Vercingétorix
Chapitre IX - Le soulèvement de la Gaule.
1. Révolte des Sénons et des Carnutes.
La mort de Dumnorix et d’Indutiomar, la défaite d’Ambiorix avaient arrêté le soulèvement de la Gaule en 54 ; mais la conjuration, une fois formée, ne s’était point rompue.
Au mois de mars 53, César réunit à Samarobrive (Amiens) l’assemblée générale de la
Gaule : il la présida, à son habitude, du haut de son tribunal. Les
Trévires, en guerre avec lui, n’y parurent pas, et le proconsul n’eut pas lieu de s’en étonner. Mais, pour la première fois depuis qu’il commandait en Gaule, deux des principales nations
celtiques, les Sénons et les Carnutes, refusèrent d’envoyer des députés pour jouer près du camp romain la comédie de la liberté gauloise.
Elles avaient, quelques semaines auparavant, aboli la royauté que César leur avait imposée. Chez les Carnutes, le roi Tasget avait été égorgé sans autre forme de procès. Chez les Sénons, le roi Cavarin avait été, semble-t-il, condamné régulièrement par le sénat de la nation, présidé ou conseillé par Acco : mais on avait apporté une telle solennité à l’affaire que Cavarin avait eu le temps de se réfugier, à la tête des siens, auprès du proconsul. Ni des Carnutes ni des Sénons César n’avait reçu les satisfactions qu’il désirait ; ils avaient au contraire échangé des promesses avec les Trévires, et leur abstention à Samarobrive ressemblait à une déclaration de guerre.
La révolte de ces deux peuples avait une tout autre importance que celle des Éburons et des Trévires, peuplades à demi germaniques, presque cachées entre la Moselle, la Meuse et le Rhin, derrière les fourrés et les marécages de la forêt des Ardennes.
Les Sénons et les Carnutes étaient alors parmi les nations tes plus considérées de la Gaule : ils n’étaient guère inférieurs, comme rang et comme puissance, qu’aux Rèmes et aux Éduens. Les Sénons passaient pour un peuple « solide et de grande autorité ». Ils possédaient un très vaste territoire, s’étendant depuis les pentes septentrionales du Morvan éduen jusqu’aux abords de la Marne ; ils étaient maîtres de la plupart des vallées qui convergent du Sud et de l’Est vers le bassin de Paris : celles de la Seine, de l’Armançon, de l’Yonne (sur les bords de laquelle étaient leur principale ville, Agendincum, Sens), du Loing et de l’Essonne. Une alliance étroite les avait unis aux Parisiens de Lutèce. Ils commandaient ainsi les principales routes qui, d’Amiens, menaient au centre et au sud de la Gaule : hostiles à César, ils lui fermaient le plus court chemin de l'Italie.
La défection des Carnutes était presque aussi grave au point de vue militaire, elle avait une portée morale beaucoup plus grande. C’était une des nations les plus célèbres et les plus étendues de la Gaule centrale. Elle s’appuyait sur les deux plus grands fleuves : au Sud, elle possédait les deux bords de la Loire, à l’endroit même où celle-ci remonte le plus vers le Nord, et elle avait sur la rive septentrionale sa principale ville, Génabum (Orléans), la clé de la défense militaire de tout le bassin ; au Nord, les Carnutes possédaient, en face du débouché de l’Oise, les bords de la Seine, de Mantes à Poissy. Leur territoire était regardé par les Celtes, comme le milieu de la Gaule entière, et fort justement. Car il servait de lien entre les terres armoricaines à l’Ouest et les plateaux éduens à l’Est, entre la Belgique qu’il touchait au Nord et les Bituriges et les Arvernes qu’il avoisinait au Midi. C’était un centre merveilleux pour les opérations commerciales : à la suite des victoires de César, les marchands romains s’établirent à Orléans et y ouvrirent leurs magasins. Les Carnutes possédaient du reste ce dont César avait le plus besoin pour se maintenir en Gaule, la race des robustes chevaux du Perche, la fécondité des blés de la Beauce ; aussi le proconsul avait-il installé à Génabum son principal service d’approvisionnement. Enfin, dernier et redoutable élément d’influence, les Carnutes inspiraient aux Gaulois une sorte de respect religieux : chez eux se trouvait l’enceinte consacrée où se réunissait, chaque année, le conseil général des druides. C’était sur la terre carnute que reposait toujours, malgré la désunion des peuples, le foyer commun de toute la Gaule.
Les Carnutes avaient donc, autant que les Arvernes, plus même que les Éduens, le droit de jouer en Gaule un rôle universel. Seuls peut-être d’entre les peuples du Centre, ils jouissaient d’une certaine autorité parmi les tribus de l’Armorique, dont quelques-unes leur étaient apparentées. Ils furent une des nations qui maintinrent l’unité religieuse et la grandeur du monde celtique. Leur abstention, en mars 53, paraissait signifier à César que les dieux de la Gaule commençaient à se séparer de lui. Si la forêt sacrée des Carnutes se peuplait de ses ennemis, les hauts sommets où habitait Teutâtes ne tarderaient point à s’illuminer des feux de la révolte.
À suivre...
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cet aspect farouche qui effrayait l’ennemi, droit sur son cheval de bataille, vêtu de la tunique aux couleurs bigarrées, la poitrine constellée de phalères de métal, ayant à son côté,
suspendue par un baudrier d’or, la large et longue épée incrustée de corail, sur sa tête le casque surmonté d’un monstrueux cimier qui semblait prolonger encore sa haute stature, — mais aussi,
flottant autour de cet appareil d’éclat et de terreur, le souffle vivant de la jeunesse, l’air de virginité militaire du chef adolescent qui n’a point encore souffert pour la liberté. S’il était
vrai que les âmes des guerriers gaulois émigraient d’un corps à l’autre, les Arvernes ont pu se demander si Luern ou Bituit, les chefs encore célèbres de la Gaule triomphante, ne revenaient pas
de leur lointain séjour sous la forme juvénile du dernier de leurs successeurs.
soixante-dix hectares, celle-ci avec
une superficie presque double : quand Auguste transporta à Autun les habitants de la vieille cité éduenne, il fit bâtir pour les renfermer une muraille de près de 6 kilomètres de circuit, qui
pouvait contenir plusieurs dizaines de mille hommes. Les fouilles de Bibracte (et Gergovie devait lui ressembler) ont fait reconnaître un fouillis de maisons tassées, d’échoppes et de boutiques
encombrées, des marchés, des rues et des venelles, une série de quartiers dont chacun était le domaine d’un métier différent, et où les gens vivaient, travaillaient, mouraient et recevaient leur
sépulture ensemble ; on a reconstitué des ateliers de forgerons, de fondeurs, d’émailleurs aux établis rutilants. Et on se représente aisément la foule qui vivait là au temps de Dumnorix, active,
grouillante, tapageuse, et disposée, dans les jours de conflit politique, à fournir à un chef ambitieux l’appoint décisif d’une émeute populaire.
années de sa pensée dans la familiarité respectueuse de ces prêtres, qui sont
d’ailleurs nobles comme lui, ses égaux par le rang, ses supérieurs par le mérite ; et il s’habitue à honorer autre chose que la force.
qu’on donne de ces noms fût indiscutable. Or, elle ne l’est pas plus que celle des noms de César ou d’Auguste, sur laquelle les contemporains
eux-mêmes ne s’entendaient pas. Je ne puis affirmer, sans hésiter que rix, le mot décisif dans tous ces noms, signifie réellement roi. Cette terminaison ne serait-elle pas, en langue
celtique, quelque suffixe sans aucun sens précis et nominal ? Nous la trouvons, en effet, dans d’autres noms, comme dans celui de Biturix, qui n’est pas un nom de personne, mais de
peuple ; et, si on répond que les Bituriges étaient le peuple des rois du monde ou des rois éternels, je rappellerai que l’on écrivit à la fois Biturix et Bituricus, tout comme
si rix et ricus étaient des suffixes analogues.