Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 09:37

              Vercingétorix

 

     Chapitre VI - Vercingétorix, ami de César.

 

4. De quelle manière César commandait à la Gaule.

 

Ce semestre de campagnes militaires et politiques (avril-septembre 58) présente donc en raccourci toute l’œuvre que les Romains se sont assignée en Gaule ; les quatre années qui suivirent (57-54) furent consacrées par César à développer le programme qu’il avait d’abord tracé.

À l’intérieur, il imposa l’hégémonie romaine aux différentes ligues qui, en 58, n’avaient point suivi l’exemple des Séquanes et des Éduens : celles des Belges au delà de la Marne, de l’Armorique sur l’Océan, des Aquitains non gaulois au sud de la Garonne. Mais, plus encore qu’à cette tâche intérieure, César s’appliqua à fixer et protéger la frontière de la Gaule. Du côté des Alpes, la route fut ouverte vers l’Italie ; les Cantabres furent rejetés en Espagne ; les Bretons, menacés sur leur île, n’eurent plus la tentation de secourir la Gaule ; et les Germains, deux fois attaqués chez eux, finirent par comprendre que le Rhin allait être la limite sacrée de la chose romaine. Ainsi, avant que la Gaule eût été franchement conquise, César en avait pacifié les abords : la future province était créée, pour ainsi dire, par le dehors.

Périodiquement, les cités gauloises alliées de César envoyaient à son camp des délégués, qui formaient, sous sa présidence ou sous sa protection, le conseil général des Gaules. Elles entretenaient des otages auprès de lui ; il s’approvisionnait chez elles de blé, de fourrage, d’armes et de munitions ; il entrait librement dans leurs places- fortes. Leur noblesse formait dans l’armée romaine la cavalerie auxiliaire. C’était le proconsul qui fixait leur contingent militaire. Il était le chef suprême des armées gauloises unies à ses légions. Il ne commandait pas à la Gaule d’une manière très différente de celle d’un Celtill ou d’un Bituit.

Les cités étaient libres de s’unir, comme autrefois, sous le principal des plus autorisées. Il y avait, comme avant l’arrivée de César, deux grandes ligues : les Éduens avaient recouvré leurs anciens clients, et en avaient acquis de nouveaux ; les Rèmes avaient remplacé les Séquanes et les Arvernes à la tête de la seconde confédération. Mais c’était l’amitié de César qui était la principale garantie de l’hégémonie de l’une et l’autre nations.

  À l’intérieur des cités, il respecta de même, au moins dans les premiers temps, les usages établis. Mais il s’ingéniait de manière à disposer des hommes et des décisions. Il les faisait gouverner par ses amis, ses protégés ou ses obligés. Ambiorix, un chef des Éburons, la plus indomptable et la plus sauvage des nations belges et l’avant-garde de la Gaule entre la Meuse et le Rhin, regardait César comme son bienfaiteur : il lui devait la liberté de son peuple et de son fils (en 57). Chez les Trévires, leurs voisins de la Moselle, le proconsul donna le pouvoir à Cingétorix, qui avait (peut-être dès 58) réclamé l’amitié du peuple romain. Il distribua sans doute à profusion ce titre d’ami, ami du peuple romain ou ami de César. La clientèle de César s’étendit sur la Gaule entière, plus encore que celle des Rèmes ou des Éduens.

Ainsi, la Gaule continuait à être tenue comme elle avait l’habitude de l’être, par les liens flottants de la foi jurée et de la vassalité personnelle. César n’était pas un proconsul commandant à des sujets de Rome ; c’était un chef suprême parlant à des amis et à des clients.

 

5. César restaure la royauté : Vercingétorix, ami de César.

 

Le sénat de Rome, s’il fut assez intelligent pour comprendre ce qui se passait à Bibracte ou à Reims, ne pouvait s’en réjouir. Un proconsul à sa dévotion aurait agi d’une autre manière. Ces procédés de César faisaient pressentir le dictateur, le candidat à la royauté. Avant d’être prince ou roi à Rome, il s’essayait à l’être en Gaule.

Aussi, se préparant à la tyrannie du monde et à la conquête de l’aristocratie romaine, ilcesar.jpg n’eut pas toujours pour les sénats des cités gauloises le respect et les attentions que Flamininus et Paul-Émile avaient témoignés à ceux de la Grèce. Le régime oligarchique des chefs ne trouva pas chez lui les sympathies exclusives que le patriciat éduen avait espérées. César ne tarda pas à moins s’inquiéter de ces aspirations monarchiques et populaires contre lesquelles Diviciac l'avait mis en garde. Du jour où il se crut le maître en Gaule, il pensa qu’il lui était profitable d’avoir comme amis des tyrans ou des rois gaulois. Après tout, leur situation ressemblerait un jour à la sienne, et, dans ses luttes contre la noblesse italienne, il trouverait un appui plus utile chez des rois amis de César que chez un sénat frère du peuple romain. Aussi peu à peu voyons-nous se réorganiser en Gaule, avec l’appui du proconsul, ces monarchies que Rome et César lui-même avaient contribué à renverser.

César avait fait hiverner ses légions chez les Carnutes en 57-56, et il s’y était cherché des amis. Le principal des chefs de cette nation, l’homme qui y avait le même rang que Vercingétorix chez les Arvernes ou Castic chez les Séquanes, était Tasget, fils ou descendant des rois du pays, le représentant de la famille souveraine à laquelle l’aristocratie avait enlevé le titre royal. Tasget s’était attaché à la fortune de César, le suivit dans ses guerres, se comporta près de lui à la Gauloise, bravement et loyalement. Aussi, dès l’année 56, et peut-être avec l’aide des légions, Tasget reçut de César l’investiture du pouvoir royal qu’avaient détenu ses ancêtres : la monarchie fut rétablie chez les Carnutes, à la grande colère des sénateurs du lieu, et à la surprise, sans doute, de ceux de la Gaule. — Les Sénons étaient, comme les Carnutes, un peuple d’une grande puissance et d’une haute influence. Au moment de l’arrivée de César, ils obéissaient à leur roi Moritasg, descendant d’une ancienne dynastie : ils réussirent, vers ce temps-là, à se débarrasser de la royauté ; mais plus tard le proconsul leur imposa comme monarque le frère même de Moritasg, Cavarin. — Ces deux faits ne peuvent être des exceptions : nous ne voyons nulle part César substituant à la monarchie le régime sénatorial, et nous connaissons le nom de quelques rois dont il s’est fait le créateur. Quand les familles royales lui manquaient dans un pays, il cherchait ailleurs. Commius, qu’il fit roi chez les Morins (en 57 ?), était un Atrébate. Et c’est parce qu’il aimait à forger des rois que, en manière de plaisanterie, il offrait quelque royauté gauloise aux Romains qui cherchaient fortune près de lui.

Il y a plus. Le bruit courut en Gaule qu’il avait fait espérer à Dumnorix le titre de roi des Éduens. Dumnorix avait affirmé ce propos devant le sénat de son peuple ; César le rapporte sans le démentir, et j’incline à croire qu’il a fait l’offre, soit sincèrement, pour s’attacher Dumnorix, le plus célèbre et le plus influent des chefs gaulois, soit par une double ruse, pour le brouiller avec les sénateurs éduens et les tenir en respect sous la menace de la monarchie.

Ce fut dans des intentions semblables que le proconsul donna le titre d’ami, mais d’ami de César, à Vercingétorix. Le fils de Celtill était le chef du clan le plus puissant de l’Auvergne ; son père avait failli être roi et avait commandé à toute la Gaule ; il pouvait, le moment venu, s’inspirer des souvenirs paternels, et prétendre aux mêmes rôles qu’Orgétorix et Dumnorix. César prit les devants ; il crut se le concilier en lui attribuant le titre d’ami ; peut-être même lui fit-il, comme à Dumnorix, la vague promesse d’une royauté sur son peuple.

 

À suivre...

Partager cet article
Repost0
26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 06:47

   Saint-Witz est une petite ville du Val d’Oise, comptant près de 3 000 habitants. Situé à une trentaine de kilomètres au nord-est de Paris et à 17 km de Chantilly, la commune aujourd’hui en plein expansion (pour le meilleur et pour le pire), est dominée par une colline. Celle-ci, au centre de grandes étendues plates, lui valut dès le IIe siècle, l’appellation  de Mont-Médius (le Mont du milieu) donnée par les romains. Puis, au cours des siècles, le nom se transforme maintes fois en diverses dénominations, telles que Mont-Melianus, Montmilliant, Mons-Melii, Monsmediolanus ou Mons-Medius, jusqu’à devenir de nos jours Montmélian, non sans avoir subi différentes orthographes.colline-de-montmelian.JPG

La colline de Montmélian fut un lieu de culte pour les Gaulois qui venait y vénérer Teutates. Le sommet de la colline, entièrement boisée, est couvert d’arbres feuillus, principalement chênes, ormes et châtaigniers. Or, pour les Gaulois, la forêt détenait un pouvoir sacré, c’était le centre de la vie religieuse. On y pratiquait le culte de Teutates, on s’y réunissait autour des druides pour les fêtes et les cérémonies. La forêt présentait aussi de nombreux avantages et offrait quantité de facilités : ses chênes fournissaient des glands dont se nourrissaient les porcs ; les fruits du cornouiller mis à fermenter donnaient la cervoise, boisson favorite des gaulois. De plus, elle abritait sangliers, cerfs et daims qui constituaient des mets particulièrement appréciés lors des fêtes. Les menuisiers et charpentiers, y trouvaient le bois nécessaire à la construction des habitations ou autres.

  Les hommes s’y sont donc installés et ont transformé le paysage naturel de landes et de buissons. Ils ont chassé le cerf et le sanglier, ont défriché les broussailles, les bois, ont cultivé la terre, surtout les céréales et ont élevé des bovins et des porcs.

 

  Conquise par César, la Gaule se romanise. Sur la colline du Mont mélius, Mercure remplace Teutates. De nouveaux habitants s’installent dans le pays. Ils établissent un castrum avec garnison et temple où l’on adore le dieu Mercure. Autour de cette place fortifiée gallo-romaine, des paysans et des artisans viennent s’établir. Ils formeront plus tard le premier village de Saint-Witz.

  Dans toute la région, de nombreux sites d’habitat et des exploitations agricoles isolées se créent et témoignent d’une période prospère qui s’étendra jusqu’aux premières invasions barbares de la fin du troisième siècle. Le nombre et la dispersion des sites d’habitats gallo-romains identifiés par les archéologues en sont la preuve.

 

     L'ère chrétienne.

 

  Au IIIe siècle, Régulus d’Arles (appelé aussi Saint Rieul), originaire d’Argos (Grèce) quitta la Provence pour évangéliser le nord de la Gaule. Se dirigeant vers la Picardie pour y prêcher l’Évangile, il apprit en faisant halte à Louvres, qu’une foule était réunie sur la colline de Montmélian pour adorer Mercure et se livrer au commerce. Il s’y rendit aussitôt.

  Ses talents de prédicateur firent merveille et par la grâce de Dieu, ses paroles ébranlèrent la foule. Puis, touchant de son bâton de voyageur la statue du dieu païen, celle-ci s’écroula. A cette vue, beaucoup se convertirent et, rentrés dans leurs foyers, racontèrent ce dont ils avaient été témoins. Saint Rieul invita aussitôt tous les assistants à adorer le vrai Dieu. Il édifia sur les lieux un Temple (probablement celui de Mercure modifié) et pour la première fois, le Saint Sacrifice fut célébré sur la colline. Il dédia cette nouvelle église à Notre Dame qui, depuis, est protectrice de la colline. Ce sanctuaire à la Vierge Marie servit de paroisse aux foyers proches et accueillit des pèlerins qui venaient à certaines fêtes où à l’occasion de foires ou de marchés. Ainsi naquit le pèlerinage à Notre Dame de Montmélian qui existe toujours. Saint Rieul poursuivit son œuvre d’évangélisation jusqu’à Senlis dont il devint le Saint patron.

 

Photo : le blog de Jean le Francilien et Tigroo le chat

 

Source : Saint Witz à travers l'Histoire, Anne-Marie Weisse et Marie-France Minaud (disponible à la mairie de Saint-Witz)

Partager cet article
Repost0
25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 08:19

                                                             Vercingétorix

 

      Chapitre VI - Vercingétorix, ami de César.

 

1. L'aristocratie lutte contre le parti national.

 

Le parti national des chefs populaires avait deux principaux ennemis : au dedans de la Gaule, les sénats locaux, désireux de garder l’autorité publique ; au delà des frontières. César, qui préparait ses légions.

Quand il quitta l’Italie, il trouva sa besogne à moitié faite par les sénateurs gaulois. Grâce à leur vigilance, le triumvirat royal d’Orgétorix, Dumnorix, Castic ne put se constituer. Les chefs helvètes, avertis à temps, se débarrassèrent d’Orgétorix, soit en le tuant eux-mêmes, soit en l’invitant au suicide. Dumnorix fut étroitement surveillé par le vergobret en charge et par son frère Diviciac, revenu de Rome. Le séquane Castic disparaît de l’histoire. Une fois de plus l’aristocratie déclara qu’elle avait sauvé les libertés de son pays, ce qui voulait dire qu’elle avait assuré à nouveau sa propre domination. En Gaule comme en Grèce, elle empêchait âprement les peuples de se rapprocher, les vastes patries de naître. L’étranger était le favori de son égoïsme conservateur. Les Éduens avaient, en la personne de Diviciac, à la fois leur Antalcidas et leur Polybe.

Mais le péril était encore très grand pour les patriciens gaulois. Derrière les forêts desDumnorix-cita Vosges, Arioviste amassait de nouvelles espérances. À Bibracte même, Dumnorix ne renonçait à aucun de ses projets ; c’était un homme d’une ambition tenace, d’un esprit retors, d’un caractère souple, qui savait vouloir, attendre et se taire. Enfin, les Helvètes n’abandonnèrent point leur résolution de s’établir dans l’Ouest : leurs préparatifs étaient achevés, leur migration commença (début de 58). Dumnorix avait conservé d’excellentes relations et des attaches de famille chez les Séquanes, les Bituriges et d’autres peuples ; il demeurait l’ami des Helvètes, il avait parmi eux ses beaux-frères, les fils d’Orgétorix, auxquels la nation avait laissé leur rang ; le chef éduen se tint prêt à accueillir les émigrés, en dépit de son sénat, et comme auxiliaires à ses entreprises sur la Gaule.

 

2. Arrivée, projets politiques et auxiliaires de César.

 

C’est alors que César apparut sur le Rhône, qui, de Lyon à Genève, formait la frontière de la province romaine et de la Gaule indépendante. Il venait, lui aussi, pour conquérir cette Gaule. Mais il voulait cette conquête à la fois plus nettement et moins ouvertement que Dumnorix et qu’Arioviste.

Jamais proconsul de Rome ne sut plus exactement, dès le jour de son entrée en charge, jusqu’où il souhaitait aller. L’ambition de César, en Gaule et ailleurs, eut en même temps un caractère scientifique et une allure impériale, elle fut précise et prestigieuse. Il commença par marquer nettement les frontières du pays qu’il avait à conquérir : les Pyrénées, le Rhin et l’Océan. Avant d’écrire ses Commentaires, comme avant de commencer ses campagnes, il traça les limites géographiques qu’il assignait à la Gaule, et il n’est pas bien sûr qu’il n’ait pas été lui-même l’inventeur heureux de ces limites : si le Rhin, depuis tant de siècles, passe pour être la fin de la Gaule, n’est-ce pas surtout parce que César a dit qu’il l’était, et a voulu qu’il le fût ? Et ayant ainsi dessiné ce pays, depuis les monts du Sud jusqu’au grand fleuve, il a arrêté qu’il serait son empire.

Mais s’il le savait, il ne le disait pas. Il eut l’air de venir en Gaule malgré lui. Il se fit appeler, désirer, caresser des sénateurs gaulois. Chacune de ses campagnes militaires fut précédée d’une campagne diplomatique, qui prépara et justifia l’autre. Pendant l’hiver, les amis gaulois de César parlaient et négociaient ; puis, au printemps, comme s’il ne faisait que marcher sur l’invitation d’un conseil d’alliés, César se mettait en route. Il se proposait à peine, il ne s’imposait jamais. Il trouva toujours des prétextes autres que son ambition : pour intervenir, le sénatus-consulte qui ordonnait de protéger les Éduens ; pour combattre, l’appel des Éduens menacés par les Helvètes ; pour rester, la protestation de l’assemblée des Gaules contre la tyrannie d’Arioviste. Il y eut, pour tromper la galerie des auxiliaires et empêcher les imprudences de la soldatesque, d’étonnantes mises en scène : poignées de mains entre Romains et Barbares, cortèges fraternels d’amis des deux nations, allées et venues incessantes entre un conseil gaulois et le camp de César. Une façade celtique dissimulait l’œuvre latine.

Quelques Gaulois, sans doute, s’y laissèrent prendre. D’autres ne demandèrent pas mieux que de se faire tromper. Les Éduens regardèrent César et ses légions comme un appui inespéré : grâce aux nouveaux venus, ils rêvèrent d’établir enfin, après les Arvernes et les Séquanes, leur principat sur la Gaule entière. Les aristocraties pourront, de leur côté, César étant là, se délivrer pour longtemps des aspirants à la tyrannie, qui sont autant de gêneurs pour la politique romaine. Aussi, dès qu’il pénètre en Gaule, il a près de lui des chefs séquanes et d’autres, les patriciens et le vergobret même des Éduens, et la cavalerie presque entière de ce dernier peuple : comme Dumnorix la commande, le général, averti, fait mettre des gardes à ce dangereux personnage. Si les Éduens sont les auxiliaires du proconsul, il est regardé par eux et d’autres Gaulois comme un auxiliaire supérieur, tels qu’avaient été d’abord Arioviste ou Orgétorix. César et l’aristocratie celtique unissaient leurs ambitions, en attendant de se duper l’un l’autre.

 

3. La Gaule soumise à César.

 

Au début, les deux alliés parurent tirer un égal profit des opérations militaires.

La défaite des Helvètes compléta la ruine du parti national. Dumnorix demeura en otage entre les mains de César ; des délégués de toute la Gaule vinrent complimenter le vainqueur, et, avec son assentiment, se formèrent en assemblée générale ; il fut reconnu comme un bienfaiteur par l’aristocratie. — Puis, au delà des Helvètes, il alla chercher Arioviste et le rejeta sur la rive droite du Rhin. Ce que faisant, il délivra les Séquanes d’une grande honte, les Éduens d’un grand péril. — Enfin, il continua à servir les intérêts du peuple de Diviciac : après l’expulsion des Germains, l’autorité des Éduens devint grande partout, et ils se crurent les premiers de la Gaule.

Ils l’étaient en effet, mais après Jules César et grâce à lui.

César s’était d’abord attaché la Gaule par la reconnaissance. Ces deux campagnes contre les Helvètes et les Germains avaient eu lieu la première année de la présence effective des Romains au delà du Rhône (58), et dès lors César avait trouvé et appliqué les bienheureuses formules qui, jusqu’à la fin de l’empire, serviront à définir l’œuvre gauloise du peuple-roi. Les Helvètes renvoyés chez eux et maintenus sur la rive citérieure du Rhin : c’est l’indice que les va-et-vient des tribus à l’intérieur, si contraires à la stabilité politique, vont prendre fin, et que les nations celtiques doivent désormais vivre et travailler chez elles, en acceptant et en gardant leurs frontières. Les Suèves d’Arioviste rejetés sur la rive ultérieure : c’est la Gaule interdite aux migrations lointaines, protégée par Rome et la protégeant à son tour contre un retour offensif de Cimbres et de Teutons. Comme ce double résultat profitait aux Celtes plus encore qu’à l’Italie, les amis gaulois de César pouvaient, sans lâcheté, célébrer son œuvre dans les assemblées de leurs nations.

L’admiration les menait sans doute aussi à César. Vraiment, le nouveau proconsul de la Province était le chef le plus glorieux que Rome eût encore envoyé sur les bords du Rhône. Quelle différence d’avec ces misérables concussionnaires qui l’avaient précédé ! Il rappelait son oncle Marins, qui avait vengé à Aix, sur les Teutons, l’humiliation de la Gaule entière. Encore Marius avait-il mis trois ans avant d’en finir avec les Barbares : en un semestre, deux batailles, César avait brisé à la fois Helvètes et Germains. Il s’était montré dans ces affaires un chef prodigieux : beau parleur, il avait accablé Arioviste et Divico l’Helvète sous le poids de ses arguments ; bon soldat, il avait commandé lui-même l’aile qui avait décidé de la principale victoire ; dans sa marche vers le Rhin, il n’avait eu peur ni de la fatigue de sept longues étapes, ni de ses soldats qui murmuraient, ni des mystères des forêts qu’il dut traverser. Il avait le geste imperturbable du héros qui marche d’accord avec les dieux.

C’étaient les dieux, pouvait-on dire encore, qui lui donnaient la Gaule. La défaite d’ Arioviste, habilement exploitée par le proconsul, ressemblait à une décision des puissances souveraines. Le chef germain avait dit, avant le combat, que la Gaule lui appartenait par droit de conquête ; et César avait répondu la même chose, en rappelant la victoire du sénat sur Bituit. Puis la bataille avait eu lieu, non par surprise, mais offerte par César, imposée enfin par lui à son adversaire, engagée solennellement, dans une vaste plaine, ainsi qu’en un champ clos où le ciel est pris comme témoin et comme arbitre. Et le ciel jugeait moins sur la liberté de la Gaule que sur le nom de ses maîtres. Les dieux se prononcèrent en faveur de César.

Le hasard des lieux achevait de favoriser le proconsul. Ses deux campagnes l’avaient obligé de traverser le pays des Éduens et celui des Séquanes, il commandait à Bibracte et à Besançon ; et ces deux peuples, étant les chefs des deux grands partis gaulois, mettaient presque toute la Gaule dans la foi de César.

Il en résulta qu’après la fuite d’Arioviste, dans l’automne de 58, César était maître de la Gaule celtique sans l’avoir combattue.

Cette suzeraineté fut-elle, non pas simulée et implicite, mais acceptée et formulée ? Y eut-il un acte précis par lequel les peuples principaux de la Gaule reconnurent la majesté du nom romain ? Éduens, Séquanes et Arvernes prononcèrent-ils devant César des paroles définitives, comme celles par lesquelles les Rèmes s’engagèrent l’année suivante ? Ils se confiaient, eux et tous leurs biens, à la foi et au pouvoir du peuple romain ; ils étaient prêts à livrer à César des otages, à exécuter ses mandats, à lui ouvrir leurs villes fortes, à l’assister de convois de grains ou autrement. Rien ne prouve que ces déclarations aient été faites en 58 : mais César fit, dès cette première année, comme s’il les avait entendues. Cette Gaule, qui était la plus inquiète des nations, qui avait un si long passé d’indépendance et de gloire, qui était alors, l’Égypte exceptée, la chose la plus vivante du monde. César, sans rien dire, lui confisqua la liberté. Ce fut, dans la vie du proconsul, un nouveau miracle d’audace heureuse et tranquille.

 

À suivre...

Partager cet article
Repost0
23 janvier 2012 1 23 /01 /janvier /2012 06:53

  On a longtemps crut que les Égyptiens avaient été les premiers à fabriquer de la bière. Or, des découvertes successives ont montré que le Moyen-Orient ancien avait connu ce breuvage. L'antique civilisation sumérienne nous a légué les premières traces écrites concernant la bière connues à ce jour : des textes gravés en caractères cunéiformes sur des tablettes d'argile, remontant à plus de six mille ans, attestent que parmi les victuailles des festins, la bière était omniprésente. Mais il est vraisemblable que les origines de ce breuvage sont encore plus anciennes .

  La bière a dû apparaître, en effet, à l'âge néolithique, dès que les premiers hommes ont commencé à récolter les céréales et à les conserver pour une consommation ultérieure. Par la cuisson des graines et leur fermentation dans l'eau, l'homme des cavernes a pu produire une boisson à la fois nourrissante, désaltérante et se conservant facilement.
  Appelée Sikaru et fabriquée généralement à partir d'orge, la boisson que consomment les Sumériens est déjà un produit complexe. Les Égyptiens montrèrent très tôt une dilection pour "le vin d'orge", qui fut leur boisson nationale. Les techniques de fabrication utilisées à l'époque, décrites sur les fresques de monuments et sur des papyrus, consistaient à broyer en farine les céréales (orge, millet, épautre –› variété de blé), puis, additionnées d'un peu d'eau, à former des pains avant d'être cuites au four, permettant ainsi de les conserver et de les transporter.

  À la même époque, à l'autre bout du monde, les Chinois connaissent également la bière et sont, techniquement, bien plus avancé que les civilisations se trouvant sur les bords de la Méditerranée. Le Tsiou, comme ils l'appellent, est une boisson à base de millet, bien clarifiée et ayant achevé sa fermentation. Il ne s'agit déjà plus de pain liquide, mais d'une liqueur enivrante. Les civilisations grecques et romaines n'accordèrent pas la même faveur à la bière que les Égyptiens qui la leur avaient fait connaître. Elles vont être les premières cultures à se détourner de la bière, au profit du vin, symbole du sang du Christ dès le début de la chrétienté.
   C'est pourtant, sous l'influence de Rome que la bière fut introduite dans la péninsule ibérique, et qui sera à l'origine de la diffusion de la bière en Gaule.
   Les Germains l'adoptèrent au Ier siècle avant notre ère. Ils la fabriquaient avec de l'orge, du froment ou de l'avoine malté et l'aromatisaient avec du miel ou du gingembre. Ils en transmirent l'usage aux pays du nord, qui en firent leur boisson exclusive après le IIIe siècle après J.C. À l'époque, on ne parlait pas de bière, mais de cervesia (“cervoise”). Ce terme évoquait la Ceresis vitis (“vigne de Cérès”) et faisait référence à la légende selon laquelle Cérès, déesse des moissons et des céréales, aurait découvert la boisson et en aurait fait bénéficier les peuples dont les terres ne se prêtaient pas à latonneau.jpg

culture de la vigne. La cervoise était donc appréciée des Gaulois. La popularité qu'elle allait connaître tient notamment, à la crainte des maladies que pouvait provoquer la consommation d'eau de mauvaise qualité. Par sa fabrication, la cervoise apparaissait donc comme une boisson sans risque. De ce fait, elle s'intégra à l'alimentation quotidienne. La préparation ressemblait fort à celle des Anciens. Toutefois, la brasserie progressa. Aux Gaulois revient le mérite d'avoir inventé le foudre et le tonneau en bois. Le premier était réservé à la fermentation et à la maturation, le second à la conservation et au transport.

 

     La fabrication.


  La première étape est le maltage (on trouve des malts dans le commerce). Les Gaulois conservaient leurs céréales dans des silos, les grains germaient au contact des parois et dégageaient du gaz carbonique en quantité suffisante pour éviter que la germination ne s’étende à tout le silo (le gaz carbonique protégeait les grains de l’oxydation). On peut imaginer qu’un jour une Gauloise ait eu l’idée de récupérer ces grains germés, de les griller juste un peu pour les conserver plus longtemps, et le malt était prêt ! La couleur de la cervoise dépendra de l’intensité du grillage : blanc, blond, ambré, chocolat…

Le brassage a pour but de transformer l’amidon en sucre, mutation largement favoriséecervoise-brasseur.jpg par les enzymes et bactéries contenues dans le malt d’orge. On peut mélanger au malt d’orge d’autres malts ou des farines. Un beau jour de printemps, la Gauloise se mit en tête de préparer un gruau avec son orge germée. Quelques tours de meule pour disposer d’une farine grossière, de l’eau chaude, un chaudron, le brassin est prêt. Mais les aléas des travaux domestiques ont éloigné la Gauloise de son feu qui s’est presque éteint… On connaît la suite : le gruau commençait à fermenter !

Pendant longtemps, il y eut des préparations très variées, on parlait de pain qui se boit ou de cervoise qui se mange, cela jusqu’au Moyen-Âge. Le temps passe, les expériences se succèdent jusqu’à  la fabrication du pain levé à la levure de bière et de la bière, ou plutôt de la Cervoise. La mise au point a été délicate, car sans thermomètre il était difficile de maitriser la température de cuisson des ingrédients utiles à la fabrication de la boisson tant appréciée par les Gaulois.

Pour préparer 20 litres de cervoise, faire bouillir 4 litres d’eau, ajouter 8 litres d’eau à température ambiante et jeter 4 kg de malt moulu (eau à 50°). Attendre en remuant, en brassant. Prélever un tiers du mélange, le porter à ébullition et reverser, brasser (mélange à 61°).

Recommencer un peu plus tard (mélange à 72°), brasser. Filtrer à travers un tissu (le résidu, les drèches, contient encore du sucre et sera utilisé en cuisine). Passer huit litre d’eau très chaude (deux tiers d’eau bouillante pour un tiers d’eau à température, soit 78°), mélanger et laisser reposer. L’originalité de le cervoise tiendra à la qualité de l’eau, au mélange de malts, aux assemblages complexes, aux degrés de caramélisation, en un mot aux secrets de fabrication

Le mélange brassé, procéder à la fermentation après avoir aromatisé la cervoise (l’appellation de bière est réservée aux cervoises aromatisés au houblon). On fait bouillir le mélange avec des plantes aromatiques : des fleurs de sureau séchés, de l’aneth, des racines de benoîte, de la camomille… et on chaptalise avec du miel !

La fermentation « haute » est la plus simple, elle se déroule à température ambiante (18 à 24° C). Ajouter les levures, de préférence après les avoir délayées dans un fond de cuve avec un bol d’eau sucrée tiède. Mélanger, laisser fermenter une semaine. Rien n’est simple, il faut choisir la levure spécialisée, à moins de prendre simplement de la levure de… bière.

La cervoise est terminée mais trouble. Pour faciliter la décantation, la mettre au froid.la cervoise La cervoise est vraiment terminée. Pour obtenir bulles et mousse, il suffira d’ajouter du sucre sous forme de miel, à raison de 6 à 9g par litre. Mettre en bouteille ou consommer directement depuis un fût en fermentation. Tous les brasseurs s’accordent pour affirmer qu’il n’y a ni bonne cervoise ni bonne bière sans une eau spéciale, en générale de l’eau de source issue de massifs granitiques, légèrement acide. Les eaux calcaires sont rarement utilisées. Exclure les eaux chlorées.

 

Dans leur ouvrage "La cuisine gauloise continue" (éd. Bibracte & Bleu autour), Anne Flouest et Jean-Paul Romac nous proposent différentes recettes de cervoises : Cervoise à la fleur de sureau ; cervoise à la camomille ; aux petits fruits sauvages ; à l'aneth et au gigembre ; la cervoise du druide ; cervoise au vin de merise ; la petite cervoise de ménage...

 

Sources : http://jean.balsalobre.pagesperso-orange.fr Histoire de la bière - La cuisine gauloise continue, Anne Flouest et Jean-Paul Romac éd. Bibracte & Bleu autour

Partager cet article
Repost0
21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 16:13

              Vercingétorix

 

      Chapitre V - Celtill, père de Vercingétorix

 

7. Victoire de la première avec l’aide des Germains.

 

Ce qui devait se produire arriva. Au lieu d’avoir les Germains en grosses masses, comme au temps des Cimbres, la Gaule les eut par bandes. Il y avait toujours, sur l’autre rive du Rhin, des hordes germaniques à la recherche d’aventures et de terres. A l’appel des Arvernes et des Séquanes, il en accourut quelques-unes sous les ordres d’Arioviste. Les Éduens furent battus (71-61 av. notre ère).

Le parti opposé triompha. Mais comme, dans les dernières affaires, c’étaient les Séquanes et non les Arvernes qui avaient eu le principal rôle, le premier de ces peuples prit pour lui la prééminence dans la ligue qui l’avait emporté. Les chefs de Besançon eurent le pas sur ceux de Gergovie. Au fur et à mesure que les Germains se mêlaient des choses celtiques, l’axe politique de la Gaule se déplaçait. Il reculait vers l’Est. Bientôt, il semblera passer même chez les Helvètes.

Les Séquanes, avec l’appui d’Arioviste, essayèrent davantage. Ils voulurent imposer leur suprématie, aux Éduens et à leurs amis. Il semble qu’ils aient réussi, et que par là une certaine communauté de dépendance fût rétablie chez les Celtes de la Gaule centrale.

Il est à peine besoin d’ajouter que jamais union ne fut plus précaire et plus nominale. D’abord les, Éduens ne cessaient de grincer des dents et d’invoquer le sénat. Puis Arioviste se persuada qu’il valait mieux travailler pour son propre compte : il se fit remettre les otages et les tributs qui revenaient de droit aux Séquanes ; il s’installa chez eux en se faisant octroyer le tiers de leurs terres ; il demanda bientôt d’autres territoires pour de nouvelles troupes qu’il appelait. — Il y avait cinquante ans, la Gaule avait vu la bande germaine qui détruit et qui s’échappe ; elle voyait maintenant celle qui s’arrête et qui s’établit. Déjà apparaissait dans son histoire cette succession de faits qui, quatre ou cinq siècles plus tard, constitueront les invasions germaniques.

Arioviste, commandant aux Séquanes auxquels la Gaule paraissait soumise, revendiquait avec outrecuidance l’empire des nations celtiques, comme, après la défaite de Bituit, le sénat romain avait cru pouvoir y prétendre.

Le sénat de ce temps, celui de Cicéron, fort occupé des affaires intérieures ou des triomphes orientaux de Pompée, comprit assez mal ces événements lointains de l’Occident. Les députés gaulois qui vinrent le trouver contribuèrent médiocrement à l’éclairer. Ne sachant plus quel peuple favoriser, il les caressait tous également. Le roi des Séquanes, la nation éduenne, n’étaient-ils pas également ses amis ? En 89 même, on donna à Arioviste ce titre convoité, comme si l’on sanctionnait par là ses prétentions sur la Gaule. Peut-être les sénateurs bornaient-ils leur politique à souhaiter à tous ces Barbares une haine réciproque.

Mais que les Gaulois, suivant leurs penchants, se rassurent ou s’inquiètent. Cette indifférence de Rome ne sera pas éternelle. Deux faits se produisent, l’un qui légitime, l’autre qui annonce son intervention. — En 61, un sénatus-consulte de quelques lignes promet assistance au peuple éduen, et cela devait suffire le jour où un proconsul aurait le désir de franchir le Rhône au confluent. Et deux ans plus tard, en 89, César reçoit ce proconsulat des Gaules dont il attendait la gloire et la richesse.

Comme la Grèce prise entre Philippe et le sénat, la Gaule voyait à son horizon un double nuage, celui de Rome qui se formait lentement vers le Sud, celui de la Germanie qui éclatait déjà dans le Nord.

 

8. Le parti national : Orgétorix et Dumnorix.

 

Le seul moyen de salut qui lui restât était dans l’union de toutes ses cités. Un pouvoir respecté au-dessus de chaque peuplade, les chefs de nations étroitement fédérés : peut-être n’était-il pas trop tard pour réaliser ce dessein. Les plus grands chefs de clans des principales nations résolurent cette tentative : Orgétorix chez les Helvètes, Dumnorix chez les Éduens, Castic chez les Séquanes, un autre chez les Bituriges. Le complot ne paraît pas avoir eu d’adhérents chez les Arvernes : Vercingétorix, le fils de Celtill, était fort jeune encore, et les autres chefs de son peuple ne furent pas compromis dans cette entreprise.

Les conjurés s’unirent entre eux par des mariages, présages de la confédération future. orgetorix-Rhone.gifOrgétorix donna sa fille à Dumnorix, et tous deux devinrent les vrais artisans du complot national. Chacun chez soi, les chefs devaient se mettre à la tête des mécontents et de la tourbe des plébéiens, et préparer dans leur cité la chute de l’aristocratie et le rétablissement à leur profit de la royauté. Orgétorix serait roi des Helvètes, Dumnorix, des Éduens ; Castic, dont le père avait été roi chez les Séquanes, reconquerrait le titre dont les nobles l’avaient écarté. Enfin les Helvètes s’apprêtèrent à quitter leur pays, où ils étaient trop nombreux, pressés par les Germains et bloqués par la montagne ; ils se fixeraient quelque part dans les grandes plaines vacantes de l’Ouest : mais, en cours de route, leur armée, brochant sur toute la Gaule, en assurerait l’empire à Orgétorix, Dumnorix et leurs amis (61-59 avant notre ère).

Malgré toutes ses discordes, la Gaule n’avait donc point perdu le goût de la liberté et le sentiment national. La pensée de devenir un seul empire végétait toujours dans les diverses cités. Le patriotisme celtique était, comme le panhellénisme, un sentiment léger et subtil, se dissipant sous le souffle d’un orage plus fort, se reformant aussi vite qu’il se dispersait. À tous les moments de crise, il se leva des hommes d’une ambition intelligente pour dire que, s’il fallait avoir des maîtres, mieux valait obéir à des Gaulois. Entre les alliés de Rome et les victimes des Germains, Orgétorix et Dumnorix constituèrent un tiers parti, fédéral et national, monarchique et populaire, et ils se liguèrent pour rétablir l’union faite jadis par l’arverne Celtill.

 

À suivre...

Partager cet article
Repost0
19 janvier 2012 4 19 /01 /janvier /2012 06:45

Depuis le Ier siècle, la religion chrétienne fait l'objet dans l'ensemble de l'Empire, de persécutions de la part des autorités romaines. En Gaule, l'épisode le plus connu de ces persécutions est celui des martyrs de Lyon (Lugdunum) en 177, sous le règne de Marc Aurèle ; mais c'est sous le règne de Dioclétien (284-305) que les chrétiens de l'empire seront les plus opprimés.

  La victoire de Constantin (306-337) contre Maxence, le 28 octobre 312, lors de la bataille du pont Milvius près de Rome, marque le début d'une ère nouvelle pour les chrétiens. En effet, avant d'engager le combat, l'empereur Constantin s'est placé sous la protection du Christ en inscrivant notamment, sur les boucliers de ses soldats, les deux premières lettres en grec de celui-ci. À partir de ce moment, tous les empereurs romains, à l'exception de Julien (361-363), sont chrétiens tandis que le paganisme reste la religion officielle de l'État romain jusqu'à la fin du IVe siècle.

  Logiquement, l'adhésion des empereurs à la religion chrétienne va très progressivement avoir une influence sur la population de l'Empire, à commencer par les  représentants de l'autorité romaine.


PRÉFETS DE LA VILLE DE ROME *

de la mort de Constantin à la mort de Constance II

______________________________________________

CONVICTION

RELIGIEUSE

________________

Maecilius Hilarianus (13 janvier 338 - 14 juillet 339) Probablement païen
L. Turcius Apronianus (14 juillet - 25 octobre 339) Probablement païen
Fabius Titianus (25 octobre 339 - 25 février 341) Païen
Aurelius Celsinus (25 février 341 - 1er avril 342) Païen
Lollianus Mavortius (1er avril - 6 juillet 342) Païen
Catullinus Philomatius (6 juillet 342 - 11 avril 344) Païen
Q. Rusticus (11 avril 344 - 5 juillet 345)

 ?

Petronius Probinus (5 juillet 345 - 26 décembre 346) Probablement chrétien
Caecilianus Placidus (26 décembre 346 - 12 juin 347) Païen
Ulpius Limenius (12 juin 347 - 8 avril 349) Païen
Flavius hermegones (19 mai 349 - 27 février 350) Probablement païen
Fabius Titianus (27 février 350 - 1er mars 351) Païen
Aurelius Celsinus (1er mars - 12 mai 351) Païen
Celius Probatus (12 mai - 7 juin 351)  ?
Clodius Celsinus Adelphius (7 juin - 18 décembre 351)
Probablement chrétien
L. Aradius Valerius Proculus (18 décembre - 9 septembre 352)  Païen 
Septimius Mnasea (9 - 26 septembre 352)   
Naeratius Cerealis (26 septembre 352 - 8 décembre 353)  Chrétien 
Memmius Vitrasius Orfitus (8 décembre 353 - 13 juin 356)  Païen 
Flavius Leontius (10 novembre 356)   Probablement chrétien 
Memmius Vitrasius Orfitus (28 avril 357 - 25 mars 359)  Païen 
Junius Bassus (25 août 359)
Chrétien
Tertullus (Automne 359 - automne 361)  Païen 

 

* Créée durant la monarchie romaine, la fonction de Prefet de la ville a continué à exister durant la République et a pris une grande importance dans l'antiquité tardive.

Partager cet article
Repost0
18 janvier 2012 3 18 /01 /janvier /2012 05:43

              Vercingétorix

 

     Chapitre V - Celtill, père de Vercingétorix.

 

5. L'aristocratie arverne renverse Celtill.

 

Mais la notion d’un grand empire se séparait rarement de celle d’une grande monarchie. Ce fut un roi que ce biturige Ambigat dont les Gaulois célébraient encore la légendaire domination. Bituit avait eu, de la royauté, la réalité et l’appareil. Celtill aspira à lui ressembler, et à changer son titre contre celui de roi.

Ce Celtill fut, sans nul doute, un chef semblable à d’autres chefs, mais plus riche et plus influent que ses rivaux. Nous devinons sans peine comment il procéda, l’histoire est banale dans l’antiquité. Il avait plus d’amis que les autres nobles, plus d’esclaves, de mercenaires, de clients, de parasites et de débiteurs. Un parti put se former autour de lui, plébéien, militaire et monarchique ; et ce parti ne différa guère de ceux que groupèrent les Pisistrates à Athènes ou Manlius à Rome, guettant la royauté de leur nation à travers la faveur populaire et le prestige de la gloire des armes.

Les autres chefs furent les plus forts. Ils réservèrent à Celtill le sort prévu par la celti.jpgcoutume des peuples anciens contre les aspirants à la tyrannie, celui que les patriciens avaient infligé à Manlius. Il fut condamné à mort. Le jugement fut solennel, public, porté par la cité tout entière contre celui qui avait voulu lui faire violence. Puis l’exécution eut lieu : l’usage était que le coupable pérît sur le bûcher, voué aux dieux du peuple outragé.

Les Arvernes frappèrent l’homme et ne touchèrent pas à la famille. Ils ne lui imputèrent pas le crime de son chef. C’est ainsi qu’après l’expulsion de Tarquin le Tyran ses congénères demeurèrent à Rome et purent aspirer à la gouverner par des moyens légitimes ; aucune grave malédiction ne fut portée non plus contre la race dont Manlius était sorti. Les dieux se contentaient d’abord de la victime désignée par la faute.

Le frère de Celtill, Gobannitio, conserva chez les Arvernes son rang et son influence. On peut même soupçonner ce Gobannitio d’avoir aidé à renverser son frère. Les aspirants à la tyrannie eurent souvent dans leur famille leurs pires adversaires : Brutus et Tarquin Collatin frondèrent contre le chef de leur clan le gouvernement des patriciens de Rome ; et l’Éduen Dumnorix, qui rêvera d’imiter Celtill, se heurtera à son frère Diviciac. Gobannitio allait devenir un des gardiens les plus vigilants de celte autorité des grands que son frère Celtill avait tenté de renverser.

Celtill laissait un fils en bas âge, nommé Vercingétorix. Les Arvernes furent plus cléments pour lui que les Romains ne l’avaient été pour le fils de Bituit. Celui-ci avait partagé la captivité de son père : Vercingétorix conserva, non seulement la vie et la liberté, mais l’héritage du condamné. On lui laissa ce dont les dieux l’avaient fait héritier, cette richesse en hommes et en choses qui pouvait lui permettre de conquérir dans son pays la situation réservée aux hommes de sa race.

 

6. Formation des deux ligues arvernes-séquanne et éduenne

 

Une fois encore l’unité de la Gaule fut brisée après la mort de Celtill. Cependant, le morcellement ne fut pas absolu. Toutes ces convulsions militaires et politiques, ces alternatives d’union et de désunion, laissaient aux cités gauloises, en même temps que l’impuissance à former un empire, le regret de vivre isolées. N’avait-on pas vu en Grèce, après le groupement de tous les peuples à Platées, se constituer les deux ligues de Sparte et d’Athènes, compromis entre le besoin de s’entendre et l’instinct de se combattre ?

Quatre coalitions se formèrent entre le Rhin et l’Océan, les Cévennes et la Garonne, dans le domaine qui restait aux Gaulois encore libres. Les peuples situés de l’embouchure de la Seine à celle de la Loire fondèrent la fédération de l’Armorique, qui sans doute fut maritime aussi bien que terrestre. Les nations de la Belgique, auxquelles l’invasion des Cimbres avait donné le sentiment de leur force et de leur solidarité, demeurèrent groupées pour la plupart autour des Suessions. Mais les deux principales ligues furent celles qui reconnurent la suprématie des deux grands États de la Gaule centrale, les Arvernes et les Éduens.

Entre ces deux États et ces deux ligues, l’hostilité fut aussi constante qu’entre Sparte et Athènes, Israël et Juda. La Gaule était vraiment un pays à deux têtes. La rivalité entre les deux peuples se répercutait dans les moindres cités, dans les cantons, dans les clans, dans les familles mêmes. Il devait y avoir des amis des Arvernes chez les Éduens, et inversement, comme Athènes eut ses amis à Sparte.

Les deux nations suzeraines s’appuyaient sur des cités clientes et sur des peuples amis. On a déjà nommé la clientèle habituelle des Arvernes, les gens du Velay, du Rouergue, du Quercy, du Gévaudan. Les Éduens avaient sous leur dépendance particulière les peuples du Forez, du Beaujolais et de la Bresse. — Les deux rivaux s’étaient acquis chacun une alliance utile et puissante parmi les nations de premier ordre. Les Bituriges du Berry, qui commandaient vers la Loire moyenne les abords du plateau de l’Auvergne, s’étaient unis aux Éduens ; il en fut de même des Sénons, leurs voisins dans les vallées de l’Yonne et de la Seine, ce qui assurait aux nobles du Morvan un débouché dans le bassin de Paris. Mais en revanche les Séquanes de la Franche-Comté, qui disputaient aux Éduens les deux rives et les péages de la Saône, avaient accepté l’alliance des Arvernes : car ce fut une cause ordinaire de jalousie entre les cités gauloises que la possession des deux bords et le monopole des droits sur les rivières importantes. — Au delà de la Marne, les Belges ne se désintéressèrent pas absolument de ces querelles : des liens d’amitié, sinon de clientèle, se nouèrent entre les Éduens et l’une de leurs principales nations, les Bellovaques.

En dehors de la Gaule, l’un et l’autre parti cherchèrent des appuis : ils ne répudièrent pas plus l’accord avec l’étranger que les Grecs d’aucune époque. Les Éduens demeurèrent de plus en plus attachés au peuple romain, et leurs chefs, comme Diviciac, finirent par apprendre le chemin de Rome et l’hospitalité des sénateurs en vue. — Contre les Romains, protecteurs dangereux de leurs adversaires, les Arvernes eurent recours à des auxiliaires germains, qui pouvaient devenir plus redoutables que les Romains eux-mêmes. D’autant plus que le sénat, ayant tour à tour sur les bras Mithridate, Sertorius, Spartacus, les pirates et Catilina, ne pouvait guère, au nord du Rhône, envoyer que des formules et des décrets.

 

À suivre...

Partager cet article
Repost0
16 janvier 2012 1 16 /01 /janvier /2012 08:09

   Dans la sociéte gauloise de la fin de l'indépendance, la guerre était un phénomène quasi permanent. De ce fait, les hommes s'étaient organisés militairement en conséquence. Les Gaulois de ce temps, connaissaient les grand principes de la guerre et les paramètres de la manœuvre. Ils combattaient en établissant des stratégies embryonnaires et en appliquant des tactiques élaborées.

   Une certaine habitude de la violence, qui n’était pas réservée d’ailleurs à la seule civilisation celte, s’explique entre autres par les conceptions religieuses exaltant le héros et le sacrifice suprême ; mais aussi sur les fondements matériels de la société qui repose sur une véritable « économie de la guerre », le tout sur fond de conflits avec l’étranger.

L’art de la guerre dans la période du IIe et Ier siècles avant J.C., a connu de profondes mutations par rapport à la période antérieure : mise en place progressive d’un processus de décision codifiée, structuration des forces, accroissement des effectifs, développement d’un art du commandement avec des préoccupations stratégiques embryonnaires et leur traduction tactiques sur le terrain modifiant la manière traditionnelle de combattre. La diversification de l’armement précède ou accompagne le développement des armes « tactiques » et, en particulier, celui des troupes montées, véritable fer de lance des armées. Dans l’infanterie, on assiste à la substitution partielle de formations plus légères et mobiles à l’antique phalange grecque. C’est aussi l’époque du développement des fortifications et des premiers balbutiements dans l’art de la poliorcétique (science du siège des places fortes). Certains nobles celtes (les equites) tentent alors de détourner cette force naissante à leur seul profit, faisant de la guerre un métier à part, une activité de professionnels et non plus un spectacle d’amateur en quêtes d’émotions fortes.


     Sur le champ de bataille.


  À partir du IVe siècle av. J.C., les armées étaient disposées d’après le modèle méditerranéen. L’infanterie occupe le centre de la ligne de front et place des réserves en profondeurs. Les ailes sont occupées par la cavalerie.

  Le rôle de l’infanterie consiste à barrer le passage à l’adversaire. Pour cela elle combineEvariste-Vital Luminais - Combat de Romains et de Gaulois de l’infanterie légère et de l’infanterie combattant au corps à corps. L’infanterie légère est disposée en première ligne, pour engager en premier lieu le combat avec ses armes de jet couvrant ainsi le front ennemi de projectiles et l’empêchant d’avancer. Elle se retire lorsqu’elle a épuisé ses munitions, ou lorsqu’elle se retrouve pressée par un adversaire qu’elle n’a pu faire reculer. L’infanterie au corps à corps prend alors le relais pour continuer le combat.

  La cavalerie, de part sa rapidité, a un rôle d’appui et peut tenter de déborder les ailes ennemies pour l’encercler ou protéger les ailes de son propre camp afin d’éviter toute manœuvre de la part de son adversaire.

  Ces manœuvres d’encerclements sont toujours tentées par les belligérants, car lorsqu’elles réussissent, elles peuvent entraîner des victoires relativement rapides et peu couteuses en hommes pour le vainqueur.

 

Sources : A. Deyber, Les Gaulois en guerre : stratégies, tactiques et techniques. Essai d'histoire militaire (IIe - Ier siècles av. J.C.) éd. Errance _ Histoire Antique & Médiévale N° 52

Partager cet article
Repost0
14 janvier 2012 6 14 /01 /janvier /2012 07:37

             Vercingétorix

 

     Chapitre V - Celtill, père de Vercingétorix.

 

3. Cimbres et Teutons en Gaule.

 

Les conséquences de ces luttes de partis et de la ruine de la royauté arverne se firent sentir rapidement. Rome fut l’agent destructeur de la patrie gauloise.

En 125 avant notre ère, l’empire celtique était le plus brillant de l’Occident barbare, il en était aussi le plus utile. Il contenait à la frontière du Rhin les migrations germaniques. Quand il se fut disloqué, aucune nation ne présenta une surface assez grande pour les arrêter. En 110 (?), les Cimbres et les Teutons franchirent le fleuve.

Entre la Marne et la Moselle, les peuples belges furent assez forts et assez unis pour écarter l’invasion. Il ne fallait qu’un peu de cœur et d’entente pour imposer le respect à ces hordes naïves. Elles refluèrent vers le Sud.invasion-germains

De la Marne aux Pyrénées, le courage manqua aux Celtes désunis. Ce ne fut pas une déroute, mais une de ces paniques effroyables qui saisissent les foules au moment des inondations subites. Les bandes germaines envahirent, dévastèrent, recouvrirent toutes les campagnes ; la population se réfugia dans les bourgades fortifiées, îlots de résistance au milieu de terres submergées. La Gaule fut frappée de la même manière qu’elle devait l’être, six cents ans plus tard, par d’autres troupes transrhénanes. Pendant des semaines, les envahisseurs allaient et venaient au pied des villes investies, et il y eut de telles misères que les Gaulois durent s’entre-dévorer.

Les Arvernes, qui avaient les plus riches plaines, les trésors les plus abondants, et les forteresses les plus solides, furent sans doute ceux qui souffrirent le plus et qui résistèrent le mieux. Enfin les Barbares s’écoulèrent dans la province romaine, et la vie normale reparut en Gaule au milieu de ces ruines.

Au temps de l’empereur Vespasien, le légat Cérialis faisait en ces termes l’apologie de l’œuvre romaine : Sans nous, la Gaule était impuissante contre les Germains : elle est la terre favorite de leurs convoitises éternelles ; mais ses divisions l’ont toujours empêchée de se protéger contre eux. Cérialis ne dit point quel peuple avait été l’auxiliaire de ces divisions. Si au lieu de nations rivales, les Cimbres et les Teutons avaient rencontré Bituit, il y aurait eu de belles batailles en Gaule.

 

4. Celtill : reconstitution de l'empire arverne.


Les temps qui suivirent sont pleins d’incertitudes. Un seul fait s’en dégage avec netteté. L’unité de la Gaule, ou pour le moins de la Gaule celtique (entre les Cévennes et la Marne) fut un instant reconstituée, et elle le fut, cette fois encore, au profit des Arvernes. Il y eut, vers l’an 80 avant notre ère, un nouvel empire de la Gaule, sous le principat de la nation de Bituit.

Mais cet empire et l’Auvergne elle-même ne furent pas alors, comme au temps de Luern et de son fils, entre les mains d’un roi. La monarchie était de moins en moins populaire dans les cités gauloises. La fédération se fit sous le régime de la magistrature, et non pas de la royauté. Les Arvernes avaient à leur tête, comme vergobret ou comme chef militaire, un des leurs, Celtill, et celui-ci était en même temps le dictateur de la Gaule confédérée, comme le consul de Rome était le chef de la ligue latine. — Tout cela est certain, si César, qui nous l’a fait entendre, ne se trompe pas. Mais ce qui va suivre n’est qu’une hypothèse.

Il est possible que les hommes de cette génération aient sincèrement voulu réparer le mal que Rome et les Cimbres leur avaient fait. Un ennemi barbare (et les Germains ne pouvaient être que des Barbares pour les Celtes) allait sans relâche déverser en delà du Rhin des masses d’hommes toujours plus nombreuses. Les Gaulois, maintenant installés chez eux, étaient à leur tour sous la menace de ce péril d’invasion qu’ils avaient eux-mêmes fait si longtemps courir à la Grèce et à l’Italie. L’union du plus grand nombre pouvait seule les sauver. Ils renouèrent les liens que les générations précédentes avaient formés autour des Arvernes. Peut-être les druides aidèrent-ils à ce groupement, qui servait les intérêts de leur propre association ; peut-être encore, dès ce temps-là, les Celtes eurent-ils l’idée d’assemblées générales, d’un conseil politique de la Gaule semblable à ces grandes assises religieuses que les prêtres de toutes les nations organisaient dans la forêt des Carnutes. En dépit de nombreuses défaillances, la pensée de l’unité gauloise continuait à vivre.

 

À suivre...

Partager cet article
Repost0
12 janvier 2012 4 12 /01 /janvier /2012 05:06

   Outre la victoire de Tolbiac ou l'apparition de la Sainte Ampoule lors de son baptême, le Christ allait encore accomplir de nouveaux prodiges en faveur de Clovis :

  « On lit… en auculnes escriptures qu’en ce temps avoit un ermite, prudhomme et de saincte vie qui habitoit en un bois près d’une fontaine, au lieu qui de présent est appelé Joye-en-Val, en la chastellenie de Poissy, près de Paris : auquel hermite ladicte Clotilde, femme dudict Roy Clovis avoit grande fiance et pour sa saincteté le visitoit souvent et luy administroit ses necessitez.

  « Et advint un jour que ledict hermite estant en oraison, un ange s’apparut à luy en luy disant qu’il feist raser les armes des trois croissants que ledict Clovis portoit en son escu (combien qu’aucun disent que c’estoient trois crapeaux) eu lieu d’iceux portast un escu dont le champ fust d’azur, semé tout de fleurs de liz d’or, et luy dict que Dieu avoit ordonné que les Rois de France portâssent dorénavant telles armes.

« Ledict hermite revela à la femme dudict Clovis son apparition ; laquelle incontinant feit effacer lesdicts trois croissants ou crapeaux et y feit mettre lesdictes fleurs de liz et les envoya audicts Clovis son mari qui, pour lors, estoit en guerre contre le Roy Audoc, sarrazin qui estoit venu d’Allemagne à grande multitude de gens, es parties de France et avoir son siège devant la place de Conflans Saincte Honorine, près Pontoise.

  « Clovis se combattit et eut victoire: et combien que la bataille commençast en la ville, toutefois fut achevée en la monteigne, en laquelle est à présent la tour de Montjoye.
  «Et là fut pris premièrement et nommé le cry des François et les armes, c'est à savoir Montjoye et depuis y a été adjousté Sainct Denis.
   «Et, en la révérence de la mission desdictes fleurs de liz, fut illec en la vallée fondée un monastère de religieux qui fut et encore est appelée l'abbaye de Joye-en-Val, pour la mission de la saincte Ampolle et desdictes fleurs de liz qui furent envoyées à ce grand roy Clovis, premier roy chrestien.
   «Enquoy appert avidemment que Dieu notre père et Sauveur a singulièrement aimé les Rois de France et les a voulu décorer et garnir de singulières grâces et préeminances pardessus tous autres rois et princes terriens et d'iceux faire les deffenseurs de la saincte Foy et Loy de Jésus-Christ» (Nicole Gilles - Histoire de France, 1492)embleme-crapeau.jpg

  Et Guillaume de Nangis, dans la chronique de Saint Louis, explique ainsi la signification symbolique des armes de France:

 

  «Puisque Notre Père Jhésus-Christ veut espécialement sur tous autres royaumes, enluminer le royaume de France de Foy, de Sapience et de Chevalerie, li Roys de France accoustumèrent en leurs armes à porter la fleur de liz paincte par trois fueillées (feuilles), ainsi come se ils deissent à tout le monde: Foi, Sapience et Chevalerie sont, par la provision et par la grâce de Dieu, plus habondamment dans nostre royaume que en ces aultres. Les deux fueillées qui sont oeles (ailes) signifient Sapience et Chevalerie qui gardent et défendent la tierce fueillée qui est au milieu de elles, plus longue et plus haute, par laquelle Foy est entendue et segneufiée, car elle est et doibt estre gouvernée par Sapience et deffendue par Chevalerie. Tant comme ces trois grâces de Dieu seront fermement et ordénement joinctes ensemble au royaume de France, li royaume sera fort et ferme, et se il avient, que elles soient ostées et desseurées (séparées), le royaume cherra (tombera) en désolacion et en destruiement»

 

  Les trois fleurs de lys du blason donné par Dieu à nos Rois ont d'autres significations blason_france.jpgplus belles encore que l'histoire, la science héraldique et les révélations nous enseignent: Charles V fixa définitivement à trois les fleurs de lys des armes de France qui souvent, étaient nombreuses et en semis. Il prit cette décision en l'honneur et pour représenter les trois personnes de la Sainte Trinité.

Elles représentent également la Sainte Famille et aussi le triangle symbolique manifesté à la vénérable Philomène de Sainte Colombe: le Christ, Sa Divine Mère et Saint Michel, les trois grands vainqueurs de Lucifer.


 

 

  Source : La mission divine de la France, Marquis de la Franquerie

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de LUTECE
  • : Petits dossiers sur des thèmes historiques simples mais serieux
  • Contact

Facebook

Retrouvez et devenez amis du Blog de Lutèce sur facebook

Recherche

English & Deutch versions

1348995815 United-Kingdom-flag1348995857 Germany-Flag

Site sélectionné par :

elu-sdj

Livres à lire sur le blog

Vercingétorix - Camille Jullian

L'oeuvre intégrale cliquez ici

  Essai sur la condition des Barbares - Eugène Léotard

Pour lire cliquez ici

 

Articles à venir

_ La borne militaire de l'Empereur Victorin