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16 septembre 2010 4 16 /09 /septembre /2010 13:36

  Chlodwigs taufe

                                               Le baptême de Clovis, d'après saint Gilles.

 

  Clovis a pris sa décision : il veut être chrétien, comme son épouse Clotilde, comme son ami Aurélien, comme Rémi, l'évêque de Reims qui est son conseiller depuis plusieurs années, et puis, surtout, comme une grande partie de ses sujets.

  Aussitôt son intention annoncée, Rémi vint à Soissons et entreprit de catéchiser le roi. La tache de l'évêque est considérable; outre la vie du Christ, c'est son message de paix, d'amour, de justice et d'espoir qu'il faut faire comprendre à ce roi guerrier. Comment lui expliquer que Jésus, tout puissant, se soit laisser crucifier sans combattre : «Ah ! Si j'avais été là avec mes hommes !» s'écrit-il ! Heureusement, Rémi est un bon catéchiste; il explique au Franc qu'il devait en être ainsi, qu'il fallait que s'accomplît l'œuvre de la Rédemption. Aux hommes maintenant de se montrer digne de Son sacrifice, et à Clovis, Lieutenant de Dieu, d'agir en son pouvoir pour protéger et servir l'Église du Christ.

  Le saint évêque de Reims sait bien qu'il sera difficile de brider la violence et l'impétuosité de  Clovis, mais s'il ne peut faire de lui un saint, au moins en fera-t-il un défenseur de la Foi.

 

  L'enseignement religieux de Clovis avance, Clotilde, elle aussi participe à l'instruction du roi qui est rejoint dans son projet de baptême par ses sœurs, Alboflède et Lantechilde.

  Une chose tracasse cependant le futur catholique : Si ses sujets gaulois et gallo-romains se réjouiront de sa conversion, qu'en sera-t-il des Francs ?

  Ces derniers justement s'interrogent, tous savent ce qui s'est passé à Tolbiac; c'est le dieu des chrétiens qui a évité une catastrophique défaite aux Francs. Depuis, les anciennes moqueries sur les chrétiens, ces faibles, ces vaincus, ces incapables, se font rares. En y réfléchissant bien, ils connaissent les uns et les autres, des Fédérés germains qui se sont convertis au catholicisme; ils ont dans leur entourage des gallo-romains ou des gaulois qui eux aussi ont embrassé la foi du Christ, or, ces gens-là sont leurs amis, leurs voisins et de valeureux guerriers. Alors quand Clovis explique son choix devant son peuple, il est écouté, compris et suivi. C'est presque trop facile, comme un deuxième miracle. Il ne reste donc plus qu'à organiser la cérémonie.

 

  Le baptême qui sera célébré à Reims, dans la magnifique cathédrale édifiée un siècle plus tôt par Nicaise, aura lieu le 25 décembre 496 jour symbolique qui correspondait jusqu'alors pour les peuples francs à la fête du solstice d'hiver et qui sera à l'avenir celui du jour de la naissance du Sauveur.

  Le jour venu, la ville est parée de tentures aux couleurs chatoyantes que Clotilde a choisi. La foule, nombreuse et enthousiaste est massée aux abords de la cathédrale attendant son roi. Celui-ci arrive à cheval, suivi de son épouse et de ses sœurs dans leurs litières, escorté de guerriers en armes. Clovis a revêtu ses plus beaux habits et est couvert de bijoux.

  Le cortège s'arrête. Autour, la joyeuse agitation qui régnait fait place au recueillement. Le roi s'approche du baptistère, trop étroit pour permettre aux curieux d'y pénétrer. Ce n'est qu'une pièce ronde et exigüe. Au centre, la piscine dans laquelle les catéchumènes doivent entrer. Il déboucle le ceinturon ouvragé qui soutient son épée de parade, cloisonnée d'émaux, puis dépose ses torques d'or, ses bracelets, ses fibules romaines, ses luxueux vêtements. Il ne reste que les colliers, insignes de la royauté germanique, et un magnifique bracelet q'un orfèvre, le jour de son érection sur le pavois, a scellé autour du poignet du prince de telle façon qu'il ne puisse ni le perdre ni le retirer. Rémi veut que le roi se dépouille de ce qui fait encore de lui un chef païen.

_ " Tes colliers seigneurs..."

bapteme clovis2  Plaque en ivoire. Le baptême de Clovis avec le mirale de la Sainte Ampoule. Musée de Picardie à Amiens.

 

  Les colliers rejoignent les torques et les vêtements sur le bord du bassin, puis Clovis descend les marches de pierre et s'enfonce dans l'eau sainte. Le baptême des adultes se pratiquait toujours par triple immersion, en l'honneur des trois personnes de la Trinité.

  Rémi pose sa main sur la tête du roi :

_ "Baisse la tête, fier Sicambre. Adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré !"

  Alors que par trois fois le roi plonge dans l'eau bénite, un cri de joie retenti dehors.

  Bapteme de clovis france

                                     Le baptême de Clovis - vitrail

 

  Clovis sort du baptistère. On lui tend alors les vêtements blancs que selon la coutume, il portera huit jours. C'est l'instant d'oindre le front du baptisé avec le saint chrême, un rite habituel, mais qui appliqué au roi se charge de symboles et d'une valeur plus haute. Seulement voilà, le clerc chargé d'apporter l'huile s'est fait surprendre par la foule. Il est bloqué à l'exterieur, et personne ne sait où il est. C'est un désastre, et un bien mauvais présage !

Hincmar dans "Vita Sancti Remigii" raconte :

  «Dès qu'on fut arrivé au baptistère, le clerc qui portait le chrême, séparé par la foule de l'officiant, ne put arriver à le rejoindre.

  Le saint chrême fit défaut.

  Le pontife alors lève au ciel ses yeux en larmes et supplie le Seigneur de le secourir en cette nécessite pressante.

  Soudain apparaît, voltigeant à porté de sa main, aux yeux ravis et étonnés de l'immense foule une blanche colombe tenant en son bec une ampoule d'huile sainte dont le parfum d'une inexprimable suavité embauma toute l'assistance.

  Dès que le prélat eu reçu l'ampoule, la colombe disparut !»

 

steampoulereliquairedecharlesx

                                     Reliquaire de la Sainte Ampoule

 

  C'est avec le saint chrême contenu dans cette ampoule, que seront sacrés tous nos rois[1]. Pour tous les croyants, cet événement est un signe extraordinaire : Comme au baptême du Christ, c'est le Saint Esprit qui par l'effet d'une grâce singulière apparut sous la forme d'une colombe et donna ce baume divin au pontife, assistant ainsi visiblement au sacre du premier des rois de France. Par cette action, Il marque d'un signe sacré de toute spéciale prédilection la monarchie française, consacrant ses rois, en imprimant sur leur front un caractère indélébile qui leur assure la primauté sur tous les autres souverains de la terre. Ainsi pour chaque sacre du Roi de France, Dieu a voulu non d'une huile terrestre, mais d'une huile céleste afin que celui-ci (tout comme le Christ) fut non pas fictivement mais très réellement et véritablement "l'oint" du Seigneur. Ce privilège unique était reconnu dans le monde entier. Dans toutes les cérémonies diplomatiques, en effet, l'ambassadeur du Roi de France avait le pas sur ceux de tous les autres souverains parce que son maître etait "sacré d'une huile apportée du ciel" ainsi que le reconnaît un décret de la République de Venise daté de 1558. Hommage universel rendu au miracle de la Sainte Ampoule et reconnaissance éclatante de la prééminence du Roi Très Chrétien sur tous les autres princes de la terre.

  C'était pour commémorer toutes ces merveilles que le peuple, à chaque sacre ou dans chaque grande réjouissance publique, criait :

  Noël ! Noël ! Vive le roi ! Noël ! Noël !

 

  Alboflède et Lantechilde ont suivi leur frère dans le bassin. Derrière, à la file, trois mille hommes attendent d'être baptisés. Encore ne s'agit-il que de l'élite franque, les Leudes, ces hommes qui sont les plus proches du prince, les meilleurs guerriers et les plus nobles. Ceux sur qui repose la fidélité de l'armée. Pour les autres, le temps ne manquera pas.

 

  La nouvelle du baptême se répandit à travers les Gaules.

  Lutèce, où Geneviève refusait d'ouvrir les portes de la ville à Clovis tant que celui-ci ne serait pas baptisé, allait pouvoir accueillir le roi des Francs et devenir la capitale de son royaume.

  Alaric et Gondebaud reçurent la nouvelle avec nettement moins d'entrain. Voilà que le rival le plus dangereux qu'ils aient eu se rangeait du côté des indigènes, rassemblant ainsi les sympathies populaires et, surtout, la redoutable puissance du clergé catholique.

 

 

 

[1] La sainte ampoule fut brisée en 1793 par le révolutionnaire Ruhl, mais Clausel de coussergues, dans son livre "Du sacre des Rois de France", mai 1825, p 127, raconte : «Un écclésiastique et un magistrat de cette ville qui, dans ces temps affreux craignirent de compromettre un grand nombre de gens de bien, s'ils enlevaient ce précieux vase, avaient eu le soin d'en retirer une partie du baume qu'il contenait. Partagé entre cet éclésiastique et ce magistrat, ce baume a été gardé religieusement. En 1819, les parcelles en ont été réunies dans le tombeau de saint Rémi, sous la garde du curé de Saint Rémi de Reims, et des preuves authentiques, constatées par un procès-verbal, lequel a été déposé au greffe du Tribunal de Reims, ne laissent aucun doute sur la fidèle conservation de ce précieux monument du sacre de Clovis».

 

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commentaires

Viviane Paris 17/09/2010 16:31


Excellent article, bien documenté, très intéressant et instructif. Très bien retranscrit on imagine très bien la scène. Bravo et merci.


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