Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 septembre 2012 4 13 /09 /septembre /2012 07:12

L'eau sur le site d'Alésia : la contrainte hydrogéologique lors du siège de 52 avant Jésus-Christ

 

L’occupation humaine sur le Mont-Auxois (Côte-d’Or), plateau naturellement protégé par des falaises, est attestée depuis le Néolithique. Les travaux archéologiques menés depuis le milieu du XIXe siècle ont permis une bonne connaissance des installations anthropiques sur cette commune d’Alise-Sainte-Reine. La mise en évidence de fortifications de siège de typologie tardo-républicaine autour du Mont-Auxois et l’identification d’un camp occupé par Titus Labienus ; la présence lors de ces événements d’une coalition gauloise à forte proportion d’Arvernes[1] ; la découverte du plus grand arsenal antique retrouvé en Europe, sont quelques-uns des éléments de la démonstration scientifique qui a conduit à l’identification du site comme celui du siège d’Alésia (Napoléon III, 1866 ; Le Gall, 1989 ; Reddé, Von Schnurbein dir., 2001 ; Reddé, 2003).

 

Afin de bien comprendre une situation militaire comme celle-ci, connaître l’environnement du siège est essentiel. Si la publication originale concernant l’aspect environnemental du lieu est due à l’étude de la région par J.-J. Collenot en 1873 (Collenot, 1873), c’est l’abbé Joly (1966) qui a réalisé les premiers relevés géologiques du Mont-Auxois. Ils ont été affinés par la suite lors de la réalisation de la carte du BRGM au 1/50 000 (Jacquin, Thierry, 1990). Les formations superficielles ont été identifiées par ce même abbé quand il définit le système géomorphologique de base de corniche (Joly, 1968) : ces blocs effondrés le long des versants du Mont-Auxois ont ensuite fait l’objet d’une cartographie précise (Petit, 1989). Le contexte environnemental du siège a été plus spécifiquement étudié lors des recherches franco-allemandes de 1991 à 1997 sur les travaux césariens (Petit, 2001), mais le fonctionnement hydrogéologique n’y a été abordé que succinctement. Cet élément revêt pourtant un intérêt tout particulier concernant la relation de l’homme à son environnement. La question de l’approvisionnement en eau en fonction des contraintes naturelles auxquelles ont été confrontés les hommes est un point capital dans une situation comme celle du siège de 52 av. J.-C.

 

Même si le cycle hydrologique n’est pas connu durant l’Antiquité puisque c’est Bernard Palissy qui le premier l’esquissera en 1580 dans son « Discours admirable de la nature des eaux et fontaines tant naturelles qu’artificielles » (Audiat, 1868), dès le premier siècle av. J.-C. Vitruve explique la formation des sources par la pénétration dans le sol des eaux de pluie, considérant déjà qu’elles sont arrêtées par une « couche de pierre ou d’argile » (Vitruve, VIII, I, 2). Un siècle plus tard, Pline indique bien que l’eau se mêle à la terre et que son tracé est complexe (Pline, II, 66). Ces données hydrogéologiques empiriques seront reprises plus tardivement par Palladius, qui précise qu’« il faut examiner la nature du terrain pour pouvoir juger de la quantité et de la qualité des eaux »(Palladius, IX, 8). Quelles que soient les hypothèses émises sur la nature et l’origine des eaux souterraines, elles sont très tôt exploitées (puits, captage…) (Viollet, 2005) et font l’objet, en particulier dans le monde romain, de nombreux travaux (Gros, 1996 ; Adam, 2008). D’un point de vue militaire, l’accès à l’eau est souvent abordé dans les traités et récits antiques, et en ce qui concerne la Guerre des Gaules, César le confirme en particulier par la stratégie employée à Uxellodunum (infra : partie II).

 

  I. Les contraintes naturelles

 

I. 1. Géologie et climat

 

Le Mont-Auxois (407 m) et les plateaux d’altitudes équivalentes de son entourage immédiat – la montagne de Flavigny, le mont Pennevelle, la montagne de Bussy et le mont Réa – appartiennent à la région du « haut-Auxois ». Appelée également « Auxois des plateaux », elle est constituée de tables calcaires en lanières orientées NW-SE dominant d’étroites vallées aux pentes marneuses incisées par les cours d’eau. Au pied du Mont-Auxois, seulement relié au plateau par le col du Pennevelle, s’écoulent en direction de l’ouest les deux rivières responsables de son isolement, l’Oze au nord et l’Ozerain au sud. En aval, la plaine alluviale s’élargit, atteignant près de 4 km (fig. 1).img-1.jpg

     Fig. 1. Vue aérienne du site d’Alésia vers l’est, avec position des rivières et des sources de l’aire visible. Cliché du fond : R. Goguey, vol du 10.12.1995.

 

Cette région est soumise à un climat intermédiaire entre le climat océanique et le climat semi-continental de latitudes tempérées (Marceaux, Traboulot, 1994). Les températures, basses pendant l’hiver avec une moyenne du mois le plus froid à 2° C, sont moyennes à fortes en été avec une moyenne du mois le plus chaud à 18° C. La pluviométrie moyenne annuelle dans ce secteur est de 850 mm. Sur les 97 ha du plateau l’apport annuel d’eau correspond ainsi à un volume moyen de 824 000 m3.

 

Bien définir la lithologie est essentiel car c’est la série stratigraphique qui détermine le fonctionnement des réservoirs hydrogéologiques. La géologie générale du site est constituée d’une dominante de marnes liasiques dans les vallées, surmontées de faciès calcaires sur les plateaux (fig. 2 et 3).img-2.jpg

          Fig. 2. Carte géologique du site d’Alésia. C. Petit 2001.img-3.jpg

          Fig. 3. Coupe géologique du Mont-Auxois.

 

Le substrat des vallées alluviales est formé des marnes micacées du Carixien et du Domérien. La base des pentes des vallées est constituée sur plus de 100 m d’épaisseur de marnes du Lias et à mi-pente affleurent 10 m de calcaire argileux à Gryphea Gigantea du Domérien.

 

Ces derniers sont surmontés par des argiles calcaires toarciennes de 40 à 50 m d’épaisseur. Au-dessus, la série calcaire du Jurassique moyen détermine les falaises de près de 40 m qui ceinturent le Mont-Auxois. Ce niveau bajocien moyen se présente sous la forme d’un calcaire orangé à entroques en partie inférieure, surmonté de calcaires à polypiers. Sur le plateau, des marnes à Ostrea Acuminata, dont le taux d’argile atteint 65 %, revêtent un faciès plus calcaire sur quelques intercalations ; elles sont d’une épaisseur maximale de 10 m. Enfin, la série lithologique du sommet est franchement calcaire, constituée de calcaires argileux et hydrauliques bathoniens, sur des épaisseurs de 5 à 20 m selon la topographie.

 

La série géologique présente un pendage général de 1-2° vers le nord-ouest ; sur le Mont-Auxois, une faille d’orientation SW-NE abaisse d’environ 10 m la partie orientale du plateau.

 

Ce substratum géologique est recouvert par des sols quaternaires peu épais et par endroits par des systèmes de bases de corniche (Joly, 1968) ; des blocs plus gros, détachés du plateau calcaire, forment des ressauts sur la pente. Leur glissement détermine en aval un bourrelet de marnes et peuvent retenir en amont des graviers cryoclastiques.

 

La suite sur le site de la Revue archéologique de l'Est.


 

[1] Et en présence de Vercingétorix, selon notamment le témoignage que représentent les monnaies obsidionales

Partager cet article

Repost 0
Published by Lutece - dans Les Gaulois
commenter cet article

commentaires

MENO 22/09/2012 18:37

S'il y a des arguments en faveur d'Alise comme site de la bataille d'Alesia il y en a autant contre. Par ailleurs, d'après moi, aucun des sites habituellement proposés ne correspond entièrement aux
éléments issus du texte de César (en tenant compte des variations de texte entre les divers manuscrits). La question reste ouverte. Certes il y a beaucoup de vestiges sur et autour du mont Auxois
ce qui veut dire qu'il a été le "siège" de nombreux événements mais peut-être pas de la fameuse bataille. Je préfèrerais qu'on parle d'Alise ou du mont Auxois et non d'Alesia : une étude sur l'eau
à Alise au temps de César a de l'intérêt mais le texte de la Guerre des Gaules ne dit pas grand chose... à part les deux "flumina". Cordialement.

sittelle 13/09/2012 20:09

C'est trop près de Paris !

sittelle 13/09/2012 08:50

C'est cet aspect hydrogéologique qui est intéressant pour situer sites historiques ou architectures diverses. Merci, un bon article; Alise est bien confirmée en site véritable, maintenant ? bonne
rentrée Lutèce !

Lutece 13/09/2012 12:02



Il ne fait plus aucun doute qu'Alésia se trouve sur la commune d'Alisé Sainte Reine, ceux qui remettent cela en doute cherchent surtout à faire parler d'eux. Ca m'étonne d'ailleurs qu'un
imposteur comme BHL ne s'en soit pas mêlé


A +



Présentation

  • : Le blog de LUTECE
  • Le blog de LUTECE
  • : Petits dossiers sur des thèmes historiques simples mais serieux
  • Contact

Facebook

Retrouvez et devenez amis du Blog de Lutèce sur facebook

Recherche

English & Deutch versions

1348995815 United-Kingdom-flag1348995857 Germany-Flag

Site sélectionné par :

elu-sdj

Livres à lire sur le blog

Vercingétorix - Camille Jullian

L'oeuvre intégrale cliquez ici

  Essai sur la condition des Barbares - Eugène Léotard

Pour lire cliquez ici

 

Articles à venir

_ La borne militaire de l'Empereur Victorin