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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 07:39

La mosaïque de Saint Romain en gal visible principalement au musée des antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye est un calendrier, illustrant la puissance et le pouvoir de Rome.

L’évocation des activités agricoles liées aux saisons et aux cultes religieux symbolise une image d’ordre, de stabilité, de prospérité, héritée d’Auguste, alors que de graves crises institutionnelles affaiblissent le pouvoir de Rome, laissant présager les futures invasions barbares.

Cependant, l’assimilation à l’empire romain n’est pas générale, car certaines spécificités décorant la mosaïque sont propres à la Gaule, nous replaçant dans un contexte régional.0159.jpg

 

Description


La mosaïque polychrome du calendrier a été découverte dans une domus, sur le site antique de Saint Romain en gal, dans le département du Rhône, en octobre 1891. Elle mesurait à l’origine de 8,86 × 4,48 m. Déposé en 1892, elle a été exposée au musée du Louvre jusqu’en 1935, puis au musée de Saint-Germain-en-Laye.

La mosaïque est constituée de quarante tableaux de 59 cm chacun, dont seuls vingt-sept0159b.jpg panneaux sont parvenus jusqu’à nous. Les parties endommagées ont été restaurées, mais les tableaux manquants ont été simplement comblés par du ciment gris. Un motif de tresses sépare chaque panneau, tandis que des motifs décoratifs de perles, de pirouettes et de rinceaux, forment les bordures.

À part quatre panneaux décorés de motifs végétaux et de petits visages, les autres contiennent tous une scène figurés, il s’organise autour de quatre panneaux centraux représentant les allégories des Saisons.

Le mosaïste viennois a choisi les représentations d’animaux les plus traditionnellement attachés à chaque saison, le lion et le taureau symbolise les signes du zodiaque correspondant à l’été et au printemps, le tigre monture traditionnel de Dionysos -Dieu de la vigne et du vin -symbolise l’automne, enfin le sanglier est attaché à l’hiver, puisque c’est la saison où l’on le chasse.

On remarque très rapidement des scènes agricoles familières comme les labours, les semailles ou la cuisson du pain...

Trois scènes sont plus difficiles à identifier, mais plusieurs éléments nous permettent de reconnaître des scènes religieuses : la présence d’une divinité sur une colonne, un autel sacrificiel, un homme vêtu d’une longue toge - dont un pan lui dévoile la tête signifiant qu’il est en prière - et une tour tombale.


Une idée d’ordre évoqué par la composition de la mosaïque


Les saisons, puissance bienfaisante, gage de félicité, sont la trame à l’intérieur de laquelle se déroulent les activités humaines, elles en sont l’arrière-plan constant est nécessaire.

La disposition de cette activité agricole pour chaque saison évoque une vision du monde harmonieuse. Les panneaux autour des saisons sont disposés selon différents axes, permettant aux convives de regarder les scènes depuis tous les côtés de la pièce. L’harmonie naît de la grande régularité de la composition et de la parfaite symétrie des scènes à deux personnages.

Les visages, dans les motifs végétaux, caractérise une nouvelle fois les saisons, accentuant l’ordonnance de la composition qui devait être symétrique ; malheureusement, la mosaïque0137 est incomplète.

L’ordre est précisé par l’évocation du temps, rythmé par le déroulement régulier des saisons. La scène du poissage des jarres à huile nous met en présence d’un gnomon, ou cadran solaire, qui évoque le solstice d’hiver, le 21 décembre. Le temps est exprimé précisément, et les textes antiques confirment la confection de huile en décembre.

 

Représentations gauloises et romaines symbolisant l’assimilation dans les scènes religieuses


les scènes religieuses montrent une cohabitation d’éléments Romain et gaulois. Ainsi, pour la représentation du sacrifice à une divinité, la scène semble romaine par les vêtements et les objets du rituel, mais la divinité qui brandit une torche et tient une roue est gauloise. Il s’agit de Taranis, dieu du ciel, de la foudre et du tonnerre, qui sera assimilé par les Romains à Jupiter.

Les Romains furent tolérants, pour les cultes des peuples conquis. Ils laissèrent les vaincus adorés leur Dieu, auquel, par une diplomatie religieuse, ils assimilèrent les leurs, de manière à permettre un culte commun aux divinités indigènes et aux divinités impériales. De cette tolérance naquit la paix religieuse.

Sur une scène endommagée, on aperçoit un édifice surmonté d’un toit pointu qui semble être une tour tombale d’un type très répandu en Gaule, comme le mausolée des Julii à Saint-Rémy-de-Provence.

Au premier plan, deux femmes, l’une assise, l’autre debout - très fragmentaires -, semble préparer soit le repas funèbre, soit des libations en l’honneur du défunt. C’est, selon Henri Stern, « la seule représentation d’une cérémonie des Parentalia ou fête des Morts, qui nous soient conservée ».

Cette iconographie paraît avoir pénétré l’art chrétien, comme on peut le remarquer sur un ivoire du Ve siècle, conservé au British Museum représentant les saintes Femmes au tombeau du Christ.0138.jpg

L’influence romaine et caractéristique dans la représentation des vêtements. Le costume de tous les personnages figurés sur la mosaïque et Romain : tunique, pagne, toge, sandales, à l’exception du cucullus gaulois (vêtements à capuche), porté, dans les panneaux, par les paysans chargés du transport du fumier et du tressage des paniers.

Dans le paysage rural Romains, les dieux habitaient partout, forêts, étangs… Tout travail de la terre requérait un appel aux dieux, si bien que l’exécution des grands travaux était toujours subordonnée à un acquiescement divin. La religion privée des Gallo-Romains manifestait un souci constant de respect envers les dieux, développant un sens du devoir envers la famille et l’empire.

La notion d’ordre qui apparaît au travers de la mosaïque - ordre sur le domaine, avec les scènes agricoles ; ordre cosmique, avec les saisons ; ordre spirituel, avec les scènes religieuses - est traduite par une composition harmonieuse, par une recherche de l’équilibre et de la symétrie. Ces panneaux relèvent une structure d’esprit particulier et illustre l’ordre et l’unification. Pourquoi insister tellement sur cette notion d’ordre, de stabilité ? Peut-être est-ce pour « conjurer le sort » face au danger les menaces d’invasions barbares. Cette mosaïque semble être plus qu’un calendrier agricole, elle est le reflet d’une civilisation complexe rassemblant un héritage ancien (gréco-romain) et indigènes (gaulois).

 

Source : article de Véronique Vassal Histoire Antique N° 39

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Published by Lutece - dans La Gaule Romaine
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commentaires

Alain Garric 22/11/2013 21:35

Pardonnez ma réaction (et vous pouvez toujours vous faire rembourser par Amazon), mais je vous assure amicalement que si vous voulez savoir de quoi vous parlez en vérité, vous devriez jeter un oeil
sur ce texte (sans "extra-terrestres" en relation avec Alésia). Bonsoir.

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