Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 06:29

                                                            Vercingétorix

 

Chapitre XIV - La bataille de Paris et la jonction de César et de Labiénus.

 

4. Nouvelle défection des Éduens. César repasse la Loire.

 

Mais les Éduens ne méritèrent ni la confiance de Vercingétorix ni les craintes de l’armée romaine.

Après la défaite de César à Gergovie, ils n’eurent tous qu’une pensée, se joindre au vainqueur. La Gaule allait être délivrée par les Arvernes : les Éduens devaient se hâter de prendre une part de la gloire, s’ils voulaient en revendiquer une dans le partage des récompenses. Aussi, lorsque Litavicc arriva sur le Mont Beuvray, il fut reçu comme un triomphateur ; le vergobret, presque tout le sénat se réunirent à lui ; et on envoya une députation officielle à Vercingétorix pour conclure paix et amitié avec le peuple arverne.

Il ne restait d’Éduens fidèles à César que le contingent commandé par Viridomar et Éporédorix. Les deux chefs ne dirent rien tant que César n’eut point franchi l’Allier. Quand ils se virent près de leur pays, ils lui demandèrent la permission d’y retourner, sous prétexte de faire entendre raison à leurs compatriotes. Le proconsul eut l’air de les croire et les laissa partir, les jugeant peut-être moins fâcheux comme ennemis que comme alliés.

À peine hors du camp, les deux jeunes gens et leurs hommes galopèrent jusqu’à Nevers, jusque-là respecté par les Éduens : ce fut le gage qu’ils résolurent de donner à la trahison, en échange d’une fidélité trop longue à César. Viridomar et Éporédorix égorgèrent la petite garnison romaine, et massacrèrent les négociants italiens, pour lesquels les incertitudes des combats compensaient grandement les gains usuraires. Puis ils se partagèrent la caisse du questeur et les chevaux de remonte ; et enfin, s’emparant des otages de la Gaule, ils les expédièrent à Bibracte, faisant hommage à leur vergobret de ces malheureux captifs, une fois de plus ballottés de ville en ville et de chef à chef.

Le coup fait, ils songèrent à César : prenant exemple sur Vercingétorix, ils détruisirent ou enlevèrent les approvisionnements, brûlèrent Nevers, et se mirent à battre la campagne pour lever des hommes, affamer le proconsul, l’arrêter sur les bords de la Loire, et, si possible, le rejeter vers le Sud. Le fleuve était alors en crue : point de ponts intacts ni de gués praticables. Des postes de cavaliers éduens furent disposés sur les berges de la rive droite : si Litavicc et d’autres avaient le temps de revenir de Bibracte, l'année romaine était bloquée du côté du Nord. — C’était sans doute ce qu’espérait Vercingétorix. Mais lorsqu’il ne commandait pas en personne, les Gaulois faisaient d’assez mauvaise besogne : la dévastation du pays fut toute superficielle, et les soldats qui paradaient à Bibracte se laissèrent prévenir par César.

Celui-ci s’approchait. Quand on apprit l’incendie de Nevers, il y eut autour de lui un141 moment d’hésitation : il fut question de rétrograder, peut-être vers le Forez et de là sur Vienne, ce qui était faire le jeu des ennemis. Le proconsul n’eut pas de peine à rassurer les siens et à leur montrer qu’ils n’avaient encore devant eux que des fantoches d’adversaires. Il atteignit la Loire après un jour et une nuit de marche forcée, et s’arrêta devant le gué le moins périlleux (entre Decize et Nevers ?). Ses chevaux furent envoyés eu amont pour briser le courant, et ses légionnaires passèrent ensuite, ayant de l’eau jusqu’aux épaules, et les bras en l’air pour tenir les armes levées. Les Éduens prirent peur, et s’enfuirent sans avoir tué un seul homme à leur ennemi. César, sur les excellentes terres de l’autre rive, trouva ce qu’il voulut, grains et bestiaux, pour nourrir ses légionnaires.

La route était libre jusqu’à Sens : il tardait au proconsul d’arriver dans cette ville, redoutant les pires malheurs pour Labienus et ses quatre légions, dont il n’avait plus de nouvelles.

 

5. Victoire de Labienus à Paris.

 

Mais Labienus s’était mieux tiré d’affaire à Paris que César à Gergovie.

Le légat ne voulut pas regagner Sens par la rive droite. Il avait peur d’être rejoint par les Bellovaques, et d’être obligé de traverser la Marne ou la Seine entre les attaques croisées des nouveaux venus et de Camulogène. Mieux valait franchir le fleuve le plus tôt possible, n’ayant encore sur les bras que le chef gaulois. Il fallait essayer d’abord de déjouer sa prudence : car le vieux routier de guerres avait échelonné des postes de vigie tout le long de la Seine. Puis, si la bataille était nécessaire, elle enlèverait au moins à la retraite l’apparence d’une fuite.

Labienus fait quatre parts de ses troupes. — La moitié de la légion la moins aguerrie restera pour garder le camp. À dix heures du soir, la flottille, chaque bateau commandé par un chevalier, descend sournoisement le fleuve pour s’amarrer à quatre milles en aval (au Point du Jour ?). À minuit, l’autre moitié de la légion remonte le long de la rive droite (vers Charenton), accompagnant les bagages, flanquée de barques, et tous, soldats, valets et rameurs, menant fort bruit. Enfin, quelques instants après, cette fois dans le plus grand calme, Labienus et ses trois meilleures légions allèrent, en aval, rejoindre la flottille qui les attendait.

Au moment précis où Labienus arrive (vers deux heures du matin), un premier débarquement a lieu sur la rive gauche, favorisé par la nuit noire et un orage subit. Les sentinelles ennemies sont égorgées, les chevaliers d’état-major forment un pont de bateaux, et les trois légions de Labienus se trouvent transportées sur le flanc de Camulogène.

Ce stratagème, d’ailleurs habituel lors des passages de rivières, ne trompa qu’à moitié le chef gaulois. Il dépêcha des soldats en amont, mais en petit nombre, et avec l'ordre de ne point s’éloigner inutilement ; il en détacha d’autres sur les bords mêmes du fleuve, en face du camp romain : mais ce fut en aval, contre le gros de l’armée ennemie, qu’il fit manœuvrer la plupart de ses hommes, et qu’il s’avança lui-même. — Aussi, au lieu de trouver une armée surprise et dispersée, Labienus aperçut avec le jour un front de bataille tranquille et prêt (dans la plaine de Grenelle ?). Il se résigna à combattre, sans doute avec peu de regret.

Les deux adversaires furent dignes l’un de l’autre. À la droite romaine, la VIIe légion, qui était pour Labienus ce que la Xe était pour César, enfonça l’ennemi au premier choc. Mais à gauche, la XIIe après avoir renversé les premiers rangs à coups de javelots, eut la surprise de voir que les autres ne bronchaient pas, et que, même abordés à l’épée, aucun Gaulois ne reculait : Camulogène était au milieu de ceux-là. Alors, on appela à la rescousse la VIIe, qui vint, par derrière, attaquer ces braves gens. Les Gaulois ne bougèrent pas davantage, massés et fermes comme des légionnaires. On les entoura, et on les tua tous jusqu’au dernier, Camulogène comme les autres.

Il restait encore quelques bandes en amont, du côté du camp. Elles accoururent au bruit du combat, s’acharnèrent à lutter encore, s’établirent sur une colline voisine (Vaugirard ?) et offrirent la bataille. Les Romains en eurent raison d’un élan, et leur cavalerie, lancée de tous côtés, massacra ceux des Gaulois qui ne purent s’abriter dans les collines boisées du voisinage.

La route de Sens se trouvait entièrement dégagée.

 

6. Jonction des deux généraux.

 

Labienus et César marchaient donc à la rencontre l’un de l’autre. Mais le légat arriva le premier au rendez-vous. À Sens, il ramassa le reste de ses troupes, et reprit le chemin du Sud. Il s’avança deux jours encore sans rencontrer César, et le rejoignit enfin le troisième, presque à la frontière du pays éduen (près d’Auxerre ? et vers le milieu de juin ?).

Des deux généraux qui se retrouvaient après six semaines d’angoisses, c’était Labienus qui sauvait César : le légat revenait victorieux, ses quatre légions et sa cavalerie intactes, une armée gauloise et un chef célèbre anéantis ; le proconsul arrivait presque en fugitif, sa cavalerie incomplète, son admirable VIIIe décimée, et derrière lui s’amassaient deux armées redoutables.

Il y avait quatre mois à peine que Jules César, à son retour de la Province, avait groupé autour de lui ces mêmes dix légions. Il les ramenait maintenant à peu près au même point. Sans doute, dans l’intervalle, elles avaient tracé, de Sens à Orléans, de Bourges à Gergovie, et de Paris pour revenir encore à Sens, un vaste cercle de vestiges sanglants. Mais la Gaule, recouvrant ces débris, s’était de nouveau fermée derrière elles.

 

À suivre...

 

Photographie Yann Kervran / Légion VIII Augusta

Partager cet article

Repost 0
Published by Lutece - dans Livres-Romans
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de LUTECE
  • Le blog de LUTECE
  • : Petits dossiers sur des thèmes historiques simples mais serieux
  • Contact

Facebook

Retrouvez et devenez amis du Blog de Lutèce sur facebook

Recherche

English & Deutch versions

1348995815 United-Kingdom-flag1348995857 Germany-Flag

Site sélectionné par :

elu-sdj

Livres à lire sur le blog

Vercingétorix - Camille Jullian

L'oeuvre intégrale cliquez ici

  Essai sur la condition des Barbares - Eugène Léotard

Pour lire cliquez ici

 

Articles à venir

_ La borne militaire de l'Empereur Victorin