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13 mars 2013 3 13 /03 /mars /2013 18:39

Au début de notre ère le bain n’est pas un luxe mais un facteur de paix sociale ! Rome a son ministre des Eaux, et les Romains leur paradis : des termes luxueux, véritables concessions faites au peuple par l’empereur. Ces lieux de plaisir ont tout pour heurter l’orthodoxie chrétienne.


Descendant de Romulus, qui fut sauvé des eaux, les Romains ont toujours aimé la nage et le bain. La belle Claudia, Cicéron, n’habite pas au Nord du Tibre que pour séduire les jeunes gens qui s’y baignent ; César traverse les fleuves à la nage ; Néron cède au plaisir sacrilège de plonger dans la source sacrée de l’aqua Marcia ; Sénèque ne renonce que sur ses vieux jours à se jeter chaque année, pour le 1er janvier, dans l’eau de l’aqua Virgo. Toniques et fortifiantes, bonnes pour la santé, surtout quand elle est froide, l’eau apporte également aux Romains l’hygiène et la propreté corporelle. Posséder un balnéaire privé devînt donc que très tôt l’un des signes les plus visibles et les plus recherchés de l’abondance et de la réussite sociale. Ce luxe n’était cependant accessible qu’aux notables enrichis par l’argent des conquêtes. Pour les autres, les plus nombreux, on construisit très tôt des bains publics appelés balnea. Le remarquable succès de ces établissements s’explique par le fait qu’il répondait actes ment à la demande d’une clientèle qui avait besoin d’eau chaude et appréciée en même temps le « coup de fouet » que donne l’eau froide. D’abord sommaires, voire inconfortables, les balnea bénéficièrent avec le temps des progrès du chauffage et de l’alimentation en eau. Ils comportaient tous en effet une salle tiède, ou tepidarium, une salle chaude ou caldarium et une salle froide ou frigidarium. Les étapes du bain se trouvaient donc d’emblée définies : on allait de la salle tiède à la salle froide en passant par la salle chaude. Autrement dit, on se préparait eau tiède, on se lavait au chaud, on se baignait au froid et l’on pouvait prolonger à son gré la durée de chaque étape.

Les balnea restèrent cependant toujours des établissements modestes et s’agrandir plutôt en nombre qu’en superficie : il y en avait 160 à Rome à la fin de la république et près de 1000 au IVème siècle après J.-C. Quand l’horreur des guerres civiles lui prit fin, le nouveau pouvoir - celui d’Octave devenu auguste - compris aussitôt qu’un des meilleurs moyens d’affirmer le retour à la paix sociale, au bonheur et à la prospérité générale, était d’offrir à tous ceux dont les plus nantis étaient encore les seuls à jouir : le plaisir d’avoir de luxe. Agrippa, qui fut entre autres importantes fonctions le « ministre des eaux » d’Auguste, entreprit donc, des 29, la construction sur le Champ-de-Mars d’un nouveau type d’établissement inspiré de ce qu’on trouvait déjà en Grèce et en Italie du Sud. Pour la première fois lors nécessaire était amenée par un aqueduc spécial. Toutes les salles étaient disposées, non plus en ligne, mais en cercle autour d’une vaste rotonde et l’ensemble était installé au cœur d’un parc avec un arc artificiel où l’on pouvait nager en plein air au sortir du frigidarium. Ce n’était donc plus vraiment des balnea. On trouva donc un autre nom, évoquant à la fois la Grèce et la chaleur : les termes étaient nés. Ils connurent immédiatement un succès considérable et bénéficiaire ensuite de l’engouement populaire, de la volonté du pouvoir et des progrès continus de la technique. Rome venait, en fait, de découvrir un autre monde. Il restait à en définir le modèle et ce fut Néron, dans son désir de vie inimitable qui le fixa le premier.249.jpg


Le paradis pour une misère


Les termes qu’il fit construire vers 60, près de ceux d’agrippa, s’étendait sur 3000 m². Néron disparu, ses successeurs s’efforcèrent tout à la fois de bannir sa mémoire et de faire mieux que lui. Après Titus, Trajan éleva des termes qui portèrent à la perfection le schéma Néron le mien desservir désormais de modèles canoniques à toutes les constructions du même genre. La disposition générale était semblable, mais autour du balnéaire, dans l’immense frigidarium était devenu pareil à une basilique, on trouvait maintenant des jardins, des espaces de promenade et de repos, des salles de concert, des portiques et une bibliothèque. Établie sur une surface de 110 000 m², l’ensemble était entouré d’un mur élevé qui viserait du reste de la ville. Les termes étaient devenus comme un monde à part dans lequel s’exposer toute la richesse architecturale et culturelle de l’empire. Le progrès était indéniable et l’ensemble du monde Romains se couvrir de bâtiments semblables dans leur esprit sinon dans leur dimension. À Rome même, Caracalla construisit encore en 217 des termes qui s’étendaient sur 140 000 m², et c’est vers 300 Dioclétien fit élever les plus grands et les plus beaux de tous. Le voyageur qui se rend à Rome par le train arrive à la gare de Termini. Il pourrait se croire au terminus : il est au terme de Dioclétien. Étalé sur une superficie de 150 000 m² et pouvant accueillir 3000 personnes à la fois, il tenait en effet tout l’espace qu’occupe actuellement la place du Quinquecento, la place de la république, l’ensemble du musée national des termes et l’église de Sainte Marie des anges, dans la structure et les imposantes dimensions - sauvegardaient par Michel-Ange à la fin de sa vie - sont toujours celles de l’immense frigidarium centrale. Là où le voyageur attend maintenant son taxi iranien sans cesse autour des termes une extraordinaire agitation. Vendeur de parfums, donc glands, de sandales ou de boissons, militaire en civile, vigiles en patrouille, étrangers venus de tous les coins du monde, intellectuelles et voyous, femme aux allures engageantes ou bande de jeunes gens bruyants, c’était partout des invitations, des sollicitations, des cris, des appels, des odeurs étranges, des relents de tavernes et de cuisine en plein air. On s’approchait de la grande porte, en s’acquitter d’un as - une misère - et l’on entrait. A l’intérieur, c’était un univers de luxe et de beauté : pour quelques heures, on se croyait reçu dans ces palais des rois d’Asie que les Grecs appelaient paradisoi, des paradis. Depuis des siècles le parcours était toujours le même. On se déshabillait dans l’immense vestiaire aux parois de stuc, dans le les murs desquels était aménagé des niches où l’on déposait des chaussures et vêtements. Nu ou presque, chaussé de sandales de bois et prenant garde à ne pas glisser sur les mosaïques et les marbres qui décoraient le sol, on entrait ensuite dans le tepidarium où régnait ordinairement une température de 20 à 30° C pour une géométrie de 20 à 40 %. Dans la chaleur humide, le corps se détendait et s’échauffait, puis commençait à transpirer. On pouvait alors pénétrer dans le caldarium. L’endroit était moins éclairé, moins vaste et la température est montée jusqu’à 40°C. Dans une abside se trouvait une grande baignoire collective, un grand bassin de marbre dont le fonds était tapissé de mosaïques représentant des poissons, des divinités marines ou des monstres marins ; une autre très chaude il tombait en permanence. On n’y accédait en descendant quelques marches sur lesquels on s’asseyait, près de ceux qui s’y trouvaient déjà. Immergé jusqu’à la taille ou jusqu’aux épaules, on est resté aussi longtemps que l’on pouvait. Quand la sensation de chaleur cessait d’être agréable, on allait, à l’autre extrémité de la salle, se rafraîchir à une grande vasque en porphyre qu’une fontaine ornée de griffons alimentait continuellement en eau froide. On restait debout quelque temps près de cette source fraîche en bavardant avec l’un ou l’autre, on se décrassait le corps en le frottant avec un strigile pour enlever sueur et saponaire, et l’on retournait se plonger dans le bassin brûlant. Avant d’entrer, pour finir, dans le frigidarium, les plus sages se ménageaient une transition dans la salle tiède, mais les plus audacieux passaient directement du chaud au froid, de l’eau de la baignoire à celle de la piscine. Au début de leur parcours, les hommes étaient entrés d’un côté du vaste bâtiment, les femmes de l’autre ; ils avaient suivi les mêmes étapes et traverser des salles absolument identiques, les unes à droite, les autres à gauche de la grande pièce centrale où ils se retrouvaient tous pour plonger dans la piscine en plein air. De toutes les salles des thermes, le frigidarium était donc que la plus spacieuse et la plus haute. Il avait l’aspect d’un vaste promenoir, entouré de colonnes en granit rouge et décoré d’œuvres d’art qui en faisait un véritable musée. Tombant des grandes fenêtres haut placées, la lumière du jour et le soleil qui soulignait l’éclat des mosaïques et jouait, dans un brouhaha de rire et de paroles, avec le reflet des marbres colorés. À l’extérieur, dans le prolongement de la salle, miroitaient la grande piscine ; autour d’elle s’est tendait toute une nature arrangée par l’homme, ou la pierre et les statues se mêlaient à la verdure, aux arbres et aux fleurs. Les thermes cependant n’offraient pas que les plaisirs du bain. Avant d’entrer dans la salle tiède, on pouvait déjà s’échauffer dans la palestre en jouant à la balle pour en s’entraînant à la course. Juste après le bain chaud, on pouvait aussi se faire épiler, si c’était nécessaire, ou s’abandonner longuement aux mains expertes d’un masseur. Une fois le corps rafraîchi, c’était encore une autre plaisir de flâner dans les jardins, de s’asseoir, hommes et femmes, à l’abri des tonnelles ou de s’attarder dans les exèdres aménagé pour la conversation. Certains préféraient lire dans la bibliothèque, d’autres écoutaient un concert, et peut-être n’était-il venu que pour cela.

The_Baths_of_Caracalla.jpg                                 Les bains de Caracalla par Sir Lawrence Alma-Tadema

Sexe, culture et oisiveté


Avec leurs annexes et leurs jardins, les thermes n’étaient donc pas seulement des palais de la chaleur et de l’eau : ils étaient aussi des lieux de sport, de rencontrer de culture. Le musée côtoyait le gymnase et les plaisirs du corps, ceux de l’esprit. Chaque jour, et partout dans l’Empire, des milliers de personnes aux origines les plus diverses s’y abandonnaient, dans le luxe et le confort, au plaisir de l’oisiveté. Le soir cependant, quand enfermer les porter qu’on réduisait le feu sans jamais arrêter, chacun devait retrouver sa vraie demeure est sa vraie vie. Pour beaucoup - la plupart sans doute - c’était la pauvreté d’une ou deux pièces insalubres à l’intérieur d’un immeuble instable est toujours menacé d’incendie. Pendant quelques heures pourtant, ils avaient vécu dans l’illusion d’une vie facile et riche. L’infinie sollicitude d’un empereur tout-puissant leur avait donné une part de la splendeur du monde. Entretenu par la présence, à la fin du IIIème siècle, d’établissement si nombreux et si vaste, cette oisiveté quotidienne imposée déjà un problème. Or les termes recevaient ensemble des milliers de personnes. Au milieu d’une telle foule, les étapes du bain pouvaient évidemment devenir toute autre chose qu’un parcours d’équilibres et de santé. Certes, il arrivait parfois qu’on croise quelque notable ou même l’empereur, mais autour des sportifs et des baigneurs ordinaires grouillaient plutôt toute une foule de voleurs, d’escrocs, de séducteur en tout genre et de prostituées des deux sexes. Avec ses vestiaires immenses, ses couloirs mal éclairés, ses recoins, ses coulisses obscurs et c’est salle emplie de vapeur opaque et traversées de traits lumineux, les thermes peuvent alors nous apparaître comme le théâtre de tous les vices : le riche y étale, comme Trimalcion,, sa fortune insolente ; on n’y prépare des affaires ou des assassinats ; les Messalines y rôdent ; les Nérons s’y prostituent ; la pureté des jeunes gens disparaît dans les palestre, l’honneur des femmes dans les salles de massage et l’argent dans les vestiaires. Toutes les vertus semblent ainsi bouillir et s’évaporer dans une marmite impudique sous laquelle brûle sans trêve des feux d’enfer, et l’épaisse fumée qui s’échappe jour et nuit des cheminées sabbats certains jours sur la ville avec une âpre odeur d’incendie de fin du monde.


Des fantasmes inavouables


Le tableau peut paraître forcé. Dès l’Antiquité pourtant s’élevèrent contre les thermes, et les bains en général, des critiques variées et vives. C’est que tout d’abord, les Romains de la République, au contraire des Grecs, étaient de nature pudique et n’aimaient pas se montrer nus, même en famille. Mais comment prendre un bain sans se dévêtir ? Soutenu par le puissant courant de l’hellénisme, la nudité entra donc progressivement dans les habitudes et dans les mœurs. La mixité en revanche ne fut jamais totalement admise. Les chrétiens fulminaient. Quand, avec Constantin, leur pouvoir devint plus fort, ils obtinrent finalement l’interdiction complète des bains…  aux femmes. C’était prendre le problème sous un autre angle et de régler radicalement. On critiquait aussi le luxe insolent des termes et les changements qu’ils apportaient dans le comportement quotidien des Romains. On dénonçait une certaine forme de décadence, celle que produit l’excès de confort quand il abolit les corps est engourdi les arbres. Car c’est bien d’excès qu’il s’agit. On se baignait trop, et à tort et à travers. Chez beaucoup la passion du bain était devenue comme une drogue. Caracalla voulut ainsi que ses thermes fussent ouverts jour et nuit et facilita les choses en faisant éclairer toutes les rues de Rome à grands frais. Ces fantaisies coûteuses et impériales ne sont peut-être que ragots malveillants. Elle donne cependant une image grossie du comportement de gens plus ordinaires et plus modestes. Très souvent, en effet, la frénésie des bains s’associait à d’autres plaisirs qu’on pouvait toujours satisfaire aux thermes ou non loin d’eux. Cette dérive hédoniste et fataliste était manifestement entretenue par un pouvoir soucieux depuis Néron de procurer aux peuples des raisons de croire à son bonheur. L’idée en elle-même était habile et les grands thermes furent un puissant agent de romanisation.

À partir du IIème siècle, en effet, tous les peuples soumis à Rome se mirent à faire, à peu près à la même heure, à peu près la même chose : ils se plongèrent dans l’eau. Les termes diffusaient ainsi chaque jour le même message : ils affirmaient la toute-puissance d’un empereur, maître de l’univers, est capable, en régnant sur la nature et sur les eaux, de répandre en tout lieu le bien-être et les plaisirs. La dérive des plaisirs fut cependant accompagnée d’une dérive du pouvoir. Plus l’empire fut menacé dans son équilibre et plus on construisit de terme. Au Vème siècle cependant, Sidoine Apollinaire célébrait encore la beauté des bains de Narbonne, mais le christianisme évolua vers une ascèse qu’il éloigna des termes au moment même où la religion musulmane, en rendant les ablutions rituelles obligatoires avant la prière, en sauvegardait le principe. Les bains Romains devinrent ainsi les bains turcs, ou hammams, que l’on trouve souvent près des mosquées, dans toutes les villes de l’islam.

À la fin du XIXe siècle, les artistes y trouvèrent un moyen d’illustrer le thème de la décadence romaine, dont on leur avait enseigné qu’elle était exclusivement morale. Avec des images qui n’étaient peut-être que l’expression d’un rêve inavouable, sans doute nous ont-ils transmis une bonne part de leurs fantasmes.

 

Source : Historia Spécial N° 45, article d'Alain Malissard

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11 mars 2013 1 11 /03 /mars /2013 05:53

« L’Aquitaine s’étend de la Garonne aux Pyrénées » (César, Guerre des Gaules, Livre I – 1)

« Au bruit de cette victoire la plus grande partie de l’Aquitaine se rendit à Crassus, et envoya d’elle-même des otages. De ce nombre furent les Tarbelles, les Bigerrions, les Ptianii, les Vocates, les Tarusates, les Elusates, les Gates, les Ausques, les Garunni, les Sibuzates et les Cocosates ». (César, Guerre des Gaules, Livre III – 27)

« Les Aquitains diffèrent des peuples de race gauloise tant par leur constitution physique que par la langue qu’ils parlent, et ressemblent bien d’avantage aux Ibères. (…) On compte plus de vingt peuples aquitains, mais tous faibles et obscurs. (Strabon, Géographie, Livre IV – 2)

 

La Gaule Belgique s’étend au nord de la Seine, la Gaule Aquitaine au sud de la Garonne et la Gaule Celtique occupe l’espace entre Seine et Garonne. 

Les données archéologiques semblent indiquer que la région bordelaise est sous l’influence des Santons, et non d’un peuple aquitain. De même, les influences romaines (la Province romaine de la Transalpine existe depuis 118 av. J.C. et comprend Toulouse) se font fortement sentir jusqu’à la région d’Agen. La Garonne est plus ou moins la frontière entre les Aquitains et les Gaulois, mais cette frontière est fluctuante et perméable. C’est surtout un espace de rencontres et d’échanges.

Grâce aux textes antiques, il est possible de connaitre la localisation des peuples aquitains pour la période précédant la guerre des Gaules. Cependant, les auteurs de ces textes ont rarement voyagés dans les pays qu’ils décrivent et rapportent des témoignages de seconde main.

Aquitania_SPQR.png

En s’appuyant sur la toponymie, la toponymie et l’onomastique, linguistes et historiens ont essayé de préciser l’identité des populations dans l’Aquitaine définie par César. Ils ont cherché à déterminer l’origine celtique ou bien aquitanique (c’est-à-dire issus de la langue parlée par les anciens aquitains) des noms de lieux, de personnes ou de dieux.

On a ainsi pu remarquer que la répartition des noms de lieux actuels avec un suffixe en -os, -osse, -oz, -ués, considérés par les linguistes comme d’origine aquitanique, correspond assez bien à l’Aquitaine césarienne. Toutefois, on ne peut pas les dater précisément : un certain nombre d’entre eux se sont formés pendant la période romaine ou plus récemment encore. Les textes et les inscriptions antiques, plus fiable, montrent que les noms de personnes et de lieu à consonance aquitanique rares auprès de la Garonne, deviennent plus nombreux en allant vers les Pyrénées. Inversement, les noms de lieux et de peuples à consonance celtique sont rares au sud de l’Aquitaine est totalement absents dans le bassin de l’Adour ; plus on se rapproche de la Garonne, plus leur fréquence augmente.

A l’époque romaine, la langue celtique pénètre donc assez loin vers le sud et l’ouest de la vallée de la Garonne. Il est difficile de savoir si cette mixité linguistique témoigne d’un brassage survenu depuis la conquête romaine, ou si elle a échappé aux auteurs antiques qui ont dépeint la région avant celle-ci. Cette situation résulte peut-être en partie de l’installation en bordelais des Bituriges Vivisques (seconde moitié du premier siècle avant J.-C. ?) qui, selon Strabon sont le seul peuple gaulois établi chez les aquitains (Géographie, 4. 2. 1).

 

Au sud du fleuve, César donne les noms de douze peuples dont certains comme les Gates, les Ptiani et les Garunni sont difficiles à localiser. Les Bituriges Vivisques, habitants de Burdigala à la période romaine, ne sont pas encore installés dans le Bordelais à l'époque où César rédige la Guerre des Gaules.

Au nord du fleuve, les Nitiobroges habitent le Lot-et-Garonne actuel, les Pétrocores sont installés en Dordogne, les Lémovices dans le Limousin et les Santons dans la Saintonge actuelle. Généralement, les peuples occupent un territoire correspondant à un de nos départements actuel. Pour l’Aquitaine, chaque peuple occupe un espace plus restreint.

L’archéologie peut nous renseigner sur ces peuples au travers de certains objets. En allant du sud au nord de l’Aquitaine, les céramiques et les parures, par leurs décors, leurs styles, se rapprochent de plus en plus d’objets que l’on trouve en Gaule Celtique. Au sud de l’Adour, les influences en provenance des ces régions sont très rares et au nord de la Garonne, les influences ibériques et sud-aquitaines disparaissent.


En Aquitaine, les monnaies ont souvent une diffusion restreinte, correspondant à leur utilisation par le peuple qui les a créées. Elles sont de très bons marqueurs de l’influence des différents peuples.


Plus on s’éloigne dans le temps, plus les données sont rares. Il n’y a plus de textes et il devient impossible de mettre un nom sur ces peuples. Pour le Premier âge du Fer (entre 800 et 450 av. J.C.), on ne parle pas de Gaulois. On rassemble les populations comme le « Groupe girondin » ou le « Groupe landais » à partir des formes et des décors des céramiques. L’origine de ces populations fait encore débat : s’agit-il de populations ayant évolué sur place ou de groupes venant de l’est de l’Europe ?

 

Source : Au temps des Gaulois. L'Aquitaine avant César, Musée d'Aquitaine éd. Errance _ Gaulois d'Aquitaine éd. Ausonius

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8 mars 2013 5 08 /03 /mars /2013 13:35

Malberg

Tumulus où se rendait la justice populaire des francs une fois par mois. Le thunginus, chef de la centaine, entouré des rachimbourgs* (« ceux qui prévoient les conséquences ») fait droit aux requêtes des personnes lésées. Ceux qui refusent sont déclarés maudits (weargas, c’est-à-dire « hors la loi »). Ces maudits peuvent être poursuivis et leurs têtes exposées sur un pieu. Par la suite le malberg fut remplacé par le tribunal comtal (mall).


Mall

Tribunal public. Assemblée judiciaire réunissant les hommes libres parmi lesquels lesCopie manuscrite sur velin loi saliqueVIIIèsiècle rachimbourgs ou boni vires que le comte invite à dire le droit. Ce tribunal itinérant est compétent pour toutes les affaires tant pour les barbares que pour les gallo-romains. Si un plaignant n’accepte pas le jugement énoncé par le comte et accepté par l’assemblée populaire, il peut saisir le tribunal du roi.


*Rachimbourg

Notable instruit de la loi, siégeant au tribunal du comte. Comme les boni homines, ils disent le droit et juge avec le comte. La loi salique (LVII, 1-3) et différentes formules définissent leur rôle.

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2 mars 2013 6 02 /03 /mars /2013 07:01

ESSAI SUR LA CONDITION DES BARBARES ÉTABLIS DANS L'EMPIRE ROMAIN AU IVè SIÈCLE

 

Chapitre II - Les dedititii

 

Les Barbares soumis comme les colons ; 1° à la capitation (tribularii) 

 

L’intérêt de l’agriculture n’était pas le seul motif qui poussait le gouvernement romain à augmenter le nombre des colons, à assurer par tous les moyens le recrutement de cette classe de sujets et à y maintenir à perpétuité ceux qui y étaient une fois entrés, soit par la naissance, soit par un contrat spécial et formel comme celui qui réglait l’admission des Barbares, lorsqu’ils avaient fait leur soumission à l’Empire[37]. Outre la redevance250.jpg annuelle payée par le colon au propriétaire du sol et appelée canon parce qu’elle était fixée par la loi et invariable, il y avait la capitation (tributum capitis), contribution personnelle que l’État percevait sur tous ceux qui n’étaient pas propriétaires et qui par conséquent ne payaient pas l’impôt foncier (terrena jugatio). La capitation formait une des principales ressources du revenu public, surtout depuis que le privilège et l’exemption s’étaient étendus à la classe si nombreuse des fonctionnaires et au peuple de Rome et des villes (plebs urbana)[38]. Le colon était inscrit sur les rôles des impositions (censibus adscriptus) où il figurait à côté des têtes de bétail, des pieds d’arbres, des plants de vigne et d’olivier, dans l’inventaire des biens du maître dressé par les répartiteurs (perœquatores) aussi le trouvons-nous désigné dans plusieurs textes de lois sous le nom d’adscriptitius, de censitus ; ces diverses expressions, au IVe siècle, sont synonymes de colonus, inquilinus, agricola, rusticus. Le maître, en acquittant sa contribution foncière, payait à l’État là capitation pour tous les colons établis sur ses domaines. L’État traitait directement avec lui et seul il était responsable, mais c’était une simple avance, car il avait son recours contre les colons et exigeait de chacun d’eux une somme équivalente à sa taxe personnelle.

Le taux de la capitation variait suivant les besoins et les exigences de l’État ; nous n’en connaissons pas le chiffre exact et nous ne savons point comment elle s’évaluait ; car le passage du seizième livre d’Ammien Marcellin, où il dit que la contribution par tête (pro capitibus singulis), exigée comme tribut (tributi nomine), s’élevait dans les Gaules, sous l’empereur Constance, à vingt-cinq pièces d’or (vicenos quinos aureos), et fut réduite par Julien à sept pièces d’or (septenos tantum), s’applique à l’unité qui servait de base pour l’impôt foncier et qu’on désignait également sous le nom de caput[39]. Les femmes étaient soumises comme les hommes à la capitation ; seulement, ne représentant pas une valeur égale par rapport à la production du sol, elles n’étaient taxées que pour une moitié (bina)[40]. Les mineurs en étaient exempts ainsi que les vieillards à partir d’une certaine limite d’âge ; cette limite, suivant les provinces et les époques, varia de quatorze à vingt-cinq ans pour les enfants et fut fixées à soixante-cinq ans pour les vieillards[41]. C’était un impôt uniforme, égal pour tous et non progressif, comme l’impôt sur le revenu, avec des classes et des catégories, tel qu’il fut établi en France sous Louis XIV. Ceux qui ne pouvaient payer la cotisation entière étaient groupés par deux, par trois, même par quatre, pour une seule cotisation (bina, terna, quaterna), et devenaient solidaires comme pour l’impôt de la conscription. L’État se montrait d’une rigueur extrême envers les retardataires accablés sous le fardeau qui pesait alors sur la population des campagnes. Le tableau que Salvien[42] nous fait de la misère publique dans les Gaules n’est point une œuvre de pure imagination, mais la peinture réelle d’une situation qui empirait tous les jours et finit par devenir intolérable.

En somme, toutes les modifications apportées dans la constitution et le prélèvement de la capitation tendirent à la rendre plus productive ; et les Barbares ne furent appelés si souvent durant le Ier siècle à entrer dans la classe des colons que pour augmenter le nombre des contribuables (tributarii). La fiscalité est un des traits dominants de l’administration impériale ; on la retrouve partout à cette époque avec ses tracasseries, ses vexations les plus mesquines, parfois les plus odieuses. Déjà le fameux édit de Caracalla (211-217), date mémorable dans l’histoire de l’Empire et de l’humanité, avait été, à ne considérer que l’intention du législateur, une mesure fiscale. Le droit de cité, accordé d’un seul coup à tous les habitants de l’Empire qui ne le possédaient point encore, les soumettait à l’impôt du vingtième sur les successions (vicesima hœreditatum), et du centième sur les ventes (centesima rerum venalium) dont ils se trouvaient affranchis, tant qu’ils n’étaient pas citoyens romains[43].

 

[37] Guizot, t. III, 7e leçon.

[38] Cod. Théod., XIII, tit. 10, l. 2.

[39] Ammien, l. XVI, c. V. — Le nummus aureus avait été remplacé à partir de Constantin par le solidus aureus de moindre valeur et qui représentait environ 13 francs de notre monnaie. Ainsi 25 pièces d’or équivalaient à peu près à 336 francs et 7 pièces d’or, à 92 francs. (Voir Becker et Marquardt, Handbuch der Römischen Alterthümer, III, 2, p. 34.)

[40] Cod. Just., XI, tit. 47, De agricolis, loi 10.

[41] Ulpien, Digeste, De censibus, l. 3. (50, 15). Huschke, ouvrage déjà cité, 4e et 5e partie, passim.

[42] Salvien, De gubernatione Dei, l. V.

[43] Dion, l. LXXVII, c. IX. — Beck. et Marq., III, 2, p. 196. — Mone, Urgeschichte des Badischen Landes, Bd. II, p. 231.

 

 

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28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 19:24

Très peu d’éléments antérieurs à la fondation de la ville romaine d’Arausio sont à ce jour inconnu. Le géographe strapontin évoque toutefois dans ces textes que la région était habitée par les Cavares. C’est aux dépens de ce peuple que sera établie la colonie romaine, en 35 av. J.-C. Les terres gauloises sont alors redistribuées à des soldats romains mutinés envoyés en Gaule comme colons : les vétérans de la IIème légion gallique. Suite aux nombreuses guerres civiles précédant cette période, la fondation de la colonie gallo-romaine instaure la paix et la fidélité des tribus gauloises envers l’empire romain.

Sous le règne d’Auguste, la ville d’Arausio s’est développée suivant le plan en damier partout adopté dans le monde romain. La ville s’est structurée à partir de deux axes perpendiculaires : du nord au sud, la ville était traversée par le cardo maximus et, d’est en ouest, par le decumanus maximus. Puis, avec un instrument d’arpentage, on délimitait des parcelles carrées de 710 m de côté (les centuries), elles-mêmes divisées en trois lots. Ce sont ces lots qui étaient attribués aux colons. Dans ce schéma urbain s’intégraient divers monuments et comme toute ville d’une certaine importance Orange avait plusieurs temples au pied de son capitole, un gymnase et des termes dont on ne connaît pas l’emplacement avec certitude. À l’ouest de la ville s’élevait un amphithéâtre que les archéologues ont identifié par ces vestiges. Hormis le temple tous ces édifices publics ont disparu.


Le temple.


Il mesurait 24 m sur 35 m et comportait une salle basse et un podium. La salle était entourée par une grande plate-forme dallée, qui supportait 30 autres colonnes plus larges et plus hautes. Pour parachever l’ensemble, un portique semi-circulaire composé deorange temple cinquante-deux colonnes encastrées entourait le temple. Des gradins du théâtre, on pouvait accéder au Capitole et au temple intermédiaire par une rampe d’accès encore visible à ce jour. On s’y rendait par un grand escalier et deux autres, plus petit, permettait de monter la colline conduisant au Capitole.

Une sorte de rue dallée, large de 7 m, séparait le temple du théâtre. Des passages permettaient de communiquer entre les deux édifices, en particulier par une entrée monumentale qui permettait l’accès au forum.

Étant donné l’état des vestiges de cet ensemble monumental, il est très difficile aujourd’hui de déterminer les fonctions des édifices. Les archéologues ont pensé autrefois qu’il s’agissait de restes d’un cirque ou d’un stade. Cette hypothèse, démesurée vu la taille de la ville, a été par la suite abandonnée. On suppose aujourd’hui que le théâtre, associé au temple, formaient un augusteum, ensemble consacré au culte impérial, vraisemblablement prolongé par un forum.


L’Arc de Triomphe.


Il reste à orange, avec le théâtre, un autre magnifique témoignage de la grandeur romaine : l’Arc de Triomphe. Édifiée sous l’empereur Tibère, c’est un monument commémoratif à la gloire des vétérans de la IIème légion gallique, fondateur de la ville.

Situés à l’extérieur des murs d’enceinte de la ville antique, sur la voie d’Agrippa, l’arc de triomphe marquait le passage de la campagne à la ville.

Haut de plus de 19,20 m il était semble-t-il surmonté d’imposantes statues. L’art que ce composé de trois passages voûtés : une grande arche au centre et deux petites de chaque côté. Chaque façade était richement décorée, de colonnes mais aussi de panneaux sculptés représentant des armes, des trophées ou encore des scènes de combat et des dépouilles navales.Arc_de_Triomphe_d-Orange.jpg

L’arc fut ensuite abandonné jusqu’au XIIIe siècle où Raymond des Baux, prince d’Orange, s’en servit comme ouvrage de défense avancée.

Tout comme le théâtre, il fut restauré dès 1824, sous la direction de l’architecte A. Caristie.


Le cadastre.*


On ne pourrait évoquer la ville d’Orange sans parler de son cadastre romain. Les fouillescadastre Orange B-1 ont mis au jour plus de 400 fragments de marbre constituant trois cadastres, appelé A, B et C. On y trouve représentés les cours d’eau, les fossés, les chemins, les voies romaines ainsi que le quadrillage qui structure la ville. Une inscription découverte près des fragments exprimait la volonté de l’empereur Vespasien (60 - 79 après J.-C.) de remettre de l’ordre dans l’état des propriétés des colons de la IIème légion gallique. Cette motivation a sans doute initié l’élaboration de ce cadastre, unique en son genre.

 

* Tout savoir sur la cadastre d'Arausio ici

 

Source : Orange, Vaison-la-Romaine, Jacques Martin - Alex Evang. Collection Les voyages d'Alix

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23 février 2013 6 23 /02 /février /2013 04:59

ESSAI SUR LA CONDITION DES BARBARES ÉTABLIS DANS L'EMPIRE ROMAIN AU IVè SIÈCLE

 

Chapitre II - Les Dedititii

 

4. Leur assimilation aux colons. Question du colonat : 2° Ses caractères essentiels. 3° Développement du colonat par l'élément barbare.

 

Dans les fragments des grands jurisconsultes qui nous ont été conservés, le colonat n’est mentionné nulle part. C’est à partir du IVe siècle seulement, de Constantin et de ses successeurs, que nous le trouvons inscrit dans les lois, où il tient désormais une grande place comme institution sociale et politique. De cette époque date son organisation définitive et légale ; on peut dire que toute la période précédente avait été la période de formation ; quand il eut grandi, pris de telles proportions qu’il couvrait, pour ainsi dire, la surface de l’Empire, et était devenu la condition d’une partie notable de la population, l’attention du législateur dut naturellement se porter sur la classe des colons, comme sur les autres classes de la société romaine, pour fixer leur situation réglée jusque-là par la coutume ou un simple contrat, pour déterminer les obligations auxquelles ils devaient être245.png soumis, soit envers l’État, soit envers le sol sur lequel ils étaient établis, et les garanties qui leur seraient accordées en retour de ces obligations. Le Code Théodosien et le Code Justinien renferment un grand nombre de titres spécialement consacrés aux colons ; ces textes ont été recueillis, étudiés avec soin, et suffisent pour donner une idée exacte de la condition faite à la population agricole par la législation impériale[30].

Le premier caractère essentiel que revêtit le colonat est l’hérédité forcée. La nécessité de recourir à un remède énergique pour arrêter la dépopulation progressive des campagnes amena l’intervention de l’État dans les rapports qui unissaient les propriétaires aux fermiers. Il fallait assurer le développement et la prospérité de l’agriculture, intérêt que Rome avait toujours mis au premier rang et qu’on ne pouvait négliger sans que le bon ordre public en fût troublé. En vertu d’un principe admis chez les peuples de l’antiquité et par lequel l’individu était sacrifié à l’État, on songea à limiter les droits du cultivateur libre en le faisant esclave de la terre, en l’attachant au sol qu’il ne lui fut plus permis de quitter sous les peines les plus sévères (servi terrœ, glebœ inhœrentes). Cette tendance se manifeste aux premiers siècles de l’Empire. Un rescrit de Marc-Aurèle et de Commode déclare que les cultivateurs établis sur un domaine étranger comme tenanciers (inquilini) sont inséparables du domaine, et que le propriétaire ne peut céder l’un sans les autres[31]. Le lien (nexus) se resserre tous les jours davantage : la femme, les enfants du colon,  sa postérité tout entière (soboles qualiscumque sexus vel ætatis sit)[32] sont enchaînés avec lui par un arrêt terrible, irrévocable, auquel ils ne sauraient se soustraire (quodam æternitatis vinculo)[33]. Ils ne s’appartiennent plus ; destinés fatalement par leur naissance à être colons tommes d’autres curiales ou soldats, ils n’ont pas le droit de choisir une condition différente (originario jure tenentur, et licet conditione videantur ingenui, servi tamen terrœ ipsius, cui nati sunt, existimantur)[34]. Le joug qui pèse sur leur tête est encore plus dur que celui de l’esclave, car l’esclave peut être affranchi par son maître et rendu à la liberté, tandis que le colon n’a aucune amélioration à espérer dans son sort ; il faut qu’il vive, qu’il meure là où il est né et, lorsque tout change autour de lui, seul il est condamné à l’immobilité. C’est comme un stigmate dont il est marqué et qui doit le faire reconnaître partout (originarius). Si la fille d’un colon épouse un homme libre, les enfants issus de ce mariage suivent la condition de leur mère et deviennent eux-mêmes colons, tandis qu’une femme libre mariée à un colon n’exempte point ses enfants de la condition du père[35]. On comprend les efforts tentés par ces malheureux pour braver une loi aussi rigoureuse et échapper à l’avenir qui leur était réservé, efforts presque toujours infructueux, car il n’y avait aucun refuge pour le colon fugitif : il était poursuivi comme l’esclave qui avait quitté son maître et ramené chargé de chaînes[36].

 

[30] Giraud, Histoire du Droit français, t. I, p. 160 et suiv. — Cod. Théod., V, tit. 9. De fugitivis colonie, inquilinis et servis ; — tit. 10, De inquilinis et colonie. — Cod. Just., XI, tit. 47, De agricolis, censitis et colonie ; — tit. 67, De agricolis et mancipiis dominicis, vel fiscalibus reipublicæ vel privatæ.

[31] Digeste, XXX, tit. 1, l. 112.

[32] Cod. Just., XI, tit. 47, De agricolis, l. 23.

[33] Cod. Just., XI, tit. 50, De colonis Palæstinis.

[34] Cod. Just., XI, tit. 51, De colonie Thracensibus.

[35] Guizot, Histoire de la civilisation en France, t. III, 7e leçon.

[36] Cod. Théod., V, et. 9. De fugitivis colonie. — Cod. Just., XI, tit. 63, De fugitivis colonie.

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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 18:01

20 février 197, bataille de Lugdunum (Lyon)

 

Après la mort de l'empereur Pertinax en 193, une lutte s'engage pour sa succession. L'empereur de Rome, Didius Julianus, doit faire face à un prétendant, le commandant des légions pannoniennes Septime Sévère. Avant d'aller à Rome, Sévère fait alliance avec le puissant commandant des légions de (Grande)Bretagne, Clodius Albinus. Après avoir éliminé Didius en 193, Pescennius Niger en 194, Sévère accorde à Albinus le titre de César en avril 194, puis le prend comme collègue pour le consulat de l'année 194. Mais après une campagne en Orient en 195, Sévère attribue à son fils le titre de César. Cette nomination entraîne la rupture de son alliance avec Albinus qui est déclaré ennemi public par le Sénat.Septimius_Severus.jpg                                                             Septime Sévère

En 196, après avoir été acclamé empereur par ses troupes, Clodius Albinus marche sur la Gaule. D'après l'historien Dion Cassius, jusqu'à 150 000 hommes prennent part à l’affrontement dans chaque camp. Ce nombre est très probablement exagéré car cela signifierait que près des trois-quarts des troupes de l'empire romain de l'époque y auraient participé. Il est néanmoins vraisemblable qu'Albinus emmene alors tous ses effectifs de Bretagne, soit trois légions et des troupes auxiliaires. De Gaule, il envoie des messagers demander des subsistances et de l’argent. Il installe son quartier général à Lugdunum, incorporant la XIIIe cohorte urbaine qui servait de garnison dans cette capitale provinciale. Il y est rejoint par Lucius Novius Rufus, le gouverneur de Tarraconaise et par la VIIe légion Gemina.

Durant l’année 196 les escarmouches se succèdent dans différents secteurs. Albinus attaque les forces de la province de Germanie dirigées par Virius Lupus. Il les bat mais cette victoire n'est pas suffisante pour convaincre ces troupes de leur intérêt à changer de camp. Albinus envisage alors d'envahir l'Italie, mais Sévère qui a prévu cette éventualité a renforcé les garnisons protégeant les cols alpins. 

Durant l'hiver 196-197, Sévère rassemble ses forces le long du Danube et marche vers la Gaule, où, à sa grande surprise Albinus dispose de troupes équivalentes aux siennes. Les deux armées s'affrontent d'abord à Tinurtium (Tournus), où Sévère bien que vainqueur ne peut obtenir une victoire décisive.Clodius_Albinus.jpg                                                        Monnaie de Clodius Albinus

L'armée d'Albinus fait retraite vers Lugdunum et celle de Sévère la suit. La bataille frontale et décisive commence le 11e jour avant les calendes de mars (19 février 197).  D’après tous les narrateurs, l’issue de la bataille est longtemps incertaine. Selon Dion Cassius l’aile gauche d’Albinus finit par plier et se retir dans son camp. Elle est alors immédiatement attaquée par les soldats de Sévère. De l'autre côté, l’aile droite feint une attaque pour lancer ses traits, suivie d’un repli et attire les sévériens dans un secteur piégé de tranchées dissimulées où ils tombent en désordre et commencent à se faire massacrer. Sévère intervient avec ses prétoriens, mais tombe de cheval, frappé par une balle de fronde en plomb selon l’Histoire Auguste. Se relevant il déchire son manteau impérial, tire son épée et se jetant parmi les fuyards parvient à les arrêter et à les ramener au combat. Hérodien donne une version moins glorieuse : l’armée d’Albinus est en train de l'emporter dans le secteur commandé par Septime Sévère, qui en se repliant tombe de cheval et doit abandonner son manteau impérial pour n’être pas reconnu.

Le cours de la bataille est boulversé par l’intervention décisive de la cavalerie de Laetus qui contre-attaque de flanc les troupes d’Albinus. Celles-ci se croyant victorieuses ne sont plus en ordre de bataille et se débandent après une brève résistance. Les troupes de Sévère les poursuivent jusqu’à Lugdunum (Lyon) et les massacrent dans le cul-de-sac que constitue le confluent de la Saône et du Rhône. Hérodien et Dion Cassius insinuent tous deux que Laetus aurait attendu pour intervenir que l’affaire tourne mal pour Sévère, dans l’espoir de se faire proclamer empereur à sa place.

Le bilan de la bataille est inconnu, les auteurs évoquent de lourdes pertes de part et d’autre, mais aussi des prisonniers et des fuyards. Dion Cassius décrit le classique tableau des champs de bataille : plaine couverte de cadavres d'hommes et de chevaux, ruisseaux de sang qui coulent dans les fleuves. Tertullien, écrivain africain contemporain des faits, se fit l’écho du massacre, en datant un de ses écrits du temps où « le Rhône n’avait pas eu le temps de laver ses rives ensanglantées ».

Le sort exact d'Albinus n'est pas connu, car les auteurs divergent. Aurelius Victor, auteur tardif, mentionne laconiquement qu’il est tué près de Lyon. Dion dit qu’il se réfugie vers Lugdunum où il se suicide. Sévère le fait décapiter et fait disperser le reste de son corps. Selon Hérodien, les soldats de Sévère le capturent dans Lyon et le décapitent. L’Histoire Auguste rapporte diverses issues : suicide, tué par ses soldats, ou frappé par un de ses esclaves et trainé mourant devant Sévère. Toujours selon l’Histoire Auguste, Sévère aurait fait piétiner son corps par son cheval, l’aurait laissé exposé plusieurs jours, puis l’aurait fait déchiqueter par des chiens et jeter les restes dans le Rhône. En revanche, tous les auteurs s’accordent pour indiquer que la tête d’Albinus fut envoyée à Rome afin d’y être exposée en guise d'avertissement.

La ville de Lugdunum fut quant à elle livrée au pillage des soldats vainqueurs et incendiée.

L'archéologie situe la bataille vers la place Sathonay, à Lyon, quartier au pied de la colline de la Croix-Rousse et proche de la Saône.


À la suite de ce conflit, le pouvoir de Septime Sévère est définitivement établi. La répression frappe en Gaule et en Espagne ceux qui ont aidé Albinus, à Rome les sénateurs qui l'ont soutenu, trahis par les lettres saisies dans les archives d’Albinus.

La XIIIe cohorte urbaine basée à Lugdunum et dispersée dans la bataille ne fut pas reconstituée. Sévère remplaça cette garnison par des détachements prélevées sur les quatre légions du Rhin, récompensant leur fidélité par des affectations de tout repos.


Divers objets militaires trouvés sur site sont présentés dans le Musée gallo-romain de Fourvière : armes blanches, balles de fronde en plomb, cotte de mailles...

 

Sources : Dion Cassius, Histoire Romaine Gallica.bnf.fr  _  Anonyme, Histoire Auguste -Vie d'Alexandre Sévère Wikisource.org  _  Hérodien, Histoire des empereurs romains de Marc-Aurèle à Gordien III Wikisource.org

 

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9 février 2013 6 09 /02 /février /2013 09:57

ESSAI SUR LA CONDITION DES BARBARES ÉTABLIS DANS L'EMPIRE ROMAIN AU IVè SIÈCLE

 

Chapitre II - Les Dedititii.

 

3. Leur assimilation aux colons. Question du colonat : 1° Son origine.

 

Avec le Ier siècle commence une nouvelle période. Les changements opérés dans la constitution de l’Empire par Dioclétien et par Constantin, le continuateur de son œuvre, modifièrent peu la politique romaine à l’égard des nations vaincues ou établies dans les provinces, mais ils exercèrent une influence considérable sur le développement de certaines institutions et en particulier du Colonat, appelé à se recruter surtout parmi les Barbares. La question du colonat est une des plus importantes par le rôle qu’il a joué à cette époque. La plupart des Allamans, des Goths, des Francs, des Sarmates, transplantés par les empereurs, l’étaient comme colons ; pour bien déterminer leur condition civile et légale, il est nécessaire d’étudier le colonat dans ses caractères distinctifs et essentiels.

Et d’abord, quelle a été l’origine de cette institution ? À quelle date remonte-t-elle dans l’histoire de Rome ? De quels éléments s’est-elle formée ? Faut-il, avec quelques historiens et jurisconsultes de l’Allemagne moderne, la regarder comme d’origine germanique, à cause de certains rapprochements peut-être fortuits ? Faut-il y voir une institution contemporaine de la guerre des Marcomans et provenant exclusivement de ces milliers de captifs enlevés à la Germanie et attachés à la glèbe romaine dans une condition voisine de la servitude, mais qui cependant n’était pas l’esclavage, puisqu’ils conservaient la liberté personnelle[21] ? Zumpt semble incliner vers cette opinion dans son histoire de la formation et du développement du colonat. Faut-il au contraire admettre avec d’autres autorités non moins compétentes que le colonat existait déjà en germe dans la clientèle romaine ou gauloise, et qu’il se transforma plus tard, vers la fin de la république ou le commencement de l’Empire, pour désigner une classe d’hommes attachés au sol par un lien de dépendance étroit, indissoluble (venalis cum agris suis populus), et soumise à la taxe de la capitation (tributum capitis)[22] ? Huschke[23], dans son savant ouvrage sur le cens et la constitution de l’impôt chez les Romains, prend le colonat au moment de sa plus grande extension, c’est-à-dire au Ve et au VIe siècle, puis, remontant d’âge en âge, de siècle en siècle, nous le montre à toutes les périodes de son histoire jusqu’à Auguste et même à une époque antérieure.

Il peut y avoir sans doute quelque exagération à lui chercher une si longue filiation, à vouloir retrouver ainsi les traces de sa première origine dans un passé si lointain, mais à coup sûr les Barbares établis sur le territoire romain à titre de Dedititii ne furent pas les premiers colons de Rome. L’agriculture et la guerre s’étaient partagé, dans le principe, l’activité de ses citoyens, qui, comme le dictateur Cincinnatus, quittaient la charrue pour prendre l’épée. Plus tard les conquêtes successives de la république en Italie et hors de243B.jpg l’Italie fournirent une multitude innombrable de prisonniers. Ceux de ces prisonniers qui n’étaient point égorgés ou réservés aux plaisirs de l’amphithéâtre étaient réduits en esclavage et employés à tous les travaux, notamment à la culture des terres. Cette population servile des campagnes, assimilée par Caton au bétail, à la vieille ferraille, aux autres instruments de l’exploitation rurale[24], forma bientôt l’immense majorité ; mais, à côté d’elle, il y eut toujours des hommes libres qui cultivaient eux-mêmes leur petit domaine avec leurs enfants, ou s’engageaient par un contrat volontaire, se louaient à gage et travaillaient comme mercenaires sur les grandes propriétés[25]. Varron les désigne sous le nom d’obœrati et nous dit que de son temps on en comptait un grand nombre en Asie, en Égypte, en Illyrie[26]. Cette classe moyenne de cultivateurs, toujours préférée aux esclaves, se trouve mentionnée dans presque tous les auteurs latins. Nous avons un texte positif de Tacite. L’esclave germain, nous dit-il, est tenu de fournir à son maître, comme le colon, une certaine mesure de blé, du bétail, des vêtements[27]. Pline le Jeune, contemporain de Tacite, nous parle aussi de fermiers (mancipes) établis sur ses domaines de Côme dans la haute Italie, moyennant une redevance annuelle qu’ils devaient acquitter en argent ; le défaut de paiement de cette redevance entraînait la domesticité à perpétuité[28]. Ces mancipes étaient déjà de véritables colons.

Enfin, à côté de l’ager privatus, propriété particulière, se trouvait l’ager publicus ou domaine de l’État, formé des territoires annexés après la conquête. Une partie de ces territoires était vendue, et l’argent provenant de cette vente était versé dans les caisses publiques ; une autre partie était distribuée par lots à des prolétaires avec obligation de les cultiver[29] ; c’est l’origine des fameuses lois agraires. Rome peuplait ainsi le monde de ses colonies, destinées à éloigner des citoyens turbulents et à assurer sa domination sur des pays où son influence n’avait pas encore suffisamment pénétré. Le jour où elle ne put plus rayonner au dehors, mais où elle se vit contrainte de recourir elle-même à des éléments étrangers pour combler les vides de sa population, les Barbares prirent la place des anciens colons libres, constituèrent une nouvelle pépinière du colonat et, comme il s’agissait de peuples vaincus, dont l’État cherchait à tirer le plus d’avantages possible, cette condition tendit à se rapprocher de la servitude, tandis qu’au contraire l’influence du progrès et des idées chrétiennes commençait à favoriser de plus en plus l’affranchissement des esclaves.

L’époque où s’opéra un tel changement est impossible à fixer, à déterminer d’une manière précise. Ce fut un travaillent et successif, l’œuvre du temps et des circonstances. La législation romaine est muette sur ce point.


[21] Zumpt., Abhandlung über die Entstehung und historiche Entwickelung des Colonats, im Rheinischen Museum für Philologie. Frankfort am Mein, 1843. — Von Savigny, Abhandlung über den Römischen Colonat, trad. par M. Pellat. — Opitz, op. laud. sup., p. 24.

[22] Laferrière, Droit civil, t. II, p. 437-442. — Gaupp., op. laud., Zweite abschnitt. 12. (Der Colonat.)

[23] Huschke, Ueber den Census und die Steuerverfassung der früheren Römischen Kaiserzeit, Berlin, 1847.

[24] Caton, De Re rustica.

[25] Zumpt, p. 6, 7.

[26] Varron, De Re rustica, l. I, c. XVII.

[27] Tacite, De mor. Germ., c. XXV.

[28] Pline le Jeune, Epistolæ, l. III, 19.

[29] Tite-Live, l. XLI, c. VIII.

 

 

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 19:52

VI. DES CONDITIONS DES VOYAGES : SÉCURITÉ ET VITESSE.

 

Les empereurs n’ont point fait de très grands frais pour assurer la police de ces routes : il leur importait d’abord qu’elles fussent ouvertes à leurs soldats, et contre voleurs ou brigands les soldats se défendaient eux-mêmes. Ils ne pensèrent jamais à les doter d’une garde spéciale, analogue à l’ancienne maréchaussée ou à la gendarmerie actuelle : les seules troupes de ce genre que nous trouvions en Gaule sont des corps de police rurale entretenus par les municipalités avec l’assentiment de l’État. Quand elles ne suffisaient pas à la protection des routes, celui-ci recourait à ses troupes de ligne, et établissait des camps ou des postes aux principaux carrefours[81].

 

Dans l’ensemble, les routes de la Gaule étaient plus sûres que celles du reste de l’Empire. Il y avait bien de temps en temps, et plus souvent que nous ne pensons[82], des coups d’audace, des attaques à main armée, des convois enlevés, des voyageurs laissés morts sur la place[83]. Mais la Gaule romaine ne nous offre point de ces sinistres récits de brigands ou de chauffeurs[84] analogues à ceux de la France d’autrefois. Remarquez qu’ils ne sont point rares dans l’Empire, en Afrique, en Grèce, en Italie même : la littérature d’imagination, romans et nouvelles, vivait alors en partie d’histoires de voleurs ou de bandits, filles enlevées ou voyageurs détroussés[85], et, dans la réalité, des bandes opéraient parfois jusqu’aux portes de Rome, tenant tête aux prétoriens eux-mêmes[86]. L’Empire était un corps à la fois très puissant contre les ennemis du dehors et très faible contre ceux du dedans ; à côté d’une organisation très savante, il présentait d’extraordinaires négligences d’entretien. Ses armées commandaient au monde, et les bandits infestaient ses routes.

 

La Gaule, du moins à notre connaissance, demeura plus souvent indemne de ce fléau. Ce fut d’ailleurs le mérite du pays plutôt que du prince : la misère y était moins grande, les mœurs plus douces, le sol mieux cultivé, l’activité plus régulière que dans les autres provinces : les routes se garantissaient elles-mêmes par leur propre mouvement[87].

 

D’anciennes entraves habituelles en disparurent sous le nouveau régime. On ne payait de droit de douane qu’aux frontières du pays, aux Alpes, aux Pyrénées ou dans les ports. À l’intérieur, sauf quelques péages inévitables, on ne rencontrait plus que les octrois municipaux, exigés aux limites des cités : mais, étant donné que ces cités avaient de très vastes territoires, d’ordinaire égaux ou supérieurs à nos départements, la perception de ces droits locaux n’arrêtait le voyageur qu’à de longs intervalles, une ou deux journées de marche[88].

 

Faites de pierre et de mortier, les routes ignoraient les fondrières et les cassures imprévues ; bâties presque toujours sur haut terrain, l’inondation ne les atteignait pas, et si la poussière y devait être fort gênante[89], elle n’était pas de nature, comme la boue, à alourdir la marche[90].242.jpg

 

Le principal retard y venait, on l’a vu, du passage des grands fleuves. Mais d’autres avantages compensaient ce retard et excitaient à la vitesse, et surtout l’avantage de la direction en droite ligne.

 

Sans doute, pour maintenir la ligne droite, les côtes étaient souvent fort pénibles, la pente atteignait parfois et dépassait même dix pour cent[91]. Mais les hommes et les bêtes de ce temps n’avaient pas encore perdu l’habitude des plus rudes montées ; et grâce à ces ascensions franches des chemins de crête, aux rapides descentes qui s’ensuivaient, la voie romaine rachetait un peu plus d’effort par un bon gain de temps.

 

L’hiver n’empêchait pas les voyages, pas même par les cols des plus hautes Alpes : c’est en janvier ou février que l’armée de Vitellius traversa le mont Genèvre et le Grand Saint-Bernard[92]. Il est vrai que tout était préparé, dans le voisinage des sommets, pour aider les voyageurs : temples qui servaient d’abris[93], guides du pays[94], attelages de renfort[95], et, le long des chemins, de hauts poteaux qui, émergeant de la neige, marquaient la direction à suivre[96].

 

De là, en dépit de tous les ennuis, des voyages d’une extrême rapidité, je parle de voyages à cheval, avec changements de monture à de nombreux relais. En 68, un courrier impérial mit sept jours pour aller de Rome à Clunia en Espagne, soit deux cent cinquante à trois cents kilomètres par vingt-quatre heures, plus de dix kilomètres à l’heure en vitesse commerciale. Et cet exemple et d’autres montrent que les routes romaines avaient été faites pour permettre à l’être vivant d’y développer son maximum de force et d’énergie : car, au delà de ces chiffres, rien n’est possible à l’homme ni à la bête.

 

Il faut cependant ajouter que ces chiffres furent près d’être atteints, sur ces mêmes routes, dès l’époque gauloise : César ou ses messagers y circulèrent presque aussi vite que les courriers des empereurs[97]. Tout en admirant l’œuvre romaine, n’oublions pas que la Gaule libre l’avait, par son travail, plus qu’à demi préparée.

 

Camille Jullian - Histoire de la Gaule, Tome V.

 

[81] Encore avons-nous remarqué que ces postes n’ont pas été permanents, et qu’il n’est pas prouvé qu’ils aient réellement fait fonction de police ou de gendarmerie ; le texte de Suétone, Tibère, 37, rend cependant la chose vraisemblable.

[82] Voyez les brigandages sous Commode, et peut-être aussi sous Marc-Aurèle et sous Antonin.

[83] Inscription de Lyon (XIII, 2282) : a latronibus interfecto ; autres morts de ce genre, XIII, 3689, 6129 ; même un soldat (Autun, XIII, 2667).

[84] Sauf sous Commode, et sans parler des temps troublés du IIIe siècle.

[85] Cf. Marquardt, Privatleben, p. 165.

[86] Dion Cassius, LXXVI, 10 ; Suétone, Tibère, 37.

[87] Je répète que tout cela a changé depuis Marc-Aurèle.

[88] Sauf exceptions, la diagonale des territoires municipaux dépasse 25 milles, et de beaucoup. Je ne peux croire un seul instant que la question des droits à payer ait pu entraver la circulation. Dans certains cas, l’État permettait sans doute de ne dédouaner qu’au lieu de destination (à Lyon).

[89] Sidoine, Ép., VIII, 12, 1 (sur la route de Bazas à Bordeaux, lorsque soufflait le vent du sud, Bigerriens turbo).

[90] Ajoutez, pour protéger la route, les précautions extrêmement nombreuses prises par l’État contre les empiétements des particuliers, les dégradations du fait des riverains, etc. ; Digeste, XLIII, 7 et 3.

[91] Constatations faites sur la route du col de Roncevaux (Colas, p. 18-9) et ailleurs.

[92] Voyez le voyage de Sidoine (Ép., 1, 5) : facilis ascensus.... cavatis in callem nivibus. Traversée des Alpes en mars. Ennodius, Vita Epiphani, p. 369, Hartel.

[93] Au Grand Saint-Bernard, le temple de Jupiter Pœninus, C. I. L., V, 6863 et s. ; cf. en dernier lieu l’article Pœninus dans le Lexikon de Roscher (Ihm). Au Petit Saint-Bernard, Pétrone, Sat., 122, 146. Il est vrai qu’il n’est pas dit nettement que ces lieux sacrés pouvaient servir d’hôtels ou d’abris : mais cela me parait aller de soi ; il fallait bien remiser les attelages et abriter les cantonniers chargés d’ouvrir les chemins de neige.

[94] Ammien, XV, 10, 5, locorum callidi.

[95] Attelages de bœufs pour ralentir la descente : pleraque vechicula vastis funibus inligata pone cohibente virorum vel boum nisa valido (Ammien, XV, 10, 4).

[96] Eminentes ligneos stilos per cautiora loca defigunt (Ammien, XV, 10, 4).

[97] Et peut-être même plus vite. Je parle des courriers à cheval, et non des crieurs de messages, qui envoyaient d’ailleurs les nouvelles à une vitesse, soit de 13 à 14 km, par heure, soit même de près de 20 km.

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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 05:43

Première partie : cliquez ici

 

À la chasse.

Les graffitis exaltant la chasse sont également nombreux et on ne sait pas toujours s’il s’agit de chasse organisée dans l’amphithéâtre où se déroulant dans la nature, sauf lorsque des détails viennent nous aider à trancher.

En effet dans les contrées touffues de la Gaule les animaux pourchassés sont des cervidés, des sangliers ou des taureaux et rarement des animaux exotiques. Les cerfs sont abondants, à Périgueux notamment où ils sont abattus au filet est enfermés dans un enclos où les ramures pointent au-dessus des pieux de la palissade, et sont donc capturés vivants, tandis que d’autres sont percés de flèches ou poursuivies par des chiens ; l’un d’eux, tenu en laisse par son maître aboie et l’onomatopée VAVA figure bien en vue au-dessus. À Ruscino, et à Vindonissa les sangliers se déplacent en hardes et se reconnaissent à leur corps massif et à leurs soies hérissées.240.jpg


Quelques bateaux.

Les graffitis qui font allusion au monde aquatique sont rares en Gaule, ce n’est pourtant pas faute de disposer de fleuve, de rivières et de lac navigable. Les inscriptions officielles ne manquent pas de nous rappeler la forte présence des nautes, les bateliers des puissantes corporations à l’œuvre sur le lac Léman, la Saône ou le Rhône.

C’est dans l’air sacré du forum de Nyon qu’a été découverte la reproduction d’un bateau à voile, incisée sur les murs blancs d’une galerie souterraine. Elle est surmontée de deux grands triangles ouverts, des montagnes sans aucun doute, qui évoque le panorama visible depuis la terrasse en bordure du forum. Le tableau a été signé par son auteur, TANCUS, un nom d’origine indigène.241.jpg

À Cucuron, dans la villa du Viély, un bateau monumental de 1,08 m d’euros pour 1,06 m de large a été gravé. Il occupe tout le panneau rouge ocre de la zone médiane d’une riche. C’est la reproduction d’un navire à voile de commerce réel, à coque ronde, très soigneusement représentés. Deux rames de gouvernail à l’arrière et tous les détails des gréements en font une œuvre remarquable, d’un marin averti, sans doute son propriétaire qui savait manier le couteau et le stylet. C’est ainsi qu’il a poussé le détail et le réalisme jusqu’à gratter l’enduit rouge pour créer un effet de damier rouge et blanc pour la cabine de la poupe. Il a utilisé le même effet bichromate pour le mât principal. C’est là un cas exceptionnel. En bas à gauche, des chiffres nous font supposer que le propriétaire a voulu sans doute noter les éléments de la cargaison, objet d’un commerce lucratif.


Un érotisme débridé ?

À côté de tous ces témoignages d’activités diverses et de loisir fort apprécié, il est un domaine particulièrement riche en Gaule, ce sont les inscriptions érotiques. Plusieurs font état d’exploits amoureux, vantardise de lupanar ou d’ailleurs, à ce point mémorable que l’on n’en consigne scrupuleusement la date.

À Périgueux, les messages sont nombreux, ainsi dans la maison de la rue Font-Laurière nous avons un aperçu de déclaration, d’apostrophes érotiques ou obscènes de caractère hétéro et homosexuel ; ailleurs, Divixta appelle son homme, ou un homme un vrai ! Toujours à Périgueux, un homme se vante d’avoir pénétré quatorze fois une certaine Aucina. Et encore plus fort, à Rennes, un homme et a fait l’amour 25 fois et ce sans doute à une professionnelle dont le nom est malheureusement incomplet. La suite du message perdu, ne nous permet pas de savoir en combien de temps ! Un autre encore précisé qu’il l’a fait dix fois.579 1000

On peut se demander si les passants ne se sont pas finalement amusés à inscrire leur palmarès amoureux à côté des précédents, dans une sorte de concours d’émulation et de fanfaronnade. Par leur crudité, leur franchise, les graffitis érotiques nous font pénétrer dans l’univers de la sexualité de l’époque romaine. Rappelons que l’art érotique avait sa place chez les nantis, genres et positions de l’amour confondu, comme nous l’expose l’œuvre célèbre d’Ovide : L’art d’aimer.


Les sentiments religieux.

Religion et mythologies sont très rarement le sujet des graffitis, aussi bien en Gaule que dans le reste de l’empire romain. Toutefois, dans les sanctuaires, ou dans des édifices publics, des témoignages fort intéressants ont été retrouvés. À Argentomagus, tombé des murs de la cella du temple 1 du sanctuaire des Mersans, un graffiti montrent la cuirasse d’un guerrier avec son ceinturon et ses pectoraux bien marqués qui font penser à la reproduction d’un modèle réel, vraisemblablement la statue du dieu Mars.

Dans le palais du taureau tricorne d’Augst, érigée vers 200 après J.-C., figurait une Diane accompagnée d’un cerf. Bien reconnaissable à son arc en main gauche, à son bras droit levé vers le carquois qu’elle porte dans le dos, à sa tunique courte repliée sur les hanches, elle suit le modèle statutaire le plus largement répandu en Gaule et en Germanie, répété à loisir par les statuettes de laraires.

Châteauneuf en Savoie, le temple indigène a livré des listes de prière, de protocole de sacrifice et de dépenses gravées par les pèlerins sur schiste, sur tuile mais aussi sur peinture murale.

Enfin, un autre témoin d’époque plus tardive permet de supposer la présence de chrétiens à Glanum. Il a été trouvé contre le côté sud de l’édifice à abside : à deux reprises, le mot grec ichthus, à l’orthographe variable, entoure le petit poisson, symboles chrétiens jouant sur l’abréviation des initiales de la profession de foi « Jésus Fils de Dieu Sauveur ».

Il y aurait bien d’autres exemples à citer où les graffitis sont un moyen d’expression écrite du langage qui nous révèle un degré d’alphabétisation intéressant, où subsistent des îlots de gens parlants gaulois (à Clermont-Ferrand), grec (à Glanum et Contigny), et bien entendu latin. Tout un petit peuple revit sous nos yeux dont les noms, pas moins de quatre-vingts, nous ont été conservés, noms majoritairement masculins, mais aussi féminin, indigènes ou romains.

À travers les messages, on peut deviner les préoccupations de chacun. Rappelons que la population alphabétisée était très faible malgré l’existence d’école, et que beaucoup déchiffrait seulement les « grandes lettres » comme nous le révèle un des personnages du Satiricon de Pétrone.

Il y a le passant en veine de plaisanterie qui interpelle le public et qui se vante ou se plaint : ainsi ce graffiteurs à Narbonne, qui emploie une même expression qu’à Pompéi et qu’à Herculanum : « Nous avions très envie de venir ici, mais nous avons encore plus envie de repartir ». À Narbonne, il manque les premiers mots, et c’est grâce à la popularité de cette « blague » qu’il a été aisé de restituer la phrase en entier. À Pompéi, une ligne de plus nous informe que l’auteur est finalement resté pour les beaux yeux d’une fille ! Ce qui reste fascinant est de savoir qu’un personnage a survécu par ces signes indélébiles et non falsifiables au point qu’on était obligé de les raturer, les marteler pour en effacer la lecture aux yeux des passants, comme cela s’est pratiqué par exemple à Vaison-la-romaine. Un autre phénomène est émouvant, celui des « graffiteurs » successifs, venant enrichir la prose ou les croquis d’un précédent acteur, une main plus assurée venant relayer un autre, les ratés et dessins inaboutis et abandonnés qui sont les instantanés de vies disparues.

Enfin, tous les croquis, parfois véritables tableaux reproduits par des spectateurs attentifs, sont un reflet du cadre de vie, dont l’architecture et le décor peint ou mosaïqué nous donne parfois une idée bien différente. Posséder le portrait de gens complètement inconnus, le reportage complet d’un spectacle dans l’arène, celui d’une battue de chasse aux cerfs, ou au sanglier, tout cela mis en scène sur une paroi dont on cadre le sujet en fonction du décor peint, est le matériau pour reproduire autrement une civilisation gallo-romaine trop souvent aseptisée.

 

Source : article d'Alix Barbet dans Archéologia N° 457

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