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3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 16:25

 

   En 542, Clotaire et Childebert organisent une expédition guerrière au-delà des Pyrénnées. La traversée de la chaine montagneuse de déroule sans encombres. Ils s'emparent de Pampelune, Saragosse sera la prochaine étape.


   Mais lorsqu’ils arrivent devant l’ex Caesaraugusta (nom donné en l'honneur de Caesar Divi Filius Augustus), ils trouvent une ville défendue par de fortes murailles derrière lesquelles veille une garnison déterminée.

Qu’à cela ne tienne, les deux frères organisent un blocus autour de la ville, et se ravitaillent en pillant les campagnes environnantes. Saragosse n’a aucune chance de s’en tirer, et devra bien se rendre tôt ou tard.


   Les autorités de la ville sont wisigothes, donc ariens. Mais la population indigène, d’origine celtique, est catholique. Les vivres étant réquisitionnés, comme toujours, par les autorités, la pénurie de nourriture ne tarde pas à se faire sentir au sein de la population modeste. Le clergé, voyant son peuple affamé et l’entrevoyant massacré, décide alors de réagir. Mais que faire ? Prendre les armes ? Pas question. S’enfuir ? Impossible. Il ne restait plus qu’une solution : demander l’aide de Dieu !

   On prie dans les églises et on organise des cérémonies intra-muros. Puis l’évêque, comme pour aller à la rencontre du Seigneur dont il demande l’intervention, décrète une grande procession autour des fortifications.

   En tête, les clercs brandissent la tunique du patron de la ville, le diacre saint Vincent, mort martyr en 304.

108.jpeg
      Saint Vincent de Saragosse en prison. Peinture à l'huile. Auteur anonyme, école de Francisco Ribalta

   Les guerriers francs n’allaient pas s’attaquer à de si misérables adversaires, d’autant plus qu’il s’agissait là d’un acte liturgique en l’honneur de Dieu et de ses saints ; et si leur férocité les poussait à trucider des ennemis ariens, leur foi leur interdisait de frapper de braves catholiques désarmés.


  Devant cette ferveur chrétienne, cette preuve de sincérité dans la Foi, Clotaire et Childebert sont dévorés de curiosité. Ils distinguent mal, de loin, la nature de ces reliquaires et de ces bannières, portés au son des hymnes et des cantiques. Childebert voulant en avoir le cœur net envoie aux nouvelles une patrouille qui, tandis que la procession réintègre la place, s’empare d’un brave homme et l’emmène devant le roi.

 _ Qu’est-ce donc, demande alors le roi, que vous promenez ainsi en tête de votre procession ?

 _C’est un objet bien précieux, illustre seigneur : la robe de notre grand saint Vincent. L’une des reliques les plus vénérées de toute l’Espagne.


  Les deux rois, comme beaucoup de leurs contemporains, ont pour les reliques une ferveur toute spéciale. Non pas tellement semble-t-il, parce qu’il leur accorde un pouvoir magique, mais par une vénération qui est un effet de leur foi. Or, aujourd’hui, celle qui est à leur portée dépasse leurs espoirs.  Comment se l’approprier ? Il n’est pas question d’utiliser la violence contre le clergé pour s’en emparer, ce serait agir en contradiction totale avec le caractère sacré de l’objet convoité. Alors une transaction ? Mais de quelle nature ? Ils n’ont qu’une seule chose à proposer en échange d’un tel trésor : la levée du siège et l’abandon du pillage de la ville.

  D’ailleurs, que font-ils là, à attendre une reddition supputée tardive ? A quoi bon la prise de Saragosse ? Leur absence de leurs royaumes ne constitue-t-elle pas un danger ? Leur neveu Thibert qui vient d’essuyer un revers en Italie ne risque-t-il pas de profiter de l’absence de Clotaire pour pénétrer sur son territoire ? Préserver Soissons et Paris vaut mieux que gagner Saragosse. C’est décidé, on passe dès lors de la guerre à la diplomatie.

  Les deux frères pour une fois d’accord dans leur tactique, choisissent  quelques antrustions de belle mine et d’une suffisante intelligence, avec quelques clercs rompus aux affaires ecclésiastiques, et en font leurs plénipotentiaires. Ceux-ci  se rendent auprès de l’évêque de Saragosse et lui soumettent la proposition de leurs maîtres : la levée du siège contre la tunique du grand saint Vincent. Terrible cas de conscience pour le prélat !    A-t-il le droit, pour des avantages temporels, même d’une telle importance, d’abandonner un objet sacré dont il a la garde ? Mais le père de ses ouailles n’encoure-t-il pas la malédiction divine en les livrant à l’ennemi ? D’ailleurs, ces ennemis militaires ne sont pas des mécréants ; c’est par piété qu’ils réclament l’insigne relique. Ce serait leur donner l’occasion de pratiquer généreusement la charité que de les inciter à quitter l’Espagne sans avoir mis Saragosse à feu et à sang.

  Tandis qu’il hésite encore, une idée subtile éclaire l’esprit du bon évêque : par une interprétation habile du langage des Francs, il pourrait garder à la fois Saragosse et la relique. Que réclament les clercs des rois francs, qui mènent les pour parlés en latin ? La robe de saint Vincent. Et robe se dit en latin stola. Or, la stola ne signifie pas seulement  robe, mais aussi, par déformation, en langage liturgique, étole, l’étole étant une pièce d’étoffe que l’évêque et le prêtre portent autour du cou, et qui descend en deux pans sur leur poitrine. Les envoyés des mérovingiens réclament la stola de saint Vincent ? L’évêque leur donnera l’étole.

  Et l’évêque a d’autant moins de scrupule à rouler les Francs que, satisfait de cette capitulation, les clercs se mettent à faire monter les enchères.

 _ Nous avons appris que vous possédez aussi des reliques de Saint Etienne, de saint Ferréol, de saint Georges, de saint Gervais et de saint Protais. Si vous tenez vraiment à ce que nous épargnions votre cité, vous devez aussi nous livrer celles-là.

L’évêque, trop heureux d’avoir gardé la pièce la plus insigne de son trésor, s’exécutera non sans quelques fourberies soyons-en sûr. Quant aux clercs francs qui flairèrent la duperie, ils gardèrent pour eux leurs soupçons. Après tout, aux yeux des rois, leurs maîtres, ils avaient par leur habileté, obtenu plus que ce qu’ils étaient chargés de réclamer.


  Restait maintenant à Childebert et Clotaire à justifier auprès de leurs troupes l’abandon des richesses convoitées.  Dans leurs discours, les deux frères en appelèrent à foi de leur guerriers, mais surtout, leur promirent de piller en toute liberté la Septimanie que les Mérovingiens s’attribueraient par la suite.

 

Source : Clotaire 1er, fils de Clovis. Ivan Gobry éd. Pygmalion

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1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 09:14

           Vercingétorix

 

     Chapitre XII - Avaricum.

 

3. Prise de Vellaunodunum et de Génabum.

 

Le lendemain de son départ, il fut en vue de la première ville forte ennemie, Vellaunodunum (Montargis ?), qui gardait, sur le territoire sénon et dans la vallée du Loing, les routes d’entre Seine et Loire : petite ville sans doute, sur une hauteur insignifiante, mais ayant de bonnes murailles et pas mal de défenseurs. Car il fallut s’arrêter, décider le blocus, tracer une ligne d’investissement : cela prit deux jours. Le troisième, des parlementaires offrirent de capituler. On leur demanda de livrer les armes, les chevaux, six cents otages ; et, comme le temps pressait. César laissa dans la place son légat C. Trébonius pour veiller à ce que ces conditions fussent exécutées. Par la prise de Vellaunodunum, le quartier général de Sens se trouva complètement dégagé.

Au delà de Montargis, César abandonna tout à fait la direction du Sud, et il obliqua droit vers l’Ouest pour attaquer les Carnutes et gagner la Loire à Génabum (Orléans).

Celte fois, c’était une affaire d’importance. Génabum était la principale ville du peuple carnute, qui avait fait le signal de la révolte ; elle s’était souillée la première du sang romain ; sa situation militaire et commerciale donnait à la marche de César un motif de plus qu’une légitime vengeance. Mais les difficultés matérielles furent réduites à rien. Génabum était moins une place forte qu’un grand marché : elle était en plaine, son assiette était médiocre, un pont, sur la Loire, compliquait la défense. De plus, les gens de guerre carnutes étaient loin en ce moment ; ils croyaient que César allait être arrêté longtemps chez les Sénons de Vellaunodunum. Ils commençaient à peine à se rassembler pour tenir la ville quand les Romains, après deux jours de marche, parurent, sur le soir, aux portes de Génabum.

César établit son camp devant la ville, décida et prépara l’assaut pour le lendemain. Comme il connaissait le trouble de ses adversaires, il fit veiller deux légions sous les armes, pour s’opposer à toute tentative de fuite. César et les soldats avaient sans doute le cœur à la besogne : il leur fallait, au plus tôt et sans en perdre une seule, les victimes expiatoires exigées par les Mânes de Cita.

Un peu avant minuit, en silence, les Gaulois sortirent par la porte qui regardait la Loire : le pont était petit, il menait à une longue et étroite chaussée qui dominait les marais du Val ; il y eut vite un terrible encombrement. César prévenu fit mettre le feu aux autres portes, les deux légions de veille pénétrèrent dans la ville, et se précipitèrent, en la traversant, sur les derrières de la foule entassée aux abords du fleuve ; toute cette masse, à quelques têtes près, fut cernée et prise sans combat : superbe gain d’esclaves pour le peuple romain. Puis Génabum fut pillé par les soldats et pour leur compte. Enfin on y mit le feu, et, quittant la ville en flammes, César fit passer la Loire à son armée.

Il obliqua vers le Sud-Est dans la direction de Bourges. Encore une rude journée de marche à travers les landes fangeuses de la Sologne, et on atteignit les premiers coteaux du pays des Bituriges. Presque à la limite de leur territoire, se trouvait leur citadelle avancée, Noviodunum (près de Neuvy-sur-Baranjon ?). Un troisième siège commença, qui fut à peu près la répétition du premier. Â peine les travaux d’approche mis en train, une députation offrit de se rendre, et reçut de César la réponse traditionnelle : qu’on livre les armes, les chevaux, des otages. Les Bituriges acceptèrent ; un premier, détachement d’otages arriva au camp romain ; des légionnaires avec leurs centurions entrèrent dans la place pour prendre livraison des armes et des chevaux. Tout à coup, à l’horizon, vers le Sud, apparut un groupe de cavaliers gaulois : c’était l’avant-garde de Vercingétorix.

 

4. Premier combat, devant Noviodunum.

 

Cette fois, non pas encore les deux chefs, mais les deux principales armées se trouvaient en présence. Le roi des Arvernes, à la nouvelle que César s’approchait, avait quitté le siège de Gorgobina. — Peut-être aurait-il dû persister encore, obliger les Romains à s’aventurer plus bas dans le Midi ; mais il lui fallait compter avec ses hommes, désireux de voir enfin l’ennemi, et il les mena vers le Nord, au-devant de César, qu’ils rencontrèrent sous les murs de Noviodunum.

Les assiégés crurent qu’ils allaient être utilement secourus : quelques hommes décidés appelèrent la foule, firent prendre les armes et fermer les portes ; les murailles se garnirent de défenseurs. Mais les centurions et les soldats romains qui se trouvaient dans la ville mirent l’épée à la main, enfoncèrent les battants, et regagnèrent le camp tous sains et saufs. Le siège n’en était pas moins à recommencer.

César s’occupa d’abord de ceux du dehors. La cavalerie romaine sortit du camp, entama le combat, et, comme plus d’une fois, dut plier sous l’effort des cavaliers gaulois. Alors le général lança, pour la soutenir, son escadron germain, qui partit à bride abattue. Les Gaulois, déjà ébranlés par la première lutte, ne purent soutenir le nouveau choc, perdirent beaucoup de monde et se retirèrent en désordre vers le gros de l’armée. Dans cette première rencontre entre les hommes de César et ceux de Vercingétorix, il n’y eut d’engagé que de la cavalerie, et, vainqueurs des Romains, les Celtes furent vaincus par les Germains.

L’affaire de Noviodunum fut ensuite réglée en un tour de main. Les gens du bourg, fort effrayés, s’en chargèrent eux-mêmes. Ils rejetèrent la faute sur quelques exaltés, les conduisirent à César et livrèrent la place.

Le chemin paraissant libre vers le Sud, César reprit sa marche et se dirigea vers Avaricum, la ville principale des Bituriges, qui était à moins de 30 kilomètres de là. Il ne s’agissait plus pour lui de délivrer Gorgobina, mais de continuer le châtiment des coupables. L’armée avait quitté la triste et marécageuse Sologne, les sentiers devenaient plus faciles, le pays était plus fertile et plus gai, les prairies plus vertes à l’approche du printemps ; sur les grasses terres du Berry, de gros villages et de belles fermes apparaissaient de toutes partis. Mais César allait avoir devant lui deux ennemis de plus, la cavalerie gauloise et l’incendie.

 

5. Vercingétorix décide les Gaulois à incendier le pays.

 

Cette première rencontre, si peu importante qu’elle fût, permit à Vercingétorix de107.jpg montrer à ses soldats ce dont il avait été, dès le début, profondément convaincu : l’erreur qu’ils commettraient en acceptant une bataille, même de cavalerie. La chute rapide des trois places fortes lui avait rappelé que toute citadelle qui n’est protégée que par ses murailles doit succomber, surtout quand elle est menacée par ces deux formidables engins d’attaque : l’artillerie grecque et la solidité légionnaire. Enfin, il se rendait compte d’un des principes essentiels de l’art militaire : ne pas multiplier les petites garnisons, si l’on veut éviter les grandes pertes. Il considéra dès lors comme un devoir de refuser à César les avantages et des assauts et des combats, de ne lui laisser que l’alternative des marches harassantes et d’un long stationnement auprès de rochers inabordables.

Au premier conseil qu’il tint après le combat, et peut-être le jour même, il exposa enfin son plan favori. — César nous donne dans ses Commentaires le discours que le roi prononça devant ses officiers. Je ne crois pas qu’il soit mot pour mot l’œuvre de Vercingétorix, mais je ne crois pas davantage qu’il ait été fabriqué de toutes pièces. César fut toujours au courant de ce qui se passa et se dit dans le conseil des chefs ; il ignora parfois les actes et les marches de Vercingétorix ; il sut fort bien le détail des délibérations auxquelles présida son adversaire : c’était un jeu pour lui, entre tant de chefs bavards et jaloux, d’en trouver un qui lui fît passer une relation fidèle. Voici ce que dit, d’après César, le général gaulois : si les paroles ne sont pas de Vercingétorix, elles expriment exactement ce qu’il voulait faire et ce qu’il fît.

— Il faut désormais conduire la guerre tout autrement que nous ne l'avons fait jusqu’ici. Notre but unique doit être maintenant de couper aux Romains le fourrage et les vivres.

— Rien de plus facile pour nous. Nous avons beaucoup de cavalerie. La saison nous est favorable : car le fourrage n’est pas bon à faucher, il faut que les ennemis envoient des escouades de côté et d’autre pour piller les greniers des fermes. Nos cavaliers pourront détruire chaque jour, sans laisser échapper un seul homme, tous ces détachements isolés.

— Mais il y a plus. Que chacun de nous, dans l’intérêt de tous, oublie ses intérêts domestiques : brûlons nous-mêmes tous nos villages ouverts, brûlons toutes nos fermes, partout où les Romains, dans leur marche, pourront avoir la tentation de fourrager. Nous autres, nous ne manquerons de rien ; nous sommes nourris par ceux chez lesquels nous combattons : aux Romains, il ne restera que le choix entre mourir de faim ou courir à leur perte en s’éloignant de leur camp. Au reste, peu importe qu’on les tue ou qu’on se borne à leur enlever les bagages : sans bagages, point de guerre possible.

— Enfin, ce sont les villes fortifiées elles-mêmes qu’il faut livrer aux flammes, à l’exception de celles que la force de leurs remparts et l’avantage de leur assiette rendent inexpugnables. Si vous les laissez toutes debout, vos forces s’égrèneront, chacun refusant de suivre l’armée pour s’abriter derrière les murs de sa cité ; et quand les Romains en deviendront les maîtres, ils y trouveront les vivres dont ils ont besoin et le butin qu’ils convoitent.

— Tout cela vous paraît de trop durs sacrifices ? ce sont des douleurs tout autrement terribles, de voir vos femmes et vos enfants réservés à l’esclavage, et vous-mêmes à la mort. Car c’est votre lot si vous êtes vaincus.

Tous ces arguments étaient la vérité même, et le dernier n’était pas seulement le cri pathétique de l’orateur, mais une allusion émouvante au sort de Génabum. Vercingétorix rappelait ce qu’il fallait attendre de la clémence de César à ceux qui avaient oublié l’exécution d’Acco et le massacre du sénat vénète.

Les auditeurs comprirent qu’il fallait obéir, et le plan du chef fut accepté sans opposition. — Une seule question fut posée. Qu’allait-on faire d’Avaricum ?

Avaricum, grande ville fortifiée, n’était cependant pas une de ces places que Vercingétorix venait de qualifier d’inexpugnables. Elle était assise sur une hauteur fort peu importante : à la différence de Gergovie et de Bibracte, plantées sur des plateaux presque inaccessibles, c’était une cité de coteau, comme celles que les Romains bâtiront plus tard pour les Gaulois. En revanche, elle était précisément une des trois ou quatre villes de la Gaule qui offraient un butin d’une incomparable richesse ; avec ses carrefours, ses rues, son forum, ses constructions ramassées, elle présentait un aspect moderne au regard des laides bourgades perdues dans les montagnes, que leurs grands espaces vides faisaient ressembler plus à des champs de foire qu’à des résidences humaines : elle avait environ deux kilomètres de tour, pouvait loger quarante mille hommes. Sans doute des trésors s’y étaient accumulés, depuis les temps lointains où les chefs bituriges couraient le monde et commandaient à la Gaule. Pour les gens du Berry, elle était un ornement et une forteresse ; pour les Gaulois, une très belle chose, et peut-être le sanctuaire des gloires d’autrefois.

Les Bituriges ne purent consentir à la voir disparaître, incendiée de leurs propres mains. Vercingétorix insista. Ils se jetèrent aux pieds des autres chefs, attestèrent qu’ils sauraient la défendre : les Gaulois se laissèrent fléchir, Vercingétorix demeura insensible. Alors ce fut, dans tout le conseil et peut-être dans tout le camp, une longue traînée de prières et de plaintes. Vercingétorix céda, tout en affirmant encore que l’on commettait une faute. Les Bituriges envoyèrent une garnison d’élite pour occuper la ville. Puis les ordres d’incendie furent donnés, et l’armée gauloise s’écarta, laissant passer César.

César, au lieu de cette marche facile qu’il attendait entra comme dans une fournaise. Le même jour, plus de vingt foyers d’incendies s’allumèrent autour de lui : c’étaient vingt villages des Bituriges qui flambaient, et au loin l’horizon s’empourpra des flammes qui brûlaient chez les Carnutes et les cités voisines. Les légions se sentirent impuissantes, un cercle de feu et d’ennemis les étouffait. Les troupes qui allaient au fourrage revenaient mutilées par l’adversaire. Les Gaulois étaient insaisissables et meurtriers partout.

Mais les Romains arrivèrent bientôt devant Avaricum, et les légions eurent en face d’elles des murailles intactes et des ennemis qui les attendaient.

 

À suivre...

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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 07:00

En latin l'expression in carcerem committere (conjicere) était utilisée pour signifier : mettre en prison, faire mettre en pison. Cette expression qui donna le verbe transitif incarérer, provient du mot latin carcer, sur lequel il est intéressant de se pencher :

 

CARCER. (κάρκαρον)

1. Geôle ou prison. Les prisons romaines étaient divisées en trois étages, dont chacun avait une destination spéciale. Le premier était un sombre cachot souterrain, où l'on ne pénétrait que par une petite ouverture pratiquée dans le plancher de la cellule supérieure et qui ne servait pas comme lieu de détention mais d'exécution. On y jetait les condamnés à mort pour y subir leur sentence. L'étage du milieu (carcer interior) était bâti immédiatement au-dessus du cachot des condamnés et de niveau avec le sol ; il n'avait,104b.gif comme le précédent qu'une ouverture dans le plafond et servait de lieu de détention ; on y enfermait ceux qui étaient condamnés aux fers (custodia arcta) jusqu'à l'expiration de leur peine, ou jusqu'à ce que la sentence, si c'était une sentence de mort, reçut son exécution. L'étage supérieur, le premier au-dessus du sol, renfermait ceux qui s'étaient rendus coupables de délits moins graves ou qui n'étaient condamnés qu'à un emprisonnement d'une durée ordinaire (custodia communia). La détention y était beaucoup moins sévère : les prisonniers pouvaient prendre l'air et se livrer à des exercices. C'est à un emprisonnement de ce genre qu'Othon condamna Dolabella : nequearcta custodia neque obscura (Tac. Hist. I, 88), c'est-à-dire qu'il le fit enfermer dans le cachot de l'étage supérieur ; il ne le soumit pas à la détention rigoureuse du carcer interior (celui qui est au-dessus dans l'illustration), et il ne le jeta pas dans le sombre cachot souterrain. Ces trois divisions étaient visibles dans la prison d'Herculanum, quand on la retrouva en faisant les fouilles ; les deux divisions inférieures subsistent encore entières dans les prisons construites par Ancus et Servius près du Forum romain. L'illustration représente une section qui montre leurs positions relatives et le plan de leur construction. La muraille, avec l'inscription rappelant le nom du magistrat sous lequel on répara le cachot, faisait face au forum et enfermait l'étage supérieur, qui a complètement disparu.104.jpg

 

2. Écuries dans le cirque, où les chars stationnaient avant le commencement d'une course, et où ils retournaient quand elle était terminée (Ovid. Her. XVIII, 166 ; Auct, ad Heren. IV, 3). C'étaient des voûtes fermées sur le devant par de larges portes de bois, ordinairement au nombre de douze (Cassiodor. Var. Ep. III, 51). De là vient que le mot105.jpg carcer, pris dans ce sens, est employé le plus souvent au pluriel (Cic. Brut. 47 ; Virg. G. I, 512). Il y en avait une pour chaque char et elles étaient situées à l'extrémité de la surface plane ou arène sous l'oppidum, six de chaque côté de la porta pompae, par laquelle entrait le cortège. On voit leur position relativement à l'arène dans le plan du circus, où elles sont marquées AA. L'illustration représente une perspective de quatre carceres, avec leurs portes ouvertes (cancelli), d'après un bas-relief du Musée britannique.

 

Source : Dictionnaire des antiquités romaines et grecques, Anthony Rich. éd. Molière.

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23 avril 2012 1 23 /04 /avril /2012 07:41

 

 

 

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21 avril 2012 6 21 /04 /avril /2012 05:49

             Vercingétorix

 

     Chapitre XII - Avaricum.

 

1. Préparatifs de César.

 

Dès son arrivée chez les Lingons, César appela à lui toutes ses troupes : aux deux légions qu’il trouva sur sa route, aux recrues qu’il amenait, vinrent se joindre les six légions de Sens et les deux légions qui surveillaient les Trévires. La concentration achevée dans la vallée de la Seine, il s’achemina vers Sens avec toute son armée, et se proposa de passer la fin de l’hiver pour préparer la campagne.

Du côté de la Province il était désormais tranquille. Brutus revint auprès de lui. Mais le proconsul laissait au sud des Cévennes et du Rhône 22 cohortes (plus de 12.000 hommes), levées dans le pays même, disposées aux meilleurs endroits, et confiées à son petit cousin et légat, Lucius César ; il pouvait également compter, pour défendre le Midi, sur le zèle des principales nations, les Helviens et les Allobroges ; la tâche de L. César était facilitée par le dévouement du chef helvien Caïus Valerius Domnotaurus, citoyen romain de naissance, et l’un des Gaulois les plus considérés de la Province : si les Arvernes étaient tentés de reprendre la route balayée par César, la vallée de l’Ardèche était bien gardée.

En revanche, à Sens, même avec ses 80.000 hommes, César était gêné. Ses adversaires le serraient de près : à 80 kilomètres de là, les Sénons, exclus de leur ville principale, occupaient Vellaunodunum (Montargis ?). Pour se donner de l’air, il lui fallait de la cavalerie. C’était ce qui lui manquait le plus.

Les escadrons qu’il avait amenés de Vienne, ceux des Espagnols auxiliaires ou de ses officiers d’état-major, étaient insuffisants comme nombre et comme valeur. Il aurait eu besoin de ces belles troupes éduennes, de ces milliers de cavaliers qui, depuis six ans, avaient frayé aux Romains les grandes routes de l’Occident. Mais les Éduens étaient chez eux, fort occupés en ce moment par l’élection du vergobret : et n’étant point d’accord, ils se préparaient à la guerre civile. Au reste, leurs chefs étaient de plus en plus travaillés par les émissaires de Vercingétorix, et ils étaient experts en trahison : dans la guerre des Helvètes, ils avaient lâché pied à dessein ; avant la seconde guerre de Bretagne, ils avaient failli déserter ; peu de jours auparavant. César avait craint d’être enlevé par eux. Il attendit, pour leur demander un concours efficace, qu’une victoire romaine les eût rendus de nouveau souples et fidèles.

Faute de Gaulois, il eut recours à des Germains. L’année précédente, il s’était aperçu de ce qu’ils valaient : deux mille Sicambres avaient été sur le point de faire main basse sur un camp romain. Les Gaulois les redoutaient fort : c’étaient des escadrons germains qui les avaient écrasés sous les ordres d’Arioviste. Les tribus du Rhin avaient, sans doute, une vilaine race de chevaux, et se souciaient assez peu des bêtes magnifiques qui passionnaient leurs voisins : les leurs étaient laides, sans forme, mais soigneusement dressées et d’une endurance indéfinie. Au moment du combat, les Germains sautaient souvent à terre, pour lutter de plus près ; leurs montures demeuraient immobiles, les attendaient sans broncher, et ne repartaient que quand les cavaliers s’enlevaient sur les103.jpg croupes : une troupe de ce genre avait, chose précieuse dans une guerre d’escarmouches, toute la valeur d’une infanterie montée. Les hommes, eux, étaient encore de purs sauvages : ils chevauchaient sans selles, étaient incapables de réfléchir et de craindre, ne s’arrêtaient ni devant les traits, ni devant les forêts ou les marécages, et, surtout, ne se résignaient jamais à reculer devant une troupe de cavaliers gaulois bien harnachés, si forte qu’elle parût, si peu nombreux qu’ils fussent eux-mêmes. César savait bien ce qu’il faisait quand il décida d’en grouper et d’en équiper, tout de suite, environ quatre cents, en attendant qu’il pût s’en procurer davantage.

Ce fut le premier démenti qu’il infligea à sa politique gallo-romaine. II y avait six ans qu’au nom de la liberté des Gaules il était venu rejeter les Germains au delà du Rhin : maintenant il leur ouvrait les rangs de l’armée romaine, et cette fatale catastrophe de l’invasion germanique qu’il a cru conjurer par des victoires, il l’a préparée, lui le premier, par des achats d’hommes.

La Germanie lui rendait alors un autre service. Il était à craindre pour César que les Belges ne s’insurgeassent à leur tour : il venait de rappeler les deux légions campées dans leur pays, aux frontières de ces Trévires qui étaient le plus récemment soumis de leurs peuples et le plus rebelle à toute obéissance. Mais, les légions parties, les Germains s’avancèrent, et se mirent à inquiéter les Trévires, sinon avec l’assentiment, du moins au profit de César : ceux-ci ne bougeront plus de toute l’année. Comme le dira Lucain, le Rhin est de nouveau ouvert aux nations : mais c’est pour que le peuple romain puisse reconquérir la Gaule.

Le proconsul pouvait donc ne plus songer qu’aux ennemis du Centre, à Vercingétorix, à ses Carnutes et à ses Arvernes. Seulement, il voulait attendre, pour se mettre en route, la fin de l’hiver : les chemins étaient pénibles, les greniers de Génabum appartenaient à l’ennemi, le fourrage poussait à peine ; puis, s’il s’avançait trop vers le Sud, les Éduens n’avaient qu’à trahir, à se rabattre derrière lui, pour l’enfermer avec ses légions. — La crainte ou l’espérance de la trahison éduenne pesa toujours sur les décisions du proconsul ou de son adversaire.

 

2. Vercingétorix attaque les Boïens ;  plan de César.

 

Vercingétorix imposa un parti à César. — L’effectif total de son armée devait atteindre cent mille hommes, le double de l’armée proconsulaire ; il avait, je crois, six à sept mille cavaliers, trois à quatre fois plus que son rival. Mais, si nombreux que fussent les Gaulois, ils ne manquaient ni de vivres ni de fourrages ; et ils avaient moins besoin de bonnes routes que les légionnaires de César. Leur chef n’avait pas fourni, comme le proconsul, trois cents lieues de course. Hommes et roi étaient en mesure d’agir, et sans doute impatients de commencer.

Quand Vercingétorix vit qu’il n’avait dans le Velay qu’un fantôme d’armée, il revint dans le pays. Le brusque retour de César à Sens fut une surprise pour lui, mais ne changea pas sa tactique. Que les légions fussent commandées ou non par le proconsul, il ne voulait pas aller à elles. Sa pensée, sur ce point, fut faite dès le premier jour et ne varia jamais : il fallait les rencontrer le plus tard possible, les heurter le moins possible. — Il reprit, à peu de chose près, la même opération qu’avant l’arrivée de César. En février, pour isoler les Éduens, il avait menacé les Bituriges, leurs alliés sur la Loire ; en mars, pour achever de les molester, il attaqua les Boïens, leurs sujets de la région bourbonnaise.

Les principales routes qui conduisaient chez les Éduens traversaient le Bourbonnais et le Nivernais, d’où les vallées de la Nièvre, de l’Aron, de l’Arroux et de la Bourbince remontaient dans leur haut pays, les massifs du Morvan et du Charolais. Mais elles étaient bien gardées contre leurs ennemis héréditaires, les Arvernes. Sur la rive droite de la Loire, ils avaient leurs places de Noviodunum et de Décétia (Nevers et Decize) ; dans l’entredeux qui sépare la Loire et l’Allier, et sur les deux rives de cette dernière rivière, ils étaient protégés par les Boïens, leurs sujets de fraîche date. — Ces Boïens venaient de la forêt Hercynienne et des extrémités du monde celtique ; ils avaient suivi les Helvètes dans leur migration ; César les avait pris ; et, ne sachant qu’en faire, comme ils étaient fort braves, il en avait fait cadeau au peuple éduen. Celui-ci avait, sur les bords de la Loire et de l’Allier, d’assez vilaines terres, boisées ou marécageuses, vaste marche déserte à la frontière des Bituriges et des Arvernes, il les donna aux Boïens, qui purent enfin s’installer chez eux après avoir vagabondé dans le monde. Fort libéralement traités par leurs nouveaux patrons, ils se montrèrent clients fidèles, et le pays devint, avec eux, le confin militaire des Éduens vers le Sud-Ouest. Il y avait là quelques milliers de soldats, très courageux, rudes paysans dans un rude pays, attachés à leurs traditions et à leurs dieux, un des coins les plus farouches de la Gaule. Leur principale forteresse, Gorgobina (La Guerche ?), se trouvait à la lisière de leur domaine, sur la gauche et non loin de l’Allier et de la Loire ; c’était, du côté biturige, un avant-poste du territoire éduen.

Vercingétorix vint assiéger Gorgobina. — Jules César, par là même, se trouvait obligé de la secourir : qu’il le voulût ou non, il lui fallait s’engager vers le Sud. Car, si Gorgobina succombait, les Éduens se croiraient abandonnés, et la Gaule dirait que l’appui de César n’était qu’une duperie, et sa force, une illusion.

D’autre part cependant, l’importance de la place n’était point telle qu’il fallût tout risquer pour s’en rapprocher : les bourrasques de mars, le manque de vivres, les surprises par derrière. — César (et ce fut par là qu’il trompa l’espérance de Vercingétorix) se résolut de marcher vers le pays boïen, non pas en droite ligne, mais en lignes brisées, de manière à pouvoir, en route, surprendre de droite et de gauche quelques villes ennemies chez des peuples différents, Sénons, Carnutes et Bituriges : et ainsi, tout en assurant sa retraite, tout en donnant de l’espace et du jeu à ses troupes, il ferait main basse sur quelques greniers et frapperait quelque grand coup sur l’imagination gauloise. La route directe de Sens à Gorgobina était droit vers le Sud : César dirigea ses légions vers le Sud-Ouest, par les plateaux du Gâtinais. Vercingétorix pouvait donc craindre d’être pris à revers : le proconsul refaisait contre lui la manœuvre des Cévennes et espérait un résultat semblable. De même qu’il avait ravagé les terres des Arvernes, il allait dévaster celles des Carnutes et des Bituriges, et sans doute obliger une seconde fois Vercingétorix à reculer et à lâcher les Éduens.

Sa résolution prise, César fit dire aux Boïens de résister jusqu’à son arrivée ; il avertit les Éduens d’avoir à lui fournir des vivres. Puis, laissant à Sens deux légions, les bagages de toute l’armée, et sans doute aussi l’inestimable Labienus, il partit un matin, de bonne heure, avec les huit autres légions et sa garde de cavaliers germains, à la conquête de la Gaule soulevée (début de mars).

 

À suivre...         

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19 avril 2012 4 19 /04 /avril /2012 07:09

Une musique joyeuse, entrainante, ou mélancolique, voilà un peu du patrimoine culturel du beau pays de France.

Français, et fier de l'être !

 

Avant deux tidelidi

 

 

Avant deux à Coutant ou l'Avant deux du Trégor

Marchoises à Pineau

 

 

Noisette du Trio Guerbigny

 

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16 avril 2012 1 16 /04 /avril /2012 07:55

I/ INTRODUCTION.

                  La bataille de -57 contre les cités belges révoltées, a été placée par le Commandant Stoffel à Mauchamp, vers 1862, parce qu’on y avait découvert un camp romain, et parce que l’archéologie et les recherches de géographie historique n’en étaient alors qu’à leurs débuts.

Cette implantation ne résiste pas, après les travaux plus récents d’Auguste Longnon et de nombreux historiens, à l’observation du terrain, et aux parallèles que l’on peut établir aujourd’hui, entre les récits anciens et la région de Berry-au-Bac.

Nos recherches permettent de proposer un site, au sud du «Chemin des Dames», sur la colline du fort de Condé, dont les caractéristiques historiques, géologiques et topographiques, répondent parfaitement aux détails des textes, et aux impératifs militaires de cet affrontement.

 

II/ LES TEXTES.

Cette bataille nous est connue principalement par deux auteurs: César (se reporter au texte B.G., II, 2 à 12), et Dion Cassius dont une traduction est donnée ci-dessous.

(...) « Les Belges qui habitaient près du Rhin, en nombreuses tribus mélangées (?) et s'étendaient jusqu'à l'océan en face de la Bretagne, bien qu'ils eussent été jusque-là en paix avec les Romains, ou du moins n'aient rien tenté contre eux, considérant désormais les succès de César et craignant aussi qu'il ne marchât contre eux, se réunirent, et, à l'unanimité, à l'exception des Rèmes, établirent des plans contre les Romains et constituèrent une coalition à la tête de laquelle ils mirent Galba.

César en fut informé par les Rèmes et il installa des postes pour les surveiller, et ensuite il mit son camp au bord de la rivière de l'Aisne où il concentra ses troupes et les maintint. Pourtant il ne se risqua pas à se rapprocher des ennemis jusqu'à ce que, par mépris pour lui et le croyant effrayé, ils entreprirent d'occuper le pont et de mettre fin à l'acheminement de céréales que ses alliés lui faisaient parvenir. Il fut informé à l'avance par des déserteurs de ce qui se préparait : pendant la nuit il envoya contre les ennemis les troupes légères et la cavalerie et celles-ci tombèrent par surprise sur les barbares et en massacrèrent beaucoup, si bien que la nuit suivante ils se replièrent tous chez eux d'autant plus qu'ils avaient appris que les Héduens les avaient envahis.

César comprit ce qui se passait, mais dans son ignorance du terrain, il ne prit pas le risque de les poursuivre tout de suite. À l'aube, cependant, prenant la cavalerie etdion cassius donnant l'ordre à l'infanterie de le suivre, il les rejoignit, et comme ils lui offraient la bataille - le croyant accompagné de la seule cavalerie - il gagna du temps jusqu'à l'arrivée de l'infanterie. Ainsi, avec son armée tout entière, il les enveloppa, en massacra le plus grand nombre et reçut la soumission des autres. Puis il s'empara de nombre de leurs villes, les unes sans combat, les autres de vive force...»

     Dion Cassus (XXXIX, 1 & 2)

 

La suite sur le site César et les Gaulois...                                                                                                                       

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14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 12:21

               Vercingétorix

 

     Chapitre XI - Le passage des Cévennes par César.

 

5. César arrête Lucter dans le sud.

 

En arrivant dans la vallée du Rhône, César avait appris les dangers qui menaçaient ses légions et sa province.

Le devoir auquel il pensa tout d’abord fut de se mettre le plus tôt possible à la tête de son armée. Mais comment faire ? La rappeler à lui pour protéger la Province ? elle aurait en route de terribles combats à livrer. La rejoindre dans ses quartiers d’hiver ? il lui fallait, du Confluent à Beaune, traverser le pays des Éduens, et malgré leur calme apparent, il les croyait prêts à se saisir de lui pour peu qu’il leur inspirât moins de crainte que Vercingétorix.

César trouva rapidement un troisième parti, qui était de menacer tous ses ennemis à la fois, de manière à les arrêter tous en même temps : Lucter, en s’opposant à lui ; Vercingétorix, en le ramenant en arrière ; les bandes qui bloquaient les légions, en laissant faire l’impassibilité des légats. Puisque les Gaulois attaquaient sur trois points, il répondrait à leur triple attaque. Quant aux Éduens, si César avait fait peur aux Arvernes, ils le laisseraient passer. — Pour oser et réussir un tel projet, il fallait une étonnante confiance en sa Fortune et une rare célérité de mouvements : mais c’étaient les plus grandes qualités de César.

Sa décision prise, laissant là les routes habituelles du Nord, il courut à Narbonne et y organisa la défense de la Province. Des détachements furent postés à Toulouse, à la frontière de la plaine ; d’autres, à la frontière de la montagne, chez les Rutènes, sujets de Rome, des vallées du Tarn et de l’Agout ; d’autres enfin, dans le haut pays arécomique, entre Béziers et Uzès, le long des sentiers qui descendaient des Cévennes ; plus loin encore, chez les Helviens du Vivarais, au pied de la principale route qui débouchait des monts d’Auvergne, il concentra une grande partie des troupes qu’il venait de lever dans la Province et en Italie ; enfin, à Vienne, à l’extrémité septentrionale de la frontière romaine, en face la trouée du Forez, il groupa un fort parti de cavaliers de recrue. — Au centre de cette région dont il venait de garnir le pourtour, il plaça d’autres défenses, une escadrille dans les eaux de l’Aude, des hommes autour de Narbonne ; et, à Narbonne même, il raffermit les cœurs des citoyens romains : la vieille colonie devait, par ses murailles et par le courage de ses habitants, mériter le titre que Cicéron lui avait donné, de boulevard de Rome contre la Barbarie.

Lucter arriva sur ses entrefaites. Quand il vit le rideau de garnisons derrière lequel Narbonne était assise, il jugea qu’il lui était aussi impossible de manœuvrer entre elles qu’il l’avait été à Hannibal en face de Rome et à travers les colonies du Latium, et il se relira, écarté plutôt que battu.

César était encore à Narbonne quand il apprit cette retraite. Débarrassé de Lucter, il se retourna contre Vercingétorix. Celui-là, il l’avait arrêté en face. Pour arriver plus vite à celui-ci, il fallait qu’il le prît à revers. Il ne le pouvait qu’en franchissant les Cévennes. Dans cette intention, il avait déjà envoyé le gros de ses troupes nouvelles sur l’Ardèche. Il les rejoignit (milieu de février).

 

6. Il franchit les Cévennes ; recul de Vercingétorix.

 

La principale route qui pénétrait dans les Cévennes partait d’Aps chez les Helviens et remontait l’Ardèche jusqu’au pont de Labaume. Franchir la montagne au mois de février semblait un acte de démence. Aucun Gaulois ne pensait qu’un chef de bon sens pût risquer101.jpg dans cette tentative sa vie et celle des siens ; César lui-même, dans ses moments de prudence, et même en plein été, déclarait que les routes des Cévennes étaient trop dures pour une armée. Le chemin qu’il allait prendre, et qui était le moins mauvais de tous, n’était pratiqué que pendant la belle saison, par les marchands qui du Rhône se rendaient en Velay et en Auvergne : c’était une route traditionnelle de portages entre les deux versants. Mais l’hiver, la muraille des Cévennes, cette échine relevée qui séparait les peuples, n’ouvrait même pas une brèche pour un piéton seul, et César s’en approchait avec une nombreuse escorte. En ce moment leurs roches pendantes et leurs longs plateaux disparaissaient sous les flocons, et sur les sentiers des hommes s’élevaient six pieds de neige. Enfin, pour qui vient du Midi, l’escarpement de la montagne est parfois si abrupt qu’on dirait la courtine d’un rempart. Les Gaulois avaient raison de regarder les Cévennes comme une enceinte naturelle : il était aussi difficile de les gravir que d’escalader au pas de course les flancs de Gergovie.

César remonta l’Ardèche et la Fontaulière à la tête d’une petite armée de cavaliers et de fantassins ; il avait près de lui D. Brutus, un des officiers qui lui étaient les plus chers et auxquels il se fiait le plus. Au delà de Montpezat, l’escalade du col du Pal commença : sept cent mètres de hauteur à monter au-dessus de la vallée. Il fallut s’ouvrir le passage à100.jpg travers la neige, les soldats creusèrent, à six pieds de profondeur, le long boyau de route blanche par où l’escorte de César put défiler ; et ce fut pour eux une nouvelle et terrible fatigue. Enfin, on parvint sur le plateau triste et désert qui, à treize cents mètres de hauteur, sépare les deux versants : à quelques milles au Nord, les soldats aperçurent déjà les eaux glacées de la Loire. Car, si cette route était rude, elle était fort courte, et, la montée terminée, on parvenait presque immédiatement aux bords du fleuve gaulois.

La Loire atteinte, on touchait aux terres arvernes. De ce côté, et tout de suite après le plateau, s’étendaient d’assez larges vallées, riches en pâturages, fertiles en blés, où étaient éparses de vastes habitations : c’est le bassin du Puy, domaine des Vellaves, qui étaient alors étroitement unis aux Arvernes. César envoya en avant sa cavalerie, avec ordre d’aller, de piller et de détruire le plus loin possible. Les Gaulois étaient trop surpris et trop dispersés pour pouvoir résister, et d’ailleurs, il n’y avait là surtout que des femmes et des enfants, les hommes capables de combattre étant au Nord avec Vercingétorix.

L’expédition de César aurait pu lui nuire plus qu’à son ennemi. Que Vercingétorix ne bougeât pas, le laissât venir à lui, se hasarder dans les défilés du Velay, le proconsul eût été aisément traqué avec ses quelques milliers d’hommes, recrues encore peu faites à la fatigue ; et, s’il avait persisté dans sa marche, il se serait brisé contre Gergovie.

Mais César, en envahissant ainsi les terres vellaves et arvernes, voulait frapper, non pas le chef, mais ses compagnons. Il prévoyait l’effroi subit qui les saisirait en pensant à leurs fermes incendiées et à leurs bestiaux enlevés ; il escomptait leurs angoisses de propriétaires, et non pas les inquiétudes militaires de Vercingétorix.

Ce qu’il avait pensé arriva. Dès que les Arvernes apprirent que César gravissait les Cévennes, ils entourèrent leur roi, le supplièrent de ne point abandonner leurs terres au pillage : puisque c’étaient eux seuls que l’on attaquait, qu’ils allassent au moins se défendre. Vercingétorix eut la faiblesse de céder : peut-être sa royauté était-elle trop récente pour lui permettre de résister aux siens. Il donna l’ordre à ses troupes de faire volte-face vers la montagne.

César ne voulait pas autre chose. Il devina plutôt qu’il n’apprit le retour de son adversaire au moment où il pénétrait lui-même sur les terres arvernes. Dès lors il n’était plus question pour lui de s’aventurer davantage vers le Nord. Il n’avait pas assez d’hommes pour essayer de combattre. Mais afin de dissimuler son départ aux Gaulois, il laissa Brutus et la petite armée dans le Velay, avec ordre aux cavaliers de continuer et d’étendre les ravages ; pour rassurer ceux qu’il abandonnait en pays ennemi, il leur annonça qu’il allait chercher des renforts et reviendrait au plus tard dans trois jours. Puis, tournant rapidement vers l’Est, par la vallée de la Loire et la tranchée du Gier, il arriva à Vienne, à la très grande surprise de la cavalerie qu’il y avait envoyée quelque temps auparavant. Il n’était resté que deux jours sur le territoire arverne.

 

7. César rejoint son armée.

 

De Narbonne à Vienne par Le Puy, ce n’eût été qu’un léger détour, sans l’incroyable fatigue surérogatoire. Mais ce détour avait suffi pour arrêter Vercingétorix dans sa marche vers le Nord, donner du répit aux légions de Sens, faire hésiter les traîtres du pays éduen. César pouvait passer maintenant.

La troisième partie de la campagne n’était donc plus qu’un jeu d’éperons. César ne s’arrêta à Vienne que pour prendre la tête de sa cavalerie : et alors, nuit et jour, le long du Rhône et de la Saône, galopèrent le proconsul et ses hommes. Si quelque embuscade avait été disposée, sur sa route, par les Éduens, César était passé avant qu’on eût appris sa venue. Enfin, au delà de la grande forêt de Cîteaux, il se trouva chez ses fidèles Lingons ; quelques milles encore à parcourir, et il rejoignit ses deux légions les plus proches. César et son armée étaient sauvés (fin février).

Ainsi, en moins de quinze jours, Jules César avait, depuis Narbonne jusqu’à Dijon, parcouru un vaste demi-cercle sur le flanc de la Gaule insurgée : il avait obligé ses adversaires, tantôt à reculer devant lui, tantôt à venir à lui en s’éloignant des légions ; tout en les faisant mouvoir à sa guise, il avait par deux fois, en vue du Mont Mézenc et du Mont Pilât, maîtrisé l’hiver et dompté les montagnes inviolables. Un tel succès était à la fois moral et stratégique, et il l’avait remporté presque sans effusion de sang.

Aussi les anciens, dans cette épopée militaire qui vient de commencer, n’admirèrent rien de plus que la formidable chevauchée à travers les Cévennes : les autres victoires de César seront l’œuvre du hasard des rencontres et de la force des hommes ; celle-ci fut le triomphe, sans combat, de l’intelligence et de la volonté.

 

À suivre...

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3 avril 2012 2 03 /04 /avril /2012 01:24

                                                              Vercingétorix

 

      Chapitre XI - Le passage des Cévennes par César.

 

1. Les forces romaines en février 52.

 

L’armée romaine occupait alors, à l’Est de la Gaule, la région circonscrite par Dijon, Sens, Reims et Toul. Deux légions étaient campées aux frontières des Trévires, peut-être chez les Rèmes ; deux autres chez les Lingons, à Langres ou à Dijon ; le principal effectif de troupes était à Sens, où hivernaient six légions : les magasins, les dépôts, sans doute aussi tous les otages de la Gaule, devaient s’y trouver réunis.

 

2. Forces de Vercingétorix ; quelle tactique lui était possible.

 

Cette ville était devenue le quartier général de l’armée ; elle était à proximité des terres à blé de la Beauce, centre des opérations de ravitaillement. Si les légions devaient revenir en Italie, elles pouvaient de là, en quelques étapes d’une route facile, gagner la Saône et les voies du Midi ; s’il fallait refaire campagne, elles étaient assez près des ennemis de l’Est, les seuls auxquels pensât encore César. Enfin, tout autour de Sens, sauf à l’Ouest, où étaient les Carnutes, elles s’appuyaient sur des peuples étroitement amis, les Rèmes, les Lingons, les Éduens : ces deux dernières nations gardaient les chemins de la Province, ceux par lesquels l’armée communiquait avec Rome et avec son chef.

 

3. Son plan de guerre. Retour de César.

 

De ces dix légions, six, la VIIe, la VIIIe, la IXe, la Xe, la XIe et la XIIe, avaient fait, sous les ordres de César, toutes les campagnes gauloises depuis 58 : les quatre premières, recrutées dans l’Italie proprement dite, étaient déjà anciennes quand la guerre avait commencé ; le proconsul avait levé les deux autres dans la Gaule Cisalpine au moment de s’engager dans la lutte. Les quatre autres étaient de formation plus récente, mais également d’origine italienne : c’étaient la XIIIe, la XIVe, la XVe et la Ire, qui dataient, celle-là de 57, et les trois dernières de 53. L’effectif normal de chaque légion est évalué à six mille hommes : mais il est fort douteux, même en tenant compte de l’appoint périodique des recrues annuelles, qu’il ait jamais été maintenu à ce chiffre ; une légion devait sans doute renfermer plus de quatre mille hommes, mais atteignait rarement cinq mille. — En revanche, la qualité de ces hommes était supérieure : c’étaient des soldats admirables que ceux des quatre vieilles légions (VIIe-Xe), rompus à toutes les manœuvres intelligentes et à toutes les prouesses physiques, tour à tour infatigables à la marche,Marcus-P agiles à l’escalade, terrassiers, charpentiers, machinistes, soldats de jet et d’arme blanche, viseurs impeccables, solides dans le corps à corps, le bras et le jarret d’un irrésistible ressort ; ceux de la Xe surtout, mâles robustes venus des Apennins et de l’Italie centrale, faisaient de leur légion une masse formidable, au milieu de laquelle César pouvait se dire aussi en sûreté que derrière la plus forte des citadelles. Au-dessus, ou plutôt au premier rang de ces hommes, étaient leurs centurions, presque tous couverts de blessures, vieux officiers sortis du rang, demeurés rudes, vaniteux et populaires, mais toujours hardiment compromis au chaud des batailles : tels que Lucius Fabius et Marcus Pétronius, tous deux de la VIIIe.

 

4. Premières opérations autour de Sens, dans le Berry, et vers le Sud.

 

Drappès réussit à intercepter, autour de Sens, les convois de vivres et de bagages. Les légions ne bougèrent pas, les légats se laissèrent plus ou moins bloquer, et, quand les Éduens leur apprirent le danger des Bituriges, ils se bornèrent à donner le conseil d’aller les secourir.

Vercingétorix avait descendu la rive gauche de l’Allier ; au delà des bois de Souvigny (en face de Moulins), il pénétra sur le territoire des Bituriges. Ceux-ci appelèrent à leur secours les Éduens leurs patrons : les Éduens, après avoir pris l’avis des légats, leur envoyèrent un corps de cavalerie et d’infanterie. Mais, arrivé sur la Loire, frontière commune des deux peuples, le détachement n’osa franchir le fleuve et rejoindre les Bituriges, qui étaient sur la rive gauche : Vercingétorix s’approchait, gagnait du terrain, plutôt en négociant qu’en combattant. D’étranges pourparlers furent peut-être engagés entre les trois armées : on fit croire aux Éduens que, s’ils passaient la Loire, ils seraient trahis par les Bituriges et pris entre eux et les Arvernes : ce qui, après tout, était possible, comme aussi il est fort probable qu’ils se soient laissés acheter. Les Éduens rebroussèrent chemin au bout de peu de jours, et regagnèrent Bibracte ou leurs autres villes, sans avoir rien fait. Tout de suite après leur départ, les Bituriges fraternisèrent avec les Arvernes.

Ce fut la seconde victoire de Vercingétorix. Victoire morale : car les Bituriges étaient peut-être le plus vieux peuple de la Gaule ; dans les siècles passés dont les bardes chantaient encore la gloire, c’étaient eux, disait-on, qui, comme plus tard les Arvernes, avaient donné son roi à tout le nom celtique, et c’était sous la conduite de deux chefs bituriges, Bellovèse et Sigovèse, que les Gaulois avaient pour la première fois couru à la conquête du monde. Mais c’était aussi un avantage militaire considérable : les Bituriges étaient riches en terres et en bourgades ; leur principale ville, Avaricum (Bourges), passait pour la plus belle peut-être de toute la Gaule ; leur défection amputait la ligue éduenne ; leur soumission permettait aux Arvernes de donner la main aux Carnutes ; enfin, en quelques jours de marche dans des pays amis, par la Loire et le plateau de Montargis, Vercingétorix pouvait arriver en face de Sens et des légions. Pendant ce temps, qui sait si les Éduens, ébranlés par cette première déconvenue, ne songeraient pas à offrir des gages à la Gaule conjurée, en barrant la route à César sur les rives de la Saône ?

Au Sud, Lucter fit d’abord merveille. Il traversa rapidement, en dépit de l’hiver et de routes atroces, le Gévaudan et le Rouergue. Il y fut bien accueilli. Cabales et Rutènes étaient de vieux clients des Arvernes, tout prêts à suivre leurs patrons dans de nouvelles guerres ; ils accordèrent à Lucter les otages qu’il voulut, ils lui fournirent des renforts, appoint d’autant plus utile à la cause gauloise que les Rutènes étaient les meilleurs archers de la race. Toutes ces bandes continuèrent plus bas. Le roi des Nitiobroges, Teutomat, fil le même accueil à l’envoyé de Vercingétorix ; il oublia sans peine que son père avait reçu du sénat le titre d’ami du peuple romain ; il donna des hommes pour grossir la troupe. Et ce fut à la tête d’une véritable armée que, tournant vers l’Est, Lucter remonta la Garonne pour franchir la frontière romaine et pousser brusquement jusqu’à Toulouse et Narbonne. — Mais, devant lui, il trouva César.

 

À suivre...

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29 mars 2012 4 29 /03 /mars /2012 11:12

Les persécutions antichrétiennes des premiers siècles 1/3

Les persécutions antichrétiennes des premiers siècles 2/3

 

IV. Persécutions au IIIe siècle et au début du IVe.

 

1. Leurs caractères.

 

La persécution se ralentit à la fin du IIe siècle sous l'empereur Commode (180-193), dont une favorite, Marcia, esclave devenue son épouse, obtint la grâce de nombreux chrétiens ; il en fut de même durant les dix premières années du règne de Septime-Sévère (193-211).

À l’hostilité latente des deux premiers siècles, succéda pour les chrétiens, au IIIe siècle, la persécution violente, ordonnée à intervalles réguliers, par les édits des empereurs. S’il y eut des périodes de paix qui favorisèrent le développement rapide du christianisme, il y eut aussi des périodes de crise aigüe où le clan des fidèles coula à flots.

Le IIIe siècle compte cinq grandes persécutions : la cinquième sous Septime-Sévère, la sixième sous Maximin, la septième sous Dèce, la huitième sous Valérien et la neuvième sous Aurélien.


2. Cinquième persécution, sous Septime-Sévère (202-211).

 

Cet empereur, guéri par un esclave chrétien, se montra d'abord favorable aux disciples du Christ, et protégea même de nobles romains dont les païens réclamaient la mort. Mais obsédé par les clameurs populaires et par les perfides insinuations des courtisans, il résolut d’arrêter le développement du christianisme. En 202, il publia un édit ordonnant aux magistrats de punir de mort les nouveaux convertis et leurs catéchistes. Beaucoup de chrétiens, baptisés depuis longtemps, périrent comme eux.

Saintes Félicité et Perpétue, dont les noms sont inscrits au canon de la messe, souffrirent le martyre à Carthage avec plusieurs compagnons. Elles n’étaient encore que catéchumènes lorsqu’elles furent arrêtée avec leur catéchiste qui acheva de les instruire en prison et les y baptisa. Le récit de leur martyre, commencé par Perpétue et achevé par un autre chrétien, est un des plus beaux monuments de l’antiquité chrétienne.

Saint Irénée successeur de saint Pothin sur le siège de Lyon, aurait été martyrisé en 203 avec dix-huit mille fidèles.

C’est alors que Tertullien écrivit son Apologétique pour défendre les chrétiens.

 À la mort de Septime-Sévère, l’Eglise jouit d’une paix relative, surtout pendant le règne d’Alexandre-Sévère (222-235) qui réservait une place à Jésus-Christ dans son oratoire à côté de ses dieux, et faisait graver sur les murs de son palais des sentences chrétiennes comme celle-ci : « Traitez les hommes comme vous voudriez qu’ils vous traitent » (Luc 6, 31)

3. Sixième persécution, sous Maximin le Thrace (235-238).


Elle ne dura que trois ans mais fut atroce. Ancien pâtre, Maximin, géant à demi-barbare, persécuta les chrétiens parce que son prédécesseur qu’il avait assassiné, s’était montré bienveillant pour eux. Craignant de dépeupler l’Empire s’il s’en prenait à la multitude des fidèles, il ordonna de mettre à mort surtout les chefs des églises, prêtres et évêques.

Parmi les illustres victimes de cette persécution, on compte deux papes : saint Pontien (230-235) et saint Anthère (235-236) ; saint Hippolyte et peut être aussi sainte Barbe.

Sous les premiers successeurs de Maximin : Gordien (238-244) et surtout Philippe (244-249) si favorablement disposé qu’on s’est demandé après Eusèbe qui l’affirme dans sa « chronique », s’il n’était pas chrétien, bien qu’il resta officiellement païen, l’Église jouit de quelques années de paix et se développa considérablement. On lui aurait reconnu, à cette époque, le droit d’exister comme corporation et de posséder des biens en commun.


4. Septième persécution, sous Dèce (249-251).


Pour redonner à l’Empire son antique vigueur, Dèce, meurtrier et successeurs de Philippe, voulut rétablir partout le culte des dieux nationaux, abandonnés surtout par les chrétiens. C’est pourquoi il essaya d’arrêter la propagation de leur religion, leur en défendit la pratique, et prétendit les obliger à sacrifier aux idoles. Il ordonna, non de les tuer, mais de les torturer jusqu’à ce qu’ils eussent abjuré leur foi. Plusieurs, cédant à la douleur, apostasièrent ; d’autres se procurèrent, à prix d’or, de faux certificats d’apostasie ; quelques-uns, doutant de leur constance au milieu des tourments, s’enfuirent dans les déserts où ils menèrent, à l’exemple de saint Paul ermite, une vie de prière et de mortification.

Par contre, beaucoup supportèrent avec courage les plus cruels supplices et moururent martyrs; parmi ces derniers, on distingue le pape saint Fabien et les saints Abdon et Sennen à Rome, sainte Agathe en Sicile, saint Polyeucte à Mélitène, les Sept dormants à Ephèse, saint Christophe en Lycie, saint Saturnin à Toulouse, saint Denis à Paris.

                                        Saint Christophe, par Claude Bassot (1607)
Saint-Christophe-1607-Jesonville.jpg
 Saint Christophe, d'après la légende, était un géant. Il se mit au service des voyageurs pour leur faire traverser un fleuve large et profond en les portant sur ses épaules. Un jour un enfant recourut à sa charité; mais arrivé au milieu de la rivière, l'enfant devint si pesant que le géant ne pouvait plus avancer. «Qui donc es-tu pour être si lourd ? — Je suis, répondit l'enfant, Celui qui porte le monde». C'est pourquoi on donna au saint le nom de Christophe, c'est-à-dire Porte-Christ. Les automobilistes l'ont choisi pour patron.


 

5. Huitième persécution sous Valérien, (253-260).

 

D’abord favorable aux chrétiens, la cupidité porta Valérien à les persécuter. Par un édit de 257, il déclara illicite les associations chrétiennes, confisqua leurs biens et punit du bannissement les évêques et les prêtres qui ne sacrifieraient pas aux idoles. L’année suivante, un second édit y ajoutait la peine de mort et s’étendait aux nobles chrétiens qui ne renieraient pas leur religion.

Alors on martyrisa : les papes saint Étienne et saint Sixte II décapité dans sa chaire, aux catacombes ; saint Laurent, brûlé vif sur un gril, saint Tarcisius, martyr de l’eucharistie, saint Cyprien, évêque de Carthage, saint Fructueux et ses deux diacres brûlés vif à Tarragone, en Espagne ; à Césarée, en Cappadoce, un tout jeune enfant, saint Cyrille, qui confondit par sa fermeté la rage des persécuteurs et expira également sur un bûcher, en exhortant l’assistance de se réjouir avec lui de son bonheur.

Mais Dieu vengea le sang de ses martyrs. Vaincu et fait prisonnier par le roi de Perse, Valérien fut réduit à servir de marchepied à son vainqueur lorsqu’il montait à cheval. Finalement on l’écorcha vif.


6. Neuvième persécution sous Aurélien (270-275).


Longtemps favorable aux chrétiens, Aurélien changea de conduite vers la fin de sa vie, au moment où il proclama le culte du Soleil. Les chrétiens se montrèrent irréductibles ; il publia alors contre eux un édit de persécution ; mais cet édit eut peu d’effet car la mort de l’empereur suivi de près.


7. Dixième persécution (303-311).


Dioclétien (284-305) était doué de grandes qualités d’homme d’Etat. Persuadé qu’il ne pourrait à lui seul, gouverner son vaste empire menacé par les Barbares, il s’associa en 285 un général danubien d’esprit grossier, Maximien-Hercule, et le chargea de gouverner l’Occident, tandis qu’il s’occuperait de l’Orient. Huit ans plus tard (293), il nomma deux césar pour aider les deux augustes : Galère fut associé à Dioclétien, et Constance Chlore à Maximien-Hercule.

Excité par Galère son gendre, Dioclétien commença par épurer l’armée dont il expulsa les officiers et les soldats chrétiens. On rattache à cette épuration le martyre de saint Sébastien, officier de la cohorte prétorienne, celui de la légion thébéenne, commandée par saint Maurice, et celui de saint Victor, officier à Marseille.

En 303 et 304, Dioclétien publia quatre édits :

Le 1er défendait aux chrétiens de s’assembler, ordonnait de détruire leurs églises, de brûler leurs livres, et les condamnaient à la dégradation civique s’ils n’abjuraient pas.

Le 2e prescrivait l’emprisonnement des membres du clergé.

Le 3e exigeait l’apostasie de ces derniers, sous peine de mort.

Le 4e punissait de la même peine tous les chrétiens qui refuseraient de sacrifier aux dieux.

Cette persécution, la plus violente de toutes, dura près de dix ans dans certaines parties de l’Empire, et mérita d’être appelée l’ère des martyrs.

On compta une multitude de victimes. La Gaule et la Grande-Bretagne, où régnait Constance Chlore, furent à peu près seule épargnées.

Saint Pantaléon, médecin de Dioclétien, subit le martyre à Nicomédie, en Bithynie ; sainte Agnès, à Rome ; sainte Lucie, à Syracuse ; saint Janvier, à Bénévent (Italie méridionale) ; saint Vincent, à Valence, en Espagne ; saint Eulalie, à Mérida, en Espagne ; sainte Catherine, à Alexandrie.

À Rome, le sang des martyrs inonda l’arène du Colisée.

 

8. Fin des persécutions. L’édit de Milan (313).

 

Dioclétien et Maximien Hercule abdiquèrent en 305. Leurs successeurs prolongèrent la persécution jusqu’en 311. A cette date, Galère mourant publia un édit de tolérance que promulguèrent également Licinius en Orient et Constantin, fils et successeur de Constance Chlore, dans la préfecture des Gaules. Maximin Daïa en Illyrie et Maxence en Italie continuèrent à persécuter les chrétiens.Monogramme_du_Christ.jpg

Menacé par Maxence, Constantin se porta à sa rencontre à la tête de son armée (312). Pendant sa marche, une vision lui montra la croix comme signe de victoire. Aussi, bien que païen, il plaça le monogramme du Christ, sur son étendard[1].

La bataille décisive se livra près du pont Milvius, au nord de Rome, Maxence vaincu, se noya dans le Tibre en fuyant (oct. 312) et Constantin entra dans Rome où il remercia Dieu de sa victoire.

Maximin Daïa étant mort l’année suivante, il n’y eut plus que deux empereurs : Constantin en Occident et Licinius en Orient. Après une entrevue ils publièrent en 313, l’édit deconstantin Milan qui accordait à l’Église la liberté du culte, le droit de posséder, et prescrivait de lui restituer ses biens confisqués.

Cependant Licinius rouvrit bientôt la persécution dans ses États. C’est alors que périrent les Quarante martyrs de Sébaste, en Arménie (320). Mais Licinius mourut en 324 et Constantin resta seul maître de tout l’Empire.


 

[1] Le labarum de Constantin sur Scripta manent

 

Source : Histoire de l'Église,  éd. Clovis

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