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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 16:41

  À la mort de Childebert, Clotaire hérita de l’intégralité du royaume de son père Clovis. Il devint alors le deuxième roi de France.clotaire1er

   Clotaire eut l’ambition de son père sans en avoir les vertus. Il reconstitua le royaume de Clovis, mais n’exerça pas avec la même autorité ni la même sagesse. Loin d’administrer son royaume dans l’intérêt de ses sujets, il combattit les siens et mena des guerres qui dévastèrent les terres, tuèrent des gens et ruinèrent l’économie.

 

  À la mort de son père, Clotaire a 14 ans. Du royaume divisé entre les quatre fils duclo-clot-chil-thie roi des Francs, il hérite de la plus petite portion mais c’est celle dont son père avait lui-même hérité. Le voilà roi de Soissons, royaume exigüe, mais compensé par l’aspect historique de celui-ci. Composé d’importantes cités gallo-romaines devenues sièges épiscopaux, comme Laon, Noyon, Cambrai, Arras, Thérouanne et Tournais le royaume de Clotaire comprend logiquement Soissons, avec son riche palais qui avait été la résidence successive des proconsuls romains (Aetius, Egide, Paul, Syagrius), ainsi que de son père Clovis.


   Vers 520, Sigismond roi de Burgondie fait étrangler son fils Sigéric qu’il soupçonne de vouloir lui ravir le trône. Les héritiers de Clovis apprenant la nouvelle, décident d’aller punir Sigismond qui est de plus le cousin de la reine Clotilde. C’est aussi et surtout l’occasion de s’emparer de la Burgondie. Clotaire, Childebert et Clodomir lèvent donc des troupes, tandis que Thierry, gendre de Sigismond ne participe pas à l’expédition. Les trois frères, s’imposent face aux armées burgondes, et s’emparent du territoire. Clodomir étant le seul à avoir une frontière attenante à la Burgondie, c’est lui qui prend possession des terres, Clotaire et Childebert se dédommageant probablement  avec le trésor royal.

Sigismond a été capturé par Clodomir. Mais Gondomar, son frère, reçoit l’appui de Théodoric le Grand, roi des Ostrogoths installés en Italie, et reprend possession de la Burgondie. Voilà qui ne plait guère à Clotaire et Childebert qui ne se privent pas d’en faire le reproche à leur frère. Humilié, Clodomir fait éxécuter Sigismond et sa famille, puis, en 524, repart à la conquête de la Burgondie.

  Cette fois-ci, c’est Thierry qui l’accompagne. Les deux frères ne rencontrent que peu de résistance. Rapidement dominé, Gondomar se réfugie dans les Alpes. Clodomir se rue à sa poursuite, mais prit dans un embuscade, il perd la vie.

  Mis rapidement au courant des événements, Clotaire décide de tirer les marrons du feu. Pendant que Thierry regagne l’Austrasie, et que Childebert hésite sur les décisions à prendre, il entre dans Orléans avec sa truste et envahit le palais où se trouvent encore Gontheuque, la femme de Clodomir, avec ses trois jeunes fils. Malgré les protestations de la jeune femme, il déclare qu’elle devient son épouse. Du même coup, il prend possession du royaume de Clodomir ainsi que de son trésor. Clotilde, apprenant la mort de son ainé et le sort fait à sa veuve, se rend aussitôt à Paris et demande à Childebert de réclamer pour elle ses trois petits-fils. Clotaire les remet volontiers aux envoyés chargés de cette mission. Il possède maintenant sans opposition de ses frères, le beau royaume de Clodomir : toute la moyenne et basse vallée de la Loire, avec ses places fortes, ses vignes et ses vergers. Il ne demande pas autre chose. Ces trois gamins n’auraient fait que lui compliquer la vie.


  La situation matrimoniale de Clotaire est fort compliquée, si comme ses frères, il a été élevé dans la foi catholique, il a conservé certaines coutumes héritées de ses ancêtres germaniques.  Il est luxurieux, avide, et désire s’approprier territoires et richesses par n’importe quel moyen. Et les femmes font parties de ces moyens. Il avait épousé, quand il avait à peine vingt ans, une jeune fille du nom d’Ingonde qui appartenait à son entourage et qui était probablement de basse extraction. Nous ne savons rien d’elle, sinon qu’elle mit au monde successivement cinq fils et au moins une fille. Celle-ci qui portait le nom de Closinde, épousa plus tard le roi des Lombards Alboin. Les deux premiers fils, Gonthier et Childéric, moururent en bas âge. Les trois suivants, Charibert, Gontran et Sigebert, devaient grandir dans l’ombre de leur père et hériter d’une partie de son royaume.

  On pouvait supposer qu’Ingonde, quand son royal mari fit de Gontheuque sa femme, protesta avec véhémence ; qu’il y eut même entre eux une entrevue orageuse. Il n’en fut rien ; car Ingonde, n’étant pas princesse de sang, était tolérée dans la maison du roi, qui était plus son maître que son époux. C’était là un statut très commode, pour le maître comme pour son épouse morganique. Le maître pouvait en effet s’en défaire quand il voulait, car c’était un lien précaire ; et l’épouse se trouvait de toute façon heureuse d’avoir été choisie, elle, femme de condition modeste, pour entrer dans le lit du maître. Tandis que Gontheuque étant de haute noblesse, il était légitime que le roi l’épousât. Et l’on peut d’autant moins parler de rivalité entre les deux femmes que Clotaire avait choisi l’une par amour et l’autre par intérêt. La seconde tout en ayant des droits théoriques supérieurs, n’était en fait qu’une royale prisonnière.

  Ces mœurs apparaissaient clairement dans une anecdote que nous rapporte sans broncher le pieux Grégoire de Tours. Alors que Clotaire n’avait encore pour épouse qu’Ingonde, qu’il aimait passionnément, celle-ci lui tint ce propos :

_ Mon maître a fait de sa servante selon son bon plaisir, et lui a ouvert son lit. S’il veut mettre le comble à ses bienfaits, que mon seigneur le roi veuille écouter une demande sa servante. Daignez, je vous en prie, choisir pour ma sœur, qui est votre esclave, un mari agréable et fortuné, pour que je n’en sois plus humiliée, et que, enorgueillie, je vous serve plus fidèlement.

  Clotaire se rendit donc dans la ville où était restée sa belle sœur Arégonde, pour voir à quoi celle-ci ressemblait, et ainsi choisir à qui il l’a mariera. Clotaire fut ébloui par la beauté de la jeune femme. « Le roi qui était débauché à l’excès, dit Grégoire de Tours, fut enflammé de passion pour Arégonde ; et il se l’associa par un mariage ». On voit ce qu’est ce type d’union : celui qui, selon la coutume germanique, permet à un homme de condition élevée de prendre officiellement une femme de condition inférieure, en attendant de s’unir pour la vie à une autre, choisie dans sa caste. C’était cette sorte d’union qu’avait pratiquée Clovis avec la mère de Thierry avant d’épouser Clotilde. Mais Clovis pour autant que nous puissions le savoir, n’avait alors qu’une seule concubine, qu’il renvoya lorsqu’il eut conclu un mariage légitime. Clotaire, lui, non seulement ne renvoie pas Ingonde quand il épouse la reine Gontheuque, mais il lui ajoute une nouvelle concubine : une véritable polygamie. Et qu’en pensaient les évêques gaulois ? Il semble bien que, tout en prêchant la sainteté du mariage monogame, ils toléraient, comme impossible à éviter, cette coutume ancestrale d’un peuple trop fidèle à sa loi.

  De retour à son palais, Clotaire déclara à Ingonde qu’il avait trouvé l’époux parfait pour sa sœur : lui-même ! Elle n’en fit pas un drame, le principal était de ne pas se faire chasser du palais. Et Arégonde donna naissance à un fils, Chilpéric, nom du grand-père maternel de Clotaire.


  En confiant les enfants de Clodomir à Clotilde, Clotaire semble avoir oublié qu’ils sont les héritiers légitimes du royaume de leur père. Or, ces enfants vont grandir, être éduqués, instruits, entrainés à la guerre, et un jour réclameront leur dû.

  Clotaire et Childebert ne l’entendent pas ainsi, ils se réunissent pour prendre une décision sur la conduite à tenir. Deux options leur apparaissent : soit les héritiers ont le crâne tondu, ce qui signifie leur destitution ; soit, ils doivent mourir.

  Clotilde reçoit un message de Childebert et Clotaire, l'invitant à leur faire parvenir Théodebald, Gunther et Clodoald afin de proclamer leur royauté. Mais aussitôt arrivés,massacre-enfants-de-clodomir Clotaire assassine l'aîné, Théodebald, d'un coup de couteau dans l'aisselle. Épouvanté, Gunther se jete aux pieds de Childebert qui, choqué est sur le point de céder aux suppliques de son neveu, mais Clotaire lui fait alors remarquer qu'il était à l'origine de l'entreprise, Childebert repousse alors Gunther contre Clotaire qui l'égorge. Au moment de s’en prendre à Clodoald, celui-ci a disparu. Ses protecteurs, probablement d’anciens amis de son père, avait réussi à le soustraire à ses odieux oncles, puis le conduisirent en Provence, hors de portée de ceux-ci. Ayant préféré renoncer à la royauté plutôt qu'à la vie, il se fera tondre les cheveux. Mieux connu sous le nom de saint Cloud, il deviendra par la suite abbé de Nogent-sur-Seine, lieu qui prit ensuite le nom de Saint-Cloud.

 

  En, 531, Thierry annexe la Thuringe. La conquête n’a pas été facile et Thierry a même dû faire appel à Clotaire pour triompher. Naturellement, Clotaire a droit à sa part du butin, mais il se montre trop gourmand, et les deux frères n’arrivent pas à s’entendre. Il se montre à ce point insupportable que Thierry projette de se débarrasser de lui. Mais il manque un peu d’imagination et le piège qu’il temps à son frère est trop grossier : S’étant installé dans la résidence principale de rois de Thuringe, il fait appeler Clotaire pour discuter à nouveau des suites de leur victoire. Les murs de la pièce où il siégeait étant luxueusement couverts de tentures ; derrière lesquels des guerriers armés étaient posté, mais il n’avait pas remarqué que leurs pieds dépassaient. Clotaire entre dans la pièce, voit tout de suite le danger, fait immédiatement demi-tour, puis revient au bout de quelques minutes entourés de solides antrustions. Le guet-apens a échoué, et bien évidement, Thierry s’excuse d’avoir fait peur à son frère auquel, bien entendu, il ne veut aucun mal.


  Les deux frères finissent par s’entendre sur le partage du butin. À une exception près :radegonde01 la fille du roi défunt Berthar, qui n’a pas fui devant les combats. Elle s’appelle Radegonde, elle a douze ans. La jeune fille est très belle et est de sang royal, aussi les deux frères ont-ils l’intention de l’épouser lorsqu’elle aura atteint l’âge de se marier. La querelle reprend de plus belle jusqu’à ce que Clotaire menace Thierry de prendre les armes s’il ne cède pas. La campagne contre les Thuringiens a été prolifique, à quoi bon risquer de tout perdre pour une femme se dit Thierry, qui renonce à la princesse.

Clotaire emmena donc Radegonde avec ses esclaves et ses trésors dans l’une de ses villas, à Athies, dans les sud-est de l’actuel département de la Somme. Il la fit élever comme une future reine ; non seulement il l’entoura d’un luxe royal, avec des servantes dévouées et des gardes efficaces, mais il lui fit donner une éducation intellectuelle et religieuse.

Quand Radegonde fut en âge de prendre époux, Clotaire ordonna que l’on prépare la cérémonie de mariage. Mais la jeune femme déteste son futur époux, très pieuse, il n’estRadegonde_a_la_table_de_Clotaire.JPG pas question pour elle d’épouser cet homme violent et libidineux. Elle décide donc de prendre la fuite[1]. La rocambolesque escapade est un échec, Radegonde s’en remet donc à la Providence. Elle sera l’épouse de Clotaire et reine des Francs. 

Une épouse bien distante en vérité, qui ne vit pas à la cour et qui lorsqu’elle partage le lit de son époux lui fait bien comprendre son désintérêt.

 

 

 

[1] voir l'article : Radegonde, épouse de Clotaire Ier

Image 1 :  Portrait de Clotaire 1er éxécuté par Jean-Louis Bézard (2ème quart du 19e siècle)

Source : Clotaire Ier Fils de Clovis, Ivan Gobry éd. Pygmalion _ Venance Fortunat, Vie de Radegonde

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