Partager l'article ! Frédégonde, quel drôle de prénom !: Clovis devenu roi de France, transmet son royaume à ses enfants[1]. C’est donc une dynastie german ...
Clovis devenu roi de France, transmet son royaume à ses enfants[1]. C’est donc une dynastie germanique (Francs saliens) qui accède au pouvoir ; et il faut bien dire que les fils de Clovis se conduisaient dans leurs Etats gaulois comme ils se conduisaient dans les régions qu’ils annexaient au terme de conflits armées, c’est-à-dire comme en pays conquis.
La génération précédente, de l’ancienne aristocratie sénatoriale gallo-romaine, laquelle avait souvent contribuée au succès de Clovis, avait été peu à peu écartée des fonctions de prestige tant ecclésiastiques qu’administratives ou militaires, et avait été remplacée une noblesse franque courageuse mais rarement méritante. Ainsi les Gaulois, en un demi-siècle, avaient-ils été écartés des affaires, voire réduit au statut de sujet de seconde zone dans leur propre pays. L’élite, ou ce qui passait pour telle, était franque. Alors nombreux étaient les Gaulois qui avaient germanisé leurs noms ainsi que ceux de leurs enfants.
C’est ce que firent les parents de frédégonde, paysans gaulois qui donnèrent à leur fille un prénom à consonance germanique, qui sonnait bien, avait même certainement de l’allure aux oreilles gauloises, mais qui, à celles des Francs, était tout bonnement grotesque.
Les prénoms germaniques sont en général totémiques, comme ceux des Peaux-Rouges. Ils renvoient à des animaux de bon augure : Bernard veut dire Ours courageux, Arnaud Aigle noble, Adolphe Noble loup, etc. Ou à des vertues guerrières : Clovis sera glorieux au combat, tout comme Clotilde, Conrad donnera d'audacieux conseils, Gérard sera terrible avec une lance, Herbert brillant au combat, Robert glorieux et brillant, Albert noble et brillant… Parmi les contemporains de Frédégonde, l’usage est aussi de donner à un enfant un prénom composé de deux racines propres l’une à sa famille paternelle, l’autre à sa famille maternelle, pour souligner une alliance importante. C’est ainsi que le prince héritier de Thuringe, Amalafrid, « Paix des Amales », porte un prénom renvoyant pour la première partie aux origines de sa mère, princesse de la dynastie wisigothe des Amales, l’autre à l’idée de paix : il est le gage de la paix avec les Wisigoths.
Cela peut donner des rapprochements inattendus, mais les parents de frédégonde qui ne comprenaient pas la langue qu’ils s’essayaient à manier, inventèrent un prénom à la signification aussi contradictoire qu'impossible : « Guerre et Paix ».
L’alliance est absurde car elle est constituée de deux termes antinomiques, Fried, la paix Gund, la bataille. Deux racines qui se retrouvent dans une multitude de prénoms germaniques, mais jamais associés. On retrouve la racine Fried dans les prénoms Frédéric, « paix assurée », Alfred « noble paix », Ferdinand « paix hardie », Gund dans de nombreux prénoms mérovingiens : Gontran « Corbeau des batailles », Gundewald ou Gondebaud « Vaillant au Combat », Gunther ou Gonthier, « Combattant », Radegonde, « Celle qui conseille dans le combat », etc.
Oui, son prénom en fit rire plus d'un, mais sa grande beauté fit oublier que frédégonde, reine de France, avait un drôle de
prénom.
[1] sa fille Clotilde à droit également à sa part du royaume, sous forme de dot.
Source : Frédégonde Épouse de Chilpéric Ier, Anne Bernet éd. Pygmalion
Vercingétorix - Camille Jullian
L'oeuvre intégrale cliquez ici
Essai sur la condition des Barbares - Eugène Léotard
_ Et les Francs parlèrent latin...