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13 octobre 2012 6 13 /10 /octobre /2012 07:28

             Vercingétorix

 

     Chapitre XX - Transformation de la Gaule.

 

4. Transformation des grands dieux.

 

Les dieux, au contraire, ne sortirent pas de leurs sanctuaires : ils se transformèrent sur place, aussi rapidement que les hommes. Déjà, et même avant Vercingétorix, ils avaient dans leur caractère et leur attitude quelques traits de ressemblance avec les dieux de la Grèce et de Rome. Quand César parle de Bélénus et de Teutatès, il les appelle, à la Latine, Apollon et Mercure. Ils lui paraissent si voisins des dieux publics du peuple romain, qu’il se plait à ne point distinguer les uns et les autres : comme s’il voulait montrer aux Gaulois qu’adorant des divinités semblables à celles de Rome, ils pouvaient bien obéir à son proconsul. De fait, pendant la guerre de l’indépendance, les patriotes ont pu croire que leurs dieux s’entendaient avec Rome : c’est la divinité, disaient-ils, qui aidait les légionnaires à construire leurs formidables engins de siège ; c’est elle qui a trahi Uxellodunum.

Les divinités celtiques, pas plus que celles de l’Italie et de la Grèce, n’avaient la haine tenace. Elles étaient faites à l’image d’Éporédorix et de Diviciac. Elles ignoraient l’âpre obstination des dieux sémitiques, la folie courageuse des patrons d’Hasdrubal et de Barcochébas, le tempérament irréductible de Iahvé. Dès les temps de Vercingétorix et de Lucter, Bélénus et Teutatès s’estompaient dans le crépuscule en prenant peu à peu une forme latine, tandis que les deux grands chefs se dressaient, toujours en armes, sur les hauts lieux de leur patrie.

Les Gaulois, une fois soumis, affublèrent de titres romains plus volontiers encore leursmercure-gallo-romain1 dieux que leurs familles et leurs villes. Le nom de Bélénus fut rapidement oublié pour celui d’Apollon. Les divinités des montagnes et des sources arvernes se dissimulèrent sous la protection de Jupiter ou de Mars. Le principal dieu gaulois changea, de gré ou de force, son nom de Teutatès en celui de Mercure ; et, ce qui fut plus grave, il reçut un à un les attributs du dieu gréco-romain, le pétase et le caducée, la bourse et les talonnières, l’élégance et la jeunesse.

Ne disons pas que Teutatès fut chassé par Mercure de son sanctuaire. Ce qui se produisit fut tout différent. Les peuples continuèrent à visiter les mêmes temples, à gravir les mêmes sentiers qui conduisaient aux sommets consacrés ; ils n’eurent pas à modifier leurs habitudes de prières et leurs chemins de dévotions ; et ils ne trouvèrent pas subitement un dieu romain à la place du dieu celtique. Ce fut celui-ci qui se transfigura par degrés, qui se perfectionna, comme un fils de Gaulois sous les leçons des rhéteurs latins.

 

5. Le Puy de Dôme cent ans après Vercingétorix.

 

Au temps de Néron, un siècle après la chute d’Alésia, la Gaule avait à peu près fini sa transformation extérieure : je ne parle, bien entendu, que de la noblesse, des grands dieux, et des villes capitales.

Nulle part, alors, on n’avait une impression plus nette et plus forte de ce qu’elle était devenue, qu’en s’arrêtant au sommet du Puy de Dôme, et en contemplant l’horizon arverne, celui sur lequel s’était si souvent posé le regard de Vercingétorix. — La vieille montagne autrefois l’asile redouté d’une divinité aux rites sanglants, est maintenant la résidence d’un dieu à la figure accorte et à l’humeur hospitalière, dont la statue colossale rayonne au milieu des bigarrures des marbres précieux. Dans la plaine prochaine, Augustonémétum ou Clermont apparaît avec ses temples au fronton grec et ses statues en toge romaine. Et en face de la cité nouvelle, se dresse, solitaire et farouche, le mont désert de Gergovie.

 

6. Tentatives de révolte en 69-70 : le congrès de Reims et la fin du patriotisme gaulois.

 

Qu’après cela, l’occasion s’offre à la Gaule de reconquérir sa liberté : on peut être sûr qu’elle ne la saisira pas.

Au milieu des désordres qui accompagnèrent la mort de Néron (69), l’empire romain parut entièrement disloqué, et le symbole même de sa grandeur, le Capitole, s’effondra dans l’incendie. Comme au moment des guerres civiles qui avaient suivi le départ de César et le passage du Rubicon, les bardes se remirent à chanter ou les druides à prophétiser : Même après la bataille de l’Allia, disaient-ils, le Capitole était resté debout, et l’empire de Rome avec lui : le voilà tombé maintenant, les dieux ont allumé son incendie comme un signal de leur colère, comme un présage pour assurer aux nations celtiques la conquête de l’univers. Quelques chefs, s’enthousiasmant à leur tour dans la verve de leurs entretiens, crurent à l’avènement de l’empire des Gaules ; ils s’écriaient, imitant Vercingétorix après Avaricum, que leur race, lancée sur le monde, ne s’arrêterait plus qu’au gré de sa volonté : et ceux qui entendaient ces harangues croyaient et applaudissaient (70).

Mais chants de poètes, prophéties de prêtres, propos d’exaltés, n’étaient plus alors que de vains bruits, l’écho vague et inconscient des choses d’autrefois. Ni les peuples ni les dieux de la Gaule ne comprenaient le sens de ces grands mots.

La prudence revint aussi vite que la folie. Un conseil général se réunit à Reims, pour délibérer sur la paix ou la liberté : la liberté celtique ou la paix romaine. Mais ce congrès ne ressemblait que par son titre et par le nombre des chefs à celui du Mont Beuvray. Tout y était d’aspect romain. La plupart, et peut-être la totalité de ces hommes, étaient citoyens, et portaient des noms latins. La ville où ils siégeaient, librement étendue dans la plaine, était une cité moderne, et ne connaissait plus que les dieux nouveaux, Mercure, Rome et Auguste. Enfin, les paroles qui furent prononcées montrèrent que les âmes avaient changé comme l’extérieur.

Un délégué trévire s’éleva avec violence contre l’empire romain. Un chef rémois lui répondit, en célébrant les bienfaits de la paix et les avantages de la soumission. L’assemblée loua les intentions du Trévire et adopta les sentiments du Rémois.

Ce qui l’inquiéta le plus, ce fut l’incertitude du lendemain : Si l’on se levait contre Rome, à quelle nation reviendrait l’honneur de commander ? Si l’on remportait la victoire, quelle ville serait la capitale du nouvel empire ? Il y eut même des chefs qui, dans le cours des débats, affirmèrent les droits de leur peuple au principat de la Gaule, comme avaient fait les Éduens avant l’assemblée du Mont Beuvray.

Cela suffit pour décider le congrès de Reims à faire une déclaration de fidélité au peuple romain. Par crainte d’une hégémonie celtique, les Gaulois préférèrent l’égalité dans la dépendance, et ils attendirent avec respect les ordres du légat de Vespasien.

Les rivalités qui avaient assuré la victoire de César subsistaient toujours en Gaule ; mais il n’y restait plus aucun des sentiments qui avaient inspiré Vercingétorix.

 

À suivre...

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Published by Lutece - dans Livres-Romans
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