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23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 18:15

  Grégoire de Tours, sans qui on ne saurait pratiquement rien du  VIe siècle, témoigne de l'importance de la chevelure chez les rois francs. Assistant à l'exhumation de Clovis, décédé soixante-dix ans plus tôt, il reconnaît à la longueur de ses cheveux que c'était Clovis. Il ajoute que seule une part de ses cheveux, celle qui était sur la nuque, avait été rasée; le reste était intact, avec toutes les mèches. Il indique aussi que la chevelure royale est un point de ralliement. Ainsi, lorsque Bertoald, duc des Saxons, veut démoraliser les troupes franques, il annonce au cœur d'une bataille la fausse nouvelle de la mort de Clotaire. Le roi a une réplique  immédiate. En silence, il se montre à ses troupes et ôte simplement son casque : sa longue chevelure blonde le fait reconnaître de ses soldats, même de ceux qui ne l'ont jamais vu.
  Son frère Clodomir se fait lui aussi reconnaître par sa chevelure, mais par ses ennemis cette fois. Tombé à terre lors de la bataille de Vézeronce, les Burgondes, le prenant d'abord pour un noble, surent de qui il s'agissait lorsque son casque roula de sa tête et que se mit à flotter librement une abondante chevelure blonde. Clodomir fut mis à mort promptement.

  Chez les Francs, seuls les princes de sang royal portent les cheveux longs, ce qui leurClodion-le-chevelu-roi-merovingien vaut le surnom de rois chevelus. Dès le début de l'époque mérovingienne, dans la région de Thuringe, sur les bords du Rhin, il était de coutume que chaque bourg ou ville se choisisse un roi à longue chevelure pris dans la plus noble de leurs familles. Mérovée lui même, qui donna son nom à la première dynastie des rois francs, était le fils présumé de Chlodion " le chevelu. Ce signe extérieur de royauté sera respecté par les souverains qui se succédèrent durant cette période de l'histoire. Les conséquences furent bien souvent néfastes pour les futurs héritiers au trône. 

Le roi Clotaire Ier eut un fils nommé Gondovald qui dût partir en exil pour échapper à la mort. En l'an 577, il revint. " Une longue chevelure, selon l'usage de ceux qui sont de la race des rois francs, tombait sur ses épaules " dit le chroniqueur de l'époque. Gondovald se présenta auprès de son oncle Childebert 1er sans que rien de fâcheux ne lui arriva. Le géniteur, Clotaire, demanda à voir son enfant, mais avec de sombres desseins. Il lui fit aussitôt couper les cheveux, niant ainsi publiquement que le garçon était de lui. 

  À la mort de Clotaire, l'enfant fut accueilli à Paris; mais Sigebert (535-575}, autre fils du roi Clotaire, le fit capturer et livrer afin de lui couper de nouveau les cheveux et l'évincer ainsi du trône. Puis il l'envoya en exil dans la ville de Cologne. Mais Gondovald s'échappa et fuit en Italie en attendant des jours meilleurs, laissant croître sa chevelure. 

  Quelques années plus tard, il revint en France à la tête d'une armée. Cependant, il se fit sans cesse railler par les soldats ennemis qui lui criaient: " N'es-tu pas celui qui a été tant de fois exilé et privé de sa chevelure par les rois francs ? ".

  Afin de s’emparer du royaume de leur frère Clodomir, défunt, Clotaire et Childebert s’emparèrent de ses héritiers. Les deux plus grands (Théodebald et Gunther) âgés de 10 et 7 ans furent assassinés par leurs oncles. Le plus jeune Clodoald échappa au massacre, bien des années plus tard, il se fit tondre pour signifier qu’il renonçait à la royauté et devint abbé. Le sort réservé aux fils aînés de Clodomir paraît aujourd’hui bien cruel, cependant, était-il acceptable à l’époque mérovingienne, lorsque l’on était prince de sang, de se faire tondre le crâne ? Existait-il pire infamie ? Ne valait-il pas mieux mourir ?

 

  La loi salique punit sévèrement l'audacieux qui empoigne la chevelure d'un Franc, menaçant d'abîmer la chevelure ou d'en arracher des mèches. Un homme privé de ses cheveux est considéré comme un mutilé. Car si les cheveux longs sont le siège de la  puissance royale, la chevelure est celle de la puissance virile tout court. La tonsure par rasage est  avant tout une mesure d'humiliation. Les cheveux repoussant rapidement, la dégradation sociale se fait par la décalvation qui prive définitivement un homme de sa force ; s'il est roi, de sa capacité à régner.
Le supplice est fréquent Gondovald, à la fin de son aventure, est livré à la soldatesque qui, après l'avoir percé de lances, lui arrache les cheveux et la barbe. Paulus, duc wisigoth rebelle, vaincu, est aussi scalpé. C'est même une mesure de clémence. En effet, malgré la souffrance qu'elle induit, la décalvation n'entraîne que rarement la mort. Ce que l'on souhaite, c'est rompre le lien qui lie l'individu au divin, faire ainsi disparaître le réservoir de sa force mais aussi l'humilier aux yeux de la population.

  Pour l'opération, les Francs, ignorant les procédés de compression et de ligature, possédaient trois façons d'opérer : la coupe aux ciseaux, le dépouillement par plaies contuses frappées à coups de bâton orbes et affectant tout le crâne, enfin le scalp par arrachement plus ou moins complet du cuir chevelu. Cette opération est ingénieuse, simple et fort différente de celle des Indiens d'Amérique. La déchirure entraînant presque toujours une hémorragie, on cautérisait le cuir chevelu au fer rouge, ce qui provoquait des brûlures. Ainsi, les Francs avaient réalisé cette gageure: raser en défonçant, scalper non pas au couteau mais au bâton, tout en préservant la vie.Evariste-Vital Luminais (1822-1896) Le dernier des Mérovin                                                   Evariste Vital Luminais _  Le dernier des Mérovingiens

   Tandis que les guerriers, hommes libres, se rasent la nuque, et que les esclaves sont rasés entièrement, les Mérovingiens portent leur chevelure intacte qui retombe en longues boucles. Revêtus de ce diadème naturel, ils gardèrent jusqu'à l'expiration de la dynastie cet insigne de la royauté. Plus fidèle qu'une couronne, la chevelure reste attachée à la tête du prince, quand bien même celui-ci est décapité. Les « rois chevelus » sont donc autant de Samsons. On comprend dès lors la place que tient la chevelure dans la législation germanique. Dans la plupart des tribus, l'homme libre n'a pas d'autre signe extérieur de sa condition que sa chevelure.

 

  Les cheveux courts, à cette époque, étaient l'un des signes montrant que la personne se vouait à la vie religieuse. Moines, diacres, prêtres et évêques arboraient la tonsure, marque du passage des laïques à l’état ecclésiastique. 

La prêtrise n'était pas forcément une vocation. Elle pouvait prendre la forme d'une punition et d'une mise à l'écart du trône. Ainsi, Childebert II (570-596), roi d'Austrasie, de Bourgogne et d'Orléans, avait un fils qu'il envoya guerroyer pour soumettre le Poitou. Mais ce fut un échec militaire. De plus, le jeune prince fit un mariage que le roi n'approuvait guère. Childebert fit donc enfermer ce fils indésirable en prison, et il s'empressa de lui faire couper les cheveux, le chassant ainsi de la famille royale. Il lui fit endosser l'habit de clerc et l'obligea à devenir prêtre. 

En revanche, de longs attributs capillaires étaient un signe de déchéance chez les serviteurs de Dieu. Le prince Gondovald, précédemment cité pour s'être fait couper les cheveux contre son gré à de multiples reprises, fut, lors d'un de ses retours d'exil, hébergé par l'évêque de Cahors. Ce dernier fut excommunié pour avoir reçu dans sa maison celui qui se prétendait fils de roi. La condamnation était très sévère; mais en outre, l'évêque subit un châtiment supplémentaire: il lui rut interdit de couper ses cheveux et sa barbe durant trois années.

La tonsure des uns et la tradition des cheveux longs pour les autres fut d'ailleurs pérennisée sous les carolingiens, et ultérieurement.

 

Sources : http://www.histoire-en-questions.fr _ Fédération des archéologues du Talou et des régions avoisinantes http://fatra.talou.free.fr

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commentaires

PARIS 24/06/2011 18:27


Article très clair et très intéressant qui nous apprend beaucoup de choses sur les habitudes capillaires de cette époque.
Bravo et Merci.


sittelle 23/06/2011 20:11


Je comprends alors pourquoi les barbiers étaient aussi chirurgiens jusqu'au XVII °... quelle horreur ! merci, c'est un article inattendu et très intéressant !


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