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5 août 2011 5 05 /08 /août /2011 18:00

  Jean-Claude Golvin est architecte, archéologue et chercheur attaché au CNRS à l'université de Bordeaux III Michel de Montaigne, né en 1942.

  Passionné par le dessin et la BD, l’architecture et son histoire, il a découvert sa voielivre-golvin1 dans les années 70 : l’archéologie.

  En 1976, en mission à Karnak en Égypte pour le compte du CNRS qu’il vient d’intégrer, il réalise ses premières reconstitutions en aquarelle, qui apportent un sens aux paysages en ruines.

 

  Expliquez-nous quelles sont les étapes de votre travail quand vous élaborer la reconstitution d’un site antique.

  Mon travail est simple. Il s’agit de montrer la représentation en image d’une ville ou d’un monument tel que j’aurais pu le voir au moment de son achèvement si j’avais vécu dans l’Antiquité. Tout d’abord je me rends à l’emplacement du site en question, je m’y promène et, bien sûr, je demande un maximum de renseignements aux équipes qui ont participé aux fouilles. Au début d’un projet, il faut réaliser un gros travail de collecte des informations, tout étudier. Ensuite, je réalise des croquis avec des indications, des précisions. Puis, lors de la phase suivante, sur ma table de travail, jeVue antique orange par golvin commence le dessin au crayon. Je travaille dans mon atelier en musique. Au moment où je commence cette partie, le dessin achevé est très clair dans ma tête. Le projet a pris le temps de mûrir après la lecture et l’étude du dossier. Je gomme, je crayonne, je recommence, puis je passe à l’encre pour tout finaliser. Le dessin est là, présent, mais il faut maintenant que je le laisse reposer. Quelque temps plus tard, j’y reviens et j’apporte souvent des petites corrections, des modifications de détails. Enfin, je peux le peindre. J’applique sur le fond une couleur café, puis je peins le ciel, la mer éventuellement, le paysage et je me rapproche du cœur du dessin. Le dernier travail de la couleur est celui de la mise en place des ombres du soleil. Cela finalise le dessin, lui donne vie.


 

  Comment pouvez-vous connaître tous les détails visibles dans vos reconstitutions ?

  Au début de mon travail, parfois encore un peu maintenant, je dois expliquer aux chercheurs et aux archéologues ma démarche. Je prends toutes les connaissances disponibles sur un site et, avec, je réalise un modèle théorique de base.

  En tant qu’architecte, je sais ce qui peut fonctionner ou pas et, en tant qu’archéologue,forum-lutece-4-siecle j’utilise le résultat des fouilles. Certains endroit ne seront jamais fouillé, des choses ont disparu à jamais, moi je me permets de voir une image de ce que cela pouvait être. Je donne ma vision personnelle, mais elle est le résultat d’une somme de connaissances, pas celle d’un artiste peintre. Lorsque des personnes sont très critiques, je leur dis : « Regardez au loin cet arbre, qu’est-ce que c’est ? – C’est un olivier. Et cet autre ? – C’est un pin. Vous les reconnaissez de loin, même si le vent a fait tomber les branches ou les feuilles, ils restent un pin et un olivier. Vous les avez reconnus dans leur ensemble. » C’est pareil pour les villes et pour les monuments que je restitue.

  Le lecteur de l’image doit tout de suite voir le message, ce qui est important dans l’image. Que ce lecteur soit un scientifique ou un jeune collégien ! Dans mes représentations des détails sont imaginés, mais tous sont cohérents et tout peut fonctionner sur les plans archéologiques, esthétique et de l’architecture.


 

  Est-il possible de reconstituer n’importe quel site ?

  Je suis un peu comme un enquêteur qui doit dessiner un portrait-robot, il me fautth-lillebonne-golvin impérativement des éléments déterminants. Sans eux, il me manquerait trop de cho  ses, le portrait-robot ne serait pas fiable. Ces éléments sont, pour une ville, par exemple : la topographie et le paysage (montagne, colline, végétation…), le contour de la ville (enceinte, fleuve…), le tracé de la ville (les voies de circulation), la forme des édifices publiques et la position des édifices les uns par rapport aux autres. Tous ces éléments correspondent à la forme du visage, au nez, aux yeux et à la bouche de mon portrait-robot. Avec tout cela, je peux réaliser quelque chose de fiable. Ces déterminants sont la structure du dessin. Mais même si les informations archéologiques sont incomplètes, l’on sait qu’une ville romaine d’une certaine importance comptait toujours des thermes et un forum. Ces données permettent alors de continuer le dessin au-delà des strictes connaissances. 


 

  Dans les musées, les restaurateurs font désormais bien apparaître les parties manquantes des objets archéologiques, ils ne refont pas « à l’identique » pour ne pas tromper le visiteur en présentant des objets complets qui ne le sont plus en réalité. Pourquoi n’adoptez-vous pas cette pratique dans vos aquarelles ?

  Moi, je ne travaille pas sur un vestige antique. Mon travail est de donné ma vision de quelque chose. En outre, par des astuces de dessinateur, je sais orienter le regard du lecteur de mon image vers les points important de ce qu’il doit voir et retenir. L’ensemble des détails permet de donner une vie, une cohérence à l’ensemble. Enfin, si les connaissances évoluent suite à des découvertes, il est toujours possible de modifier une aquarelle. Chacune d’elles représente l’état actuel du savoir.



  Les autres archéologues apprécient-ils vos restitutions ?

  Il y a eu des réticences au départ. Souvent, mes collègues ne savaient pas lire leslivre-golvin3 images. J’ai fait tout un travail pour expliquer mes œuvres et faire en sorte que mes dessins soient toujours lisibles et compréhensibles par tous. Tout comme un texte peut être écrit avec des mots trop compliqués, un dessin peut être difficile à « lire » ; c’est à moi d’y faire attention et de la rendre agréable. De plus, mes dessins sont toujours accompagnés d’un texte que je rédige moi-même, les deux vont ensemble. Les conservateurs de musée, qui sont en relation avec le public, ont quant à eux, immédiatement été conquis par mon travail. Aujourd’hui, j’interviens très souvent dans des musées, ainsi que sur des sites en cours de fouilles, en France comme à l’étranger.

 
Source : ARKÉO junior N°173 - Extraits d'un entretien réalisé par l'IUT d'Arles

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commentaires

sittelle 13/08/2011 14:05


Chouette, Maitre Coq ! je profite d'un moment pour étudier vos articles de juillet, car j'ai été dépassée; et je travaille à mon examen de druidesse avec les herbes magiques dans mon jardin... mise
au point d'une nouvelle potion magique, mais chutt ...Bon week-end !


sittelle 11/08/2011 09:37


C'est un travail vraiment remarquable, merci de cette information; au début de l'article, j'ai cru voir un album d'Alix qui me faisait rêver au lycée et dont je recopiais les dessins de Rome,
Ostie, etc . Je vais tenter de proposer un album à ma petite-fille qui entre en 6°, si ça pouvait l'intéresser... Bien cordialement, passez une bonne semaine


Lutece 13/08/2011 12:28



Une de mes filles entre en 6è, elle ne raffole pas d'Alix, trop sérieux et trop masculin dit-elle. Mais, tous les enfants ne se ressemble pas ! Je vous conseille le numéro actuel (Juillet-Aout)
de la revue Arkéo Junior avec son dossier spécial consacré à la Rome antique.


Je rédige actuellement de nombreux articles que je publierai à la rentée. Ca va barder ma gauloise ! (barder - Gaulois... )



Jean-Marie LETIENNE 07/08/2011 06:08


Bonjour,
Comme tu peux le constater je viens de changer d'hébergeur. Donc j'ai repris le processus d'inscription à zéro.
Bon mois d'août.
Amicalement


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