le père du roi Bituit, s’il n’avait pas été roi lui-même, et les Romains n’auraient pas retenu plus tard en gage le fils de Bituit, si son père n’avait été qu’un parvenu. Mais en tout cas, lorsque le roi des Arvernes se montrait à la tête de ces deux cent mille hommes, représentants en armes de tant de nations, on pouvait presque dire qu’il existait un roi du nom celtique.

Ces rois de la Gaule, nous les voyons presque, grâce à Posidonius, philosophe grec qui a voyagé dans le pays peu après leur passage. Il nous a assez mal renseignés sur l’organisation de leur pouvoir : ces législations barbares n’intéressaient pas un compatriote d’Aristote. Mais il a été comme ébloui par le spectacle qu’avaient offert la personne et le cortège du plus puissant roi de l’Occident, du chef de l’armée la plus nombreuse et la plus turbulente qui fût campée à l’ouest de l’Adriatique. Ces Grecs et cesroi-gaulois.jpg Romains, admirateurs de Paul-Émile, habitués à des troupes disciplinées et scientifiques, aux légions calmes et denses, à ce glabre imperator dur et sec comme une action de la loi, et qui n’apparaissait dans l’éclat de la gloire que le jour du triomphe, furent étonnés de retrouver en Gaule l’image des pompeuses royautés militaires de l’Orient. Pour un roi arverne, la vie était un triomphe perpétuel.

En temps de paix, il faisait naître sous ses pas le bruit, la gaieté et l’orgie. Luern, du haut de son char, distribuait à la foule l’or et l’argent avec cet orgueil de la richesse qu’on retrouvera, douze siècles plus lard, chez les grands seigneurs du Midi. Il réunissait à des banquets d’un luxe inouï, durant des jours entiers, tous ceux qui voulaient s’enivrer et se gorger à ses frais ; et l’enclos du festin avait plus de deux lieues de leur. Les Arvernes avaient le goût du colossal, le Puy de Dôme leur inspirait la grandeur, Néron ne fera pas mieux qu’eux. Le barde de Luern avait raison de chanter, en attrapant une bourse à la volée, que les ornières du char royal étaient des sillons d’où germait une moisson d’or.

Plus éclatante encore était la vision du roi des Arvernes quand il paraissait en appareil de guerre. Qu’on se le figure s’avançant dans les auréoles de son collier et de ses bracelets d’or, sur son char plaqué d’argent, dont les timons étincelants semblaient la foudre forgée en métal ; derrière lui se dressaient les sangliers de bronze des tribus, insignes mystérieux des cités en marche ; non loin de là, la meute formidable de ses chiens de chasse, qui le faisait ressembler autant à un meneur de bêtes qu’à un chef de peuples ; et près de lui enfin, le poète qui, la lyre à la main, chantait les glorieux faits d’armes du roi et de sa nation. Bituit passait ainsi, dans une apothéose de lumière, de bruit et de chant ; et les hommes, imprégnés par tous les sens de la grandeur du roi, les yeux frappés par l’or, les oreilles par les clameurs, la pensée par les vers, s’imaginaient peut-être qu’ils venaient de voir un dieu.

 

5. Cavaliers et fantassins arvernes.

 

Les ressources métalliques de l’empire arverne peuvent s’expliquer par l’abondance des métaux précieux dans les montagnes du massif central. Mais on est aussi tenté de douter que les mineurs du Rouergue et du Gévaudan, et les orpailleurs des Cévennes aient suffi à approvisionner d’or et d’argent Luern et Bituit. Il est possible que leur royaume ait été en relations commerciales avec les peuples voisins, les Aquitains, les Ibères ou les Grecs de Marseille. Strabon insiste sur les portages qui se faisaient entre les terres arvernes et la vallée du Rhône : vu la difficulté de ces routes, ils n’ont été établis qu’au temps où les Arvernes étaient assez riches et assez puissants pour attirer et protéger les caravanes. L’Auvergne du Moyen Age a été une sorte d’entrepôt entre le Nord et le Midi ; celle de Bituit a pu être quelque chose de semblable. Les Marseillais et les Étrusques sont venus trafiquer jusque-là. Gergovie, la principale ville arverne, semble avoir été une cité étendue et populeuse, je ne dis pas très belle, mais à peu près aussi importante que Bibracte et qu’Avaricum : or une grande ville ne se fait pas sans un effort sérieux vers la civilisation. Les rois arvernes, qui laissèrent aux hommes, comme souvenirs, des banquets hospitaliers, des distributions d’or et des chants de bardes, ne ressemblaient pas à Attila. Leur barbarie ne venait que de leur manque d’éducation. Ces princes, qui faisaient accompagner leurs ambassadeurs par des poètes, vivaient dans un enthousiasme d’enfants, et quand Posidonius nous montre la race gauloise puérile et turbulente, il subit l’impression que lui ont faite les récits de l’empire arverne : bien des traits que l’antiquité a attachés à la race celtique viennent des images de ce temps-là.

Mais ces Barbares ne demandaient qu’à se mettre à l’école des peuples plus instruits. C’est peut-être alors que les Arvernes inventèrent je ne sais quelle bizarre légende qui les faisait descendre des Troyens et leur donnait la même noblesse historique qu’aux peuples du Latium. Il ne serait pas impossible que, les premiers de la Gaule, ils aient imaginé de figurer leurs dieux sous une forme humaine, et de copier à cette fin quelques bronzes de l’Étrurie. En tout cas, ils introduisirent dans le monde celtique le système monétaire, et sans doute avant les Éduens eux-mêmes.

Car les Arvernes ont frappé des monnaies d’or, les plus anciennes qu’ait connues la Gaule. monnaie-arverne.gifDes monnayeurs suivaient leurs armées, toujours prêts à transformer en flans les colliers d’or, et à ouvrer les flans en pièces figurées. Ces premières monnaies étaient de serviles imitations des statères grecs, surtout de ces philippes au type du bige dont le père d’Alexandre inonda le monde : le nom même de Philippe demeurait inscrit en toutes lettres. Les Arvernes copiaient les monnaies les plus populaires des pays civilisés, comme certains États de l’Afrique reproduisent les thalers de Marie-Thérèse. Au début, les copies furent assez bonnes : sans doute des artisans grecs, aventuriers ou captifs, ont servi de monnayeurs. Puis, elles dégénèrent, deviennent fort laides à voir, ignobles presque, les lettres se réduisent à des jambages sans valeur, les corps se transforment en un amalgame d’articulations géométriques : c’est que l’ouvrier gaulois a remplacé le praticien grec. Il traduit toujours le même type : la routine gagne vite chez les Arvernes. Mais enfin, la première monnaie gauloise vient de ce peuple, et la monnaie a souvent aidé à unifier des empires : témoin celui de Darius et la France de saint Louis.

C’est la Grèce, en cela, qui fournissait le modèle aux Arvernes ; c’est elle encore qui leur imposait, vers le même temps, son alphabet. Quand ils voulurent graver sur leurs pièces les initiales de leur nom, ils prirent des lettres helléniques. L’alphabet grec leur servira longtemps à fixer la parole celtique.

Monnaie et alphabet, et peut-être aussi statuaire, c’étaient de prodigieux bénéfices faits sur la barbarie. Les Arvernes de Bituit correspondent assez, dans l’histoire de la civilisation en Gaule, aux Romains de Servius Tullius dans celle de la civilisation latine. Mais l’avantage est tout entier pour les Gaulois : leurs pièces d’or, légères et brillantes, valent infiniment mieux que ce carré de bronze, lourd, sombre et massif, qui est l’as romain des premiers temps ; et je ne crois pas qu’on entendît à la cour de Servius les longues chansons de gestes chères à nos ancêtres. La Gaule débutait gaiement dans la vie civilisée, et en partie suivant le rite grec.

 

À suivre...

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31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 07:52

             Vercingétorix

 

    Chapitre IV - La royauté arverne ;  Bituit

 

3. Puissance de l'aristocratie ; esprit d'association et de famille

 

Il est à peine besoin de dire que l’empire arverne ne ressembla à aucun État régulier, ayant une capitale et des organes communs. Ce ne pouvait être qu’une fédération de peuplades gauloises sous le principat de l’une d’elles, comme la ligue latine à l’âge des Tarquins, ou les alliances grecques des temps troyens : car la Gaule présentera, dans des proportions plus vastes et sous des allures plus grossières, les mêmes institutions politiques que la Grèce et le Latium. Les peuplades gauloises conservaient leur nom, leurs limites, leurs coutumes ; leurs milices servaient sous les chefs et les enseignes de la nation. La Gaule demeurait une juxtaposition de vastes cités.

Le lien qui unit ces peuples aux Arvernes fut rarement celui de la sujétion inconditionnée. Ce fut une clientèle plus ou moins étroite, une alliance plus ou moins réelle ou déguisée. Il y avait des degrés dans l’union, des exigences diverses dans la vassalité. Les Vellaves ou tribus du Velay, pays qui n’est après tout que le prolongement méridional des vallées et des montagnes de l’Auvergne, étaient dans une dépendance complète : leur sort fut si étroitement lié à celui des Arvernes que César ne distingua presque jamais les deux peuples, et qu’on put regarder le Mont Mézenc, sur son flanc septentrional, comme la dernière montagne de l’Auvergne. Les peuplades sauvages qui bordaient vers le Midi le plateau central, Cadurques du Quercy, Rutènes du Rouergue, Cabales du Gévaudan, sans être aussi dépendants que les Vellaves, étaient tenus dans une clientèle assez stricte, et reconnaissaient franchement l’empire des Arvernes. Tous ces pays constituaient au sud de l’Auvergne, depuis le Mézenc jusqu’au pic de Nore, et de là jusqu’aux gorges de la Cère, un vaste demi-cercle de montagnes, de forêts et d’amitiés qui garantissaient et consolidaient le peuple arverne du côté des grandes vallées méridionales. Sauf le Forez (où habitaient les Ségusiaves) et le Limousin, il avait groupé en une domination compacte le massif du plateau central.

Au delà, ce fut une autorité assez fragile que celle qu’il exerçait. On a quelques motifs, Camille-Jullian-dédicaceencore que fort légers, de croire que les Lémoviques du Limousin et les tribus de la Loire moyenne (Carnutes d’Orléans et Chartres, Andes d’Angers, Turons de Tours, Aulerques du Mans) lui ont été particulièrement attachés. La nation des Allobroges s’est vaillamment comportée sur les champs de bataille, côte à côte avec les Arvernes et sous les ordres de leur roi. Mais, parmi les autres amis du peuple arverne, beaucoup n’attendaient sans doute que l’heure du danger pour répudier l’obéissance.

Si faible qu’il fût, ce lien de la clientèle ou de l’alliance ne pouvait pas être simplement politique. Il dut revêtir aussi un caractère religieux. Entre les peuples associés, il fallait quelque symbole sacré, des mains unies, des serments prêtés, des étendards rapprochés, des victimes égorgées, des dieux pris à témoin. Les Gaulois n’eurent pas, tant s’en faut, l’esprit plus laïc que les Grecs et les Romains. La subordination d’une cité à l’autre était un engagement pieux dont, malgré les ruptures, les hommes ne perdaient pas complètement le souvenir ou la crainte.

Deux cents ans après la formation de cet empire arverne, sous la domination des Césars romains, le temple du Puy du Dôme sera le sanctuaire le plus riche et le plus fréquenté de toute la Gaule : le dieu qui l’habitera sera, sans conteste, le plus grand dieu des tribus celtiques. Pareille popularité n’a-t-elle pris naissance qu’après Vercingétorix et César, après la ruine des Arvernes et la conquête romaine ? Cela, en vérité, n’est point possible. Rome n’eût point permis de se développer à un culte qui, grandissant ainsi à la suite de la conquête, pouvait paraître la revanche des vaincus et une protestation contre les maîtres. Si le dieu du Dôme fut si puissant sous les empereurs, c’est que son pouvoir était ancien et solide, et que les Romains n’ont pas jugé à propos de combattre les dieux après avoir renversé les chefs.

Il est donc admissible que le dieu des Arvernes a dû sa gloire à celle de leur empire. Il a profité de leurs conquêtes, son nom s’est étendu avec le leur, ainsi que la vogue de Jupiter Capitolin a bénéficié de tous les gains du peuple de Rome. Le Teutatès du Puy de Dôme a peut-être aidé sa nation à fonder sa puissance ; il l’a sans doute aidée à la maintenir, établissant, au-dessus de la suzeraineté politique, la prééminence religieuse. Remarquez comme ces deux forces se faisaient face : Gergovie, la plus rude citadelle, peut-être, de la Gaule entière ; le Puy de Dôme, le haut lieu le plus central et le sanctuaire culminant de toutes les tribus celtiques : tel Mispa, le sommet sacré d’Israël, qui bornait l’horizon de Jérusalem, la principale place forte de ce peuple.

Je voudrais préciser davantage, et conjecturer encore : mais je ne puis plus que poser des questions auxquelles les textes ne répondent pas. Quel rôle les druides ont-ils joué dans cet empire ? Y eut-il des hommages périodiques des nations vassales au dieu arverne, comme ceux des cités latines au Jupiter albain ? Il faut avouer que Teutatès, dieu du peuple, protecteur du travail et des routes, ressemblait singulièrement à un dieu d’alliance. Son sanctuaire devint-il donc le centre religieux de la fédération gauloise ? Tout cela, je doute qu’on le sache jamais. Le propre de l’histoire est souvent d’indiquer des questions qu’il faut se résigner à ne point résoudre. Mais, quelle que fût la forme de l’hégémonie arverne, soyons sûr qu’elle n’alla pas sans l’appoint d’un dieu.

 

À suivre...

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23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 17:44

                Vercingétorix

 

     Chapitre IV - La royauté arverne ; Bituit

 

1. Tendances des Gaulois à l'unité.

 

C’est qu’en effet l’Auvergne fut le point de départ de Vercingétorix, le centre de son empire, le lieu de sa plus belle résistance. Avant d’unir la Gaule autour des Arvernes, il unit les Arvernes autour de lui.

Mais, s’il a réussi à grouper les Celtes sous ses ordres, c’est parce que, depuis quatre générations, ils étaient habitués à voir, dans les chefs de l’Auvergne, les maîtres naturels de la nation gauloise.

Les Gaulois proprement dits, ou les Celtes, s’étendaient, 200 ans avant notre ère, depuis la Gironde jusqu’à la Marne, depuis le golfe du Lion jusqu’à l’embouchure de la Seine. Ils atteignaient les Pyrénées par la haute vallée de la Garonne, qu’occupaient les Volques ; ils pénétraient dans les Alpes, par l’Isère et le pays des Allobroges, par l’Aar et les terres des Helvètes ; ils s’avançaient, sous le nom de Salyens, près des rives du Var et des monts de l’Estérel. Entre la Marne et le Rhin, les Belges, qui se distinguaient des Celtes, leur étaient assez intimement apparentés. Mais les Aquitains, entre Garonne et Pyrénées, et les Ligures, dans les Alpes du Sud, ne se rattachaient en aucune manière à la race gauloise.

Le domaine qu’elle habitait ne constituait pas un État homogène ; quoiqu’il eût ses frontières naturelles, il n’avait pas donné naissance à un corps de nation. Les Celtes formaient une cinquantaine de peuples, les Belges une quinzaine. Ni les uns ni les autres n’ont eu pendant longtemps, à ce qu’il semble, des institutions politiques générales. Chaque peuplade vivait sur un territoire bien délimité, avec ses tribus, ses chefs, ses coutumes et ses étendards particuliers. Toutes se jalousaient ou se combattaient, avec la même ardeur que Sparte et Athènes, Crotone et Sybaris.

Les Celtes cependant, semblables encore en cela aux Grecs des temps de l’indépendance, avaient le sentiment de leur unité morale, et ce sentiment survivait aux discordes intestines. Ils parlaient tous la même langue ; ils portaient des noms formés de la même manière, ils adoraient quelques grands dieux, communs à toute leur race ; les nations de la Gaule avaient des qualités et des défauts analogues, et leurs institutions politiques ne différaient pas sensiblement.

Surtout, elles avaient le souvenir ou la persuasion d’une identité d’origine. Toutes les tribus se disaient celtes dans leur langue. Entre elles s’étaient formées des traditions ou des légendes, une sorte de patrimoine spirituel qu’elles exploitaient en commun. Elles avaient des poètes, les bardes, qui chantaient les gestes de grands chefs bituriges, etdruide.jpg l’immense empire qu’ils avaient autrefois donné au nom celtique. Leurs prêtres, les druides, enseignaient que tous les Gaulois descendaient d’un même dieu. Et, quelle que fût la cité de ces prêtres, ils formaient un seul corps, ils avaient des réunions périodiques, ils obéissaient à un seul chef. Si les rivalités entre peuplades empêchaient la cohésion politique, un vague instinct de conscience nationale maintenait le goût de l’unité, et les prêtres, si souvent favorables à la création des grandes puissances publiques, ne décourageaient pas cette tendance.

Les Arvernes étaient le peuple désigné pour profiter de ces aspirations. Leur terre était l’ombilic du domaine celtique : le Puy de Dôme est à une distance égale des principales frontières de la Gaule, de Marseille par où arrivaient les Romains, de la trouée de Béfort qui s’ouvrait aux bandes germaniques, de Bordeaux où commençaient les pinèdes des Aquitains, et de la forêt de Compiègne, au delà de laquelle s’agitaient les Belges. Puis, comparés à ces peuples qui gravitaient autour d’eux, les Arvernes étaient les plus nombreux et les plus braves ; ils possédaient les terres les plus riches, et ils avaient le dieu qui pouvait parler du plus haut sommet.

 

2. Qualités nationales des Arvernes : courage, patriotisme local, esprit de résistance

 

Les Arvernes apparurent pour la première fois en dehors de leurs limites au temps de la guerre d’Hannibal.

En 218, lorsque ce dernier traversa les plaines du Bas Languedoc pour gagner l’Italie, il n’y trouva que les Volques ; dix ans plus tard (207), son frère Hasdrubal, suivant la même route, rencontra des Arvernes, dont il fut d’ailleurs fort bien accueilli. C’est peut-être entre ces deux dates qu’ils descendirent vers le Sud en conquérants : car, s’ils se trouvaient alors sur le chemin du Rhône, ce ne pouvait être que comme vainqueurs.

Leur empire a donc pris naissance à l’époque d’Hannibal et de Scipion : époque, pour tout l’Occident, des fermentations belliqueuses et des ambitions nationales ; Rome achevait sa domination italienne, Carthage conquérait l’Espagne, les Arvernes essayaient de fonder l’unité de la Gaule.

Dans les années qui suivirent, ils étendirent ou assurèrent leurs conquêtes. Ils profitèrent du répit que les autres maîtres du monde laissaient momentanément aux régions narbonnaises. Carthage était vaincue, Rome ne convoitait, au Couchant, que l’Espagne, et s’inquiétait peu des mouvements d’une Barbarie lointaine.

Vers 125 avant notre ère, les Arvernes avaient soumis toute la Celtique : du moins on le croyait à Rome. On donnait pour limites méridionales à leur empire les Pyrénées, la mer et les terres de Marseille, c’est-à-dire qu’ils avaient placé sous leur dépendance ou dans leur alliance les Volques de Toulouse et de Nîmes, les Allobroges de Vienne et de Genève, les Salyens d’Arles et des monts de Provence. Au Nord, disait-on, leur domination s’étendait jusqu’à l’Océan. Et, s’il faut ajouter foi aux bruits de ce temps, elle aurait même franchi la Marne, débordé en Belgique, et ne se serait arrêtée que sur les rives du Rhin, en face des peuplades germaniques.

Cette conquête fut-elle uniquement le résultat de guerres violentes et continues ? Le silence des auteurs anciens permet d’en douter. S’il y avait eu en Occident de trop grandes convulsions militaires, l’écho en serait venu aux plus curieux des Grecs et des Romains, à Polybe ou à Caton, et nous le connaîtrions par eux ou par leurs héritiers.

Il est probable que les armes ne furent pas seules à faire cette conquête. Les Arvernes ont dû s’appuyer sur des alliances celtiques pour créer leur empire. Leur attitude à l’égard des Salyens et des Allobroges parait celle d’alliés et de protecteurs, plutôt que de vainqueurs et de maîtres : les tribus de l’Isère furent trop rétives à l’obéissance pour se laisser briser par des congénères. Il est rare, dans l’histoire de la Gaule, qu’un peuple ambitieux agisse par ses seules forces, et ne soit pas soutenu par quelque complicité puissante. Lorsqu’au moment de l’arrivée de César l’helvète Orgétorix voulut de nouveau faire de la Gaule un seul empire, il s’associa à des chefs séquanes et éduens. Les cités aimaient à envoyer et à recevoir des ambassades ; elles se complaisaient, sans doute, dans les pourparlers sans fin qui en résultaient. Sur ce point, les Arvernes étaient supérieurs ; ils avaient, pour convaincre de leur primauté, d’autres arguments que leurs longues épées de taille. Leurs ambassadeurs étaient chamarrés d’or ; ils étaient accompagnés de porte lances superbes et de meutes de chiens ; et à côté d’eux se tenaient des bardes, chantant la noblesse, la gloire et la richesse de la nation, du roi, et de l’envoyé qui venait en leur nom. Les Romains riaient à cette vue : mais il est possible que les Arvernes aient parfois séduit et conquis les hommes de cette manière, dans la Gaule éprise des beaux spectacles et du langage harmonieux.

 

À suivre...

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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 11:55

   Sur la commune de Saint-Moré, au sud du département de l'Yonne, se trouvait un camp dearmee-de-cesar.jpg légionnaires romains. 

  À quoi ressemblait la forteresse, pourquoi et quand fut-elle édifiée ?

  Qu'en reste-t-il aujourd'hui ?

  Quels vestiges a-t-on retrouvé sur le site ?

 

  C'est à découvrir sur le blog : L'Yonne gallo romaine.

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17 décembre 2011 6 17 /12 /décembre /2011 09:05

               Vercingétorix

 

   Chapitre III - Le peuple arverne

 

7. Aptitude au travail et au progrès

 

L’Arverne, habitué à courir le monde, ne fut pas de parti pris, rebelle à la civilisation. Si les idées nouvelles doivent lui servir, il les comprend, les utilise ; mais il ne se hâte pas de répudier les anciens usages, il leur superpose des procédés nouveaux. Vercingétorix, sans renoncer aux avantages traditionnels de la cavalerie gauloise, est le premier Celte qui ait tiré parti de la science militaire des Romains. Les plus vieilles coutumes se sont accommodées en Auvergne des plus récents bénéfices du progrès : on a pu voir côte à côte, en Limagne, le soc antique et la charrue perfectionnée, et, dans les ateliers de Thiers, les outils les plus démodés et les plus délicates machines. Ces gens-là ont su concilier une âme routinière et un esprit en éveil, et, brochant là-dessus, un savoir-faire, une industriosité, un sens utilitaire, qui sont peut-être les traits les plus saillants de leur physionomie morale.

Si leurs montagnes touchent à la plaine, eux-mêmes font volontiers accueil aux étrangers qui ne veulent pas faire les maîtres. Leur hospitalité, pour n’être pas exubérante, est honnête et saine. Ils ne furent jamais, comme tant de montagnards des frontières, Ligures des Alpes ou Gascons des Pyrénées, redoutables aux marchands et aux pèlerins. Le géographe grec Strabon ne considère pas que la route d’Auvergne ait été plus dangereuse du fait des hommes que de celui de la nature. Le dieu du Dôme recevait les hommages des trafiquants ; il avait les goûts d’un Mercure. On dit qu’il y a aujourd’hui beaucoup d’Auvergnats parmi les voyageurs de commerce. Ce que nous savons de la Gaule antique n’interdit pas de supposer pour autrefois un fait du même genre.

Les Arvernes ne sont point davantage indifférents aux profits intellectuels. Ils ne furent pas inférieurs à la moyenne des Gaulois, gens d’esprit et beaux parleurs. Mais on peut croire qu’ils parlaient moins que d’autres, et surtout moins en vain. L’éloquence de Vercingétorix, très réelle, n’a jamais été dépensée en pure perte. Parmi les Arvernes de son temps, il n’y a pas de maladroits.

Avec la même patience que les uns cultivent la terre, d’autres ont cultivé leur intelligence : les habitants de Riom, passés maîtres en procédure, retiraient des gains très appréciables de leurs cerveaux subtils. Beaucoup de leurs compatriotes d’Auvergne ont connu de quel rendement pouvait être une intelligence vigoureusement exploitée. Aux processifs de la Basse Auvergne comme aux industriels ou aux agriculteurs de la plaine ou du Livradois, on a reproché le goût du lucre, le désir de profiter, ce que César appelle quæstus et je ne suis pas sûr qu’on n’en fasse pas le péché favori de toute la contrée. Reproche fort déplacé. L’Auvergnat gagne franchement, sans ruse ni tromperie, et, dans le gain, c’est la manière seule qu’il faut juger, non le résultat. Car le besoin de gagner a pour cause ou conséquence le désir de faire produire le plus possible au sol qu’on laboure et à l’esprit qu’on façonne. Ces bons et hardis gaigneurs, quæstuosi, sont des créateurs de progrès. Les Arvernes d’avant Vercingétorix ont dû recueillir d’énormes avantages en introduisant en Gaule la monnaie d’or : mais la Gaule entière en a profité.

Peut-être est-ce en partie cette attention aux choses du dehors qui explique la prééminence intellectuelle de certains Arvernes : Pascal, Michel de L’Hospital, Grégoire de Tours, et Sidoine Apollinaire, arverne d’adoption. S’il était prouvé que Gerbert fût des environs d’Aurillac, quel type supérieur de l’espèce ferait cet homme, toujours à l’affût de la science et des bénéfices que son intelligence pouvait faire !

On a écrit que, comme agriculteur, l’Auvergnat de la montagne laisse à désirer, on l’a taxé de paresse : ce qui n’est guère conciliable avec son goût des migrations lointaines, rude travail pour arriver à un travail plus rude encore. Mais, en plaine, l’exploitation des champs est intensive. Un observateur écrivait en 1847 que le petit propriétaire de la Limagne avait l’idolâtrie du labeur ; il nous le montrait sur son champ, sa femme et ses enfants groupés autour de lui, et tous penchés vers la terre, arrachant les mauvaises herbes, couvant chaque pied de froment d’une sollicitude toute familiale. Et ce spectacle du travail est vieux en Auvergne de quinze siècles et davantage ; il a dû frapper souvent Grégoire de Tours, au temps où l’ermite de Pionsat abattait des arbres, labourait son champ et cultivait ses légumes, et où les moines de Méallet se répétaient entre eux le mot de saint Paul : Qui ne veut pas faire sa tâche ne mérite pas de demander à manger. Vercingétorix adressait à ses soldats une parole semblable, lorsqu’il leur reprochait de ne vouloir combattre que pour s’éviter de la peine, et il les forçait à remuer la terre et à construire des palissades.

L’Auvergnat laborieux devient admirable par la continuité de l’effort. Il n’a pas, dans les œuvres de l’industrie, l’initiative et la dextérité d’un Parisien ou d’un Flamand. Mais les couteliers et les dentellières d’Auvergne ont à leur actif l’application et l’expérience. Dans peu de villes françaises, on trouverait la même densité de travail que dans la cité depoterie.JPG Thiers, aux heures où toutes les meules grincent, où tous les corps sont allongés et tendus vers la besogne qui se fait. C’était, j’imagine, une pareille vie que l’on menait il y a deux mille ans, non loin de Thiers, à Lezoux, la grande bourgade céramique, où quatre-vingts fours fumaient, où devant des centaines d’établis, les potiers tournaient, modelaient et poinçonnaient les terres blanches de l’Auvergne. — En ce temps-là, l’industrie de la terre cuite était la plus utile de toutes : elle fournissait la vaisselle domestique et les présents destinés aux dieux ; d’elle dépendaient la vie matérielle et la vie religieuse. Or, toute la Gaule était, à ces deux points de vue, tributaire des potiers arvernes ; des abords de Moulins à Clermont, de Vichy à Lezoux, les champs de cultures ne s’interrompaient que pour faire place aux villages de potiers, bourdonnant comme des ruches.

L’Auvergne a la pratique du travail, l’attention et la persévérance, le savoir-faire. Comme on l’a dit, elle a du génie à force d’industrie, et elle conquiert à force d’agir. Elle ressemblait à ce dieu qu’elle préférait, et dont César disait qu’il avait une très grande vertu pour le gain, ad quæstus pecuniæ vim maximam. Après avoir suivi Mars dans les expéditions lointaines, les Arvernes étaient heureux de se retrouver près de Mercure, qui gardait leurs montagnes et leurs ateliers.

 

8. À quoi peut servir l'étude du milieu

 

Respect des traditions et besoin d’aventures, âpreté au travail et au combat, haine de l’envahisseur et curiosité de l’étranger, culte des sommets montagneux et labour des plaines fertiles : voilà, autant qu’on peut le supposer, ce dont était fait le génie inconséquent et contradictoire du peuple arverne.

Je ne prétends pas expliquer Vercingétorix par le caractère de sa tribu, el je n’ai point voulu me rendre un compte définitif de l’homme en analysant la race dont il est sorti. Ce qui est vrai de la majorité d’une nation, ne l’est pas forcément de ceux qui ont été les premiers d’entre elle, par les armes ou par les écrits. Quand on aura dénombré les qualités dominantes du peuple latin, on n’aura qu’une faible partie du limon dont furent pétris Marius ou Cicéron. On peut toujours être en face d’exceptions, et c’est souvent le caractère exceptionnel d’un homme qui fait sa grandeur.

Mais enfin quelques-uns des traits de la nature arverne se retrouveront chez Vercingétorix et ses compagnons, et il était bon de les connaître tous. En tout cas, il fallait décrire la vie et le tempérament de ces hommes, les impressions qu’ils ont reçues, les dieux qu’ils ont adorés, le pays qu’ils ont habité, pour comprendre les éléments dont le chef gaulois pourra profiter et ceux qui feront obstacle à ses desseins.

 

À suivre...

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15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 07:11

  Entre le Ier et le IIIe siècle de notre ère, quantité de petites figurines sont produites et diffusées à travers la Gaule, voire au-delà.  Ces statuettes en terre blanche sont produites par moulage, à partir d’une argile très fine. Les deux faces, moulées séparément, sont collées à la barbotine puis cuites, avant d’être parfois peintes. En GaulePistillus.jpg romaine, plusieurs ateliers ont fabriqué en masse ces images populaires, destinées à  une clientèle trop modeste pour acquérir des statuettes en bronze. « Qu’on ne se trompe pas d’ailleurs sur le mérite de Pistillus et de ses émules : ce sont de pauvres œuvres que leurs figurines, faites pour de pauvres ménages, et qui s’en allaient remplir les boutiques à quelques as ou qu’étalaient les colporteurs aux heures de marché » (Camille Jullian).
   Ainsi, comme le rappelle en 1920 Camille Jullian dans son Histoire de la Gaule, sont parvenues jusqu’à nous les productions de : « Allusa à Bordeaux, connu pour ses Mères ; l’Armoricain Rextugénos, pour ses Vénus à la rigidité hiératique ; Sacrillos l’Arverne, de Toulon-sur-Allier, grand fournisseur de colombes ; et surtout l’Eduen Pistillus, qui passaPistillus4.jpg maître dans le genre familial, remplissant toute la Gaule de Mères pouponnières, d’enfants au berceau, de lits domestiques, de chiens gardiens du foyer ».

  La production de Pistillus était largement diffusée dans l’ensemble de la Gaule, en direction de l’Atlantique (via Bourges, Poitiers, Nantes...) vers l'est et le nord ouest suivant la voie d'Agrippa. Elle a atteint aussi la Germanie supérieure, les provinces de Rhétie et du Norique (Mayence, Bavière, lac de Constance, Tyrol autrichien).

  Pistillus se distingue des autres coroplathes (fabricants de figurines), par des statuettes soignées et des thèmes variés : déesses protectrices, Vénus, Abondance, animaux, mais aussi de aussi tendres représentations de l’intimité romaine comme Les amants de Bordeaux, découverts en 1850, où homme et femme échangent des caresses dans un lit de type romain, sous la protection d’un chien endormi.Pistillus3.jpg

La découverte à Autun (Agustodunum) d’un four de potier, de moules, de figurines et de ratés de cuisson signés « Pistillus » atteste de la présence de son officine dans cette ville.

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14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 06:03

            Vercingétorix

 

  Chapitre III - Le peuple arverne

 

5. Cavaliers et fantassins arvernes

 

L’Auvergne réunissait les deux avantages essentiels aux peuples qui courent les combats et les conquêtes. Elle avait de bons cavaliers et de bons fantassins, et c’était une des rares contrées de la Gaule qui méritaient ce double éloge :

Nulli pede cedis in armis,

Quosvis vincis equo,

disait Sidoine Apollinaire du soldat arverne.

Or, les deux peuples conquérants de l’Europe occidentale, les Gaulois et les Romains, ont dû leurs victoires à deux armes différentes. Les Romains possédaient la légion, la plus solide formation d’infanterie qu’une nation antique ait jamais produite ; et les Gaulois étaient d’incomparables cavaliers. L’infatigable piétinement des légions en marche, les charges rapides des escadrons celtiques, ont été peut-être les forces armées les plusCaval-celt brutales du monde ancien, du moins avant l’arrivée des hordes germaniques. Ces deux forces se heurteront, à peu près pour la dernière fois, sous la conduite de Vercingétorix et de César : ce qui fera le principal intérêt militaire des campagnes de l’an 52.

Comme fantassins, les Gaulois se lassaient vite : ils manquaient de cette souplesse et de cette endurance qui faisaient l’excellence des piétons aquitains et ligures. Les Arvernes ne valaient sans doute pas ces derniers : je me les figure moins agiles. Mais, habitués aux routes des montagnes, ils avaient la patience des longues marches et la sûreté dans l’escalade : ils fourniront le meilleur contingent de l’infanterie de Vercingétorix, ils seront, comme on a le droit de le supposer, les vainqueurs de Gergovie et les obstinés d’Alésia. En tant que cavaliers, les Arvernes égalaient n’importe qui de leurs congénères : tant qu’ils n’eurent pas devant eux des légions en rangs compacts ou des escadrons venus de Germanie, ils ne redoutèrent rien sur les champs de bataille ou dans les lointaines aventures.

 

6. Fidélité aux traditions

 

L’habitant de l’Auvergne, si loin que le conduise son besoin d’entreprise, n’abandonne pas l’espoir du retour dans la patrie. Il ne sait pas rompre le lien qui l’attache à elle. S’il n’y retourne pas périodiquement, il reviendra pour y finir sa vie, et la conclusion de ses courses sera la fondation de pénates solides bâtis à son nom et dans son pays.

Je ne sais si les Arvernes d’autrefois ont eu la même fidélité aux montagnes natales. Cela n’est point impossible. À la différence des Bituriges, des Sénons, des Lingons, des Éduens, et d’autres peuples de leur voisinage, les Arvernes n’ont point laissé en Italie et en Gaule des peuples rejetons de leur souche, et en France, les hameaux ou les bourgs fondés par des émigrants de leur nom paraissent assez rares.

De retour chez lui, l’Arverne d’autrefois ou son descendant d’aujourd’hui aime à reprendre ou à garder les coutumes ancestrales. Le sol du pays était conservateur du passé ; le rocher et la pensée y sont de formation ancienne. La civilisation ne gravissait que lentement ces hauts plateaux, couverts de bois, éloignés des voies normales : les hommes d’Auvergne sembleront parfois un peuple d’attardés, ou, ce qui est plus juste, ils resteront jeunes plus longtemps. Je ne les crois pas, quoi qu’on ait dit, plus superstitieux que d’autres gens de France ; mais ils sont plus entêtés dans leurs affections religieuses, ils éprouvent moins le besoin de changer de dieux et de temples. On a vu leur attachement aux génies des fontaines ; quand le dieu du Dôme reçut son congé, ils le remplacèrent par quelque démon ou quelque saint ; et, comme la montagne avait été le lieu le plus fréquenté des pèlerinages gaulois, elle devint le rendez-vous du chapitre général des sorciers de France. C’est l’Auvergne qui est le principal domicile des saintetés vieillottes, fées ou vierges noires.

Si les choses latines y ont pénétré après Vercingétorix, sans discussion ni combat, c’est par une marche à peine sensible, et par conquêtes très tardives. Jusqu’à plus amples recherches, les monuments romains sont beaucoup plus rares chez les Arvernes que chez les Éduens. La contrée de Clermont elle-même n’a pas encore donné de ces belles inscriptions lapidaires à gravure ciselée, à lignes graduées, à lettres régulières, chefs-d’œuvre de symétrie où excella l’industrie italienne. Les épitaphes sont courtes et talonnées. Les tombeaux ont une forme toute particulière : ce sont des pyramides tronquées, mal taillées et sans proportion, et la dédicace funéraire, qui manque parfois, est souvent réduite à des initiales : le monument, dans son ensemble, rappelle non pas l’autel ou le sarcophage classiques, mais le menhir gaulois, à peine dégrossi et ravalé par un ciseau malhabile. De tous les tombeaux gallo-romains de la terre celtique, les cippes arvernes sont les moins éloignés de la pierre solitaire et anonyme qu’affectionnaient les morts d’autrefois.

On prétend retrouver encore, dans certains cantons de l’Auvergne, les « braies » des premiers Gaulois ; les potiers de Lezoux ont gardé, peut-être sans interruption, la tradition des formes et des procédés de leurs prédécesseurs d’il y a vingt siècles. Aujourd’hui, la ville de Riom, qui est à la latitude de Trévoux et de Rochefort, pays de langue française, fait partie du domaine de la Langue d’Oc, et celui-ci s’avance encore vers le Nord, jusque près des plaines du Bourbonnais : à l’est et à l’ouest du plateau central, les dialectes septentrionaux, déposant leurs formes le long des plus grandes voies romaines, se sont écartés comme elles du massif des Puys, et l’Auvergne est demeurée plus longtemps fidèle aux parlers de jadis. De la même manière, l’idiome celtique ou les vieux patois locaux s’y sont perpétués tardivement : au beau milieu des invasions germaniques, on signale les efforts faits par les nobles du pays, pour dépouiller les écailles du langage celtique. Les Arvernes achevaient à peine de devenir romains, au moment où Rome cessa de leur commander. Mais alors, ayant accepté sans réserve le nom latin, ils en furent, contre les Goths, le principal rempart.

 

À suivre...

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