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19 novembre 2009 4 19 /11 /novembre /2009 10:31

  Il est de bon ton en république de présenter la royauté sous un jour défavorable ou d'en accentuer les travers. Clovis n'échappe pas à ce traitement puisque celui-ci est systématiquement décrit comme une brute, un rustre, fin calculateur. 
  Oui, le roi Franc était violent, mais ses adversaires aussi étaient violents, ses alliés étaient violents, le Vème siècle était violent. Les attaques des huns, des Goths, des Vandalles etc... étaient encore présentes dans l'esprit de tous, et un peuple qui aurait montré de la faiblesse se serait fait écraser par son voisin.
  Le chef, le roi, le guerrier Clovis 1er pouvait être cruel, mais c'était aussi un homme sensible et fidèle.

  Quelques mois après son mariage (neuf évidement) Clotilde est sur le point de mettre au monde son premier enfant. Clovis est enthousiaste et impatient bien qu'il soit déjà père. En effet, Thierry est né vers 485 / 490 d'un premier mariage probablement avec une princesse franque rhénane. De ce premier mariage, de cette première épouse, nous ne savons quasiment rien, mais il y fort à parier que cette union fut célébrée comme « gages de paix » (friedelehen) avec les "cousins" Rhénan, ce qui explique que Clovis obtiendra en 511, l'espace oriental du Regnum francorum qui recouvrait l'ancien royaume de Cologne.
  C'est un garçon ! Il reçoit le prénom d'Ingomir, ou Ingomer, et Clovis bien que retissant accepte par amour pour Clotilde que le petit prince reçoive le baptême catholique.
  Clovis ne le comprit probablement pas, mais, en cette circonstance, l'Église l'utilise, lui et sa famille, afin de donner à la société tout entière un exemple venu de haut, et donc impératif. Pas plus que la bénédiction nuptiale, le baptême des nouveaux-nés n'était encore entré dans les moeurs, pas même dans les familles catholiques. Au contraire, l'usage courant, surtout s'agissant d'enfants mâles, destinés aux fonctions politiques et militaires, était de le retarder jusqu'à la maturité, voire jusqu'à la vieillesse.
  Mais hélas, quelques jours après avoir été baptisé, l'enfant meurt. Evénement tragique mais terriblement fréquent. La moitié des nouveaux-nés n'atteignent pas l'âge d'un an à cette époque. Naturellement, Clotilde est effondrée, la peine de perdre son enfant est immense, mais catholique, elle sait que celui-ci,  pure et innocent a été accueilli au royaume de Dieu.
                                                              Clovis et Clotilde par Antoine-Jean Gros
 
  Clovis lui, est terrassé. A la douleur paternelle du roi, immense, ravageante, lui qui attendait tant cet enfant, s'ajoute un terrible sentiment de culpabilité.
  Lui qui tout au long de la grossesse de sa femme n'a cessé de railler l'impuissance trop flagrante, trop connue du Dieu des chrétiens, toujours incapable de protéger ses fidèles, a commis l'erreur de lui laissé consacrer son enfant. Baptisé, Ingomer est mort aussitôt, succombant à sa première maladie tandis que Thierry, l'ainé, le petit païen voué à Wotan (ou Odin le dieu principal de la mythologie nordique), a toujours éclaté de force et de santé. Comment le roi a-t-il pu laissé faire une chose pareil, il a tourné le dos à ses dieux et voilà le résultat ! Clovis se sent aussi coupable que s'il avait tué son fils.
  Le roi en veut à son épouse, mais celle-ci relève la tête rapidement et dit :
_ Mon coeur à moi n'est pas frappé de douleur à cause de la mort de mon fils, parce que je sais qu'ayant été rappelé de ce monde encore revêtu de ses vêtement blancs, il sera désormais nourri sous le regard de Dieu. Et je rend grâce au Créateur de toutes choses, au Tout-Puissant, car Il ne m'a pas jugée indigne, Lui qui a daigné accueillir en Son Royaume l'enfant que j'avais porté en mon sein.
  Clovis a du mal a comprendre son épouse, mais l'obstination de celle-ci à s'accrocher à ses croyances l'impressionne. Il y a là quelque chose qui le dépasse et l'oblige à réfléchir, à s'interroger sur le fond de cette religion qu'il méprise mais qui le fascine aussi. Et quelques mois plus tard, lorsque la reine se voit enceinte pour la seconde fois, il consent à nouveau bien que redoutant que le drame se reproduise, à ce que l'enfant à naître soit baptisé.
  C'est donc en 495 que naît un second garçon prénommé Clodomir. Celui-ci est immédiatement baptisé au cours d'une cérémonie fastueuse qui n'apaise pas la crainte dissimulée de ses parents. Les craintes sont justifiées car à peine a-t-il reçu le chrême et les onctions que Clodomir est pris de fièvre.
  On averti le roi qui, immédiatement surgit dans sa chambre et se plante à son chevet, comme si sa présence pouvait empêcher la mort de s'approcher de lui.
  Mais les heures passent et l'état du petit empire. Clovis ne se fait pas d'illusion, l'enfant va mourir. Si c'est la volonté de Dieu, Clotilde souffrira mais l'acceptera mais pas Clovis. La reine le sait, alors elle regagne sa chambre où elle a installé un petit oratoire et prie.
  Songeur et désolé, le roi s'est assis près de son fils mourant, et, silencieux attend la fin... Qui ne vient pas.

  Le sommeil agité de l'enfant redevient paisible. A l'aube la fièvre est tombée, Clodomir est sauvé.
  Son père le découvre paisiblement accroché au sein de sa mère qu'il tète goulûment.
_ Le Christ a entendu mes prières dit Clotilde.
  Clovis, heureux mais fatigué, esquisse un sourire, hausse les épaules et se retire, pas persuadé du tout que le Christ ai quelque chose à voir avec la guérison de son fils.




  Clovis avait trois soeurs, Audoflède, Alboflède et Lantechild. En 494, Audoflède épousa Théodoric le Grand, maître de l'Italie. Le roi des Francs qui vouait une grande tendresse à ses soeurs cadettes avait été peiné du départ d'Audoflède à Ravenne. Alors ne désirant pas voir Alboflède et Lantechild partir, il ne s'empressait pas à leur trouver un mari.
  Hélas, dans les premiers mois de l'année 497, la princesse Alboflède mourut.
  Cette disparition brutale plongea Clovis dans un désespoir inouï qui frappa de stupeur tous ses proches. Enfermé dans son palais soissonnais, refusant de quitter ses appartements où il pleurait à se rendre malade, le guerrier impassible s'était mué en pauvre homme qui s'abandonnait à sa peine avec des excès indignes d'un roi et d'un chrétien. Aucune consolation n'y faisait, et même, les marques de tendresse et de compassion que Clotilde lui témoignait, loin d'apaiser la douleur fraternelle de Clovis, semblait, au contraire, l'augmenter. L'évêque Rémi usa, pour sa part, d'une autre méthode, et, puisque, décidément, les paroles de réconfort, les assurances pieuses quant au sort éternel de la princesse, n'y faisaient rien, il changea de ton, se fit dur, incisif et presque méprisant :
"Je suis affligé, et même très affligé, moi aussi, de l'objet de ta tristesse : le décès de ta soeur germaine (né du même père et de la même mère), d'heureuse mémoire. Mais nous pouvons nous consoler, car elle a quitté ce monde de telle manière que nous avons plus de raisons de l'admirer que de la pleurer. Elle a vécu de manière à nous laisser croire que le Seigneur l'a accueillie près de Lui et qu'elle est allée rejoindre au Ciel les élus. Elle a vécu pour la foi chrétienne et maintenant a reçu la récompense des vierges fidèles. Non, ne pleure pas une âme qui se consacrait au Seigneur. Elle resplendit sous le regard de Dieu dans toute la fleur de sa virginité, et porte sur le front le diadème réservé aux âmes immaculées. Oh, loin de nous l'envie de la pleurer, elle qui a mérité de devenir la bonne odeur du Christ et de pouvoir, par Lui, se faire le secours de ceux qui lui adressent des prières. Chasse donc, Seigneur, la tristesse de ton coeur, et domine les émotion de ton âme. Il te revient de gouverner avec sagesse, et de chercher ton inspiration parmi des pensée à la hauteur d'un si grand devoir. Tu es la tête de ton peuple, et l'âme de ton gouvernement : que tes sujets ne te voient point t'abandonner à une faiblesse produite par une tristesse immodérée; qu'ils ne te croient pas plongé dans l'amertume de la douleur, eux qui sont habitués à tenir de toi leur félicité. Console toi donc et que ton âme ne se laisse pas enlever sa vigueur par l'excès de ton affliction."
  C'était précisément le langage qu'il fallait tenir au roi. Piqué au vif, ulcéré qu'on pût le croire sans force et sans courage, ou douter de son impassibilité virile, Clovis sécha aussitôt ses larmes.

  La nouvelle que Paris, qui jusqu'ici refusait de lui ouvrir ses portes, acceptait, suite à sa conversion, de l'accueillir lui rendit la joie de vivre.

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commentaires

Sir Shumule 16/12/2009 21:04


Excellent texte et excellent blog.Bravo et merci!
(Juste un détail : si la première épouse de Clovis était bien une franque rhénane, c'est de sa seconde épouse, Evochilde, qu'est né notre roi Thierry Ier (lequel, en vertu du "muterecht", fut donc
très favorisé lors du partage du royaume) - Elle était princesse ostrogothe - La grande reine
Clothilde, princesse burgonde, fut la troisième épouse de Clovis.)


Lutece 21/12/2009 17:56


Merci pour votre commentaire qui m'interesse beaucoup. J'ai pas mal de livres, documents... sur Clovis mais aucun ne parle d'Evochilde. Ou puis-je trouver ces informations ?
Cordialement,
LUTECE


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