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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 05:57

Première partie cliquez ici

 

Les ports fluviaux.

 

Le point de convergence d’une route et d’une voie d’eau constituait une voie privilégié pour établir un port. Là où le courant s’avérait un peu moins rapide –dans un bras de rivière moins actif ou à une confluence par exemple- on consolidait la berge par des lignes de pieux et un quai était construit. Des entrepôts et divers baraquements suffisait souvent à compléter l’installation.

Quelques ensembles portuaires identifiés récemment permettent de compléter ce schéma.

Escale pour les marchandises acheminées vers l’Océan, le port de Lutèce était doté d’un quai maçonné dont trois tronçons seulement sont connus à ce jour.

Découvert en 1980 après l’aménagement de la crypte archéologique sous le parvis de Notre – Dame, ce quai, vraisemblablement construit sous le règne de Tibère (14 – 37), se composait d’un mur robuste coupé tous les six mètres environ par une rampe inclinée pavée de pierres plates. Large de cinq mètres, ces rampes ménageaient une succession d’accès directs à la Seine.

Du port fluvial d’Amiens n’ont été reconnues jusqu’à présent que quelques traces d’aménagements, localisées sur le tracé antique de l’Avre, affluent de la Somme. Une ligne de gros blocs consolidait la rive tandis que le remblai de la berge était stabilisé par une double rangée de pieux, dont l’une, la plus éloignée de l’eau, était disposée en quinconce. Plus en arrière un plancher était soutenu par un réseau de rondins horizontaux maintenus par des pieux.

Ces éléments lacunaires sont heureusement complétés par des découvertes comme celles de Lazenay dans les faubourgs de Bourges en 1974 et surtout de Pommeroeul en Belgique en 1975.

Le bassin du port de Bourges était établi dans un bras mort de la rivière d’Auron. Aménagé perpendiculairement au cours d’eau, il offrait une largeur de quinze mètres environ et se développait sur une longueur d’une centaine de mètres. Le fond argileux en avait été soigneusement nivelé. Le mur du quai, haut d’un mètre cinquante, présentait une armature parfaite de pieux verticaux enfoncés tous les deux mètres et d’une double séries de poutres horizontales, assemblés par des tenons et des mortaises. Les intervalles entre les pièces de bois étaient comblés par des moellons disposés régulièrement sans mortier. Des niches s’ouvraient dans le parement, destinées vraisemblablement à briser les vaguelettes et à favoriser l’écoulement des eaux venues de la berge. Cette installation portuaire construite au début du Ier siècle, devait dépendre d’un grand domaine. Son trafic portait essentiellement sur les matériaux de construction et d’ornementation, marbre notamment, mais aussi sur les denrées pondéreuses, céréales par exemple.

Le port fluvial de Pommerœul fut implanté sur un bras de la rivière Haine, un affluent de l’Escaut. Les fouilles ont mis en évidence les travaux de consolidation de la berge. On disposa des planches horizontales maintenues par des pieux verticaux. Mais la poussée des terres fut telle que le dispositif fut bientôt détruit et, prenant appui sur la rive, un débarcadère fut établi. Barrant presque toute la passe il couvrait une surface de six mètres sur quinze et se composait d’une plate-forme en planche supportées par huit poutres horizontales, qui reposaient sur la berge et sur de robustes pieux équarris. Les objets recueillis dans les alluvions ont permis de préciser que le trafic de ce port, (dont la période d’activité s’échelonne entre le milieu du Ier siècle et la fin du IIIe) portaient principalement sur les peaux, les produits finis en cuir, chaussures notamment, la houille, les matériaux de construction, la tourbe et les productions agricoles des villas avoisinantes.166.jpg

 

Des très nombreux établissements analogues ponctuaient les cours des fleuves et des rivières. Au nombre des mieux connus figurent notamment les ports de Lyon, dont les celliers voûtés et le quai dallé soutenues par plusieurs rangées de pilotis furent mis au jour dès 1740, de Chalon-sur-Saône, de Cologne et de Genève. Ce dernier, construit sur la rive gauche du lac, n’offrait pas moins de trois bassins, in quai, un ponton d’embarquement, et des brise-lames au large. Genève bénéficiait d’ailleurs d’un second port que bureaux et entrepôts de la douane séparaient du premier.

 

Source : Les Gallo-romains, Gérard Coulon éd. Armand Collin

Image : Port de Ratianum (Loire-Atlantique) www.reze.fr

Excellent article sur la découverte du port de Ratianum : Cliquez ici

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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 07:20

             Vercingétorix

 

     Chapitre XIX - Soumission de la Gaule et mort de Vercingétorix.

 

1. César se réconcilie avec les Éduens et les Arvernes.

 

Vercingétorix aux mains de César, les destinées de la Gaule s’accomplirent rapidement. Il ne restait au proconsul qu’à ramener à lui ses anciens amis, et à punir les obstinés.

Il bénéficia d’abord de nombreuses défections. Si la Gaule ne connut pas alors la trahison brutale, celle qui livre à l’ennemi le corps du chef, elle vit celle qui désavoue l’allié vaincu, qui renie ses sentiments et ses espérances.

Après Vercingétorix, les autres chefs assiégés se donnèrent à leur tour, les armes furent apportées, et César opéra la mainmise du vainqueur sur tous les hommes et sur toutes les choses qui se trouvaient dans Alésia.

Il avait accepté, sans le dire peut-être expressément, que Vercingétorix servit de victime expiatoire aux deux principales nations. Car il se hâta de faire un triage parmi ses prisonniers : il réserva le sort des Arvernes et des Éduens, hommes et chefs, au nombre d’environ 20.000. Le reste des vaincus furent distribués comme esclaves entre les soldats de toute l’armée : le moindre combattant put avoir son captif.

Les Éduens et les Arvernes étaient prêts à tout pour recouvrer la liberté et quelque chose de plus. Par leur intermédiaire, César n’eut pas de peine à s’entendre avec leurs compatriotes de Gergovie et de Bibracte. Il se rendit chez les Éduens, il y reçut l’hommage public de leur peuple, il y accueillit les députés arvernes, qui se mirent à sa merci : j’imagine qu’Épathnact, le très grand ami du peuple romain, était parmi ces derniers. Aux uns et aux autres il restitua leurs concitoyens pris dans les combats et lors de la reddition d’Alésia, renonçant à exercer sur eux et sur leur nation les droits de la victoire. Lui-même s’établit au Mont Beuvray, quartier général, pendant l’été, de la Gaule soulevée, et pendant l’hiver, de César vainqueur. À Rome, on remercia les dieux par vingt jours d’actions de grâces.

Les deux nations qui avaient dirigé la lutte se retrouvèrent dans la même situation politique qu’il y avait un an. Les Éduens redevinrent les alliés du peuple romain, et recouvrèrent leur clientèle et leur autorité dans la Gaule : César les inscrira à nouveau parmi les cités fédérées de l’Empire, à côté des Rèmes et des Lingons. Il déclarera les Arvernes une cité libre, il ne toucha pas à son épée, consacrée aux dieux gaulois dans un de leurs temples, et les anciens sujets ou rivaux de Vercingétorix purent se croire deux fois autonomes, parce qu’ils ne devaient ni l’obéissance à un roi ni le tribut au peuple romain.

Mais cette alliance entre Éduens et Romains, cette liberté des Arvernes étaient, l’année précédente, sinon réelles, du moins encore apparentes. Désormais, elles ne seront même pas précaires, et ces mots ne valent plus que comme les formules les plus élégantes de l’incorporation à l’empire.

 

2. Organisation de la résistance par les chefs patriotes.

 

 À l’honneur de la Gaule, ce double exemple ne fut pas suivi par la majorité des tribus. Les survivants des amis de Vercingétorix étaient décidés à tenir encore. De nouveaux pourparlers s’engagèrent entre les chefs et entre les cités.

On répétait de plus en plus que César arriverait dans quelques mois au terme de son commandement ; et, si les vaincus avouaient que toute lutte d’ensemble ne pouvait finir que par l’écrasement de la Gaule, ils espéraient encore venir à bout de leur adversaire en le forçant à disséminer ses légions : qu’on lève partout des armées, qu’on suscite la guerre sur tous les points, qu’on allume des incendies de toutes parts, et le proconsul, affamé et éperdu dans un pays saccagé, n’aura ni le temps, ni les troupes, ni les vivres nécessaires pour réduire à l’impuissance un ennemi insaisissable. Qu’il ne fût pas dit que la Gaule eûtambiorix2.jpg manqué de constance avant d’avoir manqué d’hommes.

C’était le meilleur des plans de Vercingétorix que reprenaient ses anciens auxiliaires : le Cadurque Lucter, le Sénon Drappès, l’Aude Dumuac, Gutuatr le Carnute, Sur l’Éduen, Comm l’Atrébate, sans parler du chef des Bellovaques Correus et de l’Eburon Ambiorix, toujours vivant.

Quatre groupes de combattants se dessinèrent dans le cours de l’hiver.

Au Nord, dans le bassin de Paris, les Bellovaques, sur l’ordre de Correus, se levèrent en masse, et furent rejoints par les Ambiens, les Atrébates, les Calètes, les Véliocasses et les Aulerques : Belges et Celtes fraternisèrent. Comm apporta à cette armée l’appui de son expérience, et se chargea notamment de lui assurer quelques auxiliaires germains pour tenir tète à ceux de César. — Au Nord-Est, les Trévires, chez qui Sur s’était réfugié, firent leur paix avec les Germains, et acceptèrent leur concours : peu importait aux Transrhénans de combattre tour à tour les Romains et les Gaulois. De ce côté, Ambiorix avait encore reparu. — Au Centre, Dumnac assiégeait Poitiers, toujours fidèle aux Romains. Il avait une assez nombreuse armée, et se sentait soutenu par les Carnutes, les Bituriges et les peuples de l’Armorique. — Au Sud enfin, Lucter et Drappès organisaient la résistance dans les régions du Limousin et du Quercy, ce qui n’était pas sans danger pour la province romaine elle-même.

Les huit chefs que nous venons de citer, donnèrent, par leur persévérance, un démenti au jugement que César avait porté sur les Gaulois, et que d’ailleurs Alésia avait confirmé : Toujours prêt à entrer gaiement en campagne, ce peuple faiblit dès qu’il s’agit de résister au malheur. Ceux-là du moins, quoique appartenant aux nations les plus diverses, surent imiter Vercingétorix, et demeurer fidèles à leur cause jusqu’à la prison ou à la mort.

 

3. Campagnes de 51. Destinées des différents chefs.

 

Mais leur plan échoua. D’abord parce que les cités, comme les Bituriges avant le siège d’Avaricum, ne firent pas les sacrifices nécessaires. Ensuite parce que César ne donna pas aux chefs le temps de se concerter : débarrassé de Vercingétorix, il redevint ce « prodige de célérité » qu’admirait Cicéron.

Il rentra en campagne trois mois après la chute d’Alésia, le 25 décembre 52. Deux incursions rapides chez les Bituriges et les Carnutes décidèrent ceux-là à se soumettre, ceux-ci à se disperser. Gutuatr ne fut pas pris, mais César laissa deux légions à Génabum, et les conjurés du Centre et du Sud, Dumnac, Drappès et Lucter, furent séparés de Comm et de la ligue bellovaque.

César se tourna alors contre ces derniers. Comm, Correus et leurs alliés firent tout ce qui était humainement possible pour n’être point vaincus. Ils suivirent les leçons de Vercingétorix, ils rompirent avec toutes les habitudes de la témérité barbare, choisissant pour leurs camps des positions imprenables, essayant d’affamer leur adversaire, fuyant les grandes batailles, évitant d’être bloqués, recourant même à d’assez bons stratagèmes. Mais à la fin le proconsul put les contraindre à combattre, c’est-à-dire à se faire vaincre, et Correus, ne voulant pas se livrer, s’arrangea de manière à se faire tuer. Comm échappa, ainsi que toujours, et il recula vers le Nord avec ses cavaliers, essayant peut-être de donner la main aux combattants de la Meuse et de la Moselle.

Ceux-ci eurent affaire tour à tour à César et à Labienus. Le premier brûla et pilla une fois de plus le pays éburon : mais Ambiorix fut introuvable. Labienus, plus heureux que son proconsul, battit sérieusement les Trévires et les Germains, et s’empara des chefs, y compris Sur l’Éduen. Les rangs des patriotes s’éclaircissaient rapidement.

Les combats furent aussi nombreux et aussi graves au centre et au sud de la Gaule, où commandaient deux légats de César. Celui de la Loire, le méthodique C. Fabius, procéda avec ordre. Il eut raison des troupes de Dumnac, dans une bataille, montra les légions romaines une fois encore aux Carnutes, et reçut la soumission de l’Armorique. Mais lui aussi ne put saisir son principal adversaire : Dumnac s’enfuit très loin, et disparut au Nord-Ouest vers la fin des terres gauloises.

C. Caninius Rébilus, dans la vallée de la Dordogne, eut en face de lui les deux plus aventureux compagnons d’armes de Vercingétorix, Drappès et Lucter. Ils avaient réuni à eux les bandes fugitives, conçu l’audacieux projet de prendre l’offensive dans la Narbonnaise même, et d’y faire cette guerre de pillages et de vengeances que Vercingétorix avait tenté deux fois d’y soulever. Rébilus parvint à les entraver ; ils gagnèrent alors Uxellodunum sur la Dordogne, avec la même dextérité que leur ancien chef s’était réfugié dans Gergovie.

Uxellodunum était imprenable de vive force. Pour n’avoir point à redouter un blocus, les deux chefs se hâtèrent d’y accumuler les vivres. Lucter pensait sans cesse au sort d’Alésia, qu’il avait failli partager : elle avait été vaincue autant par la faim que par les armes. Et, avec une continuité de confiance qui le distingue des autres Gaulois, il espérait, s’il échappait à la famine, échapper aussi aux Romains, et peut-être même, par la force de son exemple, décider la Gaule à résister jusqu’au départ de César. Par malheur, il se laissa vaincre par le légat et rejeter hors de la place. Drappès à son tour fut battu et pris. Mais les défenseurs d’Uxellodunum ne se découragèrent pas, aussi tenaces que leurs chefs. Alors César arriva.

La marche de César, depuis la Meuse jusqu’à la Dordogne, marqua la Gaule d’une traînée sanglante. Chez les Carnutes, visités une troisième fois de l’année par les armées romaines, il put enfin, après une étonnante chasse à l’homme, mettre la main sur Gutuatr. Lui et ses légions avaient à tout prix besoin, pour être en règle avec les dieux de Rome, du corps de l’homme qui avait donné le signal de la lutte à toute la Gaule et à Vercingétorix lui-même. L’exécution du chef carnute fut faite en vue de toute l’armée, et il semble que César ait permis à chaque soldat de prendre un peu du sang de celui qui avait versé le premier sang romain. Il fut battu de verges par tous ceux qui se présentèrent, et il n’était guère plus qu’un cadavre quand on se décida à le frapper de la hache.

À Uxellodunum, César, ne pouvant recourir à la force ou à la famine, essaya d’un moyen plus sûr encore, la soif. Il bloqua par une terrasse l’accès de la principale source, il la capta ensuite par des conduits souterrains. Les défenseurs de la ville, se sentant, comme Vercingétorix dans Alésia, abandonnés par leurs dieux, se rendirent à César. Il leur lit couper les mains, et les renvoya, vivants et libres, et montrant par toute la Gaule leurs bras mutilés, signe indélébile de la vengeance du peuple romain. Drappès, qui était prisonnier, se laissa mourir de faim ; Lucter fut pris par l’Arverne Épalhnact, qui le livra à César.

Comm, Dumnac et Ambiorix restaient encore. Connu battit les routes jusqu’à l’hiver, harcelant les convois des Romains, espérant toujours amener quelque révolte et voir poindre quelque allié. Mais, quand il fut presque seul, traqué de toutes parts, il parut se lasser et se rendre, assez habile d’ailleurs pour obtenir la vie et la liberté. Il finit par regagner davantage : car de tous les chefs gaulois que connut César, ce fut celui qui avait l’esprit le plus fertile en ressources. Il put s’évader de la surveillance où le tenaient les Romains ; il s’embarqua pour la Bretagne ; il échappa, par une dernière ruse, à la poursuite des vaisseaux ennemis que commandait, disait-on, César lui-même. Il trouva dans l’île quelques amis, y fut rejoint par des Atrébates, et réussit à fonder un peuple sur les bords de la Tamise, que son fils gouverna plus tard comme roi. Des survivants de la conjuration de 52, Comm fut le seul qui parvint à demeurer à la fois chef de tribu et libre de l’étranger. Dumnac et Ambiorix ne gardèrent l’indépendance qu’à la condition de se cacher, aux deux extrémités opposées de la Celtique, celui-là peut-être en Armorique, celui-ci en Flandre. La Gaule put encore offrir, dans ses plus lointains marécages, un inviolable asile aux derniers émules de Vercingétorix.

 

À suivre...

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1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 07:52

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Un héritage. Un village antique. Une malédiction mystérieuse. C'est le sujet du jeu de rôles d'aventure de "Travianer" qui enlèvent le joueur dans un monde fantastique et excitant plein de défis et d'énigmes.

Le mystère centrale de "Travianer", c'est cette malédiction qui laissent vieillir tous lesTravianer2 membre de la famille avant l'âge. Le joueur se met en route pour en savoir plus - et peut-être même pour vaincre cette malédiction. En chemin, il explore l'immense pays, rencontre des êtres étranges ainsi que le gentil cochon voyageur et peu à peu, il se rapproche du terrible secret de sa famille.

À côté des nombreuses missions, la vie quotidienne des habitants du village occupe notre joueur: Récolter les matériaux, choisir un métier (par ex. Cultivateur, meunier ou forgeron), aménager sa propre maison, faire du commerce sur le marché, participer à des minijeux dans la taverne, prouver son courage en combattant dans l'arène …

Tout cela ne procure pas seulement du plaisir, le propre caractère de jeu gagne aussi de l'expérience, gravit de nouveaux niveaux et gagne de nouvelles capacités. Et le plus important: On est jamais seul, chacun fait partie d'une grande communauté avec des guildes et des chats passionants.Travianer13.jpg


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30 septembre 2012 7 30 /09 /septembre /2012 16:25

              Vercingétorix

 

     Chapitre XVIII - Vercingétorix se rend à César.

 

4. Motifs supposés de cette résolution.

 

— S’il quittait Alésia, même pour recommencer la guerre, il paraîtrait s’enfuir, craindre le combat, la défaite et la mort. Et il livrerait à l’impitoyable rancune de César ceux qui survivaient de l’armée assiégée : je parle des soldats et non des chefs. Ces Gaulois étaient les insurgés de la première heure ; ils avaient combattu avec lui devant Avaricum, dans Gergovie, autour d’Alésia ; il les avait formés : ils étaient à la fois ses hommes et son œuvre. Qu’il les abandonnât ou qu’il les conduisit à l’assaut, il les offrait également à la mort. Il n’en avait pas le courage.

— Puis, au delà des lignes de César, qu’aurait-il trouvé ? Vercingétorix ne savait rien de précis sur ce qui s’était passé dans le reste de la Gaule. Il avait vu venir des hommes, il les avait vus se battre en vain pendant quelques jours, il les avait vus s’enfuir : il ignorait quel appui et quel accueil il rencontrerait hors d’Alésia, et s’il ne se heurterait pas à quelque parti de traîtres ou de lâches prêts à le vendre froidement. Son compatriote, l’Arverne Épathnact, ne fera-t-il pas présent à César, l’année suivante, de Lucter enchaîné ?

— De quelque manière qu’il tombât entre les mains de César, ce dernier le ferait mourir. Il avait trop souvent arraché la victoire à cet orgueilleux de vaincre pour être pardonné de lui. La clémence de César n’était pas encore un de ces axiomes qui courent le monde au profit d’une ambition. Ambiorix traqué, Dumnorix égorgé, Acco exécuté, le sénat vénète massacré par ordre, l’incendie de Génabum, la tuerie des vieillards, des femmes et des enfants bituriges : voilà les exemples qu’on avait en ce moment de la manière habituelle du proconsul. Quant au peuple romain, il avait pu respecter la vie de grands rois comme Bituit ou Persée : mais Vercingétorix n’était qu’un roi d’occasion, et il devait connaître dans l’histoire du monde les morts d’Hannibal et de Jugurtha, les ennemis de Rome auxquels il ressemblait le plus.

— Je ne dis pas qu’il eût peur de mourir, ni de faim, ni sur le champ de bataille, ni dans la prison de César. Mais au moins pouvait-il faire que sa mort ne fût pas inutile à son peuple.

— S’il aimait vraiment ses hommes, il n’était pas sans défiance à l’égard des chefs de son conseil. Il n’en avait dompté quelques-uns que par la crainte des supplices. D’autres l’avaient accusé de trahison. Il y en avait qui, avant l’arrivée des secours, avaient parlé de se rendre. Il n’était pas sûr qu’il obtint d’eux une dernière bataille, qui leur couperait l’espoir, soit de vivre encore, soit de se faire pardonner par César. Qui sait même s’ils ne prendraient pas les devants en le livrant de leurs propres mains ? De ces chefs, les uns étaient des Arvernes, auxquels il avait imposé sa royauté, les autres étaient des Éduens, qu’il avait soumis à la suprématie de sa nation. L’heure de la patrie défaite est propice aux vengeances des partis politiques.

— Mieux valait qu’il mourût en s’offrant lui-même à César, de manière à épargner à la Gaule d’autres morts ou de nouvelles hontes, et à lui réserver, si elle voulait une revanche, le plus d’espérances et le plus de ressources.

— En se livrant au proconsul, il ne faisait, somme toute, que rendre justice à lui-même et à son rival. Il était vaincu et bien vaincu. Il avait combattu jusqu’au bout avec vaillance et intelligence : mais la légion romaine était plus brave que la tribu gauloise, et Jules César s’était montré général meilleur et plus heureux que lui. Vercingétorix dut avoir pour l’homme qui l’avait battu ce respect sincère et naïf que d’autres Gaulois témoignèrent à leurs vainqueurs.

— Mais il était vaincu, non pas seulement par un homme, mais par les dieux. Ce n’était pas en vain que Jules César avait un génie familier, cette Fortune qui ne l’avait jamais trahi, même au pied de Gergovie, même sur la croupe d’un cheval gaulois : si elle lui avait fait perdre son épée, elle lui avait rendu la victoire.

— Où étaient au contraire les dieux gaulois, Teutatès et les autres, auxquels Vercingétorix avait donné de si précieuses victimes ? Le roi des Arvernes avait le droit de croire qu’ils ne communiaient plus avec lui, et qu’ils regardaient avec complaisance vers les camps du peuple romain. L’étrange et rapide aventure qui venait de finir était l’ouvrage, moins des desseins des hommes que d’une volonté divine.

— Pour prix du salut des mortels, les dieux de sa race exigeaient la vie d’autres mortels. Les pires dangers menaçaient la Gaule : elle avait besoin d’offrir la plus illustre victime.

— Son premier et son dernier acte, comme chef de la Gaule, s’adresseraient donc aux dieux. Il avait commencé la guerre par des sacrifices humains, il la terminerait de même. 


Et Vercingétorix, pensant peut-être toutes ces choses, résolut de se sacrifier lui-même, et de disparaître, non pas seulement en beau joueur qui s’avoue vaincu, mais aussi en victime expiatoire prenant la place d’une armée et d’une ville condamnées par leurs dieux.

 

5. Déclarations de Vercingétorix à son conseil.

 

Le lendemain de la défaite, il convoqua pour la dernière fois le conseil des chefs, et leur fit part de ses volontés suprêmes.

« Il rappela d’abord que, s’il avait voulu la guerre contre Rome, ce n’était point par intérêt personnel : sa seule ambition avait été de rendre la liberté à tous les peuples de la Gaule.

« Les destins étaient accomplis. Il n’avait plus qu’à s’incliner devant la Fortune, qui protégeait César.

« Pour satisfaire les Romains, il fallait que l’homme qui avait été le chef de la guerre en fût aussi la victime. Il était prêt à se dévouer pour le salut de tous.

« Il leur laissait seulement le choix du sacrificateur. Ils pouvaient le tuer : ils n’auraient plus qu’à envoyer sa tête à César. S’ils le préféraient, il se laisserait livrer vivant par eux. Quoi qu’ils décidassent, il ne s’appartenait plus. »

L’Arverne avait bien jugé tous ces hommes. La parole de Critognat ne les avait excités qu’un jour ; la fièvre du combat passée, épuisés par la fatigue et la faim, ne voyant de toutes parts que la mort, ils n’avaient même plus le courage de la chercher eux-mêmes. Vercingétorix leur faisait entrevoir l’espérance d’avoir la vie sauve. Il leur offrait ce qu’ils souhaitaient tout bas. Ils succombèrent à la tentation, peut-être moins par lâcheté que par incapacité de vouloir. Et ce ne fut pas Vercingétorix qui rendit Alésia, mais les chefs qui livrèrent leur roi.

Ils acceptèrent, sans hésiter, le projet de reddition. Des parlementaires furent envoyés à César. Il rappela les conditions ordinaires : apporter les armes, amener les chefs. La vie fut promise sans doute à tous, la liberté à quelques-uns : mais Vercingétorix devait se rendre sans condition. La cérémonie de la capitulation fut fixée, semble-t-il, au jour même.

 

6. Préparatifs de la reddition.

 

Les Romains étaient d’admirables metteurs en scène. Ils recherchèrent toujours les spectacles qui frappaient l’imagination de leurs alliés et des vaincus, et qui servaient parfois autant qu’une victoire à leur assurer l’empire. L’histoire de la conquête de la Gaule se résume presque dans deux scènes d’une incomparable grandeur : le trophée élevé par Marius, la reddition de Vercingétorix à César.

Après la bataille d’Aix qui sauva la Gaule de l’invasion germanique (automne 102), Marius amassa en un monceau colossal les dépouilles des Barbares vaincus. Le trophée se dressait dans la large plaine de l’Arc, qu’encadraient de hautes montagnes couvertes de forêts et peuplées de dieux. L’armée faisait cercle autour du bûcher, toute couronnée de fleurs. Marius, vêtu de pourpre, levait des deux mains vers le ciel la torche enflammée. Un silence profond régnait autour de lui : tandis qu’à l’Orient se montraient, bride abattue, les cavaliers venus d’Italie qui allaient saluer le vainqueur, au nom du sénat et du peuple romain, du titre de consul pour la cinquième fois.

Un demi-siècle après (automne 52), le neveu et le véritable héritier de Marius, Jules César, le lendemain du jour où il avait donné toute la Gaule à ce même peuple romain, présenta aux dieux de sa patrie, non plus un grossier butin de bois et de métal, mais le plus noble trophée d’une victoire, le roi et le chef même de ceux qu’il avait vaincus.

Devant le camp, à l’intérieur des lignes de défense, avait été dressée l’estrade du proconsul, isolée et précédée de marches, semblable à un sanctuaire. Au-devant, sur le siège impérial, César se tenait assis, revêtu du manteau de pourpre. Autour de lui, les aigles des légions et les enseignes des cohortes, signes visibles des divinités protectrices de l’armée romaine. En face de lui, la montagne que couronnaient les remparts d’Alésia, avec ses flancs couverts de cadavres. En arrière et sur les côtés, les longues barrières des retranchements, où les deux brèches faites par l’ennemi semblaient de ces blessures qui rendent plus glorieux les corps des vainqueurs. Comme spectateurs, quarante mille légionnaires debout sur les terrasses et les tours, entourant César d’une couronne armée. À l’horizon enfin, l’immense encadrement des collines, derrière lesquelles les Gaulois fuyaient au loin.

Dans Alésia, les chefs et les convois d’armes se préparaient : César allait recevoir, aux yeux de tous, la, preuve palpable de la défaite et de la soumission de la Gaule.

Vercingétorix sortit le premier des portes de la ville, seul et à cheval. Aucun héraut ne précéda et n’annonça sa venue. Il descendit les sentiers de la montagne, et il apparut à l’improviste devant César.vercingetorix-before-caesar-henri-paul-motte.jpg

Il montait un cheval de bataille, harnaché comme pour une fête. Il portait ses plus belles armes ; les phalères d’or brillaient sur sa poitrine. Il redressait sa haute taille, et il s’approchait avec la fière attitude d’un vainqueur qui va vers le triomphe.

Les Romains qui entouraient César eurent un moment de stupeur et presque de crainte, quand ils virent chevaucher vers eux l’homme qui les avait si souvent forcés à trembler pour leur vie. L’air farouche, la stature superbe, le corps étincelant d’or, d’argent et d’émail, il dut paraître plus grand qu’un être humain, auguste comme un héros : tel que se montra Decius, lorsque, se dévouant aux dieux pour sauver ses légions, il s’était précipité à cheval au travers des rangs ennemis.

C’était bien, en effet, un acte de dévotion religieuse, de dévouement sacré, qu’accomplissait Vercingétorix. Il s’offrit à César et aux dieux suivant le rite mystérieux des expiations volontaires.

 

7. Cérémonial de la reddition de Vercingétorix.

 

 

Il arrivait, paré comme une hostie. Il fit à cheval le tour du tribunal, traçant rapidement autour de César un cercle continu, ainsi qu’une victime qu’on promène et présente le long d’une enceinte sacrée. Puis il s’arrêta devant le proconsul, sauta à bas de son cheval, arracha ses armes et ses phalères, les jeta aux pieds du vainqueur : venu dans l’appareil du soldat, il se dépouillait d’un geste symbolique, pour se transformer en vaincu et se montrer en captif. Enfin il s’avança, s’agenouilla, et, sans prononcer une parole, tendit les deux mains en avant vers César, dans le mouvement de l’homme qui supplie une divinité.

Les spectateurs de cette étrange scène demeuraient silencieux. L’étonnement faisait place à la pitié. Le roi de la Gaule s’était désarmé lui-même, avouant et déclarant sa défaite aux hommes et aux dieux. Les Romains es sentirent émus, et le dernier instant que Vercingétorix demeura libre sous le ciel de son pays lui valut une victoire morale d’une rare grandeur.72286_full_1024x682.jpg

Elle s’accrut encore par l’attitude de César : le proconsul montra trop qu’il était le maître, et qu’il l’était par la force. Il ne put toujours, dans sa vie, supporter la bonne fortune avec la même fermeté que la mauvaise. Vercingétorix se taisait : son rival eut le tort de parler, et de le faire, non pas avec la dignité d’un vainqueur, mais avec la colère d’un ennemi. Il reprocha à l’adversaire désarmé et immobile d’avoir trahi l’ancien pacte d’alliance, et il se laissa aller à la faiblesse des rancunes banales.

Puis il agréa sa victime, et donna ordre aux soldats de l’enfermer, en attendant l’heure du sacrifice.

 

À suivre...

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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 07:03

Royaume anglo-saxon le plus proche du Continent en relation avec le port de Quentovic. Lorsque la princesse Berthe, fille de Caribert, épousa celui qui allait devenir le roi du Kent Æthelberht, elle amena avec elle son chapelain l’évêque Luidhard. Elle restaura une église chrétienne à Cantorbéry, qui datait de l'époque romaine, la dédia à Saint Martin de Tours, puis y installa Luidhard.

C’est sur l’emplacement de cette chapelle que se trouve aujourd’hui l’église Saint-Martin de Cantorbéry


Æthelberht semble avoir dominé l’Angleterre en son temps : Bède le Vénérable le mentionne comme le troisième roi à exercer l’imperium sur les autres royaumes anglo-saxons, et la Chronique anglo-saxonne lui attribue le titre de bretwalda, ou « souverain de Bretagne ».


C’est peut-être l’influence de Berthe qui incita le pape Grégoire le Grand à envoyer leAugustine_Preaching_Before_King_Ethelbert.jpg moine Augustin évangéliser la Grande-Bretagne. Augustin arrive dans le Kent en 597 à la tête de la mission grégorienne. Peu de temps après, Æthelberht reçoit le baptême. Des églises sont alors fondées et sont suivies de conversions massives dans le royaume. Le roi pourvoit dès lors la nouvelle église de terres à Cantorbéry étroites, où est fondée la future abbaye Saint-Augustin.


Des relations étroites avaient cours entre le Kent et les Francs. Il existait un commerce de produits de luxe. Des sépultures du Kent ont livré des vêtements, des récipients et des armes qui reflètent l’influence culturelle des Francs. Elles révèlent une plus grande gamme de produits importés que celles des autres régions anglo-saxonnes, ce qui n’est guère surprenant, la situation du royaume lui permettant de commercer plus facilement avec le continent. En outre, les objets trouvés dans les tombes sont plus précieux et plus nombreux dans les tombes du Kent, impliquant une plus grande richesse matérielle, issue du commerce. L’influence franque apparaît également dans l’organisation sociale et agraire du Kent.

 

 

Sources : Pierre Riché, Dictionnaire des Francs (Les temps Mérovingiens) éd. Bartillat  - Barbara Yorke, Kings and Kingdoms of Early Anglo-Saxon England éd. Routledge  -  Frank Stenton, Anglo-Saxon England, éd. Clarendon Press

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26 septembre 2012 3 26 /09 /septembre /2012 07:28

             Vercingétorix

 

      Chapitre XVIII - Vercingétorix se rend à César.

 

1. Dernière défaite de l’armée de secours.

 

Vercingétorix put, pendant la nuit, établir le bilan de la défaite.

Ce qu’il avait éprouvé lui-même et ce que ses hommes avaient vu du haut des remparts, signifiait qu’Alésia était perdue. Trois fois il s’était heurté aux lignes de la plaine, sans avoir pu entamer la terrasse ; il l’avait ouverte enfin sur les lignes d’en haut, mais les légionnaires avaient fermé la brèche de leurs propres corps, et aucun allié du dehors n’était apparu sur ce point pour le soutenir et pour prendre à dos ses adversaires. Ilvercingetorix21.png était évident pour lui, non seulement que toute la Gaule ne s’était point levée à son ordre, mais que, de ceux qui étaient venus, les deux tiers n’avaient point bougé à ses cris. Vercingétorix devina peut-être, à cette absence des uns, un refus d’obéir, à cette abstention des autres ; un abandon pire qu’une trahison. Les seules troupes qu’on avait vues faire leur devoir, celles de son cousin Vercassivellaun, avaient été écrasées, et c’était de leurs dépouilles que se jonchaient à cette heure les camps de César.

Ce que Vercingétorix ignorait du désastre était plus considérable encore, et engageait les destinées de la Gaule après celles d’Alésia. César, le soir de l’assaut, avait vigoureusement pressé les fuyards, et ses cavaliers en firent un tel carnage que bien peu d’hommes purent regagner sains et saufs les camps gaulois. Sédulius, chef de guerre et magistrat des Lémoviques, fut tué ; Vercassivellaun fut pris vivant dans la fuite ; 74 enseignes de tribus furent apportées à César.

Restaient les 190.000 hommes qui n’avaient point donné ce jour-là. Il ne semble pas qu’ils se soient beaucoup aventurés hors de leurs camps. Ils y revinrent à la première alerte. Ils s’en échappèrent au premier bruit de la défaite. Si les soldats de César n’avaient pas été brisés de fatigue, après avoir passé la journée entière à marcher ou à combattre, ils auraient pu détruire ou prendre leurs adversaires jusqu’au dernier corps.

Cependant, le proconsul ne renonça pas tout à fait à cette espérance. Il laissa s’écouler dans le repos les premières heures de la nuit ; vers minuit, il envoya ses cavaliers et 3.000 fantassins pour couper la route aux dernières bandes en retraite. Lui-même se mit à leur poursuite avec d’autres troupes, au lever du jour. Quand les Gaulois l’aperçurent en si petit équipage, ils eurent un moment l’illusion de la revanche, et l’accueillirent, dit-on, avec des éclats de rire. Mais ce ne fut que la joie d’un instant : les autres Romains arrivaient par derrière, leurs ennemis perdirent la tête, et ne leur laissèrent plus que la peine de prendre ou de tuer. Ce fut, raconta-t-on plus tard, la plus vaste boucherie de Gaulois que César eût ordonnée en huit ans.

Ceux qui échappèrent, et notamment les principaux chefs, se hâtèrent de se séparer, gagnant, chacun de son côté, les refuges de leurs cités ou de leurs clans. La grande armée de la Gaule s’était évanouie et dissipée, comme le spectre d’une nuit de cauchemar.

 

2. De la possibilité de continuer la lutte. Les chefs survivants.

 

Mais, si l’effort collectif du nom celtique était à jamais rompu, si aucun chef ni aucune nation n’étaient désormais capables de grouper toutes les volontés en un seul corps, il était encore possible d’organiser, dans presque toutes les cités de la Gaule, de belles résistances, comme l’avait fait Ambiorix en 53 dans les forêts marécageuses du pays éburon.

Sans doute, c’en était fait du patriotisme public des deux plus grands peuples, les Arvernes et les Éduens. Vercassivellaun pris, Vercingétorix près de l’être, les autres chefs arvernes du dehors ne songeaient plus qu’à se rendre aux meilleures conditions, et à se retrouver tranquilles et considérés comme au temps de Cobannitio. Les Éduens, et parmi eux Viridomar et Éporédorix, espéraient la même chose, et une autre encore : regagner, avec la faveur de César, l’hégémonie qu’il avait une première fois donnée à leur peuple. Les patriotes ne pouvaient compter sur les refuges de Gergovie et de Bibracte, presque déjà promis au vainqueur par la pensée des chefs. Mais Vercingétorix avait, en ses amis, une monnaie d’excellent aloi, et les places fortes du plateau central offraient d’imprenables réduits aux dernières résistances.

Lucter, le chef cadurque, était vivant, et il possédait, sur l’autre versant des monts arvernes, la ville et le puy d’Uxellodunum (Issolu près Vayrac ?), qui valait presque Gergovie. Dumnac, le chef des Andes, Gutuatr, celui des Carnutes et l’homme de Génabum, d’autres en Armorique, étaient décidés à ne point poser les armes. Le Sénon Drappès, qui ne faisait qu’un avec Lucter, était prêt à toutes les folies. Les Bituriges hésitaient à se soumettre. Même les Éduens étaient représentés, dans ce groupe d’indomptables, par un des leurs, Sur, qui fuyait vers les Trévires pour pouvoir combattre encore. Car les Trévires étaient toujours à réduire, et les Bellovaques étaient plus que jamais désireux de faire la guerre en leur nom : leur chef Correus, qui avait une haine implacable du nom romain, ne reculerait pas devant la levée en masse de son peuple, et ses voisins, Ambiens d’Amiens, Atrébates d’Arras, Calètes du pays de Caux, Véliocasses de la basse Seine, étaient disposés à se joindre à lui. Les Aulerques eux-mêmes n’étaient pas brisés par la mort de Camulogène et la défaite de Paris. Comm l’Atrébate était sain et sauf, entêté dans son serment, et il avait, comme on sait, des amis dans tout le Nord. Les Gaulois pouvaient, par delà l’Océan, appeler à leur secours leurs frères de Bretagne, comme ils l’avaient déjà fait. Il leur restait aussi la ressource de se payer des Germains contre César : Comm se faisait fort de lever des hommes chez les peuples du Rhin, toujours enclins à combattre le maître de la Gaule, quel qu’il fût. Enfin, les vaincus savaient que le proconsulat de leur vainqueur prenait fin à deux ans de là : s’ils pouvaient traîner la lutte une couple d’années, le jour où César quitterait le pays, la partie redeviendrait égale entre eux et les Romains.

Ainsi, de Cahors à Angers, de Bourges à Arras, de Rouen à Trèves, un cercle d’hommes décidés environnait encore César, et il suffisait peut-être de l’ordre d’un seul pour allumer autour du vainqueur, sur le sol de presque toute la Gaule, les mêmes foyers d’incendie qu’au printemps, aux abords d’Avaricum. Seul, Vercingétorix pouvait être ce chef et donner cet ordre.

 

3. Vercingétorix prend la résolution de se rendre.

 

Il fallait, pour cela, qu’il s’échappât d’Alésia. Un écrivain ancien a dit que la chose n’était pas impossible. De fait, il ne devait pas être malaisé à un homme seul, hardi, vigoureux, sans blessure, de forcer les lignes romaines, ébréchées dans les combats de la veille, et privées d’un bon nombre de leurs gardiens occupés à la poursuite des fugitifs. Mais Vercingétorix ne voulut pas tenter cette aventure.

Demeurant à Alésia, il aurait pu proposer aux siens, jusqu’à épuisement de leurs forces, un dernier assaut des retranchements de César : ce n’eût pas été le salut, mais la gloire d’une mort en commun, les armes à la main. Sur le champ de bataille de Paris, Camulogène et les siens avaient donné le modèle de cet acharnement au combat qui est la plus belle forme du suicide collectif. Vercingétorix ne songea pas à imiter cet exemple,

Il décida de rester et de se rendre. Nous sommes condamnés à ignorer toujours les motifs qui inspirèrent sa résolution. Il n’est pas interdit cependant de supposer, d’après ses paroles et son attitude du lendemain, quelles pensées l’assaillirent et fixèrent sa volonté durant la nuit de la défaite.

 

À suivre...

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24 septembre 2012 1 24 /09 /septembre /2012 06:27

arenes-Lut.jpgSituées à l'extérieur de la ville romaine, les arènes de Lutèce (Ier siècle) pouvaient accueillir 17.000 spectateurs, alors que la population de la cité n'excédait pas 10.000 âmes. Cet amphithéâtre attirait un large public, venant souvent de loin, friand de combats entre gladiateurs ou avec des fauves ramenés d'Afrique, d'exécutions de prisonniers ou de représentations théâtrales. La piste centrale elliptique présente un axe de 52,50 m. La scène de théâtre, dressée sur le podium, mesure 41,20 m de longueur. Elles sont restées en activité jusqu'à la première destruction de Lutèce à la fin du IIIe siècle. En 1869, Théodore Vacquer les redécouvre à la faveur du percement de la rueMonge et elles bénéficient d'une restauration en 1917-1918. arenes-Lut2.jpg                       Les arènes incrustées dans le paysage actuel.

 

Crédits photo : Dassault Systèmes

 

Le Figaro.fr propose une reconstitution de différentes places historiques de Paris, en image de synthèse. Outre les arènes de Lutèce, le Louvre et la Bastille sont proposés. Cliquez ici

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22 septembre 2012 6 22 /09 /septembre /2012 08:54

                                                         Vercingétorix

 

      Chapitre XVII - Alésia.

 

13. Seconde journée.

 

La seconde journée fut une bataille d’artillerie.

Le jour qui suivit la défaite de leur cavalerie, les Gaulois du dehors construisirent rapidement tout un matériel de siège, fascines, échelles et grappins en quantité. Au milieu de la nuit, ils sortirent de leur camp et s’avancèrent en silence, archers et frondeurs en tête. Arrivés à portée des lignes romaines, ils s’élancèrent, en poussant tout d’un coup une formidable clameur, dont l’écho, à deux mille mètres de là, donna, comme un signal, l’éveil à Vercingétorix ; la trompette y répondit aussitôt, pour appeler les assiégés aux armes.

Jusque-là rien de mieux. Mais Comm, ses collègues et leur conseil auraient mieux fait, avant d’agir, de réfléchir et de délibérer davantage. Ils s’en allaient dans la nuit, droit devant eux, sans renseignements, à l’aveuglette. Puisqu’ils portaient leurs efforts sur un même point, ils auraient dû reconnaître le terrain, s’informer, et attaquer le secteur le plus vulnérable. Or, en s’avançant ainsi par le plus court, sur les lignes qui leur faisaient face, ils se trouvaient assaillant par la plaine des Laumes, où César avait placé ses défenses les plus fortes et les plus variées, et deux de ses bons légats, Trébonius et Marc-Antoine.

Du dehors, les Gaulois engagèrent un vif combat à distance avec les légionnaires accourus sur leur terrasse. Des décharges continues de balles de frondes, de pierres et de flèches firent d’abord un grand mal aux Romains, ce qui permit à leurs ennemis de combler avec les fascines le fossé extérieur.

Les Gaulois de Comm s’approchèrent encore. Les machines avaient été mises en batterie par les soldats de César : une grêle de projectiles, balles, boulets de plomb, pieux et traits de toute sorte, volèrent sur les assaillants. Ils étaient si nombreux qu’ils gagnèrent pourtant du terrain, et que Trébonius et Marc-Antoine furent obligés de dégarnir les redoutes voisines pour renforcer les défenseurs du retranchement.

Mais, quand les Gaulois eurent fait quelques pas de plus, leurs rangs s’arrêtèrent et se rompirent brusquement. Ils arrivaient aux galeries de pièges. Les uns s’accrochèrent aux aiguillons de fer ; les autres tombèrent et, s’empalèrent dans les trous de loups. Ceux qui purent s’avancer plus loin se trouvèrent alors à portée des redoutables « javelots de rempart », qui partaient à travers les parapets et du haut des tours : beaucoup périrent de la sorte.

La partie n’était cependant pas désespérée, si on avait le courage de persévérer et de marcher toujours, en bâtissant par-dessus ces embûches une jetée de cadavres. De leur côté en effet, les soldats de Vercingétorix, fort bien outillés par leur chef, s’approchaient lentement, mais à coup sûr, utilisant la besogne faite l’avant-veille, évitant ou recouvrant les pièges, qu’ils devaient connaître, comblant peu à peu le premier des deux fossés qui les séparaient seuls de la terrasse où les attendaient les légionnaires.

Mais l’armée du dehors, mal aguerrie contre les surprises et l’impatience, s’exaspéra de ces résistances souterraines et de ces blessures étranges. Le jour venait. Quand elle aperçut, en face d’elle, les retranchements intacts, et, sur les hauteurs de droite et de gauche, les camps ennemis, quand elle se vit dans la plaine, sans cavalerie pour abriter ses flancs, sous la menace d’autres légions qui paraissaient prêtes à descendre pour se rejoindre derrière elle, elle prit peur, et rétrograda vers ses camps.

En ce moment, Vercingétorix et ses soldats n’étaient pas loin de la terrasse romaine. Ils n’eurent pas le temps d’y toucher. Ils apprirent la retraite de leurs alliés : ils n’avaient plus qu’à s’arrêter, s’ils ne voulaient pas être enveloppés par une double ligne d’adversaires. Pour la seconde fois, ils remontèrent à Alésia, vaincus presque sans avoir eux-mêmes combattu.

 

14. Troisième journée.

 

La troisième journée, enfin, on donna l’assaut des lignes de César.

Le conseil de guerre des Gaulois confédérés se réunit après ces deux tentatives inutiles et meurtrières. Il fit venir des gens du pays, il leur fit dire ce qu’ils savaient des travaux et des camps romains, de leur emplacement et de leur force respectives. Comm et les antres apprirent ainsi, et sans peine, que le camp romain du Nord-Ouest se trouvait dans une situation défavorable, en contrebas et en pente sous les roches et les bois du Mont Réa. Des éclaireurs qu’ils envoyèrent sur les lieux confirmèrent la chose et reconnurent les chemins. Les chefs décidèrent aussitôt de tenter sur ce point l’assaut principal. Ces mesures étaient réfléchies et excellentes : mais c’était le jour de leur arrivée qu’ils auraient dû s’informer et les prendre.

Dans toute l’armée, ils trièrent une élite de 60.000 hommes, qu’ils empruntèrent aux nations réputées les plus braves, par exemple aux Arvernes et aux Lémoviques ; Vercassivellaun, le cousin de Vercingétorix, fut mis à leur tête. C’était donc à des Arvernes que la Gaule continuait à commettre le devoir de lutter contre César.

On arrêta un plan d’attaque que Ies soldats ne connurent pas, pour que des transfuges ne pussent en aviser l’ennemi.

Vercassivellaun quitta son camp après la tombée de la nuit, marcha au Nord en s’éloignant d’Alésia (en aval de la Brenne ?), revint vers le Sud (par le ru d’Éringes ?) et finit par s’arrêter, vers le lever du jour, à quelque 1.500 mètres du Mont Réa (dans les ravins au nord de Ménétreux ?), caché derrière les collines. Il fit alors reposer ses troupes de leur longue marche dans la nuit, en attendant l’heure de midi, qui avait été fixée pour engager l’affaire.

Aux approches de midi, tout le monde gaulois se mit en mouvement. Vercassivellaun fait gravir aux siens les pentes du Mont Réa, qui dominait le camp romain. Les trois autres chefs envoient dans la plaine leurs derniers cavaliers, qui viennent se déployer en face des lignes attaquées l’autre, jour. Les 190.000 fantassins qui forment le reste de l’armée de secours sortent des camps et apparaissent sur le rebord des hauteurs. Enfin Vercingétorix, voyant toutes ces manœuvres, descend de la montagne d’Alésia avec son attirail de siège, retiré cette fois de son camp : il a des baraques pour attaquer la terrasse à l’abri des machines, des perches et des faux pour arracher ou renverser les palissades des retranchements ennemis : il comprend qu’il faudra, à cette troisième sortie, arriver jusqu’à eux. Comme les jours précédents, il se dirigea vers les lignes d’en bas, dont il avait déjà nettoyé les abords, et que semblaient menacer, de l’Ouest, les principales troupes de ses alliés.

L’action définitive allait commencer. César se posta sur le flanc nord-ouest de la montagne de Flavigny, d’où il pouvait suivre, à sa gauche, les mouvements de la plaine et du camp gaulois, en face de lui ceux de Vercassivellaun et du Mont Réa, à sa droite ceux d’Alésia et de Vercingétorix.

L’attaque eut lieu en même temps sur les lignes extérieures et intérieures de l’armée romaine. Elle parut d’abord confuse et désordonnée ; les Romains se crurent assaillis sur tous les points à la fois. Ils allaient et venaient, se portant au hasard là où ils croyaient le danger plus grand, et les endroits à défendre étaient si nombreux qu’ils s’effrayaient de ne pouvoir être partout à la fois. Les hurlements gaulois accroissaient leurs incertitudes : ils voyaient des ennemis en face d’eux, ils en entendaient sur leurs flancs et derrière ; et les légionnaires d’un front, ne sachant si leurs camarades de l’autre front les protégeraient à temps, finissaient par songer plutôt aux ennemis qu’ils ne regardaient pas qu’à ceux qu’ils combattaient.

Mais peu à peu la situation s’éclaircit. Les chances se balançaient entre les deux adversaires.

Au Nord-Ouest, Vercassivellaun l’emportait. Il avait habilement réparti les siens en trois groupes, divisés en équipes. Les uns, maîtres des hauteurs, accablaient de traits les légionnaires. Les autres, chargés de terre, en jetaient sans relâche dans les fossés et sur les pièges, dont ils se doutaient cette fois, et recouvraient les fondrières de la défense d’une véritable chaussée d’attaque. D’autres enfin, se massant en tortue, avançaient plus rapidement de la terrasse romaine. Quand une équipe était fatiguée, une autre la relayait. Les Romains, au contraire, devaient être tous sur pied. Les munitions et les forces commencèrent à manquer aux deux légions campées sur ce point : les légats prévinrent César.

Vercingétorix était moins heureux. Les retranchements de la plaine étaient les plus achevés et les mieux défendus de toutes les lignes romaines. La terrasse, les légions, Trébonius et Marc-Antoine tenaient bon. Ce qui fut plus grave pour les Gaulois, c’est qu’il ne leur vint, de ce côté, aucun secours sérieux du dehors. Les cavaliers, descendus dans la plaine, reculèrent devant les abatis et les fossés. Les 190.000 fantassins ne s’éloignèrent pas des hauteurs. Vercingétorix fut laissé à ses seules forces.

Il faut se résigner à ignorer les motifs de cette étrange abstention. On a voulu excuser les trois chefs, Comm et les deux Éduens, en disant que leurs troupes étaient trop mauvaises pour combattre. Alors, pourquoi les avoir amenées ? Puis, quand une armée romaine a déjà 37 kilomètres de front à garder contre 140.000 hommes, une nouvelle multitude de 190.000 assaillants, même maladroits, même désarmés, n’est pas une quantité négligeable. Il suffisait d’une panique ou d’une lassitude générale pour faire perdre aux dix légions, en une seule heure, disait César en ce moment même, le fruit de tous leurs travaux et de toutes leurs victoires. C’était pour cette heure, et pour cette heure seule de l’assaut, que Vercingétorix avait réclamé l’arrivée en masse de tous les Gaulois, et les trois quarts de ceux qui étaient venus, immobiles en face de lui, de l’autre côté des lignes romaines, semblaient refuser de marcher à sa rencontre. Les chefs confédérés ne faisaient les choses qu’à moitié et qu’à contrecœur, et ils laissaient aux deux jeunes Arvernes, Vercingétorix et Vercassivellaun, le privilège de servir de champions à la liberté de toute la Gaule. Les deux Éduens, Éporédorix et Viridomar, n’auraient pas à se faire pardonner par César une trop grande obstination.

Alors le proconsul, voyant Vercingétorix isolé et arrêté dans la plaine, put porter tous ses efforts contre Vercassivellaun. Sur le flanc du Mont Réa, Réginus, Rébilus et leurs 20 cohortes lâchaient pied. Il en envoya six autres sur ce point, et, ce qui valait mieux, il remit à Labienus lui-même la défense de ce secteur, avec ordre, à la dernière extrémité seulement, de faire une sortie pour dégager la terrasse. Lui-même descendit dans la plaine, pour se rapprocher de Vercingétorix.

Les deux mortels ennemis se trouvaient à quelques pas l’un de l’autre. César prit en main la résistance, alla de rang en rang, échauffa les légionnaires de sa parole éloquente.

Mais à ce moment, comme si Vercingétorix n’eût attendu que ce mouvement de troupes et ce déplacement du proconsul pour modifier sa tactique, il abandonna les lignes de la plaine, inclina à sa gauche vers le Sud-Est, et gravit avec ses machines et ses engins les pentes de la montagne de Flavigny. — Il détournait ainsi son point d’attaque. Il l’éloignait de celui de Vercassivellaun : ce qui, en dépit de l’apparence, était plus sage que de l’en rapprocher. S’il eût marché, vers le Nord, il eût amené César avec lui : et le plus grand service qu’il pouvait rendre à son cousin était d’entraîner le plus loin possible le proconsul et quelques cohortes. — Mais son adversaire le comprit et ne bougea pas, demeurant en observation entre les deux champs de bataille.

Du reste, Vercingétorix avait bien choisi son nouveau poste. On ne l’attendait pas sur la montagne de Flavigny. Peut-être était-ce de là qu’étaient parties les six cohortes emmenées par Labienus. Les pièges, semble-t-il, étaient plus rares ou moins dangereux sur ces pentes. La tentative du chef gaulois, rapidement conduite, fut bien près de réussir. Jamais il ne pénétra plus avant dans les ouvrages de son ennemi. Les décharges de ses archers jetèrent le trouble parmi les défenseurs de la terrasse, parmi ceux des tours elles-mêmes. Les Gaulois en profitèrent pour combler les fossés, et pour attaquer enfin et déchirer à coups de faux la cuirasse et la palissade des retranchements : la première brèche fut ouverte à travers la muraille romaine.

À la même minute, sur le point où combattait Vercassivellaun, Labienus, lui-même, reculait, et les Gaulois commençaient à escalader la terrasse.

Sur les deux fronts, les lignes de César avaient cédé. Celtes et Romains sentaient que les minutes suprêmes étaient venues. Un prodigieux effort tendit les volontés et raidit les muscles. Pour les uns et les autres, c’était la fin de tout qui approchait. Les poitrines haletaient d’angoisse et de courage. Si, à ce moment, les réserves de l’armée de renfort avaient donné par-dessus les autres versants de la montagne de Flavigny, la brèche taillée par Vercingétorix se fût démesurément élargie, César n’aurait pas eu assez d’hommes pour la défendre, il n’aurait pu protéger Labienus, l’armée romaine eût été broyée sous ces marées convergentes, et le sénat aurait dû remettre à d’autres temps et à un nouveau proconsul la mission de reconquérir les Gaules.

Devant le nouveau danger, celui qui éclatait subitement du côté de Flavigny, César laissa Labienus aux prises avec Vercassivellaun, et ne s’occupa plus, dans l’instant, que de la brèche et que de Vercingétorix. Il lança contre lui Brutus et de nouvelles cohortes : elles ne purent tenir. Il en envoya d’autres avec C. Fabius : elles faiblirent encore. Les hommes136.jpg de Vercingétorix combattaient avec une effroyable énergie. Enfin César, à la tête d’un nouveau renfort, choisi parmi des troupes fraîches, se montra lui-même contre le chef arverne, et, pour la dernière fois, ils luttèrent tous deux l’un en face de l’autre. Grâce au proconsul, les cohortes reprirent courage. Vercingétorix recula, sans désordre, combattant pied à pied. César put enfin regarder et se porter du côté de Labienus.

Sur ce point, Labienus avait jugé la partie perdue. Il ne songeait plus à défendre la terrasse, envahie de toutes parts. Il ne voyait de salut que dans un coup d’audace, une sortie désespérée. César la lui avait permise : il la résolut. Il réunit en un tour de main 39 cohortes, celles qu’il trouva le plus près de lui sur les divers postes de la défense ; il les groupa au hasard en un seul corps de bataille ; il avertit son général, et attendit. César avait eu le temps de donner deux ordres précis. Derrière lui, il avait mis en marche tout ce qui lui restait d’hommes disponibles, quatre cohortes, tirées de la redoute la plus proche ; il les soutint d’une partie de sa cavalerie. À sa gauche (?), dans la plaine, par le dehors de ses lignes, il envoya le reste de ses escadrons pour prendre en écharpe les assaillants du Mont Réa ; ils n’avaient rien à craindre des cavaliers ennemis la défaite et les fautes des jours précédents condamnaient les Gaulois dans leur dernière bataille.

César accéléra sa marche, pour y assister. Dès que les hommes de Vercassivellaun le virent s’approcher, ils attaquèrent les premiers. Ce fut, à ce que raconta plus tard le proconsul, un moment solennel et un éclatant spectacle. Les quinze mille hommes de Labienus étaient massés sur les dernières pentes du Mont Réa. Derrière eux s’avançait rapidement César, vêtu du manteau de pourpre qui le désignait aux regards de tous. Plus loin, dans les lignes, se hâtaient d’autres légionnaires, des troupes de cavaliers. Des escadrons galopaient au delà, dans la plaine, allant au même but. Il semblait que toute l’armée romaine voulût se réunir en un bloc pour pénétrer les masses ennemies. Une clameur s’éleva des deux troupes, lorsqu’elles se heurtèrent ; et, répercutée au loin par les collines et les camps, elle éveilla partout de nouveaux cris, que l’écho rapporta aux combattants. Mais Vercingétorix et ses adversaires, à 3 kilomètres de là, ne se doutèrent de rien, s’acharnant sans repos autour de la terrasse, tandis que leur sort se décidait au loin.

Formées en colonnes d’attaque, les cohortes de Labienus s’ébranlèrent vers la hauteur. Les javelots étant inutiles sur cette montée, elles se précipitèrent les épées en mains. La mêlée s’engagea. Mais l’affaire ne fut réglée que par l’arrivée des cavaliers de renfort. Quand les Gaulois virent ou entendirent soudain, sur leurs flancs et leurs dos, les escadrons ennemis (venus par Ménétreux ?), ils reculèrent. Les Germains chargèrent avec leur courage et leur bonheur habituels. Enveloppés presque de toutes parts, menacés encore par les troupes qu’amenait César, il ne restait plus aux Gaulois qu’à fuir en hâte, s’ils ne voulaient pas périr jusqu’au dernier. La débandade commença, et la bataille prit fin.

Vercingétorix tenait encore, ignorant la défaite des siens. Mais, pendant ce temps, les gens qui guettaient sur les remparts d’Alésia, virent revenir les premiers légionnaires vainqueurs, chargés de boucliers brillants et de cuirasses sanglantes, dépouilles des chefs vaincus. Une clameur douloureuse courut dans la ville, et Vercingétorix ne tarda pas à apprendre que le sort de là Gaule était désespéré.

Il reprit le chemin d’Alésia, d’où il ne devait plus redescendre que pour se rendre au vainqueur (fin septembre ?)*.

 

*Probablement le 26 septembre 52 : le fait que César ait pu lancer sa cavalerie à la poursuite de l'ennemi dans la nuit qui précéda le dernier combat peut s'expliquer par la pleine lune du 25-26 septembre de cette année.


À suivre...

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20 septembre 2012 4 20 /09 /septembre /2012 06:49

La navigation fluviale a tenu un rôle important à l’époque gallo-romaine, et aucune province de l’Empire romain ne connut un tel développement dans ce domaine. Les bateliers de l’époque utilisèrent même les plus modestes rivières.

Le trafic par voie d’eau qui avait déjà un rôle important à l’époque de l’indépendance prit un essor considérable après la conquête. La parfaite maîtrise des artisans gaulois en matière de charpente et de technique du bois les faisait en effet exceller dans la fabrication de bateaux.  Une construction d’autant plus justifiée que le réseau fluvial de la Gaule, dense et harmonieusement disposé, offrait aux transporteurs les itinéraires les plus variés.

 

Dans une page célèbre, Strabon se montre particulièrement sensible à cette heureuse distribution : « Tout le pays est arrosé de fleuves, qui descendent les uns des Alpes, lesHommes-et-fleuves-en-gaule-romaine_visuel_notice_gauche.jpg autres des Cévennes et des Pyrénées, et se jettent les uns dans l’Océan, les autres dans notre mer (la Méditerranée). Les pays qu’ils traversent sont pour la plupart des plaines et des collines qui ont entre elles des cours d’eaux navigables. Et les rivières sont si heureusement situées l’une par rapport à l’autre que les transports sont aisés d’une mer à l’autre, les cargaisons cheminant sans peine également par les plaines sur une courte distance, mais surtout par les fleuves qu’elles remontent ou descendent. À cet égard, le Rhône présente un certain avantage car il reçoit de toute part des affluents ; il touche à notre mer, bien meilleur que la mer extérieure (Atlantique) ; enfin il traverse la partie la plus fertile de ces contrées (en effet, la Narbonnaise tout entière a les mêmes produits que l’Italie)… Il vaut la peine de noter avant tout, comme nous l’avons déjà dit, l’heureux accord dans ce pays entre les fleuves et la mer (aussi bien la Mer extérieure que la Mer intérieure). On trouverait, en y arrêtant sa pensée, que ce n’est pas là le moindre facteur de l’excellence de ces contrées – j’entends que tout ce qui est nécessaire à la vie peut aisément faire l’objet d’échanges entre tous et que les avantages qu’on en tire son commun à tous(…). Aussi pourrait-on voir là l’œuvre de la providence qui aurait disposé les lieux non au hasard, mais conformément à un plan. En effet, le Rhône se laisse remonter longuement même par des bateaux lourdement chargés, et en direction de nombreuses régions du pays, du fait que ses affluents sont navigables et accueillent les plus grands tonnages. La Saône lui succède puis le Doubs, son affluent. Ensuite on va à pied jusqu’à la Seine. De là, on descend le fleuve jusqu’à l’Océan et chez les Lexoviens et les Calètes (peuples occupant respectivement les régions de Lisieux et de Rouen). De chez ces peuples pour aller en Bretagne, la course est de moins d’une journée. Comme le Rhône est rapide et facile à remonter, certaines marchandises sont transportées de préférence sur des chars, celles qui sont convoyées chez les Arvernes et vers la Loire, bien que le Rhône s’en approche en partie. Mais la route étant en plaine et un peu longue – environ huit-cents stades [soit cent quarante huit kilomètres, le stade valant environ cent quatre-vingt-quinze mètres] – incite à éviter la remontée du fleuve, puisqu’il est plus aisé de voyager par terre. La Loire est ensuite le relai naturel (elle coule des Cévennes en direction de l’Océan). De Narbonne on remonte l’Aude sur une petite distance. On marche ensuite plus longuement jusqu’à la Garonne (soit environ huit cents ou sept cents stades). La Garonne se jette dans l’Océan. »

 

Afin de favoriser encore ces communications fluviales, l’autorité romaine procéda à divers aménagements comme la digue destinée à maîtriser le cours du Rhin. On forma même le projet de relier le bassin du Rhône à celui du Rhin en creusant un canal entre la haute vallée de la Saône et la Moselle.

 

Les embarcations.

 

Plusieurs types étaient en usage en fonction de l’importance des cours d’eau. Des pirogues monoxyles, c’est-à-dire creusées dans une seule pièce de bois, et des radeaux munis de flotteurs, sillonnaient les rivières peu profondes. Un flotteur constitué d’un tronc de chêne évidé, long de neuf mètres cinquante fut découvert en 1980 à Flavigny-sur-Moselle ; inutilisable seul, - deux hautes traverses empêchaient les déplacements à l’intérieur – cet élément dont l’aspect évoque celui d’une pirogue, appartenait primitivement à un radeau à plate-forme. Le plancher était supporté par deux pièces de bois transversales, lesquels étaient assujetties par des chevilles aux deux flotteurs latéraux.

De semblables radeaux n’exigeant qu’un très faible courant d’eau devaient assurés le cabotage sur la Moselle supérieure.

Les petits cours d’eau étaient également parcourus par des bateaux à fonds plats, manœuvrés à la rame ou par halage, les rates. Tout aussi répandus étaient les lintres, barques de transbordement à coque et à fond arrondis dont la poupe et la proue étaient relevées et recourbées. Munis d’un petit mât auquel s’attachaient les cordages destinés au halage, ces barques étaient dirigées grâce à une rame gouvernail manœuvrée à l’arrière. Le célèbre bas-relief de Cabrières d’Aigues représente une de ces embarcations chargée de deux tonneaux. C’est peut-être un bateau de ce type qui gisait parmi les alluvions accumulés à l’emplacement du port Pommeroeul en Belgique. La proue et la poupe qui paraissaient surélevées, étaient malheureusement détruites. Quoi qu’il en soit, sa longueur totale peut être estimée à douze mètres et quatre membrures assuraient la rigidité de la coque.épave-romaine

Les pontones, bateaux plus volumineux, pontés et susceptibles d’accueillir des rameurs, sillonnaient les principaux cours d’eaux. Ces navires pouvaient d’ailleurs être mus également à la voile ou par halage.

Un chaland à fond plat découvert à Pommeroeul, dérivait de ce type d’embarcations. Longchaland-de-pommeroeul.jpg d’une vingtaine de mètres à l’origine, large de trois mètres à sa partie centrale, ce navire se signale par la simplicité de sa construction. Au départ une simple pirogue fendue en deux dans le sens de la longueur, dont le fond est ensuite élargi par des planches intercalées. Des membrures, fixées par de longs clous, conféraient à l’ensemble robustesse et cohésion. Mais ce bateau se singularise surtout par les restes d’une cabine coiffant la poupe et la présence d’un bord horizontal et suffisamment large pour permettre à un batelier de circuler librement d’un bout à l’autre afin de manier gaffes et perches pour la propulsion. Cette structure particulière du bord permettait aussi un chargement plus rationnel, la cargaison pouvant dès lors occuper la totalité du fond du bateau.

À ces embarcations les plus courantes s’ajoutaient des bateaux rapides mus à la rame et des navires de plaisance. En un mot, une flottille fort diversifiée dont les manœuvres nécessitaient des installations spécifiques.

 

Source : Les Gallo-Romains _ Gérard Coulon éd. Armand Colin

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19 septembre 2012 3 19 /09 /septembre /2012 08:55

                                                               Vercingétorix

 

     Chapitre XVII - Alésia.

 

10. Famine dans Alésia ; discours de Critognat.

 

Dans Alésia, les semaines s’écoulaient, mornes et semblables. Vercingétorix avait renoncé aux sorties partielles, et réservait les forces et la confiance de ses hommes pour l’attaque générale. L’automne approchait. Puis, parut le matin du jour fixé pour l’arrivée des secours : le jour passa tout entier, sans qu’un messager ni une enseigne ne se montrât sur les collines de l’horizon.

Vercingétorix attendit encore. Mais bientôt les dernières provisions de blé furent consommées, aucune nouvelle ne lui parvenait du reste du monde. César l’emprisonnait si bien qu’il ne lui restait qu’à mourir dans l’ignorance de tout. Il convoqua son conseil pour prendre une décision suprême sur la vie des assiégés, ou plutôt sur la manière dont ils devaient mourir.

César ne nous dit pas que Vercingétorix ait pris la parole dans l’assemblée pour soutenir et imposer un avis, comme il le faisait presque toujours. Il semble qu’il se soit borné à écouter. Il n’avait plus tous les chefs dans la main : leurs angoisses les éloignaient de lui. Les uns parlèrent déjà de se rendre. Les autres proposèrent de risquer, avant l’épuisement des forces, une sortie générale contre les lignes de César, ce qui équivalait à une mort certaine et inutile ; et cette mort paraissait si glorieuse, « si digne de l’antique vertu gauloise que la majorité du conseil se montra prête à voter dans ce sens. Mais alors l’arverne Critognat se leva, pour exprimer l’avis à la fois le plus courageux et le plus sage, celui qui répondait sans doute le mieux à la pensée de Vercingétorix.

— Je ne parlerai pas, dit-il, de ceux qui songent à se rendre : leur place n’est plus au conseil. Je m’adresse à ceux qui veulent combattre. — Ils se croient braves. Ce sont des lâches à leur manière. Craignant de souffrir la faim, ils préfèrent le suicide. Certes, s’il ne s’agissait d’autre perte que de celle de la vie, je serais avec eux. Mais pensons, en ce moment, à la Gaule entière, que nous avons appelée à notre secours. Elle va venir, elle approche. En doutez-vous ? regardez donc, sur les lignes extérieures de César, ces Romains qui travaillent nuit et jour, et dites-moi s’ils ne sont pas la preuve vivante que les peuples s’avancent pour nous délivrer ? Croyez-vous, quand nos alliés seront là, qu’ils auront plus de coeur à la besogne à la vue de 80.000 cadavres de frères et amis, amoncelés sur un seul point ? Vous vous plaignez qu’on ne vient pas vous secourir, et vous voulez enlever votre appui à ceux qui s’apprêtent à vous aider. Votre faiblesse, ou votre imprudence, ou votre sottise vont coûter la liberté à toute la Gaule. Si vous avez faim, faites ce qu’ont fait vos ancêtres au temps des Cimbres et des Teutons. Nourrissez-vous en mangeant ceux qui ne pourront combattre. Et si vos grands-pères n’avaient pas donné cet exemple, il vous faudrait, à vous, le donner, par amour de la liberté et de la gloire, et pour être renommés dans les siècles à venir.

Jules César, en rapportant ce discours, que quelque transfuge lui communiqua, le juge d’une atrocité singulière et impie. L’homme auquel le désir de conquête avait inspiré depuis sept ans tant d’actions criminelles ou répugnantes, n’avait cependant pas le droit d’être sévère pour les audaces qu’inspirait la crainte de sa victoire.

Critognat sauva le plan de Vercingétorix. Si terrible que fût son avis, on s’y rangea : ce n’était jamais froidement qu’un Gaulois entendait parler de renom dans la postérité et d’amour de la gloire. Il ne fut plus question ni de se rendre ni de combattre. Si les secours tardaient trop longtemps, on ferait comme avait dit l’Arverne. En attendant, on décida de se débarrasser des bouches inutiles, les femmes, les enfants, les vieillards, les malades et les infirmes ; toute la population des Mandubiens, qui était pourtant chez elle à Alésia, et dont Vercingétorix n’était que l’hôte armé, fut brutalement jetée hors des remparts. Les malheureux s’étagèrent, sans ressources, sur les flancs de la montagne ; ils supplièrent les Romains de les prendre comme esclaves, mais de les nourrir. Ce n’était pas d’esclaves et de captifs que manqueraient en Gaule les soldats de César : en ce moment, ils commençaient, eux aussi, à manquer de pain, et à pâtir de la même disette que devant Avaricum. Sur l’ordre du proconsul, des postes furent placés pour rejeter les Mandubiens en arrière de la ligne intérieure, et ils moururent lentement de faim entre les deux campements, rongés eux aussi par la famine. Depuis le défilé de la Hache, les peuples d’Occident n’avaient pas vu tant d’êtres humains souffrir ensemble (milieu de septembre ?).

 

11. Arrivée et composition de l’armée de secours.

 

Depuis que Critognat avait parlé, les assiégés étaient résolus à s’entre-dévorer plutôt que de ne pas attendre. Un jour enfin, ils aperçurent à l’Ouest l’avant-garde de l’armée de secours, qui débouchait des hauteurs par la route du pays éduen. Elle arrivait joyeuse et confiante, elle couvrit peu à peu toutes les collines du Couchant de ses masses profondes (sur la montagne de Mussy-la-Fosse), elle déborda jusque dans la plaine, à un mille des lignes de César. Ce fut chez les Romains une heure d’épouvante, à l’aspect de cette multitude de plus de 250 000 hommes, de ces corps humains qui s’étendaient à perte de vue ; ils osaient à peine regarder, comme s’ils redoutaient de penser aux furieux assauts qui les menaceraient, et de cette foule en face et de Vercingétorix à revers. Du côté d’Alésia, c’était au contraire un va-et-vient de Gaulois courant aux remparts, désireux de contempler les secours si longtemps attendus, se félicitant des cris et des gestes, s’entraînant à combattre pour le lendemain. La dernière semaine de la grande guerre commençait.

La Gaule se trouvait en effet réunie toute entière contre César. Toutes les tribus de nom gaulois, des Cévennes à l’Océan, de la Gironde à l’Escaut, étaient représentées par leurs derniers cavaliers , leurs meilleurs fantassins, leurs chefs de guerre et leurs étendards sacrés. À ce concours de peuples, il ne manquait que les Rèmes et les Lingons, éternellement fidèles à César, et que quelques cités du Rhin, occupées à protéger la Gaule contre les Germains du dehors. Toutes les autres nations étaient présentes, même celles des régions les plus lointaines : les Osismiens, perdus à la fin des terres armoricaines, en face de la mer mystérieuse ; les Morins, à moitié cachés dans les brumes et les marécages de la Flandre ; les Nitiobroges, habitants des terres grasses et joyeuses de l’Agenais ; les Helvètes et les Nerviens, qui, décimés par César, trouvaient encore des hommes pour venir le combattre. Les deux États principaux, Arvernes et Éduens, avaient fourni à l’armée de secours, avec leurs sujets et clients intimes, chacun un contingent de 35 000 hommes. La ligue armoricaine en envoya 30.000. Les peuples de l’Est, Séquanes, Helvètes et Médiomatriques, également 30.000. L’entêtement des Bellovaques réduisit à 24 000 la part de la Belgique. Ceux d’entre Loire et Garonne, Bituriges, Santons, Lémoviques, tribus du Poitou, du Périgord ou de l’Agenais, eurent un effectif d’environ 30.000 soldats ; et ce fut en nombre à peine supérieur que vinrent les nations vaillantes et fermes des régions centrales d’Orléans et de Paris : Carnutes, Sénons, Parisiens, tribus de l’Anjou, de la Touraine, du Maine et de la Normandie. Si on ajoute à ces 258.000 hommes les 80.000 dont disposait Vercingétorix, on arrive à un total de 338.000 soldats, qui étaient en quelque sorte le résumé et l’essence de la Gaule entière.

Si César était vaincu, il pourrait perdre les siens jusqu’au dernier homme, dans un effondrement semblable à celui où avaient disparu sous la foule des Cimbres et des Teutons les armées de Cépion et de Mallius.

Mais, si les Gaulois étaient vaincus, comme ils avaient concentré l’élite des forces de toutes leurs tribus, comme ils s’étaient ramassés en un seul corps contre César, leur défaite serait la condamnation de la Gaule, et condamnation sans recours et sans appel, aussi légitime que si elle était formulée par une sentence divine.

À leur manière d’entendre la guerre, on reconnaît l’instinct des nations et on peut prévoir leurs destinées. L’Espagne, terre de régions isolées et de bassins séparés, morcela sa résistance à Rome, la dispersa dans vingt contrées et la fit durer deux siècles. La Gaule, que la nature a faite pour l’unité, et qui, malgré les jalousies de ses cités, sentait qu’elle était le patrimoine d’une seule race, groupa sur un point tous ses moyens de défense pour s’en servir le même jour : comme disait le géographe grec Strabon, «en masse elle réunit et lança ses hommes, et, ceux-ci battus en masse, elle se trouva brisée d’un seul coup».

 

12. Première journée de bataille.

 

L’armée de secours campa sur les flancs et les plateaux de la montagne de Mussy. Elle avait, droit devant elle au Levant, les retranchements romains de la plaine des Laumes, et,cesar-et-ses-soldats.png au delà, le mont et la ville d’Alésia ; devant elle encore, mais plus à sa gauche et plus à sa droite, les deux extrémités de la ligne des collines fortifiées par César, le Mont Réa et le plateau de Flavigny.

La bataille commença le lendemain de l’arrivée. Elle dura près d’une semaine. Il y eut trois journées de combat, séparées chacune par un jour de repos. La lutte fut toujours engagée sur les deux fronts des lignes romaines, attaquées au dehors par les Gaulois de secours, au dedans par ceux de Vercingétorix, les uns et les autres cherchant à se rejoindre. Mais, tandis que l’armée d’Alésia ne fit et ne pouvait faire qu’une seule chose, tenter l’assaut sur un point, celle de la campagne hésita entre plusieurs tactiques, et ne prit la moins mauvaise que le dernier jour.

La première journée fut une bataille de cavalerie.

Les Gaulois avaient amené 8.000 chevaux. C’était la dernière réserve de leur noblesse. Le bon sens exigeait qu’on l’exposât le plus tard et le moins possible. Dans l’attaque d’une place forte, la cavalerie ne devait servir qu’à couvrir les rangs extérieurs des troupes allant à l’assaut. Victorieuse, elle ne ferait presque rien contre les retranchements de César ; vaincue, elle ferait défaut pour protéger une retraite ou décider une poursuite. Trois fois déjà, elle s’était heurtée aux chevaux du proconsul ; et trois fois, à Noviodunum, à Dijon, devant Alésia même, elle avait été abîmée par les Germains. Cependant, incapables de se laisser guérir par l’expérience, les quatre chefs firent descendre leur cavalerie dans la plaine ; le reste de l’armée demeura à l’écart, sur les hauteurs de l’Ouest.

César avait, dès la première alerte, mis en branle toute son armée. S’attendant à un double assaut, il avait fixé à chaque cohorte sa place sur l’une ou l’autre de ses deux lignes : ses hommes la conserveront jusqu’à la fin, sans trouble ni incertitude. Mais, à la vue de la cavalerie ennemie, il saisit l’avantage qu’il y avait pour lui à la forcer à la bataille, et il fit sortir les cavaliers romains au-devant d’elle, avec ordre de charger.

Vercingétorix fit ce qu’il y avait à faire. Il envoya au pied de la montagne ses soldats, chargés de fascines, de terres et de pierres. Les Gaulois se mirent à l’ouvrage, et réussirent à combler sur un point le grand fossé extérieur. Ils s’apprêtaient à pousser au delà, vers les pièges et les ouvrages intérieurs, lorsqu’ils comprirent que leurs alliés du dehors, au lieu de marcher à leur rencontre, galopaient dans la plaine.

C’était du reste un beau combat de cavalerie que celui qui se déroulait, à la clarté du grand jour, dans le vallon des Laumes ; on se battait à la vue des trois armées, massées sur tous les coteaux du voisinage, de trois cent mille hommes qui regardaient, attentifs et immobiles, les péripéties de la lutte. Les Gaulois hurlaient de joie quand ils croyaient leurs cavaliers vainqueurs ; et les combattants, Celtes ou Romains, se sentant admirés ou jugés, s’excitaient comme dans un carrousel à mort.

Les Gaulois firent leur devoir avec vaillance et habileté. Suivant la tactique chère à Vercingétorix, les cavaliers avaient amené avec eux des archers et des fantassins légèrement armés qui se dispersèrent derrière les chevaux. Les troupes romaines repoussèrent d’abord les escadrons gaulois. Mais elles furent soudain accueillies par des volées de flèches et de dards qui arrêtèrent leur élan, blessèrent beaucoup de monde, les firent reculer en désordre. La mêlée générale s’engagea, où les Romains, accablés par le nombre, finirent par avoir le dessous, après cinq heures d’un combat commencé vers midi.

Alors, presque au coucher du soleil, César décida d’en finir. Il réunit sur un même point tous les cavaliers germains, les forma en lignes serrées d’attaque, et les fit charger tous ensemble. L’effet fut immédiat. Les rangs ennemis furent enfoncés, les archers enveloppés et égorgés ; le reste de la cavalerie romaine reprit courage, et il ne resta plus qu’à poursuivre les Gaulois jusque près de leurs camps sans leur laisser le temps de se rallier. C’était la quatrième victoire que César devait à ses cavaliers germains.

Les troupes d’Alésia, dont la besogne avait été en partie inutile, regagnèrent tristement leurs remparts, désespérant déjà sous l’impression d’une première défaite.

 

À suivre...

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