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22 mai 2014 4 22 /05 /mai /2014 17:37

La toilette


Notre informateur est muet sur la fête même des fiançailles de la connaît suffisamment pour la raconter. La toilette de Willi d’abord.

Les cheveux sont encore un élément majeur de la parure féminine (ce sont les siècles futurs qui les camoufleront en les accusant d’attiser la concupiscence des mâles). Aux jours ordinaires, la chevelure dénouée de Willi se déploie, ample, sur ses épaules. Aujourd’hui, le rite impose la coiffure à six nattes nouées par un fil rouge. La couleur du0206.jpg mariage n’est pas le blanc comme aux temps modernes mais le rouge. Willi offre donc à ses invités un visage souriant entre des petites tresses blondes ceinturées par un galon brodé d’or, une vitta (elle prononce «houitta »). Ce serre-tête qui ressemble, en plus riche et en plus mince (moins d’un centimètre), à celui que porteront les joueuses de tennis des temps modernes est la coiffure caractéristique de la Mérovingienne. Si Willi suit la toute dernière mode, des boucles en or, triangle incrusté d’une verroterie, pendent à ses oreilles. La tunique de soie brodée de fils d’or est retenue à l’épaule par une petite fibule d’or ou d’airain doré avait haussé d’un grenat. Le col est ouvert sur le devant par une fente verticale. Un très long collier de perles de verre multicolore descend jusqu’à la ceinture. Le soleil fait chanter au poignet la dorure d’un fin bracelet de bronze moulé. Voilà pour le costume et la mode du VIème siècle. Place aux formalités des accordailles.

 

Le « libelle de dot »


la cérémonie doit être publique. Avec les fiancés, avec les parents, il y a ici un notaire. Et des invités qui seront les indispensables témoins. C’est une des grandes coutumes d’origine germanique donnée à la France moderne par les Mérovingiens (avec eux l’audience publique des tribunaux).

Le notaire a déjà couché sur un papyrus ce qu’il nomme le « libelle de dot » (libellus dotis) et il en donne lecture. Willi reçoit une donation de son futur mari. Nous touchons là un bel exemple de fusion des cultures : la « dote du mari » des Germains dont parle déjà Tacite et la « donation avant noces » des Romains se confonde peu à peu dès l’époque de Willi et Dagoulf. Dans cet acte, les témoins sont cités et toutes les clauses révélées. Nous possédons par chance une formule type de ce libelle. Il est bref, quelque cent soixante-dix mots, mais considérable par sa signification juridique. Grâce à ce texte, Willi échappe désormais au sort des concubines. Elle pourra prouver, le cas échéant, qu’elle est une épouse légitime.

Nous ne connaissons pas la dote reçue par Willi. Chez les gens riches du VIème siècle, le fiancé offre une terre, quelquefois une villa, une maison, un moulin, des esclaves ou un troupeau de bœufs, de porcs, de moutons ou de chevaux. Chez les gens modestes, c’est un vêtement. Le code Théodosien ordonnait de mettre par écrit tout ce que le futur mari voulait donner à sa fiancée avant le jour des noces, et naturellement Dagoulf s’y conforma. Cette dot est la propriété personnelle de Willi. La loi ripuaire qui s’applique aux Franks du Rhin spécifie que ces biens reçus par la fiancée « restent à perpétuité entre ses mains », qu’elle peut « en faire ce qu’elle veut, les consommer, les vendre, les échanger, les donner ». En clair, c’est le moyen de subsistance de la femme en cas de décès du mari.

Mais comment faisait donc une épouse pauvre quand sa famille n’avait pas eu les moyens de s’offrir un notaire et du papyrus, ce qui était tout de même le cas le plus banal ? Elle réunissait les témoins qui juraient sous serment qu’elle avait bien été unie légitimement grâce à une donation, qui n’était souvent pour elle que symbolique. Mais ce symbole était si important que le roi de Tolède, Recceswinthe, édictera, quelques décennies plus tard, au VIIème siècle, la loi : « sans dot, pas de mariage. »

À la lecture du libelle, le vrai nom de la jeune fille est apparu Willithéouta. Si le premier élément, Willi, est devenu Guille en français, comme dans Guillemette ou Guilloton, Willithéouta, forme rare qui signifiait « peuple-volonté », n’a pas fait souche. Les Franks avaient le génie de casser leur nom à deux éléments en ne conservant que le premier, et surtout ils adoraient s’appeler par de petits « nom de caresse », Bobo, Dodo, Gogo, Rago, Sata... Comme les Anglo-Saxons modernes qui préfèrent Bill, Bob, Dan, par William, Robert ou Daniel. Suivons la coutume du temps et laissons à notre parisienne son nom usuel de Willi. Qu’elle conservera même après son mariage, car la Mérovingienne (comme la romaine) ne renonce jamais à son nom.

Apparaît aussi l’âge de l’adolescente : treize ans. Là encore des modernes s’étonneront, n’est-ce pas un peu jeune ? Non pour l’époque. Douze ans, treize ans, ce n’est pas exceptionnel pour des fiançailles. On n’en a conclu que les filles étaient nubiles (nuptiabilis) plutôt qu’à l’époque moderne, que la croissance s’achevait plutôt qu’aujourd’hui.

Que se passera-t-il si Dagoulf veut casser les fiançailles ? Il devra verser une indemnité (dite « composition ») de soixante-deux sols d’or et demi. Dagoulf de cassa pas ses fiançailles.

 

Les cadeaux


Chez les Franks traditionalistes, on accompagnait la signature du « libelle de dot » d’un geste coutumier : on jetait un fétu de paille (ou plutôt une baguette) et l’on remettait un objet à la fiancée. Dagoult le Poitevin a sans aucun doute respecter une tradition gauloise en offrant à Willi une paire de chaussures (calciamenta) ou des chaussons fabriqués avec art, damasquinés et décorés par exemple de petites appliques en forme de croissant de lune. Un homme riche comme lui a pu ajouter des bijou. Nul doute que les invités ont reçu aussi des cadeaux, par exemple des friandises. Non pas des bonbons car, en ce temps, le sucre n’avait pas été inventé, mais des gâteaux au miel ou d’autres douceurs.

 

L’anneau de la promesse


Willi tend la main et Dagoulf passe à son doigt un anneau d’or (chez les pauvres, il est de fer). On le nomme annulus fidei, ce qui signifie à la fois anneau de la promesse, de la parole donnée, de la confiance et de la fidélité.

_ C’est le gage de l’union des cœurs, dit un contemporain de Dagoulf et Willi, l’érudit Isidore de Séville.

Que le moderne ne voit pas dans cet « anneau de la promesse » notre bague de fiançailles, il est l’équivalent de notre alliance. C’est la seule bague que reçoit la femme qui se marie. Elle est si importante que les Gotes qui habitent le futur Languedoc n’en portent jamais d’autres.

Remarquons qu’il n’y a pas eu d’échange. Seul Dagoulf a remis un anneau. Juridiquement, cela signifie : « Willi a bien reçu des arrhes. » C’est la confirmation visuelle qu’elle est engagée. Elle conservera jusqu’à la mort quelle que soit l’avenir, en cas même de divorce, de séparation, de répudiation. Si, par inconstance, il prenait au jeune homme l’envie de promettre le mariage à une autre femme, il tomberait sous le coup de la loi (chez les Lombards, de l’autre côté des Alpes, il en coûte beaucoup moins d’assassiner un homme et même deux -cent à deux cents sols par tête  - que d’abandonner une fille à qui on a remit l’anneau, quelle que soit la qualité de la fiancée. L’amende est colossale :cinq cents sols or).

C’est au IVème doigt de la main gauche que Willi et les Mérovingiennes de toute origine portent l’anneau de promesses. Pourquoi ? Parce que l’on était persuadées qu’une veine passait dans ce quatrième doigt et qu’elle montait directement au cœur. Isidore de Séville le prétend, à la suite de quelques écrivains de romains. Les modernes qui portent leur alliance à l’annulaire se doutent il est qu’ils obéissent à cette superstition antique ?

 

Source : Les Mérovingiennes, Roger-Xavier Lantéri  éd. Perrin

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