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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 08:02

ESSAI SUR LA CONDITION DES BARBARES ETABLIS DANS L'EMPIRE ROMAIN AU IVe SIECLE

 

Chapitre I - Les Invasions.

 

Julien - Valentinien Ier

 

Toutes les expéditions de Julien contre les Francs ou les Allamans, sur le bas comme sur le haut Rhin, pendant les six années consécutives (355-361) qu’il exerça la haute administration civile et militaire des Gaules, tendent au même but. Il a pris soin lui-même de nous révéler les secrets de sa politique et l’histoire de son gouvernement, dans ces fameuses lettres qu’il écrivait aux Athéniens, ses anciens maîtres, dont il recherchait les128.jpg éloges sur le trône comme dans les écoles[50]. Les Athéniens recevaient le bulletin exact de chacune de ses victoires, et par ces conversations intimes, nous sommes mieux renseignés que par les relations officielles adressées à la cour de Milan. L’historien Ammien Marcellin, soldat en même temps qu’écrivain, narrateur fidèle et souvent dramatique des faits dont il a été le témoin, quelquefois l’acteur, est également précieux[51]. Son ouvrage, composé dans les premières années du règne de Théodose, est presque contemporain des événements qu’il raconte. Ammien suit pas à pas son héros ; il nous le montre préparant ses expéditions contre la Germanie, jetant des ponts sur le Rhin, franchissant le fleuve dès le printemps, à la tête de son armée, tombant à l’improviste sur les Barbares, portant le fer et le feu jusque dans leurs demeures, les soumettant par la terreur, avant même de les avoir combattus, ou remportant sur eux de grandes victoires comme celle de Strasbourg (Argentoratum), en 357, leur dictant les conditions de la paix et revenant au bout de quelques mois, soit à Lutèce (Lutœtia Parisiorum), soit à Sens, soit à Vienne, soit à Trèves, prendre ses quartiers d’hiver[52].

 

L’intervalle d’une campagne à l’autre est consacré à faire de nouveaux préparatifs pour l’année suivante, à dresser des plans, à concentrer des troupes, à entasser les approvisionnements nécessaires dans les greniers publics, de manière à assurer la subsistance de l’armée, à relever ou à réparer les forteresses, et, dès que la saison le permet, sans déclaration de guerre préalable, le territoire ennemi est envahi sur quelque point. Les Romains cherchent généralement à devancer les Barbares et à prendre l’offensive. Julien savait admirablement organiser ces colonnes mobiles destinées à faire des pointes plus ou moins avancées dans la Germanie ; il tirait un excellent parti de sa cavalerie dans des reconnaissances pleines de hardiesse, évitait habilement les embuscades que favorisait la nature des lieux et ramenait ses légions avec un riche butin et de nombreux prisonniers. Il s’avança ainsi plusieurs fois jusqu’au Mein.

 

L’empereur Valentinien Ier, digne par son activité, par sa fermeté, par ses talents militaires, de succéder à Julien, fut le continuateur de son œuvre ainsi que de sa politique. Il établit des retranchements et des fortifications jusque sur les bords du Necker, afin de créer une seconde ligne de défense au-delà du Rhin[53]. Ammien nous donne un curieux exemple de sa persévérance. Il s’agissait de détourner le cours du Necker pour jeter les fondements d’un nouveau fort dans une position très importante ; cette opération présentait de sérieuses difficultés pour les ingénieurs du temps ; les légionnaires se mirent à l’œuvre, ayant de l’eau jusqu’au cou, et finirent par triompher des obstacles matériels qui s’opposaient au succès de l’entreprise[54]. Il n’y eut sous son règne aucune colline, aucun passage, aucune vallée qui n’attirât son attention et ne devînt par ses soins une véritable place forte, un centre de résistance. Son fils Gratien, associé de bonne heure à l’Empire et héritier de la tradition paternelle, continua également avec succès le même système de guerre contre les Germains.

 

Les événements qui s’accomplissent à la même époque sur le Danube ressemblent beaucoup à ceux du Rhin. La situation est la même ainsi que les périls de l’invasion : là aussi les empereurs ont à défendre contre les envahisseurs une ligne de frontières non moins étendues que celles des Gaules ; leurs efforts se portent successivement sur les points les plus menacés du territoire romain ; ils établissent leur quartier général à Milan, à Sirmium, à Bregetio, à Carnonte, afin d’être plus rapprochés du théâtre des opérations militaires et ne résident guère à Constantinople plus qu’à Rome. L’aspect de ces différentes villes est plutôt celui d’un camp que d’une capitale ; le général (dux), chargé du commandement des troupes dans chaque province, travaille sans relâche, de concert avec les autorités civiles, à la création, à l’équipement, à l’entretien des armées destinées à aller chercher les Barbares jusque chez eux pour châtier leurs insolences ou prévenir leurs attaques. Quand toutes les forces sont réunies, les préparatifs achevés et l’hiver terminé, les légions s’ébranlent, passent le fleuve, dès le mois de mars, après la fonte des neiges, sur des ponts de bateaux, et pénètrent dans la Sarmatie, sans laisser à l’ennemi le temps de se reconnaître[55]. Généralement ces attaques subites et imprévues, véritables représailles des invasions germaniques dans les provinces romaines, produisaient un grand effet ; la vue des légions, de leur allure martiale, de tout l’appareil dont s’entouraient les Césars, suffisait pour terrifier les Barbares et les mettre en fuite ; ils laissaient, non sans regret, incendier leurs villages, brûler leurs maisons, piller leurs récoltes, et se retiraient avec leurs femmes et leurs enfants dans l’asile impénétrable de leurs forêts ou de leurs marécages, d’où ils ne sortaient que pour venir se soumettre, protester de leur repentir et de leur obéissance future, afin d’éloigner par la soumission un ennemi qu’ils ne pouvaient repousser par la force[56]. Aussi humbles dans la défaite que fiers et intraitables dans la victoire, ils acceptaient toutes les conditions qu’on voulait leur imposer, allaient même au-devant des exigences des Romains et fournissaient les otages demandés, tandis qu’au fond ils nourrissaient le projet secret et bien arrêté de se venger à la première occasion, de saisir le moment favorable pour violer leurs serments et reprendre les armes[57].

 

[50] Julien, Epistolœ ad Athenienses.

[51] Ammien, l. XXX, c. XVI.

[52] Ammien, l. XVI, XVII, passim.

[53] Ammien, l. XXVIII, c. II.

[54] Ammien, l. XXVIII, c. II.

[55] Ammien, l. XVII, c. XII.

[56] Ammien, l. XVII, c. XII.

[57] Ammien, l. XVII, c. XII.

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Published by Lutece - dans Livres-Romans
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