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12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 07:08

ESSAI SUR LA CONDITION DES BARBARES ÉTABLIS DANS L'EMPIRE ROMAIN AU IVè SIÈCLE

 

Chapitre I - Les Invasions.

 

Les Huns.

 

La seconde moitié du IVe siècle vit se produire dans la Germanie un de ces immenses bouleversements qui ne manquaient jamais d’avoir leur contrecoup sur le monde romain. La nation des Huns, dont la sauvage férocité est devenue proverbiale, fit alors sa première apparition en Europe. Elle n’appartenait plus aux races germaniques, mais à la grande famille des Tartares destinée à couvrir non seulement toute l’Asie et l’Orient, mais une partie du monde européen[65]. Leurs migrations, selon la remarque de Gibbon[66], se trouvent liées à l’histoire des révolutions mêmes de la Chine dont les annales peuvent aider à découvrir les causes secrètes et éloignées qui entraînèrent la chute de l’Empire romain. Les Huns n’étaient pas les premiers Tartares qui eussent franchi la limite de l’Europe et de l’Asie, ils avaient été précédés par les Alains, peuples de même race, bien que d’une civilisation plus avancée[67]. Nous trouvons dès le IIIe siècle les Alains établis sur les bords du Palus-Méotide et du Bosphore Cimmérien ; ils s’étaient répandus en peu de temps dans les provinces du Pont, de la Cappadoce, de la Cilicie et de la Galatie. Arrien, gouverneur de la Bithynie, auteur d’une histoire de l’expédition d’Alexandre le Grand et d’un périple de la mer Noire, avait déjà combattu les Mains et composé contre eux un livre de stratégie intitulé : τά τακτικά. Ils ne cessèrent dès lors d’occuper les pays voisins du Caucase, et pénétrèrent jusqu’aux confins de l’Arménie et de la Médie[68]. Les Alains étaient, comme les Huns, des peuples essentiellement nomades. Leur principale force consistait dans la cavalerie ; ils passaient leur vie à cheval, faisant, ainsi que les Arabes, de leur coursier le compagnon inséparable de leur existence et leur meilleur ami. Ce caractère du reste est commun à tous les Tartares, et le nom générique des langues tartares ou touraniennes, est emprunté au mot toura qui signifie la queue du cheval. Ammien Marcellin[69], Jornandès[70], Zosime[71], tous les historiens gréco-romains du Bas-Empire nous ont laissé un portrait de ces nouveaux Barbares dont les moeurs, les usages, le type même de figure n’avaient rien d’humain et à qui la tradition attribuait une origine légendaire. L’impression produite autrefois sur les Romains par les féroces habitants de la Germanie se trouva dépassée ; l’imagination populaire, prompte à se frapper, ne manquait pas de grossir encore la réalité ; la superstition s’empara de ces terribles images, de ces récits fantastiques, pour semer l’effroi. Les bruits les plus sinistres circulèrent ; le vague pressentiment d’un grand désastre, d’une ruine prochaine, se répandit dans l’Orient ; les vieilles prophéties, annonçant que l’empire du monde devait passer à d’autres nations, furent considérées comme à la veille d’avoir leur accomplissement[72].

 

Le trente et unième livre d’Ammien Marcellin s’ouvre par l’énumération des funestesHun3.jpg présages qui accompagnèrent l’arrivée des Huns. En démolissant les vieux murs de Chalcédoine pour les employer comme matériaux à la construction des nouveaux thermes de Constantinople, on trouva dans ces fondations une pierre carrée sur laquelle étaient gravés huit vers grecs. L’inscription prédisait l’usage qu’on ferait un jour du rempart et la coïncidence de cet usage avec la venue de hordes guerrières innombrables qui franchiraient le Danube, ravageraient la Scythie, la Mésie, et se rueraient jusque sur la Pannonie[73].

 

Les Huns, en effet, brisèrent toutes les résistances qu’ils purent rencontrer, broyèrent sur leur passage peuples, nations et empires. Les Alains, qui eux-mêmes s’étaient adjoint par la conquête depuis leur établissement en Europe une partie des nations voisines, les Neures, les Budins, les Gélons, les Agathyrses, les Mélanchlènes, les Anthropophages, aussi sauvages que leurs vainqueurs, furent les premiers à subir le choc[74] ; leur communauté d’origine et de race avec les Huns rendit leur soumission plus prompte et plus facile ; la majeure partie d’entre eux, après une sanglante défaite sur les bords du Don ou Tanaïs accepta les conditions qui lui étaient offertes et suivit les envahisseurs dans leur marche contre l’Occident ; d’autres, jaloux de conserver leur indépendance, se retirèrent dans la Germanie d’où il devaient plus tard passer dans les Gaules ; d’autres enfin se réfugièrent dans les montagnes du Caucase où on les retrouve encore avec leur ancien nom[75]. Après les Alains, les Goths, leurs voisins, se virent menacés et attaqués. C’était une époque déjà florissante de leur histoire[76]. Ils avaient alors pour roi Hermanrich, le plus illustre des Amales, nous dit Jornandès, qui mérita par ses exploits, par ses victoires et ses conquêtes, d’être comparé au grand Alexandre[77]. Parmi les nations soumises à son empire, on comptait les Scythes, les Thuides, les Vasinabronces, les Mérens, les Mordensimnes, les Cares, les Roces, les Tadzans, les Athuals, les Navegos, les Bubegantes, les Coldes, les Érules, les Vénètes, les Æstiens, tous compris dans les vastes plaines qui s’étendent au nord du Danube et de la mer Noire[78], et dont la plupart avaient des noms à peine connus des Romains ou défigurés pas leurs historiens.

 

Les Goths, moins barbares que les autres Germains, cultivaient les arts de la paix, se livraient aux travaux de l’agriculture, avaient su défricher une partie des vastes territoires conquis par eux et autrefois déserts ; leur langage, comme leur esprit, se perfectionnait au contact des Romains et des Grecs avec lesquels ils se trouvaient depuis plus d’un siècle en perpétuelles relations de commerce ; les missionnaires avaient pénétré dans leur pays pour y prêcher l’Évangile et venaient de les convertir au christianisme ; ils avaient même un commencement de littérature nationale qui consistait dans un recueil de vieilles traditions chantées ou écrites en caractères runiques[79]. Ce degré de civilisation où ils étaient parvenus, ne les préserva point du fléau destructeur. Ils subirent plusieurs défaites, virent incendier leurs riches villages ainsi que leurs moissons ; les hommes, les femmes, les enfants et les vieillards furent massacrés sans pitié[80]. L’apparition des Huns sur le Borysthène (Dniepr) et la mort d’Hermanrich provoquèrent un soulèvement général : les nations étrangères, annexées à son empire, profitèrent de l’occasion pour secouer le joug d’une domination imposée par la force ; l’empire des Goths, comme tous les empires barbares, uniquement fondés sur la conquête, formés des éléments les plus hétérogènes, fut aussi prompt à se dissoudre qu’il l’avait été à s’élever[81]. Les Goths, refoulés par les Huns, durent se replier au-delà du Danube sur le territoire romain, où, reçus d’abord en qualité de suppliants et d’alliés, ils devinrent bientôt les plus redoutables ennemis de Rome. C’était la quatrième fois depuis Auguste qu’elle voyait se presser sur ses frontières toute la Barbarie coalisée contre elle ; attaquée de toutes parts, elle devait faire face en même temps, à l’occident et au nord, aux Allamans, aux Saxons, aux Scots ; au midi, aux Austoriens et aux Maures de l’Afrique ; en Orient, aux Sarmates, aux Quades, aux Goths et aux Perses[82].

 

Les Huns ne s’arrêtèrent pas là. Après avoir chassé devant eux les populationsHun5.jpg européennes du Nord et de l’Est, bouleversé la plus grande partie de la Germanie, ils se trouvèrent en face des Romains et attaquèrent l’empire d’Orient. Attila, leur chef, le fondateur de cette immense monarchie qui couvrait la moitié de l’Europe et un tiers de l’Asie, voulut ajouter à ses vastes possessions les riches provinces de l’Empire ; il conduisit ses hordes jusque sous les murs de Constantinople ; mais cette ville, admirablement choisie par sa position pour relier deux continents, devait être pendant plus de mille ans le boulevard de l’Orient contre les invasions[83]. Attila, impuissant à franchir cette barrière qui avait déjà arrêté les Goths soixante ans auparavant[84], promena ses étendards victorieux à travers l’Illyrie, la Gaule et l’Italie.

 

La grande invasion de 406, conduite par Radagaise, et formée de trois grands corps d’armée qui débordèrent en même temps sur l’Italie et la Gaule, après avoir franchi les Alpes et le Rhin, n’était elle-même que l’ébranlement des populations germaniques chassées par les Huns et contraintes de venir chercher une nouvelle patrie qu’elles ne devaient plus quitter cette fois, parce que l’occupation reposa sur une véritable conquête[85].

 

[65] Ammien, l. XXXI, c. II.  [66] Gibbon, t. V, c. XXX.  [67] Ammien, l. XXXI, c. II.  [68] Ammien, loc. laud. supra.

[69] Ammien, loc. laud. supra.  [70] Jornandès, De Reb. Get., c. VIII.  [71] Zosime, l. IV, c. XX.  [72] Ammien, l. XXXI, c. I.

[73] Ammien, l. XXXI, c. I.  [74] Ammien, l. XXXI, c. II.  [75] Sismondi, t. I, p. 149.  [76] Jornandès, De Reb. Get., c. VII.

[77] Jornandès, De Reb. Get., c. VII.  [78] Jornandès, De Reb. Get., c. VII.  [79] Sismondi, t, I, p. 150-152.

[80] Ammien, l. XXXI, c. III.  [81] Ammien, l. XXXI, c. III et IV.  [82] Ammien, l. XXVI c. IV.

[83] Gibbon, t. VII. Observations sur la chute de l’Empire romain en Occident.  [84] Ammien, l. XXX, c. XVI.

[85] Sismondi, t. I, p. 194-195.

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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 07:09

IV. LA FOULE DES JOURS DE FOIRES.

 

La circulation grandissait sur les routes à mesure qu’on approchait des grandes villes ou des lieux de foires ; et aux abords, à de certains jours, des foules énormes les encombraient.

 

C’étaient les jours où les jeux se tenaient dans les amphithéâtres, jours qui correspondaient à des temps de fêtes ou de marchés. À Lyon, les principaux spectacles se donnaient au mois d’août, à l’époque solennelle des sacrifices devant l’autel d’Auguste, et à la même date on conviait à une foire immense les peuples de la Gaule[56]. Pareille chose devait se produire dans les autres métropoles ou cités populeuses, comme Narbonne ou Nîmes[57], dans les bourgades saintes de la Gaule transformées en sanctuaires classiques, comme Die ou Lectoure[58], ou enfin dans ces champs sacrés des frontières municipales, comme Champlieu ou Yzeures[59], où le culte de vieilles divinités locales se confondait avec celui de l’empereur[60] et où de mystérieuses cérémonies s’entremêlaient des jeux du théâtre ou de l’arène[61]. Plaisirs des jeux et des sens, attrait du gain, nécessité d’emplettes, pratiques de dévots, flagornerie pour les empereurs, curiosités vulgaires, continuation d’habitudes familiales, besoin instinctif de se voir, de s’entendre et de faire nombre, tous les sentiments humains se mettaient en branle pour pousser et entasser les foules, aux jours de frairies, sur les routes des villes et dans les champs de foires.

 

Car une fête ou des jeux n’allaient pas sans un appel aux cités voisines. Les jours de beaux spectacles, la Gaule entière était en mouvement et en liesse. À Nîmes, aux Arènes, on réservait des places pour les membres des grandes corporations lyonnaises, pour les bateliers du Rhône, pour les camionneurs du Vivarais[62] : tout le Midi, à l’heure fixée, déferlait en flots bruyants vers les soixante arceaux du grand amphithéâtre. Lors des fêtes d’août, à Lyon, on accourait de fort loin, peut-être de delà les Alpes[63], et une cohue bigarrée s’entassait sur les gradins des édifices ou les esplanades des foirails, Romains, Gaulois. Grecs, Syriens, Juifs, sénateurs, chevaliers, soldats, paysans, esclaves, baladins et prophètes[64].

 

Nous aurons beau regarder autour de nous, nous ne trouverons rien de pareil. Il y a, dans cette foule, trop de marchands, d’acheteurs, de dévots et de prêtres, elle a des passions ou des besoins trop immédiats et trop précis, pour ressembler aux multitudes de nos fêtes nationales ou des expositions universelles, lesquelles s’amusent plus franchement, sans arrière-pensée de lucre ou de dévotion. Seules, celles des grandes foires du Moyen Age feront comprendre la populace d’une fête romaine, ces foires si turbulentes et si pittoresques où se brassaient tant d’affaires et tant de plaisirs, avec leur peuple de boutiquiers, de changeurs, de pèlerins, de moines et de bateleurs. Encore leur manquait-il, pour que la comparaison soit juste, cette concentration de tous, pendant quelques heures, sur les pierres de l’amphithéâtre romain, cette communion de milliers d’hommes en un spectacle unique. La foule, dans les anciennes foires de Champagne ou de Beaucaire, était plus disséminée, morcelée autour de distractions plus nombreuses, en bandes plus indépendantes : l’Empire avait su porter à son plus haut degré ce besoin de former groupe, cet instinct de la réunion en masse, auquel les hommes n’échappent point, et que les Gaulois connaissaient plus que tout autre peuple[65].

 

Ce n’était point sans danger pour les mœurs, le bon ordre et la paix publique. Il suffisait219.jpg de peu de chose pour déterminer dans cette mer humaine des vagues de tempête. La plupart des mouvements contre les Chrétiens ont dû naître en ces jours de jeux et de foires. Il est du reste possible que les fidèles aient souvent provoqué la colère de la multitude par d’imprudentes prédications : de pareilles réunions d’hommes étaient si séduisantes pour un apôtre, désireux de lancer le bon grain dans les larges sillons de la foule ! les prédicateurs populaires, de tout temps, ont raffolé des heures de marché.

 

Ces heures attiraient sans doute aussi les fauteurs d’émeutes : car ne doutons pas que la Gaule romaine n’ait eu les siens, et plus souvent que ne le laisse entendre la formule de la paix romaine. À Rome, les princes eurent toujours peur de la foule des grands jeux, et ils n’évitaient ses colères qu’en cédant à ses caprices. En Gaule, on peut croire qu’elle fut tout aussi gênante pour les magistrats des grandes villes ou les gouverneurs des métropoles. Bien des troubles qui ont désolé les cités ont pu commencer dans les amphithéâtres[66] ; et de la multitude tassée sur les champs de foires est parfois sorti l’élan qui a mis les armées en marche sur les grandes routes de l’Empire[67].

 

Camille Jullian - Histoire de la Gaule, Tome V

 

[56] Cf. tome VI, ch. VII.

[57] Cf. tome VI, ch. V.

[58] Cf. tome VI, ch. I.

[59] Note suivante.

[60] Nuntinibus Augustorum et deæ Minervæ, Esp., n° 2996 ; le sanctuaire frontière d’Yzeures est sans aucun doute un vieux sanctuaire local.

[61] Tome VI, ch. IV.

[62] Peut-être aussi pour les armateurs d’Arles, en tout cas pour des gens de cette ville : C. I. L., XII, 1316-8. — Tessères d’invitation à des jeux locaux ? XIII, III, 10029, p. 768 et s.

[63] Eusèbe, V, 1, 47.

[64] Tome VI, ch. VII.

[65] Cf. César, De b. G., IV, 5.

[66] Tacite, Annales, XIV, 17. Ou dans les théâtres, Suétone, Tibère, 37. De là, probablement, la surveillance exercée par l’État sur ces sortes d’édifices (Digeste, L, 10, 3).

[67] Cf. à Paris en 360, Ammien, XX, 9, 6-7 ; à Autun en 350, Zosime, II, 42, 6-7.

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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 06:05

Les Celtes ont laissé une trace profonde dans la toponymie wallonne. Namur, par exemple, située au confluent de deux cours d'eaux importants, au pied d'une colline escarpée, dérive du nom latin Namurcum. Ce dernier contient la racine celtique nam- qui signifie vallée ou lieux escarpés. Mais l'exemple le plus flagrant, c'est l'Ardennes. Le nom du plus célèbre massif de Wallonie, vient de la déesse celtique Arduinna. Ce nom lui-même viendrait soit de arduo- (hauteur) ou de ar duen (la noire). Arduinna était la déesse tutélaire de la forêt ardennaise, et l'objet d'un culte à mystères. Son animal fétiche, et destrier, était un sanglier, animal au combien symbolique de l'Ardenne puisqu'il y pullule et qu'il sert de symboles à la Province de Luxembourg. Il est d’ailleurs intéressant de noter que le sanglier était un candidat à la figuration sur le drapeau wallon au moment de la conception de ce dernier. Si finalement le choix s'est porté sur le coq hardi, nul doute que le sanglier aurait également été un bon ambassadeur de la Wallonie et de ses habitants. Si le fond celte a beaucoup apporté à la Wallonie, ce n'est pas lui qui la distingue de ses voisins. Les spécificités wallonnes sont apparues progressivement, au fil des événements.

 

Entre romanisation et poussées germaniques.

 

En l'an 58 avant notre ère, César, entreprend de faire la conquête de la Gaule Belgique. Les raisons de cette conquête sont à chercher à la fois à Rome, où la république est sur le déclin, mais aussi en Gaule, où les divisions internes mettent à mal les intérêts économiques des élites romaines. Dans cette conquête, César jouera habilement des divisions internes. Ces légions ne sont souvent que les arbitres des batailles entre les différentes tribus gauloises. Après avoir dominé, avec l'aide des Rèmes, les Séquanes et les Suessions, César s'attaque aux Atrébates et aux Nerviens. C'est la fameuse bataille du Sabis, dont la localisation exacte fait toujours débat. César remporte la victoire ; les Aduaduques, qui devaient venir en renfort, font demi-tour et se retranche dans leur oppidum parfois identifié à Namur. Assiégés, ils tentent de percer les lignes ennemies et sont décimés. César part alors pour le Sud, laissant aux Rèmes le soin de mettre la Gaule Belgique en coupe réglée.218.jpg

En -54, Ambiorix emmène les Eburons à la révolte. Il assiège deux légions à Atuatuca, leur promet la vie sauve s'ils quittent la région, les laisses sortirent puis les massacrent. Cet « exploit », même si César affirme qu'il est obtenu par perfidie, est unique dans les annales de la Guerre des Gaules. Les tribus voisines se soulèvent à leur tour. Nerviens, Aduatuques, et Ménapiens reprennent le chemin de la guerre. César doit revenir avec trois légions. La supériorité des troupes romaines est imparable, et les armées belges sont définitivement battues. Quelques guerriers gaulois réussissent à fuir en Bretagne (l'actuelle Grande-Bretagne), où ils retrouvent des tribus sœur et organisent une guérilla. César, qui avait déjà annoncé sa victoire et la pacification à Rome, n'a alors plus le choix. D'une part, il entreprend la conquête de la Bretagne pour supprimer les bases arrière de la résistance gauloise. D'autre part il laisse deux légions sur le territoire des Éburons. La mission de ses légions est simple : liquider toute résistance. La répression qui se met en place à toutes les caractéristiques de ce que les modernes appellent un génocide. En -52, c'en est fini de la guerre des gaules. En ultime symbole de sa domination, César se permet le luxe de se lever une légion entièrement gauloise, la Vème Aulaudae, dont le nom (« les alouettes ») fait référence aux plumes qui ornaient les casques.

 

Soumise et pacifiée, mais à quel prix, la future Wallonie intègre ce qui n'est pas encore l'Empire romain. Son territoire actuel s'étend sur quatre civitates : la cité des Ménapiens, dont la capitale et Cassel, la cité des Nerviens, dont le chef-lieu est Bavay, la cité des Tongres, dont la capitale et Aduatuca (l'actuelle Tongres), et la cité des Trévires dont la capitale est Trèves. De la première dépendent les territoires situés à l'ouest de l'Escaut, dont Tournai, Mouscron, Comines. De la deuxième cité dépendent les territoires situés entre l'Escaut d'une part, la Dyle et le Piéton d'autre part, dont Mons et Ath. De la troisième cité dépend presque tout le reste du territoire wallon, avec Charleroi, Namur, Liège. La Cité des Trévires s'étend sur l'extrême sud-est du territoire : Arlon.

 

 

Source : Histoire de Wallonie, Yannick Bauthière - Arnaud Pirotte éd. Yoran Embanner

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5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 06:59

ESSAI SUR LA CONDITION DES BARBARES ÉTABLIS DANS L'EMPIRE ROMAIN AU IVe SIÈCLE

 

Chapitre I. Les Invasions.

 

Constance - Gratien

 

L’expédition de l’empereur Constance contre les Sarmates Limigantes ou des frontières, en l’an 359, fournit un remarquable exemple de la mauvaise foi des Barbares. Sommés par l’empereur de rendre compte de leurs incursions dans la Pannonie, au cœur même de l’hiver et en dépit des traités, ils demandèrent une entrevue avec Constance pour se justifier et implorer leur pardon. Constance se trouvait alors à Acimincum, près de Bude, en Pannonie, sur les bords du Danube. Les Barbares furent admis en sa présence. Feignant l’attitude la plus humble et la plus respectueuse, ils se mettent tout à coup, à un signal donné par l’un d’eux, à pousser des cris affreux : Marrha, marrha ! c’est leur cri de guerre, nous dit Ammien ; font entendre des hurlements sauvages, lèvent l’étendard de la révolte et profitent du petit nombre des soldats qui entouraient l’empereur pour se jeter sur son tribunal[58]. Constance, à la vue du danger qui le menaçait, de ces milliers de glaives dressés devant lui, descendit en toute hâte, n’eut que le temps de monter à cheval et de fuir précipitamment. Quelques minutes après, le siège de l’empereur et son coussin d’or devenaient la proie des envahisseurs.

 

 Les Romains, qui s’indignaient de pareils attentats commis sur la personne de l’empereur ou contre la majesté de l’Empire, n’étaient guère plus scrupuleux sur le choix des moyens217.jpg quand il s’agissait de se débarrasser d’un ennemi puissant ou dangereux. Ammien nous raconte que Julien fit inviter à un festin des rois et des princes barbares qui n’étaient point entrés dans l’alliance romaine, et qu’on devait les égorger à l’issue du festin[59]. Une autre fois, c’est le roi Vadomarius dont Julien veut s’assurer avant de quitter les Gaules ; il l’attire dans un piège, le fait arrêter en pleine paix et conduire sous bonne escorte en Espagne[60]. Ailleurs, c’est Macrianus, le roi des Bucinobantes, dont on redoutait les talents et le crédit, contre qui se trame une secrète conspiration[61] ou Gabinius, le roi des Quades, immolé au mépris des lois les plus sacrées de l’humanité[62].

 

C’est pour venger la mort de leur roi que les Quades soulevèrent les peuples voisins, formèrent une nouvelle ligue redoutable, l’an 371, franchirent le Danube, tombèrent sur les paysans romains occupés aux travaux de la moisson et en firent un affreux carnage[63]. La fille de Constance, fiancée à Gratien, qui se trouvait dans une villa impériale voisine, faillit elle-même être surprise, au moment où elle prenait son repas, et ne dut son salut qu’à la présence d’esprit du gouverneur Messala qui la fit monter sur sa voiture et conduire à Sirmium, éloignée de vingt-six milles[64]. Les mesures promptes et énergiques de Probus, préfet du prétoire, alors en résidence à Sirmium, éloignèrent l’ennemi dont les coups se portèrent sur deux malheureuses légions, la Pannonique et la Mésiaque ; attaquées séparément et enveloppées, elles furent presque entièrement détruites. Ce premier désastre était le signal des nouveaux maux qui allaient fondre sur l’Empire.

 

[58] Ammien, l. XIX, c. XI.

[59] Ammien, l. XVIII, c. II.

[60] Ammien, l. XXI, c. IV.

[61] Ammien, l. XXIX, c. IV.

[62] Ammien, l. XXIX, c. VI.

[63] Ammien, l. XXIX, c. VI.

[64] Ammien, l. XXIX, c. VI.

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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 19:26

Attila est un opéra en un prologue et trois actes de Giuseppe Verdi, sur un livret de Temistocle Solera tiré de la tragédie de Zacharias Werner, Attila, König der Hunnen, et créé au Teatro la Fenice de Venise le 17 mars 1846.

 

Prologue

À Aquileia, autour de la moitié du Ve siècle. Odabella, fille du seigneur de la ville, a perdu sa famille lors du pillage perpétré par Attila et entend se venger en le tuant (Santo di patria indefinito amor). Elle-même a été épargnée par Uldino, un esclave d'Attila. Impressionné par son courage, Attila lui fait don de son épée. Le général Ezio, envoyé de Rome, propose à Attila un accord de division de l'Empire (Avrai tu l'universo, resti l'Italia a me !). Mais Attila le dénonce comme traître et refuse.

Près d'une lagune (futur site de Venise) un bateau arrive avec des survivants d'Aquilée dont Foresto qui se lamente sur le sort de sa chère Odabella (Ella in poter del barbaro) . Il propose alors à ses compagnons de construire une nouvelle cité (Cara patria già madre e reina !)

Acte I

Les Huns se sont rapprochés de Rome avec l'intention de piller la Ville. Odabella invoque l'image de son père (Oh ! Nel fuggente nuvolo !) et rejoignant son amant Foresto (Oh, t'inebria nell'amplesso), l'informe de son plan de vengeance. Pendant ce temps, Attila informe Uldino qu'il a rêvé d'un vieil homme lui prédisant désastre et mort et lui conseillant de faire marche arrière (Mentre gonfiarsi l'anima parea !). Attila d'abord ébranlé, retrouve son courage et ordonne la marche sur Rome (Oltre quel limite, t'attendo, o spettro !). Un hymne chrétien se fait alors entendre et Attila reconnaît le viel homme de son rêve en l'évêque romain Leone venu le trouver avec la population de Rome. Leone répète sa prophétie. Attila se soumet à cette volonté divine et renonce au pillage.

Acte II

Une trève a été conclue. Ezio se lamente sur le contraste entre la gloire passée de Rome et la faiblesse présente de l'empereur-enfant Valentinien (Dagl'immortali vertici !).Foresto apporte une invitation à un banquet offert par Attila en l'honneur d'Ezio. Celui-ci propose à nouveau l'alliance à Attila. Odabella, entre temps, a appris que Foresto veut empoisonner le roi. Elle prévient Attila, non par pitié, mais pour avoir le privilège de le tuer. À la demande d'Odabella, Attila pardonne Foresto qui peut s'enfuir. Ne comprenant pas les motivations d'Odabella, Attila annonce son mariage avec celle qui vient de le sauver et proclame qu'il n'envahira pas Rome.

Acte III

Foresto, informé du mariage par Uldino, pense qu'Odabella l'a trahi (Che non avrebbe il misero !). Ezio arrive avec un plan pour attaquer les Huns. Lorsqu'Odabella apparait, Foresto l'accuse de trahison, mais elle implore son pardon et lui jure fidélité. Attila survient, les surprend tous les trois et comprend qu'ils veulent le tuer. Le roi des Huns leur rappelle qu'il a épargné Rome, a concédé sa grâce à Foresto et est sur le point d'épouser Odabella, mais ses fautes éclipsent les faveurs qu'il a accordées. Odabella satisfait sa soif de vengeance en le poignardant, pendant que Huns et Romains s'affrontent. Les trois conspirateurs crient que le peuple romain a été vengé.

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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 16:52

Noël 2012. Un Père Noël Coca Cola ; beaucoup trop de cadeaux ; une grosse bouffe ; des bouteilles vides...

Mais aussi, des rires d'enfants bien élevés, des sourires sur des visages ridés ; le parfum de la Tante Françoise ; la cravate démodée de l'oncle Jacques ; la succulente dinde trop cuite ; et surtout, la famille, réunie pour fêter l'anniversaire de Notre Seigneur Jésus Christ !

 

 

 JOYEUX ET SAINT NOËL À TOUS !

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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 08:02

ESSAI SUR LA CONDITION DES BARBARES ETABLIS DANS L'EMPIRE ROMAIN AU IVe SIECLE

 

Chapitre I - Les Invasions.

 

Julien - Valentinien Ier

 

Toutes les expéditions de Julien contre les Francs ou les Allamans, sur le bas comme sur le haut Rhin, pendant les six années consécutives (355-361) qu’il exerça la haute administration civile et militaire des Gaules, tendent au même but. Il a pris soin lui-même de nous révéler les secrets de sa politique et l’histoire de son gouvernement, dans ces fameuses lettres qu’il écrivait aux Athéniens, ses anciens maîtres, dont il recherchait les128.jpg éloges sur le trône comme dans les écoles[50]. Les Athéniens recevaient le bulletin exact de chacune de ses victoires, et par ces conversations intimes, nous sommes mieux renseignés que par les relations officielles adressées à la cour de Milan. L’historien Ammien Marcellin, soldat en même temps qu’écrivain, narrateur fidèle et souvent dramatique des faits dont il a été le témoin, quelquefois l’acteur, est également précieux[51]. Son ouvrage, composé dans les premières années du règne de Théodose, est presque contemporain des événements qu’il raconte. Ammien suit pas à pas son héros ; il nous le montre préparant ses expéditions contre la Germanie, jetant des ponts sur le Rhin, franchissant le fleuve dès le printemps, à la tête de son armée, tombant à l’improviste sur les Barbares, portant le fer et le feu jusque dans leurs demeures, les soumettant par la terreur, avant même de les avoir combattus, ou remportant sur eux de grandes victoires comme celle de Strasbourg (Argentoratum), en 357, leur dictant les conditions de la paix et revenant au bout de quelques mois, soit à Lutèce (Lutœtia Parisiorum), soit à Sens, soit à Vienne, soit à Trèves, prendre ses quartiers d’hiver[52].

 

L’intervalle d’une campagne à l’autre est consacré à faire de nouveaux préparatifs pour l’année suivante, à dresser des plans, à concentrer des troupes, à entasser les approvisionnements nécessaires dans les greniers publics, de manière à assurer la subsistance de l’armée, à relever ou à réparer les forteresses, et, dès que la saison le permet, sans déclaration de guerre préalable, le territoire ennemi est envahi sur quelque point. Les Romains cherchent généralement à devancer les Barbares et à prendre l’offensive. Julien savait admirablement organiser ces colonnes mobiles destinées à faire des pointes plus ou moins avancées dans la Germanie ; il tirait un excellent parti de sa cavalerie dans des reconnaissances pleines de hardiesse, évitait habilement les embuscades que favorisait la nature des lieux et ramenait ses légions avec un riche butin et de nombreux prisonniers. Il s’avança ainsi plusieurs fois jusqu’au Mein.

 

L’empereur Valentinien Ier, digne par son activité, par sa fermeté, par ses talents militaires, de succéder à Julien, fut le continuateur de son œuvre ainsi que de sa politique. Il établit des retranchements et des fortifications jusque sur les bords du Necker, afin de créer une seconde ligne de défense au-delà du Rhin[53]. Ammien nous donne un curieux exemple de sa persévérance. Il s’agissait de détourner le cours du Necker pour jeter les fondements d’un nouveau fort dans une position très importante ; cette opération présentait de sérieuses difficultés pour les ingénieurs du temps ; les légionnaires se mirent à l’œuvre, ayant de l’eau jusqu’au cou, et finirent par triompher des obstacles matériels qui s’opposaient au succès de l’entreprise[54]. Il n’y eut sous son règne aucune colline, aucun passage, aucune vallée qui n’attirât son attention et ne devînt par ses soins une véritable place forte, un centre de résistance. Son fils Gratien, associé de bonne heure à l’Empire et héritier de la tradition paternelle, continua également avec succès le même système de guerre contre les Germains.

 

Les événements qui s’accomplissent à la même époque sur le Danube ressemblent beaucoup à ceux du Rhin. La situation est la même ainsi que les périls de l’invasion : là aussi les empereurs ont à défendre contre les envahisseurs une ligne de frontières non moins étendues que celles des Gaules ; leurs efforts se portent successivement sur les points les plus menacés du territoire romain ; ils établissent leur quartier général à Milan, à Sirmium, à Bregetio, à Carnonte, afin d’être plus rapprochés du théâtre des opérations militaires et ne résident guère à Constantinople plus qu’à Rome. L’aspect de ces différentes villes est plutôt celui d’un camp que d’une capitale ; le général (dux), chargé du commandement des troupes dans chaque province, travaille sans relâche, de concert avec les autorités civiles, à la création, à l’équipement, à l’entretien des armées destinées à aller chercher les Barbares jusque chez eux pour châtier leurs insolences ou prévenir leurs attaques. Quand toutes les forces sont réunies, les préparatifs achevés et l’hiver terminé, les légions s’ébranlent, passent le fleuve, dès le mois de mars, après la fonte des neiges, sur des ponts de bateaux, et pénètrent dans la Sarmatie, sans laisser à l’ennemi le temps de se reconnaître[55]. Généralement ces attaques subites et imprévues, véritables représailles des invasions germaniques dans les provinces romaines, produisaient un grand effet ; la vue des légions, de leur allure martiale, de tout l’appareil dont s’entouraient les Césars, suffisait pour terrifier les Barbares et les mettre en fuite ; ils laissaient, non sans regret, incendier leurs villages, brûler leurs maisons, piller leurs récoltes, et se retiraient avec leurs femmes et leurs enfants dans l’asile impénétrable de leurs forêts ou de leurs marécages, d’où ils ne sortaient que pour venir se soumettre, protester de leur repentir et de leur obéissance future, afin d’éloigner par la soumission un ennemi qu’ils ne pouvaient repousser par la force[56]. Aussi humbles dans la défaite que fiers et intraitables dans la victoire, ils acceptaient toutes les conditions qu’on voulait leur imposer, allaient même au-devant des exigences des Romains et fournissaient les otages demandés, tandis qu’au fond ils nourrissaient le projet secret et bien arrêté de se venger à la première occasion, de saisir le moment favorable pour violer leurs serments et reprendre les armes[57].

 

[50] Julien, Epistolœ ad Athenienses.

[51] Ammien, l. XXX, c. XVI.

[52] Ammien, l. XVI, XVII, passim.

[53] Ammien, l. XXVIII, c. II.

[54] Ammien, l. XXVIII, c. II.

[55] Ammien, l. XVII, c. XII.

[56] Ammien, l. XVII, c. XII.

[57] Ammien, l. XVII, c. XII.

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20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 18:09

Leudaste naquit dans une famille d'esclaves dans un domaine royal (fiscus) du Poitou. Il fut admis à la cuisine du roi Caribert Ier, fils de Clotaire. Il tenta plusieurs fois de s'enfuir mais fut à chaque fois repris.

Il parvint néanmoins à obtenir la protection de la reine Méroflède, elle-même une ancienne esclave. Il devint son homme de confiance et fut élevé au rang de connétable, c’est-à-dire, responsable de l'écurie.


Vers 565, le roi démit le comte de Tours en charge, un nommé Gaiso et nomma Leudaste à sa place. Mais le roi Caribert mourrut en 567, et lors des querelles successorales qui suivirent, Leudaste prit parti pour Chilpéric Ier contre Sigebert Ier - son souverain - et dut abandonner son comté pour se réfugier auprès de Chilpéric.


En 573, il retrouva brièvement son comté. Il fit alors connaissance de l'évêque Grégoire (de Tours), nouvellement élu ; mais dut vers la fin de l’année se réfugier en Bretagne. Il récupéra son comté deux ans plus tard, mais, décidément insoumis, Chilpéric lui retira211.jpg définitivement le comté de Tours, 580.

Pour se venger et rentrer en grâce auprès du roi, il accusa, avec la complicité de l'évêque de Bordeaux, la reine Frédégonde d'adultère. Elle aurait trompé son royal époux avec l'évêque Grégoire de Tours. L'objectif était double, se débarrasser de deux de ses ennemis par un mensonge dont il espérait convaincre le naïf souverain. Mais la tromperie fut vite éventée par la torture de complices de Leudaste qui se prétendaient témoins de l'adultère.

Jugé par un concile de Berny, près de Soisson, en 581, il fut excommunié et contraint de trouver asile dans la basilique Saint-Hilaire de Poitiers. Il y commit à nouveau des exactions et en fut chassé.

Arrêté à Paris, il fut tué en 583, sur l’ordre de Frédégonde.

 

Sources : Histoire des Francs, Grégoire de Tours _ Dictionnaire des Francs, Pierre Riché éd. Bartillat

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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 07:09

      III. — VOYAGEURS DE GAULE.

 

Les Gaulois firent comme les autres : au temps de la liberté ils avaient été coureurs d’aventures[36] ; au temps de la paix romaine ils devinrent grands voyageurs, surtout voyageurs de commerce.208

 

Nous les trouverons donc partout, eux ou leurs marchandises, en Espagne[37], en Afrique[38], en Bretagne[39], en Italie[40], dans les pays du Danube[41], dans le monde oriental[42], dans le monde barbare, jusqu’au pied du Caucase jusqu’au voisinage de la Baltique. Ils avaient jadis parcouru ces mêmes lieux en qualité de conquérants ou de mercenaires[43] : au lieu de placer leurs bras, ils placent maintenant leurs fibules, leurs poteries, leurs jambons, leurs huiles, leurs vins et leurs lainages. Le Celte et le Belge, au dehors aussi bien que chez lui, a laissé prendre une tournure pacifique à son besoin d’agir, de parler, de gesticuler : mais il n’a pas encore réprimé cette faculté essentielle de sa nature.

 

D’autres partaient de leurs foyers comme avaient fait leurs pères, pour guerroyer au loin. Beaucoup servirent dans les armées du Danube, d’Afrique, d’Orient, surtout de Bretagne. Mais je ne puis dire s’ils avaient choisi eux-mêmes ces garnisons lointaines ou si les légats ne les y envoyaient point d’office. Ils y faisaient leur métier en conscience[44], exposant leurs corps sur les champs de bataille du désert, ce qui ne les empêchait sans doute pas de s’amuser follement dans les faubourgs d’Antioche.

 

Il me semble pourtant que peu à peu le Gaulois se soit lassé de ces longs voyages si chers à ses ancêtres. Certainement, il ne s’expatriait pas, ouvrier ou commerçant, avec la même désinvolture qu’un Italien, un Grec ou un Syrien. Entre toutes les populations de l’Empire, on dirait que c’est celle qui a fini par résister le plus à la contagion de la route, par préférer son chez soi au spectacle des cieux étrangers. La sensation du repos, du loisir familial, était une chose assez nouvelle en Gaule : les hommes s’y abandonnèrent et leurs femmes plus encore. Un jour, un empereur réclama des soldats de Gaule pour guerroyer contre les l’erses : ils refusèrent de quitter leur sol et leurs habitudes pour ces batailles de l’Orient[45]. Au temps de César ou d’Ambigat, quelle joie c’eût été pour eux ! Dès la fin du premier siècle, les princes se résignèrent à ne point arracher les soldats gaulois à leurs quartiers de Germanie[46].

 

Parmi ces peuples, les plus entreprenants, les moins casaniers, sont ceux du Nord-Est, ces Belges qu’on appelait autrefois les Galates, et qui envoyèrent jadis leurs colonies au fond de l’Orient et au milieu de la Grande-Bretagne[47]. Médiomatriques[48], Trévires[49], Ambiens[50], Rèmes[51] et Séquanes[52], gens de Lorraine, de Picardie, de Champagne, de Franche-Comté, de Flandre, de Brabant et de Hainaut[53], sont prêts à partir pour aller trafiquer hors de chez eux, courir les foires, fonder des comptoirs, acheter, vendre et revendre. À Bordeaux et à Lyon, ce sont les Trévires de la Moselle qui forment la plus importante des colonies étrangères ; sur le Rhin, les bonnes places pour le commerce sont prises par les Nerviens du Hainaut ou par les Tongres de la Hesbaye[54].

   

À cet égard, la Gaule d’alors ne ressemblait pas exactement à la France. Dans celle-ci, peut-être dès le onzième siècle, le mouvement sur les routes venait beaucoup des hommes du Midi, Gascons ou Provençaux, toujours en train de conquérir la Gaule. On ne voit rien de pareil sous les Césars. Les Grecs de Marseille eux-mêmes ont perdu l’habitude de monter vers le Nord ; Aquitains de Bordeaux, Landais de Dax, Romains de Narbonne ou Latins de Nîmes ne se risquent pas à chercher fortune dans les villes celtiques, et le Pays Basque n’envoie pas encore ses émigrants sur les routes du monde[55].

 

Camille Jullian - Histoire de la Gaule, Tome V

 

[36] Tome I, ch. VIII.

[37] Venant surtout de Lyon ; C. I. L., II, 6254, 26 [?] ; 2912.

[38] Bull. arch., 1916, p. 87 (épitaphe d’une Viennoise, morte à Volubilis en Maroc, où elle a accompagné son mari, officier, sans doute aussi d’origine viennoise). — Voyage de Narbonne en Afrique. — C’est en Afrique, à la différence des temps actuels, que les gens de Gaule paraissent avoir le moins été.

[39] De Lyon (?), VII, 1334, I et 14 ; de Trèves, XIII, 634 ; VII, 36 ; de Metz, VII, 55 ; Carnute, Eph. épigr., IX, 995. Mercatores Gallicani, sans doute surtout à Londres.

[40] A Rome : Dion, LVI, 23, 4 (en général) ; avocats gallo-romains à Rome ; C. I. L., XII, 155 (de Saint-Maurice) ; VI, 29688 (Viennois) ; 29718 (Nîmois) ; 29709 et 20722 (Lyonnais) ; VI, 11090 (Morvinnicus, Æduus) ; VI, 3302 (Helvète) ; 15493 (Ambien) ; 29692 (Morin). A Bologne, XI, 716 (Carnute). En Cisalpine, XIII, 2029 (Trévire) ; à Milan, et Médiomatrique negociator sagarius (V, 5929). En route, au Grand Saint-Bernard : V, 6887 (tabellarius coloniæ Sequanorum) ; Notizie degli Scavi, 1889, p. 234 (Mediomatricus ?) ; V, 6885 (Ambien), Rome et la Cisalpine paraissent les deux centres de colons gaulois.

[41] Trévires : III, 5797, 5901, 4153. 4400, 5014 ; Ambien : 7415 ; Gabale : 9752. Et voyez l’installation de Gaulois dans les Champs Décumates, t. IV.

[42] Inscription de Mothana en Syrien datée de 342 : Γάλλιξ... 'Ρατομάγου (Rouen) ; Waddington, 2036.

[43] Tome I, ch. VIII, en particulier § 10.

[44] Sauf exceptions : voyez chez Ammien (XVIII, 6, 10, à la date de 359) l’histoire de ce cavalier, originaire de Paris, qui déserta en Perse et s’y maria.

[45] En 360 (Ammien, XX, 4, 10) : Nos quidem ad orbis terrarum extrema ut noxii pellimur et damnati, cantates vero nostræ Alamannis denuo servient.

[46] Quoniam dulcedo vos patriæ retinet, et insueta peregrinaque metuitis loca ; Ammien, XX, 4, 16.

[47] Ce sont d’ailleurs les Belges qui fournissent aussi le plus de soldats.

[48] A Bordeaux (XIII, 623), faber ; un médecin à Autun (XIII, 2674) ; à Sens (XIII, 2954) ; à Trèves (XIII, 3656) ; chez les Lingons (XIII, 5919 ? ?) ; dans les régions du Rhin (XIII, 6394, 6460, 7007, 7369). Un sagarius de Metz à Milan (V, 5929).

[49] A Saint-Bertrand-de-Comminges (XIII, 233) ; à Eauze (XIII, 542), vestiarius ; Bordeaux (XIII, 633 ; 634, negotiator Britannicianus ; 635) ; à Lyon (XIII, 1911, 1949, 1988, 2012, 2027, 2029 ; 2032, negotiator corporis Cisalpinorum et Transalpinorum ; 2033, negotiator vinarius et artis cretariæ) : à Autun et dans le pays éduen (XIII, 2669, 2S39) ; à Sens (XIII, 2956, copo) ; en Germanie (XIII, 7412) ; en Bretagne ; dans les régions du Danube.

[50] A Bordeaux (XIII, 607) ; en Italie. Bellovaques à Bordeaux (XIII, 611) ; à Vienne (XII, 1922). Gens du Vermandois à Lyon (XII, 1688) ; en Auvergne (XIII, 1465) ; à Cologne (XIII, 8341-2).

[51] A Bordeaux (XIII, 628) ; à Saintes (XIII, 1035, 1091) ; à Lyon (XIII, 2008, sagarius) ; à Bonn (XIII, 8104, argentarius) ; à Rindern les Rèmes forment sous Néron une colonie assez importante pour avoir son temple à Mars Camulus (cives Remi qui templum constituerunt, XIII, 8701).

[52] A Bordeaux (XIII, 631) ; à Lyon (XIII, 1990, 1991, 1983 ; 2023, negotiator artis prossariæ).

[53] Pour ces trois groupes : Morins à Nimègue (XIII, 8727) et à Rome ; Nerviens à Cologne (XIII, 8338, negotiator pistorius ; 8339, 8340), à Nimègue (XIII, 8725, negotiator frumentarius), à Saintes (XIII, 1056, manupretiarius barrarius ?) : Tongres en nombre à Vechten (XIII, 8815) ; Ménapes à Bordeaux (XIII, 624).

[54] Les déplacements de Gaulois en Gaule, autres que ceux de Belgique, ne sont que des faits isolés. Ils se produisent surtout vers les deux villes de commerce de Lyon et de Bordeaux.

[55] Je néglige les Viennois établis à Lyon (XIII, 1988) ou à Bordeaux (XIII, 636-7) : ce sont eux d’ailleurs, semble-t-il, qui, en Narbonnaise, ont le plus de tendance à se déplacer.

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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 05:19

ESSAI SUR LA CONDITION DES BARBARES ETABLIS DANS L'EMPIRE ROMAIN AU IVe SIECLE

 

Chapitre I - Les Invasions.

 

Les quatre grandes confédérations germaniques : 4° Les Saxons.

 

La quatrième confédération des peuples germaniques fut celle des Saxons, postérieure aux précédentes. Les Saxons, premiers ancêtres des Anglais, ainsi nommés à cause de leur arme principale, la seax, espèce de hache ou couteau à deux tranchants, habitaient à l’entrée de la Chersonèse Cimbrique, près du Danemark, le long des côtes de la Baltique et209.jpg de la mer du Nord[38]. Les Angles, les Jutes, les Warni ou Werini, les Pictes et les Scots entrèrent successivement dans cette ligue[39]. Plus éloignés de l’Empire par leur position septentrionale, séparés de la frontière romaine par les Francs et d’autres tribus, ils ne l’attaquèrent que plus tard, bien qu’il soit fait mention d’eux dès le Ier siècle de l’ère chrétienne. Leur voisinage de la mer en faisait un peuple de marins ; leurs incursions étaient des incursions maritimes ; montés sur de petites barques, ils traversaient l’Océan, abordaient sur les rivages de la Bretagne ou de la Gaule[40], se joignaient aux habitants de l’Écosse et aux Francs pour piller et dévaster les contrées les plus rapprochées, puis, regagnant leurs vaisseaux, ils retournaient dans leur patrie chargés de butin[41]. Ces incursions, périodiques comme celles des autres Barbares, puisaient dans la nouveauté et l’étrangeté de leur caractère quelque chose de plus terrible pour les Romains. Rome n’avait jamais été une grande puissance maritime. Malgré ses victoires sur Carthage et l’extension de sa domination sur toute la Méditerranée, ses flottes n’avaient jamais été ni bien nombreuses ni bien redoutables. Les Romains avouaient eux-mêmes leur infériorité sur ce point[42]. Les pirateries continuelles des Saxons les obligèrent à augmenter leur marine pour repousser ces envahisseurs. Ammien[43] nous représente les Saxons comme d’intrépides pirates, admirablement exercés au pillage et au brigandage, comme les dignes précurseurs de ces Normands qui vinrent si souvent infester les côtes de France et pénétrèrent, en remontant le cours de la Seine, jusque sous les murs de Paris. Son témoignage est confirmé par celui de tous les historiens contemporains. Zosime[44] nous dit qu’ils avaient la réputation d’être les plus forts, les plus courageux, les plus endurcis aux fatigues de tous les Barbares. C’est surtout au IVe siècle que les attaques des Saxons devinrent plus fréquentes et plus dangereuses pour la sécurité des provinces occidentales de l’Empire. On dut plus d’une fois recourir au talent des généraux les plus habiles et les plus consommés dans l’art militaire, tels que le père du grand Théodose[45], pour arrêter ces audacieuses entreprises souvent couronnées de succès.

 

Les différentes ligues des peuples barbares de la Germanie avaient un caractère défensif en même temps qu’offensif. Les tribus, les nations de même race, de même famille, qui se groupaient ainsi, cherchaient moins à attaquer Rome qu’à se mettre en état de repousser victorieusement les ennemis dont elles étaient menacées à l’intérieur. La guerre, dans l’antiquité, se faisait d’une manière impitoyable : le vaincu, chassé par le vainqueur, dépossédé du sol qu’il occupait, se voyait contraint d’aller à la recherche d’une nouvelle patrie, de conquérir à son tour une autre place au soleil[46]. L’Allemagne, par sa position géographique, s’est trouvée le principal passage des nations d’Orient en Occident et du Nord au Midi dans ces grandes migrations qui ont duré plusieurs siècles et joué un si grand rôle dans l’histoire du monde. Ce mouvement incessant des populations à travers la Germanie avait pour effet de pousser les Barbares sur la frontière romaine par une force fatale et irrésistible, comme les flots d’une mer agitée qui se pressent les uns les autres et viennent sans cesse battre le rivage. L’arrivée de nouveaux conquérants sur les bords de la Baltique amena l’émigration en masse des Cimbres et des Teutons ; refoulés jusqu’au Rhin et au Danube, ils se heurtèrent contre l’Empire. Nous avons un témoignage certain de la nécessité qui leur était imposée et des dispositions qu’ils apportaient. Avant de déclarer la guerre, ils envoyèrent une ambassade à Papirius Carbon[47] pour demander la paix et l’alliance des Romains, promettant de se mettre au service de Rome, si on leur accordait, à titre de solde, des terres et un établissement dans l’Empire. Le refus de ces conditions les obligea à recourir aux armes, afin d’obtenir par la force ce qu’on ne voulait pas leur donner de plein gré. Succomber ou se frayer un chemin par la victoire, telle était la destinée de ces peuples exilés et sans asile. C’est ainsi que, sous le règne de Néron, les Ampsivariens, chassés par les Cauces de leurs anciennes demeures, implorèrent le secours et la protection de l’empereur ; ils demandaient humblement qu’on leur permît de s’établir sur les rives du Rhin, au nord de la Lippe ; repoussés par les Romains avec lesquels ils n’étaient point en état de se mesurer, repoussés par leurs voisins, ils finirent, après d’inutiles efforts et de longues pérégrinations, par trouver la mort sur une terre étrangère où on refusait de les laisser vivre[48]. Le grand mouvement des Quades et des Marcomans, de toutes les tribus allémaniques sur le Danube, au Ier siècle de notre ère, correspond au passage de la Vistule par les Goths et à leur marche victorieuse à travers la Germanie orientale. Au IIIe siècle, la ligue des peuples gothiques se forma pour résister à de nouvelles nations qui arrivaient à leur tour du fond de l’Orient et qui n’étaient elles-mêmes que l’avant-garde d’autres nations.

Au IVe siècle les invasions n’ont pas changé de nature ni de caractère, elles sont ce qu’elles étaient déjà dans les siècles précédents : Rome continue à lutter contre les différentes peuplades qui menacent ses frontières, et ce sont toujours les mêmes ennemis : les Allamans, les Francs, les Saxons sur le Rhin et les côtes de l’Océan ; les Sarmates, les Quades, les Goths, sur le Danube, auxquels se joignent les Bourguignons (Burgundii)[49] et quelques autres peuples qui n’avaient eu jusqu’alors aucun rapport avec elle. Souvent victorieuse, elle repoussait généralement ces attaques et maintenait l’intégrité de son territoire ; parfois même, elle envahissait à son tour le pays des Barbares, transportant chez eux le théâtre de la guerre, pillant, dévastant, incendiant leurs villages, comme ils pillaient et incendiaient les campagnes romaines. Il n’y avait que des trêves plus ou moins longues, jamais de paix véritable. Rome comprenait que pour assurer son repos il aurait fallu anéantir les Barbares et, désespérant d’arriver à ce résultat, elle cherchait du moins à leur faire le plus de mal possible, à les réduire à l’impuissance par une guerre de détail et d’extermination où ses forces s’épuisaient plus encore que celles des Germains.

 

[38] Lehuërou, Inst. mérov., l. I, c. VII. — Ptolémée, Germania.

[39] Cluvier, Germania antiqua, l. III, c. XXVII.

[40] Ammien, L XXVI, c. IV. Ibid., l. XXVII, c. VIII.

[41] Ammien, l. XXVIII, c. V.

[42] Eumène, Panégyrique de Constance, c. XII. — Ibid., c. VII.

[43] Ammien, l. XXX, c. VII.

[44] Zosime, l. III, c. VI.

[45] Ammien, l. XXVI, c. VIII.

[46] Gaupp., Erster abschnitt, c. VIII. (Verfahren der Germanen.).

[47] Florus, l. III, c. IV. — Ozanam, Les Germains, c. VI.

[48] Gaupp., Erst. abschn. — Tacite, Ann., l. XIII, c. LV, LVI.

[49] Ammien, l. XXVIII, c. V. Orose, l. VII, c. XXXII.

 

 

À suivre...

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