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21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 06:37

Selon Grégoire de Tours, « Le roi Clotaire a eu sept fils de diverses femmes : d’Ingonde il eut Gonthier, Childéric, Charibert, Gontran, Sigebert, et une fille, nommé Closinde ; d’Arnegonde, sœur d’Ingonde, il eut Chilpéric ; et de Chunsine, il eut Chramne. »

Chramne, est né entre 520 et 540, sa date de naissance précise n’est pas connue. Il semblerait cependant qu’il soit né aux alentours de 520 car, en 555, son père lui confia la responsabilité de prendre possession de l'Auvergne en son nom, or pour cela,  il fallait qu'il soit majeur, c'est-à-dire âgé d'au moins quinze ans. Puisque son père lui confie cette responsabilité plutôt qu'à Charibert, il est permit d’en déduire que Chramne est le plus âgé des fils de Clotaire après les décès de Gonthier et Childéric, ce qui situerait sa date de naissance vers 520 entre celle de Childéric et de Charibert. Autre possibilité, l’ambition dont fait preuve le jeune prince ; Clotaire a peut-être fait passer Chramne devant ses frères pour calmer ses ardeurs.

En 555, Thibaud (Théodebald) meurt et son royaume passe sous la domination de Clotaire Ier. Le roi Franc qui prend donc possession de l’Auvergne sait que cette région s’est montrée à plusieurs reprises agitée. Il choisit donc de confier à ce dernier la charge de résider à Clermont et d'occuper la région. Chramne se retrouve ainsi à la tête des cités de Poitiers, Tours, Limoges et Clermont. Il est fort probable que Bourges, Le Puy, Javols, Rodez, Cahors, Albi, et même Toulouse soient également passées sous son autorité.

C’est certainement beaucoup pour un jeune prince inexpérimenté. A peine installé, il émet des préceptes et implante des fidèles. À l'aide de gens de sa truste (garde personnel du roi généralement issu d'origine servile), il fait enlever des filles de sénateurs. Cette manœuvre permet aux futurs maris d’hériter des terres de ces jeunes filles de la haute société, de dépouiller les grands propriétaires terriens et d’implanter des jeunes Francs richement pourvu et allié aux grandes familles. Il y a là infraction au code théodosien et au bréviaire d'Alaric qui interdisent et punissent le rapt de jeunes filles mineures mais aussi le mariage entre femmes de l’ordre sénatorial et esclave.

Puissance, pouvoir, voilà ce que désirait le jeune prince qui évidemment en veut plus encore.

En s’emparant du royaume de Thibaud sans effectuer le partage voulu par la loi salique, Clotaire a fortement irrité son frère Childebert. Conscient de la situation, Chramne demande alors à son oncle de l’aider s’attribuer la couronne d’Auvergne. Celui-ci, désirant se venger, accepte de s’allier à son neveu pour renverser Clotaire. Chramne réunit une armée épaulé par les comtes de Tours et de Poitiers. Il se rend alors à Limoges et proclame son autorité sur toute la région.

Clotaire, occupé à faire entendre raison aux saxons qui se sont soulevés, ne peut intervenir personnellement. Il envoie donc ses fils Charibert et Gontran mener une armée à la rencontre de Chramne. Ils se rendent alors en Auvergne, puis à Limoges, et enfin le retrouve à Saint-Georges-Nigremont, dans le canton de Crocq de l'actuel département de la Creuse. Leurs armées se font face au pied de la montagne noire où ils incitent Chramne à rendre les terres appartenant à leur père. Celui-ci  refuse mais une tempête empêche la bataille. Chramne a alors l’idée de génie de faire croire à ses frères que leur père a perdu la vie en combattant les saxons. Charibert et Gontran se rendent aussitôt en Burgondie. La rumeur disant que Clotaire est mort en Saxe se répand dans toute la Gaule, y compris aux oreilles de Childebert. Chramne en profite alors pour étendre son influence jusqu’à Chalon-sur-Saône. Il assiège la ville, la conquiert, puis se rend à Dijon où il se voit refuser l'accès à la ville. Le clergé qui hésite entre livrer leur cité et refuser de se soumettre à un prince qui a trahi son père, soumet l’entrée de Chramne au jugement de Dieu. Le verdict est sans appel : l’ambition du prince le conduira à la ruine. Les prélats refusent donc d’ouvrir les portes de la ville. Chramne n’insiste pas et prend la le chemin de l’Armorique par la vallée de la Saône. Il fait étape à Orléans où il épouse Chalda, la fille du comte de la ville.126

Chramne rencontre une nouvelle fois Childebert à Paris qui lui confirme son soutien. Mais le 23 décembre 558, Childebert meurt d’une longue maladie, ce qui permet à Clotaire de s’emparer de son royaume. Ce décès brise net la consolidation du royaume de Chramne. Dénué de soutien, ce-dernier se retrouve obligé de se soumettre à l’autorité de son père comme il aurait dû le faire depuis longtemps suivant les lois romaines, germaniques, et chrétiennes. Clotaire qui s’est montré si souvent impitoyable, accorde son pardon à son fils mais le place tout de même sous surveillance.

Mais décidément, Chramne ne peut se contenter de rester dans l’ombre de son père. Entre le 1er septembre 559 et le 31 août 560, avec l’aide des Bretons, Chramne qui s’est installé avec sa femme et ses filles dans le centre-ouest de la Bretagne, auprès du comte Conomor, ancien allié de Childebert, pille et détruit un grand nombre de lieux appartenant à son père.

Clotaire, accompagné de son fils Chilpéric, s’avance vers le pays vannetais dans lequel il arrive en novembre ou décembre 560. Cette fois plus question de fuir ; Chramne, soutenu par Conomor est décidé à affronté son père.

La bataille qui a lieu dans les environ de Carnac tourne en faveur de Clotaire. Conomor est tuée et Chramne est contraint de rompre le combat. Son malheureux allié possédant des terres des deux côtés de la Manche, des bateaux avaient été prévu pour fuir au cas où les choses tourneraient mal. Mais Chramne ne veut pas s’enfuir sans son épouse et leurs filles ; aussi fait-il un détour pour aller les chercher. Hélas celles-ci ont été faites prisonnières par les soldats de Clotaire et en tentant de les délivrer, il tombe à son tour aux mains de ses ennemis.

Cette fois, plus question de pardonner son fils. Clotaire fait enfermer Chramne dans une masure avec son épouse et ses filles, ordonne qu’on étrangle le fils indigne, et fait mettre le feu à l'édifice, avec tout le monde dedans.

125                                        La Mort de Chramne

                                   Par Evariste Vital Luminais

 

Source : Grégoire de Tours, Histoire des Francs.

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19 mai 2012 6 19 /05 /mai /2012 10:06

             Vercingétorix

 

     Chapitre XIII - Gergovie.

 

3. Passage de l’Allier et arrivée devant Gergovie.

 

C’était la reprise des opérations commencées à Génabum, continuées à Avaricum, la suite de la campagne contre les capitales de la révolte. Puisque Vercingétorix se dérobait aux batailles rangées, on l’obligerait tout au moins à la guerre de sièges.

Mais, depuis près d’un mois que Bourges était tombé, les conditions de la guerre étaient devenues moins bonnes pour César. Son armée s’était affaiblie de deux légions, il avait dû laisser à Labienus quelques-unes de ses meilleures troupes. Entre lui et son légat allaient s’interposer le territoire des Éduens et l’hypocrisie publique de leur peuple : qu’un malheur arrivât, et ils le couperaient facilement de Nevers et de Sens, le bloqueraient dans le cul-de-sac de la Basse Auvergne. Enfin, pendant qu’il perdait son temps à Decize, Vercingétorix, laissé maître de ses mouvements, avait réoccupé derrière lui les coteaux bituriges, et maintenant il attendait les Romains sur la rive gauche de l’Allier. Lorsque César déboucha dans la large vallée de la rivière (à l’ouest de Saint-Pierre-le-Moutier ?), il trouva que les ponts avaient été coupés, et il aperçut, campée sur les hauteurs de la rive opposée, l’armée de Vercingétorix.

César reprit sa route vers le Sud, suivant la rive ; mais Vercingétorix se maintenait à portée du regard, et quand le proconsul s’arrêta, le Gaulois dressa son camp presque en face. Les éclaireurs romains, lancés le plus loin possible, reconnurent que partout, en amont, les ponts étaient détruits ; la fonte des neiges rendait les gués impraticables ; on ne pouvait faire travailler les pontonniers sous la menace des ennemis, d’autant plus que la rive occupée par eux surplombait l’Allier, que celle que suivait César était basse et découverte. Il lui fallait pourtant se hâter, s’il ne voulait pas s’immobiliser jusqu’à la canicule devant ces eaux profondes : car s’aventurer dans les défilés du haut pays pour passer le fleuve près de Gergovie, c’eût été exposer les siens à d’inutiles sacrifices. Il ne restait donc au proconsul qu’à recourir à un stratagème, d’ailleurs banal.

Vercingétorix avait laissé subsister les pilotis du pont de Moulins (?), qui est le principal passage de l’Allier, à l’endroit où cette rivière sort du pays arverne pour entrer chez les Éduens : sur la rive droite, un taillis épais ; sur la rive gauche, des hauteurs boisées. César campa la nuit suivante dans ce taillis, hors de la vue de l’ennemi, et commença à faire couper les poutres nécessaires à la construction d’un pont. Le matin, les bagages et les deux tiers de l’armée sortirent du bois, mais étendus en longue file et disposés de manière à faire croire à l’ennemi que toutes les troupes romaines continuaient leur marche vers le Sud : et Vercingétorix à son tour détala sur leur flanc. César était resté dans le bois avec ses deux meilleures légions : quand, après quelques heures, il jugea les siens et leurs adversaires à une bonne étape de distance, il sortit du fourré, étaya son tablier de charpente sur les pilotis restés en place, lança sur le pont ses deux légions au pas de course, et les fît camper, bien à l’abri, sur la hauteur voisine. Plusieurs heures après, le reste de l’armée, ayant rétrogradé pendant la nuit, traversa la rivière à son tour, et rejoignit le nouveau campement de la rive gauche.

Vercingétorix ne revint point sur ses pas : s’il l’avait fait, il n’eût pas évité la bataille, et il la cherchait moins que jamais. Il avait sur César l’avance d’une étape. Il se replia vers le Sud à marches forcées.

César le suivit, pas assez vite pour pouvoir l’atteindre : il lui fallut encore cinq jours pour faire les vingt-cinq lieues qui le séparaient du but de la campagne ; et quand, de la plaine de Montferrand, les Romains aperçurent enfin la montagne de Gergovie, ils virent se dessiner peu à peu un terrible spectacle, dit César : vers le ciel, les remparts solides de la cité ; le long des flancs, sur les escarpements de toutes les roches, dans les replis de tous les ravins, le sol disparaissait sous des Gaulois en armes. Vercingétorix avait pris les devants, et entouré d’une muraille d’hommes la muraille de pierre de la ville sacrée des Arvernes.

 

4. Situation de Gergovie ; comment elle fut défendue ; comment on pouvait l’attaquer.

 

Le massif de Gergovie s’étend de l’Est à l’Ouest sur une largeur de près de six kilomètres. Il ferme au Midi la longue et étroite plaine de la Limagne ; il se dresse à l’endroit où les routes qui vont vers le Sud commencent à gravir des pentes plus rudes, et où la vallée de l’Allier s’engage dans de tortueux défilés. Du sommet, par le mois de mai où le siège commença, le regard s’étend sur deux paysages et comme sur deux mondes différents : au Nord, c’est la plaine unie et verdissante, avec l’éternelle buée violette qui l’enveloppe doucement ; au Sud, à l’Est et à l’Ouest, c’est un inextricable fouillis de montagnes, d’où se détachent les sommets dominants des Puys : Gergovie est la citadelle avancée qui garde les sentiers du haut pays et qui surveille les routes et les moissons d’en bas.

Cet horizon renfermait alors les choses les plus saintes du pays arverne : les sources limpides sourdaient des flancs basaltiques et des ravins calcaires du mont gergovien ; deux cours d’eau, l’Auzon au Sud, l’Artières et le Clémensat au Nord, limitaient la montagne et la séparaient sur ces points du reste du monde. À sa base, vers le Levant, le lac de Sarlièves était peut-être le dépôt inviolable des trésors voués aux dieux. Du côté de la plaine un bois sacré couvrait les abords de la colline où devait s’élever Clermont. À l’abri des remparts qui entouraient le sommet, les Gaulois avaient réuni tout ce qu’ils avaient de plus cher, êtres et choses, biens, femmes et enfants, ramenés et transportés à la hâte des fermes de la plaine ou des châteaux de la montagne : Gergovie devenait l’asile des derniers amours et des dernières libertés du peuple arverne. Enfin, au Couchant, se dressait le sommet du Puy de Dôme, la résidence préférée de son plus grand dieu : c’était sous les regards de Tentâtes qu’il allait combattre pour ses autels et pour ses foyers.

À Gergovie, la résistance gauloise trouva, avec le courage que donnent les plus nobles passions, la force d’une position naturelle à peu près inexpugnable. Vercingétorix avait eu raison de ne point craindre d’y laisser venir César.

La montagne s’élève de 703 à 744 mètres au-dessus de la mer, 300 mètres au-dessus de la123.png vallée de l’Auzon, qui coule à 2500 mètres, à vol d’oiseau, du point le plus haut du massif. Le sommet, aplati, présente une esplanade régulière, de la forme d’un trapèze, large de 500 mètres du Nord au Sud, longue de 1 500 mètres de l’Est à l’Ouest, et très suffisamment nivelée sur toute sa surface. La périphérie de ce plateau est d’environ 4 kilomètres, la surface approximative, de 75 hectares. Les limites en sont partout très nettement indiquées par une retombée de la terrasse du sommet, parfois presque aussi nette que l’angle saillant d’une muraille. C’était sur ce plateau que la ville gauloise était assise : elle avait à la fois l’aire vaste et égalisée d’une grande cité de plaine et la hauteur abrupte d’un refuge de montagne.

Les remparts suivaient le rebord du plateau ; ils n’étaient en réalité que le prolongement artificiel des flancs rocheux qui le soutenaient. Du pied même de la muraille, les coulées de basalte descendaient en pentes très rapides : 200 mètres d’inclinaison pour 1 kilomètre, 300 mètres pour 1 200 pas. Mais il y a, à cet égard, une différence sensible entre les deux versants. Au Nord, du côté de la plaine et de l’Artières, et à l’Est, du côté de la route, c’est la taille presque à pic, et interrompue par de profonds ravins : l’escalade est sur ce point fort dangereuse. Au Sud, où la montagne se prolonge vers l’Auzon par une série d’éperons, de plateaux en contrebas et de collines en avant-corps, à l’Ouest également, où elle se rattache à la chaîne des Puys par un col étroit, mais aplani et élevé, il est facile d aborder Gergovie par une montée lente et sinueuse qui adoucit les rampes, et il n’est pas impossible, pour peu qu’on ait le pied solide et le regard juste, de les escalader rapidement.

Ainsi, au Nord et à l’Est, Gergovie se défendrait presque d’elle-même. À l’Ouest, par où l’attaque était très faisable, les Gaulois se fièrent, pour l’empêcher, aux bois épais qui obstruaient les abords des remparts et qui couvraient le col des Goules et les hauteurs de Risolles (entre le village d’Opme et le plateau de Gergovie). La ville ne paraissait abordable, avec quelque chance de succès, que par le Sud.

Ce fut donc sur le versant méridional que Vercingétorix étagea toute son armée. Il ne commit point la faute de l’enfermer dans Gergovie. De ce côté, en avant et au bas du plateau, le flanc de la montagne présente une sorte de palier naturel qui interrompt les pentes : Vercingétorix fit de ce vaste gradin un boulevard militaire ; il le ferma, au rebord extérieur, par un mur d’énormes rochers, haut de six pieds. Ainsi la montée était coupée au point même où elle devenait plus facile ; l’élan des assaillants serait brisé à l’instant où il allait aboutir. — En avant de ce mur, les pentes restaient désertes. En arrière, sur les terrasses légèrement inclinées qui s’étendaient jusqu’aux remparts de la forteresse, furent massées le gros des troupes gauloises. Elles étaient, comme à l’ordinaire, disposées par nations. Mais on les avait groupées en trois camps, rapprochés les uns des autres, et c’était un ensemble imposant que celui de cette armée entassée sur la montagne, pressée autour de la tente de Vercingétorix. Gergovie, placée en arrière, semblait le réduit de la défense. — Enfin, en dehors du puy gergovien proprement dit, les hauteurs auxiliaires furent occupées par des avant-postes : par exemple la colline de La Roche-Blanche, qui commandait le vallon de l’Auzon. Mais Vercingétorix eut le tort de n’attacher qu’une importance médiocre à ces défenses d’avant-garde et de réserver tous ses efforts à Gergovie et à ses abords immédiats : peut-être était-il décidé à ne disséminer ni ses troupes ni ses points de résistance.

César avait presque espéré se rendre maître de Gergovie par un coup de main : ce qui témoignait chez lui ou de l’ignorance des lieux ou d’une confiance sans limite. Mais, quand il eut reconnu la montagne, et qu’il n’eut aperçu partout que des bois, des rochers, des remparts et des hommes, il s’avoua l’illusion qu’il s’était faite, et il ne songea plus qu’à un siège en règle.

Ce siège même était-il possible ? Les ingénieurs qui avaient fixé les lois de la poliorcétique et défini les systèmes d’attaque, avaient-ils prévu une place de ce genre, à la fois murée, plantée sur des parois abruptes, et hérissée de contreforts ? Les règles ordinaires de l’art classique se trouvaient presque en défaut. — L’attaque de force, comme à Avaricum ? à la rigueur, on pouvait bâtir une terrasse sur le col des Goules et de Risolles : mais quelle hauteur ne devrait-elle pas avoir pour atteindre le rebord du plateau, qui dominait le col de 40 mètres ? et comment faire travailler les hommes sur cet isthme étroit, flanqué de deux dangereux ravins ? Le blocus ? il fallait établir une ligne de circonvallation de vingt kilomètres, à travers un terrain des plus accidentés, tantôt le long de vallées boisées, tantôt sur des roches à pic, et toujours sous la menace des montagnes voisines. — Pour l’un et l’autre de ces systèmes, on avait d’ailleurs besoin de deux ou trois fois plus d’hommes que n’en comptaient les six légions amenées devant Gergovie. — Quelle que fût enfin la résolution à prendre. César devait d’abord asseoir son camp, et il n’avait même pas sous les yeux un emplacement convenable. Où qu’il le posât, à moins que ce ne fût trop loin de Gergovie, les regards ennemis plongeraient dans les rues, devineraient les mouvements, n’ignoreraient que ce qui se passe sous la tente ; pour lui, il était condamné à ne rien voir de ce que les autres préparaient, à ne rien savoir d’eux que par de douteux transfuges. — Le mieux qu’il pût faire, sa reconnaissance achevée, était ou d’appeler Labienus ou de partir pour le rejoindre.

Il demeura seul, espérant un de ces succès d’audace que ne lui ménageait pas sa Fortune.

 

À suivre...

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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 06:58

L’article qui suit a été envoyé par Mr André Fresnoy. Il était accompagné d’un commentaire inspiré par la situation actuelle de la France dans le domaine politique et spirituelle. Avec son accord, Lutèce a décidé de le publier, mais en supprimant les commentaires puisque ceux-ci, exprimant des opinions personnelles, n’ont pas leur place sur un site consacré à des faits historiques anciens.

Lutèce tient néanmoins à remercier chaleureusement Mr Fresnoy pour cet article de qualité.

 

 

      De la prédilection divine pour la France.

 

 Alors que certains courants de pensée (politiques ou religieux) tendent à minimiser, ou à passer sous silence le choix divin dont a bénéficié  la France, il semble indispensable de rappeler à une population déboussolée, déracinée et pour son plus grand malheur déchristianisée, ce que l’Église traditionaliste veut signifier par ces mots prédilection divine pour la France.


  Par la voix des papes, l’Église s’est prononcée sur cette question. Les citations abondent, il est donc aisé de prouver ce fait. Laissons parler tout d’abord le pape Saint Grégoire le Grand :

« c’est par Clovis et les merveilleuses circonstances de son sacre que le roi de France acquit ce caractère de vicaire de Dieu, sergent du Christ, qui, dit Saint Grégoire le Grand, « le plaçait autant au-dessus des autres monarques que les autres monarques étaient eux-mêmes au-dessus des particuliers» (St Grégoire le Grand Epist. Lib. VI, Caput VI) » (cité dans : La Mission Posthume de la Bienheureuse Jeanne d’Arc, Mgr Delassus, Ed Saint-Remi 1998, p. 137)

Saint Pie X déclarait pour sa part, le 19 décembre 1907, à l'Archevêque de Reims, Monseigneur Luçon, nouvellement promu Cardinal, (Bulletin du Diocèse de Reims, 28 déc. 1907, p. 621) :

« Reims conserve la source baptismale d'où est sortie toute la France Chrétienne, et elle est justement appelée pour cela le Diadème du Royaume. C'était une heure ténébreuse119b pour l'Église de Jésus-Christ. Elle était d'un côté combattue par les Ariens, de l'autre assaillie par les Barbares ; elle n'avait plus d'autre refuge que la prière pour invoquer l'heure de Dieu. Et l'heure de Dieu sonna à Reims, en la fête de Noël 496. Le baptême de Clovis marqua la naissance d'une grande nation : la tribu de Juda de l'ère nouvelle, qui prospéra toujours tant qu'elle fut fidèle à l'orthodoxie, tant qu'elle maintint l'alliance du Sacerdoce et du Pouvoir public, tant qu'elle se montra non en paroles, mais en actes, la Fille aînée de l'Église. »

Le Pape Grégoire IX écrira à Saint Louis :

« De même qu'autrefois la tribu de Juda reçut d'En Haut une bénédiction toute spéciale parmi les autres fils du patriarche Jacob, de même le royaume de France est au-dessus de tous les autres peuples, couronné par Dieu Lui-même de prérogatives extraordinaires. La tribu de Juda était la figure anticipée du Royaume de France.

« Aussi nous est-il manifeste que le Rédempteur a choisi le béni royaume de France comme l'exécuteur spécial de Ses divines volontés ; Il le porte suspendu autour de Ses reins, en guise de carquois, Il en tire ordinairement Ses flèches d'élection quand, avec l'arc, de Son bras tout puissant, Il veut défendre la liberté de l'Église et de la Foi, broyer l'impiété et protéger la justice...

"Ainsi, Il choisit la France, de préférence à toutes les autres nations[1] de la terre, pour la protection de la foi catholique et pour la défense de la liberté religieuse[2] ; pour ce motif, la France est le royaume de Dieu même, les ennemis de la France sont les ennemis du Christ[3]." Ces seules citations suffiraient à clore le débat, mais bien d’autres papes ont parlé dans ce sens.

Le pape Anastase II :

« Lettre adressée à Clovis : « Illustre et glorieux Fils, soyez sa (de l'Église) gloire, soyez pour elle une colonne de fer ! »

« Nous louons Dieu, qui Vous a retiré de la puissance des ténèbres, pour faire d'un si grand Prince le défenseur de son Église et opposer votre gloire aux attaques des pervers. Continuez donc cher et glorieux Fils, afin que le Dieu tout-puissant entoure votre sérénité et votre royaume de sa protection et commande à ses anges de vous protéger dans toutes vos voies et vous donne la victoire sur tous vos ennemis » (Anast. II, ép. II ad Clod. tom. VI, Conc. col. 1282 cité par Bossuet : Politique tirée de l'Écriture Sainte, tome I, livre VII, page 529, éd. Delestre Boulage 1822, et par Zeller, « Les Francs Mérovingiens : Clovis et ses fils », p. 38. ») Ib., page 21.

Le pape saint Hormisdas (514-523) :

Lettre à Saint Rémi lorsqu'il l'institua en ces termes Légat pour toute la France : « Nous donnons tous nos pouvoirs pour tout le Royaume de notre cher Fils spirituel Clovis que par la grâce de Dieu vous avez converti avec toute Sa Nation, par un apostolat et des miracles dignes du temps des Apôtres. » Migne, t. 125, p. 1168. Hincmar : Vita Sancti Reniigii, cap. LIV, Baronius, Annales Ecclesiastici – Tome VI, p. 635. » (Ib., p. 25.)


De tous les peuples nouveaux qui s'étaient établis sur les ruines de l'empire romain, les francs furent longtemps seuls à professer la croyance orthodoxe ; et cet élément surnaturel lui valut les hautes destinées qui lui ont assuré une gloire et une influence sans égales. C'est assurément pour nous, Français, un honneur dont nous devons être saintement fiers, de trouver dans les écrits d'un Docteur de l'Église ces paroles adressées, dès le VIème siècle, à un prince de notre nation : « Comme la dignité royale s'élève au-dessus des autres hommes, ainsi domine sur tous les royaumes des peuples la prééminence de votre royaume. Être roi comme tant d'autres n'est pas chose rare ; mais être roi catholique, alors que les autres sont indignes de l'être, c'est assez de grandeur. »


 Honneur à saint Rémi qui mérita d'être pour les Francs l'instrument des faveurs du ciel !statue-clovis10 On sait comment, selon l'expression du saint Pape Hormisdas, « Remi convertit la nation et baptisa Clovis au milieu de prodiges rappelant les temps du premier apostolat. » La prière de Clotilde, le labeur de Geneviève, les pénitences des moines peuplant les forêts gauloises, eurent sans nul doute leur très grande part dans une conversion qui devait tant bénéficier au peuple de France ; il convient de rappeler que cette conversion fut aussi préparée par tous ces grands évêques du Vème siècle, Germain d'Auxerre, Loup de Troyes, Aignan d'Orléans, Hilaire d'Arles, Mamert et Avit de Vienne, Sidoine Apollinaire, et tant d'autres qui, dans ce siècle si tourmenté, maintinrent l'Église en la lumière et forcèrent le respect des Barbares.

Contemporain et survivant de la plupart d'entre eux, leur émule en éloquence, en noblesse, en sainteté : Rémi, sembla les personnifier tous en cette nuit de Noël qu'avaient appelée tant d'aspirations, de supplications, de souffrances. Au baptistère de Sainte-Marie de Reims, naissait à Dieu notre nation ; comme autrefois au Jourdain la colombe était vue sur les eaux, honorant non plus le baptême du Fils unique du Père, mais celui de la fille aînée de son Église : largesse du ciel, elle apportait l'ampoule sainte contenant le chrême dont l'onction devait faire de nos rois dans la suite des âges les plus dignes entre les rois de la terre.

  Depuis, dans la glorieuse cité de Reims, en l’Église de Saint-Remi, caput Franciæ, tête de la France, comme la nommaient nos aïeux, entre son incomparable Notre-Dame et la vénérable basilique, Remi gardait à ses pieds l'ampoule du sacre ; jusqu'à ces jours d'octobre 1793 où, fut proclamée la nouvelle que les "siècles d'obscurantisme" avaient pris fin, tandis que l'on brisait la Sainte Ampoule et qu'on jetait dans une fosse commune les restes de l'Apôtre des Francs[4].


  Oui, Dieu a choisi la France et Saint Pie X nous engagea à en être fiers, le 13 décembre 1908 lorsqu’il dit à l'Évêque d'Orléans, lors de la lecture du Décret de béatification de Jeanne d'Arc (Actes de saint Pie X, tome V, pp.204-205) : « Vous direz aux Français qu'ils fassent leur trésor des testaments de saint Rémi, de Charlemagne et de saint Louis, qui se résument dans ces mots si souvent répétés par l'héroïne d'Orléans : Vive le christ qui est roi de France ! À ce titre seulement la France est grande parmi les nations. À cette clause Dieu la protégera et la fera libre et glorieuse à cette condition, on pourra lui appliquer ce qui dans les livres saints est dit d'Israël : que personne ne s'est rencontré qui insultât ce peuple, sinon quand il s'est éloigné de Dieu... »

Ce Saint Pape fit même une prophétie, qui, il faut l’espérer se réalisera : Allocution VI Ringrazzio, lors de l'imposition de la barrette aux Cardinaux de Cabrières, Billot, Dubillard et Amette, le 29 novembre 1911 : « Que vous dirai-je à vous maintenant, chers fils de France, qui gémissez sous le poids de la persécution ? Le peuple qui a fait alliance avec Dieu aux fonds baptismaux de Reims se convertira et retournera à sa première vocation [... ] Les fautes ne resteront pas impunies mais elle ne périra jamais, la fille de tant de mérites, de tant de soupirs et de tant de larmes. « Un jour viendra, et nous espérons qu'il n'est pas très éloigné, où la France, comme Saül sur le chemin de Damas, sera enveloppée d'une lumière céleste et entendra une voix qui lui répétera : « Ma fille, pourquoi me persécutes-tu ? » Et sur sa réponse : « Qui es-tu Seigneur ? » La voix répliquera : « Je suis Jésus que tu persécutes. Il t'est dur de regimber contre l'aiguillon, parce que dans ton obstination, tu te ruines toi-même ». Et, Elle, tremblante et étonnée, dira : « Seigneur, que voulez-Vous que je fasse ? » Et lui : « Lève-toi, lave-toi des souillures qui t'ont défigurée, réveille dans ton sein les sentiments assoupis et le pacte de notre alliance, et va, fille aînée de l'Église, nation prédestinée, vase d'élection, va porter, comme par le passé, mon nom devant tous les peuples et devant les rois de la terre. » »


André Fresnoy

 

[1] Le pape Saint Pie X utilise bien le mot nation, pour traduire Grégoire IX, cela ne semble pas le déranger ; il s’agit simplement du mot nation synonyme de peuple, "gens" ou "natio" en latin, qui n’a rien à voir avec le nationalisme qui consiste à mettre le pouvoir temporel au-dessus du pouvoir spirituel, véritable inversion. Toute la Sainte Écriture parle des Nations, de la Genèse au Nouveau Testament. Les Nations sont voulues par Dieu, et le mot "nation" date du 12ème siècle selon le Grand Robert, tandis que le mot nationalisme date de 1798, il a été inventé par les lucifériens, dont Weishaupt était le chef de file. La Chronique d’Alexandrie, p. 12, compte 72 peuples ou nations dans l’univers, correspondant aux 72 langues du monde, Abbé Maistre, Histoire de chacun des 72 disciples, p. 9, éd. Saint-Rémi.

[2] La vraie liberté religieuse due à la seule vraie religion.

[3] Saint Pie X cita cette lettre de Grégoire IX à saint Louis dans son discours du 13 décembre 1908 lors de la béatification de Jeanne d'Arc.

[4] Retrouvés cependant par la suite, et authentiquement reconnus, ils font l'objet de la vénération des pèlerins.

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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 06:29

            Vercingétorix

 

     Chapitre XIII - Georgovie.

 

1. Prestige et tactique de Vercingétorix après la perte d’Avaricum.

 

La ruine d’Avaricum était la plus grande infortune que la Gaule eût subie depuis l’arrivée de César : des trois grandes villes dont elle était le plus fière, Bibracte, Gergovie, Avaricum, une déjà disparaissait, et les Romains menaçaient la seconde. De la part de cette race qu’on disait impulsive et frivole, le vainqueur pouvait espérer un irrémédiable désespoir.

Mais jamais Vercingétorix n’eut l’esprit plus net et la volonté plus ferme que dans les heures qui suivirent le désastre.

Il était à craindre que la brusque venue des fugitifs, la misère de leur extérieur, les lamentations qui allaient les accueillir, tout cet attirail imprévu de la défaite, n’amenassent chez les Gaulois l’abattement ou la colère, et ces sourdes malédictions qui présagent la révolte. Aussi, le long de la route qui conduisait d’Avaricum au camp gaulois, le roi des Arvernes avait échelonné les chefs des cités alliées et quelques gens de confiance tirés de son clan : lorsque, après la tombée du jour, les fugitifs se présentèrent, ils furent cueillis plutôt que recueillis, séparés aussitôt, groupés par nations, et acheminés vers l’endroit où campaient les hommes de leurs pays ; là, ils reçurent des vêtements et des armes, ils perdirent la mine de vaincus pour prendre celle de combattants. Tout cela se fit dans le silence de la pleine nuit, et le bruit de la chute d’Avaricum s’amortit rapidement en approchant des lignes gauloises.

Au matin, Vercingétorix convoqua son conseil. Il y arriva aussi calme qu’après une victoire, passant comme à l’ordinaire sous les yeux de tous, et ses regards ne fuyant pas les regards de la foule. Les Gaulois aimèrent tout d’abord cette paisible bravade. Et, quand il parla ensuite devant les chefs, son langage ne démentit pas l’assurance de son allure.

Au lieu de gémir, il accusa : — Tout ce qui arrivait, ne l’avait-il pas prévu, depuis le jour où, malgré lui, la faiblesse imprudente des Bituriges et des autres avait sauvé Avaricum ? Les Gaulois ne savaient-ils pas depuis longtemps qu’ils n’entendaient rien à la science compliquée des forteresses ? — Mais Vercingétorix ne voulut pas récriminer longtemps : C’était aux succès de l’avenir qu’ils devaient tous songer, et ces succès, il les avait préparés, il y touchait, il les voyait presque. — Alors, comme le jour où il avait été accusé de trahison, il lança ses auditeurs dans l’espérance : il montra les autres nations travaillées par ses émissaires, prêtes à se joindre à lui ; il s’exalta enfin à la vision des peuples celtiques, unis par des liens fraternels, et défiant ainsi le reste du monde. Et ce fut devant ce mirage d’une Gaule conquérante que s’inaugura le lendemain de la première grande défaite.

Avec de telles paroles, il fit croire aux siens ce qu’il voulut. Aussi bien, ce qu’il venait de dire de ses prévisions sur Avaricum était la vérité pure ; et ce qu’il avait ajouté de ses espérances sur le reste de la Gaule reposait sur de réelles et sérieuses négociations. On reconnut vite l’un et l’autre, et de toutes parts on célébra et on acclama sa prévoyance. Ce jour-là, où César s’était peut-être figuré les Gaulois brisant le chef qui n’avait pu vaincre, le Romain les vit au contraire groupés autour de lui avec une telle confiance qu’il ne put s’empêcher d’admirer et presque d’envier son rival. Alors que les revers, écrivait-il, diminuent d’ordinaire l’autorité des chefs, ils ne firent que grandir chaque jour l’ascendant de Vercingétorix.

Le roi ne se borna pas à ce succès moral. Il voulut et il fit que les leçons du passé et l’élan de leurs espérances obligeassent ses soldats à peiner et à s’instruire plus encore. Il s’attachait sans relâche à en faire des travailleurs à la façon des légionnaires, à donner à son armée, outre l’audace irrésistible des escadrons, la supériorité calculée des armes savantes. Déjà il avait réussi à former une infanterie légère, semblable à celle des Germains, dont les hommes étaient capables de bien combattre, dissimulés en tirailleurs dans les rangs des chevaux : désormais, les fantassins de Vercingétorix ne seront plus une quantité négligeable. Le lendemain même de la prise d’Avaricum, il avait envoyé des courriers aux nations fédérées, pour obtenir d’elles un supplément d’effectif ; et, comme la précision est la meilleure manière de commander, il avait indiqué un chiffre et une date. Il insista pour qu’on lui envoyât tous les archers disponibles : il n’en manquait pas dans cette Gaule qui fut toujours en Occident le pays classique des tireurs d’arc, mais peut-être, en ce temps-là, les armes de jet servaient-elles plutôt à la chasse que sur les champs de bataille. Vercingétorix espérait, avec raison, que les flèches neutraliseraient les javelots romains, et reculeraient de son armée ce contact immédiat avec les légionnaires qui était toujours sa principale crainte. Dans les places fortes qu’on ne devait pas démanteler, comme Gergovie, il fit tout préparer en vue d’un siège, pour le jour où, pressé par César, il se déciderait à y abriter son peuple et ses alliés ; il y fit élever des boulevards extérieurs, entasser des vivres et des armes de toute sorte.

Enfin, lorsque arriva la seconde nuit après la fin du siège, César apprit la plus surprenante des nouvelles : les Gaulois remuaient les terres autour de leur camp, l’entouraient de fossés et de talus ; ils le fortifiaient à la manière romaine. Tous les soirs désormais, une ville gauloise se dresserait en face de cette ville armée qu’était le camp légionnaire. Pour les Romains, qui se regardaient comme d’inimitables bâtisseurs de camps, qui avaient dominé le monde le jour où ils avaient appliqué cette science à l’ambition de la conquête, il semblait qu’une nouvelle nation voulût leur disputer la primauté militaire dont ils étaient le plus sûrs. Faut-il, disait César, peut-être pour tranquilliser ses soldats, faut-il que ces Gaulois impatients, indociles et paresseux, soient brisés dans leur orgueil : les voici qui s’astreignent à une besogne de terrassiers, à obéir sans murmure, à travailler sans négligence. En conscience, c’était alors qu’il les redoutait le plus. Vercingétorix les façonnait à sa guise, et les journées d’Avaricum furent celles de ses plus beaux triomphes sur les hommes.

 

2. Séjour de César chez les Éduens ; préparatifs de la nouvelle campagne.

 

Le long repos que prenait César à Avaricum, sous les premières chaleurs du printemps, était gâté par toutes ces surprises. Il y avait trouvé des vivres et des grains en abondance, son armée s’était refaite de la fatigue et des privations. Mais il s’apercevait que les plus grandes difficultés commençaient à peine. C’eût été une plaisanterie de dire que Vercingétorix avait été vaincu : jamais il n’avait combattu face à César. L’armée gauloise demeurait inviolable derrière ses marécages et ses forêts, plus que jamais dans la main de son chef, et aussi décidée que lui à ne répondre à aucune provocation pour descendre en champ clos. Les suppléments demandés, parvenus au jour indiqué, la complétèrent rapidement, et elle reçut même des renforts inattendus et puissants : Teutomat, le roi des Nitiobroges, arriva de la Garonne avec de nombreux escadrons formés par la cavalerie de son peuple, et avec d’autres, amenés de plus loin, qu’il avait levés ou soudoyés chez les nations de l’Aquitaine, gens de la Gascogne ou des Pyrénées. César était impuissant à barrer la route à ces détachements qui, presque à sa vue, s’en allaient rejoindre le camp de ses adversaires. Les messagers de Vercingétorix, eux aussi, partaient et revenaient à leur gré. Du Nord de la Gaule, le Romain apprenait de mauvaises nouvelles : les peuples belges étaient de plus en plus inquiétants, et le plus grand remueur d’entre eux, celui des Bellovaques, avait refusé l’obéissance à César : si ce dernier ne voulait pas voir de nouveaux ennemis déboucher par les forêts carnutes, il fallait que, de Sens, Labienus prît une vigoureuse initiative. Enfin, au moment où il préparait une double expédition, voici que se posa, plus pressante que jamais, la question éduenne.

Car Vercingétorix, parallèlement aux opérations militaires, conduisait en secret, sans arrêt et sans contrôle, une vaste campagne diplomatique ; dans la Gaule entière, et surtout à Bibracte, ses émissaires, ses amis ou ses hôtes intriguaient, promettaient ou achetaient : ils redoublèrent de zèle pendant et après le siège d’Avaricum. Justement, la situation politique, chez les Éduens, leur devenait favorable.

Les deux partis qui se disputaient le pouvoir, à l’élection du printemps, avaient désigné chacun un vergobret de leur choix : les uns avaient élu Cot, le frère du vergobret sortant, qui représentait un des clans les plus anciens et les plus nombreux de la cité ; les autres avaient préféré un jeune homme plus populaire et moins noble, Convictolitav ; et les deux partis en présence, chefs et clientèles, s’apprêtaient à la guerre civile. Les Éduens, désireux pourtant de l’éviter, envoyèrent une députation de chefs pour solliciter l’arbitrage de César.

Ce que César avait de mieux à faire, c’était de les laisser s’entre-déchirer. Les Romains n’avaient rien de bon à attendre de la nation éduenne, le jour où elle obéirait toute à un seul magistrat ; et, s’il donnait raison à l’un des deux partis, l’autre donnerait raison à Vercingétorix. Puis, il était temps de se remettre en campagne : la belle saison était venue, son armée était reposée. Le proconsul avait résolu de marcher droit à Vercingétorix, toujours immobile dans son camp ; il voulait essayer une fois encore d’attirer hors de ses lignes cet imperturbable temporisateur. À défaut, il tenterait de l’investir : car il ne pouvait guère marcher sur Gergovie sans avoir entamé ses adversaires, aussi dangereux s’ils restaient derrière que s’ils prenaient les devants. Mais pour peu que César s’écartât vers l’Est, les Gaulois réussiraient bientôt à, s’échapper, et il les retrouverait, intacts, par-devant lui.

Le proconsul eut tort de préférer intervenir dans les démêlés du peuple éduen. Comme, suivant la loi de cette nation, il était interdit au vergobret de franchir la frontière, il se décida à se rendre lui-même dans le pays, et il donna rendez-vous à Decize aux deux partis opposés : cette petite ville avait l’avantage d’être sur la route directe de Bourges au Mont Beuvray, et les ponts qu’elle occupait sur la Loire étaient le carrefour des principaux chemins des montagnes et des vallées éduennes.

César amena sans peine toute son armée dans le pays éduen, à Nevers et à Decize : à deux120.jpg jours de marche au sud-est d’Avaricum, il rencontra Gorgobina et les Boïens, et ce fut dans un pays ami qu’il franchit l’Allier et la Loire. Peut-être, en même temps, rappela-t-il à Nevers Labienus et ses deux légions pour leur donner des instructions nouvelles.

À Decize, ce ne furent pas seulement tous les sénateurs que trouva Jules César, mais leurs hommes, leurs clients, et la nation éduenne presque entière. Quand les passions politiques étaient en jeu, les Gaulois descendaient tous sur la place publique. On eut, dans cette bourgade barbare, le curieux spectacle d’un peuple celtique pêle-mêle avec des légions romaines.

César fit l’enquête sur les élections avec le scrupule qu’aurait eu le plus consciencieux des druides. En quoi encore il eut tort. Car les Éduens ne pouvaient regarder sa diligence que comme une indiscrète curiosité, et le proconsul n’avait chance de profiter de son rôle d’arbitre qu’en y cherchant son intérêt. Il trouva qu’au fond l’élection de Cot était des plus vicieuses : il avait été simplement proclamé par le vergobret sortant, qui était son frère Valétiac, mais c’était la seule chose légale ; car la proclamation avait été faite en secret, en présence de quelques amis, sans l’appareil religieux consacré, à un moment quelconque et dans un lieu profane. De plus, la loi éduenne, qui se défiait des tyrannies de clans, défendait qu’une même famille fournît à la fois deux de ses membres aux conseils du gouvernement : avec l’élection de Cot succédant à son frère, c’était une dynastie qui commençait. César avait peut-être là un motif de le préférer. Mais il voulut se faire jusqu’au bout le défenseur de la légitimité : le jeune Convictolitav avait été élu régulièrement, au jour solennel et dans l’enceinte consacrée ; à défaut d’un magistrat, les druides, suivant la coutume, avaient présidé à l’élection. Le proconsul décréta qu’il était le vrai vergobret, força son rival à quitter le pouvoir, réconcilia plus ou moins les deux partis, et les pria de s’unir dans une commune fidélité au peuple romain. L’événement allait montrer que l’union se ferait plus facilement contre lui que sous son patronage.

Les préparatifs de la nouvelle campagne s’achevèrent pendant ce temps. César confia à Labienus l’expédition du Nord, devenue nécessaire ; il lui donna quatre légions, et entre autres deux des plus anciennes, la VIIe et la XIIe, et il y ajouta un contingent de cavalerie. — Car cette fois, César allait avoir à son service, ce qui lui avait manqué au début de l’année, d’assez nombreux effectifs de cavaliers. Quelles que fussent leurs intentions secrètes, les Éduens furent obligés de marcher : en échange de la paix qu’il leur avait rendue, des récompenses qu’il leur promettait, César exigea d’eux un concours immédiat, et l’appui effectif de leurs meilleures troupes. Outre les hommes qu’il confia à Labienus, il désigna, pour l’escorter sur-le-champ, quelques escadrons disponibles, livrés par la meilleure noblesse et commandés par Éporédorix et Viridomar, tous excellents cavaliers et otages plus utiles encore. Le reste des troupes éduennes, dont dix mille fantassins, devaient suivre à bref délai : César leur destinait la mission peu dangereuse de protéger les étapes et d’assurer le ravitaillement. De plus, comme il allait s’enfoncer vers le Sud, et que Sens serait bientôt trop éloigné de lui pour lui servir de dépôt, il en établit un second chez les Éduens mêmes, à Nevers, près du confluent de la Loire et de l’Allier, à égale distance de Gergovie où il se rendait, et de Sens où campait Labienus. Il y laissa tous les otages de la Gaule, de vastes approvisionnements en blé, le trésor proconsulaire, ses bagages propres, ceux de l’armée, sans parler des marchands italiens qui suivaient toujours la piste des armées romaines ; il y fit installer les chevaux de remonte que ses agents avaient récemment achetés en nombre dans les marchés d’Espagne et d’Italie.

Ces précautions prises en cas de retraite. César et son armée quittèrent Nevers et Decize pour se diriger vers l’Auvergne. Comme Gergovie et la Limagne se trouvaient sur la rive gauche de l’Allier, le proconsul gagna le bord de cette rivière, pour la franchir sur le pont qu’il avait traversé quelques jours auparavant (vers le 1er mai).

 

À suivre...

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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 06:07

     474 - 518 - Anastaze et Zénon, empereurs byzantins.

 

Jusqu'en 476, les peuples barbares «fédérés» qui formaient des royaumes au sein de l'empire romain d'occident (Wisigoths et Burgondes en Gaule, Vandales en Afrique etc...) reconnaissaient en théorie l'autorité de l'empereur de Rome.

De fait, ces rois avaient d'importantes prérogatives militaires romaines en tant que «maîtres de la milice» et brigaient les titres honorifiques de «patrice» ou de «consul». Rien ne changea avec la chute de Romulus Augustule en 476 : cette soumission apparente fut transférée pour un temps encore à l'empereur d'Orient.

Malgré leur éloignement relatif (il fallait environ un mois de navigation pour relier Constantinople à Marseille), les empereurs d'Orient s'efforcèrent de jouer un rôle politique et militaire en Occident.116.jpg

C'est ainsi que Zénon (474 - 491), personnage fruste et cruel, issu de tribus montagnardes d'Asie mineure, reconnu d'abord la souveraineté de l'Ostrogoth Odoacre en Italie, lui accordant le titre de patrice. Puis, devant la multiplication des plaintes de ses sujets romains, Zénon chargea Théodoric en 488, d'éliminer Odoacre. Ce fut fait en 493. Maître de l'Italie, Théodoric, bien que théoriquement soumis à la suprématie de l'empereur bizantin, se comporta en suzerain des royaumes barbares d'Occident. Le successeur, Anastase «le silentiaire» (491 - 518), allait, lui, se montrer soucieux du bien de son peuple. Alors que Théodoric s'affirmait comme le porte-parole de l'Occident, Anastase vit en Clovis, déjà baptisé ou sur le point de l'être, le roi barbare qui serait en Occident, le champion de l'orthodoxie catholique, face à l'arianisme des rois germaniques.

À l'issue de la bataille de Vouillé (507), Anastase dépêcha en Italie du sud une flotte de115.jpg guerre pour limiter le soutien ostrogoth aux Wisigoths, traqués en Gaule du sud par la coalition franco-burgonde. Ce soutien d'Anastase à Clovis s'exprima la même année par l'envoie d'une ambassade à Tours, où la distinction consulaire fut conférée au roi franc.

Si, avec les ans, cette fiction de souveraineté exercée par l'empire d'Orient s'émoussa, Bizance n'en poursuivit pas moins ses relations diplomatiques avec les royaumes barbares d'Occident.

 

Source : La France au fil de ses rois, éd. Sélection du Reader's Digest/Historia

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12 mai 2012 6 12 /05 /mai /2012 07:35

             Vercingétorix

 

     Chapitre XII - Avaricum

 

11. Prise de la ville.

 

Les défenseurs de Bourges comprirent qu’ils n’avaient plus à choisir qu’entre la fuite et la mort. Vercingétorix lui-même leur donna l’ordre, le lendemain du combat, de quitter la ville et de le rejoindre. C’était chose assez facile. Son camp était toujours sur la route de Sancerre, à dix-huit kilomètres de là, et il avait eu soin de distribuer des postes presque aux abords d’Avaricum. César n’avait jamais tenté de bloquer la cité sur ce point ; il était séparé par des rivières et des marécages du chemin que devaient prendre les fugitifs. S’ils avaient un peu d’avance, ils lui échapperaient.

Il n’en fut pas ainsi. La nuit vint, les Gaulois se mirent à préparer le départ en silence. Mais une longue lamentation s’éleva, celle des femmes qui accoururent, sachant et pleurant le sort qui les attendait, elles et leurs enfants. Les soldats refusèrent de s’apitoyer ; les malheureuses hurlèrent, à dessein et au point d’avertir les assiégeants. Il fallut rester.

Le jour qui se leva fut donc le dernier du siège. Les dégâts du combat précédent avaient été réparés. Sur l’esplanade de la terrasse, les mantelets vinrent de nouveau s’allonger près des remparts, et une des deux tours romaines s’approcha d’une tour de l’enceinte. En ce moment, un ouragan de pluie et de vent s’abattit sur les hommes : les sentinelles gauloises se mirent à l’abri ; les légionnaires, sur l’ordre de César, ralentirent leur travail, et se réfugièrent dans les baraquements qui précédaient le camp romain. Ce ne fut qu’une ruse pour achever d’égarer l’ennemi. Le proconsul se hâta d’expliquer ce qu’il y avait à faire, et d’énumérer les récompenses traditionnelles promises aux premiers à l’escalade. Puis il donna le signal de l’assaut.106.jpg

Les légionnaires furent en un clin d’œil à l’autre bout de la terrasse, au pied des parapets ennemis, et n’eurent point de peine à escalader la muraille dégarnie. Pendant ce temps, la tour romaine lançait un pont mouvant, et, comme à l’abordage, agrippait la tour ennemie, qui fut occupée en un instant. Au bruit de la tempête, les Romains balayèrent rapidement tout le secteur de l’enceinte que bordait leur terrassement.

Malgré son épouvante, l’ennemi ne perdit pas tout courage. Il se replia dans les rues, se forma en carrés dans les carrefours et sur la place publique, et il espéra une bataille.

Mais les Romains étaient trop prudents pour s’engager dans le dédale des rues tournantes, étroites et montantes ; ils se bornèrent à s’étendre sur les remparts, et leurs armes couronnèrent bientôt toute la muraille. Les Gaulois, voyant leur retraite presque coupée, craignant d’être pris sans combat comme dans un étau, jetèrent enfin leurs armes et se précipitèrent vers les portes du Nord, du côté où était Vercingétorix. César avait pris les devants, envoyé sur ce point ses cavaliers. Ce fut ainsi qu’à Génabum. Seuls, les lâches de la première heure, huit cents tout au plus, purent gagner la campagne. Les autres s’entassaient aux portes trop étroites, lorsque les soldats de César arrivèrent par les rues, tandis que ses cavaliers attendaient au dehors. Le massacre commença : il fallait bien, comme l’écrivit le proconsul deux ans plus tard, que les légionnaires tirassent bonne vengeance du sang de Génabum et des fatigues du siège, et leur général laissa faire. Ils ne songèrent pas à piller, tant ils eurent à tuer : ils parvinrent enfin à les égorger tous, quarante milliers d’êtres, hommes et vieillards, femmes et enfants. Le sac de la ville n’eut lieu qu’après.

Puis César, entré à son tour, s’installa avec ses légionnaires et ses Germains sur les ruines ensanglantées.

 

12. Résumé de cette seconde campagne.

 

On était dans les premiers jours d’avril. Il avait mis cinq semaines de fatigues continues pour conquérir la route de Sens à Orléans et à Bourges, et il l’avait plutôt parcourue qu’il ne l’avait occupée ; pas une seule fois, il n’avait sérieusement atteint ni vaincu Vercingétorix lui-même.

Mais après tout il n’avait fait que remporter des victoires. Il avait pris quatre villes, marqué son chemin de milliers de cadavres ennemis, rempli sa caisse questorienne des trésors enlevés aux temples, réduit à rien deux des illustres résidences de la Gaule, Génabum et Avaricum.

Il ne lui restait plus, des grandes villes soulevées, que Gergovie à frapper. Les peuples du Nord n’avaient point encore bougé. Les Éduens ne l’avaient point encore trahi. Il pouvait se reposer dans Avaricum avant de reprendre sa marche vers le Sud.

 

À suivre

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11 mai 2012 5 11 /05 /mai /2012 07:03

Première partie cliquez ici

 

En 534, Thierry meurt. Clotaire voudrait bien récupérer le royaume de son frère, maisclotaire1er c’est Thibert, le fils de celui-ci qui en est le légitime héritier. Il faut donc se débarrasser du jeune roi. Clotaire propose alors à Childebert de s’emparer du royaume de leur neveu. Les deux hommes se lancent donc à la conquête du royaume d’Austrasie, mais la campagne, mal préparée ne se déroule pas comme prévue, et Childebert abandonne l’expédition. Clotaire n’est bien entendu pas satisfait. Il multiplie dès lors les courtes et violentes attaques à la frontière. Face à cette situation, Thibert décide de mettre son oncle à la raison. Pour cela, il doit trouver un allié. Pourquoi pas Childebert puisque celui-ci désire agrandir son royaume, qu’il l’agrandisse avec celui de son frère ! Excellente idée se dit Childebert, Thibert et lui tiennent le royaume de Clotaire en tenaille. Quand l’un aura franchi la Marne et l’autre la Loire, Clotaire n’aura plus qu’à se soumettre à leur volonté, et il y a même encore plus simple : s’en débarrasser définitivement !

Clotaire, qui n’a pas prévu la double attaque est prit de court. Il se réfugie avec ses plus fidèles compagnons dans la forêt de Brotonne au cœur de la Neustrie, dans le méandre de la Seine qui serpente au sud de Caudebec-en-Caux.

Apprenant que ses fils et son petit-fils sont prêts à s'entretuer, Clotilde impuissante implore le Seigneur d'intervenir.

Pendant ce temps, Childebert et Thibert sont parvenus au fond de la forêt, près du lieu où Clotaire attend dans l'angoisse le dernier assaut. Alors que les troupes sont déployées, prêtes à passer à l'attaque, le ciel devient soudainement très sombre. La forêt plonge dans l'obscurité totale puis une grêle serrée, mêlée de pierres et d'effrayants coups de foudre s'abat sur les assiégeants. Les dégâts sont lourds, les hommes et les animaux qui n'ont pu se protéger ont été grièvement blessés. Personne n'a jamais connu un telgregoiredetours déchaînement météorologique. Un tel cataclysme ne peut avoir qu'une origine : la colère de Dieu. «Ils faisaient acte de pénitence, raconte Grégoire de Tours, et priaient Dieu de leur pardonner d'avoir voulu commettre des crimes contre des hommes de leur sang

Les hostilités cessent aussitôt. La paix est alors conclue et chacun s'en retourne dans son royaume respectif.

Puisque le Seigneur ne veut pas que les héritiers de Clovis s'entretuent, ceux-ci vont donc s'intéresser à leur voisins : les Goths.

 

On est alors en 536. Théodoric le Grand, chef de la dynastie amale, créateur du royaume ostrogothique d'Italie est mort dix ans plus tôt. Or, depuis sa disparition, son royaume est livré à l'anarchie. Théodoric n'a pas eu de fils. Aldoflède, sœur de Clovis lui a donné trois filles. La cadette, Amalasonte a bien donné le jour à un garçon prénommé Athalaric reconnu roi d'Italie, mais celui est décédé en 534, alors qu'il n'avait que dix-huit ans. La Provence occupée par les Ostrogoths est donc une cible idéale pour les Francs qui n'ont qu'à traverser le Rhône et la Durance. L'entente des trois rois se scella donc autour de ce projet : la conquête de l'Italie.118

Ce fut Thibert qui s'y consacra avec le plus de ferveur. Ayant rassemblé une armée que les chroniqueurs estiment à cent mille hommes, il pénétra en Italie du Nord et fondit sur les Ostrogoths. Leur roi, Vitigès, s'enfuit avec ce qu'il restait de ses troupes.

Pendant ce temps, Childebert et Clotaire se concertaient pour attaquer de leur côté. Mais curieusement, ceux-ci ne sont pas très enthousiastes. En fait, ils auraient préféré s'en prendre aux autres Goths, ceux de l'ouest, qui avaient repris possession du territoire qui s'étendait depuis l'autre rive du Rhône aux Pyrénées. Quelques années auparavant, Childebert avait vaincu les Wisigoths, saisi Narbonne et s'était emparé du trésor royal[1]. Puis, raccompagnant vers le nord sa sœur blessée et malade, il n'avait pas laissé de troupes pour occuper le territoire, ce dont avait profité Theudis, devenu roi d'Espagne à la mort d'Amalaric, qui occupait maintenant la Septimanie. Voilà donc ce qui troublait Clotaire et Childebert : au lieu de sauvegarder et même d'agrandir l'empire franc, ils avaient consacré leur énergie à se battre entre eux -ce qui avait peiné leur mère et courroucé le Seigneur - aussi, s'interrogeaient-ils sur le choix de s'emparer de l'Italie plutôt que de marcher vers les Pyrénées. Ce fut alors que des messagers venus d'Austrasie mirent fin à leur perplexité : une épidémie avait décimé la grande armée de Thibert, qui s'était vu contraint de repasser les Alpes. Le projet italien était ainsi abandonné, et le contrat passé entre les trois hommes devenait caduc.

Les deux frères décidèrent donc, en 542, de réunir leur force et de s'intéresser à l'Espagne. Ils franchirent les Pyrénées sans obstacles, prirent Pampelune et assiégèrent Saragosse. Cette place, défendues par de fortes murailles derrière lesquelles veillait une garnison déterminée n'était pas facile à prendre, mais les mérovingiens n'étaient pas pressés : ils organisèrent donc le blocus de la ville et pillaient les campagnes environantes pour se ravitailler. Le siège sera finalement levé en échange de ce que les rois francs croient être les reliques de saint Vincent[2], qu'ils ramenent aussitôt à Paris.

 

Clotaire qui avait habilement annexé la plus grande partie du royaume de Clodomir, guettait la mort de ses autres frères. Étant le plus jeune, il espérait bien être le dernier des héritiers de Clovis. Ambitieux et sans scrupule, il était prêt, si les autres ne mouraient pas de mort naturelle, à provoquer leur fin prématurément.

 

Thibert règne pendant quatorze ans, puis décède en 548. Le jour même des funérailles de Thibert, son fils Thibaud est acclamé roi des Francs à Metz. Il a douze ans. Clotaire ne réagit pas. Il sait très bien que cet enfant, héritier unique de son père est chétif et malade. 

Thibaud règne malgré tout pendant six ans. Mais alors qu'il s'est marié depuis peu, il est victime d'une hémiplégie et meurt ; sans descendance.


Clotaire, à l’affut, se précipite à la villa où se trouve Vuldetrade, l’épouse de Thibaud, et comme il l’a fait avec Radegonde, enlève la jeune femme, déclare qu’il va l’épouser, et se proclame roi d’Austrasie. (Il est fort possible que cela se passe alors que Thibaud agonisant n'est pas encore mort, mais soupçonnant la jeune femme d'être enceinte, Clotaire prend les devants).

Childebert ne bronche pas, mais cette fois les évêques manifestent bruyamment leur opposition. Tant si bien que Clotaire renonce à épouser la jeune fille… mais pas à s’emparer du royaume.

Les antrustions de Thierry et de Thibert connaissent l’homme ; ils l’ont vu à l’œuvre dans les combats et la conquête, et le reconnaisse pour leur souverain. Cette acceptation, ou cette proclamation de la noblesse militaire est autant que la loi du sang, la garantie de la légitimité d’un roi barbare. Ni Childebert, ni les Thuringiens, ni les Goths n’émettent la moindre contestation là-dessus. Clotaire se trouve à présent, maître de plus de la moitié du royaume de Clovis.

Mais les choses ne sont jamais simples et voilà qu'il a maille à partir avec les Saxons qui refusent de payer leur tribut et se montrent même arrogants. Le roi Francs lève alors une armée afin de les soumettre. Alors, profitant que Clotaire s'est rendu en campagne, Chramne, l'un de ses fils, se met en tête de prendre possession d'une partie du royaume. Pour cela, il obtient l'aide de son oncle Childebert.

De son côté, Clotaire s'impose aux Saxons et rentre dans sa capitale où il apprend que Chramne s'est emparé de plusieurs villes de son royaume.

Le prompt retour de Clotaire met fin à la collaboration entre Childebert et son neveu, le roi de Paris ne tenant décidément pas à défier son frère. Sentant alors que ses affaires tournent mal, Chramne prend la fuite et se réfugie dans les domaines qu'il a conquis.


Le 23 décembre 558, Childebert meurt d’une longue maladie, ce qui permet à Clotaire de s’emparer de son royaume. Influencé par (saint) Germain de Paris, Childebert sentant la mort venir, a distribué son trésor aux pauvres de Paris. Voilà qui ne réjouit guère Clotaire qui trouve les caisses vides. Mais il reste le palais, et surtout le royaume qui comprend toute la bande occidentale du territoire des Gaules entre la Somme et la Garonne. Clotaire se trouve dès lors à la tête de l’intégralité du royaume de son père, plus celui des Burgondes, plus la Provence. Ce qui pourrait désigner actuellement comme la France, plus le Benelux, plus l’Allemagne de l’ouest, plus la Suisse.

En quarante-sept ans, Clotaire a multiplié par neuf la modeste portion de territoire dont il a hérité à la mort de son père ; devenant ainsi le premier souverain de l’Occident.

Pas question de partager ou de céder quoi que ce soit. Il expulse rapidement sa belle-sœur, la reine Ultrogotha, ainsi que ses nièces Chrotberte et Chlodosinde[3]. Puis, comme son père, choisit Paris pour capitale.


Alors que Clotaire avait pardonné son fils Chramne, celui-ci fait à nouveau parler de lui ; et entre le 1er septembre 559 et le 31 août 560, avec l’aide des Bretons, celui-ci pille et détruit un grand nombre de lieux appartenant à son père. En novembre ou décembre 560, Clotaire, accompagné de son fils Chilpéric, s’avance à sa rencontre . La bataille a lieu dans les environs de Vannes. Vaincu Chramne tente de s'enfuir par la mer mais il est alors capturé et aussitôt condamné à mort. Enfermé dans une masure avec son épouse et ses filles, il y est étranglé avant que le feu ne soit mis à l'édifice.

 

À son tour, Clotaire sent la fin de sa vie approcher. Il a conscience de s’être montré cruel, impitoyable et même méchant pendant son existence. Or, on peut tromper sa mère, ses frères, ses fils, ses ennemis ; on ne trompe pas Dieu. Enfin la sagesse semble atteindre le dernier des fils de Clovis. Maintenant qu’il a obtenu richesse et pouvoir, qu’il n’a plus la hantise de perdre ce qu’il possède, voilà que la culpabilité le tenaille. Aussi, désireux de faire pénitence, il décide de faire un pèlerinage. Il semble que cette volonté de se repentir fut sincère. C’est en toute simplicité que Clotaire se rendit à Tours, là où son père aimait prier pour obtenir la victoire ; là où sa mère était morte en invoquant  la miséricorde divine pour ses enfants coupables. Il se rendit sur le tombeau de saint Martin et, « il se remémora, écrit Grégoire de Tours, toutes les actions coupables qu’il avait accomplies et pria avec d’intenses gémissements, afin que le bien heureux confesseur implorât pour ses péchés la miséricorde de Dieu et lui obtînt son pardon. »

unification-royaume-franc-558-561.jpg

En novembre ou décembre 561, Clotaire sentant sa mort très proche convoqua ses quatre fils. Il informa ces derniers qu’à sa mort, ils se partageraient son royaume, sans toutefois préciser la part que chacun devait obtenir, ce qui allait assurément créer des tensions.

C’est à Soissons, dans la basilique Sainte-Marie qu'il avait commencé à faire construire sur le tombeau de saint Médard, que fut enterré Clotaire Ier, Roi de France.



 

[1] Voir l'article sur Childebert

[2] Voir l'article : Clotaire et Childebert roulés par l'évêque de Saragosse

[3] Les filles, prétend-il, n’ont aucun droit ; usage qui en 1316, à la mort de Louis X, fils ainé de Philippe le Bel, sera invoqué par le second, Philippe V, pour ravir la couronne à Jeanne, l’héritière. C’était là, prétendent les juristes qui le soutiennent, un article de la loi salique. Or, la loi salique n’a jamais compté un tel article ; et Philippe comme Clotaire oublièrent que Clovis, à sa mort, avait laissé à sa file Clotilde une belle portion de territoire à titre de dot. Héritage qu’aucun de ses frères n’avaient contesté.

 

Sources : carte royaume france unifié www.castlemaniac.com _ Grégoire de Tours, Histoire des francs. _ Clotaire Ier Fils de Clovis, Ivan Gobry éd. Pygmalion 

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9 mai 2012 3 09 /05 /mai /2012 07:26

             Vercingétorix

 

     Chapitre XII - Avaricum.

 

8. César en face du camp gaulois. 

 

Un jour, il lui fut permis de faire sur cette armée impatiente une dangereuse expérience. Il arriva qu’elle vit de très près les légions, et qu’elle ne put les combattre. Il quitta le soir son camp à la tête de tous ses escadrons et de son infanterie légère, sans laisser d’autre ordre que celui de ne pas combattre, sans désigner de chef pour commander à sa place : il partit, sous prétexte de tendre pour le lendemain une embuscade aux fourrageurs romains. César apprit ce mouvement par quelque captif gaulois, peut-être par une indication voulue de Vercingétorix lui-même : il se mit en route au milieu de la nuit, pour essayer de surprendre, avec ses légions marchant en silence, le camp ennemi abandonné par son chef.

Mais des éclaireurs avaient été disposés par Vercingétorix sur la route que César était obligé de prendre. Les Gaulois du camp furent immédiatement prévenus et eurent le temps de se mettre en état de défense, s’ils ne l’étaient pas déjà : Les gens de guerre s’établirent sur un plateau vaste et découvert, dominant la route d’une assez forte hauteur, et entouré de presque tous les côtés par un marais profond et dangereux, large de cinquante pieds ; au loin, dans l’épaisseur des bois, on avait dissimulé les bagages et les chariots ; sur le devant, les ponts étaient coupés, et à tous les gués ou passages veillaient des troupes de garde.

César déboucha le matin au pied de la hauteur. Il avait fait mettre sac à terre et préparer les armes. Mais alors il aperçut, sur le plateau, l’infanterie gauloise en rang de bataille, chaque cité sous ses chefs, chaque tribu sous ses étendards. Si Vercingétorix n’était pas au milieu d’elle, son esprit de confiance l’animait. Elle attendait de pied ferme.

Ce fut un moment étrange. César avait arrêté ses hommes au bord du marais. Il y avait à peine, entre les deux troupes, la portée d’un javelot. Mais personne ne commença la bataille. Les légions furent les premières impatientes ; elles réclamaient le signal : César leur fit comprendre qu’elles allaient à leur perte sur ce sol fangeux et dans cette montée à découvert. Les Gaulois étaient prêts à les recevoir. Si Vercingétorix avait confié à un seul chef le soin de commander en son absence, nul doute que, pour complaire à la foule, il n’eût engagé le combat. Mais faute d’ordre nouveau, ils obéirent à leur roi absent, et ne touchèrent pas à l’ennemi qu’il refusait de leur donner. Une résignation de ce genre valait, pour la Gaule, une victoire. César battit en retraite, consolant ses soldats ; il regagna son camp le jour même, et fit reprendre les travaux de la terrasse.

 

9. Vercingétorix accusé de trahison.

 

Cette leçon de patience faillit coûter cher à Vercingétorix. Quand il revint au camp, il entendit de toutes parts crier à la trahison et, le conseil des chefs réuni, l’accusation fut précisée. Le camp gaulois rapproché des lignes romaines, puis laissé sans chef et sans cavalerie. César immédiatement prévenu et accourant avec ses troupes : il n’en fallait pas davantage pour convaincre ces hommes énervés et vibrants que leur général voulait les livrer au proconsul, et recevoir de lui en récompense la royauté de la Gaule, devenue vassale du peuple romain.

À son tour, Vercingétorix parla. — Il expliqua avec soin toutes les marches faites depuis Noviodunum, et dont aucune n’avait abouti à une défaite. Puis, il fouailla vigoureusement ses hommes, en leur reprochant de ne vouloir se battre que par ennui de la fatigue ; s’il n’avait délégué à personne l’autorité suprême, c’était précisément parce qu’il craignait que son lieutenant ne se laissât entraîner au combat : car, d’une bataille, il ne voulait et ne voudrait, jamais, et à aucun prix. Enfin il montra l’humiliation des Romains, reculant devant le camp gaulois ; il s’étendit longuement sur leur misère ; il fit venir de prétendus fugitifs pour attester qu’ils n’avaient ni pain ni viande ; il dépeignit cette glorieuse armée de César, rongée par la famine, se dissolvant sans combat, s’enfuyant sans défaite ; et il affirma que, grâce à ses émissaires, les nations gauloises étaient prêtes à en attendre et repousser les débris. Voilà ce qu’il avait fait, dans l’intérêt de la Gaule, et de la Gaule seule : car, pour lui, il était prêt à quitter le pouvoir suprême. — Les Gaulois ne demandaient qu’à changer d’avis : ils suivaient toujours l’impulsion du dernier qui leur parlait bien. Le discours de Vercingétorix à peine fini, l’orateur fut acclamé, et le bruit des armes se mêla aux cris de la foule accourue. Aucune voix discordante ne se fit entendre : « il n’y avait pas de plus grand chef que lui, et il était impossible de mieux manœuvrer ». Et, comme ces grands enfants étaient toujours prêts à prendre leurs rêves pour des réalités, ils crurent en ce moment si bien à la victoire, qu’ils ne purent supporter l’idée que les Bituriges en auraient seuls le mérite : ils décidèrent que dix mille hommes, empruntés aux différents peuples, seraient introduits dans Avaricum pour partager la gloire de ses défenseurs. C’est du moins ce qu’ils disaient et ce que Vercingétorix leur laissa dire. Mais l’habile homme n’ignorait pas que les assiégés avaient besoin de ce secours, et plus encore de celui des dieux.

 

10. Défense d'Avaricum ; combats autour de la terrasse.

 

La terrasse s’approchait de plus en plus des remparts, en dépit de l’ingénieuse résistance des Bituriges. L’arrivée de ces renforts, peut-être aussi de quelques ingénieurs transfuges, en tout cas les conseils ou les ordres de Vercingétorix, les décidèrent aux tentatives les plus hardies. Ce ne fut plus seulement la banalité des sorties et des combats, des torches jetées sur la terrasse, de la surprise des attaques nocturnes : les Gaulois déployèrent encore, au grand étonnement de César, toutes les ressources d’une imagination savante, comme si, dans l’intervalle des combats, ils avaient pris les leçons de maîtres grecs. Car, disait le proconsul, c’est une race si habile, toujours prête à faire ce qu’on lui enseigne et à imiter ce qu’on lui montre !

Les murailles de la ville, faites à la fois d’énormes madriers et de blocs de grand appareil, résistaient au feu et au choc. César avait essayé pourtant de faire donner contre elles, aux points faibles, la faux d’arrachement : mais alors des cordages, descendant du parapet, s’enroulaient autour d’elle, et, ramenés aussitôt par un treuil, la détournaient et l’enlevaient. Le proconsul avait tenté d’arriver à l’enceinte à l’aide des tranchées habituelles : des blocs de pierre, des pieux aiguisés et durcis au feu, de la poix bouillante, les rendirent vite impraticables.

Les Romains n’avaient d’espoir que dans leur terrasse. Mais les Bituriges, auxquels l’exploitation des mines de fer donnait la pratique des travaux souterrains, creusaient les galeries sous les fondations de la jetée. Menacée par-dessous, elle le fut aussi par en haut. Quand le cavalier se trouva rapproché des murs, et presque à leur hauteur, il fut dominé par une série de tours nouvelles, construites par l’ennemi sur le terre-plein du rempart, réunies peut-être entre elles par des ponts volants, et protégées contre l’incendie par un revêtement de cuirs. Enfin, quand les deux énormes tours romaines se dressèrent devant elles, les tours gauloises grandirent aussi, et chaque jour d’une hauteur égale à celle des charpentes que les ennemis ajoutaient aux leurs. Trois ans plus tard, les Marseillais, passés maîtres pourtant dans la science des places fortes, devaient faire à peine mieux que les Bituriges.

Mais les Romains supportèrent tout, les travaux les plus fatigants, les combats de nuit et de jour, des temps affreux, un froid persistant et des pluies continues, la famine, l’incertitude où les tenait la conduite de Vercingétorix, la déconvenue qui résultait de tant d’ouvrages à refaire : il ne fut pas prononcé, dans le camp de César, une parole indigne de la majesté du peuple romain.

Enfin la terrasse fut achevée, toucha presque la muraille ennemie ; les deux tours furent approchées, chacune d’une porte : on était au vingt - cinquième jour du siège. Tout allait être prêt pour l’attaque.

Ce jour-là, peu avant minuit, les soldats des deux légions de garde travaillaient encore sur la chaussée : César, à son habitude, veillait au milieu d’eux, courageux et familier, pressant la besogne. Tout à coup, jaillit de la terrasse une colonne de fumée : les Gaulois avaient réussi, à l’aide d’une mine, à y mettre le feu. Au même moment, répondant à ce signal, des cris retentissent sur tout le rempart, qui se couvre d’ennemis en un clin d’oeil ; à droite et à gauche des ouvrages romains, les portes d’Avaricum sont ouvertes, et d’autres adversaires apparaissent, allant droit aux deux tours d’attaque. D’en face, sur leurs flancs, sous leur base même, la terrasse et ses tours sont assaillies, menacées par les torches et les projectiles enflammés. — Il y eut chez les légionnaires un court moment de désordre et d’hésitation. Mais ils ne tardèrent pas à se répartir les points à défendre, tandis que, du camp réveillé, les secours arrivaient.

Le principal danger était que les deux grandes tours ne fussent atteintes. On les ramena, et on coupa derrière elles les charpentes de la jetée pour faire la part des flammes. Mais les mantelets qui abritaient les abords des tours furent brûlés, les cabanes blindées furent abîmées, les légionnaires durent combattre à découvert sous le feu des tours d’Avaricum. Tandis que les uns luttaient contre l’incendie, les autres refoulaient l’ennemi vers les portes, et les artilleurs purent enfin diriger leurs batteries contre les assaillants.

Le combat fit rage toute la nuit : pas un instant, les Gaulois ne lâchèrent pied, et il y eut peut-être chez eux, au matin, à la vue des ruines qu’ils avaient faites, une recrudescence110 de courage et d’espérance. C’était, pensaient-ils, le salut de la Gaule qu’ils avaient dans leurs mains, en cet instant précis : des milliers d’hommes attendaient dans Avaricum, au pied des remparts, que leur tour de combattre fût venu, et pas un d’eux ne tardait à prendre son poste de mort. J’ai vu ce jour-là, dit César, une chose mémorable. Un Gaulois, posté devant une porte, lançait sur le foyer qui menaçait une tour romaine des boules de suif et de poix, qu’on lui passait à la chaîne quand un trait lancé par une machine le traverse et le tue ; un de ses voisins enjambe le corps et prend sa place ; il tombe à son tour, atteint de même ; un troisième lui succède, puis un quatrième, et ainsi de suite jusqu’à la fin du combat : pas une fois le poste ne demeura inoccupé.

À la fin, les Gaulois durent céder, rentrer dans la ville et fermer les portes ; et les légions, ayant achevé de noyer l’incendie, se mirent à refaire les mantelets et à combler la brèche de la terrasse.

 

À suivre...

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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 18:10

         439. Les Vandales à Carthages.

 

Originaires de Scandinavie, les Vandales, des germains orientaux, avaient entrepris depuis plusieurs siècles une migration qui, en 409, les conduisit en Espagne. Alors qu'ils y étaient fixés depuis vingt ans, Genséric, «roi des Vandales et des Alains», avec114 quatre-vingt mille personnes dont un tiers de guerriers, franchit le détroit de Gibraltar et entreprit la conquête de l'Afrique romaine. Après un long siège au cours duquel Saint Augustin mourut, ils s'emparèrent de Bône, contraignant Rome à leur accorder, en 435, un premier foedus (traité) qu'ils dénoncèrent bientôt en prenant Carthage en 439.

Délaissant une large partie de la province romaine pour se concentrer dans l'est de l'Algérie et la Tunisie actuelles, les Vandales, devenus d'habiles marins, dominèrent bientôt la Méditerranée occidentale, et allèrent jusqu'à piller Rome en 455. Au contraire d'autres peuples germaniques, tels les Francs, les Wisigoths, ou plus tard, les Lombards, les Vandales ne pratiquèrent pas une politique d'assimilation avec la population africano-romaine, surtout composée de Berbères romanisés de longue date.

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                                                     Royaume Vandale en 455

Ils adoptèrent la langue latine et le mode de vie des élites urbaines et rurales du pays, mais sans chercher à s'intégrer, malgré leur petit nombre. Au contraire, ils imposèrent leur pouvoir au moyen d'une armée omniprésente et violente.

Ayant écarté les élites locales des principaux rouages de l'administration, ils firent peser une fiscalité foncière lourde sur la population. Leur intolérance religieuse (ils étaient ariens) accrut leur isolement devant la population indigène catholique. Ce clivage explique la rapidité de la reconquête que le général byzantin Narsès mena à partir de 533, et qui aboutit à la déportation en Asie des derniers Vandales et Alains.

Restaurée en apparence, l'Afrique romaine, épuisée, ne s'était pas relevée quand, en 698, les Arabes la conquirent.

 

Source : La France au fil de ses rois, éd. Sélection du Reader's Digest

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5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 09:24

                                                     Vercingétorix

 

      Chapitre XII - Avaricum.

 

6. Avaricum : site de la place ; comment on pouvait l’attaquer ; la terrasse. 

 

La ville de Bourges était bâtie sur une colline qui s’élevait à vingt-cinq ou trente mètres tout au plus au-dessus du niveau de la plaine, et au point de rencontre de cinq rivières, dont les deux principales étaient l’Yèvre et l’Auron. Autrefois comme aujourd’hui, ces ruisseaux s’épandaient en un grand nombre de bras et de canaux, qui débordaient, en temps d’hiver et de pluie, en un marais continu : les trois quarts de l’enceinte, à l’Est, au Nord et à l’Ouest, émergeaient d’ordinaire d’un large marécage, à travers lequel couraient seulement les longs ponts des routes d’Orléans et de Sancerre. Sur un seul point, au Sud-Est, par où venait la route des pays boïen et éduen, la ville tenait à la terre ferme par un col étroit et surbaissé, mesurant 500 mètres tout au plus, à peine aussi large que la cité elle-même : c’est l’emplacement que dominent aujourd’hui la place Séraucourt et la rue de Dun-sur-Auron ; mais jadis le sol était, sur ce point, de beaucoup en contrebas, de manière à faire saillir davantage la ville et ses remparts, qui commençaient à la hauteur de l’Esplanade. Enfin, plus au Sud-Est encore, le terrain se relevait lentement dans la direction du faubourg du Château et de la Caserne d’artillerie.

César, ayant reconnu la ville et ses abords, jugea aussitôt qu’il était impossible de l’investir par la ligne d’un blocus continu : la surface entourée et occupée par les marécages était trop vaste, le sol trop bas, le terrain trop mobile. Il n’avait qu’une seule manière de s’en rendre maître : l’attaque de front (oppugnatio).

Pour forcer une place de ce genre, bâtie sur une hauteur et pourvue de murailles épaisses et solides, il fallait que les soldats pussent combattre autrement qu’au pied des remparts, autour des portes, sous la menace plongeante du feu, des traits et des pierres de l’ennemi ; il était bon qu’ils fussent, autant que possible, de niveau avec les défenseurs des murailles et des tours. À cet effet, on construisait, en face d’un secteur déterminé de l’enceinte assiégée, une énorme terrasse quadrangulaire : les flancs en dominaient à leur tour les portes de la cité ; la plate-forme en était souvent de plain-pied, sinon avec le parapet, du moins avec le terre-plein du mur opposé ; par-dessus, on élevait encore des tours, au moins égales en hauteur à celles qui leur faisaient face. Ainsi, on supprimait les inégalités qui résultaient du terrain et des bâtisses ; on dressait muraille contre muraille, tours contre tours, et presque ville contre ville. — Mais la terrasse des assiégeants avait, sur les remparts des assiégés, l’avantage d’être plus profonde, et de s’unir directement au sol qu’elle prolongeait : si bien que les soldats s’y relevaient et s’y succédaient avec la même rapidité que sur un champ de bataille aplani. En outre, les tours de bois qui la garnissaient avaient cette supériorité sur celles de l’enceinte que ces dernières étaient immobiles et ne pouvaient éviter l’attaque, tandis que celles-là, montées sur roues ou sur rouleaux, avançaient et reculaient, obéissant au commandement comme une machine de guerre. — Le jour où une ville assiégée voyait s’achever en face d’elle la terrasse ennemie, elle n’avait plus qu’à se résigner à la défaite. Tout l’effort de ses défenseurs consistait à empêcher ou à retarder la construction de ce redoutable cavalier.

César dressa son camp sur le terrain du Château et la route de Moulins, à quatre ou cinq112.JPG cents mètres de la ville, et ordonna la construction d’une terrasse en face des remparts, sur le col qui joignait l’emplacement de ce camp à la colline d’Avaricum et que longeaient les marais de l’Yèvre et de l’Yévrelle au Nord-Est, ceux de l’Auron au Sud-Ouest. Il s’agissait d’une bâtisse colossale, qui par endroits devait atteindre une hauteur de 80 pieds, qui mesurerait 330 pieds de large, sur une longueur égale ou supérieure. On avait besoin d’au moins 280.000 mètres cubes de matériaux : clayonnages et terres pour former le terre-plein central, poutres et madriers pour construire sur chaque flanc un large viaduc stable et solide sur lequel s’avancerait une tour. Mais il fallait aussi construire ces deux tours, César n’en ayant pas de disponibles ; et il fallait enfin, et tout de suite, établir au pied du rempart ennemi des baraquements couverts et blindés pour protéger les travailleurs. En mettant les choses au mieux, c’était une tâche de trois semaines qui commençait pour les huit légions.

 

7. Opérations de Vercingétorix et misère de l’armée romaine.

 

Vercingétorix avait suivi lentement César, en évoluant sur ses flancs en étapes beaucoup plus courtes. Après l'avoir presque touché, il avait peu à peu ramené à seize milles (25 kilomètres) la distance qui le séparait du proconsul. Il habituait ainsi ses soldats à refréner leur impatience de combattre.

Quand César eut assis son camp devant Avaricum, Vercingétorix établit le sien, à cette même distance de seize milles, au Nord-Est, non loin de la route de Bourges à Sancerre (entre Morogues et Humbligny ?) ; tandis que son adversaire avait pris position sur les chemins du Sud, par où les Gaulois étaient venus, il avait ressaisi derrière lui ceux du Nord, d’où les Romains arrivaient ; le cours de l’Yèvre séparait à peu près complètement les deux zones d’occupation. On eût dit que Vercingétorix tenait à demeurer en relations faciles avec la Gaule du Nord, soit pour y multiplier ses messages, soit pour fermer la route aux convois de Labienus ou à la retraite de César.

Dans cette dernière marche en chassé-croisé, les Gaulois et leur chef venaient de se montrer habiles et prudents. Ils le furent encore dans le choix de remplacement de leur camp : ils le dressèrent à l’abri des forêts et des marécages, bien protégé contre toute surprise. Enfin, à travers les marais de Bourges, ils étaient en rapport constant avec les assiégés, et Vercingétorix, de sa tente, commandait lui-même les manœuvres de la défense. Il avait d’excellents éclaireurs, qu’il avait dispersés dans la campagne, même au sud de l’Yèvre, tout autour de César. Rien de ce qui se faisait, à Avaricum ou aux abords du camp romain ne lui échappait : son service d’informations était si impeccable que César en fut étonné. Sous l’action pressante de leur chef, les Gaulois se formaient rapidement aux leçons des tacticiens romains.

La situation de César fut bientôt compromise. Sans doute il s’était mis enfin, par les routes de Nevers et de Moulins, en communication directe avec les Boïens et les Éduens, et il s’empressa de leur demander les convois de grains dont il avait grand besoin. Mais le pays boïen était pauvre et s’épuisa vite ; les Éduens, de plus en plus mal disposés, envoyèrent le moins qu’ils purent, et César avait quarante mille hommes à nourrir. Il essaya bien de fourrager au loin, mais Vercingétorix l’épiait, et le proconsul avait beau changer sans cesse les heures et les routes des expéditions ; les cavaliers gaulois se trouvaient toujours sur les points où arrivaient les Romains, et c’était chaque fois, pour César, une défaite de plus. De Labienus, il ne venait rien. César avait trop peu de cavalerie pour empêcher ses adversaires de communiquer librement avec Avaricum. Il ne tarda pas à paraître lui-même l’assiégé.

Alors arrivèrent de cruelles journées. Le pain manqua longtemps. Il fallut aller chercher des bestiaux à des distances énormes. Mais pas un légionnaire ne murmura. On en vint aux pires souffrances de la faim. César eut pitié des siens ; il se rendit dans les chantiers de la terrasse, et il offrit aux légions, à l’une après l’autre, de lever le siège. Mais les hommes s’indignèrent : César ne les avait point habitués à abandonner une tâche commencée, et les victimes romaines de Génabum n’avaient pas encore reçu toutes les offrandes réclamées par leurs Mânes. Et le travail continua : la terrasse se dressait lentement ; les deux tours, en même temps, s’élevaient et s’avançaient, comme surgissant de terre.

L’armée de Vercingétorix, elle aussi, souffrait de la disette de fourrage, et, de plus, elle s’irritait de l’inaction : elle était incapable de cette laborieuse impassibilité des légionnaires. Sur l’avis des chefs, le roi la rapprocha de la ville et de César, et déplaça son camp vers le Sud (entre Les Aix et Rians ?), le posant toujours sous la protection des marécages, et toujours en rapport avec Avaricum. Mais il se refusa quand même à combattre.

 

À suivre...

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