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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 08:00

Dans son ouvrage "Géographie", le géographe grec Stabon, né en 58 avant Jésus Christ et mort entre 21 et 25 après J.C., nous parle de Massilia. Strabon semble ne pas avoir connu la Gaule. Pour sa Géographie, il s'est souvent servi d'ouvrages anciens, parfois peut-être périmés.l-Europe_de_Strabon.jpg

                                                    L'Europe de Strabon

 

Massilia est une création des Phocéens ; elle est située sur un sol pierreux; son port s'étend au-dessous d'un rocher en forme de théâtre, qui regarde le midi. Ce port est entouré de bonnes murailles, ainsi que la ville entière dont la grandeur est considérable. Dans la (ville) haute s'élèvent l'Ephésium et le temple d'Apollon Delphinien : ce dernier est commun à tous les Ioniens ; l'Ephésium est un sanctuaire dédié à Artémis d'Éphèse. Comme les Phocéens partaient de leur pays, un oracle, dit-on, leur fut donné, qui leur enjoignait de prendre pour guide la personne que leur aurait désignée Artémis d'Éphèse : s'étant donc rendus à Éphèse, ils s'enquirent des moyens d'obtenir de la déesse ce guide qui leur était imposé. Alors Aristarché, l'une des femmes les plus honorables du pays, vit en songe la déesse qui, debout près d'elle, lui ordonnait de partir avec les Phocéens en emportant quelque représentation des choses consacrées à son culte. Cela s'étant fait et la colonisation achevée, les Phocéens érigèrent le sanctuaire, et décernèrent à Aristarché des honneurs extraordinaires, en la proclamant prêtresse (d'Artémis). Dès lors dans les villes, colonies de Massilia, on rendit partout les premiers honneurs à la même déesse, et pour la disposition de la statue comme pour les autres usages sacrés, on se fit une loi d'observer les mêmes rites que dans la métropole.
Les Massaliotes ont un gouvernement aristocratique, et il n'y en a pas dont les lois soient meilleures : ils ont établi un conseil de six cents membres qui gardent cette dignité toute leur vie ; et qu'on appelle timuques. Ce conseil est présidé par quinze membres à qui est attribuée l'administration des affaires courantes : les Quinze sont à leur tour présidés par trois d'entre eux qui ont la plus grande puissance, sous la direction d'Un seul. Nul ne peut être Timuque[1] s'il n'a pas d'enfants, et si le titre de citoyen n'est pas dans sa famille depuis trois générations. Les lois sont celles de l’lonie : elles sont exposées en public. Le pays est planté d'oliviers et couvert de vignes, mais il est bien pauvre en blé, à cause de sa sécheresse : aussi, ayant plus de confiance dans la mer que dans la terre, les habitants ont-ils préféré les ressources que leur offrait la navigation. Plus tard cependant, grâce à leurs mâles vertus, ils purent s'emparer d'une partie des campagnes environnantes, avec l'aide de cette même puissance militaire qui leur avait servi à fonder des villes pour s'en faire des remparts.

Les unes, situées sur la frontière d'Ibérie, devaient les couvrir contre les incursions des Ibères, de ce même peuple à qui ils ont communiqué avec le temps les rites de leur culte national (le culte de Diane d'Ephèse), et que nous voyons aujourd'hui sacrifier à la façon même des Grecs ; les autres, telles que Rhodanusia[2] et Agathé[3], devaient les défendre contre les Barbares des bords du Rhône ; d'autres enfin, à savoir Tauroentium[4], Olbia[5], Antipolis[6] et Nicaea[7], devaient arrêter les Salyens et les Ligyens des Alpes.

Les Massaliotes, ont encore des abris pour les vaisseaux et des magasins d'armes : auparavant il y avait chez eux, en quantité et toujours prêts, des navires, des appareils, des machines pour armer les vaisseaux et assiéger les villes : ils avaient pu ainsi tenir tête aux Barbares et gagner l'amitié des Romains, en se mettant à même de leur rendre tant de services que ceux-ci aidèrent volontiers à l’accroissement de la puissance des Massaliotes.

Ainsi Sextius, celui qui défit les Salyens, ayant fondé non loin de Massilia une ville dont le nom, qui est le sien; rappelle aussi ces eaux chaudes devenues, dit-on, en partie froides, y établit une garnison romaine et chassa du littoral, à partir de Massilia jusqu'en Italie, les Barbares que les Massaliotes n'avaient pu en expulser tout à fait. Lui-même, n'obtint guère d'autre résultat que de refouler, les Barbares à douze stades de la mer dans les parties où les côtes sont abordables, et à huit seulement, là où elles sont abruptes.

Mais le terrain abandonné par les indigènes, il le livra aux Massaliotes. On voit encore, dans la ville où elles sont exposées, un grand nombre des dépouilles conquises par les habitants dans des batailles navales contre tous les rivaux qui leur disputaient injustement la mer.

C'est ainsi que jadis ils jouirent d'une prospérité extraordinaire à tous égards, et, particulièrement en ce qu'ils gagnèrent l'amitié des Romains, dont on pourrait trouver maintes preuves : ainsi, il y a sur l'Aventin une statue d'Artémis qu'y érigèrent les Romains, et elle est disposée comme celle qui est chez les Massaliotes. Mais au temps, de la lutte de Pompée contre César, ce peuple, s'étant attaché au parti qui fut vaincu, perdit la plus grande part de sa prospérité.

Pourtant il reste encore chez lui des traces de ses anciens goûts, particulièrement pour la construction des machines et pour les armements maritimes. Mais comme les Barbares du haut pays d'alentour s'apprivoisent sans cesse, et, grâce à la domination romaine, ont déjà abandonné la guerre pour la vie civile et l'agriculture, l'application aux travaux dont nous parlons ne saurait plus être aussi grande chez les Massaliotes, on le voit bien à l'esprit qui aujourd'hui y règne : tous les gens distingués s'y portent vers l'éloquence et la philosophie, si bien que leur ville, qui depuis peu était devenue une école ouverte aux Barbares, et avait rendu les Galates philhellènes au point de rédiger leurs contrats en langue hellénique, a présentement persuadé aux plus illustres des Romains de renoncer au voyage d'Athènes et de venir à Massilia pour l'amour de l'étude. Les voyant agir ainsi, et d'ailleurs résignés à la paix ; les Galates consacrent avec plaisir leur temps à de pareils genres de vie, et ce n'est pas là un caprice individuel, mais le goût public.

Aussi font-ils bon accueil à nos sophistes qui, comme les médecins, reçoivent chez eux un riche salaire soit des particuliers, soit des villes. Mais'il y a toujours dans les habitudes des Massaliotes de la simplicité et de la modestie, et l'usage que voici n'est pas la moindre preuve que l'on en pourrait donner : la plus grosse dot est chez eux de cent pièces d'or, plus cinq pièces pour les vêtements et cinq autres pour les parures d'orfèvrerie : on ne permet pas davantage. César et les princes qui sont venus après lui, en souvenir de l'amitié des Romains pour Massilia, ont apprécié avec mesure les fautes commises durant la guerre, et ont conservé à cette ville l'autonomie dont elle avait joui dès l'origine. Ainsi elle n'obéit pas, non plus que les peuples qui sont sous son obéissance, aux préfets envoyés dans la province.

Voilà ce qu'on peut dire au sujet de Massilia.

 

[1] Sénateur.

[2] Important poste grec situé près de l'embouchure du Rhône, probablement localisé au niveau des lieux-dit l'Argentière et Espeyran sur la commune de Saint-Gilles (Gard). Arbre-celtique.com

[3] Important comptoir massaliote établi entre l'embouchure de l'Hérault et le bassin de Thau, à proximité immédiate de Béziers. Arbre-celtique.com

[4] Saint Cyr sur Mer _ Var

[5] Hyères _ Var

[6] Antibes _ Alpes-Maritimes

[7] Nice _ Alpes-Maritimes

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Published by Lutece - dans La Gaule Romaine
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Jean-Marie 27/11/2012 05:34

Strabon en Gaule : le premier guide touristique, l'ancêtre du Petit Futé !!! Cet ouvrage est passionnant.

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