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12 novembre 2009 4 12 /11 /novembre /2009 18:19

  Nous sommes en 493, Clovis 1er, roi des Francs, est devenu un roi puissant exerçant son autorité sur la moitié de la Gaule. Respecté, il entretient de bonnes relations avec Théodore le Grand, roi des Ostrogoths, qui règne sur l'Italie, et aimerait établir de nouvelles alliances politiques.
 
  Pour cela, il a envoyé des ambassadeurs auprès du roi de Burgondie, Gondebaud, dans le but de rencontrer secrètement sa nièce Clotilde pour demander si elle consentirait à épouser le roi des Francs. Celle-ci accepte et sans en avertir son oncle, on procède à un échange d'anneaux en guise de promesse.
  "Elle est sage et belle" rapportent les envoyés à leur retour. C'est décidé, elle deviendra son épouse et la reine des Francs.

  Clotilde ou Chlotilde est née en 475. Fille du roi Burgonde Chilpéric II, frère de Gondebaud, elle fut épargnée lors du massacre de ses parents par son oncle paternel. Grégoire de Tours, qui rapporte cet évènement, précise en effet que Gondebaud assassina son frère et fit jeter son épouse dans le Rhône avec une pierre attachée au cou, avant de recueillir ses deux nièces Chrona et Chlothilde dans son propre palais.
  Chilpéric "guerrier très victorieux", bien qu'entouré de conseillés hostiles au catholicisme s'est montré durant son règne respectueux envers les évêques et notamment l'évêque Patiens (dont le roi admirait les festins mais dont la reine louait les jeûnes selon Sidoine Apollinaire), prélat à qui il permit de construire de nouvelles églises. Il permit aux évêques de fructueuses prédications et protégea ses administrés catholiques comme Gundioc, le grand-père de Clotilde, l'avait fait. Chilpéric fut d'une part un roi burgonde mais d'autre part il fut puissamment soutenu par quelques-uns des derniers empereurs d'Occident qui lui accordèrent, en 473 semble t-il la charge de maître des deux milices et celle de patrice. Il a donc revêtu les charges les plus importantes qui apparentent un roi barbare aux membres de la noblesse romaine.
  La mère de Clotilde fut l'une des plus saintes femmes de son temps, et remplie des vertus propres aux meilleures des reines, voire des impératrices.
Comme sa mère le fut, Clotilde est une fervente catholique, elle a été élevée dans un monastère par sa grand-mère maternelle, et cottoie à la cour de son oncle,Caretène, la principale épouse de celui-ci, elle même chrétienne. Par l'un et l'autre de ses parents, par son éducation elle n'a plus rien d'une barbare.
  C'est une princesse catholique de grand lignage que Clovis a choisit pour épouse et pour reine. 
 
  Gondebaud qui a assassiné ou fait assassiner deux de ses frères, Clilpéric II mais aussi Godomar II, afin de n'avoir plus à partager le royaume qu'avec son troisième frère Godégisèle, a besoin de se trouver des alliés. Attaqué par les Alamans qu'il a réussi à repousser aux confins de la Suisse, il s'inquiète de la réussite de Clovis. Aussi lorsque ce-dernier délègue son conseillé Aurélius "illustre Gaulois" pour demander la main de Clotilde, Gondebaud s'empresse d'accepter.
  Aussitôt il fait préparer le trousseau "et tout ce que réclame les noces d'une telle princesse", et remet sa jolie nièce aux envoyés de Clovis. Sans attendre, la fiancé monte sur une "basterne", ce char à boeuf utilisé par les gallo-romains qui est suivi de chariots chargés de ses bagages, et prend la route du nord pour rejoindre son fiancé.

  De retour de Constantinople, Aridius ministre et confident de Gondebaud apprend à son arrivé à Marseille que le roi burgonde a donné la main de Clotilde à Clovis. Celui-ci voit d'un très mauvais oeil l'union à venir, il soupçonne la princesse, une fois devenue reine de vouloir venger l'assassina de sa famille. Des cavaliers sont lancés à la poursuite du convoi princier. Mais Clotilde informée du retour imminent d'Aridius, et sachant qu'il chercherait à empêcher ce mariage ne reste pas longtemps à bord du chariot trop lent. Elle grimpe sur un cheval et fonce à bride abattue rejoindre son futur époux.
  De son côté, Clovis a quitté Soissons avec une petite armée pour aller à la rencontre de sa fiancée. Il passe par Reims, Châllons-sur-Marne, Arcis-sur-Aube et Troyes. La rencontre a lieu à Villery, un petit village situé à une vingtaine de kilomètres au sud de Troyes. Sur une colline situé à la sortie de Villery se trouve un ancien camp romain, qui permet, en grimpant dans une petite tour, d'observer la région. Et lorsque la princesse et son escorte apparaissent à l'horizon, Clovis s'empresse d'aller l'accueillir.
  Clotilde et Clovis sont réunis, la poursuite engagée par l'armée burgonde à échoué.
  Dès que Clotilde descend de son cheval, le roi Franc est frappé par sa beauté et sa jeunesse. "Quand il l'eut vue, le roi fut rempli d'une grande joie". En d'autres termes, c'est le coup de foudre.
  Quelque jours plus tard, c'est la mariage qui eut lieu à Soisson, et dont on ignore sur quel rite religieux il fut célébré; puis les importantes fêtes qui accompagne un mariage royal. Clotilde a 18 ans, Clovis 27 ans. Comme l'explique le grand historien Belge Godefroy Kurth dans le livre paru en 1896, qu'il consacra à Clovis, ce mariage fut heureux : Dès les premiers jours le jeune roi barbare s'attacha d'un coeur sincère à l'épouse de son choix. Il lui laissa prendre sur sa vie un grand et salutaire ascendant, et Clotilde devint le bon génie de ce héro sauvage. Il lui resta fidèle : nulle part on ne voit que, comme tant de ses successeurs, il lui est infligé l'injurieux partage de son affection avec des rivales. Elle fut la reine de son coeur comme elle était la reine de son peuple.

  Quelques temps après, Clotilde tomba enceinte. Bien que païen, Clovis consentit, pour complaire à Clotilde, à laisser baptiser le premier fils qu'elle lui donna. La reine présenta elle-même au baptême son enfant mais dans la semaine même l'enfant tomba malade et mourut. « Si cet enfant avait été consacré au nom de mes dieux, dit Clovis, il serait vivant ; mais comme il a été baptisé au nom de votre Dieu, il n'a pu vivre. »

  La colère de Clovis se calma peu à peu, et peu à peu aussi l'influence de Clotilde s'accrut ; sa grande intelligence, nourrie par les méditations et les instructions religieuses, l'avaient rendue assez maîtresse du cœur de son époux pour que celui-ci soit à nouveau réceptif de la foi de son épouse.
  A la naissance de leur second enfant, le roi céda aux nouvelles instances de la reine, et permit que celui-ci fût aussi baptisé. Mais l'enfant tomba encore malade après la cérémonie du baptême, et Clovis entra de nouveau en fureur. « Que peut-il lui arriver, sinon ce qui est arrivé à son frère, répétait-il, c'est-à-dire qu'il meurt après avoir été baptisé au nom de votre Christ ? »Mais les prières de Clotilde furent entendues et Clodomir ne mourut pas, et trois autres enfants naquirent : Childebert, Clotaire et Clotilde.
  Depuis cet évènement,Clovis protégea en toute occasion la religion chrétienne. Par ses victoires et par sa politique il affermit le pouvoir des Francs et amena la destruction de l'arianisme.
  Après la mort de Clovis, Clotilde qui était proche de ses enfants, les amena à monter une expédition contre le royaume burgonde des fils de Gondebaud, vraisemblablement pour venger ses parents assassinés (selon Grégoire de Tours). Suite à cette guerre, son fils Clodomir fut tué à la bataille de Vézeronce.
    Elle ne voyait dans sa famille aucun sujet de consolation. D'une part ses fils se faisaient la guerre, de l'autre elle avait marié sa fille Clotilde à Amalaric, roi des Wisigoths, qui ne cessa de persécuter sa femme à cause de sa fidélité au culte catholique. Quand la fille des Francs se rendait à l'église, elle était insultée publiquement par l'ordre du roi, recevait de la boue et des immondices ; à son retour au palais, si elle se plaignait, le roi la frappait de sa propre main.
  Pour secourir sa fille, elle poussa Childebert à attaquer le mari de celle-ci. Childebert qui n'attendait qu'un prétexte pour s'attaquer au royaume Wisigoth leva aussitôt une armée et se lança via l'Auvergne, au secours de sa soeur. Amalaric tenta de s'enfuir à bord d'un de ses vaisseaux mais non content d'être une brute, celui-ci était aussi étourdi puisque pris de panique il était parti en laissant son trésor à Narbonne. Ordre fut donné à la flotte de faire demi-tour. De retour dans son palais, le roi Wisigoths'empressa de rassembler ses richesses mais avant qu'il eut terminé, on l'averti que les troupes de Childebert étaient entrées dans Narbonne. Abandonnantses trésors et ses insignes royaux, il se précipita vers l'église catholique pour, comble de l'ironie, y demander l'asile.
  Mais, selon la chronique de Saragosse, un soldat franc l'appréhenda, le reconnu et le tua. Childebert 1er s'empara du trésor d'Amalaric et libéra sa soeur. Hélas, celle-ci était dans un si triste état qu'elle mourut sur le chemin du retour à Paris. Childebertramena sa dépouille dans la capitale où il l'a fit enterrer aux côtés de leur père dans la crypte de l'église Sainte Geneviève.
Toute l'affection que Clotilde avait eue pour Clotilde et Clodomir semblait se reporter sur les trois enfants de ce roi, Gontaire, Chlodoaire, Chlodoald. Childebert et Clotaire voyant les enfants grandir, craignaient que la faveur de la reine ne leur donnât plus tard une part au royaume, et qu'ils ne vinsent à réclamer les droits de leur père. Ils décidèrent de se débarrasser de leurs neveux. Sentant monter l'avidité de ses fils, Clotilde tenta de protéger les trois fils de Clodomir, mais ne put sauver que Clodoald, le futur saint Cloud, tandis que les deux autres étaient massacrés par leurs oncles, horrible habitude de l'époque.  
 
  Après un si grand malheur, Clotilde vécut plus que jamais dans la retraite ; elle déploya, dit Grégoire de Tours, « tant et de si grandes vertus, qu'elle se fit honorer de tous. » On la vit, assidue à l'aumône, traverser les nuits de ses veilles, et demeurer pure par sa fidélité à toutes les choses honnêtes ; elle ornait les temples, veillait avec largesse au

Sainte Clotilde assidue a l'aumone
Sainte Clotilde
assidue à l'aumône

soin des monastères et des églises : le peuple la révérait moins comme une reine que comme une servante de Dieu.

  Elle ne chercha point à punir ses fils du meurtre des enfants de Clodomir. Elle tenta plusieurs fois d'apaiser leurs querelles. On nous raconte que Théodebert, fils de Théodoric, s'étant uni contre Clotaire avec son oncle Childebert, la reine, pour obtenir leur réconciliation, passa toute une nuit prosternée en oraison sur le tombeau de saint Martin ; le lendemain un orage effroyable éclata sur le camp de Childebert. Les rois y virent un avertissement du ciel ; ils envoyèrent des messagers à Clotaireen lui faisant demanderde vivre en paix et en union. La réconciliation faite, ils retournèrent chez eux, et personne, dit le pieux évêque de Tours, ne put douter que cette bienheureuse pacification ne fût due à l'intercession de la reine.

Clotilde mourut à Tours, en 545, sous le pontificat de l'évêque Injuriosus. Ses fils la firent transporter à Paris, afin qu'elle pût y être inhumée aux côtés de son époux, dans le Monastère des Saints-Apôtres devenu l'Abbaye Sainte-Geneviève. Les cantiques sacrés chantés par des chœurs nombreux et répétés par une grande affluence de peuple, de guerriers, de pauvres et de simples femmes, attestaient le respect que les contemporains de Clotilde portaient à son caractère et à ses vertus.

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