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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 17:46

V. LE CHARROI.

 

La route portait encore plus de marchandises que d’hommes. Je ne sais si le charroi fut jamais aussi actif en Gaule que dans les temps des premiers empereurs.

 

Qu’on songe aux convois de lourds matériaux qui se dirigeaient vers les villes à construire. Pierres à bâtir, dont certains blocs, comme aux Arènes de Nîmes, pèsent jusqu’à huit tonnes[68] ; énormes bois de charpente, pour tenir les échafaudages[69] ; masses de marbres bruts, destinées au débit sur chantier ; chargements de briques, de moellons, de chaux et de sable ; bronzes pour la fonte des statues, saumons* de plomb pour les conduites d’eau : on comprend que pour supporter de tels poids, il ait fallu d’abord des routes dures et solides comme le rocher[70].

 

Puis ce fut, pour ne jamais s’arrêter sous l’Empire, le passage des messageries du commerce : charrettes chargées de tonneaux ou d’amphores, de sacs de blé, de ballots de draps, de caisses de conserves, de céramique, de quincaillerie ou de droguerie, de paniers de fruits ou de légumes, voitures closes pleines d’objets précieux[71], un roulage incessant circulait sur le robuste pavé des routes romaines.

 

Pour beaucoup d’habitants de la Gaule, ce charroi était l’origine de leurs richesses ou de leurs plaisirs ; par lui venait l’objet souhaité ou le bénéfice attendu. Les espérances que tant d’hommes ont mises autrefois dans le voilier parti vers les Indes occidentales, les Gaulois de l’époque romaine les mettaient sur les longues files de colliers qui s’acheminaient lentement vers leurs granges ou leurs magasins. Aussi, que de fois les marchands d’alors ont fait sculpter sur leurs tombeaux la charrette et son chargement, souvenir à demi symbolique de leur laborieuse fortune[72] !

 

Au milieu de ces lourds convois couraient les voitures plus légères des voyageurs, à cabriolet à deux roues pour les courses rapides[73], la vulgaire jardinière à capote de toile, inséparable du paysan aux jours de marchés[74], la voiture de voyage ou de poste à deux[75] ou à quatre roues[76] avec ses innombrables variétés d’attelage. Les Gaulois connaissaient d’ailleurs tous ces types de véhicules, ils n’apprirent rien des Romains en fait de carrosserie. Cela venait d’un très lointain passé et ira jusqu’à nos jours.P1010502

 

Puis, c’étaient toutes les espèces de bêtes de course ou de somme, plus nombreuses qu’elles ne furent jamais : chevaux de courriers[77] voyageant en poste ou de soldats ménageant les étapes, mulets chargés de sacs tombant de l’échine, ânes portant leurs deux paniers en équilibre. Ceux-ci, ânes et mulets, ne sont point toujours isolés : on les voit parfois groupés en longues files, qui s’allongent sur les sentiers des montagnes[78]. Le charretier, le muletier sont, en temps ordinaire, les vrais maîtres de la route[79].

 

Ajoutez enfin des transports d’objets extraordinaires ou formidables : les camions de victuailles destinées aux repas de Vitellius ; le service de table de l’empereur Galba ; les meubles que Caligula fait venir de Rome ou la trirème qu’il y expédie de Boulogne[80] ; et, dans leurs cages, les bêtes, ours, sangliers ou taureaux, destinées aux amphithéâtres. La route subvenait et participait à toutes les folies de l’Empire, princières et populaires ; elle était le monstrueux couloir qui les laissait passer.

 

* type de lingot de métal

 

Camille Jullian - Histoire de la Gaule, Tome V

 

[68] 8000 kilogr. ; Bazin, Nîmes gallo-romain, p. 102 ; les pierres de 2 à 3 mètres cubes y sont communément employées (Grangent, Descr., p. 65).

[69] Voyez à Bordeaux le bas-relief dit des dendrophores (Esp., n° 1096).

[70] Ne nutent sola, dit Stace, IV, 3, 45.

[71] Carpenta, Ammien, XV, 10, 4 ; etc. Très nombreuses figurations sur les monuments funéraires, et peut-être même est-ce la scène de la vie courante qui est le plus. représentée (Espérandieu, n° 4, tombe d’un mulio, 618, 857, 3175, 3232, 3521, 3522 ; VI, p. 419, monument d’Igel ; etc.) : ce sont d’ordinaire des chars de transport à quatre roues, attelés de deux chevaux, mulets ou même bœufs, le conducteur tantôt debout à côté, tantôt assis sur le devant. — Comme type particulier, chariot de vendange à forme évasée (Esp., n° 1766).

[72] Cf. note précédente.

[73] Peut-être Esp., n° 4043, 4044, 4083, 4157, 4207 ; id., VI, p. 451 (Igel) ; etc. : toutes celles-ci, d’ordinaire à deux chevaux ; quelques-unes aux coffres paraissant en osier tressé, rappellent nos paniers. Ce sont des variétés de cisium (cf. les deux notes suivantes). — La plupart de ces représentations doivent s’expliquer par une allusion à la vie du défunt, fermier ou petit propriétaire faisant ses courses.

[74] Voyez les voitures de transport légères à deux roues et un cheval, n° 4031, 4041, 4321, 2770 (celle-ci avec double capote) ; lit aussi on trouve la forme du panier.

[75] Autre variété de cisium : n° 4102, deux roues et quatre chevaux ; cisio trijugi, à trois chevaux (Ausone, Ép., 8, 6).

[76] Petorritum traîné par des mules rapides ; Ausone, Ép., 8, 5 : 14, 15-6. Cf. la reda des temps celtiques.

[77] Vel colaramn mannurn vel raptum tonga versadum (Ausone, Ép., 8, 7).

[78] Ce qui précède est supposé d’après l’ensemble des renseignements sur l’Empire ; cf. Dict. des Ant., Malus, p. 2020-1.

[79] On trouve la réplique du fait sur les tombes.

[80] L’obélisque d’Arles, 15 m. 26 de hauteur, a dû être transporté d’Égypte par eau.

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Published by Lutece - dans La Gaule Romaine
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