La première pandémie de peste dans le monde occidental se développa au VIe siècle de notre ère sous le règne de Justinien, empereur de Byzance. La peste fut décrite avec précision par deux auteurs byzantins : Evragne d’Epiphanie, historien ecclésiastique qui nous a laissé une Histoire ecclésiastique en six livres, qui s’étend de 431 à 593 ; et Procope, historien grec mort en 562, qui a écrit une histoire en huit livres et qui fut le secrétaire du général Bélisaire et préfet de Constantinople. Mais on trouve aussi des descriptions chez Agathias, dont les histoires rapportent dix ans de malheurs survenus pendant le règne de Justinien, et chez Paul Diacre, auteur latin contemporain. La peste débuta en l’an 541 de notre ère. Elle fut qualifiée par tous ces auteurs de peste inguinaire ou glandulaire, ce qui permet de savoir avec certitude qu’il s’agissait de la peste bubonique (point qui a été récemment confirmé par des études de l’ADN bactérien).
Selon Evagre, la peste débuta en Ethiopie, se répandit en Egypte, puis en Palestine, en Syrie, à Constantinople, qu’elle
atteignit en 542, durant la quinzième année du règne de
Justinien.
Parallèlement, prenant les caractéristiques d’une pandémie, elle se développa non seulement vers l’est (la Perse), mais aussi vers l’ouest, en Illyrie, et elle atteignit Marseille en 543. De là
elle suivit les grandes voies de communication, la vallée du Rhône et de la Saône, Dijon, Trèves, la vallée de la Loire (elle sera mentionnée par Grégoire de Tours), et s’étendit aussi vers le
nord de la France et de l’Espagne méditerranéenne. Elle sévit en une dizaine de vagues épidémiques durant cinquante-deux ans. Le chevalier de Jaucourt dans son article sur la peste d’Orient dans
l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, a compilé les modes de contamination aléatoires de cette épidémie : « Plusieurs moururent pour être seulement entrés dans des maisons
infectées ; d’autres pour avoir légèrement touché des malades et d’autres sans autres contaminations prenoient le mal dans les campagnes et les places publiques. Quelques-uns s’en
préservèrent en fuyant les villes pestiférées, et ne laissèrent pas de communiquer la peste. Quelques autres demeurèrent au milieu des malades, sans crainte et sans y trouver la mort, et même
sans accident. »
Procope décrit le même chemin de l’épidémie en la faisant partir de Péluse en Egypte en 541, touchant Alexandrie, Antioche et
la Syrie, puis Constantinople en 542, où il observa
l’épidémie. Il
décrivit la peste de façon si précise que le chevalier de Jaucourt, comme Gibbon dans l’Histoire du déclin et de la chute de l’Empire romain, nous dit : « Procope nous a donné la
description de cette maladie, avec autant d’art que d’exactitude, et aussi bien que s’il avoit été médecin de profession. » Il décrit les fortes fièvres, le délire ou la prostration, les
vomissements et les hémorragies digestives, et « cependant ils étaient emportés par un bubon qui se formoit, tantôt plus tôt, tantôt plus tard, ou à l’aine ou à l’aisselle, ou sous
l’oreille, ou en d’autres parties du corps. » Il y eut jusqu’à 10 000 morts par jour à Constantinople, et Procope décrit la décomposition sociale qui accompagna toujours les
grandes épidémies de peste : « Les domestiques n’avaient plus de maîtres et les personnes riches n’avaient point de domestiques pour les servir. Dans cette ville affligée, on voyait que
maisons vides, et que magasins et boutiques qu’on n’ouvrait plus ; tout commerce pour la subsistance même était anéanti. » L’empereur Justinien, lui-même, fut atteint par la peste et
survécut. Il chargea son référendaire Théodore de « tirer du trésor l’argent nécessaire pour distribuer à ceux qui étoient dans le besoin ». Il fallut creuser des fosses profondes dans
les fossés des remparts pour enterrer les cadavres des pesteux abandonnés dans les rues.
Cette peste toucha sévèrement plusieurs régions de la Gaule, comme le rapporte Grégoire de Tours dans son Histoire des Francs.
La peste arrive à Marseille :
Un navire venant d’Espagne, avec son chargement habituel, avait abordé au port de cette ville en apportant malheureusement le germe de cette maladie. Beaucoup d’habitants y achetèrent diverses marchandises. […] Cette épidémie incendiaire ne s’étendit pas immédiatement à travers toutes les demeures, mais après s’être interrompue pendant un certain laps de temps elle se ralluma comme une flamme au milieu d’une moisson et embrasa toute la ville du feu de la maladie. […] Le fléau cessa complètement pendant deux mois et, tandis que la population rentrait dans la ville rassurée, la maladie sévit à nouveau et ceux qui étaient rentrés décédèrent. Puis à bien des reprises dans la suite la ville fut affligée de ce fléau mortel. (IX, 22.)
Saisissante description de la peste en Auvergne :
Quand survint le fléau lui-même, l’hécatombe de la population fut telle dans toute la région qu’on ne peut dénombrer toutes les légions qui t tombèrent. Comme les sarcophages et les cercueils faisaient défaut, on mettait en terre dix corps ou même plus que cela dans une même fosse. On dénombra un certain dimanche dans la seule basilique du bienheureux Pierre (à Clermont-Ferrand) trois cents cadavres. La mort elle-même était subite, car il se produisait à l’aine ou à l’aisselle une blessure à la manière d’une morsure de serpent et on était frappé à mort par ce poison en sorte qu’on rendait l’âme le lendemain ou le troisième jour. (IV, 31.)
Déjà à cette époque, l’évêque de Marseille, saint Théodore, s’enferma avec les moines de Saint-Victor dans leur abbaye
pendant la peste de 558. Si la description clinique de la maladie par les auteurs du temps affirmait déjà le diagnostic de peste inguinaire ou glandulaire, une preuve scientifique formelle a été
récemment apportée : on a, en effet, identifié l’ADN du bacille de la peste dans les dents de squelettes du VIe siècle d’un cimetière de Sens. Le premier hôpital créé en France remonte à
550, à Clermont : c’est sans doute une conséquence de l’épidémie de peste.
Les conséquences religieuses de la peste de Justinien
Les fidèles, durement éprouvés et terrorisés par l’ampleur du fléau, cherchèrent un refuge dans l’Eglise. Après la mort par la « peste inguinaire » du pape Pélage II le 7 février 590, le moine Grégoire fut élu sur le trône de Saint Pierre ; il prononça en avril de la même année un sermon qui nous est connu par Grégoire de Tours, qui résidait alors à Rome :
Il faut, très chers frères, que les fléaux de Dieu, dont nous devions redouter la venue, nous inspirent de la crainte, maintenant qu’ils sont présents et que nous les avons éprouvés. Que la douleur nous ouvre la voie de la conversion. […] Voici, en effet, que toute la population est frappée par le glaive de la colère céleste et que chacun en particulier est la victime de ce massacre imprévu. […] Que chacun de nous cherche un refuge dans les lamentations de la pénitence pendant qu’il a le temps de pleurer avant d’être frappé. (Histoire des Francs, X, 1.)
Le pape Grégoire Ier ordonna des litanies dans les églises, des célébrations de repentance, des grandes processions et des pèlerinages pour tenter de calmer la colère de Dieu que l’on croyait être à l’origine du fléau. Les processions publiques du clergé, suivi du peuple chantant des litanies, étaient un phénomène nouveau en Occident, ramené de Constantinople par Grégoire qui y avait été envoyé en mission diplomatique auprès de l’empereur.
Cette première pandémie de peste dura deux cent vingt ans, resurgit épisodiquement en une quinzaine de poussées jusqu’en 767, date où elle s’éteint, pour réapparaître en 1347. On remarque souvent une contamination portuaire, notamment à Marseille, Ravenne, Narbonne. Certaines poussées touchèrent toute la Méditerranée, d’autre seulement ses parties orientales ou occidentales. Les poussées de peste, recensées par Jean-Noël Biraben et Jacques Le Goff, réapparurent tous les dix ans (environ en 541, 558, 570, 580, 588, 600, 608, 618, 628, 640, 654, 684, 694, 718, 740, et 767, qui sera la dernière poussée de cette pandémie). Le foyer initial de contamination était sans doute l’Asie centrale, berceau potentiel de la peste. Elle ne toucha que les villes et les voies de communications, suivant les grandes voies du commerce international, épargnant habituellement les campagnes, mais paralysant le commerce international tant maritime que terrestre.
Source : Histoire de la Peste, Jean
Vitaux éd. Presses Universitaires de France
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par Jean Baptiste Bourguignon d'Anville et gravée par Antoine
Coquart (publiée en 1705). La documentation de présentation de ces timbres dit que les images de ce bloc nous rappellent celles des Bons Points Historiques que chacun de nous a pu recevoir enfant
à l'école et qui restent des éléments forts de la mémoire collective des Français.
Le dessin s'inspire d'un panneau en lave émaillée datée de 1875. Œuvre de Paul Balze, élève d'Ingres - qui constitue une partie du
décor d'un devant d'autel de l'église Notre-Dame de la Croix de Ménilmontant.


plus belles encore que l'histoire, la science
héraldique et les révélations nous enseignent: Charles V fixa définitivement à trois les fleurs de lys des armes de France qui souvent, étaient nombreuses et en semis. Il prit cette décision en
l'honneur et pour représenter les trois personnes de la Sainte Trinité.