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20 juillet 2011 3 20 /07 /juillet /2011 12:11

  Avant sa conquête par Jules César, autour de 50 av. J.-C., le sol normand ne présente aucune unité particulière, même si on oppose toujours, assez schématiquement, le nord et le sud de la Seine, c’est-à-dire, grossièrement, les Belges et les Celtes :

-  au nord, ce serait l’aire d’influence des Belges, souvent représentés comme des Germains celtisés. Les Belges, grands guerriers et militaires, pénètrent en Gaule au milieu du IIIe siècle av. J.-C. Cent ans plus tard, leur territoire s’étend de la Marne à la Seine, incluant les deux tribus installées au nord du fleuve : Véliocasses* (de Rouen à l’Oise) et Calètes (que Strabon cantonne au nord de l’embouchure de la Seine, soit dans l’actuel pays de Caux).

-  au sud de la Seine, en revanche, ce serait le territoire des Celtes, appartenant à une vaste aire culturelle qui dépasse largement les côtes de la Gaule pour atteindre jusqu’à l’Irlande.

Sept tribus se partagent ce territoire compris entre la Seine au nord et la rivière du Couesnon à l’ouest. Toutes ont été profondément marquées par les invasions celtes qui, dès l’époque du bronze et plus massivement à partir de - 900, sont parvenues jusqu’à l’ouest de l’Europe.

D’ouest en est, ces tribus sont :

            - les Abrincates (Avranchin)

            - les Unelles (Cotentin et îles)

            - les Bajocasses* (Bessin)

            - les Viducasses* (plaine de Caen)

            - les Esuvii (pays de Sées)

            - les Eburovices (région d’Evreux)

            - les Lexoves* (Lisieux).

 

Mais la Seine a-t-elle vraiment constitué une frontière aussi nette ?

Cette affirmation a été récemment réfutée par nombre d’archéologues : la frontière necarte gaulois-ad346 serait pas marquée par la Seine mais par la Bresle qui, bien plus au nord, sépare aujourd’hui la Haute-Normandie et la Picardie.

Aussi, plutôt que comme frontière, la Seine doit être pensée comme axe de communication, trait d’union entre des tribus qui, installées sur l’une et/ou l’autre, ont très tôt su la franchir (à l’inverse du Rhône ou du Rhin qui, eux, sont des « fleuves-barrières », selon l’expression de Fernand Braudel – L’identité de la France).

Ainsi, si une dizaine de tribus se répartissent un territoire où fleuves et rivières constituent certes des frontières naturelles mais peuvent aussi être d’importants axes de circulation internes (c’est le cas de la Seine, mais aussi de l’Orne), toutes sont très tôt liées par des réseaux économiques, commerciaux, culturels, tant entre elles qu’avec leurs voisins (Armorique et Bassin parisien).

 

  La Gaule et ses habitants


« L’ensemble de la Gaule est divisé en trois parties : l’une est habitée par les Belges, l’autre par les Aquitains, la troisième par le peuple qui, dans sa langue, se nomme Celte, et, dans la nôtre, Gaulois. Tous ces peuples diffèrent entre eux par le langage, les coutumes, les lois. Les Gaulois sont séparés des Aquitains par la Garonne, des Belges par la Marne et la Seine. […] La partie de la Gaule qu’occupent, comme nous l’avons dit, les Gaulois commence au Rhône, est bornée par la Garonne, l’Océan et la frontière de Belgique ; elle touche aussi au Rhin du côté des Séquanes et des Helvètes ; elle est orientée vers le nord. La Belgique commence où finit la Gaule. »

  César, Guerre des Gaules, I, 1.

 

  Une conquète difficile

 

  Le sud-est de la Gaule a été conquis à partir de 125 av. J.-C.

La Normandie fait partie de la deuxième grande vague de conquêtes, entreprises parviridorix Jules César à partir de 58 av. J.-C. dans toute la Gaule intérieure.

S’appuyant sur le Midi (la Transalpine) et sur certains peuples gaulois, César doit faire face à une résistance indigène qui, en Normandie, culmine en 57 dans la guerre opposant son légat Quintus Titurius Sabinus à Viridovix, chef des Unelles du Cotentin. Ce chef guerrier, qu’un historien a qualifié de « Vercingétorix avant la lettre », parvient à entraîner avec lui des recrues de tous les points de la Gaule, faisant du Cotentin un camp retranché qui ne cèdera aux envahisseurs que deux ans plus tard, vers 55. Un an plus tôt, la défaite des Vénètes, peuple le plus puissant d’Armorique, avait signé la conquête de la Bretagne.

 

  Opérations de Quintus Titurius en Normandie (56 av. J. C.)

 

« Pendant que le pays des Vénètes était le théâtre de ces événements, Quintus Titurius Sabinus, accompagné des troupes qu’il avait reçues de César, parvint sur le territoire des Unelles. À leur tête était Viridovix, et il tenait de plus, sous son éminente direction, tous ces peuples qui avaient quitté notre parti et qui lui avaient permis de ramasser une armée et des ressources considérables. Ajoutons que dans les tout récents jours, les Aulerques Eburovices et les Lexoviens, une fois leur sénat passé par les armes en raison de sa répugnance à entrer dans la guerre, fermèrent leurs portes et se joignirent à Viridovix. Importante en outre était la masse accourue de tous les horizons de la Gaule, gens dévoyés et larrons rassemblés, que le butin escompté et leur goût belliqueux avaient détourné de la culture du sol et de l’application quotidienne du travail. Sabinus, établi dans une position qui répondait à toutes les exigences, se cramponnait à son camp, pendant que Viridovix, en face de lui, à un intervalle de deux milles, avait arrêté la sienne, et, journellement, par des pointes offensives, offrait des amorces de combat, au point que déjà les ennemis n’étaient point seuls à éprouver pour Sabinus le mépris qu’il encourait, mais que nos soldats eux-mêmes ne se retenaient guère de le déchirer par leurs sarcasmes. Et telle fut la présomption de peur à laquelle il donna prise que l’approche des défenses du camp commençait à n’inspirer aucune crainte à l’ennemi. Cette manière d’agir de Titurius procédait de l’idée qu’en présence d’une si grande masse d’adversaires, et surtout en l’absence de l’homme qui assumait le commandement supérieur, à moins que le terrain ne s’y prêtât ou qu’une circonstance favorable ne fût offerte, ce n’était pas à un légat qu’il appartenait, selon lui, d’engager l’action.

Cette présomption de peur une fois confirmée, le légat porta son choix sur quelqu’un de capable et d’expérimenté : un Gaulois parmi ceux que, pour se procurer un appoint, il comptait dans ses rangs. À force de récompenses et de présents, il le persuade de passer à l'ennemi et lui explique ce qu'il veut qu'on fasse. À peine celui-ci s'est-il rendu, comme s'il était un transfuge, chez l'ennemi, qu'il fait un tableau de la frayeur romaine, donne des renseignements sur le poids des difficultés que les Vénètes causent à César ; la nuit suivante ne se passera pas sans que Sabinus, en secret, ne mène son

armée hors du camp et ne se rende auprès de César pour lui porter secours. À l'annonce de cette nouvelle, ce n'est qu'un cri : l'occasion d'un succès ne doit pas être perdue : marcher sur le camp s'impose. Bien des arguments invitaient les Gaulois à suivre ce projet : l'hésitation marquée par Sabinus les jours précédents, les assurances données par le transfuge, le défaut de nourriture, vis-à-vis duquel ils avaient mis trop peu de soins à se pourvoir, l'espace placé dans la lutte menée par les Vénètes, ainsi que le mouvement quasi spontané qui porte les hommes à assortir de créance l'objet de leurs vœux. Conduits par de tels motifs, ils n'entendent pas laisser Viridovix et les autres chefs s'échapper du conseil qu'ils n'aient consenti à ce qu'on prenne les armes et à ce qu'on marche sur le camp. Concession qui les enthousiasme, comme si la victoire était entre leurs mains : ayant rassemblé des fagots et des branchages (de quoi combler les fossés des Romains), ils se dirigent droit sur le camp. 

L'emplacement du camp était élevé et progressivement relevée la pente qui depuis le pied y accédait sur environ mille pas. C'est vers ce point que, d'un rapide élan, ils se portèrent ensemble, de manière à restreindre au maximum le délai laissé aux Romains pour se regrouper et s'armer, et c'est hors de souffle qu'ils se trouvèrent en arrivant. Sabinus, ayant stimulé les siens, comble leurs désirs en donnant le signal. Face à un ennemi encombré par les charges qu'il portait, brusquement, par deux portes, il donne l'ordre de la sortie. Le résultat de notre position avantageuse, de l'impéritie et de la fatigue chez l'ennemi, de la valeur de nos hommes et d'une pratique héritée des combats antérieurs, fut que notre premier choc suffit à les priver de résistance et qu'ils s'empressent de tourner le dos. De ces adversaires paralysés dans leurs mouvements, la vigueur intacte de nos soldats, lancés à leur poursuite, fit un grand carnage ; des survivants, les cavaliers lâchés à leurs trousses, laissèrent subsister un bien petit nombre, échappés en fuyards. Ainsi, dans le même temps, Sabinus et César furent informés, l'un de la victoire navale, l'autre de la victoire de Sabinus, et tous les peuples à la fois se remirent entre les mains de Titurius. »

César, Guerre des Gaules, III, 17-19.

 

 

Source : Dossier pédagogique du Musée de Normandie

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Published by Lutece - dans Les Gaulois
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commentaires

Jean-Marie LETIENNE 21/07/2011 07:51


Passionnant


Lutece 25/07/2011 11:26



Merci beaucoup. J'ai beaucoup aimé ton dernier article. J'aime bien le fait que tu fasses les photos toi-même, c'est très bien illustré.


A bientôt



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