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5 novembre 2013 2 05 /11 /novembre /2013 19:03

ESSAI SUR LA CONDITION DES BARBARES ÉTABLIS DANS L'EMPIRE ROMAIN AU IVè SIÈCLE

 

CHAPITRE VII - LES BARBARES DIGNITAIRES DE L'EMPIRE

 

Politique de Constantin.

 

La révolution administrative de la fin du IIIe et du commencement du IVe siècle renversa les dernières barrières qui pouvaient s’opposer à la pénétration de l’Empire par les Barbares. Toutes les dignités conférées par l’empereur formèrent une hiérarchie savante dont les différents degrés se reliaient l’un à l’autre : il suffisait de franchir les premiers pour parvenir aux derniers. La question d’origine n’était plus qu’une question secondaire : chaque fonction avait son titre qui devenait personnel et constituait pour celui qui en était revêtu de vrais quartiers de noblesse ; la milice palatine, militia palatina, qui comprenait les offices militaires et civils du palais, ce que nous appellerions aujourd’hui la cour, formait une aristocratie, non de naissance, mais de position. Cette aristocratie, dès lors, se recrutait dans les rangs de tous les fonctionnaires et en particulier de l’armée, car la cour était surtout une cour militaire. L’expression même par laquelle on la désignait réveille l’idée d’un camp (comitatus), et les dignitaires de l’Empire portaient le titre de comites, d’où est venu notre mot comte.

Un des premiers actes de Constantin, après sa victoire sur Maxence et son entrée triomphale à Rome, fut d’admettre au sénat de cette ville des hommes, non seulement de toutes les provinces, mais de toutes les nations, afin que cette auguste assemblée, la plus illustre du monde, ne fût privée d’aucun genre de mérite et réunît dans son sein les sommités de l’univers entier[15]. L’exercice de certaines fonctions conférait de droit le rang et la dignité de sénateur. C’était alors un des modes de recrutement du sénat romain.

Constantin alla plus loin ; s’il faut en croire le témoignage d’Eusèbe[16] ; pour attirer les Barbares dans l’Empire et leur faire oublier leur patrie, il prodigua aux principaux d’entre eux les honneurs et les dignités sans toujours considérer assez le mérite[17]. Il fut le premier qui éleva un Barbare au consulat (ύπατεία), cette magistrature souveraine de la République, maintenue sous les empereurs et que ces derniers se faisaient gloire de partager même avec leurs sujets. C’étaient les consuls qui donnaient leur nom à l’année : aucun acte public, aucune loi n’était valable sans que leur nom y fût apposé ; les faisceaux et la trabée consulaire demeuraient, sinon le signe du pouvoir, du moins l’emblème de la majesté souveraine ; les Césars, sur tous les monuments, dans toutes les inscriptions, constantincomptaient les années de leur consulat à côté de celle de leur règne.

Les détracteurs de Constantin, tels que Zosime et l’empereur Julien, n’ont pas manqué de lui reprocher, dans les termes les plus sévères, cette partialité en faveur des étrangers ; ils nous l’ont présenté comme un novateur dangereux, comme un perturbateur des anciennes lois et des traditions séculaires de l’Empire[18]. En somme, le prince n’était pas seul responsable de pareilles innovations ; elles résultaient du changement des mœurs publiques, de la nouvelle constitution de Rome et d’une nécessité qui s’imposait plus qu’on ne l’avait cherchée. Constantin suivait l’exemple de ses prédécesseurs et, s’il entra plus résolument dans cette nouvelle voie, ses héritiers devaient tous y marcher après lui, même Julien qui, selon la remarque judicieuse d’Ammien[19], ne sut pas éviter la prétendue faute qu’il reprochait à Constantin ; car, l’année même où il élevait au consulat Mamertin, son rhéteur favori, il lui donnait pour collègue un Barbare, le Goth Nevitta[20]. Dès lors les fastes consulaires se remplissent de noms étrangers qu’on peut facilement reconnaître malgré leurs terminaisons latines et le nom d’adoption que prenaient les Barbares en passant au service de Rome[21].

 

 

[15] Nazarius, Panegyr. Constantine Augusto, c. XXXV.

[16] Eusèbe, Vit. Constant., lib. IV, c. VII. 

[17] Aurelius Victor, De Cæsaribus, c. XLI (20).

[18] Ammien, lib. XXI, c. X. — Cf. Zosime, lib. II.

[19] Ammien, lib. XXI, c. X.

[20] Ammien, lib. XXI, c. VIII.

[21] Les Barbares dignitaires de l’Empire avaient un nom national (cognomen) et un prénom romain (prœnomen) qui indiquait leur droit de cité, de noblesse romaine. On y joignait, quand ils étaient convertis au christianisme, un nom de baptême (agnomen). Nous en voyons un curieux exemple dans l’un des derniers numéros du Bulletin d’archéologie chrétienne de M. de Rossi (1871, n° 1, p. 25.) Il s’agit d’un Goth, maître de la milice (magister utriusque militiæ) au Ve siècle, donateur d’un fonds, dans le vicus patricius, fonds sur lequel fut dédiée l’église de Saint-André de l’Esquilin, appelée pour cela Catabarbara patricia et désignée auparavant sous le nom de basilique de Junius Bassus. Ce Goth s’appelait Valila il portait trois noms : le cognomen, nom national, Valila : le prœnomen, nom romain, Flavius : l’agnomen, nom de baptême, Theodorius.

LISTE DES BARBARES CONSULS AU IVe SIÈCLE :

351. Magnentius (Lætus). Fl. Gaiso.

362. Nevitta (Gothus).

366. Dagalaiphus (Francus).

377. Flavius Merobaudes (Francus).

383. Fl. Merobaudes (Francus).

384. Fl. Richomeres (Francus)...

385. Bauto (Francus)...

400. Fl. Stilicho (Vandalus).

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Published by Lutece - dans Livres-Romans
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