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22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 07:26

La bataille d’Alésia n’est pas terminée ! La récente ouverture en Bourgogne, au pied du mont Auxois, du nouveau Muséoparc Alésia, à Alise-Sainte-Reine ranime à propos de l’emplacement su site une controverse qu’on croyait éteinte depuis belle lurette. Où diable l’oppidum des Mandubiens perchait-il ? Jules César, avec son habituelle désinvolture géographique, nous a laissé dans le flou.175.jpg


Vers 1860, l’empereur Napoléon III passionné d’histoire et d’archéologie charge le colonel Stoffel – son aide de camp et archéologue favori – d’entreprendre la première fouille systématique d’Alise-Sainte-Reine. Alise avait toujours été considérée comme l’antique Alésia : des moines l’avaient noté dès le IXe siècle, sur la foi de la tradition orale. Et l’on avait glané tant de vestiges sur la colline, du XVIIe siècle au début du XIXe – dont, en 1839, la superbe inscription en gaulois portant l’indication « in Alisiia » - que le doute n’était pas de mise. Une savante « Commission de de la topographie des Gaules », créée tout spécialement, s’était même assurée que le site d’Alaise (à l’est d’Arc-et-Senans, dans le Doubs) n’était pas un concurrent sérieux, malgré les armes de bronze qu’on y avait trouvées.

Pourtant la contradiction est toujours active. Les ennemis politique de Napoléon III veulent lui donner tord, et comme celui-ci finance dès 1862 un petit musée, les villages qui prétendent eux aussi abriter l’antique champ de bataille, crient à l’imposture. On affirme par exemple, que les très nombreuses armes et monnaies trouvées à Alise, ont été cachées là tout exprès. Cette accusation ne tient pas car à l’époque des premières découvertes, les connaissances du monde gaulois étaient  très faibles, et même parfois, -concernant leur usage du fer par exemple – inexactes. Or, d’éventuels faussaires n’auraient pas manqué de commettre quelques anachronismes. De plus, l’étude minutieuse des notes et plans des fouilles, qu’on a longtemps cru perdu après la chute du régime, a permis de confirmer l’honnêteté et la rigueur scientifique des archéologues impériaux…

 

Une quarantaine de contre-propositions  n’en ont pas moins été avancées au fil du temps, fondées sur des similitudes de topographie et/ou de toponymie : Alaise, Salins-les-Bains, Izernore en Savoie, Mandeure dans le Doubs, Novalaise dans l’Ain, Guillon dans l’Yonne, etc… Aujourd’hui encore, les tenants d’une hypothèse jurassienne, à Chaux-des-Crotenay, se font entendre. Mais après tout, et c’est pour cela qu’il est indispensable d’accepter la critique, la contradiction et de laisser la liberté de faire des recherches historiques quelque soit le sujet ; peut-être trouvera-t-on un jour la preuve irréfutable qu’Alise-Sainte-Reine n’est pas Alésia.

Cela serait tout de même une sacrée surprise, car en deux grandes campagnes de fouilles espacées de plus d’un siècle, on a découvert à Alise le plus gros arsenal militaire romain176.jpg et (surtout) celtique jamais découvert sur un champ de bataille. Des centaines de fers de lance, des dizaines d’épées, de glaives, de casques, d’umbos, d’innombrables pointes de flèches, traits de balistes et boulets, sans oublier les clous des semelles des légionnaires, les chausse-trapes, et les redoutables aiguillons piqués dans le sol. On a même trouvé un lambeau de tente de cuir, préservé par miracle au fond d’un fossé humide. La photographie aérienne, elle a permis de retracer presque entièrement la double ligne fortifiée de César, respectivement 15 et 21 kilomètres de long, avec ses tranchées, ses portes, ses postes fortifiés, ses campements et ses tours de bois dont restent les trous de poteaux. Les grandes sécheresses de 1976 ou 2003 ont rendu service dans ce domaine : le blé jaunit toujours moins vite sur un fossé comblé. Quant aux quelques zones encore invisibles, elles devraient être bientôt révélées grâce à la télédétection par laser, un système qui ignore les pentes et les étendues boisées.

 

Il est important de rappeler que César ne réalisa de tels ouvrages qu’à Alésia, sachantmonnaie-bronze-alesia.jpg qu’il allait être pris en tenaille. Un dernier élément complète les indices favorables à Alise-Sainte-Reine : + de 700 pièces de monnaies ont été découvertes dans et autour de l’oppidum. Les archéologues y reconnaissent d’une part la solde des légionnaires, de l’autre le trésor de guerre gaulois. Parmi les pièces provenant de différentes tribus gauloises, on a retrouvé des pièces d’une grande rareté : il s’agit de monnaie de siège, de celles que l’on émet dans l’urgence, sur du métal de moindre valeur, avec probablement la promesse de les échanger si l’aventure tourne bien. Celle-ci sont à l’effigie de Vercingétorix, frappées sur du bronze avec un coin prévu pour l’or. Un coin[1] qui suit le chef partout où il va !

 

[1] L’interprétation des trouvailles d’Alise-Sainte-Reine par Jean-Baptiste Colbert-de-Beaulieu

L'examen des faciès permet certaines datations et peut être appliqué rétrospectivement aux trésors les mieux connus. Le cas d'Alésia fournit un exemple parlant. Les découvertes numismatiques faites lors des fouilles d'Alise-Sainte-Reine sous Napoléon III (474 monnaies gauloises trouvées dans les fossés de Grésigny, dont 134 d'argent) purent être comparées à d'autres faciès, notamment celui du trésor de Villette (commune de Saint-Laurent-du-Pont, Isère) découvert en 1919 et dont la date d'enfouissement est postérieure à 43 av. J.-C. Les deux faciès étant quasiment identiques, démonstration fut faite que les trouvailles d'Alésia étaient cohérentes et authentiques, contrairement à ce qu'affirmaient bien des détracteurs du site d'Alise, car il était impossible aux fouilleurs du Second Empire de créer un faux en anticipant d'un siècle sur la méthodologie numismatique. Il s'agissait d'un élément de poids dans la localisation du siège d'Alésia. L'étude des coins (monétaires) révéla aussi qu'à Alise des bronzes de Vercingétorix furent frappés en utilisant le coin destiné aux monnaies d'or, cas exceptionnel que Colbert de Beaulieu interpréta comme un symptôme de la situation de crise que fut le siège.

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20 octobre 2012 6 20 /10 /octobre /2012 06:40

           Vercingétorix

 

      Chapitre XXI - L'œuvre et le caractère de Vercingétorix.

 

3. De la manière dont il organisa son armée.

 

Car, du premier jusqu'au dernier jour de sa royauté, Vercingétorix ne fut et ne put être qu'un clef de guerre : toutes les ressources de sa volonté et de son esprit furent consacrées à l'art militaire.

N'oublions pas, pour l'estimer à sa juste mesure, qu'il s'est improvisé général au sortir de l'adolescence, et que ses hommes étaient aussi inexpérimentés dans leur métier de soldats qu'il l'était dans ses devoirs de chef. De plus, ils avaient, lui et eux, à lutter contre la meilleure armée et le meilleur général que le monde romain ait produits depuis Camille jusqu'à Stilicon. Aussi ont-ils eu peut-être, à résister pendant huit mois, autant de mérite qu'Hannibal et ses mercenaires, vieux routiers de guerres, en ont eu à vaincre pendant huit ans.

Vercingétorix dut créer son armée en quelques jours, et s’appliquer ensuite à la discipliner et à l’instruire. Il mit à la former une attention qui ne se démentit jamais, et il trouva, pour chacune des armes, la pratique qu’il devait suivre.

La cavalerie gauloise, hommes et chevaux, était supérieure par la hardiesse et la vivacité, mais elle se débandait vite à la charge ou dans les chocs, elle n’avait pas la force compacte et enfonçante des escadrons germains. Le chef gaulois lui évita, sauf à Dijon, les grands efforts d’ensemble ; il ne l’engagea qu’en corps détachés ; et de plus, il intercala dans ses rangs, au moment des combats, des archers et de l’infanterie légère, dont les traits appuyaient sa résistance ou protégeaient sa retraite tactique qu’il emprunta à la Germanie.

Les Romains avaient des troupes excellentes aux armes de jet, archers de Crète, frondeurs des Baléares, sans parler du javelot des légionnaires. Vercingétorix multiplia, dans son armée, les corps d’archers et de frondeurs, qui l’aidèrent maintes fois à préparer l’assaut des lignes romaines, par exemple à Gergovie et dans la dernière journée d’Alésia.

L’infanterie gauloise n’était qu’un ramassis d’hommes, fournis presque tous, sans doute, par174.jpg les vieilles populations vaincues ou les déclassés du patriciat celtique : Vercingétorix finit par en tirer un corps de quatre-vingt mille soldats qu’il déclarait lui suffire et qui se montrèrent, au moins à Gergovie et à Alésia, braves et tenaces.

L’armée romaine était toujours suivie d’un parc d’artillerie et comptait de nombreux ouvriers prêts à réparer ou à construire les machines. Le chef arverne, qui ne se fiait pas aux seules forces des hommes et des remparts pour attaquer les camps de César et défendre ses propres places, tira fort bon profit de ces talents d’imitation qui étaient innés chez les Gaulois : les gens d’Avaricum eurent des engins presque aussi ingénieux que ceux des assiégeants, et les soldats d’Alésia mirent en pratique les meilleurs systèmes pour combler les fossés et faire brèche dans les palissades.

Les légions, après le combat ou la marche du jour, se retranchaient chaque soir, et leurs camps étaient à peine moins solides que des citadelles : les Romains combinaient ainsi l’attaque et la protection, l’offensive et la défensive. Vercingétorix apprit à ses soldats à fortifier, eux aussi, leurs camps, et à les transformer en refuges devant lesquels hésitât l’ennemi.

Enfin, si imprenables que parussent les grandes forteresses gauloises, Gergovie et Alésia, avec leurs remparts et les escarpements de leurs rochers, il compléta toujours leurs défenses par des boulevards avancés, derrière lesquels il campait ses troupes, et qui retardaient encore l’assaillant loin du pied des murailles. Et ces boulevards furent toujours établis sur les versants des montagnes où les positions naturelles étaient les moins fortes.

Ainsi, Vercingétorix faisait peu à peu l’éducation militaire de son peuple, et ne laissait inutile aucune des leçons que lui apportait l’expérience des combats.

 

4. Sa valeur et ses défauts dans les opérations militaires.

 

Tout cela montre qu’il eut cette qualité supérieure du chef qui se sent responsable de la vie de ses hommes et de la destinée de sa nation : la science très exacte de ses moyens et de ceux de son adversaire, sans faux amour propre ni confiance dangereuse. Ce qui apparût plus encore dans la manière dont il régla les rapports de tactique entre les deux armées, la sienne et celle de César.

Sa cavalerie est trop fougueuse : il la dissémine pour qu'elle détruise sans risques les traînards et les fourrageurs de l'ennemi. Son infanterie est médiocre sur le champ de bataille : il l'emploie surtout dans la besogne, plus matérielle, des travaux de siège. Les légions romaines sont dures comme des villes : il ne les attaque pas de front, il essaie de les user lentement, par la faim et les escarmouches. Leurs camps sont inviolables : il leur oppose des forteresses inaccessibles, comme Gergovie. Les Gaulois aiment à combattre en de grandes masses, dont la sauvage inexpérience n'aboutit qu'à des massacres : il ne recourt à ces amas d'hommes qu'une seule fois, lorsque, à Alésia, en face des retranchements de César, allongés sur cinq lieues et protégés par des piéges et des redoutes continus, il ne peut avoir raison des lignes ennemies que sous la montée incessante de corps innombrables. — Je ne songe ici qu'aux affaires où Vercingétorix prit la décision la meilleure : mais ce fut, et de beaucoup, le plus grand nombre.

De même qu'il jugea presque toujours exactement le fort et le faible des armées, il sut souvent apprécier avec justesse la valeur d'une contrée et les ressources d'un terrain.

Jules César avait un sens topographique d'une rare sûreté. Vercingétorix eut moins de mérite à connaître les routes et les lieux de la Gaule. Encore est-il juste de constater qu'il usa adroitement de ses connaissances. Ses déplacements avant et pendant le siège d'Avaricum, — sa longue retraite, tantôt lente et tantôt rapide, mais toujours hors du contact de l'ennemi, depuis les abords de Bourges jusqu'aux murailles de Gergovie, — son apparition devant les légions, au moment où elles veulent franchir l’Allier, — l’habileté avec laquelle il se présenta à l’improviste prés de Dijon, coupant la route du Sud à César venu du Nord, — la célérité enfin avec laquelle il abrita sa fuite derrière Alésia : — tout cela indique chez lui l’intelligence des routes, l’entente des longues manœuvres, un calcul sérieux de la portée des marches et des contremarches.

Il sut moins bien manœuvrer sur le champ de bataille. Il manqua de cette rapidité et de cette acuité de coup d’oeil qui faisaient le génie de César, et que peut seule donner, à défaut de la nature, l’habitude des rencontres. Il ne devine pas, en une seconde, ce que l’ennemi va faire ou ce qu’il doit faire lui-même dans une situation donnée. Sur les bords de l’Allier, il laisse César s’assurer du passage par une ruse d’enfant. À Gergovie, il perd La Roche-Blanche avec la même facilité et par un procédé presque semblable ; il commet l’imprudence de dégarnir ses camps au moment où César va les attaquer, et il l’attend à l’Ouest quand l’autre monte par le Sud. Le jour de la défaite de sa cavalerie, près de Dijon, il ne sait pas fortifier la colline qui domine la plaine et d’où les Germains le délogent si vite. Enfin, à Alésia, il s’use trois fois inutilement contre les lignes des vallons. Peut-être, à propos de la plupart de ces circonstances, est-il bon de rappeler que Vercingétorix, comme tous les Gaulois, n’avait point l’idée du stratagème militaire : je ne constate pas qu’il ait employé la ruse pour son compte, et il est presque toujours trompé par celle de l’ennemi. Ce fut aussi le cas de Camulogène devant Paris : les Gaulois, disaient les anciens, étaient, à la guerre, d’une nature simple et qui ne soupçonne pas la malice.

Un autre reproche que les tacticiens leur avaient fait, c’était de manquer de circonspection. Vercingétorix, dès le commencement, est guéri de ce défaut. Il se rend compte, autant que César lui-même, que connaître et prévoir font la moitié de la victoire. Tout ce qui est arrivé de fâcheux aux Gaulois, — le danger de garder Avaricum, la défaite en bataille rangée, l’échec d’une attaque partielle pour sauver Alésia, — il l’a annoncé et prédit : et ce fut cette réalisation de ses pronostics qui le rendait si populaire dans la foule, même après un désastre. Sa raison fit parfois de lui un prophète. Il n’espérait jamais la victoire sans se préparer pour la défaite, puisqu’il avait prévu qu’Alésia et Gergovie lui serviraient de refuges. — À l’heure du campement, il savait trouver le terrain favorable : il a eu, autour d’Avaricum, deux ou trois positions successives, sans autre protection que des défenses naturelles, et pas une seule fois César n’osa l’attaquer. — Pendant les marches, il ne s’est jamais laissé surprendre, et il a surpris plusieurs fois son adversaire. César avoue lui-même qu’il avait beau changer les heures et les routes des expéditions au fourrage, Vercingétorix ne manquait jamais de fondre à l’improviste sur ses ennemis.

L’Arverne parait avoir organisé, autour et à l’intérieur de l’armée romaine, un vaste service d’espionnage et de renseignements : il a dû, contrairement aux habitudes gauloises, multiplier les éclaireurs, et l’on sait que c’est souvent, en campagne, la condition essentielle du succès : de faibles armées ont pu remporter de très grands avantages, par cela seul qu’elles transformaient en éclaireurs un dixième de leur effectif.

Après cela, les autres qualités militaires de Vercingétorix, son courage, sa constance, son sang-froid, sont choses banales, et autant du soldat que du général. Il me semble, en relisant César, que Vercingétorix a été assez sage pour ne pas se lancer inutilement lui-même au milieu des grandes mêlées. On ne dit pas qu’il se soit exposé avec cette belle imprudence que le proconsul montra quelquefois. Si cela est vrai, le chef gaulois eut raison de croire que sa vie était le principal instrument de salut de son armée et de la Gaule.

 

À suivre...

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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 07:47

Voyageurs et commerçants parcourent de longues distances au sein de l’empire romain ; aussi doivent-ils marquer des pauses durant leur périple. Il faut se restaurer, dormir, se réchauffer aussi.

Des auberges plus ou moins confortables jalonnaient leur parcours.


Durant l’Antiquité, les aubergistes n’étaient guère appréciés du reste de la population. Les textes latins les dépeignent sous les traits les plus sordides. « Ce n’est pas pour rien que les voyageurs les maudissent tous ces aubergistes ! » dit l’un des protagonistes du roman d’Apulée, L’Ane d’or ou Les Métamorphoses (I, 17).

Anciens esclaves, souvent d’origine étrangère, ils troublent fréquemment l’ordre publique, quant aux tenancières et leurs serveuses, elles sont systématiquement assimilées à des sorcières et à des prostituées.

Taxés de fourberie et d’avarice, les aubergistes gardent pour eux le fourrage destiné aux173.jpg bêtes de leurs clients et allongent volontiers leur vin. La nourriture qu’ils servent est médiocre et la salle enfumée sent le graillon.

Les plats ne sont guère appétissants, il faut être affamé pour vider son assiette ; et pas trop fragile de l’estomac. Le poète bordelais Ausone évoque un brochet, tout juste bon pour les estaminets (Moselle, 124).


Confort et hygiène ne sont pas souvent au rendez-vous, les lits sont même parfois rongés par la vermine. Un graffiti de Pompéi traduit bien la rusticité et l’inconfort de ces lieux de passages : « Nous avons pissé au lit. Nous avons eu tort, aubergiste, je l’avoue. Si tu veux savoir pourquoi : il n’y avait pas de pot de chambre ! »

On comprend mieux dès lors, pourquoi les auberges ne sont fréquentées que par les gens de petite condition. Les riches et les personnes de qualité – comme les patriciens – préfèrent lorsqu’ils voyagent, se faire héberger chez des amis selon une vieille tradition romaine d’hospitalité.


En milieu urbain, l’auberge (caupona, copona) est logiquement établie à proximité des portes de la ville, là où arrive le voyageur. Tel est par exemple le cas à Pompéi près desMusee_de_Treves_Stele_du_marchand_de_vin.jpg portes de Stabie et d’Herculanum. Dans les campagnes, elles se situent le long des grandes voies, offrant le gîte et le couvert car il est dangereux de se déplacer de nuit. Dans son traité De l’Agriculture, l’agronome latin Varron recommande d’ailleurs la création de ces établissements lorsque les conditions sont favorables : « Sans doute si, dans une propriété qui avoisine une grande route, il se trouve un emplacement propre à la réception des voyageurs, on fera bien d’y construire une auberge » (I, 2, 23).


En Gaule romaine, plusieurs auberges ont été identifiées, notamment à la Brune d’Arles (13), à Revelles (80), à Soumaltre (Aspiran, 34), aux cols du Grand et du Petit Saint-Bernard, à Ambrussum (Villetelle, 34), et peut-être dans les deux agglomérations secondaires de Bliesbruck-Reinheim et de Barzan (17). Ces établissements de service, construits à quelques mètres de la route, sont généralement caractérisés par la présence d’une porte charretière, d’une vaste cour entourée d’un portique sommaire pour abriter les animaux, d’un abreuvoir et de pièces munies de foyer pour la cuisson des aliments. La découverte d’un outillage indispensable aux réparations des véhicules et à l’entretien des bêtes de somme (comme à Ambrussum) permet également de trancher quant à leur fonction.


L’aubergiste n’hésite pas à attirer l’attention du voyageur par une enseigne volontiers racoleuse. Ainsi à Lyon, l’un d’eux proclame : « Mercure te promet le profit, Apollon la santé et Septumanus le gîte et le couvert. Celui qui viendra ici se portera mieux après.171.jpg Voyageur veille à l’endroit où tu séjournes » (C.I.L., XIII, 2031). Pour la clientèle qui ne sait pas lire, les auberges se signalent par les vives couleurs de leur façade et des peintures de tonneaux et de vases à boire. Elles portent des noms suggestifs : « Au coq de basse-cour », « Au dragon », « A l’éléphant », « Aux quatre sœurs », « Aux sept frères », « Aux filles d’Asselina », « Au Phénix »… L’intérieur est orné également de peintures qui représentent la vie de l’auberge, à l’instar de l’établissement de Salvius à Pompéi, où les consommateurs ont sous les yeux des scènes de jeux de dés et de bagarres.

On connait l’identité de près de quatre-vingts aubergistes en Italie et en Gaule, dont cinquante-six à Pompéi. À Sens (Yonne), l’épitaphe d’un tenancier du IIe siècle précise : « Consacré aux dieux mânes. A Primius Fronto, aubergiste d’origine trévire. Ses amis ont élevé ce monument à leurs frais » (C.I.L., XIII, 2956). À Nîmes, l’un d’eux, citoyen romain et probablement propriétaire mais non tenancier, porte le nom de Lucius Trebonius Nicephorus tandis qu’à Narbonne, Lucius Afrianus est un affranchi. D’autres stèles funéraires évoquent des aubergistes à Bourges et à Autun. À Aesernia (Italie), leaesernia.jpg couple de tenanciers formé par Lucius Calidius Eroticus et Fannia Voluptas (tout un programme, et manifestement des pseudonymes professionnels !) ne devait pas manquer de pittoresque. Du moins si l’on en croit leur épitaphe commune. Au-dessus d’un relief figurant un client sut le départ est gravé ce savoureux dialogue :

« - Aubergiste, faisons nos comptes !

 – Tu as pris une mesure de vin, du pain : 1 as. Pour le ragoût : 2 as.

– D’accord. –Pour la fille : 8 as.

– Cela ma va aussi.

– Le foin pour le mulet : 2 as.

– Ce maudit mulet me ruinera ! » (C.I.L., IX, 2689).

 

 

Images :Scène d'auberge et de ravitaillement en vin. Musée de Trèves (Allemagne).  _  Stèle d'Aesernia (Italie)

 

Source : L'Archéologue N° 105

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17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 06:24

             Vercingétorix

 

     Chapitre XXI - L'œuvre et le caractère de Vercingétorix

 

1. Résumé et brièveté de sa carrière historique.

 

Vercingétorix survécut six ans à sa défaite ; mais sa carrière historique finit à l’instant où César ordonna de le traiter en captif.

Elle avait commencé il y avait moins d’un an : elle tenait à peine dans trois saisons. Vercingétorix était apparu au cours de l’hiver : il disparaissait avant que l’hiver fût revenu. L’épopée dont il avait été le héros dura l’espace de dix mois.

En décembre et en janvier, c’est l’insurrection de la Gaule qui s’organise, en un clin d’oeil, dans un pays que César regardait comme soumis. En mais, c’est le siège d’Avaricum, où Vercingétorix montra pour la première fois à son adversaire une armée celtique qui sût obéir à la discipline. En mai, la résistance de Gergovie ne laisse plus à César que l’espoir de la retraite. Puis, brusquement, en été, survient cette bataille de Dijon où le proconsul romain ne l’emporta qu’au péril de sa vie. Et enfin, à l’entrée de l’automne, se déroule et finit le triple drame d’Alésia, où près de quatre cent mille hommes se réunirent pour décider du sort de Vercingétorix.

L’œuvre du roi des Arvernes, dans l’histoire des grands ennemis de Rome, n’est point à coup sûr comparable à celle d’Hannibal et de Mithridate ; elle n’en a pas l’étendue, la variété, la portée générale. Vercingétorix n’arma qu’une nation, et les deux autres dirigèrent la moitié du monde. Mais, comme tension de volonté et application d’intelligence, les trois campagnes d’Avaricum, de Gergovie et d’Alésia, ramassées en unver2.jpg semestre, valent Trasimène, Cannes et Zama, échelonnées en dix-huit ans.

Puis, le Gaulois eut sur les adversaires de Rome, sur les deux plus grands, Hannibal et Mithridate, comme sur les moindres, Jugurtha, Persée, Philippe, l’avantage de ne combattre qu’avec la force de la jeunesse, et d’être brisé d’un seul coup. À défaut de la victoire, la fortune lui a donné le privilège de ne point vieillir dans la défaite et de ne point s’enlaidir à la recherche d’un asile et dans les craintes de la trahison. Sa courte vie de combattant eut cette élégante beauté qui charmait les anciens et qui était une faveur des dieux.

 

2. Son mérite comme administrateur et son influence sur les hommes.

 

Jugeons de plus près ce qu’il a accompli dans ces dix mois.

Sans avoir fait l’apprentissage de l’autorité, Vercingétorix s’est montré, du premier coup, digne de l’exercer. Je ne parle pas seulement de son mérite de chef militaire, je l’examinerai tout à l’heure. Mais il m’a semblé entrevoir en lui quelques-unes de ces qualités administratives qui donnent seules le droit de gouverner les hommes.

Il a le goût des ordres précis et la volonté d’être ponctuellement obéi ; il fixe des dates, indique des chiffres, marque des lieux de rendez-vous : ses décisions sont prises sans tâtonnement dans la pensée, sans flottement dans l’expression. Il sait que le commandement d’autant mieux exécuté qu’il est plus rapide, plus net et plus clair. Ses secrets sont bien gardés, et c’est une des plus rares vertus des gouvernants que d’obliger leurs auxiliaires à se taire : au moment de la conjuration de la Gaule, tandis que Comm se laisse dénoncer à Labienus, personne ne parait avoir connu les manœuvres de Vercingétorix ; et même au dernier jour d’Alésia, c’est encore à l’improviste qu’il se montre à César.

Il a la perception très lucide de ce qu’il faut faire pour arriver à un résultat déterminé : qu’il s’agisse de masser des troupes sur un même point à l’heure utile, ou d’amener des assemblées d’hommes à se résoudre au jour opportun. Il est réfléchi, consciencieux et logique. Il évalue avec justesse les instruments, soldats ou chefs, étapes de marches ou passions politiques, qu’il lui faut mettre en œuvre. J’imagine qu’il sut jauger les chefs ses égaux, s’il est vrai qu’il les effraya d’abord et les acheta ensuite : et il a reconnu les bons, si Lucter et Drappès ont été ses principaux auxiliaires. Il a l’expérience des faiblesses de la foule : voyez avec quelle habileté il a écarté des Gaulois, impressionnables comme des femmes, la vue des fugitifs d’Avaricum ; et c’est peut-être parce qu’il a soupçonné les lâchetés des grands qu’il s’est offert en victime expiatoire. Ses négociations avec la Gaule furent habiles, puisque après tout il l’a soulevée presque entière, et s’est fait accepter d’elle comme chef.

Sa grande force sur les hommes venait de ce qu’il ne les craignait pas. Il affronta toujours les siens, conseil ou multitude, du même air de bravoure tranquille qu’il affronta, vaincu, le tribunal de César. Aussi obtint-il des Gaulois non certes tout ce qu’il aurait voulu, mais au moins ce que pas un autre Gaulois, avant et après lui, ne put leur imposer. Gens d’indiscipline, il les mata sans relâche. Prés d’Avaricum, ils voulaient combattre : il les laissa à portée de l’ennemi, ne les empêcha pas de le voir, et les fit y renoncer. Au pied de Gergovie, il arrêta à son gré l’élan de la poursuite. L’idéal des soldats celtes était la bataille : il la leur refusa toujours, à une fois près, qui fut la journée de Dijon. Tous ses compagnons tiennent à leurs richesses : il put un jour décider le plus grand nombre à les brûler eux-mêmes. Les Gaulois répugnaient au travail matériel : il les habitua à faire une besogne de terrassiers.

Car il savait la manière de parler et de plaire. En dehors du conseil des chefs, où la jalousie ne désarmait pas toujours, il paraît avoir été fort aimé dans la plèbe des soldats ; elle l’acclamait volontiers, et il est probable que Vercingétorix, comme son prédécesseur Luern, prenait avec elle des allures de démagogue. Il eut en tout cas, d’un chef populaire, l’éloquence fougueuse et entraînante. Même à travers la phrase paisible de César, on devine qu'il était un orateur de premier ordre. Il avait le talent de faire vibrer les passions, et d'en tirer, en toute hâte, les adhésions qui lui étaient nécessaires : peu d'hommes ont su, comme lui, retourner les volontés ou changer les sentiments d'autres hommes. Accusé de trahison au moment où il prend la parole, il termine en étant proclamé le plus grand des chefs. Les Gaulois sont battus à Avaricum, et, sur un mot de Vercingétorix, ils se persuadent presque qu'ils sont invincibles.

Mélange d'entrain et de méthode, de verve et de calcul, l'intelligence de Vercingétorix était de celles qui font les grands manieurs d'hommes : je ne doute pas qu'elle ne fût de taille à organiser un empire aussi bien qu'à sauver une nation. — À moins, toutefois, que le désir de vaincre et la continuité du péril n'aient tendu cette intelligence à l’extrême et ne lui aient donné une vigueur d'exception : tandis qu’en des temps pacifiques, elle se serait peut-être inutilement consumée.

 

À suivre...

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15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 06:04

Il y a en France 7 965 rues de l'Église (et 5 755 Place de l'Église)* ce qui fait de cet odonyme le plus répandu de notre pays. Viennent ensuite les Grande Rue (3 943), rue du Moulin (3 566), Place de la Plaine (3 430), rue du Château (2 963), rue des Écoles (2 779) etc.

Les rues qui indiquent la proximité d'un édifice datent pour un grand nombre du Moyen Âge. En effet, à cette période les dénominations répondaient à une logique fonctionnelle : le nom de la voie était en rapport avec le lieu qu'elle dessert, ce lieu étant religieux ou civil : « rue de l'Église », « place du Marché », « rue du Moulin », etc.

Les XVIIe et XVIIIe siècles marquèrent une rupture avec le Moyen Âge et la dénomination fonctionnelle. Les voies portèrent alors le nom des Grands du royaume (ce procédé aurait été inspiré par Sully) : « place Louis-le-Grand » (pour Louis XIV), « rue de Condé » (pour la maison de Condé)...

La Révolution Française occasionna de nombreuses débaptisations, puis durant l'Empire, on revint souvent en arrière (retour des rues Saint-Antoine, de l'Église, etc.) et apparition de rues portant le nom de généraux et de victoire militaire (rue de Wagram, rue Ney , etc.)

À la fin du XIXe siècle, la guerre franco-prussienne de 1870 et l'annexion de l'Alsace et de la Moselle par l'Allemagne, incitèrent de nombreuses communes à créer des boulevards de Strasbourg, de Metz, d'Alsace-Lorraine, etc.

Au XXe siècle l'éclectisme domine. Les courants principaux sont les personnages célèbres, les régions géographiques et les pays (« rue de Colmar », « avenue du Japon », « route de Paris », etc.) et enfin les références à la nature (« allée des Roses », « rue des Alouettes », etc.).

Aujourd'hui, on dépense surtout du temps, de l'énergie et souvent l'argent du contribuable, à dénicher les rues portant le nom de personnages dont l'action ou l'opinion ne correspond pas aux canons de l'idéologie politique dominante. (voir Révolution Française)

 

Il est donc tout à fait logique de retrouver dans nos rues des traces de nos ancêtres gaulois.


Rue d'Alésia  à Paris[1], à Montigny-le-Bretonneux(78), à Aulnay-sous-bois, Livry-Gargan, à Bobigny(93), à Saint-Avé(56), à Crans(39), à Carcasonne(11), à Lure(70), ou à Caudebec-lès-Elbeuf(76).

Rue de Bibracte à Château-Chinon(58).

Rue des Gaulois à Pfastatt(68), à Juvisy-sur-Orge(91), à Sausheim(68), à Vigneux-sur-Seine(91), à Geispolsheim(67), à Landes-le-Gaulois(41), à Chécy(45), à Plouhinec(29), à Grentzingen(68), ou à Dijon(21). Avenue des Gaulois à Jullouville(50).

Rue des druides à Senantes, Maillebois et Chartre(28), à Gruchet-le-Valasse etRUEDRUIDES.jpg Caudebec-lès-Elbeuf(76), à Gretz-Armainvilliers(77), à Saumur(49), à Les Sorinières(44), et à Évreux(27). Avenue des druides à Saint-Pierre-Quiberon, Carnac(56), à Roquebrune-sur-Argens(83), à Apt(84), à Saint-Grégoire(35), à Nantes(44), à La Roche-Blanche(63).

Rue de Gergovie  à Paris[2], à Aubière, Ceyrat, La Roche-Blanche, beaumont, Cournon-d'Auvergne, Lempdes, Romagnat(63), à Chécy(45), et à Agen(47).

Rue des Arvernes à Sorinière(44), à Fontaine-lès-Dijon(21), à La Roche-Blanche, Brassac-les-Mines(63), à Coren(15), à Montigny-le-Bretonneux(78), et à Saint-Chély-d'Apcher(48).

Rue des Sénons à Auxerre.

Rue des Atrébates à Athiès(62) et Allée des Atrébates à Saint-Laurent-Blangy(62)

Rue des Carnutes à Millançay, et Chaumont-sur-Tharonne(41), à Meslet-le-Grenet et Fontenay-sur-Eure, et à Chartres(28), à Saint-Arnoult-en-Yveline(78), à Pithivier-le-Vieil et à Orléans(45).

Rue des Éduens à Autun et Broye(71).

Rue des Parisii à Rungis(94), à Saint-Arnoult-en Yvelines(78).

Rue des Pictons à Rezé(44)

Rue des Vénètes à Vannes, Sarzeau, Plescop, Monterblanc, Surzur, Damgan, Locminé, Saint-Gildas-de-Rhuys, Plougoumelen(56), à Saint-Nazaire(44).

Rue des Sequanes à Thise(25).

Rue des Nerviens à Landrecies(59).

Rue des Bellovaques à Beauvais(60).

Rue de Brennus à Saint-Denis(93), à Sens(89).

Rue Vercingétorix à Paris[3], à Venarey-les-Laumes et Dijon(21), à Aubierre, Beaumont, La Bourboule, Perignat-lès-Sarlières, Ceyrat, Orcet, Romagnat, La Roche-Blanche(63), à Béziers(34), à Juvisy-sur-Orge(91), à Houilles, Montigny-le-Bretonneux(78), à Reims(21), à Eaubonne(95), à Cognac(16), Neung-sur-Beuvron(41), à Vitry-sur-Seine(94), à Vierzon, Saint-Florent-sur-Cher(18), à Langeac(43), à Saint Flour(15). Avenue Vercingétorix à Bordeaux(33), à Clermont-Ferrand, Riom(63), à Aulnay-sous-Bois(93). Boulevard Vercingétorix à Brioude, Craponne-sur-Arzon(43), à Courpière(63), à Argenteuil(95). Square Vercingétorix à Rennes(35).

Une rue Vercingétorix existait à Casablanca (Maroc), dans le quartier des Roches-insolite-maroc05.jpgNoires. Cette rue s'appelle aujourd'hui rue Versain-Getorex. Jusqu'en 1956, année où le Maroc est devenu indépendant, les écritaux étaient uniquement en français. Ensuite, le bilinguisme français-arabe est apparu dans les rues, donnant lieu parfois à des noms fantaistes.



 

 

* source Wikipédia

[1] La rue d'Alésia sur Scripta Manent

 

 

Sources : Noms et nombre de voies les plus représentées en France, laposte.fr _ Dictionnaire Historique des rues de Paris, Jacques Hillairet éd. Les éditions de minuit

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13 octobre 2012 6 13 /10 /octobre /2012 07:28

             Vercingétorix

 

     Chapitre XX - Transformation de la Gaule.

 

4. Transformation des grands dieux.

 

Les dieux, au contraire, ne sortirent pas de leurs sanctuaires : ils se transformèrent sur place, aussi rapidement que les hommes. Déjà, et même avant Vercingétorix, ils avaient dans leur caractère et leur attitude quelques traits de ressemblance avec les dieux de la Grèce et de Rome. Quand César parle de Bélénus et de Teutatès, il les appelle, à la Latine, Apollon et Mercure. Ils lui paraissent si voisins des dieux publics du peuple romain, qu’il se plait à ne point distinguer les uns et les autres : comme s’il voulait montrer aux Gaulois qu’adorant des divinités semblables à celles de Rome, ils pouvaient bien obéir à son proconsul. De fait, pendant la guerre de l’indépendance, les patriotes ont pu croire que leurs dieux s’entendaient avec Rome : c’est la divinité, disaient-ils, qui aidait les légionnaires à construire leurs formidables engins de siège ; c’est elle qui a trahi Uxellodunum.

Les divinités celtiques, pas plus que celles de l’Italie et de la Grèce, n’avaient la haine tenace. Elles étaient faites à l’image d’Éporédorix et de Diviciac. Elles ignoraient l’âpre obstination des dieux sémitiques, la folie courageuse des patrons d’Hasdrubal et de Barcochébas, le tempérament irréductible de Iahvé. Dès les temps de Vercingétorix et de Lucter, Bélénus et Teutatès s’estompaient dans le crépuscule en prenant peu à peu une forme latine, tandis que les deux grands chefs se dressaient, toujours en armes, sur les hauts lieux de leur patrie.

Les Gaulois, une fois soumis, affublèrent de titres romains plus volontiers encore leursmercure-gallo-romain1 dieux que leurs familles et leurs villes. Le nom de Bélénus fut rapidement oublié pour celui d’Apollon. Les divinités des montagnes et des sources arvernes se dissimulèrent sous la protection de Jupiter ou de Mars. Le principal dieu gaulois changea, de gré ou de force, son nom de Teutatès en celui de Mercure ; et, ce qui fut plus grave, il reçut un à un les attributs du dieu gréco-romain, le pétase et le caducée, la bourse et les talonnières, l’élégance et la jeunesse.

Ne disons pas que Teutatès fut chassé par Mercure de son sanctuaire. Ce qui se produisit fut tout différent. Les peuples continuèrent à visiter les mêmes temples, à gravir les mêmes sentiers qui conduisaient aux sommets consacrés ; ils n’eurent pas à modifier leurs habitudes de prières et leurs chemins de dévotions ; et ils ne trouvèrent pas subitement un dieu romain à la place du dieu celtique. Ce fut celui-ci qui se transfigura par degrés, qui se perfectionna, comme un fils de Gaulois sous les leçons des rhéteurs latins.

 

5. Le Puy de Dôme cent ans après Vercingétorix.

 

Au temps de Néron, un siècle après la chute d’Alésia, la Gaule avait à peu près fini sa transformation extérieure : je ne parle, bien entendu, que de la noblesse, des grands dieux, et des villes capitales.

Nulle part, alors, on n’avait une impression plus nette et plus forte de ce qu’elle était devenue, qu’en s’arrêtant au sommet du Puy de Dôme, et en contemplant l’horizon arverne, celui sur lequel s’était si souvent posé le regard de Vercingétorix. — La vieille montagne autrefois l’asile redouté d’une divinité aux rites sanglants, est maintenant la résidence d’un dieu à la figure accorte et à l’humeur hospitalière, dont la statue colossale rayonne au milieu des bigarrures des marbres précieux. Dans la plaine prochaine, Augustonémétum ou Clermont apparaît avec ses temples au fronton grec et ses statues en toge romaine. Et en face de la cité nouvelle, se dresse, solitaire et farouche, le mont désert de Gergovie.

 

6. Tentatives de révolte en 69-70 : le congrès de Reims et la fin du patriotisme gaulois.

 

Qu’après cela, l’occasion s’offre à la Gaule de reconquérir sa liberté : on peut être sûr qu’elle ne la saisira pas.

Au milieu des désordres qui accompagnèrent la mort de Néron (69), l’empire romain parut entièrement disloqué, et le symbole même de sa grandeur, le Capitole, s’effondra dans l’incendie. Comme au moment des guerres civiles qui avaient suivi le départ de César et le passage du Rubicon, les bardes se remirent à chanter ou les druides à prophétiser : Même après la bataille de l’Allia, disaient-ils, le Capitole était resté debout, et l’empire de Rome avec lui : le voilà tombé maintenant, les dieux ont allumé son incendie comme un signal de leur colère, comme un présage pour assurer aux nations celtiques la conquête de l’univers. Quelques chefs, s’enthousiasmant à leur tour dans la verve de leurs entretiens, crurent à l’avènement de l’empire des Gaules ; ils s’écriaient, imitant Vercingétorix après Avaricum, que leur race, lancée sur le monde, ne s’arrêterait plus qu’au gré de sa volonté : et ceux qui entendaient ces harangues croyaient et applaudissaient (70).

Mais chants de poètes, prophéties de prêtres, propos d’exaltés, n’étaient plus alors que de vains bruits, l’écho vague et inconscient des choses d’autrefois. Ni les peuples ni les dieux de la Gaule ne comprenaient le sens de ces grands mots.

La prudence revint aussi vite que la folie. Un conseil général se réunit à Reims, pour délibérer sur la paix ou la liberté : la liberté celtique ou la paix romaine. Mais ce congrès ne ressemblait que par son titre et par le nombre des chefs à celui du Mont Beuvray. Tout y était d’aspect romain. La plupart, et peut-être la totalité de ces hommes, étaient citoyens, et portaient des noms latins. La ville où ils siégeaient, librement étendue dans la plaine, était une cité moderne, et ne connaissait plus que les dieux nouveaux, Mercure, Rome et Auguste. Enfin, les paroles qui furent prononcées montrèrent que les âmes avaient changé comme l’extérieur.

Un délégué trévire s’éleva avec violence contre l’empire romain. Un chef rémois lui répondit, en célébrant les bienfaits de la paix et les avantages de la soumission. L’assemblée loua les intentions du Trévire et adopta les sentiments du Rémois.

Ce qui l’inquiéta le plus, ce fut l’incertitude du lendemain : Si l’on se levait contre Rome, à quelle nation reviendrait l’honneur de commander ? Si l’on remportait la victoire, quelle ville serait la capitale du nouvel empire ? Il y eut même des chefs qui, dans le cours des débats, affirmèrent les droits de leur peuple au principat de la Gaule, comme avaient fait les Éduens avant l’assemblée du Mont Beuvray.

Cela suffit pour décider le congrès de Reims à faire une déclaration de fidélité au peuple romain. Par crainte d’une hégémonie celtique, les Gaulois préférèrent l’égalité dans la dépendance, et ils attendirent avec respect les ordres du légat de Vespasien.

Les rivalités qui avaient assuré la victoire de César subsistaient toujours en Gaule ; mais il n’y restait plus aucun des sentiments qui avaient inspiré Vercingétorix.

 

À suivre...

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12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 05:04

 

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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 07:06

             Vercingétorix

 

     Chapitre XX - Transformation de la Gaule.

 

1. Progrès de la patrie romaine.

 

Ce jour-là, les Romains avaient chanté, sur le passage du dictateur : Les Gaulois suivent le triomphe de César : mais il les mène ensuite siéger dans le sénat. Ce qui n’était alors qu’une boutade populaire devint bientôt une réalité.

Il restait encore des témoins de la lutte qu’avait dirigée Vercingétorix : les familles des chefs qui avaient combattu avec lui ; les villes qu’il avait armées et défendues contre César ; les divinités dont il avait cru faire la volonté. Les deux générations qui suivirent sa mort, celles qui obéirent à Octavien Auguste (44 av.-14 ap. J.-C.), virent ces témoins disparaître ou se transformer. Ces êtres gaulois ne furent plus seulement soumis à Rome, mais romains d’apparence et d’intention. Les Celtes se préparèrent à aimer le peuple qui les avait vaincus, en copiant ses hommes, sa ville et ses dieux. Leur patriotisme romain naquit peu à peu de l’oubli des traditions gauloises.

 

2. Transformation des chefs.

 

Si quelques chefs s’agitèrent encore, ce fut chez les peuples qui avaient le moins dépendu du roi de Gergovie : les Bellovaques, les Aquitains, les Morins et les Trévires. Mais la noblesse des nations qui s’étaient confédérées à Bibracte, cherchaient, comme on disait à Rome, le chemin qui mène au sénat.

César ou Auguste donnèrent aux plus grands chefs le titre de citoyens romains : ils170 s’appelèrent désormais du nom de Julius et entrèrent ainsi dans la grande tribu des Jules, qui fournissait au monde une famille divine. Dans leurs cités, ils administraient paisiblement leur peuple sous la surveillance du gouverneur provincial : ils ne tarderont pas à échanger l’appellation barbare de vergobret, pour la qualité plus élégante de préteur. Aux frontières, ils redevenaient chefs de guerre, et combattaient les Germains à la tête des hommes de leurs tribus ; mais, officiers de Rome, ils prenaient le titre de préfets de la cavalerie : Rome leur avait ôté l’indépendance, elle leur laissait le pouvoir, orné d’un grade supérieur dans l’armée de l’empire. Comment résister à de telles séductions ? Le fils ou le petit-fils d’Éporédirix l’Éduen, peut-être l’ancien ami du proconsul, porte les noms de Caïus Julius Magnus, comme s’il ne valait dans le monde que par les noms de César ou le surnom du grand Pompée ; il donne à son fils, Lucius Julius Calénus, le surnom qui avait été celui d’un légat de César, et ce dernier héritier d’une vieille famille éduenne deviendra tribun militaire.

À voir ces hommes, sinon à les entendre, nul ne les distingue plus des descendants de sénateurs romains. Les nobles éduens avaient du goût pour la prêtrise et la passion de l’autorité : on prit chez eux le premier grand-prêtre qui fut chargé, au nom de la Gaule, de célébrer devant l’autel du Confluent lyonnais le culte de Rome et d’Auguste : et c’est par cette suprême dignité religieuse que les mieux nés ou les plus heureux de tous les Gaulois pourront terminer leur carrière militaire et civile.

Ils se gardaient bien, sur les monuments ou les tombeaux qu’ils se faisaient élever, de rappeler des souvenirs qui ne fussent pas romains. On a retrouvé près de Cahors la dédicace d’une statue élevée à un Lucter, descendant ou parent de ce Cadurque qui fut le meilleur collaborateur de Vercingétorix, et qui mourut peut-être avec lui, le jour du triomphe de César ; elle porte ces mots, en langue romaine : À Luctérius, fils de Luctérius, qui a rempli tous les honneurs dans sa patrie, qui a été prêtre de l’autel d’Auguste au Confluent, la cité des Cadurques reconnaissante a élevé cette statue. À quinze lieues de là, Uxellodunum, où son ancêtre avait armé les Cadurques contre César, n’était plus qu’une ruine abandonnée : mais, dans la nouvelle résidence assignée au peuple, les noms et les titres de Luctérius s’étalent en formules latines sous une statue drapée de la loge romaine.

 

3. Transformation des grandes villes.

 

Car les grandes villes gauloises de montagne, comme Uxellodunum, Alésia, Bibracte, Gergovie, avaient été désertées pour des séjours plus abordables et plus pacifiques ; puissamment assises sur des roches en partie inaccessibles, elles inquiétaient Rome par ce qu’elles valaient et par ce qu’elles rappelaient : Alésia et Uxellodunum n’avaient été prises que par la faim ou la soif, Bibracte et Gergovie étaient demeurées inviolables. Elles cessèrent, peu d’années avant l’ère chrétienne, d’être des capitales de peuples et des refuges de tribus.

Alésia descendit de son plateau pour s’installer dans un repli de la montagne. Les Éduens quittèrent l’escarpement du Beuvray, et s’établirent, au delà de l’Arroux, sur les pentes gracieuses et mollement inclinées des collines autunoises. Les Arvernes remplacèrent leur triste donjon de Gergovie par les terres grasses et ondulées du nord de l’Artières. Des villes neuves furent bâties près des plaines, à mi-coteau, pour servir de capitales aux grandes nations de la Gaule : Augustodunum ou Autun, Augustonémétum ou Clermont. Car, pour leurs nouvelles cités, Éduens et Arvernes acceptèrent des appellations nouvelles, et ces noms, comme ceux de Caïus ou de Julius que portaient les nobles, étaient des marques de dépendance. Augustodunum, c’est la ville-dortoir d’Auguste, Augustonemetum, c’est le bois sacré d’Auguste. Pendant que les chefs entraient dans la clientèle impériale, les villes prenaient l’empereur comme fondateur éponyme.

 

À suivre...

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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 06:30

Ah Paris, ville lumière ! Les champs Elysées, les Grands boulevards, Pigalle, les illuminations de Noël*, les enseignes des grands magasins, une ville toujours éclairée, qui ne dort jamais. C’est pour toutes ces raisons que l’on a appelé la capitale : ville lumière.

 

Ce surnom serait donc assez récent et serait dû à l’une des très nombreuses inventions deparis_014.jpg Thomas Édison : l’ampoule électrique. Tout cela est très logique, évident même, sauf que…

 

La Lucetia Parisiorum, citée par Jules César, doit son nom au gypse des carrières proches de la ville, qui, avec l’éparpillement de ses poussières, recouvrait arbres, routes et habitations, pour laisser apparaître un panorama resplendissant, comme si elle était dotée d’une lumière propre.


Zeus, en tant que donneur de lumière, était aussi appelé Lucetius, et Héra, lié à la lumière lunaire, était surnommée Lucetia (dans ces deux cas, la composition du nom utilise la racine grecque leuk ; en latin lux ; en italien luce ; en français « lumière »).


Le nom de Lucotèce fut donné à une banlieue de Lutèce, située sur la rive gauche de la Seine, à l’emplacement de l’actuel Jardin des Plantes. Il viendrait du mot gaulois lucotetia, qui signifie « marais ». À moins que ce ne soit l’inverse. Autrement dit, que les gaulois aient utilisé le nom de la ville bâtie sur un marais, et citée par Ptolémée, pour en faire un nom commun signifiant « marais »… Le nom de Lutèce est la forme francisée de Lucetia, utilisée par César dans la Guerre des Gaules.

 

Alors, Lutèce, ville lumière...

 

 

* En vérité, les illuminations féériques ont quasiment disparue de la capitale. Par ailleurs, utiliser le mot Noël pour désigner la période, se fait de moins en moins. Noël étant volontairement noyé dans le terme : fêtes de fin d'année : appellation laïque.:

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6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 06:33

            Vercingétorix

 

     Chapitre XIX - Soumission de la Gaule et mort de Vercingétorix.

 

4. Départ de César et vaines espérances de soulèvement.

 

César resta au delà des Alpes un an encore. Mais il négligea ces derniers repaires de l’indépendance pour se consacrer tout entier à organiser et à pacifier sa conquête. Il avait épuisé la Gaule, dans ces huit années de guerre, par des massacres d’hommes et des ramas de captifs ; il l’avait terrifiée, dans les dernières campagnes, par les exécutions d’Avaricum et d’Uxellodunum ; il la contenait, depuis la chute d’Alésia, par la soumission des Arvernes et des Éduens : il passa l’année (50) à se la concilier par sa politique. Aussi, quand, à l’approche de l’hiver, il la quitta pour ne plus revenir, personne ne bougea.

Derrière César, les légions s’acheminèrent à leur tour vers le Midi, et l’armée qui avait dompté la Gaule l’évacua pour chercher d’autres champs de bataille.

À ce moment-là, quelques Gaulois paraissent avoir souhaité une dernière aventure. Les bardes reprirent leurs lyres et chantèrent les gloires d’autrefois. Les druides immolèrent à leurs dieux de nouvelles victimes humaines. Prêtres et poètes, qui fournissaient à la Gaule indépendante ses moissons de poèmes et de sacrifices, perdaient avec la domination latine leur influence et leur gagne-pain : ils espéraient que les guerres civiles de Rome, en rappelant les légions, laisseraient place à la revanche celtique.

Mais ceux qui conseillèrent de telles illusions, étaient ceux qui n’avaient point à se battre, et leurs dieux ne suscitèrent aucun chef pour reprendre l’œuvre de Vercingétorix.

 

5. Rôle des Gaulois dans l’armée de César et dans les guerres civiles.

 

Ce renoncement à l’indépendance s’expliquait aussi par d’autres motifs que la lassitude, la crainte, ou le respect de César.

Tous ceux qui avaient survécu des Gaulois capables de monter à cheval et de paraître en rang de bataille, le proconsul des Gaules les appela à lui et leur montra des combats à livrer dans le monde entier. Ces hommes partaient toujours allègrement pour la guerre, et n’étaient timides que dans la détresse. Ils trouveraient, près de leur proconsul devenu dictateur, la certitude du butin et la joie de la lutte sans la crainte du lendemain.

Avant même que la guerre civile éclatât, on disait à Rome (décembre 50), que César aurait sous ses ordres autant de cavaliers qu’il voudrait : la Gaule les lui donnerait sans compter. Il en fut ainsi. La première année (49), il fit venir en Espagne trois mille Gaulois, tous membres de la haute noblesse ; et pour être sûr qu’ils répondissent à son appel, il les avait désignés un par un, tels qu’il les avait connus comme alliés ou adversaires : si on se demande où pouvaient être alors Viridomar et Éporédorix, qu’on ne les cherche pas ailleurs que dans le camp de César, préfets des cavaliers éduens auxiliaires du peuple romain. Il n’a pas besoin de fantassins gaulois, inhabiles à combattre chez eux et hors de chez eux ; mais il envoie chercher les coureurs ligures, les piétons aquitains, et ces archers rutènes dont Vercingétorix lui a montré la valeur. Toutes ces troupes franchirent les Pyrénées, avec un long convoi de bagages et de chars, semblables à une nouvelle migration de Celtes.

César continua à drainer vers le Sud ce que les nouvelles générations de Gaulois fournissaient de meilleurs comme combattants. Il reçut des hommes sans relâche, et jusqu’à dix mille cavaliers. Il les promena à sa suite en Espagne, en Italie, en Grèce, en Égypte, en Afrique enfin. S’il y en eut quelques-uns qui répugnèrent à le servir, ils eurent la ressource de le combattre sous les ordres de Pompée ou de Labienus, devenu l’ennemi de son ancien proconsul. Comme on les faisait marcher contre des chefs romains, leur amour-propre celtique était satisfait : en un sens, ils conquéraient le Capitole, et de plus, le Phare d’Alexandrie et les ruines de Carthage. Les poètes de chez eux ne célèbreraient jamais de plus longues équipées que celles où César les conviait ; et les Gaulois eurent rarement un plus bel exploit à raconter que celui de la plaine d’Hadrumète, où moins de trente cavaliers de leur race chargèrent et dispersèrent deux mille chevaux ennemis.

Ces chevauchées durèrent trois ans et prirent fin en Afrique (printemps de 46), quand on eut achevé le circuit de la Mer Romaine. Il se passa, dans les dernières rencontres, des faits mémorables. Les Gaulois de Labienus et les Gaulois de César se trouvèrent en présence : durant les suspensions d’armes, ils se rapprochaient, et s’entretenaient en amis de leurs pensées communes ; aux heures de combat, ils s’entretuaient dans une lutte fratricide qui rappelait les temps des Arvernes et des Éduens. Un jour, ils firent les uns des autres un formidable massacre, et César, survenu après la bataille, aperçut toute la plaine jonchée de cadavres gaulois, corps merveilleux de beauté et d’une stature grandiose. De ces hommes, les uns l’avaient suivi à son départ de la Gaule, d’autres l’avaient rejoint à sa demande : et ils étaient morts pour défendre César ou Labienus, comme leurs frères d’Alésia avaient péri pour les combattre.

 

6. Triomphe de César et exécution de Vercingétorix.

 

Vercingétorix vivait encore. Si quelque bruit du dehors parvenait aux oreilles du prisonnier, il put apprendre toutes ces choses : que les Gaulois, ses amis ou ses ennemis d’autrefois, ne se battaient plus que pour le compte du peuple romain ; que leurs nations semblaient perdre jusqu’au souvenir des campagnes d’Avaricum, de Gergovie et d’Alésia ; que ces batailles d’Afrique, où tant de Celtes périrent du fait de César, étaient comme le dernier épisode de la destruction de la patrie gauloise.

Cette même année, le dictateur, vainqueur de l’Afrique, revint à Rome, et eut assez de loisirs pour triompher solennellement de tous les ennemis qu’il avait vaincus, à commencer par les Gaulois.

C’est à la glorification de leur défaite que fut consacrée la première journée de son triomphe (juin 46).

Dans le cortège, des écriteaux et des tableaux rappelaient au peuple ce qu’avait été la guerre des Gaules : trente batailles rangées, livrées en présence de César, 800 places prises de force, 300 tribus soumises, trois millions d’hommes combattus, un million de tués, un million de pris. Des hommes portaient les dépouilles précieuses, les armes des vaincus, l’or des temples, les bijoux des chefs. Et, derrière les victimes destinées aux dieux, la Gaule apparut elle-même, en la personne de Vercingétorix enchaîné.169.jpg

Le dernier acte de son sacrifice s’accomplit le soir même. Il avait vu le triomphe de son vainqueur, il ne lui restait plus qu’à mourir. Au moment où le cortège, sortant du Forum, gravit les pentes du Capitole à la lueur des lampadaires que portaient quarante éléphants, le roi des Arvernes fut conduit dans la prison creusée au pied de la montagne sacrée ; et pendant que César amenait ses autres victimes à Jupiter, Vercingétorix fut mis à mort.

 

À suivre...

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