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23 juin 2010 3 23 /06 /juin /2010 15:07

 

  En 410, deux moines, Honorat et Caprais, de retour d'Orient, obtiennent l'autorisation de l'Évêque Saint Léonce de Forum Julii (Fréjus) de s'installer en ermite sur les îles de Lérins au large de Cannes, qui étaient alors isolées et infestées de serpents. 

  sthonorat

  Né dans l'aristocratie gallo-romaine, Honorat reçoit une éducation classique, cependant sa vocation religieuse se manifeste très tôt, en particulier son attirance pour la vie monastique. Ce renoncement au monde va entraîner l'hostilité de sa famille, surtout celle de son père qui voit s'effondrer tous les espoirs placés en son jeune et brillant fils. Malgré les efforts paternels pour l'en détourner, le jeune Honorat tient bon. À la vie confortable que lui promet son père, il préfère répondre à l'appel du Christ.

 

  Honorat se convertit probablement à l'âge de 15 ou 16 ans ainsi que son frère aîné, Venantius avec qui il entreprend quelques années plus tard, un voyage en Orient pour visiter les lieux saints de Palestine, de Syrie et d'Égypte. Ils embarquent ainsi à Marseille vers 368. Malheureusement Venantius meurt lors de ce périple. Et Honorat, malade après ce séjour malheureux, revient en Occident afin de poursuivre son ascèse[1] sous des cieux plus cléments.

  Après un bref séjour en Italie, où il noue des liens d'amitié avec les communautés chrétiennes du pays, il rentre à pied en Gaule du sud, accompagné de Caprais. Honorat séjourne un moment dans la cité militaire romaine de Fréjus. On vient de loin pour l'écouter. Cette célébrité lui devient pesante et pour finir intolérable. L'appel de la solitude se fait ressentir avec de plus en plus d'insistance. Toujours accompagné de Caprais, il s'installe d'abord comme ermite dans une grotte du Cap-Roux, perdue dans le désert odorant du massif de l’Estérel, où les deux hommes tentent de mettre en pratique les enseignements des Pères du désert. Mais bientôt, les visiteurs se font trop nombreux. Il faut partir à nouveau.

Ile-Saint-Honorat  Mais où ? A Lérins, bien sûr, sur la petite île qui ressemble à un désert. Honorat demande à un pêcheur d'Agay de les conduire sur l'île. C'est la stupeur et un concert de lamentations : l'île est petite, inhabitable, sans eau, remplie de serpents. Mais rien de tout cela ne fait peur à Honorat ni à Caprais. Finalement, il se trouve un pêcheur assez courageux, -- ou assez inconscient ! -- pour accepter de les conduire à Lérina. Personne ne croit qu'ils y resteront plus d'une journée. Honorat et Caprais bâtissent deux abris sommaires avec des pierres plates et des branchages, et ils reprennent la vie érémitique commencée au pic du Cap-Roux. Ainsi, peu à peu, dans l'absolue solitude de Lérins à peine troublée par le passage, de temps en temps, d'un pécheur qui apporte l'eau et quelques galettes de pain, offrande du petit peuple fidèle d'Agay, Honorat se prépare à la plus haute perfection, en compagnie de Caprais. Mais, comme il fallait s'y attendre, l'installation d'Honorat et de Caprais à Lérins provoque un grand mouvement de curiosité sur tout le littoral. Et au grand désappointement des deux solitaires, se produit le contraire de ce qu'ils avaient espéré : de plus en plus nombreuse la foule réapparait devant leur ermitage. Certains, parmi cette foule, touchés par l'exemple des deux moines, se construisent un abri sur le rocher, quémandant humblement chaque jour un conseil pour se livrer à leur tour aux mortifications corporelles et à la purification de l'esprit, prélude au grand voyage vers les immensités intérieures où les happait l'irrésistible appel de Dieu.

  Après avoir longuement prié, Honorat demande conseil à l'évêque Léonce, et il se décide entre 400 et 410, avec quelques compagnons à fonder le deuxième monastère chrétien de Gaule romaine sur la plus petite des îles de Lérins.

 saint-honorat

 

  Avant l'arrivée des moines, les marins redoutaient d'accoster sur cette île en cas de tempête, tant elle était sauvage et inhospitalière. Après qu'Honorat s'y fut installé, beaucoup firent le détour pour recevoir son hospitalité ! Honorat avait un don très particulier, il lisait dans la vie et le cœur de ceux qui venaient à lui, comprenait tout de suite leurs peines, leurs joies, leurs préocupations.

    À cette époque, les relations entre les hommes étaient brutales et violentes. La vie (surtout celle des esclaves et des femmes) n'avait pas beaucoup de valeur... Le christianisme apporta du neuf dans les rapports humains : l'attention aux autres, le respect, la tendresse, la solidarité. Ce dont témoignait Honorat avec ceux qu'il rencontrait. Son biographe et ami, saint Hilaire, disait de lui qu'il «changeait les fauves en hommes».
 
Au monastère, Honorat met tout en œuvre pour faire avancer ses disciples dans les voies de la perfection. En 420, Maewyn Succat (futur Saint Patrick) vient à l'abbaye de Lérins pour étudier la théologie. Il reste deux années, puis retourne en Irlande évangéliser et construire des églises, des monastères et des écoles. 
  La renommée d'Honorat est grande, et à la mort de l'évêque d'Arles, devenue en 395, capitale des Gaules et de l'Empire, il va devoir quitter son île pour être, contre son gré, placé sur le siège épiscopal d'Arles. N'ayant pas été consulté, il refuse d'abord ce siège épiscopal. De plus, l'abbaye de Lérinsn'est pas du tout décidée à laisser partir son Abbé.

  Alerté de cette nomination, le pape, Célestin 1er écrira en 428 à tous les évêques du sud-est de la Gaule pour leur demander qu'à l'avenir « un prêtre ne soit élu, venant d'une autre Eglise, que dans le cas où aucun clerc de l'Eglise à pourvoir ne serait jugé digne, ce que nous croyons, ne pouvoir se produire. Il faut réprouverle fait de préférer ceux des Eglises étrangères, ne pas faire appel à des étrangers de peur que l'on ne paraisse avoir établi une sorte de nouveau collège d'où seraient tirés les évêques. »

  Honorat se sait malade et en sursis. Mais il renonce à finir sa vie dans la paix de son île, et se jette dans ce guêpier politico-socio-religieux de la métropole d'Arles, car il y aperçoit finalement la volonté de Dieu de l'y voir rétablir la concorde et l'amour fraternel.

  A son arrivée à Arles, Honorat trouve les caisses du trésor pleines de richesses amassées par ses prédécesseurs. Honorat n'hésite pas et redistribue toutes ces richesses aux donateurs, ne se réservant pour l'évêché « que ce qui devait suffire aux nécessités du ministère ».

   Honorat fait rapidement l'unanimité dans son diocèse. Mais le travail à accomplir est énorme. 

  Le 6 janvier 430, bien que faible, il se rend prêcher dans sa cathédrale. Mais à son retour, il doit s'aliter. À cette nouvelle, ses amis du diocèse d'Arles et de l'île de Lérins accourent à son chevet, Hilaire en tête, qui nous dit «Leur douleur lui était plus pénible que la sienne propre».

  Lorsqu'il entra en agonie, les corps constitués affluèrent, ainsi que le préfet en exercice et les anciens préfets, selon l'usage de l'époque. Le Saint ne manqua pas une si belle occasion de les chapitrer. Et, toujours grâce à Hilaire, nous possédons l'unique sermon qui ait été conservé d'Honorat :

  «voyez quelle fragile demeure nous habitons ! Si haut que nous montions, la mort nous en fera descendre. Vivez donc votre vie de telle façon que vous ne redoutiez pas le terme, et ce que nous appelons la mort, attendez-le comme un simple passage». Puis, après les avoir menacés de l'enfer, il rappela ce que fut sa règle monastique. «Il faut que l'esprit reconnaisse sa nature supérieure et livre combat aux vices charnels. Ce n'est qu'à ce prix qu'il conservera l'une et l'autre substance sans tache pour la paix éternelle». Enfin, il lança un suprême avertissement concernant tous les moines de l'avenir : «Que nul parmi vous ne soit prisonnier de l'amour excessif dit monde. Que personne ne s'abandonne aux richesses». Et il répétera avant de s'endormir dans la paix de la mort : «Que nul ne soit l'esclave de l'argent, que nul ne se laisse corrompre par la vaine apparence des biens terrestres. C'est un crime de faire un instrument de perdition de ce qui pourrait vous servir à acheter le salut, et de rendre esclave au moyen de ce qui pourrait vous reconquérir la liberté».

  Seize siècles nous séparent de l’arrivée de saint Honorat sur l’île qui porte aujourd’hui son nom. Pendant toute cette période, la vie monastique a été menée à Lérins de façon presque ininterrompue jusqu’à nos jours. L’’île  qui accueillit saint Loup de Troyes, saint Eucher de Lyon ou saint Césaire d'Arles, appartient aujourd’hui aux moines de la Congrégation cistercienne de l’Immaculée Conception de Sénanque.

 

  [1] Discipline, ensemble d'exercices auxquels s'astreint une personne pour son perfectionnement spirituel

 

Ouvrage de référence  :

  1. M. Labrousse, Saint Honorat, fondateur de Lérins et évêque d’Arles. Étude et traduction de textes d’Hilaire d’Arles, Fauste de Riez et Césaire d’Arles, (Vie monastique 31), Bellefontaine, 1995.

Conférence de Mireille Labrousse du 24 avril 2008 – Église de Puyricard :

Pages: 1 2 3 4 5 6 7 8 9

 

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