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2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 09:26

ESSAI SUR LA CONDITION DES BARBARES ÉTABLIS DANS L'EMPIRE ROMAIN AU IVè SIÈCLE

 

Chapitre II - Les Dedititii

 

2. Leurs premiers établissements.

 

Les premiers établissements de Barbares se concentrèrent sur la frontière du Rhin et du Danube, ancienne barrière naturelle qu’on essaya de franchir malgré la défense d’Auguste, mais à laquelle on dut revenir, à partir d’Adrien. Plus tard, vers la fin du IIè siècle de l’ère chrétienne, après cette terrible invasion des Quades et des Marcomans qui passa les Alpes, fondit sur l’Italie comme un torrent dévastateur et menaça Rome elle-même, au moment où la peste décimait ses habitants, les Barbares, domptés par Marc-Aurèle, furent cantonnés non plus seulement sur les frontières, dans la Dacie, la Pannonie, la Mésie ou les deux Germanies, mais dans les plaines de l’Italie, aux portes de Ravenne. En les éloignant ainsi du voisinage et du contact des autres Barbares, on espérait en faire des instruments plus dociles et moins dangereux de la puissance romaine.

Déjà on avait cherché, lorsqu’ils étaient établis dans les provinces les plus rapprochées de247 la frontière, à élever entre eux et leurs frères de la Germanie un mur de séparation infranchissable. Outre l’obstacle des deux grands fleuves qui formaient la limite septentrionale de l’Empire, il y avait des légions échelonnées de distance en distance sur toute la ligne du Rhin et du Danube, dans des forts et des camps retranchés qui se reliaient l’un à l’autre et ne laissaient aucun passage libre ; des vaisseaux, destinés en même temps au transport des vivres et des troupes, stationnaient comme les légions sur les points les plus importants des deux rives et faisaient une croisière perpétuelle, lusoriœ naves : c’est ainsi que les appelle le Code Théodosien et qu’ils sont désignés par l’historien Ammien Marcellin[9] ; le nom même de la ville de Ratisbonne n’est autre que celui d’une de ces stations navales. Enfin, sur la rive droite du Rhin et au-delà s’étendait jusqu’au Danube une zone de territoire d’inégale largeur, peuplée de colons gallo-romains, les Champs Décumates, ainsi nommés à cause du mode d’arpentage auquel ils avaient été soumis[10]. Tout cet espace, sur une longueur de près de trois cents milles, se trouvait fermé par le grand rempart, Limes transrhenanus, travail gigantesque dont les restes merveilleux font encore aujourd’hui, après plus de quinze siècles, l’admiration et l’étonnement de ceux qui les contemplent, et que la tradition du pays a consacré sous le nom de Mur du Diable[11].248.jpg

Malgré tant de précautions pour isoler de l’élément romain l’élément purement germanique ou non romanisé, le danger ne cessa point ; il devint au contraire de jour en jour plus imminent. Les Barbares, en quittant leur sol natal, ne renonçaient facilement ni à leurs habitudes, ni à leurs mœurs primitives ; les instincts belliqueux de leur race, cet amour et ce besoin d’indépendance qui faisaient le fond de leur caractère ne tardaient pas à se révéler et les portaient à saisir avec avidité la moindre occasion de révolte. Les essais qu’on fit de les grouper dans la banlieue des villes furent malheureux : il fallut les maintenir à une certaine distance, les disperser dans les campagnes et éviter surtout de les cantonner dans de riches provinces, capables d’exciter leurs convoitises. Ravenne faillit être prise et saccagée par les Marcomans, auxquels Marc-Aurèle avait assigné comme résidence cette partie de l’Italie. On finit même, pour s’assurer de leur fidélité et se prémunir contre les tentatives de rébellion ou de désertion, par les transplanter dans des régions lointaines, à une autre extrémité de l’Empire, où ils devaient oublier plus facilement leur patrie, se façonner plus vite aux lois, à la langue et aux institutions de Rome, Dans les traités conclus avec les différents peuples de la Germanie, les empereurs, en dictant les conditions de la paix, avaient soin de limiter les rapports qui pouvaient exister entre les Romains et les Barbares. Ces rapports s’exerçaient sous la surveillance et avec l’autorisation des préfets impériaux, dans des lieux déterminés, à certaines époques de l’année[12].

Pendant tout le cours du IIIe siècle, il n’y eut presque aucune nation qui ne fournît ainsi à l’Empire son contingent d’hommes pour défricher les terres incultes et combler les vides des armées, car c’était là le double but qu’on se proposait en introduisant les Barbares au sein de la domination romaine. La dépopulation des campagnes datait de l’époque des Gracques et des guerres civiles ; elle n’avait fait que s’accélérer pas suite de la concentration de la propriété dans un petit nombre de mains et de la disparition presque complète des cultivateurs libres remplacés par les esclaves. Pline signalait déjà les latifundia comme une des plaies de l’Empire[13]. Cette plaie qui devait être incurable grandit dans d’effrayantes proportions ; les abus d’une centralisation excessive, le luxe des villes et en particulier de la capitale, qui attirait à elle la meilleure partie des habitants des provinces, les famines, les épidémies, les révolutions militaires, si nombreuses à cette époque, les attaques incessantes des Barbares, furent autant d’éléments de dissolution, auxquels la politique impériale essaya vainement de porter remède en infusant un sang nouveau dans ce vaste corps d’où la vie se retirait tous les jours davantage.

Tantôt ce sont les prisonniers faits sur les Goths par l’empereur Claude qui viennent grossir le nombre des esclaves et des colons de Rome[14] ; tantôt les Francs et les Vandales, vaincus par Aurélien, qui se voient contraints de prêter eux-mêmes le secours de leurs bras et de leurs armes contre les autres Barbares[15] ; tantôt cent mille Bastarnes transplantés d’un seul coup sur la rive droite du Danube et cantonnés dans la Thrace par l’empereur Probus, afin d’y réparer les désastres des invasions[16] ; tantôt les Carpes arrachés par Dioclétien à leurs anciens foyers pour venir peupler et coloniser la Pannonie[17] ; tantôt enfin les Chamaves et les Frisons, condamnés par le césar Constance à renoncer à leur vie errante pour labourer et fertiliser les champs déserts d’Amiens, de Beauvais, de Troyes et de Langres[18].

On ne comptait plus par milliers, mais par centaines de mille, les étrangers ainsi mêlés à la population primitive et indigène des différentes provinces de l’Empire. Seize mille Barbares, choisis parmi l’élite de la jeunesse des populations vaincues, furent incorporés pour la première fois par Probus dans les armées romaines à titre de tirones, et disséminés dans les légions par groupes de cinquante ou soixante, en dehors des nombreuses troupes auxiliaires que fournissaient déjà les Germains[19]. Ce grand capitaine, qui venait par ses récentes victoires de relever le prestige de l’Empire un moment ébranlé, de lui rendre tout ce qui avait été perdu sous les règnes précédents, se flattait d’augmenter par là les forces militaires de Rome, sans qu’on pût s’apercevoir de l’introduction d’un élément étranger. Vaine précaution ! Les événements, plus forts que les hommes, déjouèrent les conseils d’une sage prévoyance et précipitèrent l’Empire dans une voie où il fut désormais impossible de l’arrêter. Probus lui-même ne tarda pas à reconnaître combien de tels sujets et de tels auxiliaires étaient dangereux. Une poignée de Francs, établis sur les bords du Pont-Euxin, à plusieurs centaines de lieues de leur patrie, prirent la résolution de briser les liens de leur captivité et de retourner dans le pays qui les avait vus naître. Ils s’emparèrent d’une flotte qui stationnait dans le voisinage, traversèrent l’Hellespont, longèrent les côtes de l’Asie Mineure et de la Grèce, pillant sur leur passage les villes surprises et sans défense. De là ils firent voile vers les côtes de l’Afrique, abordèrent sur le territoire de Carthage, qui ne dut son salut qu’à des renforts expédiés en toute hâte. La Sicile n’échappa point à leurs pirateries ; ils saccagèrent Syracuse, puis, revenant par la Méditerranée, franchirent le détroit de Gibraltar, côtoyèrent l’Espagne et la Gaule et parvinrent jusqu’aux rivages des Bataves et des Frisons, au milieu de leurs compatriotes étonnés de les revoir[20]. L’audace et le succès de pareilles tentatives semblaient annoncer quels seraient les futurs vainqueurs de Rome.



[9] Code Théodosien, édit. Ritter, VII, tit. 17, l. 1. Paratitlon. — Ammien, l. XVII, c. II. — Ibid., l. XVIII, c. II.

[10] Maximilien de Ring, Mémoire sur les Établissements romains du Rhin et du Danube, Strasbourg, 1852, t. I, p. 166-170.

M. Maximilien de Ring, dans son savant ouvrage sur les établissements romains du Rhin et du Danube, démontre très bien pour quelles raisons il faut renoncer à l’étymologie qui avait prévalu jusqu’ici et qu’on trouve encore reproduite dans la plupart des livres, notamment dans le dictionnaire universel d’histoire et de géographie de Dezobry et Bachelet. Suivant cette étymologie, le mot Decumates viendrait d’une dîme, decima, imposée à tous les habitants du pays, tandis que l’origine véritable de cette dénomination est la mesure dont se servaient les Romains pour arpenter les terrains cédés aux colons, decumanus limes. (De Ring., t. I, p. 166-168.) L’opinion de M. de Ring est confirmée par Mone, dans son histoire des origines du pays de Bade (Urgeschichte des badischen Landes, t. II, p. 229-230.) Le mémoire de Niebuhr sur l’arpentage, Anhang über die römische Eintheilung des Landeigenthums und die Limitation, dans le tome II de son Histoire romaine, fait très bien comprendre ce qu’était le decumanus limes.

[11] Ozanam, Études germaniques, t. III, c. VI, p. 301. — De Ring, t. I, p. 152-166.

[12] Dion, l. LXXI, c. XIX.

[13] Pline, Hist. nat., l. XVIII, c. VII.

[14] Trébellius Pollion, Vit. Claud., c. IX.

[15] Vopiscus, Vit. Aurel., c. VII. — Dexippe, De bellis Scythicis fragmenta, c. II.

[16] Vopiscus, Vita Probus, c. XVIII. — Zosime, l. I, c. LXXI.

[17] Ammien, l. XXVIII, c. I.

[18] Eumène, Panégyrique de Constance, c. IX.

[19] Vopiscus, Vit. Probus, c. XIV.

[20] Zosime, l. I, c. LXXI. — Eumène, Panég. de Const., c. XVIII.

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 17:56

Qu’ils soient lubriques, amoureux, poétiques, humoristiques ou politiques, les graffitis gallo-romains sont comme ceux d’aujourd’hui : effrontés et familiers, tracés dans l’impulsion d’un moment. Ils reflètent la vie, ses petits tracas et ses grandes passions.

En marge des grands événements historiques, ils expriment les triviales préoccupations des sans-grade: une infinité de petites histoires, immuables et simplement humaines, largement aussi instructives que l’Histoire majuscule.


Chiffres et date.

Dresser sa comptabilité, mesurer, peser, dater. Le souci constant de tenir une liste à jour, d’administrer ses biens, d’en rendre compte à la communauté ou à titre personnel s’illustre sur les murs et dans les inscriptions mineures en général bien plus que dans la littérature antique. C'est sur des pans de murs à fond blanc, donc sur des décors de peu de prix, qu'à Auxerre quelqu’un a inscrit ce qui lui est dû, ou ses propres dettes ou un salaire avec un jour précis dans le mois, entre le 3e et le 6e jour avant les calendes : de six à quatre deniers avec un total de 17 deniers. À Narbonne, une liste de denrées : « pain 1 as, sardines, huile et vin » dont on ne sait pas le prix, font penser à un menu ou à une liste d’achat.

Dans le temple indigène de Châteauneuf, sur les murs peints en rouge vif, des pèlerins déclarent fièrement les sommes qu’ils ont données aux divinités qu’ils sont venus honorer : 12 deniers et demie pour une divinité inconnue, 5 deniers pour un sacrifice à Mercure et deux denier et demi pour un autre à Maia. Comme on le voit, il s’agit toujours de sommes modestes, mais qui documentent de façon précise une vie quotidienne qui nous échappe en grande part.

La découverte en abondance d’inscription datée par ceux qui les ont tracés et qui tiennent à fixer un moment d’éternité est particulièrement émouvante. C’est le cas d’un certain Teucer qui se trouvait dans la maison de Sulla à Glanum le quatrième jour avant les calendes d’avril, soit le 29 mars, de l’année du consulat de Cnaeus Domitius et de Caius Sossius, en 32 av. J.-C. Il n’a pas hésité à le faire en plein sur un beau décor en trompe-l’œil, et bien en vue. Volonté de fixer un événement, une rencontre, c’est ici l’immédiateté qui prime, le rapport au quotidien. À Limoges, un certain Quintus se réjouit de sa nuit amoureuse le jour même des noces de mars, soit le 7 ; le même, ou un autre, précise son passage en nombre de jours indéterminés avant les ides d’août sous le consulat de Severus et de Quintianus, soit en 235 après J.-C.


Croquis et caricatures.

Parmi les croquis, les exercices au compas rappellent ceux que nous faisions, écolier sur nos cahiers de brouillon quadrillés dans les moments de désœuvrement. Cependant ce sont les bustes et portraits qui nous sont les plus savoureux. Homme barbu souvent, à Glanum, ou trogne à grand nez à Lyon, personnage couronné à Narbonne, ou encore bustes sur socle à Vaison-la-Romaine.

L’aspect naïf, mal proportionné ou maladroit de certains graffitis montre qu’on a aussi affaire à des œuvres d’enfants.

Cependant, l’apparente naïveté de certains dessins est parfois le produit d’une stylisation très réussie et le trait n’est pas obligatoirement enfantin. C’est le cas pour un petit bonhomme de Périgueux dont le corps avec la barre de la tunique forme un A, les mains au bout des bras écartés n’ont que trois doigts et la tête est une boule ronde ; un soleil à huit rayons le surmonte et l’inscription SAL portée sur le côté est sans doute à compléter en SAL-VE , (Salut !).236.jpg


Exercice d’école.

En revanche, les abécédaires ont été retrouvés en nombre, notamment à Allonnes, Narbonne, Périgueux et Rennes. Ils sont eux assurément l’œuvre d’écoliers. Le mur devient cahier d’exercices. L’enfant s’entraîne à l’écriture et recommence même plusieurs fois les mêmes lettres.

À Narbonne, l’exercice est à 60 ou 70 cm du sol, nous pouvons estimer que l’enfant ne devait guère dépasser le mètre de hauteur. Sur les murs du péristyle de l’édifice de la rue des bosquets à Périgueux un écolier s’y est repris à trois fois au moins, non sans difficulté, à 95 cm du sol sur le fond rouge d’un panneau étroit du décor, un autre élève a gravé son alphabet, hésitant entre la lettre cursive et la majuscule, puis il a eu l’idée de lier le C et le D pour en faire un cercle barré d’une oblique. Ce genre de graffitis se trouve souvent dans les lieux de passage, péristyle, ou galeries. Rappelons que l’école se tenait surtout sous les portiques ce qu’illustre parfaitement une peinture de Pompéi, où l’on voit même un enfant fouetté par son maître.


Reportage des jeux du cirque.

On sait la ferveur des Romains pour les jeux du cirque et les affiches de Pompéi ou d’Herculanum, annonçant les spectacles, les peintures et les mosaïques qui les reproduisent nous informent sur cette passion. De même les graffitis si nombreux dans les cités campagniennes sont également en nombre en Gaule.235.jpg

À Lyon, maison des Maristes, deux gladiateurs ont été gravés avec un grand luxe de détails et à une échelle appréciable, entre 81 et 84 centimètres, le chiffre XXI qui accompagne l’un d’entre eux représente certainement les 21 victoires acquises par le personnage. Traités de manière semblable, il correspond à un même type de combattants : casque à visière et cimier, torse nu, bras droit protégé par un manchon de protection, caleçons tenus par une ceinture, bande molletiere sur l’une des jambes, il se défend à l’aide d’une épée mi-longue et porte un bouclier rectangulaire incurvé. Le lourd accoutrement de protection n’est pas sans faire penser aux hockeyeurs ou aux footballeurs américains d’aujourd’hui.

D’autres ont été identifiés, à Augst, dans la villa de Saint Ulrich, à Narbonne, à Orange ; dans la villa de Guiry-Gadancourt c’est un gladiateur vaincu qui lève la main droite en signe de missio, pour demander la vie sauve. À Ruscino, c’est précisément le grand filet carré que ce dessinateur a soigneusement élaboré derrière un rétiaire couillu, très schématisé et pointant sur la droite un trident plus grand que lui ; les petites jambes de son adversaire apparaissent un peu plus loin.237.jpg

C’est à proximité du forum supposé de Vaison-la-Romaine qu’ont aussi été retrouvés plusieurs graffitis de combat mouvementé. L’un deux évolue dans un paysage complexe. En bas, à gauche, se trouve un cerf, au-dessus deux bustes. Le premier est celui d’un jeune homme et l’autre, monté sur socle, et celui d’un homme barbu, encadrés par des couronnes accrochées.

Il s’agit très vraisemblablement du portrait d’un empereur sans doute Hadrien âgé et barbu, avec de profondes rides sur le front, des yeux rapprochés et à fleur de tête, le nez long et étroit, la bouche petite, par comparaison avec le buste de jeune homme qui serait alors son favori Antinoüs. Le graffiteur a reproduit le cadre du spectacle, alors que les effigies des empereurs étaient portées en cortège et exposé, et les deux phases d’une journée sont relatées : la venatio, la chasse le matin, qu’illustre le cerf, et le munus avec combats de gladiateurs l’après-midi. Un autre couple montre un rétiaire à droite, pointant son trident en direction d’un sécutor à gauche, bien protégé par son armement habituel. Leurs noms devaient être gravés au-dessus d'eux, mais ils ont été grattés sauvagement par des supporters adverses et ne subsiste qu’un bout du mot NCA et un chiffre de victoires, XII. Biffer le nom et le palmarès d’un concurrent rappelle la passion extraordinaire pour les jeux du cirque, qui soulevait les foules dans tout l’empire romain. Les habitants de Pompéi et ce de la cité voisine de Nucera en sont même venus aux mains dans l’amphithéâtre en 59 après J.-C. La rixe est rapportée par l’historien Tacite dans ces Annales et sur une peinture à Pompéi. Il y eut des morts et des blessés, au point que l’incident entraîna la fermeture temporaire des lieux et l’interdiction de grand rassemblement d’associations pendant dix ans.

Les « tifosi » sont à l’œuvre à Périgueux, dans l’édifice de la rue des Bouquets, contre le forum et à peu de distance de l’amphithéâtre de la cité. De nombreux gladiateurs s’y croisent sur les murs, très fragmentaires, et une inscription mentionne dix morts, un mirmillon appelé Communis.

 

Source : Archéologia N°457

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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 06:17

Le bardocucullus est un vêtement avec capuchon (cucullus) qui, si nous en jugeons par le nom, était particulier aux bardéens, peuple de l’Illyrie (cf. Capitol. Pertin. 8) : Martial (Ep. I, 54 ; cf. Juv. Sat. VIII, 145) l’attribue aux Gaulois, et dans un autre passage (Ep. XIV, 128) il indique clairement que c’était un vêtement de dessus porté par le bas peuple de ce pays, et ayant une sorte de ressemblance avec la pænula romaine. Ainsi c’était probablement un manteau d’étoffe grossière, avec un capuchon, qui couvrait tout le corps, pareil à celui que porte le charretier dans la gravure ci-dessous, prise d’un bas-relief de tombeau trouvé à Langres.212.jpg

Ce vêtement à des manches que l’avait pas la pænula. Il y a de côté, près du pied droit, une fente, la même que dans la pænula, mais moins longue. Ce sont précisément ces ressemblances et ces différences qui expliquent pourquoi Martial a rapproché les deux mots. [La coule des moines, avec le capuchon pour rabattre sur la tête, est une imitation de ce vêtement primitif des paysans].

 

 

Benna est un mot gaulois employé pour désigner un chariot à quatre roues ou une vouture faite d'osier et pouvant contenir plusieurs personnes, comme on le voit dans la gravure ci-dessous, prise de la colonne de Marc-Aurèle (Festus, s. v. ; Scheffer, de Re vehic. II, 21 ; cf. Cato, R, R. 23, 2, où cependant Schneider lit Mæna).213.jpg

 

Source : Dictionnaire des Antiquités Romaines et Grecques, Antony Rich éd. Molière

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26 janvier 2013 6 26 /01 /janvier /2013 10:10

ESSAI SUR LA CONDITION DES BARBARES ÉTABLIS DANS L'EMPIRE ROMAIN AU IVè SIÈCLE

 

Chapitre II - Les Dedititii

 

1. Qu’était-ce que les Dedititii ?

 

Les premiers Barbares établis sur le sol de l’Empire le furent comme vaincus et comme subissant la loi du vainqueur. Après une lutte plus ou moins longue, plus ou moins acharnée, souvent cruelle et sanglante, incapables de prolonger la résistance, cédant devant la force régulière et disciplinée des légions, ils se voyaient obligés de poser les armes, de reconnaître la souveraineté de Rome, et n’échappaient à une ruine complète qu’en se rendant à discrétion, qu’en implorant humblement la clémence de leurs nouveaux maîtres. De là l’expression si énergique, si caractéristique du latin par laquelle ils sont désignés : Dedititii, c’est-à-dire qui se donne, qui se livre soi-même[1]. On ne pouvait  attendre d’une telle situation que des rapports d’étroite dépendance, voisins de ceux qui existaient dans l’antiquité entre le maître et l’esclave. On leur laissait la vie qu’on aurait eu le droit de leur ôter, parce qu’on jugeait plus utile, plus conforme aux intérêts de l’Empire de les employer à son service ; on leur abandonnait des terres incultes ou désertes dont l’État233.jpg ne tirait aucun profit, en échange de celles qui leur étaient confisquées[2]. Ils vivaient du produit de ces terres dont ils n’avaient que la jouissance, et une jouissance précaire[3], car il était toujours loisible à l’État, seul et véritable propriétaire[4], de retirer la concession qui leur en avait été faite ; cette concession, pure et gratuite faveur, n’était point comme un contrat qui lie également les deux parties[5] ; elle ne constituait aucun droit dont celui qui en était l’objet pût se prévaloir. L’État ne se contentait pis de maintenir l’intégrité de ses droits sur les territoires ainsi abandonnés ; il exigeait encore des concessionnaires, sous forme d’impôts ou de tributs, des redevances annuelles, payées soit en nature, soit en argent, proportionnellement au revenu de la terre[6].

Toutes les conditions imposées aux peuples déjà soumis par la république et dont les pays avaient été réduits, après la conquête, en provinces romaines, pesaient sur les Barbares devenus à leur tour sujets de l’Empire au même titre que les provinciales et les peregrini, conformément au droit de gens (jus gentium) tel que le concevaient les anciens.

Fidèles à la politique traditionnelle du sénat, les empereurs cherchèrent de bonne heure à s’assimiler ce nouvel élément de domination. Dès le règne d’Auguste, après les victoires de Drusus et de Tibère, les Ubiens, les Cattes, les Sicambres, les Chérusques, les Cauces (Cauchi), et une partie des Suèves, peuples voisins du Rhin, mais qui habitaient au delà, furent transplantés, au nombre de plus de cent mille, sur la rive gauche du fleuve, au milieu même des colonies romaines, dans les Gaules, où on leur assigna des terres à cultiver[7].

Velleius Paterculus, témoin et acteur dans cette guerre où il servait sous les ordres de Tibère, nous représente l’élite d’une jeunesse innombrable venant, sous la conduite de ses chefs, déposer les armes et tomber aux pieds du général romain assis sur son tribunal, entouré d’un brillant état-major[8]. L’exemple une fois donné fut imité par la plupart des successeurs d’Auguste, après les victoires remportées par eux ou par leurs lieutenants sur les différents peuples de la grande Germanie. Nous trouvons à chaque page des historiens, des biographes, des panégyristes, la mention de quelque nouvelle peuplade vaincue et reçue sur le territoire romain (receptœ nationes). Les conditions de l’établissement varient suivant les époques et les circonstances, mais le principe ne change pas ; le but reste invariablement le même ; il est facile de reconnaître partout l’application d’un même système de politique.

 

[1] En grec ύπήκοοι, Dion Cassius, l. LVI, c. XXXIII. — Du Cange, Glossarium mediœ et infimœ grœcitatis. — Ibid., Glossarium mediœ et infimœ latinitatis, au mot Dedititii.

[2] Du Cange. Concessa nudata cultoribus loca Dedititiis qui ea colerent.

[3] Possessio precaria.

[4] Dominium quiritarium.

[5] Fœdus iniquum.

[6] Tributarii.

[7] Dion, l. LV, c. XXXIII, XXXIV. — Eutrope, l. VII, c. IX. — Suétone, Auguste, c. XXI. — Ibid., Tibère, c. IX.

[8] Velleius Paterculus, l. II, c. CVI.

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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 17:46

V. LE CHARROI.

 

La route portait encore plus de marchandises que d’hommes. Je ne sais si le charroi fut jamais aussi actif en Gaule que dans les temps des premiers empereurs.

 

Qu’on songe aux convois de lourds matériaux qui se dirigeaient vers les villes à construire. Pierres à bâtir, dont certains blocs, comme aux Arènes de Nîmes, pèsent jusqu’à huit tonnes[68] ; énormes bois de charpente, pour tenir les échafaudages[69] ; masses de marbres bruts, destinées au débit sur chantier ; chargements de briques, de moellons, de chaux et de sable ; bronzes pour la fonte des statues, saumons* de plomb pour les conduites d’eau : on comprend que pour supporter de tels poids, il ait fallu d’abord des routes dures et solides comme le rocher[70].

 

Puis ce fut, pour ne jamais s’arrêter sous l’Empire, le passage des messageries du commerce : charrettes chargées de tonneaux ou d’amphores, de sacs de blé, de ballots de draps, de caisses de conserves, de céramique, de quincaillerie ou de droguerie, de paniers de fruits ou de légumes, voitures closes pleines d’objets précieux[71], un roulage incessant circulait sur le robuste pavé des routes romaines.

 

Pour beaucoup d’habitants de la Gaule, ce charroi était l’origine de leurs richesses ou de leurs plaisirs ; par lui venait l’objet souhaité ou le bénéfice attendu. Les espérances que tant d’hommes ont mises autrefois dans le voilier parti vers les Indes occidentales, les Gaulois de l’époque romaine les mettaient sur les longues files de colliers qui s’acheminaient lentement vers leurs granges ou leurs magasins. Aussi, que de fois les marchands d’alors ont fait sculpter sur leurs tombeaux la charrette et son chargement, souvenir à demi symbolique de leur laborieuse fortune[72] !

 

Au milieu de ces lourds convois couraient les voitures plus légères des voyageurs, à cabriolet à deux roues pour les courses rapides[73], la vulgaire jardinière à capote de toile, inséparable du paysan aux jours de marchés[74], la voiture de voyage ou de poste à deux[75] ou à quatre roues[76] avec ses innombrables variétés d’attelage. Les Gaulois connaissaient d’ailleurs tous ces types de véhicules, ils n’apprirent rien des Romains en fait de carrosserie. Cela venait d’un très lointain passé et ira jusqu’à nos jours.P1010502

 

Puis, c’étaient toutes les espèces de bêtes de course ou de somme, plus nombreuses qu’elles ne furent jamais : chevaux de courriers[77] voyageant en poste ou de soldats ménageant les étapes, mulets chargés de sacs tombant de l’échine, ânes portant leurs deux paniers en équilibre. Ceux-ci, ânes et mulets, ne sont point toujours isolés : on les voit parfois groupés en longues files, qui s’allongent sur les sentiers des montagnes[78]. Le charretier, le muletier sont, en temps ordinaire, les vrais maîtres de la route[79].

 

Ajoutez enfin des transports d’objets extraordinaires ou formidables : les camions de victuailles destinées aux repas de Vitellius ; le service de table de l’empereur Galba ; les meubles que Caligula fait venir de Rome ou la trirème qu’il y expédie de Boulogne[80] ; et, dans leurs cages, les bêtes, ours, sangliers ou taureaux, destinées aux amphithéâtres. La route subvenait et participait à toutes les folies de l’Empire, princières et populaires ; elle était le monstrueux couloir qui les laissait passer.

 

* type de lingot de métal

 

Camille Jullian - Histoire de la Gaule, Tome V

 

[68] 8000 kilogr. ; Bazin, Nîmes gallo-romain, p. 102 ; les pierres de 2 à 3 mètres cubes y sont communément employées (Grangent, Descr., p. 65).

[69] Voyez à Bordeaux le bas-relief dit des dendrophores (Esp., n° 1096).

[70] Ne nutent sola, dit Stace, IV, 3, 45.

[71] Carpenta, Ammien, XV, 10, 4 ; etc. Très nombreuses figurations sur les monuments funéraires, et peut-être même est-ce la scène de la vie courante qui est le plus. représentée (Espérandieu, n° 4, tombe d’un mulio, 618, 857, 3175, 3232, 3521, 3522 ; VI, p. 419, monument d’Igel ; etc.) : ce sont d’ordinaire des chars de transport à quatre roues, attelés de deux chevaux, mulets ou même bœufs, le conducteur tantôt debout à côté, tantôt assis sur le devant. — Comme type particulier, chariot de vendange à forme évasée (Esp., n° 1766).

[72] Cf. note précédente.

[73] Peut-être Esp., n° 4043, 4044, 4083, 4157, 4207 ; id., VI, p. 451 (Igel) ; etc. : toutes celles-ci, d’ordinaire à deux chevaux ; quelques-unes aux coffres paraissant en osier tressé, rappellent nos paniers. Ce sont des variétés de cisium (cf. les deux notes suivantes). — La plupart de ces représentations doivent s’expliquer par une allusion à la vie du défunt, fermier ou petit propriétaire faisant ses courses.

[74] Voyez les voitures de transport légères à deux roues et un cheval, n° 4031, 4041, 4321, 2770 (celle-ci avec double capote) ; lit aussi on trouve la forme du panier.

[75] Autre variété de cisium : n° 4102, deux roues et quatre chevaux ; cisio trijugi, à trois chevaux (Ausone, Ép., 8, 6).

[76] Petorritum traîné par des mules rapides ; Ausone, Ép., 8, 5 : 14, 15-6. Cf. la reda des temps celtiques.

[77] Vel colaramn mannurn vel raptum tonga versadum (Ausone, Ép., 8, 7).

[78] Ce qui précède est supposé d’après l’ensemble des renseignements sur l’Empire ; cf. Dict. des Ant., Malus, p. 2020-1.

[79] On trouve la réplique du fait sur les tombes.

[80] L’obélisque d’Arles, 15 m. 26 de hauteur, a dû être transporté d’Égypte par eau.

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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 06:19

 


 
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19 janvier 2013 6 19 /01 /janvier /2013 18:51

Conception et direction : Frédéric Chaslin [en savoir +]

 

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19 janvier 2013 6 19 /01 /janvier /2013 07:42

ESSAI SUR LA CONDITION DES BARBARES ÉTABLIS DANS L'EMPIRE ROMAIN AU IVè SIÈCLE

 

Chapitre I - Les Invasions.

 

Double politique de Rome vis-à-vis des Barbares.

 

Durant toute cette période de quatre cents ans qui précéda et prépara la grande invasion, les Barbares furent en rapports constants avec les Romains appliqués à les discipliner en même temps qu’à les vaincre. Rome avait toujours eu deux politiques à l’égard de ses ennemis, et ces deux politiques elle les employa simultanément pour les Germains comme pour les autres peuples[86]. L’une, malfaisante, consistait à détruire, à opprimer par système, à faire le désert pour régner (ubi solitudinem faciunt pacem appellant), politique d’ambition, d’avarice et de cruauté[87]. Les plus honnêtes d’entre les Romains, partageant les idées et les préjugés nationaux de leurs concitoyens, ne lui refusaient ni leur approbation ni leurs encouragements. Tacite faisait des voeux patriotiques pour que l’esprit de haine et de discorde soufflât sans cesse sur la Germanie, pour qu’elle se déchirât de ses propres mains, tandis que Rome, favorisée des dieux, assisterait comme à un spectacle à des massacres qui ne lui coûteraient rien et dont elle n’aurait  qu’à recueillir les fruits[88]. L’autre politique, bienfaisante et civilisatrice, consistait àbarbare3 associer les étrangers à sa fortune, à les faire marcher avec elle dans les voies du progrès où elle les avait devancés, à leur servir, pour ainsi dire, de guide et d’initiatrice, les faisant ainsi participer aux avantages de son organisation sociale et militaire. Cette participation généreuse et habile n’était pas, il est vrai, tout à fait désintéressée ; son but était de les subjuguer par ces moyens moraux, encore mieux que par la force des armes ; elle s’assurait par là un concours fidèle et dévoué de leur part et les faisait travailler à sa propre grandeur ; il faut avouer qu’elle y avait assez bien réussi aux siècles les plus glorieux de la république pour suivre avec les Barbares cette antique tradition de son gouvernement. Aussi voyons-nous les différents peuples de la Germanie admis successivement dans l’Empire en qualité de sujets ou d’alliés, de colons ou de soldats, pénétrant toutes les couches, tous les rangs de la société romaine, avant de renverser le gouvernement impérial. Chaque guerre entre les Romains et les Barbares était suivie d’un traité stipulant les conditions des rapports futurs des deux nations. Dès le IVe siècle, l’invasion pacifique était consommée. Nous trouvons à cette époque les Barbares dans l’Empire sous divers noms, dont chacun correspondait à un état personnel et légal déterminé.

 

[86] Ozanam, Les Germains, t. III des oeuvres complètes, c. VII.

[87] Tacite, Agricolæ vita, c. XXX.

[88] Tacite, De Mor. Germ., c. XXXIII.

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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 17:41

Fondée par les Romains au premier siècle, Rotomagus (Rouen), était la capitale de la Lyonnaise seconde, qui deviendra la Normandie. Jusque-là, la Haute-Normandie actuelle, était occupé par trois tribus gauloises : les Véliocasses et les Calètes au nord de la Seine ; les Aulerques-Eburovices au sud de la Seine.222.jpg

 Aucun vestige n'est resté dans son milieu d’origine. C’est pourtant bien les Romains qui fondèrent la ville à cet endroit de la rive droite de la Seine. Le lieu avait l’avantage, contrairement à la rive gauche, d’être protégé des inondations, et d’être idéalement situé, au carrefour des voies terrestres et surtout fluviales. Rotomagus est reliée à Lutèce mais aussi à la mer. De plus, l’endroit bénéficie de plusieurs sources d’eau grâce au Cailly ou au Robec.

Son apogée se situe au IIIème siècle. La ville, capitale de la province de la Lyonnaise seconde , sera l’une des plus importantes de la Gaule lyonnaise. Il faut imaginer une véritable ville romaine, bâtie sur un plan orthogonal, avec ces termes, son amphithéâtre à l’endroit du donjon médiéval (tour Jeanne d’Arc), son forum, son temple… Aujourd’hui, même dans le vieux Rouen aucun vestige romain ne peut être vu par les visiteurs. La ville médiévale a en fait été construite sur la ville antique, et à chaque fois que l’on creuse, lors de travaux d’urbanisme, de création du métro ou de parking, à quelques mètres de profondeur, on trouve quelque chose. La ville connaît un déclin au IVème siècle. Afin de se protéger des invasions barbares, elle se retranche derrière des remparts et sa taille diminue considérablement.

Pour voir des vestiges gallo-romains, il faut parcourir une cinquantaine de kilomètres, et se rendre dans la ville de Lillebonne. Créée probablement ex nihilo par les Romains sous Auguste (aucune fouille n’a révélé la moindre trace d’occupation gauloise de Lillebonne), Juliobona (la « ville de Jules César ») était la capitale de la tribu des Calètes. Sa situation, à proximité de l’embouchure et près du dernier passage de traversée du fleuve, en fait alors un port idéal, notamment pour les relations commerciales avec la Britannia.

Le choix du site de construction de la cité répond en fait à plusieurs critères : il faut imaginer qu’à cette époque, la Seine touche Le Mesnil et l’aire comprise entre le fleuve et les limites de la ville actuelle est en fait un marais navigable. Une zone abritée propice à la construction d’un port, comme celle qui accueillera Harfleur (Caracotinum).

La seconde raison d’une implantation à cet endroit est une situation idéale à la confluence de deux vallées, permettant un accès facile des hommes et des marchandises entre le fleuve et le plateau. Ce site présent en outre une terrasse alluvionnaire qui descend vers la rivière le Bolbec, offrant un ensoleillement et une protection contre l’humidité du sol du fait de sa faible pente. Le nom antique de la ville de Juliobona viendrait de « bona » et « lulius » (Julien) c’est-à-dire une fondation de l’époque Julio – claudienne (début du premier siècle de notre ère).

Lillebonne a gardé d’impressionnants vestiges qui témoignent de son importance et de sa prospérité durant la Pax Romana. C’est d’ailleurs à Lillebonne que se situe le mieux préservé des amphithéâtres du Nord de la France. Ce monument de spectacle possède une arène d’amphithéâtre ainsi qu’une scène de théâtre. Il est fort probable qu’il n’y ait eu qu’un petit théâtre au début, mais au final l’édifice pouvait probablement accueillir entre 9000 et 10 000 personnes.220

L’édifice, du fait des invasions germaniques, est transformé au IVème siècle en castrum, à l’intérieur duquel les habitants se réfugient. Devenu carrière de pierres, il est « redécouvert » au XVIIIe siècle et classé monument historique en 1840. Aujourd’hui encore en chantier de restauration, il est loin d’avoir livré tous ses secrets… Parmi les illustres vestiges exhumés lors des fouilles à Lillebonne se trouvent une monumentale mosaïque et un Apollon en bronze doré datant de la fin du IIème siècle. Mesurant 1,94 m, cette statue de bronze visible au Louvre, est la plus haute conservée en Gaule.221.jpg

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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 06:51

La Wallonie fournit de nombreuses traces de la romanisation. Villas, cités, sites isolés, voies romaines… Si les vestiges ne sont pas impressionnants, il n'en témoigne pas moins de l'impact très important de l'appartenance de ces régions à l'Empire Romain. Pourtant, cette présence n'est pas sans présenter quelques paradoxes.

 

La Wallonie romaine demeure essentiellement rurale. Des principaux centres urbains qui polarisent l'espace sont situés le plus souvent juste à l'extérieur de son territoire. On pense à Bavay et Tongres, mais aussi à Metz, Trèves et Cologne. Le seul centre urbain important situé sur les territoires wallons est Tournai, qui est déjà une vraie ville. Les voies romaines qui structurent la région sont disposées en fonction de ses centres urbains extérieurs. À côté de cela il y a quatre agglomérations majeures, qu'on peut qualifier de petites villes. Il s'agit de Namur, Liberchies (près de Charleroi), Arlon et Saint-Médard (près de Virton). Pour le reste, il n'existe que de petites bourgades au milieu d'un vaste paysage rural. Ces villes, petites ou grandes, montrent des plans d'organisation différents. Il y a le plan en damier, comme à Arlon, mais aussi le plan polynucléaire, dû aux contraintes de la géographie locale, comme à Namur ou à Tournai. À Tournai, la ville se développe en rapport avec l'Escaut. À Namur, ce sont la Sambre et la Meuse qui structurent l'espace. La cité mosane se développe d'abord au confluent des deux cours d'eau, au pied de la colline du Champeaux, ancien oppidum qui deviendra la Citadelle. Toutes ces villes répondent aux besoins de fonction de l'époque. Si le secteur primaire (production agricole, carrières, chasse…) est mal étudié, il est de toute façon plutôt l'apanage des zones rurales. Le secteur secondaire est bien présent. On retrouve la trace d'un artisanat bien développé, et qui ne date d'ailleurs pas de l'époque romaine mais remonte aux proto-cités celtiques. Enfin, le secteur tertiaire est représenté également ! Les textes montrent la présence d’organes de justice, de temples et d’autres services aussi typiquement romains que les thermes. Les cités gallo-romaines de Wallonie sont modestes, mais elles n’en sont pas moins de véritables percées de la civilisation romaine dans ces contrées.

Peut-on en conclure que ces villes sont des îlots de romanité dans une campagne restée celtique ? Sûrement pas. À côté de ce réseau urbain plutôt lâche existait un monde rural tout aussi authentiquement gallo-romain. Les Romains étaient un peuple d’administrateur rigoureux, d’ingénieurs efficaces et de stratèges habiles. C’est ainsi qu’ils ont pu conquérir un empire. Mais avant cela, les Romains sont avant tout un peuple de fermiers ! Cela peut paraître paradoxal quand on sait que Rome a longtemps été la plus grande ville du monde, aussi grande qu’une métropole moderne. Mais les racines du monde Romains sont rurales, et même agricole. Ceux qui étudient le droit romain sont souvent frappés par deux choses. La première, c’est la grande similitude qui existe entre le droit actuel de droit romain de l’époque ; la seconde, c’est que ce code de loi devait être parfait pour des agriculteurs, ou pour être précis pour des familles de propriétaires terriens. Or, que sont les sénateurs sinon les représentants de grandes familles possédant de grandes propriétés à vocations agricoles ?

Partout où les Romains se sont installés, ils ont fondé des villes, mais ils ont aussi et surtout transposé leurs modes d’organisation du monde rural. La Wallonie ne fait pas exception à la règle. Elle offre des terroirs favorables à l’installation des villas. Le sens moderne du mot villa ne doit pas oblitérer le sens que lui donnaient les Romains. Dans l’Antiquité, une villa était un complexe réunissant habitation, atelier et entrepôts autour d’une même vocation agricole. Construit au milieu du domaine qu’elle exploite, la Villa héberge la famille propriétaire ainsi que certains de ses employés et ses esclaves. On y225.jpg vit, mais surtout on y travaille. Les ateliers permettent de fabriquer et d’entretenir le matériel dans les ouvriers agricoles ont besoin. Les entrepôts permettent de stocker la production, d’abriter le bétail et le matériel. Le concept de villas tient donc à la fois de la résidence et de l’entreprise. Plus étendue et polyvalente que nos fermes actuels, elle peut jouer localement le même rôle qu’une petite ville ! La Wallonie, offre des terres fertiles, est abondante en eau, jouit d’un climat maritime tempéré et possède de l’espace en suffisance. Si on y ajoute la présence des cités qui jouent le rôle de gestionnaire, ainsi que les infrastructures routières qui favorisent la circulation des marchandises, on obtient une terre extrêmement favorable pour un peuple tel que les Romains.

Ces villas se concentre essentiellement sur les bas-plateaux et le long des voies romaines. L’Ardenne est donc relativement délaissée, à l’exception d’un axe Namur-Bastogne qui suit les voies de communication. La plupart de ces villas sont bâtis dans un style romain, donc méditerranéen, avec prédominance de la pierre et de la brique. C’est également le cas pour des bâtiments plus petits. Par contre, au nord de la Wallonie la typologie des habitations est radicalement différente, avec une subsistance du modèle gaulois et la prédominance de matériaux comme le bois. La limite entre ces deux typologies coïncide remarquablement avec le tracé de la frontière linguistique actuelle. Au sud, on a un modèle romain, signe d’une présence plus forte et donc d’une influence culturelle forte. Au nord, on a un modèle celtique, signe d’une persistance des façons de faire celtique. Cette asymétrie dans la romanisation aura des conséquences importantes jusqu’à nos jours.

L’Empire romain s’installe donc dans la future Wallonie, mais il n’y a pas de véritable colonisation par des populations italiques. La romanisation ne se fait donc pas via le mélange des peuples. Les Gallo-Romains, dans leur grande majorité, ne sont pas des métisses de gaulois et de Romains mais bien des gaulois romanisés. La romanisation ne se fait pas non plus de manière coercitive. Les gaulois adoptent spontanément la langue et la culture romaine. Ce comportement vis-à-vis d’un occupant après une conquête violente s’explique par plusieurs paramètres.226.jpg

Tout d’abord, il y a la proximité linguistique. Si le gaulois est une langue celtique, il y a une réelle parenté avec la langue cousine, le latin. Et à l’époque, la divergence était moins forte qu’elle ne l’est actuellement. On peut même considérer le gaulois comme plus proche du latin que des langues celtiques actuelles. Il n’a donc que probablement pas été plus difficile pour les gens de l’époque de passer du gaulois au latin que plus récemment du wallon aux français.

Ensuite, il y a les ressemblances socioculturelles. Le substrat gaulois comportait déjà des éléments qui rappelaient aux Romains leurs propres coutumes et institutions : magistrats élus pour un an, sénat en charge du contrôle des magistrats, assemblées plus rares. La structure en cités était également semblable, ce qui a permis aux Romains de calquer leur maillage territorial sur celui des anciennes tribus gauloises.

Enfin, les élites gauloises étaient depuis longtemps tournées vers le monde méditerranéen, dont les idées avaient filtré jusque dans les forêts d’Ardenne. Il n’est donc pas surprenant de les voir se lier avec l’occupant par convergence d’intérêts. Ils verront dans l’Empire l’occasion d’améliorer leurs conditions de vie. Ils vont donc faciliter la tâche des Romains en ce romanisant. Par ailleurs, cette romanisation leur permettra de faire valoir leurs droits et même de jouer un rôle dans la gestion de l’Empire.

Les Romains importent leur langue, mais pas uniquement. Avec eux, le droit passe de l’oralité à l’écrit. L’administration se met en place et le mode de vie change. Au niveau religieux également, l’influence se fait sentir. Les divinités du Panthéon arrivent en Wallonie. Selon les cas, elle s’ajoute, remplace ou assimile les divinités celtiques comme Diane avec Arduinna. Le seul élément réellement exotique pour les Romains, le druidisme sera interdit et les druides poursuivis et persécutés.

Économiquement, la période romaine est une période faste. Les échanges qui existaient déjà avec l’espace méditerranéen s’intensifient et s’accélèrent. Les fouilles menées en Wallonie ont révélé des biens fabriqués en Italie, en Espagne ou en Occitanie. On importe en Wallonie des produits agricoles, comme de l’huile d’olive. Les produits issus des plateaux fertiles sont consacrés à l’exportation. Les Romains, grands amateurs de vin, implante la vie. Elle se développera sur les adrets du sillon Sambre-et-Meuse, mais périclitera sous le double coup d’un léger refroidissement et d’une perte progressive de savoir-faire. C’est une sorte de petit âge d’or que cette période gallo-romaine, cette fusion réussie de deux mondes différents qui vont accoucher d’un troisième, à la fois neuf et fort de ses racines. Et déjà, à cette époque, va se dessiner la future frontière entre les mondes latins et germains.

 

Source : Histoire de Wallonie, Yannick Bauthière - Arnaud Pirotte éd. Yoran Embanner

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