L'histoire des mots

Lundi 30 janvier 2012 1 30 /01 /Jan /2012 08:33

   Les lieux habités par l'homme sont fréquemment caractérisé par des mots désignant la maison. « Maison » est issue de mansionem (accusatif de mantion), de la famille du latin manere « rester, demeurer ». Le terme apparaît rarement seul, trop courant pour se passer d’un élément déterminant. En Vendée, sont issus de manere des noms formés avec –main « maison » comme La Mainborgère, avec –mans comme Manfray « maison froide », Le Mans et Le Mans Brun – qui n’ont aucun rapport avec Le Mans dans la Sarthe, capitale des Gaulois Cenomani ou Cenomanni. Mes ou , mai, may,meix… apparaissent dans Le Mée (Eure-et-Loir, Mesum 1192), Les Mées (Sarthe, Manso 1028), Meys (Rhône) ; on les panneau-mas-blanc-des-alpilles.png trouve dans Beaumetz (Pas-de-Calais), Messas (Loiret) avec le latin arsus « brulé », Royaumeix (Meurthe-et-Moselle) avec royal. La langue d’oc qui, elle, utilise le dérivé mas, possède des toponymes comme Mas-Blanc-des-Alpilles (Bouches-du-Rhône), le Mas-Grenier (Tarn-et-Garonne) ou le Mas-d’Azil (Ariège).


   Parmi les dérivés des mansionem, le bas-latin a créé un nouveau terme, mansionile, devenu en français médiéval maisnil, mesnil, « maison avec terrain ». Il en existe des quantités, avec ou sans déterminant. Si le Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis) évoque le terrain crayeux (XIe siècle), Ménilmontant, village rattaché à Paris en même temps que Belleville en 1860, serait, d’après Marianne Mulon*, un mesnil-Mautemps, du nom d’un possesseur, encore qu’une charte de 1224 latinise le nom en mesnilium mali temporis « mesnil du mau(vais) temps » ; les pentes de Ménilmontant ayant, de toute façon, favorisé la déformation en montant.


   Les « Maison-Rouge » seraient-elles d’anciennes auberges situées le long des voies romaines ? Certaines sans doute. Mais, hormis quelques exemples (Rouge-Maison dans l’Aisne, la Marne, le Pas-de-Calais), Maison-Rouge conserve l’ordre substantif –adjectif du français moderne, plaidant pour le caractère récent de la formation. Par ailleurs, l’adjectif « rouge » peut caractériser n’importe quel bâtiment de cette couleur, sans que l’on puisse établir systématiquement un lien de proximité avec une voie.

Autre mot du bas-latin, casa, au sens de « maison » à, lui aussi, fourni d’innombrables toponymes, formés sur chese, chiese en langue d’oïl, sur casa en langue d’oc. S’il a lui-même disparu du vocabulaire français, il a tout de même engendré la préposition chez (d’abords chiés, 1130-1160), très employée devant des noms de personnes : Chez-Fortuneau, Chez-Gallant, Chez-les-Gens, Chez-les-Rois (Charente-Maritime). Les dérivés peuvent être seuls : La Chaise (Aube, Charente), La Chase (Lozère), La Chèze (Côtes-d’Armor), Caix (Somme), La Quièze à Saméon (Nord), Kiesa 1221, avec une phonétique picarde, ou s’accompagner de déterminants : Casefabre (Pyrénées-Orientales) avec faber, forgeron ; Casalta (Corse) « maison haute », Chèzeneuve (Isère). Dans le midi de la France, les dérivés donnent ; La Chaze-de-Peyre (Lozère), et les divers Cazals (Ariège Lot, Lot-et-Garonne), Cazaux (Ariège, Haute-Garonne, Gers, etc…)

Chaze-de-peyre
 Chaze-de-peyre2

  Borde « cabane, maisonnette, métairie » est un mot d’origine germanique (francique bort « planche », d’où borda « cabane » en latin tardif), désignant d’abord la maison isolée, puis des hameaux : La Borde (Aisne, Aube, Haute-Marne, etc…), Les Bordes (Cher, Côte-d’Or, Loiret, etc…). On connaît des dérivés Le ou Les Bourdeaux (Vienne, Deux-Sèvres), Bourdigal et Bourdigaux en composition Bordesoulle (Vienne) soulle « seule ». Quant à la ville de Bordeaux  (Gironde), elle est mentionnée dans l’Antiquité romaine sous le nom de Burdigala, mais l’évolution phonétique qui a abouti au pluriel Bordeaux et laisse supposer une interférence avec le mot germanique borde, n’est pas claire. Dès le VIIe siècle, est attestée une forme Bordel, puis on trouve au XIIIe siècle, Bordeu.


  Certains toponymes ont une connotation régionale. Pierre Gauthier** nous apprend queBourrines photographiées vers 1890 par Jules-César Robuch La ou Les Bourrine(s) se trouvent tous dans le marais breton-vendéen (18 exemples), dont ils évoquent l’habitation typique : « celle-ci tire son nom d’un adjectif formé sur le mot bourre désignant ici les joncs servant à la couverture ; à l’origine, on disait maison bourrine sur le modèle de maison teubline « couverte de tuiles » ou chaumine « couverte de chaume ». Le bousillage (Vendée) conserve le terme désignant « le torchis de terre et de paille détrempée » qui permet de construire cette habitation ; on le retrouve à Le Bousillé (Deux-Sèvres) ». En Île-de-France, Senlisse (Yvelines) Scindelicias en 862, n’a rien à voir avec Senlis (Oise), issu du nom d’un peuple gaulois, mais désigne des maisons couvertes de berdeaux (du latin scindula « bardeau »). Quant aux nombreux Malassis, Malassise (la maison de Malassize en 1373 à Voinsles, Seine-et-Marne), ils désigneraient des habitations mal construites, plutôt que mal situées.

 

  * Marianne Mulon, Noms de lieux d'Île de France, éd. Bonneton

** Pierre Gauthier, Noms de lieux du Poitou, éd. Bonneton

 

Photos : La Chaze de Peyre _ christiane53.over-blog.com  -  Bourrines vendéennes _ bourrines photographiées vers 1890 par Jules-César Robuchon

 

Source : L'Archéologue N° 105

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Jeudi 13 octobre 2011 4 13 /10 /Oct /2011 08:59

  Pavie, ville de Lombardie, qui a vu naître le théologien et réformateur de l'Église d'Angleterre Lanfranc ou le mathématicien, philosophe, astrologue, inventeur, et médecin Girolamo Cardano, a connu une belle histoire, un peu à l'ombre toutefois de Milan sa grande voisine. Elle possède une grande cathédrale et une chartreuse, près de laquelle François Ier fut vaincu en 1525. Depuis très longtemps, on fabriquait à Pavie des casques et des boucliers, dont la réputation de solidité n'était plus à faire : toutes les troupes appréciaient notamment le pavois, sorte de grand bouclier particulier à la ville.

  Comme de tous temps, que ce soit à Rome, à Byzance, chez les Francs et les Germains, on avait l'habitude de hisser le roi à sa proclamation sur un bouclier porté par ses guerriers (une forme évidente de démocratie directe, sans aucune représentation intermédiaire...) on vit bientôt se forger l'expression élever sur le pavois, puisque tel était bien le cas. pavois.jpg

  Peu à peu le sens premier s'est transformé et l'expression signifie être dans une situation en vue, honorifique, exceptionnelle, être glorifié et entouré de grands honneurs.

  Aujourd'hui ce sont plutôt les navigateurs qui hissent le grands pavois (en signe de réjouissance), ou le petit pavois (arboré pour se faire reconnaître) lorsqu'ils traversent les océans, mais c'est une autre histoire...

 

Source : Les expressions qui sont nées de l'histoire, Gilles Henry. éd. Tallandier

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Dimanche 17 juillet 2011 7 17 /07 /Juil /2011 10:02

  Né d’une onomatopée descriptive, le « barbaros », c’est d’abord celui qui n’émet, à l’oreille des Grecs, que des sons inarticulés, une sorte de « ba-ba-ba-ba » dénué de sens. Certes, le mot n’est guère flatteur puisque l’on oppose ainsi des êtres doués d’un langage complexe – et donc de la pensée – à ceux dont la voix ne peut transmettre que des informations sommaires. Illusion certes, dont les Hellènes ne sont pas dupes : ils savent barbares-trajan que les « barbares » parlent des langues différentes les unes des autres, au vocabulaire riche et complexe, et sont capables, pour quelques-uns, des les écrire. Ils n’ignorent d’ailleurs pas qu’eux-mêmes doivent l’écriture à des étrangers - les Phéniciens. La barbarie ne qualifie guère, en définitive qu’une étrangeté de comportement par rapport aux Grecs.

  Pourtant la notion évolue peu à peu dans un sens négatif. Chez Aristote, par exemple, au IVe siècle avant Jésus-Christ, elle est associée à celle d’esclave. Le philosophe en tire une conséquence logique : se des peuples sont fait pour l’état servile, c’est que leurs qualités morales les rendent indigne d’un autre statut.

  Étape suivante : la conquête du Proche-Orient par Alexandre, au IVe siècle av. J.C., place de fait de nombreux peuples sous la domination de macédonienne. Du même coup, prenant sans doute conscience concrètement de la variété des barbares, les Grecs emploient désormais ce nom pour désigner tous les peuples placés au-dehors des royaumes fondés par les descendants du conquérant.

 Une évolution décisive, enfin, semble se produire sous l’Empire romain, lorsque le terme, prolongeant cet héritage, désigne les populations acharnées à envahir le territoire de Rome. L’image du barbare s’associe désormais à la violence, au meurtre, au pillage, à une volonté délibérée de détruire les bases mêmes de la civilisation gréco-romaine.

  De même, les assauts que subit la chrétienté de la part des peuples du Nord, de l’Est, plus rarement du Sud, sont autant de d’occasions de confronter une certaine image de la « civilisation » à une sauvagerie indistincte et sans limites. Certes, il existe des gradations et les Huns ont le triste privilège de remporter la palme de la barbarie. A cela nul autre remède que la conversion : Charlemagne sait transformer des Saxons en chrétiens, les dépouillant ainsi de leur barbarie native.

   Le mot passe de mode à l’âge classique, sauf à désigner les tribus d’autrefois. Il commence, dès cette époque, à décrire un comportement plus qu’un état. C’est de cette longue gestation, que naît, d’une certaine manière, la Déclaration universelle des droits de l’homme qui interdit implicitement de qualifier un peuple de barbare pour la seule raison qu’il posséderait d’autres mœurs ou une autre religion, a fortiori une autre langue.

  Le terme acquiert alors une valeur morale péjorative d’une extrême puissance, désignant les comportements d’une brutalité hors du commun, la cruauté inouïe. À l’issue de la seconde guerre mondiale, le camp vainqueur a donné une définition juridique de l’utilisation du qualificatif, en prenant soin d’omettre les « actes barbares » commis dans son camp.  Aujourd’hui on poursuit devant les tribunaux civils, des délinquants pour « actes de barbarie ». De l’onomatopée descriptive on est ainsi passé à la notion juridique, l’une des plus infamantes que l’on puisse accoler à un individu ou à un groupe.

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Vendredi 1 avril 2011 5 01 /04 /Avr /2011 14:27

  Le bœuf est l'un des animaux qui aura été le plus utile à l'homme depuis que celui-ci l'a chassé, domestiqué et élevé. Sa peau, sa viande, sa graisse, ses os, sa force, sa chaleur... ont permis aux hommes de se vêtir, se nourrir, se chauffer et travailler. Originaire de différentes régions selon sa race, c'est à une autre origine que nous allons nous intéresser : c'est du nom, bœuf.

 

  Les Grecs le nommait bous, et les Romains bos, bovis, ce qui a donné en ancien français, buef, boef et beuf, avant d'aboutir, au XVIè siècle, à bœuf. Mais entretemps, les Anglais nous avait emprunté notre boef, et en avait fait un beef... qui nous est revenu grillé, au XVIIè siècle, sous la forme de roast-beef (littéralement, "bœuf rôti"), et découpé en tranche sous la forme de beef-steack (littéralement, "tranche de bœuf"), au XVIIIè siècle. Par la suite, l'orthographe de ces mots a été francisée en rosbif et en bifteck.

 

  Avec le lait de la vache, les hommes feront du beurre. En Grèce on l'appellera durantboeuf l'Antiquité, bouturon, nom composé de bous, le "bœuf" ou la "vache", et de turos, le "fromage". En latin, ce bouturon grec est devenu du butyrum, mot dont la langue française a fait au Moyen Âge, du bure et du burre, puis enfin, au XVIè siècle, du beurre.

 

  En grec, le mot bous, associé à limos, la "faim", a également servi à former l'adjectif boulimos et le nom boulimia. L'adjectif signifie "qui a une faim de bœuf", "qui souffre de boulimia", c'est à dire d'une "faim dévorante". Boulimia est à l'origine de boulimie, nom qui s'est employé en français à partir du XVè ou XVIè siècle pour désigner un "appétit insatiable", et, en médecine, la maladie dont souffre une personne qui éprouve une sensation de faim permanente, qui est boulimique.

  Au XIXe siècle, boulimie a aussi pris le sens figuré de « désir intense et continuel de quelque chose » : par exemple une boulimie de savoir, c’est « une immense curiosité intellectuelle ».

 

  Dans l’Iliade, le poète grec Homère décrit une hekatombê, mot créé à partir de hecaton,  « cent » et bous, « bœuf », et qui signifie littéralement « sacrifice de cent bœufs ». Plus généralement, l’hekatombê était, dans la Grèce antique, une cérémonie religieuse au cours de laquelle un grand nombre d’animaux, bœufs et autres (chèvres, moutons…), étaient immolés, offerts en sacrifice aux dieux qui se nourrissaient du fumet de ces viandes grillées. L’hekatombê, selon Homère se déroule ainsi : « Après avoir prié et répandu de l’orge non moulue, ils [Ulysse et ses compagnons] tirèrent vers le ciel la tête des victimes [les bœufs et les moutons…], les égorgèrent, les écorchèrent ; ils coupèrent les cuisses » et les firent brûler, puis « ils dépecèrent le reste des victimes, embrochèrent les morceaux, les firent rôtir habilement »…

  C’est justement dans le sens de « massacre d’un grand nombre de personnes » que le mot hécatombe, issu du grec hekatombê, a pris en français, au XVIIè siècle, devenant ainsi synonyme de « carnage » ou « tuerie ». Par exemple, on peut dire que la bataille de Waterloo, perdue par Napoléon 1er en 1815, et qui fit plus de 10 000 morts, fut une hécatombe. Bien avant Napoléon, Alexandre le Grand, dans ses guerres de conquête à la tête des armées grecques, au IVè siècle avant J.C., a provoqué quelques hécatombesAlexandre bucephale mémorables, comme celle de la bataille de l’Hydaspe, aux frontières de l’Inde . On raconte que Bucéphale, le célèbre cheval d’Alexandre le Grand, serait mort lors de ce combat. Or Bucéphale, en grec Boukephalas, est un nom qui associe bous, le « bœuf », et kephalê, la tête, et qui par conséquent signifie « tête de bœuf ».

  Selon Pline l’Ancien, auteur romain du 1er siècle, Bucépahle était ainsi nommé « soit à cause de son aspect farouche, soit à cause d’une tâche en forme de tête de taureau qu’il avait sur l’épaule ». Le même Pline, dans son Histoire naturelle, décrit, outre les chevaux en général et Bucéphale en particulier, de nombreuses espèces animales, dont les serpents. Et voici ce que dit Pline au sujet des boas : « ils se nourrissent d’abord en tétant les vaches ; c’est de là que vient leur nom. D’après Pline, donc, le mot boa (qui en latin désignait, tout comme sa variante bova, un grand serpent) serait dérivé de bos ou bovis (le bœuf ou la vache en latin). Cette étymologie est possible, mais hypothétique, tout comme celle du mot boy, le « garçon » anglais, qui figure dans les dictionnaires français depuis le XIXè siècle…

  Et ça se complique ! A l’origine du mot boy, il pourrait y avoir le grec boeiai, désignant une « lanière faite de peau de bœuf », et, par extension, « un lien, une entrave ». Boeiai a donné, en latin, boiae, les « fers » (qui servaient à entraver les prisonniers), et ce nom pourrait être l’ancêtre du verbe embuier, qui en ancien français signifiait «  enchaîner, entraver ». C’est de ce verbe que les Anglais auraient tiré leur boy, en lui attribuant, d’abord, le sens d’ « homme enchaîné, prisonnier des fers ». En tout cas, au XIVè siècle, le mot boy désignait en Angleterre un « esclave », parallèlement à un « garçon » ou à un « jeune homme ».

  Toujours à propos du bœuf et des mots anglais utilisés en français : cow-boy (cowboy en anglais) est apparu au XVIIIè siècle. A cette époque, en Angleterre, le cow-boy était l’équivalent de notre vacher (puisque cow est nom anglais de la vache), ou de notre bouvier, mot issu du latin boarius ou bovarius, le « marchand de bœuf », mais qui a pris, en français, le sens de « gardien de bœufs ». Dans la Grèce antique, le gardien de bœufs était un boukolos A partir de ce mot, la langue grecque, a forgé l’adjectif bukolikos signifiant « qui concerne les bouviers » et plus généralement « qui concerne les gardiens de troupeaux (bouviers et bergers). Cet adjectif, repris par le latin bucolicus, puis par le français bucolique, s’est employé en poésie, dès l’Antiquité pour qualifier une œuvre exaltant les joies de la vie champêtre, et chantant l’amour de la Nature et de la campagne. Parmi les maîtres du genre bucolique, on peut citer le poète grec Théocrite (IVè-IIIè siècles avant J.C.) et le poète latin Virgile (1er siècle av. J.C.) qui justement est l’auteur d’un recueil intitulé Bucolica (les Bucoliques). Aujourd’hui, comme jadis, on peut goûter les plaisirs bucoliques, se sentir l’âme bucolique devant un calme et doux paysage campagnard… Et cela, ne l’oublions pas, grâce au bous, au bos, au bœuf quoi !

 

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Jeudi 3 février 2011 4 03 /02 /Fév /2011 18:23

  _ "Occupe toi de dispacher le marchandising, moi je suis over-booké !"

 

  Oh la belle phrase que voilà ! Ce n'est ni du français ni de l'anglais, c'est du crétin, une sous-langue de plus en plus répandue au sein des grandes sociétés multinationales, et pratiquée par des lobotomisés de tous âges, persuadés de faire partie de l'élite (l'élite de quoi ? Mystère !)

 

  Deuxième mystère : pourquoi tant de français s'escriment-ils à massacrer une langue d'une telle richesse, d'une telle précision, d'une telle sensibilité, la leur, le Français ? Ethno-masochisme ?

 

  C'est difficile à comprendre, c'est vraiment mystérieux...

 

  Le mot mystère vient de mustêrion, qui désignait en Grèce, dans l'Antiquité, une cérémonie religieuse[1] secrète, à laquelle on ne pouvait assister et participer qui si l'on avait reçu une invitation permettant d'en comprendre le sens profond et caché. Les mustêria (pluriel de mustêrion) les plus célèbres étaient ceux qui étaient célébrés à Éleusis, près d'Athènes, dans le temple dédié à Déméter, la grande déesse de la Fertilité et de l'Agriculture.

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  Le prêtre chargé d'initié aux mustêria, aux mystères sacrés, était appelé un mustagôgos, un "mystagogue". Et lorsqu'on était "initié", on devenait un mustês, et on ne devait révéler à personne ce qu'on avait appris. Tous ces mots, mustêria, mustagôgos et mustês, ont une origine commune : le verbe grec muein, signifiant "se fermer". En effet, les mystères de la Grèce antique étaient des cultes fermés, interdits aux non-initiés.

 

  La langue latine a emprunté au grec son mustêrion et en a fait un mysterium, mot qui, en passant du latin à l'ancien français, est devenu un mystère. Au XIIIè siècle, on appelait mystère ce qui, dans la religion chrétienne, avait un sens secret, caché, et qui n'était connu que de Dieu. Ce n'est qu'à partir de la fin du XVè siècle que le mot mystère a commencé à être employé en dehors du domaine religieux, pour désigner, d'abord, une chose, un phénomène que la raison humaine ne peut pas expliquer, puis, à partir du XVIIè siècle, plus généralement, une "chose cachée, secrète" ou " quelque chose d'incompréhensible, d'obscur".

 

  Au XVIIIè siècle, une des distraction à la mode, dans les salons parisiens, consistait à trouver une personne naïve et crédule, et à lui faire croire quelque chose d'invraisemblable, ou bien à l'inviter à une fausse et burlesque cérémonie d'initiation, pour, dans tous les cas, rire à ses dépens. Ainsi est né le verbe mystifier, créé, par plaisanterie, avec le sens d' "initier quelqu'un aux (faux) mystères", c'est à dire "tromper", "abuser de la crédulité" d'une personne pour s'amuser.

 

  Dans la famille du mystère, il y a aussi l'adjectif mystique, issu du grec mustikos, "relatif aux mystères", et qui est synonyme de "religieux" : un élan mystique est un élan vers le mystère divin, une quête de Dieu. Enfin, et c'est plus surprenant, le mot myope appartient aussi à cette famille : il vient du grec muôps, adjectif formé à partir du verbe muein, "se fermer" et ôps, l' "œil, et signifiant "qui ferme à demi les yeux".

 

[1] Religions antiques (cliquez ici)

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