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26 septembre 2012 3 26 /09 /septembre /2012 07:28

             Vercingétorix

 

      Chapitre XVIII - Vercingétorix se rend à César.

 

1. Dernière défaite de l’armée de secours.

 

Vercingétorix put, pendant la nuit, établir le bilan de la défaite.

Ce qu’il avait éprouvé lui-même et ce que ses hommes avaient vu du haut des remparts, signifiait qu’Alésia était perdue. Trois fois il s’était heurté aux lignes de la plaine, sans avoir pu entamer la terrasse ; il l’avait ouverte enfin sur les lignes d’en haut, mais les légionnaires avaient fermé la brèche de leurs propres corps, et aucun allié du dehors n’était apparu sur ce point pour le soutenir et pour prendre à dos ses adversaires. Ilvercingetorix21.png était évident pour lui, non seulement que toute la Gaule ne s’était point levée à son ordre, mais que, de ceux qui étaient venus, les deux tiers n’avaient point bougé à ses cris. Vercingétorix devina peut-être, à cette absence des uns, un refus d’obéir, à cette abstention des autres ; un abandon pire qu’une trahison. Les seules troupes qu’on avait vues faire leur devoir, celles de son cousin Vercassivellaun, avaient été écrasées, et c’était de leurs dépouilles que se jonchaient à cette heure les camps de César.

Ce que Vercingétorix ignorait du désastre était plus considérable encore, et engageait les destinées de la Gaule après celles d’Alésia. César, le soir de l’assaut, avait vigoureusement pressé les fuyards, et ses cavaliers en firent un tel carnage que bien peu d’hommes purent regagner sains et saufs les camps gaulois. Sédulius, chef de guerre et magistrat des Lémoviques, fut tué ; Vercassivellaun fut pris vivant dans la fuite ; 74 enseignes de tribus furent apportées à César.

Restaient les 190.000 hommes qui n’avaient point donné ce jour-là. Il ne semble pas qu’ils se soient beaucoup aventurés hors de leurs camps. Ils y revinrent à la première alerte. Ils s’en échappèrent au premier bruit de la défaite. Si les soldats de César n’avaient pas été brisés de fatigue, après avoir passé la journée entière à marcher ou à combattre, ils auraient pu détruire ou prendre leurs adversaires jusqu’au dernier corps.

Cependant, le proconsul ne renonça pas tout à fait à cette espérance. Il laissa s’écouler dans le repos les premières heures de la nuit ; vers minuit, il envoya ses cavaliers et 3.000 fantassins pour couper la route aux dernières bandes en retraite. Lui-même se mit à leur poursuite avec d’autres troupes, au lever du jour. Quand les Gaulois l’aperçurent en si petit équipage, ils eurent un moment l’illusion de la revanche, et l’accueillirent, dit-on, avec des éclats de rire. Mais ce ne fut que la joie d’un instant : les autres Romains arrivaient par derrière, leurs ennemis perdirent la tête, et ne leur laissèrent plus que la peine de prendre ou de tuer. Ce fut, raconta-t-on plus tard, la plus vaste boucherie de Gaulois que César eût ordonnée en huit ans.

Ceux qui échappèrent, et notamment les principaux chefs, se hâtèrent de se séparer, gagnant, chacun de son côté, les refuges de leurs cités ou de leurs clans. La grande armée de la Gaule s’était évanouie et dissipée, comme le spectre d’une nuit de cauchemar.

 

2. De la possibilité de continuer la lutte. Les chefs survivants.

 

Mais, si l’effort collectif du nom celtique était à jamais rompu, si aucun chef ni aucune nation n’étaient désormais capables de grouper toutes les volontés en un seul corps, il était encore possible d’organiser, dans presque toutes les cités de la Gaule, de belles résistances, comme l’avait fait Ambiorix en 53 dans les forêts marécageuses du pays éburon.

Sans doute, c’en était fait du patriotisme public des deux plus grands peuples, les Arvernes et les Éduens. Vercassivellaun pris, Vercingétorix près de l’être, les autres chefs arvernes du dehors ne songeaient plus qu’à se rendre aux meilleures conditions, et à se retrouver tranquilles et considérés comme au temps de Cobannitio. Les Éduens, et parmi eux Viridomar et Éporédorix, espéraient la même chose, et une autre encore : regagner, avec la faveur de César, l’hégémonie qu’il avait une première fois donnée à leur peuple. Les patriotes ne pouvaient compter sur les refuges de Gergovie et de Bibracte, presque déjà promis au vainqueur par la pensée des chefs. Mais Vercingétorix avait, en ses amis, une monnaie d’excellent aloi, et les places fortes du plateau central offraient d’imprenables réduits aux dernières résistances.

Lucter, le chef cadurque, était vivant, et il possédait, sur l’autre versant des monts arvernes, la ville et le puy d’Uxellodunum (Issolu près Vayrac ?), qui valait presque Gergovie. Dumnac, le chef des Andes, Gutuatr, celui des Carnutes et l’homme de Génabum, d’autres en Armorique, étaient décidés à ne point poser les armes. Le Sénon Drappès, qui ne faisait qu’un avec Lucter, était prêt à toutes les folies. Les Bituriges hésitaient à se soumettre. Même les Éduens étaient représentés, dans ce groupe d’indomptables, par un des leurs, Sur, qui fuyait vers les Trévires pour pouvoir combattre encore. Car les Trévires étaient toujours à réduire, et les Bellovaques étaient plus que jamais désireux de faire la guerre en leur nom : leur chef Correus, qui avait une haine implacable du nom romain, ne reculerait pas devant la levée en masse de son peuple, et ses voisins, Ambiens d’Amiens, Atrébates d’Arras, Calètes du pays de Caux, Véliocasses de la basse Seine, étaient disposés à se joindre à lui. Les Aulerques eux-mêmes n’étaient pas brisés par la mort de Camulogène et la défaite de Paris. Comm l’Atrébate était sain et sauf, entêté dans son serment, et il avait, comme on sait, des amis dans tout le Nord. Les Gaulois pouvaient, par delà l’Océan, appeler à leur secours leurs frères de Bretagne, comme ils l’avaient déjà fait. Il leur restait aussi la ressource de se payer des Germains contre César : Comm se faisait fort de lever des hommes chez les peuples du Rhin, toujours enclins à combattre le maître de la Gaule, quel qu’il fût. Enfin, les vaincus savaient que le proconsulat de leur vainqueur prenait fin à deux ans de là : s’ils pouvaient traîner la lutte une couple d’années, le jour où César quitterait le pays, la partie redeviendrait égale entre eux et les Romains.

Ainsi, de Cahors à Angers, de Bourges à Arras, de Rouen à Trèves, un cercle d’hommes décidés environnait encore César, et il suffisait peut-être de l’ordre d’un seul pour allumer autour du vainqueur, sur le sol de presque toute la Gaule, les mêmes foyers d’incendie qu’au printemps, aux abords d’Avaricum. Seul, Vercingétorix pouvait être ce chef et donner cet ordre.

 

3. Vercingétorix prend la résolution de se rendre.

 

Il fallait, pour cela, qu’il s’échappât d’Alésia. Un écrivain ancien a dit que la chose n’était pas impossible. De fait, il ne devait pas être malaisé à un homme seul, hardi, vigoureux, sans blessure, de forcer les lignes romaines, ébréchées dans les combats de la veille, et privées d’un bon nombre de leurs gardiens occupés à la poursuite des fugitifs. Mais Vercingétorix ne voulut pas tenter cette aventure.

Demeurant à Alésia, il aurait pu proposer aux siens, jusqu’à épuisement de leurs forces, un dernier assaut des retranchements de César : ce n’eût pas été le salut, mais la gloire d’une mort en commun, les armes à la main. Sur le champ de bataille de Paris, Camulogène et les siens avaient donné le modèle de cet acharnement au combat qui est la plus belle forme du suicide collectif. Vercingétorix ne songea pas à imiter cet exemple,

Il décida de rester et de se rendre. Nous sommes condamnés à ignorer toujours les motifs qui inspirèrent sa résolution. Il n’est pas interdit cependant de supposer, d’après ses paroles et son attitude du lendemain, quelles pensées l’assaillirent et fixèrent sa volonté durant la nuit de la défaite.

 

À suivre...

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Published by Lutece - dans Livres-Romans
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