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La Gaule Romaine

Mercredi 12 juin 2013 3 12 /06 /Juin /2013 17:12

Oubliées les tragédies grecques et les malheurs de leurs héros, à l’époque Gallo-romaine, les goûts ont changé.

 

Sous la République, avant le règne d’Auguste, les auteurs latins avaient bien tenté d’écrire des tragédies patriotiques inspirées par des épisodes de leur histoire nationale, mais progressivement, oubliant le sujet de la pièce, le public ne s’intéressait plus qu’aux mises en scène, de plus en plus spectaculaires, et aux épisodes sanglants.

Si les intellectuels ont continué à s’inspirer des œuvres grecques, le peuple, lui, voulait surtout s’amuser. Les comédies des grands auteurs comme Plaute et Térence, écrites aux IIIe et IIe siècles avant Jésus-Christ, ont connu un énorme succès. 287.jpg

 

L’atellane

 Parallèlement aux pièces tragiques se développait un genre beaucoup plus populaire, sans doute emprunté aux étrusques : l’atellane. Cette farce, assez proche de la commedia dell’arte, mettait en scène quatre personnages qui portaient des masques de convention : Pappus, le vieillard, Doscenus, le bossu, Bucco, toujours affamé, et Maccus, le niais. Leurs péripéties comiques étaient largement inspirées de la vie quotidienne.


Le mime

 D’un autre genre, le mime a duré jusqu’à la fin de l’Antiquité.

Son succès a été tel qu’il a même fini par supplanter toute autre forme de théâtre. Contrairement à la comédie et à la tragédie où les rôles féminins étaient tenus par des hommes, les femmes apparaissaient aussi sur scène dans le mime. Les sujets étaient empruntés à des thèmes légendaires mais on n’y ajoutait des intrigues romanesques, des aventures amoureuses, on tournait les dieux en dérision en les plaçant dans des positions ridicules ou infamantes. On ne respectait rien. Le texte était assez rudimentaire, comptaient uniquement les gesticulations, la danse…  tout ce qui parlait au sens. De la demande du public, les actrices ont fini par paraître totalement déshabillées. Ces spectacles grossiers ont sombré dans la pornographie à la fin du Bas-Empire, jusqu’à leur interdiction par l’empereur Justinien en 502. Pourtant sa femme Theodora avait elle-même été actrice….288.JPG

 

La pantomime

 Genre très apprécié également, il s’agissait d’un spectacle sans parole qui a été introduite à Rome en 22 av. J.-C. elle ne mettait en scène avec un acteur qui jouait à lui seul tous les rôles, accompagné par des chanteurs et un petit orchestre. Les sujets étaient en général inspirés par la mythologie.

Il est probable que le nombre d’acteurs, tous styles de comédies confondues, était très important dans le monde romain étant donné la fréquence des spectacles. Nous manquons de données précises pour les colonies mais il y avait à Rome, en 27 av. J.-C., soixante-cinq jours de jeux publics par an, dont quarante-cinq  réservé au théâtre. À la fin du IIIème siècle de notre ère, en pleine décadence de l’empire romain, on comptait cent quatre-vingt-un jours de spectacles, dont plus de cent réservés aux représentations théâtrales.


Les jeux de scène, les masques

Les acteurs s’agitent sur la scène, vont et viennent, échangent leurs répliques, s’adressent parfois à la foule venue les applaudir. Puis ils disparaissent tour à tour dans les portes du mur de scène, pour revenir quelques instants plus tard, vêtus de nouveaux costumes, avec un autre masque ou une autre perruque. Conduits par le chef de chœur et le claquement de ses talons, des tambourins et des flûtes au son maigre rythment les allées et venues des comédiens, occupent les pauses entre les différents tableaux. De part et d’autre de la scène, dans les deux tours qui l’encadrent, les basilicae, des figurants attendent le moment de leur entrée, en laissant le passage aux machinistes qui transportent les décors. Contrairement aux auteurs grecs, les histrions romains étaient en générale des esclaves ou des affranchis. Certains devaient commencer leur carrière très jeune, si on en juge d’après de stèles gallo-romaines qui ont été retrouvées : l’une porte le nom de Septentrion, mort à 12 ans, l’autre celui de Hellas, pantomime décédée à l’âge de 14 ans. Après avoir reçu une formation, les acteurs rejoignaient une compagnie placée sous la dépendance d’un directeur, lui-même payé par le magistrat de la ville chargé des jeux publics. Parfois, les troupes appartenaient à des notables, comme un certain Eudoxus, à Arles, dont on a conservé le nom. Le directeur de la compagnie achetait les pièces aux auteurs et assurer l’organisation matérielle et artistique de la représentation. L’origine servile des acteurs Romains n’empêchait pas certains d’entre eux d’être des vedettes très recherchées, qu’on réclamait à travers tout l’Empire. On sait aussi que l’impératrice Domitia a succombé aux charmes d’un pantomime nommé Pâris, et que Messaline chercha à séduire un autre célèbre acteur, Mnester, qui avait été le mignon de l’empereur Caligula. S’ils avaient les faveurs du public, les comédiens pouvaient donc s’enrichir et occuper une place enviable dans la société. 289.jpg

289b.jpg Ces masques, hérités des Grecs et devenus chez les Romains de plus en plus caricaturaux, exprimaient fortement les émotions du personnage. Parfois pathétique, ou bien terrifiant,290.gif quelquefois biface, il symbolisait les comportements : les grandes oreilles indiquent la méchanceté, la pâleur désigne un débauché, tandis que l’amoureux avait les joues rouges… Certains de ces masques, fait en toile durcie, comportait une cavité qui déformait la voix, tandis que d’autres, réalisé dans une matière souple comme la peau, épousaient les volumes du visage de l’acteur. La démarche des acteurs n’était pas non plus naturelle. Ils étaient chaussés de socques qui élevaient leur taille lors des comédies. Pour les tragédies, il portait des cothurnes, chaussures à semelles si épaisses qu’elles en devenaient de véritables échasses.

 

 

Sources : Orange/Vaison-la-Romaine - Les Voyages d'Alix éd. Casterman _ La vie privée des anciens, René Ménard Gallica.bnf.fr

Cet article est dédié à mon amie Barbara

Par Lutece - Publié dans : La Gaule Romaine - Communauté : L'HISTOIRE DE FRANCE
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Lundi 20 mai 2013 1 20 /05 /Mai /2013 08:01

Repéré grâce à une photographie aérienne de 1989, le site du Quiou a été acquis par leP1030016.JPG conseil général des Côtes d'Armor au titre des espaces naturels sensibles, ce qui a permis d’en programmer la fouille.

La villa gallo-romaine du Quilliou est un ensemble bâti : thermes, habitat et entrepôts agricoles, se côtoient sur une surface d’un hectare et demi environ. Après la conquête romaine, en 51 avant notre ère, la romanisation s’implante et de grandes fermes s’installent sur le territoire gaulois.

Les fouilles mises au jour ont permis de dater la villa : la première occupation remonte à la période augustinienne (début du premier siècle de notre ère). Cette occupation constitue l’établissement rural de type « romain » le plus anciens actuellement connus en Armorique.

Associé à deux autres villae repérées à moins de 5 km (commune de Plouasne et de Tréfumel), cette occupation « atypique » particulièrement précoce et dense pourrait être due à l’exploitation du calcaire et la fabrication de la chaux indispensable à la construction des édifices romains. Les études montrent que le calcaire utilisé pour la construction de la cité de Corseul (capitale de cité des Coriosolites) et du sanctuaire du haut Bécherel provient du bassin du Quiou.

La villa du Quiou servait de résidence secondaire à une famille de notables. Ces propriétaires demeuraient en zone urbaine (probablement à Corseul) durant la majeure partie de l’année et percevait le produit de l’exploitation agricole alentour, assurée par des domestiques et des esclaves.P1030018.JPG

Le bâtiment principal est installé sous une plate-forme préalablement nivelée et terrassée. Il mesure 40 m de large x 56 m de long. Trois ailes encadrent cette cour de 600 m² divisés en deux. À l’est se trouve l’accès à la cour, et les deux galeries de façade permettaient d’accéder aux galeries des ailes nord et sud. La partie résidentielle, organisé autour d’une grande pièce d’apparat, se trouve à l’ouest au fond de la seconde cour.

Un talus d’environ 1 m de haut délimitait un glacis de 5 m de large contre le mur de l’aile sud. En contrebas du bâtiment principal, des fosses de plantation d’arbres orthonormées et axés sur les murs directeurs de la villa dessinent l’emplacement d’un verger sur au moins 75 m de long (nord/sud). Si la qualité de mobilier est encore faible pour dater les phases initiales de construction, c’est l’édifice thermal  ajouté dans le prolongement de l’aile nord qui permet d’avancer une date précoce soit le premier quart du Ier siècle de notre ère.

L’établissement thermal s’étend sur une superficie de 280 m² (15 m est/ouest x 18,5 m). Il est flanqué, peut-être dès l’origine, de deux galeries disposées de manière à allonger ses côtés sud et est. Constitué d’espaces d’accueil et d’agrément (vestibule, cours, vestiaire), de salles chauffées par un système d’hypocauste sur pilettes, il est doté d’une natatio de 24 m². Ces termes ont connu cinq remaniements principaux matérialisés par des modifications de plan (déplacement des bassins et des systèmes d’évacuation, ajout/abandon de salles) et des réfections (chaufferies et enduits, décors…). Après une phase de croissance architecturale inscrite dans le premier siècle de notre ère, l’on assiste à une lente diminution des surfaces bâties jusqu’à l’abandon des termes dans le courant de la seconde moitié du IIème siècle. P1030019.JPG

                                     Hypothèse de restitution de la villa


C’est au début du IIème siècle qu’un troisième bâtiment est ajouté contre l’aile sud du bâtiment principal. En partie restituée, il s’organise autour d’un espace central allongé (12,6 m x 4 m) bordée de deux couloirs-galeries (2,4 m de large) desservant chacun deux pièces (6x4 m chacune), dont une était chauffée par un hypocauste à pilettes. D’après sa morphologie, l’hypothèse d’une fonction mixte de magasin et de logement, mansio ou habitat du villicus, semble pouvoir être retenu.

La parcelle située au nord des thermes et du bâtiment thermal montre des constructions sur sablières et/ou poteaux, et un puits ; les évacuations (vers l’ouest) des eaux usées des deux bâtiments se présentent sous la forme de fossés successifs. Ces espaces techniques liés au fonctionnement des thermes et de la villa se trouvaient isolée.

La pars rustica de la villa, diagnostiquée lors de la campagne 2009 à la suite d’observations pédestre, s’étend sur près de 5 ha dans les parcelles situées à l’ouest et ce jusqu’au bourg actuel du Quiou, sous la forme de fosses, de trous de poteaux, de fours, de fossés et de radiers de sol.

Au IIIème siècle, l’aile nord du bâtiment principal comporte des aménagements liés auP1030034 chauffage. Un probable chemin bordé de deux fossés s’installe au sud du bâtiment III et l’ancien bâtiment thermal subit à cette période au moins un réaménagement à l’aide de structure porteuse boisée au niveau des anciennes pièces chauffées. Les niveaux de circulation de cette période ont été totalement arasés par les labours, ce qui rend l’appréciation de l’activité humaine difficilement estimable.

Pendant l’Antiquité tardive (IV-Vème siècle), de nombreuses fosses et des fosses-foyers sont implantées dans les cours intérieurs et extérieurs. Les foyers semblent disposés de préférence à l’emplacement des anciennes galeries de la villa (zone 2 et 3). Les fosses se présentent sous des formes diverses : fosses d’extraction « polylobées » et fosses-silos parfois de grande capacité. Après leur utilisation, elles sont remblayées à l’aide d’un sédiment généralement très charbonneux provenant de la vidange de foyers. Le respect des espaces couverts du bâtiment principal de la villa, permet de penser qu’ils sont encore occupés à cette époque.

Des fosses et un four contenant du mobilier carolingien et du bas Moyen Âge se situe dans l’axe d’entrée du bâtiment I et contre le bâtiment II (four).

 

Source : L'Archéologue N° 106

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Mercredi 15 mai 2013 3 15 /05 /Mai /2013 19:21

Un personnel varié vivait de la navigation fluviale. Débardeurs, conducteurs de trains de bois flotté et haleurs appartenaient aux catégories les plus humbles. Les derniers surtout, qui s'attelaient aux cordages des bateaux et suaient sang et eau sur les mauvais sentiers doublant les voies d'eau. Il est à noter d'ailleurs qu'à l'époque gallo-romaine, seul les hommes tiraient les embarcations, du moins aucun document figuré représentant des animaux effectuant ce travail ne nous est-il encore parvenu. 283.jpg

La fonction exacte des utriclaires (utriclarii) demeure imprécise. Il devait fabriquer des outres utilisées non seulement pour transporter du vin et de l'huile mais aussi pour soutenir les radeaux. Si les utriclaires sont mentionnés dans les grands ports de Lyon, Arles et Narbonne, on les rencontre aussi à proximité de cours d'eau modestes où ils assuraient vraisemblablement un service purement local. À Cimiez, un patron de corporation d'utriclaires offre et dédie une statue de Mercure, affirmant ainsi son appartenance à la classe des notables.

Entrepreneurs de transports par radeaux et par bateaux à fond plat (rates), bateliers chargés de la conduite des embarcations et passeurs pour bacs, ressortissaient de la catégorie des ratiarii.

Les nautes, c'est à dire les bateliers, armateurs et entrepreneurs de navigation fluviale, jouaient un rôle prépondérant dans les relations commerciales en Gaule. Quand on sait que sous l'empereur Dioclétien (284-305), le transport par voie d'eau coûtait, selon la nature de la cargaison, cinq à dix fois moins cher que l'acheminement par la route, on mesure mieux toute la puissance de ces bateliers. Souvent investis de la charge de sévir augustal, les nautes s'enrichissent par le négoce. À Paris, sous le règne de Tibère (14-37), ils offrent un pilier «aux frais de la communauté».

Les inscriptions les mentionnant, particulièrement nombreuses à Lyon, attestent que la ville était bien le port fluvial majeur de toute la Gaule. À l'exception de Paris, les nautes s'affirment bateliers d'un fleuve ou d'une rivière bien précis. Ainsi sont connus les nautes de la Durance à Arles, les nautes de l'Ardèche - qui ont des places réservées à l'Amphitéâtre de Nîmes - les nautes de la Loire, de la Moselle, de l'Aar à Avenches, du Rhône et de la Saône à Lyon.

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Lundi 13 mai 2013 1 13 /05 /Mai /2013 08:13

IX. — DES TRANSPORTS EN COMMUN.

 

L’Empire romain, en dépit de ses habitudes administratives, et peut-être précisément à cause d’elles, ignora l’art d’expédier les affaires. Les régions diverses du monde méditerranéen avaient beau ne plus former qu’un seul État : le cours de la vie générale et le règlement des intérêts naturels souffraient de lenteurs incroyables, qu’aurait aisément évitées une autorité plus réfléchie, moins routinière, moins encombrée de bureaux, moins absorbée en la jouissance de ses propres droits.

 

Ce qui manquait à ces routes de mer, de rivière et de terre, c’était un système de transports en commun, pour les hommes et pour les marchandises, avec départs périodiques et prix convenus. Une pareille chose nous paraît fort simple[136], et on a le droit de s’étonner que la pensée n’en ait point surgi dans cet immense Empire, où les besoins et les richesses des hommes dépendaient à demi de voyages et de trafics, où un réseau de routes parfaites, contrôlées par une loi unique et souveraine, se prêtait à merveille à des mouvements réguliers d’échanges et de correspondances.

 

Les empereurs installèrent bien une poste à chevaux, avec cavalerie de relais, bêtes de renfort, voitures, postillons et courriers. Ce fut une administration fort compliquée, avant bureaux centraux dans les métropoles de provinces, et partout chefs de services et employés de tout rang. Mais l’usage de cette poste était réservé aux fonctionnaires et aux messagers du prince[137].

 

Les particuliers n’attendaient rien, sur les routes, que de leur initiative ou d’un hasard heureux. Il arrivait souvent que l’État devait faire comme eux, guetter une occasion pour transporter ses hommes : quand il s’agit d’envoyer à Rome saint Paul, qui en avait appelé282.jpg au tribunal de l’empereur, on profita du passage d’un navire alexandrin pour l’embarquer, lui et quelques codétenus, sous la garde d’un centurion[138]. Chacun s’ingéniait de son mieux pour organiser un voyage. Les plus riches trouvaient sans peine au départ voitures et chevaux, et des entreprises privées leur fournissaient en cours de route les relais utiles[139]. Les plus pauvres allaient à pied ou étaient pris en surcharge par un voiturier obligeant[140]. Beaucoup s’entendaient et louaient en commun les véhicules nécessaires[141]. Pour les marchandises, on procédait par groupages sur charrettes ou sur navires[142]. Pour les lettres, on s’en remettait à des complaisances, à moins qu’on ne pût se payer le luxe de messagers spéciaux ce qui était le cas des cités importantes, qui avaient leurs équipes de courriers[143].

 

L’existence de grandes confréries marchandes, de corporations de bateliers et de camionneurs, de puissantes maisons d’armement, remédiait dans une forte mesure au manque de services publics[144]. À Arles, les collèges des nautes de la mer[145] organisaient les échanges sur la Méditerranée ; à Lyon, ceux des nautes de la Saône et du Rhône se partageaient les transports sur les deux rivières ; les nautes parisiens de Lutèce s’occupaient de la Seine et sans doute aussi de ses affluents

 

Car ces différentes sociétés s’étaient réparti entre elles les grandes routes de la Gaule, routes de terre comme de rivières, de, façon à ne point se faire concurrence et à assurer plus rapidement, d’une province à l’autre, le transit des marchandises. Ce vocable de nautes n’indique en réalité qu’une partie de leur activité. Les nautes se chargeaient, le cas échéant, des transports par terre : ceux de la Saône, par exemple, avaient dans leurs attributions un service de charroi ou de portage par les seuils de la Bourgogne, entre les ports de la rivière et ceux de la Loire ou de la Seine.

 

Très riches, possédant des immeubles, des navires et des entrepôts, composées de noms connus et estimés, ces sociétés ou ces maisons offraient au commerce les garanties désirables d’exactitude et de sûreté. L’État et les villes leur accordaient certains privilèges. En échange, les administrations s’adressaient à elles pour le transport des matériaux ou des marchandises destinés aux services publics. Les nautes, à Lyon et à Arles, sont de vraies puissances, à peine inférieures aux corps municipaux, ce qui est aujourd’hui la situation des chambres de commerce à Lyon, à Bordeaux ou à Marseille ; et l’empereur Tibère lui-même ne dédaigna pas d’admettre un jour en sa présence les délégués des nautes de Paris[146]. Les routes de la Gaule avaient en eux, au-dessous de l’empereur, leurs maîtres locaux ; et telle fut l’importance de ces routes, l’activité de leur vie, que ces maîtres, patrons de rouliers ou armateurs de navires, devinrent, dans les villes et les campagnes, des manières de grands seigneurs. On leur dressait des statues, ils distribuaient des présents au peuple[147]. Ils étaient, en Occident, les images réduites de ces riches citoyens de Palmyre, chefs de caravanes au désert, qui firent en Orient figure et fonction de rois[148].

 

Camille Jullian - Histoire de la Gaule, Tome V


[136] Songeons que les Marseillais la connurent au temps des Croisades et qu’ils avaient imaginé de véritables paquebots à transporter les pèlerins en Terre Sainte, avec prix fixes et quatre classes de passagers (de La Roncière, Hist. de la marine française, 2e éd., I, 1909, p. 276 et s.).

[137] Peut-être aussi, sur autorisation, à des délégués des conseils provinciaux ou des sénats de cités.

[138] Actes, 27, 6 ; 28, 11. C’est surtout la flotte commerciale d’Alexandrie qui rendait ces services. Il devait y avoir un droit de réquisition de l’État.

[139] Cf. Marquardt, Privatleben, p. 148 ; Friedlænder, II, p. 36 et s.

[140] Supposé d’après ce qui s’est toujours fait.

[141] Supposé d’après les usages de l’ancienne France.

[142] Le groupage semble résulter de l’existence d’un collège lyonnais dit de negotiatores Cisalpini et Transalpini, lesquels devaient réunir des marchandises de toutes sortes pour divers clients ; C. I. L., XIII, 2029, V, 5911.

[143] Tabellarius coloniæ Sequanorum, C. I. L., V, 6887 ; tabellarius à Narbonne, XII, 4512 ; à Lyon, XIII, 1989 ; à Metz, XIII, 4313. II est possible que les plus riches familles aient eu leurs tabellarii : Labienus avait les siens pendant les campagnes des Gaules (Cicéron, Ad Quintum, III, 8). S. Cf. Hirschfeld, Verw., 2e éd., p. 200 et s.

[144] A Narbonne, il n’y a pas trace, jusqu’ici, de sociétés de navicularii maritimes, ce qui n’empêche pas les navicularii de Narbonne, Narbonenses, d’avoir en fait à Ostie leur lieu de réunion ou leur local d’affaires. De toutes manières, un navicularius de Narbonne n’en est pas moins un très grand personnage. Héron de Villefosse a montré (Deux armateurs, etc., dans Mém. Ant. Fr., 1914, LXXIV) que les Narbonnais P. Olitius Apollonius, navicularius (XII, 4400), et Sex. Fadius Secundus (XII, 4393), auxquels on élève des monuments, expédiaient à Rome des amphores d’huile marquées à leurs noms (XV, 3974-5, 3863-73), huile sans doute achetée par eux chez le producteur. Ils étaient donc à la fois négociants, expéditionnaires et armateurs. — Autres possibles, de Villefosse, ibid., p. 176 et s.

[145] Bien que la langue officielle réservât l’expression de nautæ pour les armateurs et patrons fluviaux, de navicularii pour les armateurs maritimes, je ne crois pas à la moindre différence de rang ou de condition entre les uns et les autres.

[146] Monument des nautæ Parisiaci, XIII, 3026.

[147] C. I. L., XIII, 1954, 1911 ; XII, 4406, 4393.

[148] Cf. Mommsen, Rœm. G., V, p. 428-9 et 434.

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Mardi 7 mai 2013 2 07 /05 /Mai /2013 09:02

La villa gallo-romaine de Loupian est un site archéologique se trouvant dans la commune de Loupian dans le département de l'Hérault, entre Montpellier et Béziers, au cœur de la Gallia Narbonensis.127 Originellement, une modeste ferme avait été bâtie à quelques kilomètres au sud de la Via Domitia, sur le versant regardant l'Étang de Thau et la colline de l'actuelle commune de Sète. La ferme a rapidement prospéré et s'est étendue.

Puis, pendant le Haut-Empire, aux premier et second siècles, la villa est devenue une grande résidence patricienne avec des thermes.


La principale activité agricole était la viticulture, pour laquelle a été construit un chai capable de contenir 1 500 hectolitres de vin stocké dans de grosses jarres (dolia), retrouvées sur place. À la même période fut construit un petit port au nord du bassin de Thau, destiné à l'exportation du vin. Les amphores qui contenaient le vin étaient fabriquées sur place, dans un atelier de potiers. Celles-ci étaient estampillées « M A F ».

Au Ve siècle, la villa fut complètement rebâtie et se transforma en une résidence somptueuse dont le sol était couvert de mosaïques.

 

Visitez le superbe site web consacré à la Villa de Loupian en Languedoc sur : www.villa.culture.fr

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