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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 07:00

À l'époque mérovingienne, les leudes forment les cadres supérieurs de l'aristocratie. Celle-ci est alors foncière, militaire et administrative. Les Gallo-Romains les plus riches détiennent d'énormes domaines couvrant des milliers d'hectares. Lorsque l'Empire s'effondre, ils en perdent une partie qu'ils doivent céder aux Francs, leurs vainqueurs, qui, d'ailleurs, connaissent aussi la propriété foncière. Mais les Francs s'attachent surtout au prestige militaire. Les Gallo-Romains ont, au contraire, renoncé au service des armes, depuis longtemps. En revanche, ils ont l'habitude des fonctions administratives, civiles et religieuses, propres à l'ordre sénatorial, alors que les Barbares ignorent jusqu'à la notion de service public.

 

La conception franque  de la royauté ne ressemblait en rien à celle du pouvoir romain, même si les souverains mérovingiens avaient pris les titres romains de princeps et de dominus. Nul ne se souciait de connaître les sources de l’autorité qui n’était légitimée ni par un sacre, ni par une élection, ni même par le jeu rigoureux de l’hérédité. Seul signe visible du pouvoir, le prince appelé à la royauté laissait pousser ses cheveux.

Le roi habitait un palais, qui n’était pas vraiment le siège du gouvernement, mais plutôt une grande maison sans grand luxe, sous l’intendance d’un major domus, ou maire du palais. La cour était  d’ailleurs ambulante, elle se déplaçait avec le roi, qui se rendait de villa en villa, au fur et à mesure qu’il vidait greniers et celliers. Pas de véritable administration, une chancellerie embryonnaire, ce qui explique la pénurie des actes officiers. En revanche, un nombre important de serviteurs et de dignitaires auliques entouraient le roi, chargés de la table, du cellier, des écuries, de la surveillance de la chambre du trésor : échanson, connétable, sénéchal, maréchal.

Pour assurer leur autorité, les rois mérovingiens cherchent à utiliser ces trois types d'aristocratie afin de disposer de la richesse, de la force et de l'autorité; c'est pourquoi155.JPG ils s'attachent les grands du royaume par un serment de fidélité spécial, le leudesamio, d'où le nom de «leudes» ou antrustions (du germanique trust) qu'on donne aux assujettis. Ces leudes assistent le souverain, dont ils forment l'entourage, dans la conduite du royaume. L'administration, fort réduite donc, demeure aux mains des descendants de la classe sénatoriale, mais les offices à dominante militaire, comme ceux de comtes et de ducs, passent aux mains des Francs. Pour récompenser leurs fonctionnaires, les rois leur cèdent, sous le nom des «bienfaits», d'importantes parties du domaine public, appelées «fisc royal». Ils leur accorderont également des privilèges juridiques, comme un Wergeld  triple de celui des hommes libres ordinaires.

Cependant, les leudes ne forment pas une véritable noblesse, puisqu'ils ne sont pas d'extraction noble; leur sort dépend de la faveur du prince et leur recrutement est très large et très mouvant: à côté de personnages d'illustre lignée, on peut rencontrer d'anciens esclaves, comme Leudaste devenu comte des étables royales puis comte de Tours.

Du jour au lendemain, les leudes peuvent tomber en disgrâce, voir leurs biens confisqués, heureux encore quand ils ont la vie sauve. Au cours du VIIe siècle cependant, le déclin de l'autorité royale leur permet de jouer un rôle croissant dans les révolutions de palais; ils s'organisent, prenant l'habitude de se réunir chaque année, au mois de mars. Ils ont d'abord pour animateur le maire du palais mais, peu à peu, celui-ci réussit à les dominer et à les utiliser pour s'emparer progressivement du pouvoir. Il s'approprie sa fonction en la rendant héréditaire; c'est une dynastie qui s'impose, comme celle des Pippinides, les futurs Carolingiens…

 

Sources : L'Histoire de France, 2000 ans d'images N°5 Larousse  www.ariane-genealogie.net (Les leudes - Les commis du maître)

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6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 06:29

                                                            Vercingétorix

 

Chapitre XIV - La bataille de Paris et la jonction de César et de Labiénus.

 

4. Nouvelle défection des Éduens. César repasse la Loire.

 

Mais les Éduens ne méritèrent ni la confiance de Vercingétorix ni les craintes de l’armée romaine.

Après la défaite de César à Gergovie, ils n’eurent tous qu’une pensée, se joindre au vainqueur. La Gaule allait être délivrée par les Arvernes : les Éduens devaient se hâter de prendre une part de la gloire, s’ils voulaient en revendiquer une dans le partage des récompenses. Aussi, lorsque Litavicc arriva sur le Mont Beuvray, il fut reçu comme un triomphateur ; le vergobret, presque tout le sénat se réunirent à lui ; et on envoya une députation officielle à Vercingétorix pour conclure paix et amitié avec le peuple arverne.

Il ne restait d’Éduens fidèles à César que le contingent commandé par Viridomar et Éporédorix. Les deux chefs ne dirent rien tant que César n’eut point franchi l’Allier. Quand ils se virent près de leur pays, ils lui demandèrent la permission d’y retourner, sous prétexte de faire entendre raison à leurs compatriotes. Le proconsul eut l’air de les croire et les laissa partir, les jugeant peut-être moins fâcheux comme ennemis que comme alliés.

À peine hors du camp, les deux jeunes gens et leurs hommes galopèrent jusqu’à Nevers, jusque-là respecté par les Éduens : ce fut le gage qu’ils résolurent de donner à la trahison, en échange d’une fidélité trop longue à César. Viridomar et Éporédorix égorgèrent la petite garnison romaine, et massacrèrent les négociants italiens, pour lesquels les incertitudes des combats compensaient grandement les gains usuraires. Puis ils se partagèrent la caisse du questeur et les chevaux de remonte ; et enfin, s’emparant des otages de la Gaule, ils les expédièrent à Bibracte, faisant hommage à leur vergobret de ces malheureux captifs, une fois de plus ballottés de ville en ville et de chef à chef.

Le coup fait, ils songèrent à César : prenant exemple sur Vercingétorix, ils détruisirent ou enlevèrent les approvisionnements, brûlèrent Nevers, et se mirent à battre la campagne pour lever des hommes, affamer le proconsul, l’arrêter sur les bords de la Loire, et, si possible, le rejeter vers le Sud. Le fleuve était alors en crue : point de ponts intacts ni de gués praticables. Des postes de cavaliers éduens furent disposés sur les berges de la rive droite : si Litavicc et d’autres avaient le temps de revenir de Bibracte, l'année romaine était bloquée du côté du Nord. — C’était sans doute ce qu’espérait Vercingétorix. Mais lorsqu’il ne commandait pas en personne, les Gaulois faisaient d’assez mauvaise besogne : la dévastation du pays fut toute superficielle, et les soldats qui paradaient à Bibracte se laissèrent prévenir par César.

Celui-ci s’approchait. Quand on apprit l’incendie de Nevers, il y eut autour de lui un141 moment d’hésitation : il fut question de rétrograder, peut-être vers le Forez et de là sur Vienne, ce qui était faire le jeu des ennemis. Le proconsul n’eut pas de peine à rassurer les siens et à leur montrer qu’ils n’avaient encore devant eux que des fantoches d’adversaires. Il atteignit la Loire après un jour et une nuit de marche forcée, et s’arrêta devant le gué le moins périlleux (entre Decize et Nevers ?). Ses chevaux furent envoyés eu amont pour briser le courant, et ses légionnaires passèrent ensuite, ayant de l’eau jusqu’aux épaules, et les bras en l’air pour tenir les armes levées. Les Éduens prirent peur, et s’enfuirent sans avoir tué un seul homme à leur ennemi. César, sur les excellentes terres de l’autre rive, trouva ce qu’il voulut, grains et bestiaux, pour nourrir ses légionnaires.

La route était libre jusqu’à Sens : il tardait au proconsul d’arriver dans cette ville, redoutant les pires malheurs pour Labienus et ses quatre légions, dont il n’avait plus de nouvelles.

 

5. Victoire de Labienus à Paris.

 

Mais Labienus s’était mieux tiré d’affaire à Paris que César à Gergovie.

Le légat ne voulut pas regagner Sens par la rive droite. Il avait peur d’être rejoint par les Bellovaques, et d’être obligé de traverser la Marne ou la Seine entre les attaques croisées des nouveaux venus et de Camulogène. Mieux valait franchir le fleuve le plus tôt possible, n’ayant encore sur les bras que le chef gaulois. Il fallait essayer d’abord de déjouer sa prudence : car le vieux routier de guerres avait échelonné des postes de vigie tout le long de la Seine. Puis, si la bataille était nécessaire, elle enlèverait au moins à la retraite l’apparence d’une fuite.

Labienus fait quatre parts de ses troupes. — La moitié de la légion la moins aguerrie restera pour garder le camp. À dix heures du soir, la flottille, chaque bateau commandé par un chevalier, descend sournoisement le fleuve pour s’amarrer à quatre milles en aval (au Point du Jour ?). À minuit, l’autre moitié de la légion remonte le long de la rive droite (vers Charenton), accompagnant les bagages, flanquée de barques, et tous, soldats, valets et rameurs, menant fort bruit. Enfin, quelques instants après, cette fois dans le plus grand calme, Labienus et ses trois meilleures légions allèrent, en aval, rejoindre la flottille qui les attendait.

Au moment précis où Labienus arrive (vers deux heures du matin), un premier débarquement a lieu sur la rive gauche, favorisé par la nuit noire et un orage subit. Les sentinelles ennemies sont égorgées, les chevaliers d’état-major forment un pont de bateaux, et les trois légions de Labienus se trouvent transportées sur le flanc de Camulogène.

Ce stratagème, d’ailleurs habituel lors des passages de rivières, ne trompa qu’à moitié le chef gaulois. Il dépêcha des soldats en amont, mais en petit nombre, et avec l'ordre de ne point s’éloigner inutilement ; il en détacha d’autres sur les bords mêmes du fleuve, en face du camp romain : mais ce fut en aval, contre le gros de l’armée ennemie, qu’il fit manœuvrer la plupart de ses hommes, et qu’il s’avança lui-même. — Aussi, au lieu de trouver une armée surprise et dispersée, Labienus aperçut avec le jour un front de bataille tranquille et prêt (dans la plaine de Grenelle ?). Il se résigna à combattre, sans doute avec peu de regret.

Les deux adversaires furent dignes l’un de l’autre. À la droite romaine, la VIIe légion, qui était pour Labienus ce que la Xe était pour César, enfonça l’ennemi au premier choc. Mais à gauche, la XIIe après avoir renversé les premiers rangs à coups de javelots, eut la surprise de voir que les autres ne bronchaient pas, et que, même abordés à l’épée, aucun Gaulois ne reculait : Camulogène était au milieu de ceux-là. Alors, on appela à la rescousse la VIIe, qui vint, par derrière, attaquer ces braves gens. Les Gaulois ne bougèrent pas davantage, massés et fermes comme des légionnaires. On les entoura, et on les tua tous jusqu’au dernier, Camulogène comme les autres.

Il restait encore quelques bandes en amont, du côté du camp. Elles accoururent au bruit du combat, s’acharnèrent à lutter encore, s’établirent sur une colline voisine (Vaugirard ?) et offrirent la bataille. Les Romains en eurent raison d’un élan, et leur cavalerie, lancée de tous côtés, massacra ceux des Gaulois qui ne purent s’abriter dans les collines boisées du voisinage.

La route de Sens se trouvait entièrement dégagée.

 

6. Jonction des deux généraux.

 

Labienus et César marchaient donc à la rencontre l’un de l’autre. Mais le légat arriva le premier au rendez-vous. À Sens, il ramassa le reste de ses troupes, et reprit le chemin du Sud. Il s’avança deux jours encore sans rencontrer César, et le rejoignit enfin le troisième, presque à la frontière du pays éduen (près d’Auxerre ? et vers le milieu de juin ?).

Des deux généraux qui se retrouvaient après six semaines d’angoisses, c’était Labienus qui sauvait César : le légat revenait victorieux, ses quatre légions et sa cavalerie intactes, une armée gauloise et un chef célèbre anéantis ; le proconsul arrivait presque en fugitif, sa cavalerie incomplète, son admirable VIIIe décimée, et derrière lui s’amassaient deux armées redoutables.

Il y avait quatre mois à peine que Jules César, à son retour de la Province, avait groupé autour de lui ces mêmes dix légions. Il les ramenait maintenant à peu près au même point. Sans doute, dans l’intervalle, elles avaient tracé, de Sens à Orléans, de Bourges à Gergovie, et de Paris pour revenir encore à Sens, un vaste cercle de vestiges sanglants. Mais la Gaule, recouvrant ces débris, s’était de nouveau fermée derrière elles.

 

À suivre...

 

Photographie Yann Kervran / Légion VIII Augusta

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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 17:58

    Début du VIe siècle. L'apogée de la civilisation des Mayas.

 

Au début du VIe siècle, l'Ancien empire maya (320 - 987) est à son apogée en Amérique centrale. À l'issue de la période «pré-maya» (Ive siècle av. J.C. - IVe siècle ap. J.C.), assez mal connue car l'usage du bois pour ses monuments les a rendus vulnérable au temps, émerge avec une étonnante rapidité la période maya proprement dite.

Dans les années 450 - 800, les régions du Chiapas et du Peten, au sud de Yucatán, voient135.jpg ainsi la fondation de nombreuses cités, telles Tikal, Uaxactum, Tayasal, Chichén, Copan et Palenque. Autant qu'on en puisse juger par la présence de palais et de complexes cultuels comportant des temples édifiés au sommet de pyramides artificielles, bâtis essentiellement au VIIe et VIIIe siècles, chacune de ces cités devait être le siège d'un gouvernement autonome de type monarchique ou aristocratique.

Les représentations sculptées, qu'accompagnaient des inscriptions hiéroglyphiques, attestent l'importance du culte et des prêtres dans la vie de ces cités. Les étonnantes connaissances mathématiques et astronomiques des mayas caractérisaient le découpage de l'année divisée en dix-huit mois de vingt jours. Pourtant, la civilisation maya ignorait le métal, la roue ou la traction animale.

Contrastant avec des centres politiques et cultuels monumentaux, les quartiers d'habitations des cités étaient dispersés, avec des habitations édifiés en matériaux légers.

L'agriculture constituait le fondement de l'économie maya, avec la production de maïs, de coton, de henequen (agave) ou encore de cacaoyer, des cultures savamment irriguées contrastant avec d'autres sur brûlis (milpa).

L'épuisement des sols, les guerres entre cités et les invasions furent à l'origine de la fin rapide de l'Ancien empire maya, à la fin du Xe siècle. Un nouvel empire (987 - 1697) devait lui succéder dans le Yucatán, dont Chichén Itzá, Mayapan et Uxmal seraient les principales cités.

Des causes internes - peste en 1480, guerre entre cités -, puis arrivée des Espagnols en 1511, devaient aboutir à la fin du Nouvel empire maya, dont les villes étaient déjà largement à l'abandon.

 

Illustration : masque maya en mosaïque de jade (musée national d'archéologie du Guatemala)

 

Source : La France au fil de ses rois 250 / 751  éd. Sélection du Reader's Diggest/Historia

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2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 16:29

            Vercingétorix

 

   Chapitre XIV - La bataille de Paris et la jonction de César et de Labienus.

 

1. Importance militaire de Paris.

 

Tandis que César, après avoir réglé à Decize les affaires des Éduens, s’était dirigé vers le Sud pour attaquer Gergovie, son légat Labienus s’était porté vers le Nord par la vallée de l’Yonne et le pays sénon.

Labienus avait avec lui quatre légions, dont la VIIe et la XIIe, deux vieilles troupes très sûres et très hardies ; il emmenait toutes les recrues récemment arrivées d’Italie et de la Province, un détachement de cavalerie, et une assez belle escorte de chevaliers romains. Le dépôt général de son armée était Sens, comme Nevers était celui de l’armée proconsulaire. L’objectif de sa marche, fixé par César lui-même, était Lutèce, ville principale du peuple des Parisiens.

Coïncidence singulière : à la même heure, les deux armées romaines menaçaient Lutèce et Gergovie. Celle-ci, plantée sur un rocher dans le massif central des montagnes françaises, capitale effective de la Gaule celtique, et métropole du passé ; celle-là, allongée au fil de l’eau au milieu des marais de la plaine septentrionale, et la métropole de l’avenir.

Mais cette coïncidence n’est point fortuite. De même que Gergovie était le foyer de résistance de la Gaule intérieure, Paris pouvait devenir le point de concentration de la Gaule du Nord.

César, dans ses campagnes gauloises, a fait preuve d’une science géographique d’une étonnante sûreté. Il s’est joué sur les routes comme s’il avait vécu sa jeunesse dans les pistes des courriers. Il a reconnu d’un coup d’œil les jointures essentielles, les nœuds vitaux de notre pays ; et ceux qui voudront poursuivre plus loin le récit de son existence, verront quel parti il a tiré de cette intuition du sol pour constituer la Gaule romaine. Il a, le premier, compris l’importance militaire de Paris et son avenir national : je veux dire, par ce mot, les destinées qu’une ville peut faire à une nation ou recevoir d’elle à son tour.

Il a vu qu’avec les vallées convergentes des rivières de son bassin, Paris est le principal carrefour du Nord de la Gaule, depuis les deux grandes presqu’îles qui menacent la Bretagne insulaire, jusqu’au coude formé par la Loire carnute, depuis les bois des plateaux armoricains jusqu’aux Ardennes à demi germaniques. Qui tenait Lutèce surveillait à la fois les rivages de l’Océan et les rives du Rhin, les plaines de l’Anjou et les forêts du Morvan. En occupant solidement le bassin parisien, on disjoignait ou on entravait toute confédération des cités de la Belgique, de la Normandie et de la Loire centrale. C’est pour cela que César, avant de partir pour Gergovie, envoya contre Lutèce le plus ancien et le plus capable de ses lieutenants.

 

2. Première partie de la campagne de Labienus : sa marche de Sens à Paris.

 

Labienus exécuta les ordres de son chef avec sa ponctualité coutumière. Il laissa à Sens, pour garder les bagages, les soldats de Tannée, et il suivit avec ses quatre légions la rive gauche de l’Yonne.137

Au delà du confluent de la Seine, encore que le territoire des Parisiens ne commence qu’aux marais de l’Essonne, Labienus n’a plus que des ennemis au-devant de lui. Les Sénons révoltés occupent leur ville de Meclosédum (Melun), bourgade bâtie comme Lutèce dans une île de la Seine, une sorte de réplique de la cité parisienne. De l’autre côté de l’Essonne, les Parisiens et tous leurs voisins de la Gaule propre, les peuples du Maine, de la Normandie et de l’Armorique, ont dès le premier jour fait cause commune avec Vercingétorix, et il est probable que le gros de leurs milices, ainsi que celles du pays sénon, ont été laissées par lui pour défendre ces territoires.

Labienus se hâtait afin d’empêcher la concentration de ces troupes. Il resta sur la rive gauche pour s’épargner le passage de la Seine et de la Marne ; il négligea de prendre Melun, d’ailleurs peu redoutable ; il ne se donna même pas le temps de faire main basse sur la flottille de barques amarrées à cet endroit. Mais, malgré tout, les Gaulois le devancèrent.

Durant toute cette campagne de 52, ils ont montré en effet, au Nord comme au Sud, une réelle aptitude à se concentrer rapidement. Ces nations, comme les Samnites et les Romains des temps héroïques, vivaient toujours dans l’attente de la guerre prochaine : les milices étaient prêtes à répondre à un signal qui revenait, chaque année, presque aussi sûrement que le cri de l’hirondelle.

Une importante armée s’était réunie à la nouvelle du départ de Labienus. Ce n’étaient pas des troupes tumultuaires, mais des soldats aguerris, braves et tenaces, fort supérieurs aux brillants cavaliers du pays éduen. Ils choisirent pour chef Camulogène l’Aulerque : c’était un très vieux général, et qui détonne dans cette insurrection de la Gaule où la jeunesse se tailla tant de commandements ; mais on l’aimait à cause de sa longue expérience et de sa science consommée des choses de la guerre.

Il justifia sur-le-champ son renom et son autorité. Ce fut sans doute à Paris que se fit le rassemblement des forces gauloises. Camulogène réfléchit, étudia le pays, et attendit Labienus sur la rive de ce marais vaste, long et continu que forme l’Essonne avant de se jeter dans la Seine : c’était un obstacle presque aussi insurmontable que la montagne de Gergovie. Les Romains avaient à lutter là-bas contre les rochers et ici contre le marécage.

Labienus essaya du moyen classique pour franchir les palus : il voulut, sous la protection des mantelets, charger un chemin sur claies et fascines. Au bout de quelques heures de travail, il reconnut que c’était peine perdue, et il décampa sans bruit au milieu delà nuit, pour faire ce qu’il aurait mieux valu décider dès son départ de Sens : s’assurer les deux rives du fleuve, et la descente par terre et par eau.

Il rétrograda jusqu’à Melun. Le pont était coupé, ceux des habitants qui n’avaient point rejoint Camulogène s’étaient réfugiés dans l’île. Mais ils avaient eu l’imprudence de ne pas détruire les barques. Labienus en saisit une cinquantaine, les remplit de soldats, enleva la bourgade épouvantée, et reprit sur la rive droite sa marche vers Paris, la flottille descendant le fleuve avec lui.

Camulogène, averti par des fugitifs de Melun, adopta la tactique préconisée par Vercingétorix. Il envoya l'ordre d’incendier Paris, de détruire les ponts, et alla se poster sur la rive gauche de la Seine, au pied de la montagne Sainte-Geneviève (aux Grands-Augustins ?). Labienus était déjà campé sur l’autre rive, en face de la pointe de la Cité (vers Saint-Germain-l’Auxerrois ?).*

La lutte allait s’engager entre les deux adversaires pour la possession, non pas de la ville réduite à rien, mais de ce carrefour de routes fluviales qui y aboutissaient, et la question de Paris était presque aussi grave que celle de Gergovie.

Mais à ce moment Litavicc faisait défection, les Éduens allaient le suivre, les Bellovaques se décidaient à imiter leurs amis du Centre, et ordonnaient la concentration de leurs troupes. Labienus pouvait être pris entre eux et Camulogène, comme César entre Gergovie et les Éduens. Il ne s’agissait plus pour lui de victoire et de gloire, mais de sauver son armée et de rejoindre son proconsul. Il décida de revenir vers Sens dans le temps où César se résolvait à quitter Gergovie (vers le 1er juin ?).

Les deux corps de la grande armée romaine étaient séparés par 400 kilomètres de route, huit jours de marche pour chacun d’eux, et les Éduens entre eux deux. On s’aperçut alors de la maladresse que César avait commise en allongeant ainsi, sans l’assurer contre toute surprise, sa ligne d’opérations. À des audaces de ce genre, il risquait de tout perdre pour vouloir tout gagner.

 

3. Pourquoi Vercingétorix ne poursuivit pas César après Gergovie. Retraite des Romains jusqu’à l’Allier.

 

La principale crainte de César, en levant son camp, était d’être poursuivi par Vercingétorix. S’il avait été pris entre les cavaliers gaulois et l’Allier, dont les ponts étaient détruits et les eaux grossies par la fonte des neiges, ses légions découragées et aux cadres incomplets auraient été fort compromises.

Mais le roi n’envoya pas une seule fois ses hommes pour harceler les légionnaires en retraite. On dirait qu’il a voulu leur ouvrir largement les routes qui conduisaient hors de l’Auvergne. Chez cet homme qui faisait rarement les choses à la légère, une telle abstention eut sa raison d’être.

Il craignait d’abord que ses Gaulois, énervés par des semaines de piétinement sur le sommet étroit et rugueux de Gergovie, ne se laissassent entraîner, dans les vastes étendues de la Limagne, aux témérités de leur fougue habituelle, et il redoutait pour eux, de là part des légionnaires, les terribles résistances des bêtes aux abois. — Peut-être aussi ses soldats étaient-ils désireux de voir les légions disparaître enfin vers le Nord, loin de cette plaine aux moissons presque mûres qu’elles avaient déjà quatre fois traversée et foulée : il était temps que d’autres terres connussent enfin la présence de l’ennemi, c’était aux Éduens de donner à leur tour des garanties à la Gaule en souffrant pour elle et en achevant l’œuvre commencée par les Arvernes. — Puis, Vercingétorix ne pouvait envoyer que des cavaliers à cette poursuite. Or, il se dégarnit de sa cavalerie peut-être dès le surlendemain de la bataille, il la confia à l’Éduen Litavicc, il lui donna l’ordre de devancer les Romains sur leur ligne de retraite, de décider les peuples de Bibracte à la défection suprême, et sans doute de revenir ensuite avec eux barrer la roule à César : il serait temps alors pour Vercingétorix de talonner son adversaire. Et ce plan eût été le meilleur, sans la mollesse des Éduens.

Il semble enfin que César ait hésité un instant, ou laissé croire qu’il hésitât sur sa route de retraite. On racontait partout, dans les camps gaulois, qu’il redoutait d’être bloqué au Nord par l’Allier et la Loire, et qu’il gagnerait la province romaine par les chemins du Velay ou du Forez. Il ne lui fallait pas plus de temps pour rejoindre le Rhône que pour revenir à Sens. Autour de lui, il paraît bien qu’on ait désiré cette marche vers le Sud, et qu’on lui ait même conseillé de rebrousser chemin alors qu’il était presque arrivé sur les bords de la Loire. — Mais ces routes des Cévennes, accessibles à quelques hommes à un début de campagne, seraient funestes à des légions fatiguées et fugitives : l’ennemi les aurait émiettées à travers les gorges de l’Allier ou de la Loire. Et puis, ce retour vers l’Italie eût été l’aveu de la défaite et l’abandon de Labienus. Mieux valait courir au péril éduen que d’affronter encore les montagnes arvernes. — César s’apprêta donc à refaire en été, à la rencontre de l’armée de Sens, et sur le versant occidental des Cévennes, cette même campagne de vitesse qu’il avait faite, au gros de l’hiver, au pied des pentes orientales.

Il traversa la Limagne droit vers le Nord, et, le troisième jour de marche, il atteignit la rive gauche de l’Allier (en face de Varennes ?). Le pont avait été coupé, sans doute par Litavicc passé avant lui. Mais César eut le temps de le rétablir, et franchit la rivière sans encombre. Il était alors à quelques milles à peine du pays éduen.

 

À suivre...

 

* Le "Vercingétorix" de Camille Jullian, a été rédigé au tout début du XXe siècle, époque à laquelle on pensait que les gaulois de Lutèce (les Parisii) vivaient sur l'île de la Cité. On sait aujourd'hui (du moins on en est quasiment sûr) qu'ils vivaient à Nanterre.

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1 juin 2012 5 01 /06 /juin /2012 06:52

Clotilde eut une indéniable influence sur Clovis, et le roi des Francs, ambitieux, trouva souvent avantage à suivre les conseilles de son épouse.

L’œuvre de Pierre-Louis Delaval (1818), exposée dans la cathédrale Saint Louis de Versailles, Clotilde exhortant Clovis avant la bataille, représente le roi mérovingien partant d'un pas décidé affronter les ennemis de l'Église catholique dont Clotilde qui tient dans sa main gauche un crucifix, se fait la voix. Clovis qui lui ne porte aucun signe religieux, ce qui indique qu'il n'est encore qu'un païen, est armé d'un glaive et porte une cape rouge, nous comprenons donc alors qu'il fera couler le sang des hérétiques.

La main gauche de Clovis tend vers le crucifix, comme s'il demandait au Christ de l'accompagner sur le chemin de la guerre. C'est à Vouillé que le premier roi de France a rendez-vous avec le Dieu de Clotilde.

129.JPG  

 

C'est au château de Fontainebleau qu'est exposée cette peinture de Laurent Jean-Antoine (1763-1832), intitulée : Clotilde exorte Clovis à se convertir.

Le roi, guerrier triomphant semble rétissant à pénétrer dans l'église. Mais Clotilde pleine de douceur, d'humilité et de patience saura mener son époux sur le chemin de la convertion...

130.jpg

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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 07:00

             Vercingétorix

 

     Chapitre XIII - Gergovie.

 

8. Assaut de Gergovie et défaite des Romains.

 

Les douze mille hommes des trois légions s’ébranlèrent, au pas de course, du sommet de La Roche-Blanche, gravirent les pentes opposées et arrivèrent au pied du boulevard extérieur avant que Teutomat fût éveillé de sa sieste. Le mur était vide de défenseurs, ce fut un jeu de l’escalader. Les trois camps furent emportés. Teutomat n’eut que le temps de s’enfuir, le torse nu, et sur un cheval blessé. Mais, malgré l’ordre de César, quelques Romains musèrent un peu à piller sous les tentes des chefs gaulois.

Le proconsul s’approchait plus lentement. Il arrivait avec la Xe légion au pied de la montée. Quand il vit les soldats déjà débandés, quand il aperçut de plus près ces 150 pieds de roches aiguës ou glissantes qui portaient les murs de Gergovie, quand il comprit que Vercingétorix et les siens allaient paraître sur les remparts, il s’avoua l’imprudence des ordres qu’il avait donnés, il fit sonner aux trois légions le signal de la retraite, et il arrêta sur-le-champ les enseignes et les hommes de la Xe (au nord et au pied de La Roche-Blanche ?).

Mais il était trop tard : le son de la trompette s’assourdit dans les profondeurs de la vallée qui séparait La Roche-Blanche de Gergovie ; les légats et les tribuns ne furent pas écoutés ; les légionnaires étaient encore sous l’influence des excitations brûlantes du départ, et ils reprirent leur course, à travers les tentes gauloises, vers les murs et les portes de Gergovie.

Au moment où ils atteignirent le talus sur lequel était assis le rempart, les Gaulois n’étaient point encore de retour. Il n’y avait sur la muraille que quelques femmes, folles d’épouvante, qui hurlaient, et qui, la poitrine nue, les mains tendues et ouvertes, les cheveux épars, suppliaient les Romains de les épargner : les unes jetaient de l’argent et des étoffes pour les arrêter, les autres se faisaient descendre pour se livrer à eux. Les vieux centurions, songeant au butin de Gergovie, ne s’arrêtèrent pas à cette première proie. L. Fabius, porté à la courte échelle par trois hommes de son manipule, arriva le premier au sommet des remparts, comme il l’avait juré, et d’autres, aidés par lui, montèrent à leur tour. M. Pétronius, en bas, s’acharnait, à la tête des siens, contre une porte qu’il voulait briser. Gergovie allait être entamée : déjà s’entendait par toute la ville la sinistre clameur des cités prises d’assaut, la course précipitée des fuyards qui gagnaient les portes libres.

Subitement, la scène changea. Les femmes, se retournant vers Gergovie, agitent et montrent leurs cheveux dénoués, soulèvent leurs enfants, les présentent dans un cri d’appel et de courage. Ce sont les Gaulois qui apparaissent, accourus au bruit et à la nouvelle, qui arrivent au galop de leurs chevaux, et qui, sautant en bas de leur monture, prennent la position de combat, derrière le parapet du rempart et autour des portes. Puis, après les cavaliers, les fantassins surviennent ; chaque minute amène de nouveaux combattants ; les assiégés ouvrent les portes, et la véritable bataille s’engage.

Les Gaulois avaient pour eux le nombre, l’extraordinaire avantage de la situation, la vigueur toute fraîche des corps reposés. Les Romains étaient essoufflés par la course, la montée et l’effort. En un instant, César voit ses légions disloquées, et leurs fragments environnés par l’ennemi qui déborde de toutes parts. Elles allaient être prises entre le mur de la ville et le boulevard extérieur comme dans une souricière. — Il fit alors avancer ses deux réserves. Des cohortes de la XIIIe et Sextius reçurent l’ordre de sortir du petit camp et de remplacer la Xe dans le vallon où celle-ci s’était tenue jusque-là : mais il les écarta plus à gauche, de manière à menacer le flanc droit de l’ennemi, s’il s’aventurait vers le bas. Le proconsul et la Xe se portèrent en avant, commencèrent à leur tour l’escalade de la montagne, puis s’arrêtèrent (sur la croupe en avant et au sud-est du village de Gergovie ?), à un endroit d’où l’on pût suivre les moindres détails de la partie qui se livrait sur les flancs de la cité.

Le combat faisait rage sur les murs et autour des portes ; les corps des combattants s’enchevêtraient ; les Romains ne faiblissaient pas. Soudain, une dernière fois, la scène changea. Les Éduens, venus du grand camp par un long détour, débouchèrent (vers la ferme de Gergovie ?) sur la droite des légionnaires. C’était un secours : il n’y avait pas à en douter, les nouveaux venus avaient le bras droit découvert, signe qu’ils appartenaient aux Gaulois auxiliaires. Mais les Romains en étaient à cette exaltation de la bataille, où l’homme ne sait plus ni regarder ni réfléchir, où la force de sa vue et de sa pensée se limite au sol qu’il piétine et à l’adversaire qu’il étreint : et voyant vaguement des Gaulois arriver, ils s’imaginèrent que c’était un nouveau flot d’ennemis qui s’abattait sur eux et que le bras nu n’était qu’un stratagème. — Ainsi, les deux ruses imaginées par César tournaient au profit de son adversaire : la diversion faite par les Éduens démoralisait ses propres troupes, et sa dernière légion, perdue au loin dans les bois de l’Auzon, lui manquait au moment décisif.

La débandade commença. L. Fabius et ses camarades furent tués sur les remparts, et leurs121.jpg corps jetés d’en haut. M. Pétronius, à lui seul, malgré ses blessures, arrêtait les Gaulois à la sortie d’une porte : ce qui donna le temps aux hommes de son manipule de se mettre à l’abri. Quand ils furent disparus tous deux, les assiégés eurent facilement raison du reste : 46 centurions, un quart exactement de ceux qui étaient engagés, furent massacrés ; la VIIIe légion, la plus compromise, fut décimée ; les survivants n’eurent que le temps de se précipiter du haut du boulevard.

César, à la vue de la défaite, avait échelonné ses deux légions de réserve sur la ligne de combat : la Xe, plus près encore de la bataille, mais sur un terrain plus uni (le village de Gergovie ?), où elle put se former en rangs réguliers ; derrière elle, la XIIIe s’approcha pour la soutenir (sur la croupe que la Xe venait de quitter ?).

Les fuyards arrivèrent, puis l’ennemi, et la Xe légion eut, à son tour, à recevoir le choc des poursuivants. Elle les arrêta un instant, puis elle dut se replier sur celle de Sextius, et toutes deux, avec les débris des trois autres, regagnèrent la plaine (en avant de Donnezat ?), harcelées sans relâche par l’ennemi.

Là, elles purent enfin se ranger en ordre de bataille, à portée de nouveaux secours, à l’abri des machines et de leur camp, et elles attendirent, de pied ferme, une dernière attaque. Sur ce terrain plus plat, formées en lignes pressées, elles allaient reprendre leurs avantages.

Mais Vercingétorix, d’un ordre, arrêta toutes ses troupes au pied de la montagne, et les fit rentrer dans leurs lignes reconquises.

 

9. Départ de César ; jugement sur cette campagne.

 

Même après ce désastre, et devant ces ravins où avaient roulé les cadavres de près de sept cents de ses meilleurs soldats. César redouta de désespérer. S’attendait-il, de la part des Gaulois, à quelqu’une de ces imprudences où la joie de la victoire entraînait leur fougue naturelle ? Voulut-il seulement, comme il l’écrivit, rendre du cœur à ses soldats ? Toujours est-il que le lendemain, il fil sortir son armée et former le front de bataille (sur le Puy de Marinant ?). Vercingétorix ne quitta pas sa montagne, et se borna à envoyer quelques cavaliers, qu’il laissa battre.

Le jour suivant, César offrit encore le combat. Personne, semble-t-il, ne sortit de Gergovie.

Il leva alors son camp et reprit la route du Nord (début de juin ?).

La défaite qu’il venait de subir n’était pas due seulement à la faiblesse de ses effectifs et de ses positions. Elle était la conclusion de cet entêtement continu qui l’avait arrêté pendant un mois devant une ville imprenable, usant les forces de ses soldats dans l’illusion avant de les briser contre des murailles. Le lendemain de la bataille, il leur avait fait de cruels reproches : ils les méritaient moins que lui-même. Si, la veille, ils ne s’étaient point arrêtés à temps, n’était-ce pas la faute de leur proconsul, qui n’avait cessé de leur inspirer le désir d’un coup de main ? et, s’il avait donné le signal de la retraite, c’était après avoir imprimé l’élan de l’escalade.

Depuis la fin d’Avaricum, le mérite de César s’était obscurci, la valeur de Vercingétorix n’avait fait que s’accroître. Le roi des Arvernes n’avait attaqué les Romains qu’à l’endroit précis où il pouvait les battre. Sous les regards de ses dieux, il leur avait immolé des centaines de victimes au pied des remparts de sa ville natale. Durant ces longs jours d’incertitudes et de peines, il avait su imposer à ses soldats le calme devant l’ennemi et la fatigue des viles besognes. Jules César, l’homme du commandement froid et impeccable, avait vu ses propres centurions refusant d’écouter leurs chefs et n’obéissant qu’à un désir de combattre ; et Vercingétorix avait arrêté d’un mot, aux approches du camp romain, la course victorieuse de ses Gaulois.

 

À suivre...

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28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 07:50

Garmarna  est un groupe suédois. Leur musique folklorique, comporte des titres tantôt repris d'airs traditionnels, tantôt composée par eux-mêmes. Les paroles des chansons, principalement reprises de ballades, sont puisées de poèmes et de contes traditionnels suédois.

Le nom du groupe vient de Garm, le chien qui garde le Helheim dans la mythologie nordique.

 

Herr Manneligg

 

Vänner och Fränder 

 
Varulven
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26 mai 2012 6 26 /05 /mai /2012 11:00

             Vercingétorix

 

     Chapitre XIII - Gergovie.

 

7. Nouveau système de défense des Gaulois : César prépare l’assaut.

 

Les deux adversaires se retrouvaient dans leurs positions de l’avant-veille. Mais l’armée romaine était harassée par la marche ou les combats ; les communications avec Nevers étaient moins faciles, et les vivres plus rares. Les Éduens envoyèrent des députés faire amende honorable, et César les reçut avec une parfaite bonne grâce : mais il ne fut point leur dupe, et savait que c’était seulement partie remise.

Il comprit enfin qu’il fallait arrêter le siège, abandonner Gergovie, gagner Nevers et Sens, rejoindre Labienus tant que les routes étaient libres encore. Et cependant, il ne put se résigner à donner le signal d’un départ qui ressemblait à une fuite, à quitter des yeux une proie qu’il convoitait depuis tant de semaines. Il commit une dernière faute, en rêvant jusqu’à la fin que sa Fortune lui fournirait une revanche, lui apporterait la chance d’un coup de main. Dans ces journées où il sent que la défaite le guette. César a perdu sa netteté d’esprit et son ferme bon sens : la vue de cette montagne et de cette armée proches et invincibles l’agace et l’exaspère, et ses soldats, comme lui, s’énervent à ne pouvoir escalader ces roches et mutiler ces visages. Il leur paraît à tous que la majesté du peuple romain est compromise, s’ils s’éloignent sans avoir fait quelque chose de bien.

Un jour, Jules César eut la surprise joyeuse de se voir offerte l’occasion cherchée.

Vercingétorix avait lieu de croire que le proconsul voulait continuer l’investissement de la ville en prolongeant ses lignes au nord-ouest de La Roche-Blanche, par-dessus le col des Goules ou les hauteurs de Risolles (entre Opme et le plateau). C’était du reste ce que les Romains avaient de mieux à faire : car, de là, ils domineraient les vallons du Nord, les seuls où les Gaulois pussent encore fourrager, et ils seraient maîtres d’une autre des routes, et des moins difficiles, qui conduisaient à Gergovie. Jusqu’ici, comme on l’a vu, Vercingétorix s’en était remis, pour la défense de la ville sur ce point, à l’étroitesse de l’isthme, aux dangers des ravins, à l’épaisseur des bois qui hérissaient cette croupe, et il n’avait tout au plus fait occuper par ses hommes que le versant du col qui faisait face au petit camp de César. Mais, depuis la mésaventure de La Roche-Blanche, il se méfiait des bois et des embûches ; il ne voulut pas risquer de perdre ces hauteurs d’avant-garde avec la même facilité que celle des bords de l’Auzon ; et dès le retour de César, il employa son armée à fortifier le massif de Risolles (le long du chemin d’Opme au plateau). Si le proconsul avait eu l’intention de s’y installer, ce qui est fort possible, son adversaire l’avait devancé. Tandis que le Romain étendait sa ligne d’attaque, le Gaulois allongeait sa ligne de défense. L’élève en poliorcétique devenait digne du maître.

Mais, pour construire ce nouveau boulevard, Vercingétorix avait dû dégarnir de troupes les pentes gergoviennes qui faisaient face, au Nord, à La Roche-Blanche. César, en tournée d’inspection sur le petit camp, remarqua l’absence de cette armée qui, quelques jours auparavant, semblait tapisser la montagne. Il s’étonna, interrogea les transfuges qui affluaient autour de lui, et apprit d’eux la cause de ce changement.

De ce qu’il sut alors, le proconsul pouvait tirer deux conclusions : l’une, qu’il ne prolongerait ses lignes de blocus qu’au prix de nouveaux combats ; l’autre, qu’il fallait profiter de la dispersion des Gaulois pour tenter l’escalade. Il décida qu’elle aurait lieu le lendemain. C’était la dernière de ses espérances qu’il engageait.

Pendant la nuit, il prépara tout en vue de confirmer Vercingétorix dans la crainte d’une attaque sur ce massif de Risolles que le Gaulois se hâtait de fortifier. Ce fut, dans le grand camp (?) romain, un branle-bas général : des escadrons sortent en tumulte, se dispersent de côté et d’autre, pour remonter ensuite le vallon vers l’Ouest dans la direction des hauteurs de Risolles (vers le sommet coté 723). Au petit jour, une file de cavaliers, nombreux, casques en tête, s’engagent dans le même sens (par la vallée de l’Auzon et le ravin d’Opme) : ce sont, il est vrai, de simples muletiers, déguisés en soldats, tandis que leurs bêtes, dégarnies des bâts, ont été travesties en chevaux de guerre : mais de Gergovie nul ne peut voir la supercherie, et du reste, il y a, à côté de ces soldats d’emprunt, quelques vrais cavaliers qui ont ordre de se montrer le plus près possible de l’ennemi. Enfin, c’est une légion entière qui s’avance sur le flanc des hauteurs (par le131.jpg versant Nord de La Roche-Blanche et le pied du Puy de Jussat ?). Tout ce monde, s’enfonçant dans la vallée par de longs circuits ou des sentiers divers, se dirige également vers les collines où travaillaient les Gaulois. Brusquement, la légion pénètre dans un bois, au pied des hauteurs, et y demeure cachée (entre Jussat et Chanonat ?). Vercingétorix, qui suit ces va-et-vient, ne doute plus que l’attaque ne soit prochaine sur le point menacé, et rappelle le reste de ses troupes des trois camps qui faisaient face à César : il n’y laisse que quelques traînards, comme le roi Teutomat, et on était si tranquille de ce côté que le chef agenais, en méridional qu’il était, ne renonça pas à faire sa sieste ce jour-là.

Le proconsul, voyant les Gaulois partis, prit ses dispositions pour l’assaut décisif de Gergovie. Par les couloirs qui réunissaient les deux camps, les soldats romains sont venus à La Roche-Blanche, en petits groupes, enseignes baissées, panaches couverts. César a maintenant sous ses ordres cinq légions presque entières, et il ne reste dans le grand camp que les Éduens.

Ceux-ci feront diversion à droite en gravissant lentement la montagne par les sentiers de l’Est ou du Nord. La XIIIe légion, avec le légat T. Sextius, se tiendra en réserve à La Roche-Blanche ; la légion favorite de César, la Xe, et le proconsul au milieu d’elle, demeurera en avant du petit camp, en arrière des combattants, pour les soutenir et donner la main aux différents corps. Enfin les trois autres, vieilles troupes aguerries (la VIIIe, et sans doute la IXe et la XIe), auront la gloire de monter à l’assaut : il y a dans leurs rangs les plus robustes, les plus têtus, les plus bravaches des centurions, ceux sur lesquels César peut le plus compter à l’heure des casse-cous : L. Fabius, de la VIIIe, qui vient de jurer qu’il monterait le premier sur le rempart gaulois ; M. Pétronius, lui aussi de la VIIIe, un des sous-officiers les plus souples et les plus solides de toute l’armée.

Quelques mots encore furent adressés par le proconsul aux légats de ces trois légions. Que le soldat ne perde pas de temps à tuer ou à piller. Il s’agit de courir et de grimper, et non pas de se battre. Pas de combat : mais de la vitesse, du jarret, et un coup de main. Puis le signal fut donné, vers midi.

 

 

À suivre...

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24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 06:48

    Début du VIe siècle - La construction de l'empire chinois.

 

Au début du VIe siècle, la Chine était divisée en deux. Dans le sud, à Nanjing, d'éphémères empereurs se succédèrent, tentant de perpétuer la tradition chinoise. Jouets des grands, ils parvinrent néanmoins à contenir les tentatives d'expansion venues du Nord et favorisèrent l'essor économique.

Si la dynastie des Qi du Sud (479 - 502) se révéla incapable de soumettre les familles128 aristocratiques, venues du Nord au IVe siècle et formant les oligarchies fermées, celle des Liang (502 - 537) les repris en mains, alors que la région connaissait un essor du commerce sans précédent. C'est à cette époque que l'empereur Wu (502 - 544) imposa le bouddhisme Mahayana qui gagna toute la Chine.

La Chine du Nord, elle, voyait depuis le début de notre ère l'installation de nomades barbares d'origines diverses (Tibétains, Tanguts, proto-Turcs, proto-Mongols, Toungouses). Peu à peu, ceux-ci s'étaient sinisés et sédentarisés. La fin de la dynastie des Jin (265 - 316) fut marquée par la formation de royaumes éphémères, tel les «Seize royaumes des Cinq Barbares». Ce n'est qu'avec les Bei Wei (386 - 535) que l'unification de la Chine du Nord fut réalisée en 439.

L'encadrement administratif et fiscal des paysans fut poussé à l'extrême, les familles étant regroupées par cinq sur les lopins de terres qui leur étaient attribués. La culture fut privilégies face à l'élevage, et l'artisanat de tradition chinoise fut encouragé.

L'empereur Xiaowendi (471 - 499) transféra la capitale à Luoyang (Hunan) en 494. En 501, la cité était entourée d'une muraille de trente kilomètres et renfermait mille trois cent soixante sept temples boudhiques.

La sinisation des populations barbares s'intensifia, touchant les noms et le costume, et imposant le chinois comme langue officielle. Les mariages entre les aristocraties tuoba, de l'État des Wei du Nord, et chinoise furent encouragés.

Cette volonté d'intégration n'emporta pas l'adhésion de tous les Tuoba, qui provoquèrent, en 523, la «Révolte des Six Garnisons». La guerre civile se solda, en 534, par la mise à mort du jeune empereur, de la régente Hu et de milliers de courtisans.

 

Illustration : empereur Wudi de la dynastie Liang

 

Source : La France au fil de ses rois - 250/751 éd. Sélection du Reader's Diggest / Historia

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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 06:41

             Vercingétorix

 

     Chapitre XIII - Gergovie.

 

5. Installation de César ; premiers combats ; les Romains occupent La Roche-Blanche.

 

Le jour même de son arrivée, Jules César eut à livrer un léger combat de cavalerie, dont il ne nous dit pas quelle fut l’issue. Ce qui prouve qu’il ne tourna pas à son avantage, et ce fut un mauvais présage.

Son camp fut établi le moins mal possible, sur un des mamelons qui bombent les basses terres, entre le lac de Sarlièves et le cours de l’Auzon (sur la colline au nord-est du Petit Orcet). César trouvait là de l’eau, un large espace pour sa cavalerie, il était à une demi-lieue, à vol d’oiseau, des regards des Gaulois, et, s’ils voyaient quelque chose dans son127 camp, ils le voyaient fort vaguement. Il était enfin maître de la route du Nord, par où les Éduens allaient le ravitailler. Seulement, la position qu’il avait dû choisir était assez médiocre, et se défendit surtout par les retranchements élevés de main d’homme.

Tout de suite, César éprouva de forts ennuis. Vercingétorix tenait son armée bride en main : jamais il n’en fut plus maître que devant Gergovie. Elle comprit que la partie était sérieuse, et elle ne fit ni faux pas ni écart. Plus d’assemblées tumultueuses, plus de ces délibérations agitées où s’émoussait la force du commandement. Sur ce sol familier de la cité de ses ancêtres, auprès de ces remparts et de ces monts dont il était le souverain, Vercingétorix put parler en prince absolu à tous les Gaulois. Cette fois enfin, il apparut comme roi. Il avait réduit son conseil aux chefs des cités alliées, une vingtaine d’hommes seulement, qui se sentaient responsables du salut de tous ; il les réunissait chaque matin, au lever du soleil, non pas pour discuter longuement avec eux, mais pour entendre leurs rapports et donner ses ordres, et pour arrêter ensemble le plan des opérations de la journée.

Presque tous les jours, Vercingétorix leur taillait une besogne à faire. Il envoyait dans la plaine, autour du camp de César, des escadrons de cavalerie et ses nouveaux détachements d’archers. Le proconsul était obligé de faire sortir ses hommes, et ils étaient sans doute souvent battus, puisqu’il ne nous dit pas qu’ils furent jamais vainqueurs : si parfois les Gaulois étaient serrés de trop près, ils n’avaient aucune peine à se replier à l’abri sur leurs rochers, loin de la portée des frondes et des javelots. Vercingétorix se tenait non loin de là, regardant combattre les siens, appréciant leur valeur, jugeant ce qu’il pouvait demander à chacune de ses troupes. Il les exerçait ainsi, plutôt encore qu’il ne les exposait, et les abords du camp romain étaient transformés par lui en un champ de manège.

La situation devenait humiliante pour César. Coûte que coûte il devait se dégager, tenter quelque chose du côté de cette masse de hauteurs qui commandaient son camp.

La plus rapprochée de lui et la plus éloignée de Gergovie était celle de La Roche-Blanche. Bien isolée, escarpée de toutes parts, elle était un excellent poste d’observation et de retraite, comme une petite citadelle en face de la grande : elle dominait à la fois les ravins méridionaux de Gergovie, où étaient campés les Gaulois, et la vallée de l’Auzon, qui leur fournissait leurs principales provisions d’eau et de fourrage. La Roche-Blanche avait une bonne redoute : mais la garnison était de médiocre importance, et campée tout entière du côté de l’Est, où était César ; sur les autres points, les Gaulois se croyaient, suivant leur erreur habituelle, gardés par les bois et les fourrés qui garnissaient les flancs de la colline. Ils ne se sont jamais, dans ce siège et dans cette campagne, défiés des embûches qu’abritent les forêts.

Une nuit, César envoya par la gauche, dans les bois de La Roche-Blanche, les meilleurs de ses légionnaires. Le matin, il commença lui-même l’escalade à droite, à découvert, avec d’autres troupes : les Gaulois ne s’occupèrent que de cette attaque. Pendant ce temps, rampant à travers les taillis, les soldats de l’embuscade arrivaient et fondaient sur eux par derrière. La garnison fut culbutée, avant qu’un secours ait pu descendre de Gergovie.

La Roche-Blanche était séparée du camp romain par un vallon de plus de deux kilomètres. Rien n’était plus facile aux Gaulois que d’isoler les deux positions. Mais César installa sur la colline deux légions ; il en fit son petit camp. De l’un à l’autre poste, il fit creuser, parallèlement à l’Auzon, deux tranchées larges de six pieds chacune : une route à demi souterraine relia ainsi ses deux camps, et pouvait en quelques minutes amener les légions d’un point à l’autre.

Une petite ville romaine commençait donc à s’élever au pied de Gergovie. César se décidait, la chose était visible, pour le système de la circonvallation. Il avait achevé le premier secteur de la ligne d’investissement : depuis le lac de Sarlièves jusqu’à La Roche-Blanche, la montagne gauloise était bloquée au Sud-Est par des ouvrages continus. — Mais c’était un quart à peine de sa périphérie, et le plus facile à fermer. César aurait-il le temps, la patience et les hommes pour continuer l’œuvre sur tous les côtés ?

En tout cas, il avait besoin, pour cela, de ramener à lui toutes ses légions, tous ses auxiliaires, de s’assurer d’immenses convois de vivres et de machines. Or, au moment où la première tâche sérieuse du siège était terminée, le service des étapes était désorganisé par la révolte du contingent éduen.

 

6. Première défection des Éduens.

 

César avait décidément commis une faute en réconciliant les deux partis éduens : s’il les avait laissés se battre, il aurait été certain d’en avoir un pour allié. Puis, entre les candidats, il avait eu l’imprudence de choisir le plus jeune. À peine fut-il arrivé et occupé devant Gergovie, que le vergobret Convictolitav, qui lui devait le pouvoir, se déclara contre le peuple romain, et entraîna avec lui l’élite de la jeunesse.

Le proconsul a écrit qu’il avait été acheté par Vercingétorix, et qu’il partagea avec ses complices l’or de la trahison. Mais le vergobret alléguait de très bonnes raisons pour juger le métal arverne plus généreux que la protection romaine. — L’arbitrage de César, dans l’affaire de l’élection, n’était-il pas un outrage au droit et aux lois éduennes ? Le pays, depuis six ans que durait la guerre, s’épuisait pour lui de grains et d’hommes. Nevers était devenu un vaste campement romain. Plus de dix mille Éduens étaient ou allaient être à la merci du proconsul ; devant Gergovie, les plus nobles de leurs cavaliers lui servaient d’otages. Les négociants italiens s’étaient installés aux bons endroits, à Nevers, à Bibracte, à Chalon, et de là pressuraient le pays et monopolisaient les grandes entreprises.

Il n’était point nécessaire des statères d’or de Vercingétorix pour que l’aristocratie éduenne s’aperçût de ces vérités. Mais la multitude s’en rendait moins compte, et ne paraissait pas désireuse de suivre ses chefs contre Jules César. On eut recours à une ruse assez grossière pour la décider.

Un des chefs du complot, Litavicc, fut mis à la tête des dix mille hommes qui étaient prêts pour rejoindre le camp romain. Ses frères prirent les devants pour débaucher les cavaliers qui combattaient devant Gergovie. Litavicc partit avec ses hommes, sans leur rien dire : il escortait un immense convoi de vivres et de bagages destinés à l’armée proconsulaire ; des Italiens, qui se rendaient auprès de César, se placèrent sous sa sauvegarde. Ni Romains ni Gaulois ne se doutèrent qu’ils allaient à la trahison.

À trente milles environ de Gergovie (au passage de l’Allier à Vichy ?), Litavicc s’arrêta plus longuement, et, les larmes aux yeux, annonça aux Éduens que leurs amis, leurs parents ou leurs patrons, ses frères tout comme les autres, avaient été exécutés par ordre de Jules César. Cette race d’hommes, écrit l’auteur des Commentaires, est ainsi faite qu’elle accepte pour vérité la plus fantaisiste rumeur. La foule se hâte de croire Litavicc. Sur un signe de son chef, elle massacre les Italiens et pille le convoi. En quelques heures, la révolte gagnait tout le pays éduen, et partout s’y renouvelaient les scènes du jour de Génabum : les citoyens romains égorgés, expulsés ou réduits en esclavage, et leurs biens saccagés. Alors, excitée par l’appât du butin et la complicité du vergobret, la plèbe accepta de combattre César. Mais les Éduens n’osèrent pas encore toucher à Nevers.

Le coup fait, l’armée de Litavicc reprit sa route, et atteignit Randan, à 25 milles du camp de César. Les Romains, déjà coupés de Nevers, allaient être pris entre les nouveaux venus et l’armée de Vercingétorix.

Mais les chefs de la cavalerie éduenne qui servaient près de César, Eporédorix et Viridomar, jugèrent qu’il n’était pas encore temps pour eux de trahir : peut-être furent-ils jaloux de l’initiative prise par Litavicc. Ils refusèrent d’écouter ses frères, et l’un des deux dénonça le complot au proconsul.

César raconte qu’en apprenant ces nouvelles au milieu de la nuit, il éprouva une profonde angoisse. Mais elle fut courte, et il se sauva, comme déjà si souvent, par la rapidité de ses décisions et de ses actes. Les frères de Litavicc s’enfuirent dans Gergovie, les autres Éduens protestèrent une fois de plus de leur dévouement. Le matin, toute la cavalerie, quatre légions, sans bagages, armés à la légère, partirent avec César sur la route du Nord. Il ne laissa devant Gergovie que deux légions, sous les ordres de son légat C. Fabius : il ne se donna même pas le temps de concentrer les troupes dont il lui confiait la garde. Avant tout, il avait résolu d’arrêter les Éduens, le plus loin possible, et de les arrêter de gré ou de force.

Ce fut moins une marche qu’une course échevelée. Le soleil était encore fort haut, que les Romains avaient parcouru les 25 milles qui les séparaient de Litavicc.

César, bien entendu, ne voulait risquer une bataille qu’à la dernière extrémité. À l’approche des Éduens, il commanda halte à ses légions, et fit avancer sous les regards de l’ennemi, l’arme au repos, les cavaliers de son escorte, et, parmi eux, ces mêmes nobles éduens que Litavicc avait déclarés égorgés par son ordre.

L’effet de ce spectacle fut tel qu’il l’avait prévu. La foule des Éduens passa en un instant d’un sentiment à l’autre, se reconnut trompée par Litavicc, l’abandonna, et acclama César. La victoire était gagnée par le proconsul : il avait frappé un coup de théâtre, la versatilité gauloise fit le reste.

On ne sait trop ce qu’il advint de ces soldats éduens : en tout cas, ils furent mis quelque part en sûreté, sous les ordres de Cavarill et à la disposition de César, qui se fit gloire auprès de leur nation de ne les avoir point massacrés. Litavicc trouva moyen de s’échapper et de rejoindre Vercingétorix ; et c’est à cette occasion que les Romains admirèrent la puissance et la solidarité du clan gaulois : pas un des clients de Litavicc ne refusa de le suivre dans celle extrémité.

César accorda trois heures de repos à ses soldats, à l’entrée de la nuit. Puis il reprit la route de Gergovie. Presque à moitié chemin, il reçut de ses camps et de Fabius de désastreuses nouvelles.

À peine s’était-il éloigné que les troupes de Vercingétorix s’étaient précipitées de la montagne contre les positions romaines. Toute la ligne des camps avait été attaquée, non pas dans une folle tentative d’assaut, mais prudemment, sous la protection de décharges continues de flèches et de traits de tout genre. Il avait fallu que Fabius mit en branle son artillerie, qui avait seule sauvé la situation. Le jour durant, aucun légionnaire n’avait pu quitter les retranchements, trop étendus pour leur petit nombre, alors que les Gaulois lançaient sans cesse des troupes fraîches. Beaucoup de Romains étaient blessés. Le soir, Fabius avait fait ajouter des parapets blindés aux remparts et condamner toutes les portes, sauf deux : car il s’attendait, pour le lendemain, à une nouvelle attaque.

César fit doubler le pas à ses soldats, et put rejoindre Fabius avant le lever du soleil. Il y avait vingt-quatre heures qu’il était parti ; ses soldats avaient fait 75 kilomètres, 50 milles : ce fut leur plus belle marche. Et cette expédition d’un jour, entre Litavicc et Vercingétorix, rappelait aux Romains leur campagne du Métaure, entre Hasdrubal et Hannibal.

Seulement Vercingétorix, à la différence d’Hannibal, refusa de reconnaître son mauvais destin : il se borna, quand il vit César de retour, à ne point bouger de Gergovie.

 

À suivre...

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