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17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 06:24

             Vercingétorix

 

     Chapitre XXI - L'œuvre et le caractère de Vercingétorix

 

1. Résumé et brièveté de sa carrière historique.

 

Vercingétorix survécut six ans à sa défaite ; mais sa carrière historique finit à l’instant où César ordonna de le traiter en captif.

Elle avait commencé il y avait moins d’un an : elle tenait à peine dans trois saisons. Vercingétorix était apparu au cours de l’hiver : il disparaissait avant que l’hiver fût revenu. L’épopée dont il avait été le héros dura l’espace de dix mois.

En décembre et en janvier, c’est l’insurrection de la Gaule qui s’organise, en un clin d’oeil, dans un pays que César regardait comme soumis. En mais, c’est le siège d’Avaricum, où Vercingétorix montra pour la première fois à son adversaire une armée celtique qui sût obéir à la discipline. En mai, la résistance de Gergovie ne laisse plus à César que l’espoir de la retraite. Puis, brusquement, en été, survient cette bataille de Dijon où le proconsul romain ne l’emporta qu’au péril de sa vie. Et enfin, à l’entrée de l’automne, se déroule et finit le triple drame d’Alésia, où près de quatre cent mille hommes se réunirent pour décider du sort de Vercingétorix.

L’œuvre du roi des Arvernes, dans l’histoire des grands ennemis de Rome, n’est point à coup sûr comparable à celle d’Hannibal et de Mithridate ; elle n’en a pas l’étendue, la variété, la portée générale. Vercingétorix n’arma qu’une nation, et les deux autres dirigèrent la moitié du monde. Mais, comme tension de volonté et application d’intelligence, les trois campagnes d’Avaricum, de Gergovie et d’Alésia, ramassées en unver2.jpg semestre, valent Trasimène, Cannes et Zama, échelonnées en dix-huit ans.

Puis, le Gaulois eut sur les adversaires de Rome, sur les deux plus grands, Hannibal et Mithridate, comme sur les moindres, Jugurtha, Persée, Philippe, l’avantage de ne combattre qu’avec la force de la jeunesse, et d’être brisé d’un seul coup. À défaut de la victoire, la fortune lui a donné le privilège de ne point vieillir dans la défaite et de ne point s’enlaidir à la recherche d’un asile et dans les craintes de la trahison. Sa courte vie de combattant eut cette élégante beauté qui charmait les anciens et qui était une faveur des dieux.

 

2. Son mérite comme administrateur et son influence sur les hommes.

 

Jugeons de plus près ce qu’il a accompli dans ces dix mois.

Sans avoir fait l’apprentissage de l’autorité, Vercingétorix s’est montré, du premier coup, digne de l’exercer. Je ne parle pas seulement de son mérite de chef militaire, je l’examinerai tout à l’heure. Mais il m’a semblé entrevoir en lui quelques-unes de ces qualités administratives qui donnent seules le droit de gouverner les hommes.

Il a le goût des ordres précis et la volonté d’être ponctuellement obéi ; il fixe des dates, indique des chiffres, marque des lieux de rendez-vous : ses décisions sont prises sans tâtonnement dans la pensée, sans flottement dans l’expression. Il sait que le commandement d’autant mieux exécuté qu’il est plus rapide, plus net et plus clair. Ses secrets sont bien gardés, et c’est une des plus rares vertus des gouvernants que d’obliger leurs auxiliaires à se taire : au moment de la conjuration de la Gaule, tandis que Comm se laisse dénoncer à Labienus, personne ne parait avoir connu les manœuvres de Vercingétorix ; et même au dernier jour d’Alésia, c’est encore à l’improviste qu’il se montre à César.

Il a la perception très lucide de ce qu’il faut faire pour arriver à un résultat déterminé : qu’il s’agisse de masser des troupes sur un même point à l’heure utile, ou d’amener des assemblées d’hommes à se résoudre au jour opportun. Il est réfléchi, consciencieux et logique. Il évalue avec justesse les instruments, soldats ou chefs, étapes de marches ou passions politiques, qu’il lui faut mettre en œuvre. J’imagine qu’il sut jauger les chefs ses égaux, s’il est vrai qu’il les effraya d’abord et les acheta ensuite : et il a reconnu les bons, si Lucter et Drappès ont été ses principaux auxiliaires. Il a l’expérience des faiblesses de la foule : voyez avec quelle habileté il a écarté des Gaulois, impressionnables comme des femmes, la vue des fugitifs d’Avaricum ; et c’est peut-être parce qu’il a soupçonné les lâchetés des grands qu’il s’est offert en victime expiatoire. Ses négociations avec la Gaule furent habiles, puisque après tout il l’a soulevée presque entière, et s’est fait accepter d’elle comme chef.

Sa grande force sur les hommes venait de ce qu’il ne les craignait pas. Il affronta toujours les siens, conseil ou multitude, du même air de bravoure tranquille qu’il affronta, vaincu, le tribunal de César. Aussi obtint-il des Gaulois non certes tout ce qu’il aurait voulu, mais au moins ce que pas un autre Gaulois, avant et après lui, ne put leur imposer. Gens d’indiscipline, il les mata sans relâche. Prés d’Avaricum, ils voulaient combattre : il les laissa à portée de l’ennemi, ne les empêcha pas de le voir, et les fit y renoncer. Au pied de Gergovie, il arrêta à son gré l’élan de la poursuite. L’idéal des soldats celtes était la bataille : il la leur refusa toujours, à une fois près, qui fut la journée de Dijon. Tous ses compagnons tiennent à leurs richesses : il put un jour décider le plus grand nombre à les brûler eux-mêmes. Les Gaulois répugnaient au travail matériel : il les habitua à faire une besogne de terrassiers.

Car il savait la manière de parler et de plaire. En dehors du conseil des chefs, où la jalousie ne désarmait pas toujours, il paraît avoir été fort aimé dans la plèbe des soldats ; elle l’acclamait volontiers, et il est probable que Vercingétorix, comme son prédécesseur Luern, prenait avec elle des allures de démagogue. Il eut en tout cas, d’un chef populaire, l’éloquence fougueuse et entraînante. Même à travers la phrase paisible de César, on devine qu'il était un orateur de premier ordre. Il avait le talent de faire vibrer les passions, et d'en tirer, en toute hâte, les adhésions qui lui étaient nécessaires : peu d'hommes ont su, comme lui, retourner les volontés ou changer les sentiments d'autres hommes. Accusé de trahison au moment où il prend la parole, il termine en étant proclamé le plus grand des chefs. Les Gaulois sont battus à Avaricum, et, sur un mot de Vercingétorix, ils se persuadent presque qu'ils sont invincibles.

Mélange d'entrain et de méthode, de verve et de calcul, l'intelligence de Vercingétorix était de celles qui font les grands manieurs d'hommes : je ne doute pas qu'elle ne fût de taille à organiser un empire aussi bien qu'à sauver une nation. — À moins, toutefois, que le désir de vaincre et la continuité du péril n'aient tendu cette intelligence à l’extrême et ne lui aient donné une vigueur d'exception : tandis qu’en des temps pacifiques, elle se serait peut-être inutilement consumée.

 

À suivre...

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Published by Lutece - dans Livres-Romans
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